AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Avant l'Eternité, la Terre

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Irys d'Arosque
Ancien
Ancien
avatar

Masculin
Nombre de messages : 164
Âge : 17
Date d'inscription : 02/09/2015

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 53 ans
Niveau Magique : Arcaniste.
MessageSujet: Avant l'Eternité, la Terre   Mar 15 Aoû 2017 - 18:04

Ses mains étaient nerveusement croisées sur la table, formant un entrelacs difficilement compréhensible qui trahissait son stress pressant. La grande salle de conclave de la cathédrale l’écrasait de toute sa magnificence : elle, frêle silhouette assise timidement au bout du meuble, face aux piliers dominants en marbre. Une touche timorée de Laarth vint effleurer son esprit, comme pour signifier : « je suis là, ne crains rien ». Mais même le dräke ne parvenait à calmer l’excitation teintée d’angoisse de la Haute-Prêtresse.

Avait-elle seulement fait le bon choix d’en parler à tous les Grands-Prêtres, d’en parler à Valentin ? Pour l’instant, lui seul connaissaient ses plans et n’en avait rien dit, rien laissé paraître face à Irys. Le visage stoïque, il avait acquiescé. La veuve s’attendait à une vive réaction de sa part, devant ce que certains verraient sans doute comme une bravade envers la Couronne, à la suprématie encore balbutiante. Mais il n’en était rien ; c’est ce qu’Irys tenterait de leur expliquer.

Les dernières ennéades avaient vu les réponses et les arrivées des personnes conviées défiler. Il n’avait pas été question que Serramire soit représentée, l’hiver ayant frappé trop durement le Nord pour garantir le voyage. Mais à cette exception près, tous s’étaient présentés pour être là ce jour.
Les portes s’ouvrirent violemment, arrachant un sursaut à Irys. Gilles entra d’un pas pressé, lui glissa quelques mots à l’oreille et s’en fut alors qu’elle acquiesçait. La tension monta d’un cran. Ses yeux se perdirent dans le vague. Le doute mordait son cœur, comme le froid mordait les chaires au dehors. Un doute insidieux ; vicieux même, qui s’accroche pour ne plus s’en aller. Le doute d’une femme qui, en voulant prodiguer le bien autour d’elle, devenait l’instrument d’un but qui la dépassait : l’avenir d’une terre, l’avenir d’une patrie et de ses gens.

Dans sa poche, la lettre d’Ernest et de Cécilie pesait bien plus lourd que le vélin. Sa main se crispa autour du parchemin déjà froissé. La Haute-Prêtresse le déplia et le lut une fois encore. Tous ces mots, elle les connaissait par cœur, pour les avoir tant et tant ressassés. Elle aurait pu réciter chacune des clauses mais ressentait le besoin de voir le papier sous ses yeux, comme si ils pouvaient la décharger de la charge qu’ils portaient. Mais rien n’y ferait.

Les gonds de la porte grincèrent une nouvelle fois et firent apparaître les différents Grand-Prêtres et Prêtresses. Habillés dans leur plus simple apparat, comme le voulait la coutume, ils prirent place. Tous se signèrent de l’aile devant la vieille femme, qui leur rendait bien volontiers ce salut. Le Haut-Prêtre fermait la marche et s’installa à l’opposé de sa consœur. Une prière les accueillit tous et toutes et le Conclave débuta.

«– Ô Grande Mère, Cygne Vénérable ; Protège tes enfants du malheur, Guide-les vers le Juste Choix. Ô Bienveillante Patronne, Pure Créatrice ; apparaît en nos cœurs et apaise nos esprit de la violence.
Mes Sœurs, mes Frères. Le voyage fut long pour nombre d’entre vous mais il était nécessaire. Aujourd’hui, votre sagesse et vos conseils seront forts appréciés. Comme rarement depuis les premiers Saints, le Royaume est dans le doute. Eclairons nos Choix à la Lumière des Cinq et ils seront justes et avisés.
»

Irys s’était levée et toisait de son sourire bienveillant, l’assemblée. Le cœur battait rapidement dans sa poitrine mais les premiers mots avaient enlevé l’angoisse des premiers instants. Les mains de la Prêtresse se joignirent sur son cœur puis s’écartèrent pour désigner le conclave.

«– Un espoir de paix a jaillit du Sud mais est déjà terni par d’anciennes querelles réveillées qui la menace déjà. Comme il doit en être, le Clergé ne prendra pas parti. Auparavant, le Culte s’était fait protecteur d’une couronne désignée par la DameDieu. Quand les hommes s’en sont détournés, nous avons accepté leur Choix ; à présent, ils s’en retournent  tous – ou presque – à cette première vérité. La question qui se pose n’est donc pas celle de la légitimité pour Bohémond de régner ; mais si nous le reconnaissons comme héritier Firaam, de la lignée désignée par Néera pour gouverner la Péninsule. »

Valentin la regardait, un sourire figé sur ses lèvres.

