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 La Vierge et le Vieux [Aliénor]

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Arnoul de Stern
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MessageSujet: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Sam 30 Sep 2017 - 13:40

L’hiver était parti. Le printemps, lui, venait. Et avec le dégel de la boue, et la reprise du trafic sur les routes de la Malelande, un convoi avait tôt fait ou de s’embourber, ou manquer d’écraser un manant inattentif. C’est ainsi que Rick, petit vagabond sans maître ni attache, eut à se jeter la tête la première dans un fossé à la boue collante, afin de ne pas se faire faucher par la carriole qui avançait rapidement sur le sentier, escortée par une quinzaine de chevaliers et autant d’écuyers. Si le pauvre Rick avait eu de la chance, on ne pouvait en dire autrement de la besace qu’il avait abandonnée en sautant, et qui avait été écrasée par roues et sabots. Almun de Helver, chevalier sternois de son état, avait tourné une tête furieuse en direction du malotru :

« Place, abruti ! »

Car le convoi du seigneur Arnoul n’attendait pas.

Le vieil homme était sorti de son épais donjon par un beau matin, et avait fait le voyage depuis Sternburg jusque sur les terres appartenant au domaine comtale. Il était passé par Karlsburg, où il avait fait une offrande à chaque chapelle, avant de reprendre la route en suivant la Würm. Revoir la ville d’Arétria n’enchantait pas du tout Arnoul, qui avait toujours jugé cet endroit aussi malpropre que ses habitants étaient mesquins. Que dire, dès lors, des Lün et de ses bourgeois patibulaires… Le seigneur de Stern tenaient tous ces endroits de gredins en horreur.

Il avait finalement pénétré en la ville avec son chariot, bien à l’abri derrière une bâche, et emmitouflé dans un monceau de peaux de bêtes afin de ne pas attraper la crève. Dehors, certains s’agitaient. Il se souvenait avoir contraint à l’exil quelques chevaliers et seigneurs déchus dans sa jeunesse… Peut-être leurs bâtards reconnaissaient-ils l’azur au bouc d’argent qu’exhibaient fièrement les étendards de sa maison ?

Au dehors, les chevaliers repoussaient les manants et les colporteurs afin de se frayer un chemin à travers les rues sinueuses, en direction du château comtal, où l’attendait à la fois son principal espoir, et son problème le plus épineux. Aliénor de Wenden.

Le convoi seigneurial déboucha dans une vaste cour, où les attendaient sans nul doute les dignitaires de la cité, et Aliénor elle-même, si elle n’avait pas décidé de faire l’affront à Arnoul de ne pas se présenter à lui. Après un bref regard au dehors, le vieux seigneur put se rassurer ; elle était bien là. Le chariot s’immobilisa, alors que les chevaliers mettaient pied à terre, donnant leurs rennes aux palefreniers ou écuyers qui se présentaient les premiers. Un valet de petite stature, au visage fort ingrat et au nez fort plat, claudiqua vers la carriole ainsi arrêtée pour en ouvrir la porte, afin que puisse descendre son vénérable occupant.

Appuyé sur une canne, Arnoul se releva en soupirant. Quelle plaie qu’il doive ainsi se déplacer à son âge… Il apparut au grand jour, sur le pas de la charrette, juste avant le petit escalier qui l’emmènerait sur le plancher des vaches. Lorsque le valet proposa de l’aider, il lui frappa la main avec sa canne, en le regardant avec des yeux coléreux. Il avait beau être vieux et diminué, il savait encore s’occuper de descendre une marche, par les couilles d’Othar !

