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 Convalescence

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Halyalindë
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MessageSujet: Convalescence   Jeu 5 Oct 2017 - 18:09

Chronologie Ardamir :
<< La Tranquilité de l'hiver

Chronologie Halyalindë :
<< Un cas d'urgence
Comme en famille >>

Missives associées :
Missive de Telis au Trône Blanc
Missive d'Halya à Sandriel
Missive d'Halya à Fenris




Hiver - 1er jour 5e ennéade de Karfias
10e année du XIe Cycle


« Comment ça, restreint ? » Au-dessus du voile bleu nuit qui lui masquait la bouche, les paupières de Telis se plissèrent. Le regard bleu sombre de la Voilée quitta la missive paraphée par le régent pour se poser sur l'homme aux épaulières en forme d'Aigle qui s'était avancé de deux pas par rapport au groupe qui faisait le pied de grue dans l'immense hall du temple.
« Il s'agit de la décision du Haut-Conseil, Archisivi...
- Le Haut-Conseil n'a aucun droit de s'immiscer dans l'organisation des cultes. Si le Haut-Conseil commence à croire que sa voix prévaut sur toutes les autres, il ne vaut pas mieux que les fidèles de Tinùviel.
- Comment pouvez-vous tenir de tels propos ?! » rugit l'homme en serrant les points. La petite femme ne se démonta pas le moins du monde.
- Et comment pouvez vous venir jusqu'ici et me brandir un parchemin sous le nez pour que je participe à l'enfermement d'une femme et que je la fasse surveillé jour et nuit par des étrangers ? Si son jugement a décrété qu'elle devait être remise aux soins du culte de Tari, c'est à moi et à ma communauté de prêtres de décider ce qu'il convient de faire. Sinon, elle n'a rien à faire ici a moins qu'elle en fasse elle-même la demande. Notre but premier est de permettre à nos pensionnaires de reprendre au plus vite une vie normale hors de ces murs avec le soutient de nos confrères adeptes de Kÿria.
- Si le Trône Blanc en est venu à cette décision, c'est bien car il a considéré que Heri Halyalindë souffrait d'un mal-être profond et...
- Prenez moi pour une idiote.
- Elle a tué quelqu'un, Archiviste. Nous ne pouvons la laisser reprendre sa vie quotidienne sans un minimum d'accompagnement et de soutien.
- C'est une militaire. M'est avis qu'elle a tué bien plus d'une personne, tout comme vous, Heru. » Le regard de l'Aigle se durci. Bien que le ton de la prêtresse soit d'une neutralité cinglante, elle n'avait pas haussé le ton.... Pourtant, si en temps normal le voile qui lui couvrait la tête et le visage laissait difficilement deviné quels sentiments pouvaient l'animer, la dureté de son regard ne laissait aucun doute sur sa colère. Il n'était pas dans le caractère de l'Archiviste de transiger avec son sacerdoce. Les deux profiles coupés à la serpe s'affrontèrent un moment, sans un son, devant la foule de spectateur silencieux que formaient Halya et ses soigneurs. Au final, l'un de ces derniers prononça doucement le nom de leur protecteur du moment pour le rappeler à la réalité de sa mission. Il lui jeta à peine un coup d’œil avant de jauger de nouveau la prêtresse des pieds à la tête.

« Le Trône Blanc vous demande d'accueillir Heri Halyalindë le temps de sa convalescence. » soupira-t-il en se pinçant l'arrête du nez. « Est-ce vraiment trop demander pour que ses actes n’aggravent pas la situation d'Eteniril plus que cela n'a déjà été le cas ?
- Le cloître est un lieu de repos et de soutien. Pas une prison politique, Heru. Je suis navrée.
- Si je peux... » tenta l'un des soigneurs
- Vous ne pouvez pas. Si le trône blanc veut enfermer quelqu'un et le faire garder par un groupe de personnes sélectionnées à cet effet, le Palais sera certainement ravis d'accueillir sa... son ancienne Protectrice. Revenez quand vous aurez une missive d'Holimion. Heri. Heru. Heru. » La manière même qu'elle avait de prononcer ce simple mot en posant son attention sur l'Aigle le fit se redresser.
« Si vous voulez bien éviter de me compliquer la tâche...
- Vos complications ne sont pas mon problème. » trancha-t-elle en posant assez vivement le parchemin paraphé sur le torse de l'Aigle pour qu'il s'en empare par réflexe. « Si vous voulez prier, la Salle des Lueurs est juste au bout du hall. » Enfin libérer du poids de l'ordre, Telis fit volte face malgré l'appel de plus en plus mécontent de l'Aigle. Plusieurs têtes s'étaient tournées vers le petit groupe. L'un des soigneurs qui accompagnait l'ex-Protectrice fit peu a peu lâché prise au soldat en l'apaisant à voix basse. « Et dire que je pensais que la partie compliquée serait de prévenir le Conseil... Restez là, je vais au palais.
- Mais...
- Vous ne sortez pas de ce temple. Je n'hésiterai pas à vous y ramener par la force.» répéta-t-il lentement en fronçant les sourcils face à la rouquine pour laquelle il devait faire tout cela. « Suis-je clair ?
- Parfaitement clair. »

En le regardant s'éloigner, Halya soupira sous l’œil attentif de sa garde rapprochée, ravalant des souvenirs mal venus qui la tendaient légèrement. Sous la voute du long hall au milieu du quel s'écoulait une rigole alimentée par une statue de la Voilée portant une vasque, épiée par les bas-reliefs autant que par les guérisseurs, le retour dans sa ville natale ne s'était pas fait exactement comme elle l'aurait voulu. Déjà un an qu'elle avait quitté le Palais. La poursuite de Randil dans les Wandres et le long voyage avec Fenris semblait si loin. Ils avaient tant évolués, tant partagé depuis. Tout en se promettant de ne jamais le considérer comme acquis elle n'avait plus d'autre angoisse que celles de lui attirer des ennuis ou de le savoir blessé lors d'une mission, mais c'était un risque bien intégré étant donné le temps qu'elle avait passé dans l'armée. Parmi les Aigles, son nom ne devrait pas trop lui coûter, en revanche, étant donné que certains protecteurs pourraient avoir été jusqu'à évoquer un possible bannissement, certains missions pourraient lui être plus ardues que d'autres.

Mais tout ça était irrémédiablement loin d'elle pour l'heure. Demandant à ses accompagnateurs si elle pouvait se rendre dans la salle des Lueurs pour prier pendant que les démarches étaient faites, elle se retrouva assise en tailleur, des soigneurs assit quelques pas derrière elle. De Emeric à sa mère en passant par Kailan, Mirahn et Unmiriel, elle avait une pensée pour chacun et pour chacun de leurs proches. Mais aucun autre Etenirili que l'Arbitre n'y figurait. Les heures s'écoulèrent, paisibles, comme elles s'écouleraient dorénavant sans doute. Elle avait perdu la notion du temps depuis longtemps lorsque ses soigneurs lui firent enfin signe de sortir. L'Aigle qui les avait escortés les attendaient dans le hall accompagné d'un jeune clerc en train de se ratatiné sur lui-même... et d'Ëorim. Le vieil homme au visage anxieux buriné de rides ne laissa a personne la possibilité d'ouvrir la bouche. Il serrait déjà sa fille dans ses bras. « Ma Rava. Kÿria me pardonne. Je viens d'apprendre. »

Surprise par la chaleur de l'étreinte, Halya eut un instant de battement avant de la lui rendre. Cela faisait longtemps... et cela faisait du bien. Le nez dans le coup du mage, ses cheveux blancs bordant son champ de vision et ses bras autour d'elle, elle respira profondément. « Tout va bien papa... » sourit-elle malgré tout, ravalant la boule d'émotion qui lui grossissait le cœur. « Je vais bien. » Il y avait tant de choses qu'elle aurait voulut partagé... Mais pour une fois, les gestes n'étaient pas suffisant. Elle qui avait tant de mal à trouver ses mots en avait beaucoup trop en tête. Et également trop consciente de la proximité de ses geôliers, elle s'arracha à cette étreinte avant d'y risquer sa contenance, soutenant le regard de son père tout en sachant qu'il n'était pas dupe. « Alors ?
- Votre père a parlé à l'Archiviste. Vous allez pouvoir vous installer. »