«– Un autre sujet retiendra notre attention ce jour. A quelques lieues au plus d’ici, Ernest de Missède et sa femme, Cécilie de Missède, tous deux Seigneurs de Missède, ont élevés un Sanctuaire à Edelys. Ils m’y ont convié, porteurs d’une demande à notre égard. Le couple comtal m’a proposé d’élever l’ensemble des terres edelysiennes en Grand-Prieuré à la disposition du Culte de Néera, dont le ou la Haute-Prêtresse en serait Grand-Prieur. En retour, Missède se verra attribuer une moitié des ressources et des revenus produits lorsqu’une autre moitié sera rétribuée au Culte. L’administration séculière sera confiée à un Commandeur, conjointement nommé par le clergé et le comté. »

Irys planta ses yeux dans chacun de ceux qui la fixaient autour de la table. Les réactions étaient déjà là mais le silence restait de mise.

«– Faisons en sorte de juger ces actes en toute impartialité, en faisant fi de notre attachement pour la terre. A ce Chapitre toutes les voix pourront s’élever. Mais sortis de cette salle, j’invoque le Silence des Néérites pour nous tous. Puisse Néera nous insuffler les bonnes paroles. »

La Haute-Prêtresse se rassit et laissa les chuchotements briser le mutisme de ces hommes et ces femmes en robe bleue nuit. Elle attendit calmement qu’une première voix s’élève, ce qui ne tarda pas :

« Votre Bienveillance, je me permets d’intervenir car je ne comprends pas bien tous les tenants et les aboutissants de cette décision. Permettez-moi d’éclaircir mes propos. Tout d’abord, je me demande s’il est sage de notre part d’ignorer le fait que le couple comtal de Missède s’arroge des droits sur des terres qui sont normalement sous baillage royal. Ne voyez aucune critique personnelle en ces mots vis-à-vis de l’action bienveillante de ses grandeurs, simplement une réserve sur les conséquences de cet acte. »

«– La question que vous soulevez est juste, mon Frère. Ne nous leurrons pas sur les intentions de ses Grandeurs de Missède. S'il est sûr que leur action est bienveillante, il l'est également qu'il s'agit, pour eux, d'une façon élégante d'éviter un problème épineux. Ne nous rendons pas coupables d'ignorance en acceptant cette offre. Considérons la comme un moyen on ne peut plus sage d'éviter un incident diplomatique qui engendrerait bien des soucis autrement. En prenant la souveraineté des terres edelysiennes, le Culte ne se soustrait pas pour autant à la royauté - au contraire. Le clergé et la couronne sont les deux têtes d'un même corps : en rendant Edelys à Néera, Missède la rend au Roy, pour peu que nous acceptions sa légitimité. »

« J’entends vos arguments, votre bienveillance. Cependant vous avez soulevé le fait que la moitié des revenus de cette terre reviendra à la souveraineté missédoise. Et je pense que nous sommes tous ici assez lucides pour discerner les conflits d’intérêt à venir que risquent d’engendrer de pareils actes. Mais passons. L’une des plus grandes priorités du Culte reste bel et bien la protection de ses fidèles. J’imagine qu’aucun de nous ne vit sans ignorer les vents venus du nord portant des mots lourds de conséquences : guerre, mort, revanche. Lorsque j’entends parler de guerre, je pense plutôt à ses affres innombrables : famine, exode, maladie. Que compte faire le Culte pour protéger ses fidèles, au cours des conflits à venir ? »

«– Cette part servira, entre autres choses, à l'administration de la Commanderie, non à renflouer les caisses du comté, Sa Grandeur Ernest m'en a assuré. De plus, je répondrai aux réclamations de la Couronne le cas échéant, si la distribution des revenus venait à poser problème.
Aux échos belliqueux venus du Nord, le Culte répondra par la voix de la diplomatie. Il est impensable que quiconque ne marche sur Diantra à la sortie de l'hiver. En cela, une délégation bleue ira trouver le Roy et négociera, dès la fin de ce Conclave.
»