Il atterrit donc avec précaution sur les pavés de la cour, le regard braqué sur Aliénor. Encadré par ses affidés, il marcha d’un pas lent en direction de la régente, pour laquelle il affichait une expression neutre et diplomate, ne laissant entrevoir ni joie ni colère sur son visage ridé. Un héraut claironna alors avec un accent jovial :

« Sir Arnoul de Stern, seigneur de Stern et de Lauzac, suzerain d’Ernal et des bordures d’Hedda ! »

Arnoul posa son regard sur le blanc-bec. Des bordures d’Hedda ? Où allait-il chercher ça ? Néanmoins, il reporta vite son attention sur la Dame de Wenden, qui avait été choisie pour occuper la régence du Comté après le tragique accident ayant coûté la vie à Roderik. Il dit d’une voix forte mais légèrement enrouée :

« Mes hommages, Dame Aliénor. Vous êtes radieuse. »

Contrairement au temps gris, bien évidemment. Car l’hiver était parti. Le printemps, lui, venait. Mais Arétria serait toujours et à jamais la même, quelle que fut la saison…

« J’ai fait un long voyage pour avoir un entretien avec vous, et même si la prudence des Néerites me recommandait un dialogue épistolaire, c’est de visu que je tenais à m’entretenir avec vous. »

Il continuait de s’appuyer sur sa canne, tentant de se tenir droit, quand bien même son dos lui hurlait de faire l’exact contraire.
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Aliénor de Wenden
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MessageSujet: Re: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Lun 16 Oct 2017 - 22:12


"Par la Damedieu, qu'est-ce qu'il me veut encore ?" Et voilà! La journée qui avait à peine commencé et s'annonçait sous les meilleurs hospices, allait être irréversiblement gâchée ! Elle ne comptait plus les plis quotidiens qu'on lui apportait entre les preuves d'allégeance, les condoléances et les demandes d'informations de ses vassaux au sujet du ban. A peine avait-on parlé de guerre que ces braves hommes du nord avait déjà revêtu leurs armures dans l'attente qu'on lance un ban. Ils avaient soif d'aventure (ou surtout d'éviter leurs femmes).

Quoi qu'il en soit, elle persifla lorsqu'elle vit le sceau de Stern. Autant le vieil homme avait presque pu se montrer comme un amusant vieil oncle lorsqu'il passait ses soirées à Wenden avec son père (le bon vieux temps vous dirait le vieil homme !) mais depuis qu'elle avait accepté la régence, il était pratiquement devenu son pire cauchemar. Mais quelle idée avait donc eu son frère de lui proposer un jour sa main pour son petit-fils ?! S'il n'était pas déjà dans la tombe, elle l'aurait étripé comme elle l'avait fait lorsqu'il lui avait parlé de ce plan.

"Non mais tu rigoles?! Plutôt embrasser le cul d'un élan ! Et pourquoi pas épouser le vieil Arnoul puisque t'y es ?!"

Elle rigolait encore de ce que lui avait répondu son frère : "Et pourquoi pas si tu continues à me casser les pieds ?!"

Ils étaient un peu comme chien et chat quand ils s'y mettaient mais il avait eu le profond respect de lui laisser le choix et elle savait que c'était une liberté dont peu de femmes pouvaient bénéficier. Non Arnaud, ce pauvre petit nobliot arrogant devenu, il faut le reconnaître, un sacrément bon guerrier avec l'âge ne serait jamais son époux. Par la Damedieu, jamais elle ne supporterait d'être mariée à un rustre pareil. Goujat, sexiste. Avec tout ça Aliénor était certaine qu'il était du genre chasseur de jupons, comme quasiment tous les nobles de son âge et de son importance. Il était de notoriété publique qu'à Stern on voyait régulièrement une petite lavandière s'échapper au petite matin des appartements du jeune homme et elle ne devait pas être la seule ! Aliénor pourrait le jurer. BERK ! Elle faillit vomir à l'idée d'imaginer ce qu'il s'y passait. Pas qu'Aliénor était prude mais il fallait quand même un minimum vital et elle ne concevait pas le mariage autrement qu'un saint partenariat où chaque membre du couple respectait l'autre et surtout, lui était fidèle autant que loyal. Chose dont le sternois n'était visiblement pas pourvu. Et pourtant... tout la portait à y réfléchir de plus près maintenant qu'elle avait les responsabilités du Comté entre ses mains. Il lui fallait faire preuve de prudence et de réflexion.