L'Aigle renâclait visiblement à en dire plus. Très bien... Elle ne pouvait que prendre sur elle de toute façon. Au lieu d'utiliser le self contrôle appris en exerçant son devoir pour résister à la pression des responsabilité, elle luttait contre ses propres penchants. Agacée ? Le mot aurait été faible dans d'autres conditions. Savoir ce que le Conseil avait dit de cette nouvelle était sûrement trop en demander. Par contre - et c'est en grande partie ce qui la détourna dans l'envie soudaine de faire remarqué à l'Aigle que jouer à cache cache étant donné que la moitié de son arbre généalogique encore en vie était au Conseil était des plus puéril - elle fut captivé par un détail que la présence de son père ne lui avait pas laissé le temps de remarqué plus tôt. Et quel détail ! Elle hésitait entre le rire et l'inquiétude. Autour de l'oeil droit de l'Aigle fleurissait une tâche gonflée et rougeâtre tournant lentement au violacé. Peut-être n'était-ce que ça, mais son air semblait non seulement plus sombre mais également déstabilisé. Quelque chose clochait et son attention flageolait. Il du tout de même s’apercevoir du nez froncé de la rouquine en train de le scruter car il se redressa et se racla bruyamment la gorge.
« Je vous laisse Je repars dès l'aube à Alëandir et j'ai encore à faire. »
« Bonne route. » sourit-elle en lui tendant la main. Étant donné l'énorme sac de nœud que devait être pour lui cette mission, elle se sentait étrangement prompte à oublié tout ce que ce gardien pouvait avoir de désagréable. « … Bon rétablissement. » Ils échangèrent un hochement de tête et l'Aigle tourna les talons, portant discrètement la main à son œil enflé. Nul doute qu'il irait voir un guérisseur avant de partir... Le coup de poing qui avait engendré cela avait du être des plus violents. Retenant un sourire guilleret, la patiente secoua la tête.

Emboîtant rapidement le pas du tout jeune homme qui les précédait dans les couloirs, La petite troupe resta plutôt silencieuse. Ils passèrent du hall à un long couloir bordant un jardin intérieur. Les chambres étaient dans les étages alors que la promenade couverte était bordée de divers communs comme une grande salle d'étude, les cuisines ou un réfectoire. Plusieurs personnes aux mines ternes et fatiguées s'activaient avec lenteur, accompagnées parfois d'un ou d'une voilée qui parlait avec eux à voix basse, arborant des traits légers et bienveillants. Le gargouillement de la rivière leur parvenait en fond et sa rive était accessible par un passage étroit entre la chaufferie et la salle du chapitre.

En montant un escalier large et éclairé, le jeune clerc leur expliqua que, par me sure de précaution pour les cas de mal-être les plus graves, certaines chambres avaient été conçues comme deux chambres contiguës, afin qu'un prêtre puisse toujours être à porté de voix. Malheureusement, ces chambres étaient toutes occupées et l'Archiviste n'avait put mettre à disposition des soigneurs d'une seule pièce exiguë ne possédant qu'un lit, parmi les chambres des initiés. Halyalindë, elle, serait au second étage, avec les résidents les moins gravement atteints, mais Telis avait été clair : si elle manquait trop de place, la chambre serait récupérée dans la seconde. Le fait qu'il ne manque pas de place ce jour là était déjà un exploit en soit, Halya avait l'habitude de devoir gérer le manque de place dans les hospices et les temples depuis Ellyrion... Elle jeta un regard à en biais à son père qui lui servit un sourire de chat avant de reprendre la marche.

Après un rapide tour par la chambre de soigneur, ils obliquèrent vers celle qu'occuperait Halya pendant un temps indéterminé. Une porte en bois épais, muni d'un loquet extérieur et d'un loquet intérieur tout deux en bois. Derrière, une chambre de taille respectable mais sans extravagance. La place pour un lit, un grand bureau, un baquet, une coiffeuse, une armoire, une commode et surtout une grande fenêtre donnant sur la rivière et plus loin les Racines. Entièrement bordée d'une tresse de vigne dont les jeunes feuilles ne tarderaient sans doute pas à tamiser le soleil printanier, le décord n'empêchait pourtant pas de fermer deux volets de bois habilement accrochés. Le sol de pierre de Mera était recouvert d'un épais tapis autour du lit. Les murs blancs étaient décorés de frises en bas relief cerclant la pièce à mi-hauteur. L'endroit était coquet et lumineux, agencé d'une façon paisible et agréable. Sans prétention aucune. Pourtant la première pensé d'Halya en pénétrant dans la pièce fut pour coins des quatre murs. Comment se sentir chez elle en vivant dans une chambre pourvue d'angle alors que les rondeurs des alcôves végétales la berçaient de leur chants depuis le rituel que le druide Eninril lui avait accordé...? C'était dans une autre vie lui semblait-il. Elle était seule avec Randil et son devoir, mais au moins elle savait qui elle était... Le problème de cette retraite était qu'elle savait d'avance qu'elle ne trouverait pas les réponses à ses questions entre quatre murs.

Insensible à ce qu'il pouvait se passer dans la tête et le cœur de la dame, les soigneurs eurent tout de même la décence d'accepter de la laisser un peu seul avec son père quand celui-ci leur en fit la demande. Enfin seuls. Une boule au ventre et le dos tendu à lui faire mal, Ëorim pris quelques instants pour véritablement observé son enfant. Elle était accoudée à la fenêtre, pensive. Ses doigts jouaient avec la bordure de vigne entre-mêlée, si sage qu'il ne put s'empêcher de sourire avec nostalgie. Il ne pouvait pas lui demander si elle allait bien. Il n'y avait toujours eu qu'une réponse possible à cette question... Tête de mule.

« Tu seras vite dehors ma Rava. ça ne sera pas plus long que ta punition après ton escapade avec Denedrim. » Elle étouffa un rire jaune, hésitant à se retourner plus que pour jeter un coup d'oeil par dessus son épaule. « Je crois que cette fois, c'est un peu plus grave qu'entrer par effraction dans le bureau du Protecteur. Tu sais comme moi que cette situation n'est pas amenée a avoir de fin. » Il ne su quoi répondre. Pour le moment toutes les réactions avaient été bien trop passionnées pour pouvoir tenir longtemps. Ardamir était une chose. Les cités éloignées du front et de la réalité de la dernière décennie en étaient de bien trop nombreuses autres. Loin de ceux qu'elle avait a convaincre, sa fille paraissait tout de suite moins débonnaire après son premier penchant qui l'aurait poussée à s'ouvrir à lui, elle hésitait à nouveau. Ses vêtements de voyage étaient débarrasser de toute représentation d'aigle, de tout symbole ardamiri, de tout signe de ralliement. Seuls à sa ceinture étaient piqués la broche de sa mère ainsi qu'une autre, dont il ne pouvait que reconnaitre le symbole. Au moins il pouvait être rassuré de ce côté là, jamais elle n'aurait porter cela si quelque chose de mal s'était passé entre eux, mais cela ne changeait pas ce qu'il avait sous les yeux. Halya n'avait pas besoin de le dire pour qu'il voit à quel point elle était touchée par cette histoire.

Le silence s'étira. Rejoignant sa fille au bord de la fenêtre, il posa une main bienveillante sur son épaule, recoiffant par réflexe ses cheveux filasses. « Le conseil à mis à disposition des soigneurs de Tari et de Kÿria, huit salles du palais soit quarante-cinq lits, et l'Aigle qui vous a escorté à accepté de porter un message au Trône Blance de la part de l'Archiviste Telis en échange de ton hébergement ici. Tu n'es pas toute seule cette fois.
- Papa...
- Il est hors de question que tu retournes en Alëandir. » Sa voix était aussi douce que ses gestes. D'aucuns auraient surement trouvé bien étrange la vision d'une ancienne Aigle, Commandante et Protectrice ainsi paternée. Elle savait qu'il était inquiet, consciente que s'était en grande partie sa faute... ou du moins c'est ce que beaucoup de gens s'étaient échinés à lui faire croire depuis bien des mois, ce qu'elle avait fini par intégrer. Comme pour Fenris, elle ne pouvait pas se résoudre pour autant à s'apitoyer sur son sort et à se flageller mentalement. La fuite en avant avait toujours été sa meilleur technique face aux regrets. Une mauvaise habitude qu'elle combattait au jour le jour mais qui en l’occurrence avait été mise aux arrêts par la décision du Haut-Conseil. Aujourd'hui, c'était son père qui l'aidait à remettre les choses en perspective. « J'ai fait confiance une fois aux méthodes du régent pour soigner ma fille je ne referai pas la même erreur que lorsqu'on m'a annoncé que tu devais rester dans les mouroirs d'Eraison parce que tu avais un comportement soit disant dangereux pour toi et pour les autres.
- Tu exagères. J'avais attaqué quelqu'un. Il n'était pas res...
- Pas responsable ? Ce n'est pas notre régent qui s'est proclamé en charge de l'organisation des infirmeries ? Pas lui qui a permis que tu sois empoisonnée à petit feu ?
- Il m'a aussi empêcher de tuer quelqu'un ce jour là. Et que mon intervention à Eteniril a sûrement fait plus de mal que de bien à la cause des Rebelles sur le long terme. C'est plus compliqué qu'il n'y paraît.
- Ce n'était pas ta faute. Tu étais en état de choc... » Il soupira devant le visage volontaire qui lui faisait face. Avec ce regard là, il savait d'avance qu'il ne la ferait pas changer d'avis, pourtant il n'hésita pas à continuer.. « En tout cas il est hors de question que je te laisse enfermer dans un coin sans avoir mon mot à dire cette fois. »