« J’imagine que c’est une bonne chose que nous soyons en mesure de traiter directement avec le Roy. En admettant que celui-ci soit réellement aux commandes de tout ce qu’il se passe dans cette partie du monde.
Pardonnez-moi, votre bienveillance, mais avec tout le respect qui vous est dû, vous n’avez pas répondu à ma question sur l’avenir des fidèles de Néera. Vous nous présentiez Edelys comme une terre de paix sous l’égide bienveillante du Culte. Ne pourrions-nous envisager de la transformer en terre d’asile pour tous les réfugiés qui vont chercher à fuir les conflits armés ? La DameDieu est miséricordieuse. Notre Culte va posséder une terre aux frontières des cultures médianaises et langecines, c’est une opportunité sans précédent. Que pensez-vous, mes frères, de l’établissement d’un asile officiel pour tous les serviteurs de Néera exilés à cause de la guerre en lieu et place du Grand Prieuré d’Edelys ? »

L'assentiment parcourut l'assemblée. Irys leva une main pour rétablir le silence.

«– Vos propos sont justes et éclairants de sagesse, mon Frère. Mais pour construire et entretenir un tel asile, ne faudrait-il pas des fonds ? Pensez-vous réclamer l'aide bénévole de petites gens que l'hiver aura déjà paralysé ? Remettre Diantra en état est un de nos chantiers, mais il nous coûte. Cela me pèse de le dire, mais le Culte ne peut assurer tous les fronts. Votre proposition de faire d'Edelys un asile à tous les réfugiés et celle de l'élever en Grand-Prieuré ne sont pas incompatibles, mais complémentaires. J'irai même plus loin, car tous les revenus qui reviendront au clergé par ce biais seront reversés intégralement dans la construction, la rénovation et l'entretien des hospices à travers le Royaume. Le Grand-Prieuré de Néera n'est pas un but, mes Frères, c'est un moyen. »

Elle promena un regard tranquille sur tout le Conclave.

«– Nulle autre question ne saurait être traitée avant d’avoir solutionné notre première interrogation. Que faire à propos du Roy Bohémond ? Nul ici n’ignore les implications qu’aura une telle décision. Pourtant mes Frères, c’est à nous d’en statuer.

Ne pensez-vous pas, Votre Bienveillance, qu’une reconnaissance officielle de Bohémond d’Ivrey mettra le Culte dans le position délicate dans laquelle il s’est déjà trouvé, notamment lorsque Harold fut nommé Roi au nom de la DameDieu ?

La situation est différente en bien des points. C’est dans le but d’une objectivité totale que j’ai réuni le Conclave pour en décider, et non par ma propre décision. Ainsi, nous n’auront pas à essuyer le même revers que Lucilia, puisque notre position sera assumée par tous. En ce qui concerne Bohémond, son ascendance fait de lui un membre de la lignée Firaam et héritier légitime du trône, ce qui n’était pas le cas de Harold du Lyron.

Sauf votre respect, Votre Bienveillance, mais, dans ce cas, pourquoi ne pas avoir légitimé le Roy auparavant ? Vous le reconnaissez de facto comme descendant Firaam : le débat aurait dû être clos il y a bien longtemps.

Nous sommes des Guides, ma Soeur, nous devons laisser les Hommes faire leurs propres choix. Ce n’était pas à nous de décider qui devait gouverner avant ce jour, en dépit de nos convictions. »




Les débats durèrent plusieurs heures, jusqu’à ce que le soleil disparaisse des fenêtres et qu’il faille allumer des bougies. Lorsqu’arriva le temps des mains levées, la cire était déjà consumée de moitié. Puis vint l’ultime prière, qui clôtura le Conclave. Et dans le Silence de la cathédrale, les Grands-Prêtres rejoignirent leur couche. Irys resta là un moment, les yeux plongés dans le mouvement de la flamme qui dansait devant elle. Une main se posa sur son épaule, cette épaule fragile sur laquelle la dextre du Haut-Prêtre paraissait monstrueuse. Mais, comme toujours, elle se voulait amicale et bienveillante. Valentin s’était tu toute la durée des délibérations et n’ouvrait la bouche aujourd’hui que pour la première fois. Mais ce furent des mots doux et chaleureux qu’il adressa à sa consoeur.

«– Moi aussi, tu m’as convaincu. »

Irys lui sourit. Et il lui sourit en retour.
Revenir en haut Aller en bas
http://miradelphia.forumpro.fr
 
Avant l'Eternité, la Terre
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Probabilité d’un nouveau tremblement de terre 5.0 avant 21 février
» Des nuages inhabituels précèdent le tremblement de terre en Chine: des preuves
» tremblement de terre haiti
» Manipulations avant, pendant et après le coup de 2004.
» Entre Ciel et Terre [pv Nuage d'Or et Nuage Enneigé]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Miradelphia :: Royaume de la Péninsule ~ SUD OUEST :: Diantra :: Notre Dame de Deina-
Sauter vers: