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 [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan

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Altiom d'Ydril
Humain
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MessageSujet: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Lun 16 Oct 2017 - 22:02

Perdus dans les vagues roulaient ses azurs, entre ondes et combes, mer et terre, embrassant celle seule pour qui son cœur toujours battrait.
- Aquela tèrra serà pas lo teuna Nautiòme. Lo sabes. (Cette terre ne sera pas tienne Altiom. Tu le sais.)
- Lo sabi. (Je le sais.)
- Mas te caldrà l'aimar. (Mais il te faudra l'aimer.)
- L'aimi ja. (Je l'aime déjà.)
- Te caldrà l'escudar. (Il te faudra la protéger.)
- L'escudarai. (Je la protégerai.)
- Seràs-tu pro fòrt ? (Seras-tu assez fort ?) Il ne put répondre. Il aurait pu s'enarmer de ses habituelles bravades, et d'un ton rieur l'entraîner dans ses frasques, bientôt le faire s'esclaffer à son tour et ainsi couper court à toutes ces choses par trop sérieuses, comme toujours, se les épargner pour laisser son aîné en profiter tout son saoul plus tard - on le bassinait bien assez pour deux le bougre ! Mais il sentit qu'il devait faire silence, ne pas interrompre cet instant, comme s'il revêtait quelque chose de fragile, presque sacré, quelque chose qui devait être dit maintenant ou tu à jamais. Vei aquel autan que bufa. Vei coma tot es en movement, come tot se gancilha, et totes s'embaugísson per son passatge. Dis que vira baug. Cresi mailèu que ne fa qu'empusar çò que penequeja ja ne nosautres. Ressentisses-tu pas, al cròs de ton ventre, quicòm que te dis qu'aquel vent es marrit ? (Vois ce vent d'est qui souffle. Vois comme tout est mouvement, comme tout s'agite et tous s'affolent sur son passage. On dit qu'il rend fou. Je crois plutôt qu'il ne fait qu'attiser ce qui sommeille déjà en nous. Ne ressens-tu pas, au creux de ton ventre, quelque chose qui te dit que ce vent est mauvais ?) Altiom ne pipa mot. Ieu lo sentissi. L'ausissi dins sa esventada, coma un mormolhadís que carga en el los ressons de totas aquelas maluras rescontradas en son camin, e que me dis quant lo monde patís. (Moi je le sens. Je l'entends dans son souffle, comme un murmure qui porte en lui les échos de tous ces maux encontrés en chemin, et qui me dit combien le monde souffre.) L'homme fit silence. Daissa pas aquel vent te rapar Nautiòme. (Ne laisse pas ce vent t'emporter Altiom.)
Et sans vraiment comprendre, l'enfant répondit : òc, paire. (Oui, père.)

Tariho de la troisième ennéade du mois de Favriüs vernal de la dixième année du onzième cycle.
Perdus dans le vague mouraient ses azurs, entre ombres et moirures, terre et mer, guettant celle seule pour qui son cœur encore battait.
- Aquela tèrra serà lo teuna Nautiòme. (Cette terre sera tienne Altiom.), fit son compagnon de la première heure.
- La foguèt sempre estat (Elle l'a toujours été.), confia-t-on. Dans le secret de la nuit naissante, ses yeux fatigués s'éteignaient, sa face malmenée se durcissait, sa chevelure plaquée par l'embrun se faisait d'un noir d'abysse. Enfin venait l'heure. Les hommes s'agrippaient à leurs lances, leurs lames, leurs écus, à leur foi vacillante, à leurs promesses incertaines de gloire et de richesses. Mais dans l'imminence n'existait plus nul refuge, et la vérité leur apparaissait dans toute son horreur : depuis le bout du monde ils étaient venus mourir pour d'autres. Naelisiens, Zurthans, Drossois, Sgardien, Ethernan, Alonnoise. Pour un archonte, pour un roy, pour des types qui payaient bien. Pourtant.. pourtant ceux-là aussi s'en venaient mourir. Et rien ne se lisait sur leurs faces qu'une délivrance, une gratitude presque. Comme s'ils avaient attendu, désiré, prié, désespéré de ne jamais vivre ce moment, toute leur chienne de vie ! Diable fallait-il être sacrément fêlé de la carafe ! Assez pour les inspirer. Ces hommes. Ils semblaient ne rien craindre. Ils semblaient si lointains, des colosses, emplissant l'horizon sans qu'on puisse les toucher, même du bout des doigts ! Comme si rien de ce monde ne pouvait plus les atteindre. Et l'on se prenait à croire alors que tout était possible.
La première lueur perça les brumes depuis Marcalm. Ydril s'était embrasée. Alors seulement il le comprit pleinement. C'était arrivé. Ce moment bien précis, cet ordre à donner dans la seconde, tout ce qui viendrait ensuite. Ce qu'il avait d'abord provoqué sans le vouloir, exhorté sans y penser, prophétisé sans y croire, depuis tant d'années. Tout cela était arrivé.
L'archonte coiffa son armet, tendit le bras, et dans le silence la flotte s'ébranla.


Épaule au mur sous l'arche d'une petite arrière-cour, un bougre comme un autre écoutait les murmures dans l'air du soir. Derrière la chaleur des chants de marins déjà à moitié en train de rouler sous les tables, les éclats étouffés depuis la grand'salle d'une taverne, derrière les jaspineries frénétiques d'un groupe de commères, il sentait planer comme une drôle d'agitation. Quelque chose que l'on pressent sans voir venir. Une brise d'avant la tempête. Sa grosse fiasque de ratafia à la patte, notre bienheureux pochard pourtant faisait montre d'une placidité sans borne, levant le coude pour saluer l'éventuel passant ou s'envoyer de quoi rincer la dentition, et tant qu'à faire un peu les deux. On entendit bientôt les clochers sonner la fin des vêpres. L'homme leva brièvement le nez, comme par réflexe, l'œil presque inquiet tout à coup, avant de s'en retourner lorgner le fond de sa boutanche. Quatre ou cinq minutes passèrent. Sans tout à fait désemplir, les rues se faisaient moins bondées, la douceur froideur, et l'on rentrait se claquemurer bien au chaud pour échapper à ce printemps encore fragile. D'abord rumeur, un rythme vint en échos résonner dans les rues, des bottes frappant les pavés dans un pas cadencé, une colonne cliquetante d'hommes en armes surgissant au tournant. Piques tenues bien haut, plastrons chatoyant dans la lumière des torchères, salades à visière enfoncées jusqu'au cou, les voilà qui s'enfilaient déjà dans quelque venelle.
- Sont passés. Bouge-toi l'gras du cul on va encore être les derniers.
- Ç'prend pas cette chiasse !
- Mais pinaille pas pour des queues, arrose le foin a'c ta vinasse et balance ta torche d'dans ! Dix secondes plus tard, la paire décanillait sans demander son reste, abandonnant la bâtisse aux flammes.
Voilà de cela quelques ennéades, de drôles de drilles avaient commencé à prendre contact avec d'anciens vétérans désabusés, des commerçants ruinés par la concurrence scylléenne ou de simples citoyens n'en pouvant plus de voir ces emplumés de la Côte de Sel se pavaner en leurs rues. Car depuis neuf ans la tension montait, partout en Ydril, contre ses occupants, quels qu'ils soient, et voilà que ces mêmes occupants maintenant se massaient dans cette belle cité, prêts à faire front commun pour défier la comtesse ? Par les armes si nécessaire ! Pour beaucoup, ç'avait été le point de non-retour, et la grogne habituelle s'était muée en hostilité à peine déguisée. Depuis peu, on avait reçu d'autres nouvelles, d'autres ordres. Le jour approchait, et l'on ne serait pas seul. On s'était fait passer le mot, de groupe en groupe : dès la mi-neuvaine, après les vêpres, si la brume est levée sur les eaux et si l'on devine encore les lunes au travers, est venue l'heure. Ça et là, réserves de foin, de barriques de casse-pattes ou de poix que l'on réservait habituellement au calfatage avaient été amoncelées, dans l'ombre d'une cave, le fond d'un entrepôt, l'oubli d'un réduit. Ça et là, on y avait bouté le feu loin des regards, près des casernes, des tavernes, de tout ce qui pouvait ostensiblement répandre le chaos au sein des murs.
Mais là n'était pas le plus osé stratagème. Juste devant le corps de garde de la citadelle, on put entendre un sourd grondement monter depuis les ombres, celui d'une horde, celui d'une meute enragée qui n'avait dans la bouche que le goût du sang et des cendres. On les accueillit, selon les us et coutumes, d'une belle volée de viretons dans le buffet, mais nullement ralenties, à peine inquiétées, abritées qu'elles étaient derrière deux grosses charrettes menées fond de train les grelots, les bêtes atteignaient la herse. Et qu'espéraient-ils ces purotins ? Pénétrer la forteresse, armés de quelques fourches et de ce bien maigre courage qu'ils trouvaient dans le fond d'une bouteille, à défaut de l'avoir dans le cœur ? On les en bouterait dans la minute ! D'ailleurs ils n'allèrent pas plus loin. Allons, déjà ! Ne fallait-il pas d'ordinaire en trouer une petite vingtaine avant que ne s'amorce la grande décarrade ? Puis l'on comprit que quelque chose n'allait pas. Ils tenaient bon, se campaient sur leurs positions, et les défendaient à corps perdu. Sous le corps de garde, sans tout à fait s'avancer, ils firent de leur mieux pour rester hors de portée des assommoirs, par lesquels on les abreuvait de dondaines à défaut d'huile bouillante, et convaincus semblait-il d'avoir assez ménagé leurs effets, révélèrent enfin la teneur de leur subterfuge : sous les bâches des tombereaux bloquant la herse à mi-hauteur, tout un chargement de fûts de harpoix et de suif, et des caisses, et des coffres, emplis de ferrailles et de rebuts divers, de tout ce qu'on put amasser pour alourdir l'ensemble. Et tandis qu'on y boutait le feu se présenta une espèce d'immense malabar, portant dans les pattes une masse toute à son image, qui d'un dantesque coup de celle-ci brisa net les essieux. Bientôt l'arsin gonfla, et sous la voûte un nuage gras et noirâtre se mit à enfumer tout l'endroit, remontant jusque dans les salles de manœuvre et des assommoirs, camouflant tant les assaillants que les défenseurs et les forçant à tirer à l'aveugle, sinon déserter les chambres de peur d'y finir asphyxié. Hélas ces marauds, tous braves qu'ils soient, n'étaient pas gens de guerre, et sans un prompt secours seraient bien vite dispersés.


Sur les quais, tous s'étaient figés, guettant les nimbes d'or et d'argent. Une galéasse solitaire entrait au port. Allons bon s'en venait-on de Cloynes ou Velmont par les eaux maintenant ? On attendait toujours de quoi emplir ces murs de bons et vigoureux défenseurs, il est vrai, mais par la terre. Et puis.. c'est qu'on ne vit point de bannière, et dans le climat actuel la chose ne faisait pas exactement bonne impression. Pourtant avant d'entraîner nos drôles à la mortaille sans plus de cérémonie fallait-il au moins s'assurer qu'ils soient là pour cette même affaire. Accessoirement, paraissait-il que la populace s'excitait dans la ville, et ma foi l'on était pas contre quelques paires de bras supplémentaire pour aller mater toute cette gueusaille ensauvagée.
- QUI VIVE ? que l'on fit.
- QUI VIVE TOI-MÊME ? que l'on répondit. Et à peine tombait la planche qu'en descendait un grand gaillard engoncé dans son harnois plain. Trois ans. Trois ans qu'il n'avait posé pied en son pays. Il sentit comme un grand feu lui emplir le poitrail. Mains aux pommeaux, on s'approchait déjà tout autour. Un Scylléen demanderait à un comte ce qu'il vient faire en sa propre terre ? Eh bien mes doux : la reprendre foutredieu ! Son interlocuteur rechignant manifestement à la comprenette, il sembla avisé de le mettre sur la piste si l'on souhaitait accélérer la manœuvre - c'est qu'on avait encore plus de trois mille bons zouaves à faire débarquer ! Ah votre peine à quitter cette belle Ydril comme je la comprends ! Je sais ma terre hospitalière, sa brise légère, ses filles beaucoup des deux, mais las ! tout invité, si distingué soit-il, s'en doit retourner en sa demeure un jour ou l'autre.- Ma parole ces sud'rons.. d'jà pas simp' d'piger vot' accent mais 'ssayez au moins d'baragouiner quequ'chose d'censé derrière. A'ors, vous débarquez d'quel patelin du Calozi ? À ces mots l'on opposa un silence pour le moins atterré. Et lassé de ces pitreries - ou ayant octroyé assez de temps à sa troupe -, Altiom s'assombrit.
- Quelque chose de censé ? Vivez en Scylla ou mourez en Ydril. On n'eut que l'occasion de froncer fort des sourcils en ouvrant la gueule pour sonner l'alerte. Un revers, un impact sourd. Le tas de viande valdingua dans la flotte, premier fauché par l'archontal bec-de-corbin, et la guerre commença.
- YYYYYYDRRRIIIIIIIIIIIIL !!!!!! Une clameur animale reprit le cri en chœur, les grandes nefs apparaissaient dans le havre ! Tandis que l'avant-garde débarquait de la galéasse, elles, vomiraient bientôt tout leur saoul de soudards, harnachés et armés de bien hideuse façon, de mailles brunies, de vouges eldanes et d'épées-scies d'au-delà des Septmonts. Les miliciens donnèrent sitôt l'ordre d'aller sonner le tocsin.
Sous le halo rougeoyant d'une ville qui s'abandonne à ses démons, les envahisseurs fondirent sur une garnison dépeuplée, partie sécuriser les quartiers hauts. Et devant la hargne barbare de ces hommes du Folbosc, les milices d'abord reculèrent, incapables d'envisager, d'endurer, pareille déferlante ! Ces armes abominables, ces faces grotesques et distordues qu'on ne pouvait croire d'hommes, et la première confrontation avec les horreurs du combat, bouts de bras giclant d'humeurs pendigolant dans le vide, piaulées des recrues à peine sorties de l'enfance qu'un carreau dans la cuisse émouvait encore, pauvres drilles à terre que des talons amis, dans leur débâcle, venaient labourer - œils, chicots, gorge et couilles -, tout cela d'abord ébranla la frêle coterie scylléenne. Puis tout à coup une craquée, un fracas qui terrifiait les cœurs avant l'esprit, fit trembler l'air.

- BALISTAS ! (BALISTES !) gronda Alaric en désignant deux tours des doigts, à chaque extrémité du port.
- RICO, VINGT GARS AVEC MOI ! hurla-t-on en retour, tendant un bras vers l'une, avant d'aviser la seconde. HALV, AVEC TES HOMMES ! Eh, dix souv'rains qu'j'nettoye ma tour avant la tienne.
- HAH ! Ma parole jamais vu un futur comte aussi rapiat, cinquante ou rien !
- Tenu ! Les capitaines décrochèrent alors leurs grands pavois de concert et ouvrirent la marche. Abritée derrière pareilles forteresses ambulantes, la piétaille restait confiante, et si l'on essuyait les premières averses de carreaux, deux ou trois Drossois s'occupaient de les rendre avec de petites arbalètes à levier. Côte à côte, Alaric et Altiom s'approchaient au pas de course de la muraille nord, mais déjà toute une troupe se dressait sur leur route, bien décidée à briser net leur charge. Il n'en étaient pas sûrs, mais pour avoir un temps occupé et "défendu" les cités scylléennes dans la guerre face à Merval - suivant l'épisode explosif de la Fièvre Nelenite -, il semblait à nos deux drilles reconnaître là le patibulaire faciès des hommes de la Brande. La chose aurait d'ailleurs le mérite d'expliquer comment leur tentative de formation en phalange en était arrivée à rappeler un tas de viande saoule s'extirpant à grand'peine du boui-boui local après avoir passé la nuit à cuiter. Mais ce qui leur manquait en discipline, les Brandais le rattrapaient par trois fois en rouerie, aussi savait-on devoir se méfier de ces coquins ! Des sauvages affrontant d'autres sauvages, aux pire pendards du nord de la Gliève on opposait la plus basse engeance de la Cité des Bandits ! Le choc fut rude, mais quelque part poétique, et si appliqué qu'il était à mettre des coups sur les crânes et protéger ses petits camarades, l'Altiom pour autant restait curieux d'assister au dénouement de pareille affaire. C'était un peu comme d'enfin savoir qui gagne entre le frakar et le bearog. Soit, on avait collé deux tarés de condottieri ydrilotes dans l'équation, et c'était évidemment de la triche, mais l'adversaire fit au moins honneur à sa réputation : on compta trois yeux crevés, deux doigts et une belle moitié d'oreille arrachés avec les dents, ainsi qu'une paire de balloches broyées parmi les rescapés de la Dross ! Mais trêve : nos comparses abandonnèrent leurs compagnons de jeu agonisant la gueule ouverte pour enfin se pointer sous les murailles, pas dommage !
- DEUX HOMMES DE FRONT, EN RANG DERRIÈRE NOUS ! ARBALESTRIE COUVREZ MA DROITE, VOUS AUTRES ENFONCEZ-MOI CETTE PORTE ! beugla le meneur pour couvrir le tumulte des combats. Un nouveau craquement, plus proche cette fois, le força à se retourner. Foutredieu, ç'une bicoque de Faeron qu'a ramassé ! J'avais promis à Glenn d'pas rayer la peinture.
- Encausal mai ta pas s'esfoirar, arcont en eissilh aquò paga pas las facturas ! (Raison de plus pour pas se foirer, archonte en exil ça paye pas les factures !) Et l'on entreprit de gravir l'escalier. Sans trop craindre les piques en face, la colonne s'exposait dangereusement aux traits sur son flanc droit, et de plus en plus à mesure qu'elle progressait. Arrivés sur le chemin de ronde, six des mercenaires étaient tombés sous les arbalètes scylléennes, mais l'on touchait au but ! Dans les dernières marches, nos deux Ydrilotes chargèrent soudainement ensemble, clouant quelques uns de leurs assaillants contre les merlons et les y maintenant fermement, le temps que les Drossois viennent leur passer la dague sous l'aisselle. Leur besogne accomplie, ils se replacèrent, face à l'est où subsistait encore une poignée d'hommes de trait. Derrière eux, on commençait à s'affairer sur l'huis de la tour : le marteau de guerre étant sûr de réussir là où l'épaule et les grands coups de tatanes échouaient. Un premier s'acharna d'abord sur le robuste battant en chêne comme un beau diable, puis un second, moins costaud mais plus endurant, qui parvint enfin à nous ouvrir une brèche là-dedans ! Encore une ou deux avoinées et celle-ci se fit suffisamment large pour y faire passer un homme. Ou le carreau d'une arbalète à tour. Embrochant deux pauvrets par le poitrail, les balistaires déjà s'échinaient à recharger leur mortel engin, qu'ils avaient déplacé juste devant l'entrée en comprenant la manœuvre des assiégeants. Furibards, l'on s'enfila sitôt par le trou béant, mais l'un des artilleurs, sortant sa coutille, saigna le premier audacieux qui, sous-estimant sans doute sa ventripotence, avait bien trouvé moyen de se coincer le lard dans l'ouverture. Un second, un peu plus conscient de sa masse, put quant à lui s'infiltrer et tenir en respect l'autre surineur avant que toute la bande ne suive, rectifiant promptement toute résistance. Reculant avec le reste, Altiom et Alaric pénétrèrent l'endroit à leur tour, forcés d'abandonner momentanément leurs pavois au-dehors.
- Rico, tu m’aplatis tout c'qui passe sa trogne dans l'encadrure, j'monte faire le ménage. Vous trois avec moi. Et s'il nous est toujours plaisant de conter les moult faits d'armes et autres actes héroïques de notre preux protagoniste, la suite des événements mérite à grand'peine qu'on y accorde ne serait-ce qu'une ligne : arrivant généralement dans le dos des pauvres bougres, pour expédier leur cas d'un coup sur la soupière, un duel inégal venant éventuellement réhausser cette morne affaire, le suderon reparut à peine cinq minutes plus tard au bas de la tour. Quelle situation dehors ?
- Los tirs aguèron desflacat, Alv aguèt degut encapitar de son costat. (Les tirs ont cessé, Halv a dû réussir de son côté.)
- Mais nous d'abord hein ?
- Eee.. digam qu'entre aquò e Faéròn siás per aver una crana deute. (Eeeh.. disons qu'entre ça et Faeron tu commences à avoir une sacrée ardoise.)
- Ha ! Et bien pressons-nous sus aux coffres du haut-viguier, avant qu'il ne filoche avec ! On chargea alors les derniers tenants de la muraille qui.. eh bien ma foi avaient déjà filé à la Missédoise, s'imaginant sans doute plus utiles vifs à renforcer le gros de l'ost qui s'en venait reprendre le port que morts en y conchiant leurs braies. Les compagnies d'Altiom, tout juste tenues en laisse par leurs capitaines, s'apprêtaient d'ailleurs à partir à leur poursuite dans les ruelles. Mais la chose, trop désordonnée, aurait risqué de leur coûter la victoire. Rejoignant ses officiers tandis que les premiers légionnaires posaient pied à terre, il divisa sa piétaille en trois colonnes de marche qui emprunteraient les rues secondaires - plutôt que ces grandes avenues où l'on s'exposait à l'éventuelle charge de cavalerie, que les troupes de Naelis étaient bien mieux à même de repousser -, et dont les arrières-gardes resteraient en contact constant via quelques cavaliers se relayant les informations. Halvdan prendrait la tête de la première, Altiom la seconde, et Ollvar la troisième. Ces deux derniers ayant personnellement devisé le plan transmis à l'Occhio Basso, ils savaient cependant que le temps leur était compté s'ils désiraient s'emparer de la citadelle avant que la herse ne soit déblayée. Et sans attendre que la Légion ne soit en ordre de marche, les compagnies s'élancèrent à l'assaut de la haute ville.

Seulement il était un détail que ses espies n'avaient pu transmettre après le départ de la flotte. Au simple guet qu'accueillait habituellement Marcalm, était venu se greffer plus du triple des effectifs. Ainsi l'archonte s'engageait sans même le savoir en infériorité numérique dans les entrailles tortueuses d'une cité qui n'attendait déjà plus que la guerre.
On vit d'abord un ou deux zigotos en livrée par-ci par-là, probablement quelques estafettes ou éclaireurs, que l'on ne parvenait que rarement à clouer dans le dos d'un vireton bien placé. Leur position était connue. Le premier instinct d'Altiom aurait été de se déployer plus progressivement, envoyer sa propre avant-garde pour éviter toute embuscade, mais il était forcé de presser l'offensive, et comptait sur le soutien d'une autre colonne si la sienne venait à être encerclée. Après les premières échauffourées du port, le silence était retombé sur la vaste coterie. Ne résonnaient plus que les bottes crasseuses entre les murs blanchis. Et dans les cieux empourprés par foison d'arsins ravageant encore la ville, le déchu ne put s'empêcher quelques instants de rêverie. Il devait rester alerte il le savait, mais ses nuits se faisaient maintenant si courtes et torturées que le moindre moment de flottement finissait par l'entraîner hors de ce monde. Il fallut un hurlement inhumain et la vision d'un homme se consumant sous ses yeux pour l'y ramener. Trébuchant, roulant, rampant, depuis une bâtisse en flamme, des silhouettes se tortillaient sur les pavés d'une rue attenante, dans un râle à vous déchirer l'âme. Sans doute piégées dans leur sommeil. D'ici la chose était incertaine, mais les voix ne laissaient que peu de place au doute. Il y avait un père, il y avait une mère, il y avait un fils. Et il y avait un monstre, à l'origine de tout, qui ne ressentit rien à cette vue.

- Nautiòme ! Una esquirgach ailà ! (Altiom ! Une patrouille là-bas !)
- Reculez, on leur saute sur l'râble dès qu'ils passent le tournant. Que la première colonne nous rejoigne en contournant par le nord si elle n'a pas encore rencontré de résistance, la troisième par le sud. On partit transmettre l'ordre aux estafettes montées. Et tout se passa comme prévu, d'abord. On attendit, tous en position, traits encochés - et l'on avait sorti pour le véritable engagement ces faiseuses de veuves qu'étaient les arbalètes à moufle, plus encombrantes mais ô combien plus dévastatrice -, on lut la surprise et la terreur dans les yeux de l'ennemi, on laissa la mort les faucher, on s'esquiva derrière les hommes d'armes, et on chargea. Comme prévu. On aperçut la colonne sud bientôt rejoindre l'assaut, et l'on s'étonna quelque peu de voir la première tarder. Puis l'on comprit. La manœuvre prévue était simple, et aurait probablement fonctionné sans accroc face aux effectifs attendus, mais sous les yeux de l'archonte une forêt de bannières émergeait lentement, par-delà les combats, menaçant le flanc de la troisième colonne sans qu'ils n'en puissent rien savoir, occultés par une rangée de masures.
S'extirpant des premières lignes, son harnois plain maintenant repeint de gueules par toutes celles qu'il avait écrasées, l'archonte héla les arbalétriers pour les envoyer se poster aux fenêtres de toutes les maisonnées des environs. Enfonçant ça et là les portes des habitants proprement tétanisés, craignant sans doute les trois jours réglementaires arrivés, nos drilles apparurent tout soudain aux étages, ouvrant les volets sans ménagement et ne perdant pas une seconde pour arroser qui de droit. D'ici leurs tirs sauraient être autrement plus mortels qu'au jugé, plusieurs lignes à l'arrière. Et à son tour, le meneur de la compagnie passa la tête par une embrasure, sonnant du cor le repli de la colonne d'Ollvar. Mais déjà les étendards rebelles l'avaient encerclé.

- Foutredieu Glenn fais vite.

HRP:
 


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Dim 26 Nov 2017 - 14:12, édité 6 fois (Raison : EAURTEAUGRAF + j'suis la carte ! j'suis la carte ! + balises chrono listenonrepeat qui faisaient de la chiasse + titre de trame)
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Aléandra di Systolie
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Jeu 19 Oct 2017 - 19:17



Ce soir, les flammes et le sang tacheront de rouge la cité de Marcalm-la-Blanche. Rouge, comme la viande que Théodebald s’empressait de gober. Une grosse fourchette argentée à trois dents à sa main droite, le cul toujours affalé sur sa chaise, le Haut-Viguier dînait seul. Et pourtant la table regorgeait d’un véritable festin. Sanglier, daim, lièvres, tomates, pain en tout genre, poissons fraîchement pêchés, et les spécialités locales telles que le crabe-diable. Oh, on ne mangeait pas seulement à sa table ! On buvait tout autant. Pour le gourmet qu’était Théodebald, on ne pouvait pas mieux tomber : Marcalm-la-Blanche était réputée pour son vin dans toute la région ! Vins qu’il goûtait par dizaine. Tout cela contribuait au bonheur du Scylléen qui passait ses journées à s’empiffrer et se détendre dans son petit palais au bord de mer.

Dehors, les véritables indigènes de Marcalm se révoltaient contre une occupation qui n’avait que trop duré, mais cela, le Haut-Viguier l’ignorait, il n’entendait pas le toscin. Un soldat, malheureux élu parmi sa troupe, vint lui annoncer, interrompant le festin du pacha.

-Sire d’Arseflèse... fit-il d’une voix hésitante.

Le Scylléen, à moitié saoul, leva la tête cachée derrière le cuissot qu’il était en train de rogner, et regarda le soldat d’un œil interrogateur.

-Pourquoi interromps-tu mon moment de la journée compatriote ? répondit-il d’un air totalement désintéressé, pour ensuite reprendre une verre de pinaille.

-Eh bien… c’est-à-dire que le peuple se révolte Monseigneur.  

Le Haut-Viguier finit de boire cul sec son alcool avant de s’essuyer la bouche et de dire :

-Et donc ? Dispersez-les, bons prud’hommes .

-Ils ont coincé la porte de la citadelle Sire.

Théodebald reposa son verre brusquement sur la table, faisant trembler les assiettes remplies de nourritures au passage. Le regard porté dans le vide, il déclara sans aucune émotion :

- Tuez-les par Néera! Qu’ils comprennent qui a le cul sur le trône ici !

Le soldat s’inclina respectueusement puis quitta la pièce en courant, tandis que le Sire
d’Arseflèse continuait son repas dans le plus grand des calmes.





La nuit était tombée sur Marcalm, et l’aube d’un nouveau jour se pointait à l’horizon. A la porte de la citadelle, on crevait. La joie et la peur aux visages, les quelques révoltants qui osaient encore se dresser face à la milice Scylléenne mourraient par dizaine sous les coups d’épées, percés par les lances et les flèches. Ceux qui cherchaient à fuir se retrouvaient bien souvent asphyxiés par l’incendie à la porte. La mort enjambait les corps de ces rebelles morts en embrasant la révolution, des jeunes pour la plupart, portés par un devoir patriotique et la haine d’un ennemi qui siégeait en leur ville depuis bien trop de temps. Leur fourches tombaient comme des mouches de leur mains. Leur sang dévalait les rues de Marcalm-la-Rouge, pour que tout le peuple puisse voir ce qu’il advenait de sa jeunesse trop téméraire. Mais il était trop tard pour raisonner ces révoltés, ils avaient déjà bien assez fait pour ce qu’il adviendrait par la suite.
Impossible de refermer cette fichue porte, dont le mécanisme était bloqué par cette fameuse charrette remplie de ferraille en tout genre. D’autant plus que l’incendie de cette dernière empêchait tout mouvement dans la salle des machines, qui se retrouvait aveuglée et asphyxiée d’un nuage noire apportant l’enfer avec lui. Et tandis qu’on avait distrait la garde par cet acte, certains en avaient profité aux quais..





Arthur d’Arseflèse, le fils cadet de Théodebald marchait d’un pas assuré dans les corridors de la citadelle de Marcalm. La face aigrie, le regard noir de ses yeux argentés et le claquement de son armure l’accompagnaient partout, faisant écho dans chaque pièce du castel. La main sur le pommeau de son épée, il entra dans la grande salle pour prévenir son père. Ce dernier, toujours à bouffer jusque la dernière miette, le fixa en stoppant net son action, la bouche grande ouverte face à une délicieuse part de crabe-diable.

-Ah mon fils ! Que me vaut cet honneur ? Le capitaine de la garde ne devrait pas être en train de me défendre de ses traîtres du peuple ? Puisque tu es là, prends donc une part, on se bat toujours mieux le ventre plein !

Le fils ne décela pas un sourire. Ne réagissant à aucun des propos inconvenants de son père, il prit la parole :

-Il ne s’agit pas d’une simple révolte. Nous sommes attaqués. Par la mer.

Le verre que venait de prendre Théodebald explosa dans sa main. Il devint tout rouge, enfin plus qu’à son habitude.

-Cette salope de Systolie ose s’en prendre à moi, un Scylléen ! Si nos compatriotes de Scylla ne m’avaient pas laissé, j’aurais bien réduit cette héritière d’un sang maudit et son palais en cendre ! Fais donc comprendre à cette « Comtesse » que comme Aetius a vaincu son cousin Systolie, nous la ferons sombrer dans la néant.

-Père, ce ne sont pas des Ydrilotes qui attaquent. Je n’ai pas reconnu leur bannière dans la nuit, mais il semble qu’ils viennent d’Ithri’vaan.

Théodebald eut un frisson. Il commençait sacrément à paniquer face à une telle situation. L’ennemi les avait pris par surprise, mais ils avaient un avantage : le Curzio et le Calozi avaient renforcé les rangs de la ville de 600 soldats et miliciens, dont de bons chevaliers, qui accompagnés des chevaliers Scylléens de Marcalm, constituaient une grande force de frappe. Et pourtant il avait peur. Qui voulait bien reprendre Marcalm-la-Blanche si ce n’était pas Aléandra qui la réclamait depuis des mois ? Des hommes venus de l’autre côté de la baie ? Cela avait-il un sens ?

-Tu es le capitaine sergent de la garde de notre ville, que fais-tu encore là fils ! Va et protège-nous de ces barbares ! Pendant ce temps..Je rassemblerai ma garde personnelle.

La seule envie actuelle du Haut-Viguier fut de prendre la fuite, plus que tout, quitte à laisser son fils mourir à sa place. Arthur, toujours droits dans ses bottes, et malgré sa haine envers la lâcheté et l’inactivité de son père, acquiesça avant de sortir au pas de course de la salle.
La guerre, il l’avait faite. Les cicatrices sur son visage, frôlant son œil droit, en témoignaient. L’homme était un grand chevalier, fort de ses combats et de sa carrure, appliquant la justice et la droiture. Si son père voulait qu’il perde la vie ce soir pour Marcalm, il le ferait sans hésiter. Mourir, il l’avait appris il y a bien longtemps. Il n’attendait qu’une mort glorieuse au combat, face à un adversaire digne d’intérêt, peut-être que les attaquants le satisferont. Mais l’heure n’était pas au fantasme d’une mort mémorable. Égoïste dans ses pensées, il en avait oublié qu’il y avait une ville à défendre. Et des hommes à mener.
Il rassembla les chevaliers de Marcalm, du Curzio et du Calozi dans la cour de la citadelle. Il avait chargé à d’autres hommes de mener la contre-attaque avec les renforts.
Près d’une centaine de chevaliers étaient ainsi rangés, en armure et sur leur étalons, prêts à servir et sévir. Quand ils chargeront, la lune disparaîtra dans leur ténèbres. En attendant, ce furent les miliciens et les arbalétriers qui occupaient les ennemis, les ayant coincés après qu’ils aient tenté de mener une embuscade à une patrouille. Le capitaine de la garde remarqua qu’il manquait quelques Sires en armure à l’appel, il cracha sur leur soit-disant honneur. Si ils étaient victorieux, il se promettait de punir ces traîtres par la suite. Arthur n’attendait qu’une chose : que la situation soit favorable pour mener la charge.
Il voyait déjà la scène dans son esprit : lui, au centre du combat, dans la mêlée parmi les restes de leur charge épique, à combattre et fendre ses ennemis en attendant que sa mort vienne. Et là, il la regarderai en face.



Pendant ce temps, le Haut-Viguier se dépêchait tant bien que mal à réunir sa garde et le petit nombre de chevaliers qui partaient avec lui Son ventre proéminent l’empêchait de se mouvoir comme il se fallait. Vite essoufflé, il s’arrêtait souvent pour faire une pause contre les murs de pierre qui supportaient sa demeure. Théodebald n’étant pas assuré de sa victoire, il préférait plutôt s’échapper en laissant la garnison et les hommes des vicomtés alliés se battre pour son domaine. Le plan semblait facile : pendant qu’ils se battraient dans les rues principales de la ville, ses gardes et chevaliers formeraient un cercle autour de lui en se dirigeant vers la grande porte qui faisait office d’accès terrestre à la ville. Si seulement c’était si simple..
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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Ven 20 Oct 2017 - 0:15


Il était un petit navire…

La guerre au nord ayant rendu Tibéria particulièrement nerveuse, cette dernière décida de ne prendre aucune chance. Elle envoya patrouiller sur les côtes des navires. Même dans les périodes paisibles, on pouvait apercevoir à l’occasion depuis la terre un navire battant le pavillon du duché. La duchesse en avait augmenté le nombre simplement par précaution. En aucun cas ces bateaux ne devaient engager le combat; ils n’étaient pas équipés pour cela de toute façon. Ils étaient là pour surveiller et informer. Légers et rapides, ils pouvaient facilement distancer les navires plus importants en taille. Chaque bateau disposait également de pigeons dont l’instinct les ramènerait à Soltariel aussitôt relâchés. Le moindre problème pouvait donc être signalé rapidement et ce système avait déjà fait ses preuves avec des navires en détresses. Avec eux, Tibéria s’achetait un peu de tranquillité d’esprit.

Bruno était assis sur le pont et passait le temps en taillant un bout de bois avec un couteau tout en fredonnant une chanson paillarde. Comme le jour d’avant, celui d’avant et celui d’avant avant avant, il n’y avait rien à signaler. À l’exception de quelques bateaux marchands qui les saluaient sur leur passage, le quotidien de la dizaine de marins de la Loutre se résumait à tourner en rond et à attendre. En soi, ce n’était pas une mauvaise chose. Ça signifiait que tout allait bien, mais les journées pouvaient être terriblement longues. Bruno finit par se lasser et jeta son bout de bois à l’eau. Il se tourna ensuite vers la barre où son second manœuvrait. Ils approchaient tranquillement de la côte d’Ydrill.

— Rien à signaler?

Son second avait le regard fixé à l’horizon.

— Je ne sais pas… Je crois sentir de la fumée… regardez là-bas!

Sentir de la fumée n’avait rien d’inhabituel. Avec les chandelles et les torches, puis les lampes aussi, il n’était pas rare qu’une odeur de brulé flotte dans l’air. Toutefois, une colonne de fumée dense qui s’élève dans les airs était nettement plus exceptionnelle.

— Un incendie?

— Ça en a tout l’air. Déployer les voiles, nous allons prendre de la vitesse. Autant s’assurer que la situation est sous contrôle.

Portée par un bon vent, la Loutre accéléra sensiblement sa course. Le capitaine prit le contrôle de la barre en espérant silencieusement que ce soit une fausse alerte. Le navire dépassa une crique et la ville de Marcalm fut en vue. Personne ne s’attendait à y voir un tel spectacle. La ville prise d’assaut était en flamme et une flotte importante occupait son port.

— Par Néera! S’exclama le capitaine. La ville est attaquée!

— Qui sont-ils?

Spoiler:
 

Le capitaine regarda pendant un moment au travers de sa lunette avant de déclarer.

— Cette flotte n’est pas de la Péninsule.

Sans donner plus de précisions, il se dirigea vers sa cabine où il prit le premier bout de parchemin à sa portée. Il décrivit en quelques mots ce qu’il venait de voir tout en se désolant de n’être là qu’après le fait accompli. Ce n’était pourtant pas la Loutre et son équipage qui auraient pu empêcher quoi que ce soit, ce bateau n’étant même pas conçu pour la navigation en haute mer. Sa courte missive achevée, il sortit l’un des pigeons de sa cage et glissa soigneusement le message à la patte.

— Capitaine!

— J’arrive!

Il remonta sur le pont et relâcha l’oiseau qui s’envola aussitôt.

— Ne restons pas ici, nous devons en informer ces Altesses en personne.

Hrp:
 

La navigation comporte toujours son lot de risque. Même quand la mer est belle en apparence, elle cache toujours des menaces qui peuvent emporter tout un équipage dans les profondeurs. En tournant la barre, une vague frappa la Loutre de travers et l’envoya en direction de rochers invisibles depuis la surface. Bruno n’eut pas le temps de réagir que le bateau s’y écrasait. La secousse jeta tout le monde au sol, mais personne ne passa par-dessus bord.

— Vite, les dégâts?

Une tête émergea d’une ouverture.

— Limité. On a eu de la chance, on prend un peu l’eau, mais je crois qu’on va pouvoir réparer.

Bruno fit un rapide constat de la situation. Le bateau n’allait pas couler, mais il n’allait pas non plus reprendre la mer. Ils étaient bien coincés dans les récifs.

— Qu’allons-nous faire?

— Attendre… et espérer qu’ils soient trop occupés pour prêter attention à nous. Avec un peu de chance, nous pourrons peut-être nous déprendre quand la marée montera.

La situation était loin d’être glorieuse pour l’équipage de Soltariel.

HRP:
 

Un jour plus tard à Soltariel, le pigeon trouva son chemin jusqu’aux pigeonniers du château, trop heureux de retrouver enfin sa maison. Le gardien prit le message et le fit envoyer à la duchesse comme le voulaient ses instructions. La jeune femme le reçut à son bureau et quelques minutes plus tard, le palais résonna d’une voix stridente.

— QU’ON ME TROUVE FRANCO, IMMÉDIATEMENT!


HRP:
 
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Glenn Hereon
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Ven 27 Oct 2017 - 16:05


Quelques heures après le début de l’assaut, ce fut au tour du Roi de Naelis de débarquer sur les quais, accompagné de son impressionnante escorte de chevaliers. Le chevalier de Naelis ne servait pas Nééra et ne possédait aucune terre. Il avait une famille, celle de sa fraternité et un maître, son Roi. Sa force résidait dans sa discipline de fer et son uniformité avec ses frères. Tous portaient de lourdes armures de plates et un casque qui ne laissait qu’entrevoir leur regard. Néanmoins, une de ces armures brillait assurément plus que les autres car elle était la seule à luire, malgré l’obscurité. C’était celle du Roi, une antique armure de mithril, héritage de la précédente dynastie depuis longtemps oublié. Dans cet ensemble de couleurs métalliques, le rouge et le blanc de Naelis, peint sur leur large bouclier et les quelques bannière qu’ils portaient, offraient un élégant contraste. Venant tout juste de poser pied à terre, Glenn Hereon voulait prendre le temps d’observer les quais et d’analyser la situation. Mais c’était sans compter sur l’arrivée d’un cavalier, qui, voyant les bannières ainsi déployées, s’était élancé au devant de l’escorte :

- Votre Majesté, l’Archonte  ! L’ennemi il… Ce sont nos ! Encerclés... Le général Damons... Votre Majesté, il faut absolument…

- Mais ferme là ! J’ai rien compris à ce que tu me racontes ! Souffle un bon coup et conduis moi au général Damons.

- Oui votre Majesté, tout de suite votre majesté ! »


Ce devait être la première bataille de ce jeune légionnaire. Un jour qu’il n’était pas prêt d’oublier, s’il y survivait… Remontant le quai d'un pas rapide, Glenn balaya son regard sur le port : de nombreux corps gisaient le long de son passage. Des traits de balistes étaient venus se planter dans la boiserie, après avoir traversés des bateaux de la flotte. Les marins s’attelaient déjà aux réparations. On commencait même à rassembler les blessés dans un coin. La prise du port a été sanglante, les scylléens ce sont bien défendus. Sur la grande place, la première légion du général Damons attendait en ordre serré. Tous guettaient la fumée qui s’échappait, plus haut dans la ville, à la citadelle de Marcalm. Damons était reconnaissable de par sa large barbe noire qui descendait allégrement sur sa poitrine. C’est monté sur son destrier qu’il s’avança au devant de son Roi pour le saluer respectueusement :

- Mon Roi, le sieur Altiom, dans un élan de bravoure, s’est élancé à la poursuite de l’ennemi. Il n’a pas attendu le débarquement complet de  ma légion, mais j’ai pu envoyer une partie de ma cavalerie pour maintenir la liaison. Il est bloqué aux abords de la citadelle et l’ennemi encercle une partie de ses troupes. Mes cavaliers ont repéré une large avenue à l’est, que je peux emprunter pour prendre l’ennemi à revers. »

Fin tacticien, le général Damons n’avait pas perdu de temps. Tout en rassemblant ses troupes, il avait envoyé ses cavaliers sillonner les rues et garder la liaison avec les troupes d’Altiom, au contact direct avec l’ennemi. Cela lui permit d’élaborer un plan efficace que Glenn ne put qu’approuver. Les quelques deux-cent cavaliers de la légion chargeraient l’ennemi par l’Est pour dés-encercler la troisième colonne d’Altiom et ainsi de permettre son repli. Pendant ce temps, l’infanterie attaquerai par l’Ouest pour prendre à revers les forces adverses. Entre temps, le général Potemsk avait lui aussi débarqué et s’était tenu au fait de la manœuvre. Une fois l’ensemble de ses troupes débarqués, il laisserait une réserve tenir le port et attaquerai par l’Est pour prendre le relais des cavaliers de Damons. Les reîtres d’Altiom ont crées la surprise par leur force et leur énergie, mais voilà qu’ils s’essoufflent : à mes légions de prendre le relais.

- LEGIONS, EN AVANT ! »

Plutôt que de s’élancer à la suite de la première légion, Glenn Hereon s’adressa à un groupe de guerriers à la tenue sombre et à l’armement diverse. Leur unique signe distinctif était un aigle noir en tissu, cousu sur une de leur épaule. Les commandos s’étaient rassemblés en trois groupe d’une dizaine de personnes. Erestor, leur chef, s’était placé volontairement au devant de ses hommes. Ils attendaient patiemment aux côtés des moines-vautours, les mercenaires d’élite travaillant pour Naelis. Néo, leur chef, était parmi eux. Après un long séjour en mer, c’est avec un grand soulagement qu’il accueillit son retour sur la terre ferme. Glenn avait dans sa main cinq morceau de vélin, qu’il confia à chacun des chefs de groupe ainsi qu’à Néo et Erestor.

- Cet homme est votre cible, bien que Scylléen, il officie en tant que Vicomte dans cette région d’Ydril. Ce Théofass n’est pas un combattant, il cherchera certainement à fuir. Votre mission est de le localiser et de l’empêcher de quitter la cité, en le capturant. S’il doit mourir, qu’il meurt, mais je considérerai cela comme un échec. Bonne chance à tous. »

Morceau de vélin:
 

Pendant qu’il parlait, quatre silhouettes encapuchonnés s’affairaient autour du groupe de commando. Elles agitaient lentement leurs mains, exécutant des gestes précis mais sans aucun sens pour un non pratiquant des arcanes. En effet, il s’agissait de mages, des mages de l’ombre qui accompagnaient le Roi. Erestor, qui venait de subir le rituel, constata avec stupeur que son ombre avait disparu, évaporée, comme toutes celles des aigles noirs et des aegypius. Les commandos étaient prêts à se fondre dans la nuit. Ils ne me décevront pas. J’ai besoin d’eux pour la suite.

Pendant ce temps, la deuxième légion finissait de débarquer sur les quais. Potemsk donnait ses ordres et serait bientôt prêt pour s’engager à son tour dans la mêlée. Glenn ne préféra pas l’attendre pour s’engager dans la mêlée. Si on se dépêche on rattrapera Damons. C’est donc d’un pas soutenu que la petite escorte s’engagea dans les rues de Marcalm la blanche.


Plus ils avançaient et plus la clameur des combats se faisait entendre. Des cris de rage, des lames qui s’opposent et des hurlements… C’est un de ces hurlements qui poussa les chevaliers à tourner à droite et à emprunter une rue secondaire, obscure et boueuse. Un combat opposait une elfe à trois piquiers scylléens. A en juger par les nombreux cadavres qui reposaient au sol, c’était là la fin d’un combat anecdotique qui opposait les reîtres de l’archonte aux gardes de la cité. Sans hésiter, les chevaliers chargèrent. ils tuèrent leurs adversaires sans aucune once de pitié, tirant l’elfe d’une fâcheuse posture.

- Je te reconnais, tu es avec Altiom c’est ça ? Libre à toi de retourner aux quais pour t’occuper des blessés mais si tu veux continuer le combat, joins toi à nous ! »

D’après les indications de l’elfe, des alliés était pris dans une embuscade quelques rues plus haut. Elle mentionna le nom de Aarnis d’Ack, l’ancien châtelain d’Etherna. Un homme de valeur qui avait déjà combattu aux côtés de Naelis à La Dross. On doit le rejoindre, faisons confiance à l’elfe. Ce que je ne comprends pas, c’est comment Altiom a pu se retrouver dans cette situation. Il ne devait y avoir que quelques centaines de défenseurs ! Cette fois, c’est au pas de course que s’élancèrent les chevaliers de Naelis. Après quelques minutes, ils débouchèrent sur une large place, où ils furent accueillis par une volée de flèches. Un des chevalier se plaqua immédiatement contre Glenn. Un geste salvateur car deux flèches s’étaient plantés sur son bouclier. Raymond, leur commandant, donna un grand coup de pied pour défoncer la porte d’une veille bâtisse. Il cria à tout le monde de s’enfoncer à l’intérieur. Glenn suivit le mouvement et entra dans la maison. A l’intérieur, une femme apeurée tenait fermement son jeune fils contre elle, dans un coin de la pièce. Il ne lui accorda qu’un simple regard. Un regard grave et triste, mais juste un simple regard. Les flèches continuaient de siffler et tandis que des chevaliers couvraient les ouvertures avec leur bouclier, d’autres courraient à l’étage, renversant au passage table et armoire. Glenn les suivit et déboucha sur un large balcon où archers et chevaliers se battaient maintenant au corps à corps. Le Roi tira alors son épée et s’élança à son tour, frappant de taille et d’estoc.

On se battait aussi sur la place. Cette dernière accueillait en son centre une petite fontaine. A l’intérieur, un homme à la chevelure blonde blonde se battait avec panache, sans souci pour ses pieds trempées. Sacré fanfaron celui-là. L’homme, bien que accompagné d’une vingtaine de guerriers, était encerclé. Mais leurs adversaires, bien que ayant l’avantage de la position, étaient peu nombreux et les chevaliers mirent peu de temps à en déloger les tireur embusqués. Privés de leur soutien, les gardes scylleens perdirent leur avantage et ceux qui ne s’enfuirent pas furent massacrés sur place.

- Aarnis ! Ou est Altiom ? Tu étais dans la troisième colonne qui s’est faites débordér c’est ça ? J’ai une mission pour toi et tes hommes. Il faut que vous preniez le contrôle de la porte nord de la ville et empêcher toute entrée ou sortie. Nous, on fonce à la citadelle. »



Pendant ce temps, les légionnaires affrontaient l’ennemi aux abords de la citadelle. Secoués par les précédentes charges de cavalerie, effondrés sous le poids du nombre de leurs opposants, les scylleens se replièrent d’un bloc sur les portes de la citadelle, dont les défenseurs s’acharnaient à rabaisser la grille, toujours bloquée par la manœuvre impromptue de la populace. Avec l’arrivée des cavaliers de la deuxième légion, la ligne de défense des gardes de Marcalm s’écroula : s’en suivit alors une débâcle sans nom, ce qui permit aux légionnaires de s’enfoncer jusqu’aux portes de la citadelle et même de s’y engouffrer. C’est à peu près à ce moment là que Glenn rejoignit Altiom. Si Glenn était quelque peu essoufflé et la lame de son épée légèrement tachée de sang, Altiom était trempé de sueur et son armure baignait dans un liquide rougeâtre.

- Mon ami, c’est ta terre, mais n’oublie pas que si tu meurs maintenant, tout cela n’aura servi à rien. »

A l’intérieur de la citadelle, les lanciers prenaient place et formèrent trois rangées compactes. Les arbalétriers suivaient. Ces derniers n’eurent pas le temps de tirer, car l’ennemi n’avait pas attendu pour charger. Dans un élan d’héroïsme, la chevalerie du Curzio, de Marcalm et de Trézatio, suivant Arthur, leur commandant, s’élancèrent à la vue du premier naelisien. Ce fut une véritable boucherie. Quelques-uns d’entre eux réussirent à percer la ligne mais la majorité des chevaux s’empalèrent sur les lances des légionnaires. La cité était à eux, mais sans Théobald d’Arseflèse, pouvaient-ils vraiment crier victoire ?
HRP:
 
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Aarnis d'Ack
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Sam 28 Oct 2017 - 17:46

Aarnis rassembla donc ses hommes, suivant les ordres de Glenn. Bon techniquement ils n'étaient pas SES hommes mais ils le suivaient, les 5 seuls savaient pourquoi. Il avait décidé de prendre un chemin plus long mais néanmoins plus sécurisé, en suivant les remparts. Il éviterait ainsi les rencontres malencontreuses avec, par exemple, une cohorte de soldats d'élite qui traînait ou autres festivités de ce genre. Slalomant de rue en rue, coupant la ligne de vision des remparts à l'aide des maisons, ils avançaient vite et relativement sans bruit.

A un moment Aarnis s'arrêta net ordonnant à ses hommes de le suivre. il repiqua vers le centre de la ville pendant quelques mètres puis découvrit un sourire carnassier à la vue de son objectif. Certains des hommes qui le suivaient ce soir là vous le diront avec certitude : le sang qui imprégnait le col de fourrure et son visage émacié, le début de barbe qui rongeait son visage à l'image des doutes qui emplissaient son esprit, ses yeux clairs luisant à la lune... Ce n'était plus un homme mais un Loup qui avait prudemment approché sa victime, méthodiquement, sans une once de pitié ou de ressentiment, et l'avait acculée, la laissant sans défense ni espoir de s'en sortir.

La quasi totalité des hommes qui le suivaient ne le connaissaient pas ou peu, et le voir ainsi ne les rassurait pas. C'était un homme déterminé qu'ils voyaient, concentré, impliqué dans la réussite de sa tache, quel qu'en était le prix.

- Passe moi une torche et éteignez les autres. Cachez vous dans les ruelles les plus proches et attendez mon signal.
- Qui sera?
Le sourire s'étendit encore plus.
- Tu sauras.
Avec crainte le Sergent acquiesça et fit passer la torche à Aarnis et le mot à ses hommes.

Aarnis s'avança prudemment sur la place les yeux fixés sur sa proie. Une taverne, surement place forte de l'animation de ce quartier au vu de la taille de la bâtisse, était plantée là. Vide désormais, c'était une proie facile pour notre pyromane. La frappe fut chirurgicale : les réserves d'alcool encore pleines il prit un vieux fut dont les vapeurs le firent tituber, le perça et répandit son contenu dans l'ensemble de la salle principale laissant une trace jusqu'au cellier. Puis il prit un plus petit fût d'eau de vie et une fois allumé le lança à travers la vitre, provoquant un fracas qui alerta sûrement l'ensemble du quartier. Si le bruit n'avait pas suffi la fumée noire qui s'ensuivit, l'odeur de brûlé et le crépitement des flammes qui commençaient à ronger le bâtiment suffiront à donner l'alerte.

Retrouvant ses hommes et sous leur regard inquisiteur il lâcha un laconique :

- Une vieille tradition.

L'autre but de cette "tradition" était bien sûr d'essayer d'attirer la garnison (qui serait sûrement déjà réduite) loin de la porte afin d'en faciliter l'accès et le contrôle. Néanmoins le fait que les combats se passaient loin d'ici réduisait les effectifs locaux et amenuisait de fait les chances que ceux-ci se séparent encore plus pour un quelconque incendie, monnaie courante dans une guerre ouverte citadine.

L'on approcha alors de la porte il fut convenu d'un plan qui diviserait les forces en deux : dix hommes et Aarnis passeraient par les remparts et le deuxième groupe devait forcer le combat dans la garnison. Si tout se passait bien, peu de pertes des deux côtés et des otages qui pourraient leur être utiles.

Notre châtelain déchu hocha du chef, ses cheveux chatoyants ondulants sur les chuchotements de la brise nocturne. L'ordre était lancé. Les deux groupes s'élancèrent. La réussite du plan tenait dans la rapidité du commando d'Aarnis à contrôler rapidement les étages pour rejoindre les autres restés en bas. Ce ne fut même pas un combat. Les soldats qui restaient n'étaient que de jeunes recrues ou des vétérans. Médusés, ils virent fondre sur eux une dizaines de molosses en armure intégrale, armes au clair, visage impassible. Les plus jeunes tentèrent, par fierté de se défendre mais se rendirent assez vite après la première tête coupée. Les anciens avaient eu la jugeote de comprendre que ce combat était perdu d'avance et rendirent les armes promptement. Aarnis envoya 5 de ses hommes en renforts des autres qui avaient engagé le combat. Quant à lui il actionna le mécanisme de la porte, enleva la sécurité et laissa le lourd battant s'écraser au sol dans un fracas qui fit trembler le sol jusqu'au quartiers alentours. N'étant pas fait pour un tel usage le mécanisme explosa littéralement rendant inutilisable la porte désormais close. Satisfait il remarqua alors quelque chose qui lui avait jusque là échappé. Une colonne de civils approchait par la grand'rue qui menait à la porte, avec tous leurs effets personnels, femmes, enfants et tout le tintouin. Aarnis pouvait supporter le fracas des armes, le tumulte de la bataille, les cris des mourants. Mais un marmot qui braille et le voilà prêt à tuer toute progéniture qui passait à portée de sa grande épée bâtarde. Il fut tiré de ses pensées funestes par un de ses hommes qui venait lui annoncer la totale réussite de son plan. Les défenseurs, pris par surprise s'étaient rendus, comme leurs camarades l'avaient fait quelques mètres plus haut. Ils étaient désormais maîtrisés et désarmés et consignés dans leurs dortoirs.

Les civils allaient être une autre paire de manche. Arrivant au devant d'eux, la cuirasse luisante de son armure tachée de sang, sa stature imposante et son regard froid fit reculer les pauvres gens apeurés.


- La porte est close, fit il d'une voix forte claire et sans émotion. Si vous cherchez refuge suivez les remparts jusqu'aux envahisseurs. Nous ne sommes pas là pour raser la ville, aussi aucun mal ne vous sera fait.

La plupart furent soulagés et commencèrent à se diriger vers leur salut. Cependant il remarqua une silhouette encapuchonnée, faisant tout pour ne pas se faire remarquer se glisser le long du rempart et disparaître dans une alcôve. Aarnis courut pour rattraper l'homme et mis la main sur lui alors qu'il allait réussir à s'enfuir via une porte dérobée astucieusement dissimulée. Il l'empoigna par l'épaule, lui fit faire demi-tour et plaça son bras sur la gorge et son autre main sur la bouche. Il planta alors son regard d'acier dans les yeux du fuyard et lui dit sans la moindre émotion :
- Tu vas vivre. Et tu vas dire à tout ceux que tu rencontres que le vent du changement souffle sur la péninsule. Il vient de l'Est et du Nord. Si l'Est apporte le changement celui du Nord est moins clément et n'apporte que ruine et désolation à ceux qui le sous estiment. Je te fais messager de cette ruine. Ne me déçois pas. Annonce le retour de "L'IGNOMINIA".
Il lâcha alors l'homme qui s'empressa de fuir, une peur innommable dans les yeux.
Aarnis remonta sur la porte, les épaules basses comme las de l'effort qu'il venait de produire. Un de ses hommes alarmé vint le voir essoufflé :

- Seigneur, un homme vient de s'enfuir!
- Je sais,
fit il d'une voix lasse,c'est moi qui l'ai laissé partir.
- Mais le Seigneur Héréon a dit...
- Je sais ce qu'il a dit. Je prépare le terrain,
fit il les yeux perdu dans le lointain, suivant la silhouette encapuchonnée disparaître dans la nuit comme si les 5 étaient à ses trousses.
- A ce propos, interroge les prisonniers au sujet de portes dérobées dont nous ne connaîtrions pas l'existence. Si ils ne parlent pas fais les couiner dans une salle attenante, et recommence avec un autre. Ne prends que les jeunes. Ils devraient parler au bout de 2-3 rotations. Ensuite envoie tes hommes condamner ces issues mais ne va pas trop loin.
Le capitaine était devenu blanc au fur et à mesure des instructions du Nordique, mais était resté professionnel et Aarnis savait que ses ordres seraient exécutés.

Et maintenant l'attente.
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Dim 29 Oct 2017 - 13:42

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Par delà les collines, la vigne ›››



Préambule de guerre portuaire par le sang, comme de l'encre inscrivant les noms sur un registre mortuaire.
Des images renvoyées qui giclent à l'instar du liquide. Les guerriers intrépides taillent et créent les plaies ; funeste extraction du fluide vital... Sinistrement, ce dernier s'écoule des béantes déchirures. Qu'il est traître ce sang, à s'en aller ainsi après tant d'années passées dans ces corps accueillants.

D'autres bateaux sont à l'approche, ils glissent défiant l'horizontal, silencieux, la proue gavroche.
Commune effervescence lorsque les pas foulent le sol. Émoi indocile brillant sur ce débarquement, le tumulte qui s'infiltre dans les veines actrices. Celui qui a valsé, qui a patienté mais qui désormais se doit d'agir face à l'imminence. Le guerrier est prêt, qu'il se batte pour son Dieu, pour la Gloire ou pour l'Or. Le Soldat est Paré.

Il se demande enfin pourquoi il a choisi la voie du fer, cruel, mais n'a le temps de s'y pencher tant l'obscurité naissante demande à ses yeux de l'effort. Il s'imagine fiché par un carreau la trogne d'un trait arrachée, voué à l'oubli dans une ruelle malodorante par sa carne pourrissante... Il s'imagine devant une grille entrouverte jonchant le sol de son corps désarticulé, pantin de sacrifice et de tragédie...

Ce n'est pas la victoire qui empêche la mort, de faucher ici et là les soldats malchanceux, les guerriers inattentifs ou malingres voire les deux ; les morveux trop encensés par les cris et l'embrasement... La guerre plus généreuse que la victoire lorsque les morts offerts ne se comptent plus aisément ; nombreuses seront les dignités réconfortées ; bien plus encore seront les âmes congédiées.

Le soldat se joint à ses pairs puis au fracas, en se demandant combien de mois avant que ses mioches ne l'oublient... Le légionnaire lambda s'interroge alors que son ost s'ébranle : reverra-t-il un jour sa bien-aimée ou encore sa vieille mère flétrie regrettant ce jeune fils mort avant elle. « Tari, emportez ma vieille chair rabougrie à la place de mon Charlou ; qu'il revienne la bourse pleine élever sa marmaille, veiller sa vioque de mère... »
C'est ici qu'il connaîtra peut-être la gloire, d'aucuns se croient déjà parés de dorures, bien d'autres moroses s'imaginent que plus probable sera la mort et l'oubli. L'inéluctable oubli.
De fait, la guerre, c'est ici et maintenant. D'ailleurs elle se fait entendre au loin, elle n'a pas attendu son reste. Les pas martèlent le ponton et par cet enchaînement évident, les coalitions se dispersent dans le port après avoir eu vent de la situation. Cette dernière étant la suivante, des hommes se sont engagés dans la citadelle, c'est ce que raconte un jeune légionnaire au Roi Naelisien, semblerait-il qu'ils soient encerclés et qu'il s'agisse de l'Archonte. Cependant on n'y comprend pas grand chose d'autre car il s'étouffe dans ses affres qu'il croyait maîtrisées. Il est tout jeune d'ailleurs, que fait-il ici sinon forger son caractère au plus loin du chaos qui se joue, finalement guère plus loin que les cris. Les ordres ne tardent point à être obéis, sans se soucier de la toile macabre de ces corps qui gîsent l'un contre l'autre, bientôt refroidis. Les troupes se mettent en mouvement.


♠♣♠


Les Aegypius respectaient la faucheuse. La comprenaient. Ils n'étaient pas de ceux qui l'attirait, bien sûr plus d'une fois l'avaient-ils bravé. Ils se faisaient désirer... Bien plus glorieuse serait leur mort.
Cette poignée d'homme s'éloignait du soldat lambda et de toutes ses préoccupations. Les Neuf Frères n'avaient ni mère ni fils, ils n'avaient d'autre famille qu'eux-mêmes, ils étaient amis, aimés, aimants. Eux ne pensaient ni au boulet qu'était un mioche à élever, ni à une inquiète dulcinée : c'est qu'ils avaient milles et plus de femmes dans leurs vies, à aucune ils n'avaient donné leurs cœurs. Celui-là appartenait hélas au Père de la Guerre. Leur Père, avait depuis longtemps brigué ce muscle et tous les autres d'ailleurs... Ces machines, ces bêtes humaines, lui appartenaient. Ces pauvres diables étaient son engeance, pour lui ils pouvaient courir à la mort sans même sourciller. Dans leurs entrailles un seul défi et une colère très contrôlée faisait bouger les pantins en quête de gloire. Il est vrai qu'ils craignaient la mort, mais comme s'il s'agissait d'une fillette prophétesse qui viendrait séparer le souffle de leur corps. Ainsi, leurs visages étaient sereins, certains souriaient, d'aucuns se sentaient vivants.

Derrière eux les Aigles Noirs s'ébranlaient à leur tour. Sans plus attendre le groupe armé composé de deux unités distinctes – aussi discipliné que subreptice chacune –, ce qui hélas était masse se dispersa  sans un bruit sans un mot. Il leur avait été confiée une mission délicate car substantielle. Alors que la légion menée par Glenn se dirigeait vers le fer qui tintait vraisemblablement aux portes de la citadelle, eux se dérobaient dans l'obscurité que les lourds nuages avaient créée.

Ils filèrent en direction des remparts.
Aussitôt que les grappins jaillirent de leurs mains aguerries, ils eurent vite fait d'oublier tout le reste car la mêlée n'était point de leur ressort. Les fins, les professionnels qui défiaient la mécanique et les moyens s'en allaient se mouvant  en terre étrangère, faire ce pourquoi ils avaient été...  Dressés – il était enfin possible d'employer ce mot si dur, aussi dur que leurs cœurs, tant il est vrai que leurs regards calculateurs semblaient alors être régit par une pulsion peu commune, suintant de bestialité.


♠♣♠


Ils sont trois à être d'office désignés, puis ils grimpent la muraille de Marcalm qui finalement n'est qu'un ridicule petit obstacle pour ces trois agiles varrapeurs. Avant que le petit sifflement ne perce la nuit, un cris étouffé se fait entendre, immédiatement un corps s'écrase à six pieds de Neo.

« Ouich ! Pardon ! » La voix désolée de Jim Calotte – unique sang-mêlé parmi les Frères – provoque quelques rires fantomatiques. « Fiouuu… » La corde est assurée.

Les trente agents spéciaux se hissent à leur tour sur le chemin de ronde. Sans se concerter ils se séparent en deux groupes et entament un tour de reconnaissance mortuaire sur les remparts, éliminant sentinelle par sentinelle.


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Hendrick
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Jeu 2 Nov 2017 - 10:13

La nuit était fraîche et sombre, porteuse d’ombres et d’illusions, purs produits des nuées flottant entre la lune d’argent et le sol anthracite. Au pied des murailles de Marcalm, pas un bruit. La faune elle-même s’était tue, car au sol, substitués à la lumière du jour, les Aigles étaient en chasse. Ils se dirigeaient en deux sections vers les moellons épais du vieux mur de la cité, plus anciens que les comtes eux-mêmes. Leurs pas étaient légers, leurs bouches closes, et leurs mains fermes. Erestor leur avait donné des oranges à manger avant la mission, afin que nulle glissade traîtresse ne vienne les surprendre en pleine montée.

Hendrick faisait partie du premier groupe, celui dans lequel le chef des Aegypius menait la troupe. Il était plutôt rassurant de se savoir au côté d’hommes de cette trempe, qui ne flancheraient pas, ni ne chercheraient à rallier le camp du plus offrant. Le sentiment de sécurité détendait les muscles, et empêchaient les tremblements. Idéal pour le tir à l’arc…

L’un des fils d’Othar faillit se précipiter dans le vide abyssal sous ses pieds, mais put remercier la corde d’être bien nouée autour de sa taille. Hendrick esquissa un léger sourire, avant de continuer son ascension. Celle-ci lui faisait penser à une vieille attaque nocturne autour de Nebelheim. Cependant, ils avaient eu beaucoup moins de chance, cette nuit-là. Derrière lui, Thierry et le Rance montaient à leur tour, zyeutant à dextre et senestre le moindre mouvement dans les tours de guet. Une fois tous montés, ils partirent ensemble éliminer les sentinelles du chemin de ronde.

Hendrick, qui ne souhaitait pas que le claquement de sa corde éveille le moindre soupçon, avait usé d’une prodigieuse technique héritée des archers hautvalois : il avait placé deux morceaux de laine de mouton de part et d’autre de la corde de son arc, afin de réduire au silence les bruits lorsqu’il relâcherait la tension. Ainsi paré, nul homme ne l’entendrait avant d’être percé, criblé à mort. Et tout doucement, le groupe avançait, avec calme et furtivité.

L’archer décocha un trait magistral dans le poumon droit d’une sentinelle, juste entre l’omoplate et la colonne vertébrale. Le pauvre hère fut projeté face contre terre, respirant difficilement et peinant à se relever. Ce fut le Rance qui l’acheva, lui faisant sentir pour une dernière fois l’odeur véritable d’un homme qui ne se lave jamais. L’élimination suivait son cours, sans heurt majeur. Les Aegypius étaient d’une efficacité redoutable, féroces et précis avec leurs armes de tous acabits. Ils avaient grandi pour la guerre, et cela se voyait.

Une sentinelle, toutefois, faillit donner l’alerte. Hendrick l’avait vue éviter un coup dévastateur du Rance d’Erbay, pour aller ensuite courir vers une grosse cloche de bronze marquée de noms suderons et de signes religieux. Au clair de la lune, un éclat argenté se ficha dans son dos, le faisant trébucher par terre en gesticulant. Le cri qu’il lança fut étouffé par sa tête heurtant le sol avec un rebond dégoûtant. Tous les regards se tournèrent alors vers… Thierry. Oui, la Frange. Le Rance fronça les sourcils et murmura :

« Comment t’as fait ? »

Le lanceur de couteaux n’en croyait pas ses yeux lui-même. Mais il finit par dire doucement, peu convaincu :

« J’ai… visé le milieu ? »

Hendrick sourit, et lui tapota l’épaule. Il en avait fait du chemin depuis Naelis jusqu’ici…

Mieux valait continuer. Les murs de Marcalm ne se prendraient pas tout seul.
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Aleth
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Dim 5 Nov 2017 - 21:57


-Je peux savoir pourquoi tu es de plus en plus agitée depuis notre départ ?!
-Tu te fais pas chier toi ?! Ca fait des ennéades entières qu’on est sur ce putain de bateau !
-Ca n’en fait qu’une et demie, Prim’...

Rodrigue l’appelait toujours comme ça, bien qu’il lui connaisse trois prénoms à présent. Il avait entendu un gars l’appeler “Diane” dans une taverne juste avant leur départ et elle avait dit s’appeler Céleste au moment de s’engager pour cette folle aventure… Son vrai nom l’intriguait toujours mais il avait compris qu’il ne le connaîtrait sans doute jamais lorsqu’il lui avait demandé combien elle en avait et qu’elle lui avait répondu : “Il en existe combien ?”.
Cependant, il était hors de question pour lui d’essayer de retenir tous les pseudonymes qu’elle se donnait et se contentait donc du premier qu’il lui ait jamais connu.

-Ca m’aide pas à trouver le temps moins long. On n’a rien fait de concret depuis un mois, à suivre un noblette déguisée en bourgeoise, à jouer les messagères et à voguer sur les eaux ! J’en peux plus. Elle prit appui sur le bord du vaisseau avant de s’emporter une nouvelle fois. Et je peux coucher avec personne sur ce rafiot parce que tu me fais les gros yeux à chaque fois !!
-Je pense que ton gars n’apprécierait pas vraiment…
-J’te l’ai dit ! On n’est pas en couple et il le sait très bien !
-C’est un péninsulaire Prim’ et j’ai eu l’occasion d’un peu l’observer pour voir de quel genre de type il s’agit. Peu importe ce qu’il t’a dit, il ne supporte ça que parc…
-Pourquoi tu te mêles de ça au juste ?!

Rodrigue resta perplexe un instant et la réalité le frappa. Elle n’avait pas envie d’entendre ce qu’il avait à lui dire, elle n’y était pas prête. Il n’avait eu qu’à regarder Hendrick pour voir qu’il était sincèrement attaché à elle… Et tourner son regard sur Primerose pour constater que ça n’était à première vue pas réciproque. Le temps seul pourrait le lui confirmer.
Finalement, après une seconde de blanc, il leva les mains en l’air pour signifier qu’il n’aborderait plus le sujet. Il allait d’ailleurs se retirer. Mais avant, il avait un dernier mot à ajouter.

-Au fait, on a passé Ysari y’a deux jours. On devrait arriver demain…

Aleth lâcha un soupir entre le soulagement et la consternation.

-Tu pouvais pas commencer par là ?...


*************


L’effervescence sur le bateau était croissante depuis l’aube. On allait accoster et pas dans le plus grand calme. Leur arrivée allait très vite laisser place à une cohue bohue incroyable, la douceur d’une nuit de printemps se troquant contre le fracas assourdissant des combats. La raison de cet assaut ? Celle qui se faisait à présent appeler Céleste s’en moquait pas mal. Tout ce qu’elle savait, c’était leurs chances de réussite et le montant du salaire qu’on lui verserait pour tout ça. Le reste, elle n’en avait pas besoin, comme tous les mercenaires qui avaient fait voile avec eux. Et leur paie devait correspondre au danger encouru, voire davantage, sans quoi ils ne seraient pas aussi nombreux.
Le premier mort tomba alors même qu’un seul homme avait mis pied à terre : Altiom. Aleth haussa un sourcil. Un moins, il ne se contentait pas du titre qu’il revendiquait et osait faire ce qu’il fallait pour le récupérer. Elle n’était pas vraiment pour donner la mort mais elle préférait mille fois un homme comme ça à un nobliau qui ne savait se battre que par de belles paroles et qui mouillait son froc si d’aventure on lui agitait une dague sous le nez.

Une fois les tours à baliste repérées, Altiom partit à l’assaut de la première, confiant à Halvdan le soin de récupérer la seconde. Céleste et Rodrigue faisaient partie du groupe mobilisé pour l’occasion, ignorant qu’un pari était en jeu. Cela aurait énervé l’ex militaire tandis que la Sublime en aurait été amusée, demandant peut-être même une part pour sa peine. Approchant de la colonne de pierre au pas de course, la demi elfe traînait à moitié, observant la bâtisse.

-Qu’est-ce que tu fais ? Tu m’as bassiné tout le voyage que tu t’ennuyais, c’est le moment maintenant !

En réponse, il n’eut pas de mots mais il fut envoyé au le sol. A peine fut-il à terre qu’il entendit le son caractéristique de plusieurs flèches se fichant dans le bois ou percutant le pavé. Aleth avait vu les archers se mettre en place et avait précipité son compagnon à l’abri derrière une charrette toute proche avant que la première salve ne les atteigne. Un homme était tombé et un autre beuglait. Il y avait peut-être davantage de victime, ou sinon c’était que les archers de Marcalm ne visaient comme un âne aveugle…
Rodrigue ne pouvait plus vraiment engueuler sa partenaire… Le style assassin pouvait donc se révéler utile au combat, observant le terrain avant de foncer. Il s’agissait toutefois d’atteindre la porte sans risquer de se faire tuer. A cela, la mercenaire avait déjà sa réponse. Se levant sans un mot, elle courut vers la maison la plus proche. A l’aide d’une dague, elle défit le loquet qui maintenait deux volets fermés puis elle en dégonda un pour l’envoyer à Rodrigue avant de faire subir le même sort au second.
Voilà qui réglait le problème des archers.

Ils étaient suffisamment nombreux à avoir atteint la tour pour être en mesure de la prendre. Certes, ils étaient peut-être plus nombreux à l’intérieur mais ils avaient pour eux l’effet de surprise de leur attaque créant une certaine confusion au début de l’assaut. Toutefois, plus ils montaient dans les étages, plus leurs opposants semblaient organisés. Cela n’empêcha pour autant pas les assaillants de poursuivre leur ascension. Ils allaient atteindre l’avant dernier étage. Un mercenaire du groupe avait pris les devants. Derrière lui, Halvdan, Aleth puis Rodrigue suivaient à quelques pas. L’homme ouvrit une porte et tous trois s’arrêtèrent net en l’entendant…

-Oh non… NON !!! AAAAAARRrrrhhh….

Le silence régna soudain dans tout l’escalier tandis que du sang commençait à descendre sur la dernière marche visible. Qu’est-ce qu’il pouvait bien y avoir à cet étage ? Même Halvdan n’était pas prêt à foncer droit devant pour une fois… Enfin, disons plutôt que Céleste l’en empêcha pour prendre un peu d’avance sur lui et grimper quelques marches avec la discrétion qui était la sienne, rasant le sol afin de ne pas apparaître en pleine lumière. Elle s’arrêta dès qu’elle eut une vision suffisamment claire de ce qui les attendait puis redescendit d’une marche ou deux afin de faire un geste de la main, imitant un chien comme on le ferait pour un jeu d’ombre.
Des chiens… L’étage en était rempli. En plus de celui qui bouffait encore le mec dont il venait d’ouvrir la gorge, il devait y en avoir au moins quatre, si ce n’était cinq. Et, vu la taille des molosses, ils avaient été entraînés pour la guerre. En revanche, aucun signe de leurs maîtres et la porte au fond de la pièce était fermée. Les salauds avaient dû s’enfermer avant de lâcher leurs bestiaux en espérant sauver leurs peaux comme ça.

Connaissant à présent la nature et l’ampleur de la menace, Halvdan ne chercha pas plus loin. Il poussa un cri avant de partir en courant à l’assaut de ces adversaires à quatre pattes. Aleth eut juste le temps de rouler sur le côté pour se mettre contre le mur avant qu’il ne lui marche dessus. Dès qu’il fut passé, elle regarda Rodrigue l’air de dire : “Il est cinglé ou quoi ?!” Ce dernier ne lui répondit pas et vint jusqu’à sa hauteur pour l’aider à se mettre debout et suivre leur chef.
Là-haut, un chien était déjà mort. Halvdan avait eu beau faire l’entrée la moins discrète du monde, il avait réussi à frapper la bête qui bouffait son gars avant qu’elle ne lui saute dessus. Un autre avait bien tenté de le surprendre mais il s’était apparemment pris un grand coup de pavois dans la tronche. Il était toujours à quelques pas de là, hébété et secouant la tête pour qu’elle arrête de tourner.
Bon, si la technique bourrin était efficace…

Un blessé grave et quelques égratignures plus tard, ils étaient venus à bout de leurs adversaires à poils. On essaya bien d’ouvrir la dernière porte menant à la baliste mais elle avait été fermée à clef. Après que le mercenaire y ai donné un ou deux coups d’épaule, il fut tiré de force en arrière pour libérer le passage. Aleth posa alors un genou à terre. La clef était toujours dans la serrure mais elle tira l’une de ses plus fines dagues et la repoussa d’un coup sec. On entendit le cliquetis du métal sur le sol tandis que la Sublime prenait son matériel de crochetage.
Une minute plus tard, la porte était ouverte. Le dernier étage fut pris d’assaut en quelques instants et la bannière tomba avant le dernier soldat ennemi.

Pari perdu pour Altiom qui se battait encore à l’étage inférieur sur sa propre tour.

Sitôt les balistes prises, les commandants se rassemblèrent tandis que leurs bataillons fraîchement débarqués se mettaient en rang. C’était pas vraiment dans les habitudes de la belle de se comporter un bon petit soldat…D’ailleurs, elle n’en fit rien et préféra rester à part.
Halvdan revint vers ses hommes et donna ses instructions. Tandis que les deux autres bataillons progresseraient dans les artères principales, faisant diversion, eux passeraient par les petites rues, allant toujours plus au Nord pour rejoindre la citadelle au plus vite. Le plan était pas mal, sur le papier. Malheureusement, ils n’étaient les seuls à avoir eu cette idée et ils ne tardèrent pas à tomber sur eux quelques rues au-dessus du carrefour où se déroulait le gros du combat. Cela aurait pu empêcher la compagnie d’Ollvar de se faire encercler. Mais seulement en théorie, une fois encore… Les mecs d’en face étaient plus nombreux. Bien plus que ce qu’ils avaient prévu sans quoi une telle manoeuvre n’aurait pas été possible. Les hommes d’Halvdan étaient divisés dans ces petites rues. Là où ils le purent, ils se rassemblèrent afin de parvenir à faire face tant bien que mal. Cependant, le petit groupe d’Aleth se retrouva totalement isolé. Tous se défendirent aussi bien qu’ils le pouvaient mais ils tombèrent les uns après les autres tant et si bien qu’il ne resta plus qu’elle face à trois hommes munis de piques. Même pas foutus d’utiliser de vraies armes… Elle préférait nettement le corps à corps. Le vrai !
Elle était en train de chercher une échappatoire lorsqu’un groupe portant les couleurs de Naelis débarqua de nulle part. En un clin d’oeil, ils avaient fait leur fête aux trois mecs et elle s’adossa à un mur pour souffler deux minutes.

-Je te reconnais, tu es avec Altiom c’est ça ?
-Je fais partie du groupe d’Halvdan mais je sais pas ce qu’il est devenu. On a tous été séparé.
-Libre à toi de retourner aux quais pour t’occuper des blessés mais si tu veux continuer le combat, joins toi à nous !
-J’ai une tête à jouer les infirmières ?
-Tu t’adresses au Roi de Naelis.

Aleth se tourna vers le chevalier qui venait de la gronder sur un ton sec. Etant donné le regard de la demie-elfe, il était clair que cela ne lui faisait ni chaud ni froid.

-T’inquiète, je suis sûre qu’il a compris la blague. Lui répondit-elle comme pour le rassurer sur les capacités intellectuelles de son Seigneur.

Ainsi, la Sublime rejoignit un nouveau groupe et accompagna Glenn Hereon dans sa progression jusqu’à Altiom, puis jusqu’à la citadelle. Ce ne fut que lorsque tout s’acheva enfin qu’elle put retrouver la trace de la compagnie d’Halvdan et de Rodrigue. Ils étaient parvenus à atteindre leur cible, bien qu’avec plus de déboires que prévus. Alors que les portes étaient franchies pour le reste de l’armée, eux ne pénétrèrent dans la place forte que bien plus tard. Cependant, leur arrivée par une entrée secondaire avait permis de prendre leurs adversaires par surprise en débordant l’un de leur flanc, leur donnant un avantage que l’on s’était empressé de mettre à profit pour gagner finalement.
Alors que Céleste ne portait sur elle que le sang de ses adversaires, Rodrigue était amoché mais c’était loin d’être grave. Il tenait encore sur ses pieds et se tenait simplement un bras en grimaçant. Il était épuisé, mais qui ne l’était pas après une telle boucherie ?


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Aléandra di Systolie
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Mer 8 Nov 2017 - 2:27

La lune se tenait haut dans le ciel, éclairant les hommes de sa divine lueur blanche. Quelle belle nuit pour mourir ! Quelle belle nuit, ou le rouge et le blanc s’affrontaient. Les hommes avaient décidé de repeindre Marcalm-la-Blanche à la couleur de leur sang. Ils auraient du mal à teinter les étages, mais la chaussée semblait être une totale réussite quant à elle. C’était dans ce genre de moment que les pensées d’Arthur se perdaient, s’éclataient dans toutes les parts de son esprit. Tout rime avec sang dans ce monde. Sans. Cent. Sentinelle. Sentier. Senteur. Centre. Sens. Voilà le typique genre de remarque que se faisait le chevalier d’Arseflèse avant de mourir glorieusement face à ses ennemis qui arrivaient en nombre. Oh qu’il les entendait, se battant juste derrière la grille, pourvoyant ses soldats qui pensaient tenir Altiom et ses chiens. Il entendait crier, hurlait, gueuler des ordres, il entendait le claquement des armes, le cliquetis des armures, la chair qui se tranchait, les os qui se brisaient et les hommes qui s ‘effondraient. Impatient, il attendait son tour. Il était né pour le champ de bataille. Othar aurait pu être son père. Tyra sa mère. La guerre et la mort régissaient sa vie. Aussi, l’ennemi s’approchait.

-Préparez-vous déclara t-il silencieusement si bien que seuls les chevaliers les plus proches purent l’entendre.



D’un mouvement de main, son casque recouvra l’entièreté de son visage. Les chevaliers firent de même, baissant leur visières ou enfilant leur casque. Les premiers Naesiliens passèrent la porte. Il ne fallut plus attendre. Levant le bras au ciel, il pouvait presque toucher les étoiles du bout de son épée, dont la pointe s’abaissa en direction des ennemis. C’était le signal. On chargea. Bien entendue, c’était une charge complètement désespérée, bien conscient de leur défaite certaine. C’était une charge pour l’honneur. Un charge pour marquer les esprits,entrer dans l’histoire.. Car il ne comptait pas aller au tombeau seul. Fort que non ! Il les ferait payer, ces insolents, ces courageux téméraires qui avaient osé braver la mer pour venir s’abattre sur Marcalm. Ils connaîtront le prix du sang, ils connaîtront ce qu’il va de soit que de défier les Scylléens, ils connaîtront celui qu’on appelle le faiseur de veuves. Combien d’entre eux rentreraient chez-eux ? Combien d’entre eux laisseront derrière eux des familles anéanties ? Pendant un instant, Arthur pensa aussi à ses propres hommes qui ne retrouveraient leur femme après minuit et eût presque pitié pour eux. La gloire était plus importante.
L’instant fatidique se rapprochait au galop, les chevaliers de Marcalm préparèrent leur frappe derrière leur bouclier levé pour contrer les quelques carreaux qui tentaient de les freiner. Le contact n’était plus qu’à quelques battements de cœur, cœur extasié par l’excitation d’Arthur à se jeter dans la bataille. Ils allaient réduire en bouillie les premières lignes. Ou pas. C’était sans compter la  formation des lanciers qu’avait habilement placé le Roi de Naelis. Les chevaux allaient bientôt s’empaler sur les pointes de fer allongées. Dans un dernier cri de guerre, Arthur lança :

-POUR SCYLLA!

Et il passa la ligne. Ce ne fut pas le cas de la majorité des chevaliers qui furent stoppés dans leur charge. Dans la sienne, Arthur avait presque coupé un lancier en deux, de l’épaule au ventre. Désormais il était isolé dans une armée de piques et d’épées en tout genre. Du haut de son escadron, il faisait tournoyer son épée, frappant de taille et d’estoc pour tuer le plus d’hommes possibles. Il aperçut d’autres chevaliers ayant réussi leur charge dans la mêlée. Mais sa percée tourna vite au désastre, après avoir fauché une dizaine d’Estreventiens, une lance trouva le chemin parmi les côtes de son cheval. Ce dernier s’effondra sur la foule et il fut projeté en avant, tête la première. Le chevalier atterrit avec chance sur un corps qui amortit sa chute. Il se trouvait désormais derrière les lignes d’hast, seul.

Il se releva avec difficulté à cause du poids de son armure.Le courageux Scylléen enleva son casque et le jeta au sol. Les combats continuaient de faire rage autour de lui, mais lui se trouvait dans une sorte de cocon protecteur en plein milieu de la bataille. Dans l’oeil du cyclone. Là où personne s’intéressait à lui. Pour ainsi dire, même les arbalétriers passaient à côté sans même prendre la peine de l’achever. Son orgueil en prit un sacré coup, et lorsqu’il parvint à se tenir totalement debout, il les insulta de tous les mots sans que ceux-ci réagirent. Mais l’on vient rapidement tarir la paix d’Arthur… Les chevaliers de Naëlis, fiers frères d’armes au service de leur roi, arrivaient droit sur lui. Son coeur rata un battement. Il n’entendit plus rien. Levant son bouclier pour se parer d’un flèche dans un geste tout à fait naturel, le reste de son corps resta quant à lui immobile.

La voilà, elle arrivait celle qu’il attendait depuis tout toujours : la mort glorieuse. Elle avait une arme, une épée et un étendard. Et pour emporter le plus de ces gardes royales dans la tombe, il fallait survivre encore un peu. Arthur d’Arseflèse leva son bouclier et plaqua son épée contre sa paroi, vers la taille. Et il attendit la charge avant de charger lui-même. Il résista. Derrière son écu, on le poussait en arrière mais il se fit mission de calmer son adversaire un peu trop confiant en lui infligeant des coups d’estoc à la taille. Puis déviant son égide, ses coups s’intensifièrent au niveau du visage. Il transperça la gorge de son premier adversaire mais se retrouva vite submergé par les autres chevaliers qui se ruèrent sur lui pour venger leur frère. Quel délice ! Une telle dévotion, une telle hargne ! Arthur savait bien que les combattants pour une cause pouvaient tout vaincre. Quelle était la sienne ? Avant que son bouclier n’éclate en mille morceaux, il put en trancher un dernier. Le sang sur son épée qui ressortait de l’armure ennemie le remplit à nouveau de détermination. Cette fois-ci il menait face à deux ou trois chevaliers qui reculaient. De grands coups droits et précis vinrent accueillir les prochains combattants d’élite. Dans l’urgence de la situation, les chevaliers de Naëlis choisirent alors de l’encercler plutôt que de le battre en duel. Et rapidement il se retrouva au beau milieu d’une troupe. Ca en était fini de lui. Haletant,frappant, parant, il commençait à faiblir. Il commençait à se laisser toucher. D’abord à l’épaule, puis contre le torse. Malgré l’armure qui le protégeait d’une mort certaine, ces coups le déstabilisèrent. Soudain, les chevaliers naëlisiens furent secoués par un éclat. Les Scylléens ! Ce furent le peu de chevaliers de Marcalm qui avait réussi à percer les lignes ennemies et qu’il avait aperçut tout à l’heure. Parmi il reconnut un ami d’enfance, Saul de Bellecour. Alors, ils poussèrent les ennemis jusque dans les ruelles et le combat repris rage. Dans les deux camps, on s’effondrait. Dans les deux camps, on souffrait. Dans les deux camps, on mourait. Arthur échangeait des coups avec un imposant chevalier qui lui asséna un coup de gantelet sur le crâne. Sonné, le fils du Haut-Viguier chancela et recula. Parant une dernière attaque de cet homme d’une force surhumaine, son épée se brisa et celle de son ennemi lui aurait bien coupé la tête si il n’avait pas paré avec son avant-bras de fer. Qu’il avait été idiot d’enlever son casque.. Il lui restait un coutelas dans la botte, prêt à servir. Il pouvait encore le placer dans le coeur de son opposant. Mais à quoi bon ? Au sol, il vit tous ses frères d’armes tomber un à un. Comment pouvait-il les laisser mourir comme ça sans rien faire ? A vrai dire, il pouvait quelque chose.. Mais c’était trop lui demander. Du moins c’était ce qu’il pensait avant que Saul ne tombe face  son adversaire prêt à lui donner le coup de grâce.

-ASSEZ ! Assez, nous nous rendons. Epargnez-les. déclara-t-il dans une voix rauque et accablée. Son honneur en avant pris un coup ? Jamais il ne s’était rendu. Jamais il n’avait failli. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi si proche de la mort qu’il espérait tant ? Depuis quand considérait-il que sauver des vies était plus important que de se battre jusqu’au bout ? Savoir lâcher prise semblait être une notion inconnue du Scylléen et pourtant si primordiale dans l’art de la guerre.. Ainsi, on les captura.Des chevaliers, çela voulait dire des rançons après tout. Lorsqu’on l’eut pris son coutelas et son honneur, les gardes royaux emmenèrent Arthur et ses hommes en les traînant genoux contre le sol, les bras prisonniers de chaque côté par deux hommes. Arthur fut emmené derrière la bataille et crut apercevoir le roi de Naëlis. Il le regarda droit dans les yeux, comme un défi lancé, tandis que les gardes continuaient de le transporter. Il maintint son regard jusqu’à ce que la foule l’empêcha de le voir, puis reçut un grand coup sur le front qui l’assoma aussitôt. Cette nuit, il ne dormirait pas de la façon qu’il avait pensé..


Pendant que la bataille continuait aux portes de la citadelle, la petite troupe de chevaliers protecteurs du Haut-Viguier tentait de fuir par l’arrière dans la plus grande discrétion. Une porte dérobée avait été prévue à cet effet,et bien que Théodebald ne pensait jamais s’en servir, il dut reconnaître qu’elle s’avérerait fort utile. L'attente parut interminable, puisqu'ils attendaient le bon moment pour s'enfuir. La honte se lisait sur le visage de certains des chevaliers, la honte de filer à la Missèdoise alors que leur frères d'armes crevaient quelques pas plus loin. Mais leur mort couvrirait leur retraite. L’éclaireur qu’il avait envoyé revint au galop et s’adressa à lui de la sorte :



-Monseigneur, les ennemis ont été ralentis par la charge de Sire Arthur, ils se battent encore, c’est le moment d’y aller !

Le « vicomte » de Marcalm resta de marbre face à cette nouvelle. Il demanda seulement :

-Et mon fils?

On avait coupé la  langue de l’éclaireur. Le silence en dit long et marqua le visage de Théodebald d’un air accablé de regrets. Aurait-il réellement dû laisser son cadet mener la bataille ?

-Je l’ai vu charger puis tomber de son cheval dans la mêlée, Sire... répondit enfin le garde.

Trop tard pour les remords, autant éviter sa propre mort. Ce fut ce que se dit le Haut-Viguier. On enfonça la porte et deux chevaliers de Marcalm passèrent en premier, en repérage. Ils revinrent aussitôt en déclarant d’un mouvement de main que la position était sécurisée. Alors ils commencèrent à s’y engouffrer un à un quand soudain, une pluie de flèches s’abattit sur leur groupe et tua quelques chevaliers.


-PROTEGEZ VOTRE SEIGNEUR ! hurla un des chevaliers sous son casque. Il chopa le bras de Théodebald , qui ne comprenait rien à la situation, et se plaça en face de lui. L’ennemi venait des remparts et n’avait rien des soldats qu’avaient précédemment rencontré la milice. Non, c’était une quarantaine de soldats d’élite, dotés d’un professionnalisme à en couper le souffle. Tandis qu’une partie d’entre eux avançait dangereusement vers les Scylléens, d’autres continuèrent à tirer depuis les hauteurs pour empêcher tout déploiement et affaiblir légèrement leur adversaire avant la mêlée. On fit passer Théodebald le Gros Viguier à travers la porte pour le protéger tandis que quelques chevaliers la défendaient au prix de leur vie. Les Scylléens qui avaient pu en réchapper formèrent un cercle autour de Théodebald. Les Aigles Noirs et les Aegypius ne tardèrent pas à les rattraper et engagèrent le combat. Les archers s’étant déplacés sur les remparts pour suivre le groupe supportèrent leur soldats d’élites depuis le ciel. Trop de chevaliers étaient tombés avant même que la mêlée débuta. Puis elle débuta. Au centre de tout, le régent du vicomté n’entendait que le bruit des armes et les hurlements des gardes qui se faisaient tuer comme des rats. Paniqué, pas un mot ne sortait de sa bouche. Il était complètement ankylosé, paralysé. « Qu’ai-je fait pour mériter un tel sort ? » se demanda t-il. Le laxisme et l’hédonisme dont il avait fait preuve après ses exploits de jeunesse l’avaient amené ici. Piégé. Non, il ne voulait pas mourir, pas aujourd’hui, pas comme ça…

-Tu es foutu Théofass d’Arfalaise ! Rends-toi ! entendit-il. Cet Aigle Noir le tentait presque. Il tomba au dernier coup du même chevalier Scylléen qui s’était interposé entre le Haut-Viguier et les flèches. Qui s’effondra à son tour sous la puissante frappe d’un Naëlisien. Alors Théodebald perdit tous ses moyens, face à face à ses ennemis.

-PROTEGEZ-MOI ! VOTRE SEIGNEUR VOUS L’ORDONNE ! TUEZ CETTE RACAILLE, TUEZ LES TO…

Que se passait-il ? Il ne pouvait plus produire de son. Le « vicomte » baissa les yeux et découvrit avec horreur les plumes d’une flèche qui s’était logée en plein dans sa gorge. Il voulait hurler mais un simple et pittoresque gargouillement rempli de sang découla de ses dents, et chuta face contre terre, face à ses ennemis victorieux et ses chevaliers qui se rendaient. Ainsi mourut le gras Théodebald.