Tout en parlant, il l'avait poussée à se tourner et à le regarder en face. Elle n'avait pas tenue longtemps. Les yeux humides, Halya serrait les mâchoires. D'un côté il y avait les souvenirs qu'elle essayait de juguler depuis des ennéades. Eraison. La façon dont elle avait lentement glissée dans la folie. Les regards de terreur, de mépris, le sang qu'elle avait sur les mains, la douleur dont elle avait été responsable, pour Fenris, pour Macabre, pour tant d'autres lui semblait-il et plus tard l'état dans lequel elle s'était retrouvée après Eteniril. Et pourtant... il y avait... De la culpabilité, de l'inquiétude et de la fierté dans le regard de son père. « Halyalindë... » murmura-t-il, la voyant se détourner pour croiser les bras face à la fenêtre.« ça va. Les derniers mois ont été assez éprouvant c'est tout... » Sans un mot, il la prit de nouveau dans ses bras. Elle essaya bien de dire quelque chose, de se défendre, comme elle en avait l'habitude, mais visiblement, le fait d'être butté était un trait de caractère familial. La gorge serrée, blottie comme une enfant dans les bras de son père, elle n'avait d'autre choix que de laisser un peu sortir ce qu'elle n'avait pu que contrôler sous l’œil de ses geôliers. Il ne fallut qu'un au vieux mage pour comprendre que le léger tressautement qu'il sentait dans les épaules d'Halya était le point de départ de sanglots que ressemblaient peu à la personne farouche qu'il avait élevé... Ce qui ne fit que renforcer la haine qu'Ëorim éprouvait déjà à leur égard. On ne pouvait pas soigner de façon bienveillante tout en retenant quelqu'un contre son gré. ça n'avait aucun sens ! Mais pour l'heure, il faisait taire la colère pour profiter de ses retrouvailles, la joue posée contre la tempe de sa fille, passant une main apaisante dans son dos. « ça ira. Il ne faut pas te mettre dans des états pareils...
- Je sais... J'ai... » Sentant ses bras se contracter autour de lui, il la serra plus fort, la berçant presque sans s'en rendre compte. « Je ne veux pas qu'ils m'enferment. Pas encore. »

Terrifiée... Elle avait beau dire que c'était normal que le haut conseil ne l'ai pas simplement laissée allée, la sentence qu'Arnorn avait prononcée la terrifiait. Elle n'était pourtant ni stricte ni déplaisante à première vue. Quelques mois de vacances forcées pour retrouver un équilibre dans sa vie n'était pas plu mal. C'était ce qu'elle pensait s'autoriser à prendre pour trouver un juste milieu entre sa dévotion à son devoir et ses aspirations personnelles. Mais cela n'avait rien de rationnel. A l'idée d'être à la merci de soigneurs qui l'empêcheraient d'aller et venir à son gré, qui aurait tout pouvoir sur elle y compris celui de l'isoler, elle était terrifiée. Elle disait être passé au-dessus sa séquestration des infirmeries d'Eraison. Elle le pensait, même... avant. Aujourd'hui, la méfiance extrême qu'elle avait envers ses soigneurs - bien qu'elle fasse tout pour que cela ne transparaisse pas - ainsi que le stress permanent dans lequel elle était lui usaient les nerfs.