Elle ouvrit ainsi la lettre en soupirant et dû s'asseoir sur le banc de pierre le plus proche. Arnoul de Stern lui annonçait qu'il lui ferait le plaisir de sa visite prochaine à Arétria afin d'évoquer avec elle des questions de la plus haute importance à la fois pour la lignée de Stern mais également pour le Comté. Comment pouvait-elle refuser. Avec son vieil âge, le vieux bougre ne voyageait plus tellement alors se déplacer à elle, même avec toute l'arrogance du monde ne pouvait que relever en effet de l'extrême importance. Espérons seulement qu'il ne passe pas l'arme à gauche en chemin ou à l'occasion de son séjour au château. Elle donna ainsi avec lassitude des instructions pour préparer des appartements qui seraient à la convenance d'Arnoul de Stern, de son âge et de son égo.

Le jour J, alors qu'elle aurait préféré de cette journée pour prendre un peu de temps libre, elle se retrouvait ainsi à faire le pied de grue dans la cour de son château (ou plutôt de celui de son neveu pour être exact) dans l'attente que le convoi venu des terres froides de Stern arrive. Le vieil homme visiblement fatigué tant par les batailles que par la vie descendit de son charriot, non sans affubler son domestique d'un coup de canne, ce que n'a pas apprécié Aliénor et qu'elle ne manquera pas de lui relever d'ailleurs tôt ou tard, avant de le laisser venir à elle. Elle tâcha de se montrer la plus aimable possible compte tenu des circonstances et du profond dégoût que lui avait de nouveau inspiré son petit-fils Arnaud à l'occasion de la défense d'Arétria des griffes d'Ewald le lâche. Elle avait pour l'occasion revêtu une tenu encore chaude mais plus légère en fourrure que ses tenues d'hiver. Aliénor avait désormais pris pour habitude de revêtir des robes, plutôt que ses tenues de chasse plus confortables qu'elle gardait néanmoins bien près d'elle dans ses malles. Elle avait réhaussé celle-ci qui était de couleur verte, de broderies dorées qui rendaient l'ensemble assez riche pour être porté par une dame de son rang. Elle avait toutefois par prudence, encore conservé une cape longue et assortie, retenue par de la fourrure aux épaules afin de rester au chaud et d'éviter les coups de froids. Pas qu'elle soit fragile mais la stabilité politique du Comté tenait tellement à un fil en ce moment que mieux valait faire preuve de prudence. Déjà qu'il avait fallut confier aux yeux de certains, un Comté aussi puissant et important du nord à une femme et un bébé... On n'allait pas pousser. Elle sourit et salua d'une petite inclinaison de la tête le seigneur de Stern, tendant sa main pour recueillir un bref baise main en signe de déférence.

- Oui c'est ce que j'ai cru comprendre. Ne tardons pas dans ce cas et passons-nous de plus de formalités. Beaucoup de choses sont à voir ensemble monseigneur et plus vite nous nous y mettrons, plus vite ce sera derrière nous.

Elle l'invita alors d'un geste de la main à la suivre et prit garde de ne pas aller trop vite sans toutefois donner l'impression d'attendre le vieil homme. Ils rejoignirent ainsi la salle du conseil, échangeant des banalités sur l'agrément du voyage et les vieux souvenir d'Arnoul d'Aliénor quand elle était petite. Après un dédale de couloirs, Aliénor laissa deux gardes ouvrir les portes de la salle du conseil qui était haute et faiblement meublée. A vrai dire il n'y avait qu'une vieil table solide, faite en chêne et des chaises de même aspect. Une partie de l'histoire Arétane s'était écrite ici. Des armes illustres et les blasons des vassaux arétans ornaient la pièce. Celui de Wenden se trouvait désormais au centre de la pièce, le blason sternois à sa droite. C'était l'une des pièces les plus lumineuses du château et elle se trouvait toute prête à les accueillir. Conformément à ses instructions, elle avait été chauffée par un bon feu qui avait été préparé dans l'intention de cet entretien. Elle invita alors le vieux Stern à s'asseoir. A la table avaient été disposés deux chaises, l'une face à l'autre. Dans l'un des coins de la pièce se trouvaient des boissons qui raviraient sans doute le palais aguerri du vieil Arnoul. La régente d'Arétria invita alors son vassal à prendre place et s'assit également à son tour. Elle donna congé à leur escorte et attendit que les portes se fermèrent avant de se lever de nouveau et de se diriger vers les boissons, en proposant une au Sternois.

- J'ai cru comprendre que vous souhaitiez m'entretenir de choses de la plus haute importance. Alors me voilà, je vous écoute messire de Stern.

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Arnoul de Stern
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MessageSujet: Re: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Lun 23 Oct 2017 - 10:24

En effet, l’heure des palabres avait cessé. Arnoul s’était livré de bonnes grâces au bavardage sur son voyage plus qu’infernal, ainsi que sur les souvenirs de plus en plus flous que le vieillard partageait encore avec la jeune régente. L’âge avancé du seigneur lui faisait de plus en plus oublier certains souvenirs, et à part ceux encore vivaces des batailles où il avait chargé au péril de sa vie, il s’était rendu compte avec amertume qu’il avait même oublié les dates de naissance de ses défunts enfants…

Il avait pénétré la salle du conseil avec un certain sentiment d’ironie. Car il se souvenait que c’était ici-même qu’il avait émis pour la première fois l’idée d’un mariage entre Aliénor et Arnaud, en la présence de Roderik seul. Et en voyant le blason des Stern à côté de celui des Wenden, il se remit à y penser, à se ressasser tous les événements qui s’étaient déroulés dans cette pièce. Il lui fallait entraîner sa mémoire, car sa plus grande crainte était de la perdre, alors-même que c’était tout ce qui lui restait de son âge d’or.

S’il fut surpris de ne pas voir le blason des Karlsburg au centre, il n’en dit pas mot, se contentant de s’asseoir sur cette chaise providentielle, sauveuse de ses vieux os. La régente lui apporta une bière, qu’il regarda, avant d’appuyer une main sur la table, et une autre sur l’accoudoir de sa cathèdre, le regard plongé dans celui d’Aliénor.

« Vous savez très bien quelles affaires de haute importance m’amènent ici, Dame Aliénor. Je suis venu régler une fois pour toute cette affaire de mariage, en cours depuis des mois déjà. »

Il se replongea doucement dans le fond de sa chaise, ses bras le long des accoudoirs, et les yeux toujours braqués sur la damoiselle indomptable.

« Je suis le doyen de tout ce maudit Comté. Et depuis que mon ami le bailli de Tour-la-Bruie s’est éteint cet hiver, la concurrence a rudement baissé. »

La mort de son plus vieux compagnon d’armes, qui avait survécu jusqu’à l’âge vénérable de quatre-vingt-trois ans, avait chamboulé Arnoul, qui voyait avec lui s’éteindre les récits de la bataille du Gisier, de la Butte-Matthieu, et des expéditions en Hedda. Pis encore…

« Tyra m’a peut-être boudé jusqu’ici, et je peux très bien vivre jusque cent ans comme Sainte Deina. Ou je peux claquer dans mon chariot au retour de cet entretien, voire l’hiver suivant. Je me fragilise un peu plus chaque jour que font les Cinq, et j’ai peu de temps devant moi. »

Il serra les poings contre les accoudoirs. Puis, l’une de ses mains se saisit de la bière pour en prendre une petite gorgée. Le malt fit descendre légèrement la tension qu’Arnoul ressentait dans ses membres.

« Aujourd’hui, l’avenir de ma Maison ne tient qu’à un fil. Ma lignée, autrefois prolifique, ne compte plus qu’un seul mâle dans ses rangs dévastés. Sur les épaules d’Arnaud repose l’espoir que la plus vieille famille d’Arétria prospère à nouveau. Et comme il avait été convenu avec votre frère, j’espérais que vous seriez celle qui se marierait à mon petit-fils. »

Arnoul se racla la gorge, et reprit une gorgée de bière, reposant ensuite le godet contre la table, dans un bruit de deux morceaux de bois que l’on cogne entre eux. La proposition était claire, et il avait été droit au but. Comme le bélier sur champ d’azur, que l’on pouvait voir sur ses blasons et armoiries.
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Aliénor de Wenden
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MessageSujet: Re: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Mar 24 Oct 2017 - 16:05



Ainsi dont, c'était là la préoccupation la plus importante du vieux bougre : sa lignée. En soit, après la prolifération puis l'extinction de la famille de Stern, elle ne pouvait que le comprendre. Si le nord avait toujours été une patrie de guerriers, cette passion leur avait coûté bien trop de bonnes âmes. Elle comprenait le souci qui taraudait cet illustre guerrier, cette légende vivante du nord. Elle l'avait ressenti également, ce vide d'être l'une des dernières de sa famille et de devoir assurer la pérennité de sa lignée. Elle n'avait pas trop d'inquiétude à se faire de ce côté là puisque Karl perpétuerait le nom des Wenden, même si du sang des Karlsburg coulait dans ses veines de par sa mère. Elle ne l'oubliait pas, même si la trahison d'Ewald et le fait qu'elle soit obligé de sacrifier là encore de bons guerriers pour éviter le pire, avait forgé en elle une haine la poussant à avoir effacé le blason des Karlsburg du château d'Arétria pour le moment. Il serait bien temps d'y remédier lorsque le temps aura passé et de faire taire les râleries.

A vrai dire, de son côté Aliénor avait bien autre chose à penser avec la levée proche du ban. Elle avait espéré que le vieux Stern commencerait pas là, le sachant aussi bien informé qu'elle, peut être mieux encore va savoir. En tout cas, elle savait que le sujet du mariage arriverait tôt ou tard sur la table. Ce vieux projet dont ils avaient parlé jadis avec Roderik et pour lequel elle s'était déjà élevée avec véhémence à l'encontre de cette idée. Toutefois, elle devait l'admettre, les circonstances étaient différentes désormais. Elle avait déjà exprimé ses doutes sur la question à son suzerain, se montrant esseulée et désespérée mais les choses là encore avaient changées. Elle avait alors repensé aux propos de son Premier Conseiller sur la question... Son départ l'avait touchée, il avait été présent pour elle quand il en avait le plus besoin et elle l'avait laissé partir à la fois pour lui permettre de s'occuper de sa famille mais également de son coeur. Cette séparation physique fut pour elle comme un électrochoc. Elle devait également s'occuper de la sienne et dans ce but, pour le moment, conserver le Comté uni et le plus soudé et pérenne possible pour le transmettre un jour à son neveu qui pour le moment ne faisait que balbutier entre deux nourrices bienveillantes. Alors malgré sa fougue, son impulsivité et sa hardiesse, son opinion sur la question avait tout simplement changée.

- Je comprends votre position Arnoul de Stern et je l'entends. Toutefois je n'irai pas par quatre chemins dans cette affaire et il est à rappeler que vous n'étiez qu'en pourparlers avec mon frère, que rien n'avait encore été acté. En outre, le fait que je m'y oppose farouchement lui avait fait faire marche arrière. Comme vous l'aurez constaté à travers son leg, mon frère et moi avions toujours eu le plus grand respect l'un pour l'autre et jamais il n'aurait été à l'encontre de mon consentement. Le souci se posait notamment dans le souci que j'avais et qu'à vrai dire j'ai toujours, d'une bonne entente entre moi et votre petit-fils. J'aimerai qu'il soit bien clair que je resterai maîtresse en ma maison. Pour être plus claire, si vous ou votre petit-fils souhaiterait ainsi s'accaparer la régence de fait et faire de moi un pantin face à tous, il n'en sera pas ainsi. On m'a confié un rôle et surtout une terre que je ne dois qu'à mon lien de sang à mon bien aimé neveu, il m'appartient de ce fait de le lui remettre un jour et ce, je l'espère, en aussi bon voire meilleur état qu'on ne l'a mis entre mes mains. Je ne conçois pas les choses autrement qu'en un partenariat intelligent fait de loyauté, de fidélité et de bon sens. J'espère qu'il en sera de même pour vous. Ce point étant abordé, pour ce qui est des questions habituelles entourant le mariage concernant les dispositions patrimoniales, nous devrons tout reprendre depuis le début. Par conséquent, qu'est-ce que la maison de Stern est prête à offrir afin de mener à bien ce projet d'alliance indéfectible à la maison de Wenden ? Et que souhaite-t-elle également en retour ?

Aliénor alors s'enfonça dans son fauteuil, laissant le soin au sternois d'avaler encore un peu de bière s'il le souhaite avant de lui répondre. Elle le regardait avec attention, le jaugeait. Si elle convenait éventuellement de se marier, ce ne serait pas à n'importe quel prix. Toutefois, vu la réputation qu'elle avait dans le Comté et de celle qu'elle a acquis depuis qu'elle occupait la régence, il devait sans doute s'attendre à cette réaction.

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MessageSujet: Re: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Dim 29 Oct 2017 - 10:39

Arnoul sentit comme un immense poids se retirer de ses vieilles épaules amaigries par le temps. Les mains du destin, qui appuyaient ses clavicules en le forçant vers le bas, semblait réduire leur emprise et se faire moins rugueuses. Corporellement, cela ne se traduisit que par un bref soupir, et un signe de tête en direction d’Aliénor. En vérité, il avait encore un peu de mal à croire qu’elle acceptait ce mariage, étant donné tout le foin qu’elle avait fait pour qu’il ne voit jamais le jour. Puis, au fur et à mesure que le discours de la régente pénétrait l’esprit du vieux seigneur, il se rendait compte que ce n’était pas vraiment son avis sur la question qui avait changé.

Aliénor avait sans nul doute été mordue par la mouche de l’ambition. Elle sécurisait la Malelande en se mariant à Arnaud, et souhaitait par-dessus tout conserver le pouvoir sans l’intervention de son époux. Elle avait une façon assez directe et outrageuse de le dire, ce qui en aurait fait bisquer plus d’un. Cependant, Arnoul était bien loin d’en être incommodé.

« A chacun ses ambitions, Dame Aliénor. Vous connaissez la mienne, vous n’avez donc aucune crainte à avoir. »

Il toussa pendant quelques secondes, au cours desquelles le commun des mortels aurait juré qu’il mourait sur place. Puis, après avoir retrouvé son souffle, il dit :

« Pour le Prix, je donne cent têtes de bétail de votre choix en dédommagement, ainsi que quelques acres de terres arables autour du Castel Lauzac. Je m’occuperai du trousseau moi-même, et je prends à ma charge les deux tiers des frais de mariage. »

Il lèverait un impôt sur ses terres, qui ne manquerait pas de faire gronder la populace. A moins que celle-ci ne se réjouisse qu’enfin les Stern assurent à nouveau leur pérennité ? Quoi qu’il en soit, il voulait que le mariage se célèbre au plus tôt. Il se redressa légèrement, mains sur les accoudoirs.