"Ah qu'ils sont drôles ces Arseflèse !
L'e fils s'jette dans la bataille
Tandis que le père s'taille,
Qu'il était bien mieux le cul sur l'chaise"
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Ven 10 Nov 2017 - 17:50


L’amiral Kennet faisait le tour du port, accompagné de ses différents seconds. Les lanciers de la légion en défendaient toujours les accès. Tous les navires de guerre de la flotte naelisienne avaient pris place dans l’enceinte portuaire de Marcalm. Si la majorité étaient à quai, Kennet avait mis en place un blocus de la baie, tourné vers l’Olienne et ce, dès le début des combats. Toutes ces manœuvres étaient une première pour l’ancien pirate. En effet, bien qu’ayant appartenu à une flotte de forbans de Méca, il n’était que capitaine et n’avait jamais commandé qu’à son propre navire. Mais il était jeune, ambitieux et surtout très ingénieux. La traversée de l’Olienne s’était déroulé sans encombres : il savait qu’il venait de gagner la confiance du Roi. Néanmoins, son travail n’était assurément pas terminée. On lui avait confié une mission de la plus haute importance, celle de gérer le blocus du port. Poussant la porte de la capitainerie, grande bâtisse faites de pierre blanche, Kennet ne put que constater une nouvelle fois l’ampleur des combats qui avaient eu lieu entre les reîtres d’altiom et les gardes de la cité : des corps reposaient à même le sol sur une large flaque de sang. Il y avait un panneau d’affichage devant le bâtiment, concernant divers édits pris par le haut viguier. Kennet les mis de côté et fit placarder à la place quatre papiers identique avec écrit en grosse lettre :  

Sur le panneau, des nouvelles affiches:
 

La taxe royale destiné à l’effort de libération allait vraisemblablement l’occuper pour l’ennéade à venir. Assez élevé, les marchands pouvaient s’en acquitter en cédant tout ou partie de leur propre marchandise, si cette dernière était susceptible d’intéresser Naelis. Les marchands Ydrilotes bénéficiaient d’une importante réduction tandis que ceux affiliés à la corporation Savarius & fils en étaient totalement exempts. La guerre coûtait cher. Cette taxe fut le compromis trouvé entre Altiom et Glenn pour que Naelis ne se livre pas au pillage pur et simple. Ainsi, les habitants du Comté étaient épargnés. Quand il eut finit de placarder les affiches, un de ses capitaines vint le trouver :

- Amiral, une fuste du Duché de Soltariel a repéré notre flotte. Par chance, ils ont heurtés un rocher dans leur fuite et nous avons pu les capturer. Toutefois, la présence d’un pigeonnier à leur bord me fait dire qu’ils auraient bien eu le temps d’avertir ses altesses.

- Soltariel ? J’en avertirai le Roi. En attendant, placez l’équipage sous bonne garde, j’irais les interroger moi même. »


L’amiral Kennet, dit l’amiral crochet, savait comment faire parler les hommes…

*

Au même moment, les légionnaires venaient de fracasser les portes du bastion et de s’enfoncer dans la citadelle pour en fouiller chaque salle, chaque couloir… « Marcalm est à nous ! » Criaient les envahisseurs. On hissait déjà les couleurs de l’hydre sur les remparts que le soleil ne tarderait pas à illuminer. Glenn Hereon remontait la petite cour menant au bastion. Si les corps des chevaliers et les carcasses de chevaux étaient nombreuses, les cadavres des soldats à l’épée blanche n’étaient pas rare. Toutes ces armoiries... Notre ennemi nous attendait ? Après quelques accolades et mots d’encouragements, proférés à l’encontre de légionnaires blessés, que l’on rassemblait dans la grande salle, Glenn pris les escaliers. L’elfe, ou du moins celle qu’il avait pris pour une elfe dans la pénombre des rues de la cité, accompagnait toujours la troupe de chevaliers. Je ne vais pas lui proposer de rester dans la grande salle, je vais encore écoper d’une réflexion. Ses cheveux blonds, sa fine silhouette et même son visage lui rappelait Glinaina. Toutefois, le regard était bien différent. Je me demande bien où Altiom l’a trouvée celle-là. Il l’a recruté pour me faire oublier ma femme ? Glenn chassa les drôles de pensées qui lui venaient à l’esprit et arriva aux appartements de Théobald, le haut viguier. Dans le petit salon, l’assiette était encore pleine. Glenn s’en approcha et remarqua que la coupe de vin était également remplie. Sous le regard amusé de Raymond, il huma un instant le vin avant de l’avaler, d’une traite. La bouteille était encore sur la table et portait une étiquette sobre portant l'inscription de « corvio licello ».  

- Excellent ! Tiens goûte Raymond, mais laisse en pour Altiom, c’est le vin de la victoire après tout. »

Une brève fouille du bureau du gros viguier permit de découvrir de nombreux échanges épistolaires à l’adresses de nobles provenant de différents Vicomtés. La Comtesse Aléandra y était largement mentionnée et Glenn commençait à comprendre pourquoi la garnison de Marcalm était aussi conséquente. Mais il fut coupé dans ses réflexions par l’arrivée d’Erestor. Quatre aigles noirs portaient un gros tas de viande avec difficulté, ils le posèrent alors à même le sol, sans aucun respect pour la tapisserie. Interloqué, Glenn s’avança et fit le rapprochement entre le gros tas de viande et le portrait du haut viguier, Théobald d’Arseflèse, qui trônait au dessus de la cheminée.  

- Mais il est énorme ! Comment est-il mort ?

- D’une flèche, votre majesté. Il était escorté d’une vingtaine de chevaliers, la mêlée était confuse… Je prends l’entière responsabilité de cet échec.

- Qui est le tireur ? Qu’importe… Ce soir, nous avons gagné, alors profitez de la victoire. Mais je ne tolérerai plus aucun échec à l’avenir. Erestor, fais installer tes hommes au premier étage dans l’aile Est. Vous pouvez disposer. »


Il regarda à nouveau le tas de viande. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire ? C’est alors qu’Altiom entra à son tour dans les appartements du haut viguier. En une nuit, l’homme avait pris dix ans d’âges. C’était comme si la fatigue accumulé depuis toutes ces ennéades à préparer son retour resurgissait d’un seul coup.  

- Oui c’est bien le fameux Théofass dont tu m’as parlé. On pourra plus s’en servir comme otage mais à en croire ces lettres, on rentrerait fortement dans l’estime de la Comtesse si on lui présentait sa tête ! Oui je pense que c’est la bonne chose à faire, tu devrais la faire trancher et on la conservera quelque part. A ce propos, il faut qu’on parle Altiom, seul à seul.»

Altiom lui donna alors rendez-vous dans une heure, au pigeonnier. Il avait besoin de temps pour étudier ces lettres et sûrement contait-il en envoyer à son tour. L’archonte, le vrai, était de retour. Glenn continua de sa fouille des appartements du haut viguier. Il s’attarda sur une petite bibliothèque. Les ouvrages étaient ancien pour la plupart et traitaient de commerce, de géographie… L’un d’eux était intitulé « Grande provinces du Nord : le Duché de Serramire », du père Bréguet. L’âge d’or de Serramire, le rempart des hommes contre les drows. Je vais me le prendre celui-là. Raymond vint alors le trouver pour lui montrer un petit cadre. Le visage d’un jeune homme y était peint.  

- Ne serait-ce pas ce diable de chevalier qui a percé la ligne de défense de mes légions ? Celui que tu as mis au tas ? Je me rappelle encore de son regard.  

- Il y ressemble fortement en tout cas. On la mis dans une cellule individuelle aux cachots. Il a gravement blessé trois de nos frères. Je me suis retenu de lui porter le coup fatal.»


*

Sire Arthure d’Arseflèse gisait dans sa cellule, assis dans un coin, le regard vide. Ce matin encore il était impatient devant la guerre à venir, se vantant même devant ses frères jurés de botter en premier le cul de la comtesse. Il s’était préparé à battre les campagnes d’Ydril sur son cheval, à combattre, à mourir même. Il avait voulu une bataille, mais pas celle là. Pas celle de ce soir. L’ennemi était venu par la mer, il n’y avait pas de fesses de comtesse et il n’était pas mort. Il s’était rendu, lui, Arthur d’Arseflèse chevalier de Nééra, n’avait pas voulu mourir. Tandis qu’il était perdu dans ses pensées, le Roi de Naelis le regardait.  

- Autrefois je servais un seigneur, je donnais tout pour la gloire d’un Duc. Mais Tyra le trouva, et moi, elle me laissa pourrir en prison. C’était il y a dix ans et maintenant, je suis le Roi de Naelis. Ton père est mort, Arthur d’Arseflèse. Une flèche a atteint sa gorge alors qu’il tentait de fuir lâchement par une porte dérobée, tandis que toi, tu défendais ardemment sa cité. Bientôt, ce comté aura un nouveau maître, Altiom d’Ydril. Scylla et toute l’œuvre d’Aetius l’usurpateur n’aura plus sa place en Ydril. Maintenant, je me demande bien ce que je vais faire de toi. De toute ta fureur, de toute ta hargne. »

Glenn attendait la réponse de son interlocuteur, guettant ardemment toute réaction de sa part. En vérité, il avait plusieurs idées en tête. Il pouvait le faire exécuter, pour la vengeance, ou même le faire rançonner avec les autres chevaliers… Dans tous les cas, il avait le temps pour réfléchir et trouver une solution. Lui même avait bien attendu un an avant qu’on daigne s’occuper de son cas. Nééra, que le temps est long en prison…
HRP:
 
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Altiom d'Ydril
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Mar 14 Nov 2017 - 21:06

La vieille Ydril se réveillait. Et à l'heure où disparaissaient Soleils et Dragon sonnait celle des anciennes chimères : l'Hydre était sortie des eaux, sa grande déferlante balayait Marcalm. Du haut de son perchoir, comme à la proue d'un navire fendant des flots d'hommes et de sang, la silhouette d'acier guettait la pénombre, immobile. Les siens vacillaient. Si Naelis n'apparaissait pas dans la minute, c'en serait fait d'Ollvar, de l'Œil, ces chiens de l'Aduram fileraient sitôt la queue entre les pattes et toute sa viande zurthane se laisserait massacrer dans un dernier baroud, trop bien dressée pour même savoir quand sauver sa couenne. Il ne pourrait le supporter. Dévalant les marches, le voilà qui rejoignait l'enfer de mort et de métal au-dehors, foulant les pavés, les flaques, les carcasses.
- À MOI L'HYDRE ! fit-il dans sa marche, qu'on lui tende sa bannière. Et se saisissant de la hampe, brandit bien haut le chimérique étendard. S'il fallait gagner du temps, il le gagnerait. S'il fallait qu'il saigne, il saignerait. S'il fallait qu'il tombe, il tomberait. PELS LAMAS E LO SANG, TA LA GLÒRIA ET L'ONOR !!! Et de sonner du cor à nouveau, ébranler toute cette maudite rue et les cœurs qui y battaient encore, que ce soit de crainte ou de colère ! MOURONS MES BRAVES, MOURONS ! qu'il crachait à travers son armet, se glissant de la sûreté des lignes arrières au-devant de son sort. On n'avait ici ni la place pour tuer, ni celle pour crever, et l'on tombait sous la masse, d'armes ou de chair, broyé par le fer ou le désespoir d'un millier de hères. Il y avait des cadavres encore debout, des vivants sous nos pieds, giclant d'humeurs et de pleurs ignorés, il y avait les reflets carmins, les lueurs d'un grand brasier, il y avait l'empyrée flamboyante et la terreur sans nom qu'inspirait pareille vision. Car tout était devenu rouge. Marcalm, ses cieux, ses rues, ses fils. Une fureur s'était emparée de l'archonte devant tel spectacle. Était-il pressé d'en finir ? Ou d'en profiter. Tout depuis la fin de l'Ivrey l'avait poussé vers ce dénouement. Et tout de lui était mort depuis. Plus rien en son sein ne renierait cet instant, il l'embrasserait tout entier. Sans mot, sans ciller derrière sa face d'acier, il plongea dans l'abysse. Mais quelque chose le retint alors. Un écho lointain, qu'il sentait vibrer en sa poitrine, depuis ses jambes jusqu'à son torse. Le cor des Légions !
- NAELÍS VEN A NOS !!! Bientôt la marée engloutit Scylla, et Ollvar put se désengager enfin ! ENANÇ !! (EN AVANT !!) jubilait l'archonte, premier dans la mêlée, plus charrié par la vague qu'élancé par sa fougue. La fatigue le gagnait, et seule l'euphorie guerrière le portait encore. Mais il sentit un bras, ou une voix, quelque chose, le saisir tout à coup et l'extirper de sa transe.
- Mon ami, c’est ta terre, mais n’oublies pas que si tu meurs maintenant, tout cela n’aura servi à rien.
- Glenn ! lâcha l'ami d'une drôle de voix. N'aies crainte ! Je suis mort à Diantra voilà trois ans, en ce soir je reviens à la vie ! Et le voilà qui repartait aussi sec, beuglant que si l'autre vieille grognasse de Tyra l'avait elle-même jarté des Enfers à coups de pompe au cul, ce n'était certes pas pour l'y rappeler avant le prochain Cycle !
- Ma parole il a pris un pète au casque ? s'en vint faire Ollvar, sidéré. D'jà pas simple de l'garder en vie d'habitude mais c'soir il est franc int'nable. Vous faites pas d'bile votre Majesté, j'vais m'assurer qu'y lui arrive rien de fâcheux, avec un peu de bol on d'vrait pouvoir s'le trimballer en un seul morceau encore une bataille ou deux !
Et tandis qu'ailleurs l’inénarrable Messer-Les-Fesses s'emparait avec brio de la porte nord (sans omettre d'honorer les vieilles coutumes), que notre gros Théodebald gargouillait ses dernières couinées - pas vraiment dignes d'une épitaphe - sous les traits Aquilins, on perçait ici cavaliers et piétaille jusque dans la lice de la citadelle. Et puis, le dernier reflux d'opposition disparaissant dans une écume rougeâtre, la vague s'y engouffra définitivement.
Altiom avançait d'un pas lourd et lent, dur et impérieux, entre les murs de la forteresse. Rien ne se dressait plus sur sa route qu'un ou deux gardes que d'autres se chargeaient de mettre à bas. Il avait repoussé, redouté même, son propre avènement, mais ne pouvait plus le nier désormais. Il était maître de ces lieux. Pourtant il n'en tirait nulle jouissance, ni même de simple satisfaction. Il ne percevait plus rien d'autre que ce qu'il lui fallait accomplir. Lui, était comte. Ydril, était sienne. Le reste, n'avait d'incidence. Ces grands et longs couloirs il ne les voyait pas, ces jouvenceaux et ces pauvres donzelles tremblotant sur son passage ne l'émouvaient plus, ni la pierre ni la chair. Il avait pris ce qui devait l'être, simplement. Et tout cela n'avait plus nulle saveur. Les Cinq y avaient veillé.

Errant seul dans le dédale, le voilà qui reprenait doucement quelque contenance, comme sortant d'un songe. Il lui semblait osciller entre cette torpeur d'outre-monde et ses plus intenses moments depuis l'incident ; il ne s'était jamais senti aussi vivant et pourtant la moindre accalmie menaçait de le voir basculer. Détachant son armet, un coude au mur, il se laissa lentement glisser tout contre, terrassé. Et pas tant de fatigue que par le poids de sa faute. Le Roy pour l'heure ne présentait aucun signe du jugement pentien, mais les mots des Dieux n'étaient jamais vains. En voulant les sauver il les avaient tous condamnés, Glenn bientôt payerait le prix de sa folie. Dans un soupir, Altiom se releva. Il était temps de tout lui dire.