Elle sentit un baiser dans ses cheveux. « Je t'aime, ma Rava. » murmura-t-il seulement. Il lui donna le temps qu'il lui fallait pour se calmer, jusqu'à ce que ses sanglots ne soient plus que d'occasionnels reniflements. « Tant que tu seras en Ardamir je te promet que nous ne laisserons rien t'arriver.
- Je sais... Merci d'être là, papa. »

Un léger rire lui flatta l'oreille et on la força à s'écarter légèrement. Une main aux doigts osseux lui brandi un mouchoir sous le nez tandis que l'autre dégageait son visage des mèches folles et humides qui y étaient collées. « Il n'y a pas que moi. Tu as plus d'amis et d'alliés que tu le penses, des gens qui te respectent. Si le Conseil a décidé de te suivre après le Voile, malgré le fait que tu étais une militaire, ce n'est pas par un coup de chance et ce que tu as accomplis depuis a convaincu ceux qui n'ont pas été touchés par ton optimisme, ton sérieux, ton courage et ta sympathie. » Il en rajoutait des tonnes, comme tous les parents, mais cela eut le mérite de faire sourire la rouquine. « Tu sais, Telis n'était pas la seule à être choquée par la sentence et la manière que le Trône Blanc a eut de l'imposée. Chacun a ses raisons, mais même au Conseil, les réactions ont été vives. L'homme qui vous a escorté s'en souviendra certainement...
- L'oeil au beurre noir... ? » demanda-t-elle en se mouchant.
- Killen. »

Stoppant son geste, les yeux bouffis d'Halya se vrillèrent dans ceux, luisant d'espièglerie, de son père. « Par Arcam... Il n'a pas...
- Et si. Il faut dire que notre hôte n'était pas très poli pour un Aigle. Ceux qui ont été recrutés après le Voile manquent un peu d'humilité j'ai l'impression. Enfin. Killen et lui ont été séparés et notre Seigneur-Limier en est quitte pour un côte fêlée et une longue discussion avec l'Arbitre Vaëlie. Sedhen a failli en venir au main également mail Killen a été plus rapide. Je n'avais jamais entendu une si longue liste d'insultes servant à se référer à l'inaction du Haut-Conseil... Kaëlis était moins expansive, tu peux l'imaginer, mais j'ai eu la surprise de voir à quel point elle était mécontente de te voir écarter de la politique. La plupart des autres conseillers étaient réellement outré que le Haut-Conseil ait pris pris une décision d'une telle ampleur pour la Cité sans en référer à Ardamir avant et le fait que tu sois celle qui a demandé à Kaëlis de venir représenter Ardamir ne joue pas non plus en leur faveur. Pour l'instant il y a beaucoup de colère, peu de réelles revendications et la milice se tien près à calmer la communauté Eraisonnienne pour laquelle tu représentes beaucoup. Certains ont été jusqu'à dire qu'Alëandir pouvaient t'interdire de siéger au Haut-Conseil mais pas obliger le Conseil à t'éloigner de la politique de la Cité car cela remettrait en cause notre autonomie administrative. Bon... Certes, d'autre en ont profité pour hurler que nous aurions de toute façon t'écarte au moment de son départ après Eraison et que la mort de cet Etenirili était une preuve supplémentaire.
- Fedrion ?
- Qui d'autre ? Vaëlie en a été très peinée, l'Ancien est resté égal à lui-même et Lorenir a conseiller à Fedrion de faire un tour à Eraison, au lac de cendre et à Ellyrion avant de parler du poids du sang. Une franche approbation en somme. » Comme elle commençait à se reprendre, il posa un baiser sur son front et l'entraina vers le lit tout proche pour s'en servir comme d'une banquette, la laissant se lover au creux de son épaule. « Tu vois, tu es loin d'être isolée. » En politique peut-être... Mais de vrai amis, c'était une autre paire de manche... Elle ne dit rien. Rien d'autre qu'une question qui pourrait faire avancer leur discussion sur un autre sujet.
« Alors finalement Lorenir a accepté la charge ?
- Oui. Il ne s'est décidé qu'il y a quelques jours seulement. L'idée de prendre la suite de Feran a été difficile pour lui.
- Félicite le de ma part pour cette décision. Il fera un excellent Commandant.
- Oh il y a de bonne chance qu'il passe te voir à un moment ou à un autre. Tu le feras toi-même. Mais pourquoi parler de travail. Toujours de travail. Profite au moins de quelques ennéades pour prendre du temps à toi, histoire de laisser tout cela se décanter.
- Si je parle toujours travail c'est que hormis ça, Fenris et Randil je n'ai pas grand chose... Et encore Randil refuse de me laisser approcher et Fenris doit continuer sa formation d'Aigle. Mes amis ne sont que des connaissances de travail. Sandriel est loin... Et techniquement, même lui c'est une connaissance de travail à l'origine. J'ai passer tellement de temps à gérer des crises ces dernières années que je ne sais même plus ce que je faisais pour me détendre avant. Je fini même par me demander pourquoi j'essaie de tenir le cap...
- Parce que tu es une femme remarquable qui n'aime pas voir les autres souffrir. Mais tu es comme ta mère, tu t'oublies dans l'équation ce qui a le dont d'énerver les personnes qui te son proches.
- Tu peux parler...
- Bon. D'accord. Tu tien ça de nous deux. » grommela-t-il en fronçant le nez d'une façon qui ressemblait beaucoup à celle de sa fille. Elle sourit « Et pour ce que tu faisais pour te détendre... Tu dansais. Divinement d'ailleurs. Tu passais tes journées dans les bois ou dans les endroit les plus improbables de la Cité, avec ta mère, avec ton oncle, puis avec tes amis, Unmiriel, Randil. Tu courrais, tu explorais, tu ramassais des plantes, tu chassais. De préférence dans des endroits interdits ou dangereux. » le ton leur arracha à tout deux un léger rire mais elle n'était pas convaincue.
- Et que veux-tu que je fasses de tout ça ici ?
- Tu peux toujours lire, ça c'est quelque chose que tu tiens de moi, même si tu as moins de patience. Demande leur si tu peux passer du temps au Sanctuaire pour profiter de l'extérieur, ou faire pousser quelques plantes médicinales dont ta mère avait le secret. Je suis sûr que Telis sera ravie. Et puis il y aura bien quelques visites pour te distraire.
- … On verra bien.
- C'est tout vu ! » ricana-t-il en se levant pour se servir un verre d'eau en apercevant enfin une cruche posée dans un coin. Délogée, Halya se laissa tomber sur la couverture. Au moins le matelas était confortable. Lorsqu'elle se tourna de nouveau vers son père, il fronçait encore le nez. « Quoi ?
- En fait réserve moi tous tes après-midi jusqu'à la fin de l'ennéade.
- ... Quoi ?
- Puisque tu ne peux pas t'échapper, je vais en profiter pour m'occuper de tes cheveux. Comme dans le temps... Non ! Pas un mot. Ce n'est pas négociable. »