« En échange de quoi, j’aimerais que celui-ci se déroule dans les plus brefs délais. Vous pourriez même vous en servir afin de réunir les seigneurs pour le ban. J’ai entendu parler des affaires berthildoises, et de votre visite chez Saint-Aimé. Si vous devez faire lever les étendards, autant que chaque seigneur soit là pour jurer de vous accompagner en guerre. La cérémonie sera bénie de Néera, mais passera ainsi vite le flambeau au grand Othar. »

Arnoul se rassit, et reprit un peu de bière.

« La cérémonie se déroulera ici-même, afin que tous les seigneurs puissent venir. Je ferai venir mes nombreux chevaliers, et cette pléthore sera l’épine dorsale de l’ost arétan. »

Il leva sa choppe en l’air, et sourit à Aliénor.
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MessageSujet: Re: La Vierge et le Vieux [Aliénor]   Jeu 16 Nov 2017 - 12:48


Aliénor regarda son interlocuteur avec intérêt. Elle avait écouté l'ensemble de ses propositions et tâcha de ne pas trop s'offenser que le vieux bougre de par ses manières, agisse comme s'il se croyait déjà maître en son château. Autant la proposition lui paraissait plutôt correct autant elle tiquait sur la question de célébrer le mariage au plus vite.

Il pensait avoir à faire à une petite fille sans esprit et peut être même sans connaissance et au fond, c'était sans doute un peu vrai. Néanmoins elle n'en était pas moins bien entourée et même si les choses s'étaient comme à son habitude, décidées au dernier moment (c'est là tout le problème lié aux personnes relativement impulsives de caractère), elle ne s'était pas moins renseignée sur certaines questions liées au sujet dont ils étaient entrain de traiter.

- Avec le ban qui est à lever et les efforts économiques qu'une guerre dans le médian va nous demander, nous ne pouvons pas actuellement nous permettre de célébrer un mariage noble arétan digne de ce nom avec tout le faste qu'il doit comporter et je me refuse à ne pas respecter les traditions. Nous attendrons donc la fin de la guerre que nous revenions tous victorieux et économiquement plus sereins pour célébrer comme il se le doit ce mariage en ces lieux. Vous avez ma parole et celle des Wenden a toujours eu de la valeur.

Aliénor prit une pause et commença a entrer dans le vif du sujet de négociations qui allaient s'annoncer intéressantes.

- En l'état votre proposition me va. Néanmoins, étant la dernière adulte vivante de ma famille et donc n'ayant pas d'homme en âge de négocier tout cela pour moi, comme le voudrait l'usage, vous comprendrez que je vous demande l'effort d'oublier ma dote et de supporter l'intégralité des dépenses liées au mariage.

Aliénor profita de prendre un petit moment pour boire un peu de sa bierre avant de poursuivre.

- En outre, l'état de ma famille étant celui qu'il est je souhaiterai qu'il soit établi une filiation matrilinéaire afin que puisse se perdurer le nom des Wenden qui est en voie d'extinction. Il serait vu d'un mauvais oeil que la seigneurie de Wenden n'appartienne plus à cette illustre famille qui en porte le nom.

Elle se redressa alors et écouta l'avis du vieil Arnoul de Stern sur ces questions en espérant qu'un accord entre eux ne serait pas trop difficile à trouver. Si elle acceptait finalement la possibilité de contracter une telle union, Aliénor souhaitait s'assurer que ce ne serait pas à n'importe quel prix et ce qui lui tenait le plus à coeur, outre la santé de sa seigneurie ainsi que des terres dont elle était seulement la gérante, c'était au respect de sa famille. Ce respect commençait par en éviter l'extinction. Or son neveu étant certes en vie mais trop jeune pour pouvoir compter seulement sur lui à propos de telles questions (à un enfant tout peut arriver, une simple maladie peut parfois même les emporter). Il lui incombait donc de s'assurer de la pérennité de son nom.

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