Ainsi, les jours commencèrent à s'écouler. Lentement. Les soigneurs avaient fait leur office durant la matinée face à une Halya qui respectait scrupuleusement leurs recommandations. Le lendemain Ëorim vint armée de plantes, d'huiles, de poudres et d'une paire de ciseaux. Lorsqu'il reparti, Halya avait dix bon centimètres de cheveux en moins sur la tête et une prescription non négociable alors que son père était alourdit de trois lettres à envoyer à Alëandir. Par la suite, contrairement à toutes ses attentes, la patiente eu plutôt peu de temps pour s'ennuyer tant les demandes de visite faites à ses soigneurs étaient nombreuses. Sa marraine Vaëlie, Killen et Sedhen furent les premiers. Le représentant d'Eraison passait l'après-midi au cloître une ou deux fois par ennéade de toute façon tant le nombre d'Eraisonnien entre ces murs était encore élevé. L'Ancien avait fait le déplacement, tout comme Kaëlis et Lorenir. Les jumeaux avaient demandé à leur tante de les amener mais l'endroit avait été jugé trop dur pour les jeunes Tiril. Halya avait donc eu le bonheur de recevoir deux dessins des plus colorés et leur avait répondu par un croquis représentant un Phish'Oura rugissant. Elle n'avait que bien peu pris le temps de leur raconter des histoires et de passer du temps avec eux depuis quatre ans, pourtant, le peu qu'elle avait fait semblait marqué les deux enfants pour une raison étrange. Peut-être était-ce le fait qu'elle était l'une des personne qui osait le plus leur mère, de leur parler de leur père et de leur grand-père ? Puis il y avait eu des visites plus surprenantes. Hiriel en particulier, le jeune Limier qui avait renoncé à la carrière des armes pour se lancer dans les ordres après Eraison. Ils avaient eu une discussion qui avait beaucoup touchée l'ancienne protectrice... Mais c'est une autre histoire.

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