Suivant la lointaine rumeur des discussions, des éclats et des cris de victoire, le voilà qui débaroulait dans la grand'salle. On y accueillait dans l'urgence tout ce que la bataille avait vomi d'amochés et d'estropiés encore à peu près récupérables, allongés sous les grandes voûtes d'arêtes, tandis que l'on s'affairait à mettre de belles bûches au feu, et que d'autres encore ramenaient les premiers tonnelets de casse-pattes des celliers, de quoi redonner du cœur à tous ces pauvres bougres et leur faire passer un peu la douleur.
- A'ORS Y SONT OÙ MES CINQUANTE SOUV'RAINS ? entendit-on vagir tout soudain. Réunis en cercle près de la grande cheminée, les capitaines du drille en étaient déjà à se raconter leurs petites anecdotes croustillantes de ce soir de marave.
- Ohoho comme t'y vas saligaud ! Sur quoi z'êtes tombés pour expédier si prestement c't'affaire, un trio d'gitons poudrés et une troupe de dans'relles levantines ? gouaillait l'autre faraud en s'approchant, les babines jusqu'aux oreilles.
- Des clebs. De guerre, assena Halvdan, tout content de son petit effet. Et la gamine s'est pas démontée, fit-il en avisant Aleth qui passait dans le coin, s'est même foutr'ment bien démerdée !
- Des.. Ouais bah nous on s'est mangé du huskarl, v'nu tout droit des Wandres mon p'tit père, hah ! Une œillade vers Rico derrière lui, qui faisait non de la tête, et Halv enchaîna, conciliant.
- Z'auraient ben pu êt' montés sur des kerkands en armure harnachés a'c des lances à feu pharétan, moi tant qu't'aboules la galtouze hein.
- Mieux qu'abouler, je double la mise ! On règlera ça à la bataille missédoise, une bonne fois ! conclut-on l'air rieur, et prenant congé de toute la truculente coterie, l'on s'enfila dans un colimaçon du fond de la salle.
Pressé de faire le tour du propriétaire, l'Ydrilote s'accorda un bref passage par le chemin de ronde, de quoi au moins jeter un œil sur cette belle cité. C'est qu'il restait après tout un incorrigible rêveur, qui n'avait su trouver dans le spectacle de ces avenues à moitié ensevelies sous la viande morte l'attrait romanesque d'une ville noyée dans la brume et la nuit. Tout autour on s'activait à décrocher les bannières félonnes, et l'éternel emblème retrouvait sa place, bien haut, tout contre ses murailles. Comme elle l'avait fait depuis le premier jour, l'Hydre protégerait à nouveau cette terre. Mais dans son triomphe, un autre gardien avait été mis à bas. Tirant un étendard du tas d'étoffe à ses pieds, l'archonte héla le premier troupier à portée :
hep hep, qu'est-ce qu'y fout par terre çui-là ? On lui répondit, contrit, qu'ordre avait été donné de radicalement changer la décoration, sans qu'on reçoive bien plus d'indications : on virait tout, on hissait l'hydre, le merci, le bonsoir. Et bien en v'là une d'indication : que le Dragon de Sinople retrouve sa place aux côtés de mes armes, et qu'il ne la quitte plus jamais. Remontez-moi cette bannière et faites passer l'mot aux aut' zigues. Cette parenthèse close, le drille s'en retourna à sa grimpette dans les tours.
- Foutredieu en v'là un sacré morcif ! lâchait-il à peine arrivé dans le logis du feu viguier, les deux billes grandes ouvertes.
- Oui c’est bien le fameux Théofass dont tu m’as parlé. On pourra plus s’en servir comme otage mais à en croire ces lettres, on rentrerait fortement dans l’estime de la Comtesse si on lui présentait sa tête ! Tiens donc, la petiote avait-elle eu dans l'idée de commencer ce qu'ils étaient venus achever ? Oui je pense que c’est la bonne chose à faire, tu devrais la faire trancher et on la conservera quelque part.
- Et vendre la bidoche à la prochaine grand'foire ! Pour peu qu'y nous payent à la livre on aura d'quoi financer la guerre. Mirant alors la tablée prête à craquer sous ce vicomtal gueuleton qu'un ost n'aurait pu finir, le loustic ne put que siffler son admiration. Dis donc à défaut d'savoir mourir, le bestiau savait vivre.
- À ce propos, il faut qu’on parle Altiom, seul à seul. Aïe.
- Ça m'fait d'jà froid dans l'dos quand j'entends ça d'la bouche d'ma vicomtesse, v'nant du roy j't'explique même pas. Lui-même lassé de ses badineries pourtant, il reprit sans sourire : mais tu as raison. Le rendez-vous fut donné et le souverain s'en retourna pour l'heure farfouiner à droite à gauche.Comme curieusement décontenancé par cette solitude soudaine, Altiom lui se laissa dériver, un peu par réflexe, jusqu'au colossal tas de barbaque - la bouffe sur la table, pas le viguier. Viandes et vinasses de tout acabit, foison de raisins, de fèves frites, de sauces au verjus, et tout cela.. tout cela il ne pouvait plus que le goûter du regard. Les poings sur la table, il balayait d'un œil morne tout cet univers perdu, s'imaginant les effluves carnées l'inviter au festin, comme un avant-goût de paradis, se sentant croquer la chair bien rôtie d'un ortolan, presque fondante et dégoulinante de gras, le poivre fort lui réchauffer le gosier, une gorgée des plus fins cépages l'adoucir aussitôt, dans une harmonie, une danse dont il ne connaissait plus les pas. Il lui fallait combler ce vide atroce, essayer quelque chose. S'il ne pouvait plus sentir peut-être pouvait-il se rappeler ? Allons la chose ne pouvait être si ardue, avec tout ce qu'il avait éclusé pendant l'archontat ! Il empoigna la première bouteille à lui tomber sous la patte. Corvio licello, voilà qui lui parlait ! Un vin de l'est, doux, léger, sucré même. Mais c'était là mots sans saveur, il lui fallait quelque chose de plus vivant, plus vrai. Des notes de.. de fruit rouge, c'était ça ! Mûre, myrtille peut-être. Quelques instants passèrent. Et puis il s'en rendit compte alors, celles-là non plus il ne parvenait à les démêler. Ni la mûre, ni l'airelle. Ni le pain, ni le daim, ni le thym, tout commençait à se sembler sans nuance en ses souvenances, comme une grande mosaïque délabrée dont les fragments s'éparpillaient, tout doucement, jusqu'à que l'œuvre toute entière perde son sens. Mais il ne se lamenterait pas. Et la chose lui apparut bientôt comme une évidence : ce qu'il ne pouvait ressentir, il lui fallait s'en affranchir. Un dernier regard au litron, qu'il envoya dans un râle se fracasser au mur. Jamais il ne laisserait les Cinq le briser, affamer ses sens ne ferait que nourrir sa haine.

Plume, encrier, vélin, chauffe-cire, tout était prêt. Ne lui restait plus qu'à écrire. Et comme toujours la chose ne vint pas. Et voilà ! Jamais une bonne idée de bazarder du rouquin. Le p'tit Corvio descendu, la lettre aurait été torchée en pas deux ! Bah, il faudrait bien faire sans. Mais que dire à une inconnue, que l'on aime sans l'avoir jamais qu'entrevue ? Car il était revenu pour elle. Pour venger Alastein. Mais elle, qu'avait-elle entendu de lui ? L'habituel, sans doute. Pochard, arsouille, flambard, le cul sur le trône trois jours l'an pour filocher sitôt qu'on tournait la tête, vers quelque lointaine contrée. Le pire, peut-être. Usurpateur, manipulateur, félon et parjure. Et bien soit, si les hommes ne savaient le reconnaître, que lui chalait leurs arts et leurs normes, il ne rédigerait pas une épître dans les règles et se contenterait d'apposer sur le cuir ce qui lui sortirait du cœur.

Altiom d'Ydril a écrit:
Aléandra, mon sang,

Ydril a trop souffert. Je sais ne pouvoir te convaincre par simple épître, cousin éloigné que je suis, désavoué et par deux fois exilé aux confins de ce monde, traître à ses yeux comme aux tiens. Alors je ne vais que te dire. Te dire que je reviens pour toi. Pour ma terre. Pour sauver ce qui peut l'être. Protéger ce qui n'a été détruit. Punir ceux qui n'ont su que trahir. La gloire m'est égale, le pouvoir indifférent. Seuls m'importent encore ton sort et celui des miens. Par ma lame, Alastein sera vengé. Par mon âme, Ydril sera unifiée. Aujourd'hui Marcalm chante, demain toute notre terre. Car brûlent les usurpateurs, et festoie notre peuple. Théodebald d'Arseflèse ne t'attend plus lames au clair, mais la tête plantée sur icelles. À mes côtés marchent le roy Glenn Ier de Naelis et ses Légions, qui comme moi ne désire que justice en ce pays, et qui comme moi ne portera les armes que contre ceux qui les lèvent devant toi.
Ainsi sache que je ne viens pas à ton encontre, et sache que tu demeures ce qui m'est de plus cher au monde.

Altiom, ton sang.
Sentant une larme lui monter, le suderon scella le petit rouleau. Bons dieux pire qu'une pucelle ! Mais heureux d'avoir dit ce qu'il avait à dire depuis tant d'années, il s'en fut le sourire aux lèvres, et bientôt les joues humides.
- HOLÀ MON GLENNOUILLE ! qu'il cancornait tandis qu'on pénétrait l'entrée du colombier, plus tard. Viens-t'en ça qu'l'on taille le bout d'gras ! Et en guise de bout de gras l'arsouille tenait-il quelque rouleau entre ses doigts. Il lui fallut plusieurs longues secondes, fixant d'abord le souverain dans les yeux, puis le sol tout crotté de guano, puis le souverain derechef. Glenn. Désape-toi. Quelques instants plus tard et le sourcil en l'air ajouta-t-il : le haut, foutredieu ! Alors il s'approcha de son ami, le regard dur, concentré, inspectant chaque parcelle de peau, comme cherchant à y déceler quelque signe, quelque début d'affliction. Allons bon qu'était-ce là, les Légions n'avaient-elles pas suffisamment de personnel attitré pour que l'archonte s'en vienne jouer les mires amateur ? Puis tout à coup il eut un soupir de soulagement. Eh bah les jugements divins c'est plus c'que c'était ! Et s'il gardait une once de doute quant au sort de son camerluche, le drille ne pouvait que sourire de le voir ainsi immaculé. J'ai craint de te voir subir toi aussi le même châtiment, car pour ma défiance les Cinq m'ont affligé. Alors à son tour, Altiom tomba plastron et jacque pour révéler le divin motif sur son cœur. Une marque en sa chair, une sentence sans égale beauté. D'abord, plus rien du monde ne sut m'atteindre que la peine. Ni saveur, ni odeur, ni bonheur. Rien que la douleur. Ensuite, les divins un à un m'ont abandonné. Arcam. Il m'a fallu oublier le repos salvateur. Il m'a fallu oublier les rêves et me préparer aux cauchemars. Kiria. Il s'avança au centre du pigeonnier, et chaque créature en son sein céda à la folie dans un déluge duveteux. Le monde m'a comme renié. Et je ne sais qui me délaissera ensuite, mais il est assez simple de deviner ce qui m'attend au bout du chemin. Un instant coi, il ajouta finalement : tiens, s'tu pouvais accrocher c'vélin à la patte du piaf, c'qu'il a failli m'arracher l'doigt quand j'ai essayé l'animal.


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Jeu 16 Nov 2017 - 3:40, édité 4 fois (Raison : Zics + relecture + fin changée L'EDITOR'S CUUUUUUUUUT MON GARS)
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Aléandra di Systolie
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Mer 29 Nov 2017 - 3:06


La nouvelle tomba sèchement depuis la voix du Roi de Naelis. Mais elle n’avait plus aucun écho en lui. Son père avait vécu comme un lâche, sa mort suivait le même chemin.

Oui, il n’était plus le même. Arthur d’Arseflèse était bien mort lorsqu’il échoua à crever sur le champ de bataille. Tâche qui lui semblait pourtant simple entouré d’ennemis armés jusqu’aux dents. Mais même ça il l’avait raté, comme la plupart des choses qu’il avait entreprises. Et voilà qu’un pseudo roi lui expliquait qu’il avait vécu la même chose que lui : il avait perdu un chef qui mourut tandis que lui fut prisonnier. Que fallait-il comprendre ? Que lui aussi deviendrait roi dans 10 ans ? Pfff...Des conneries. Et en y réfléchissant bien, il se trouvait dans cette cellule à cause de ce putain de Saul de Bellecour, qui se retrouva à la merci des Naesiliens durant la bataille. Il avait abandonné pour lui. A moins que ce ne soit pour tous ses hommes ? Ou par peur pour sa propre vie ?

Non, il ne connaissait pas la peur. Les forts l’ignorent comme le roc ignore la tempête. Au final, n’était-ce justement pas cela, cette absence de trouille qui l’avait perdu ? Malmené par son courage, ou plutôt son inconscience, il avait mené ses hommes à la perdition. A la défaite. A la fin. Peut-être que la couardise de son père s’avérait après réflexion la suite logiquement d’un raisonnement humain et intelligent.

Mais totalement dénoué d’honneur, de tact, de bravoure et d’intégrité. A quoi bon vivre lorsque l’on vit dans la honte ? Le repos éternel lui semblait bien plus préférable à ses yeux. Pourtant, ce grand plongeon auquel il aspirait tant depuis des années, il n’était plus sûr de vraiment la désirer. Cette expérience lors de la bataille de Marcalm l’avait profondément remis en question. Ne lui restait-il pas tant de choses à faire ? De tout Mira, il n’avait quasiment que connu Scylla et le Calmerèse...Ni rencontré l’amour. Et le voilà qu’il regrettait l’amour, gisant dans les cachots qui hier encore lui appartenaient, le poignet droit encore balafré et en face du responsable de tout ça.

« Maintenant, je me demande ce que je vais faire de toi. De toute ta fureur, de toute ta hargne. »

Et ses mots résonnaient dans son crâne. Ils le tentaient. Une réponse tâter le bout de ses lèvres « tue-moi ». Mais rien ne sortit de sa pauvre gueule qu’il avait presque condamnée par fierté. Il tourna sa faible fatiguée des combats de la veille vers la lucarne, bien qu’aucune lumière n’en arrivait. En réalité, il se fichait bien de ce qu’allait faire Glenn de lui, ce qui lui importait, c’était le sort qu’il réservait à ses hommes. Ceux pour qui il lâcha prise devant ce qui valait le plus cher à son coeur.

-Nous sommes nous bien battus ? demanda-t-il en osant défier une fois de plus le regard du conquérant. Cette fois-ci, il ne s’agissait pas de haine, seulement d’un coup d’oeil pour juger la personne qui se tenait en face.

La seule question importante en fin de compte : avaient-ils sauvé l’honneur ? Avaient-ils réparer l’humiliation que leur avait infligé Théodebald par son comportement ? Sire d’Arseflèse baissa de nouveau le visae, attendant la réponse de celui qui lui servait désormais de geôlier. Bons dieux, combien de temps allait-il rester là… Le prix à payer pour sauver ses compagnons était-il aussi cher ?









 Le soleil s’évanouissait dans la pénombre, pour laisser place aux ténèbres de la nuit, et à la pluie. Quelques larmes qui tâchèrent le vélin qu’elle avait relu maintes fois. Peut-être trop. Chaque goutte qu’elle laissait tomber faisait trembler la faible chandelle qui lui servait de lumière. Le vent revenait battre contre sa fenêtre. Un vent d’autan. Qui avait porté les voiles d’étrangers et de fils du pays. Loin d’être un zéphir non, c’était une déferlante, qui allait tout retourner, tout changer. Les rumeurs sur Marcalm disaient donc vrai, elle était tombée, et étonnamment ce n’était pas de sa main. Son héritage appartenait désormais à de pauvres inconnus.

Putain, qui était donc cet Altiom ? Bien sûr qu’elle en avait entendu parler. L’usurpateur. Celui qui succéda à son putain d’oncle. Celui qui s’avérait aussi être son cousin. Quelle famille, pleine d’usurpateurs, de traîtres, de gens prêts à vous couper la gorge pour un fief, un titre ou par plaisir. Et voilà qu’il débarquait avec ce roi de Naelis, Glenn Hereon, cet autre traître auquel elle avait envoyée un message sans réponse. Un contrat commercial. Et il lui répondait de cette façon. Quel homme distingué que ce Glenn 1er de Naelis. Si elle savait se battre, elle serait immédiatement partie en faire le dernier. Pour qui se prenaient-ils, ces petits seigneurs de guerre, pour venir détruire ses terres, malmener son peuple et prendre ce qui lui revient de droit ? Et pour qui se prenait-il ce lointain cousin, ce Zadar, pour se permettre de rappeler le douloureux souvenir d’Alastein à la comtesse ?

Alastein..Son coeur se poignardait à chaque fois qu’elle y pensait.

Et cette fin. Ces derniers mots, qui disaient noir sur blanc ceci : « sache que tu demeures ce qui m'est de plus cher au monde. » Que fallait-il en penser ? Avait-elle le droit d’y rechercher un peu de réconfort dans une telle situation ? Ils ne se connaissaient pas, comment pouvait-il dire une telle chose ?

Il fallait reprendre ses esprits..La rage et la colère allaient la conduire à une décision inappropriée.
Si la littérature lui avait bien appris une chose, ce que l’émotion était l’ennemi numéro 1 de la raison.

Elle essuya ses yeux ruisselants et repris son sérieux, ainsi que la lettre en main.

Une chance, était-ce trop demander ? Bien sûr. Cet homme en avait eu plus d’une, et comme il l’avait précisé dans cet épître, il fut exilé par deux fois. Mais après tout, ne représentait-il pas l’un des derniers membres de sa famille, du moins Ydrilote ? Ne disait-il pas venir venger son frère disparu ? Libérer son peuple ? Et si il n’en était rien ? Et si Glenn Hereon se trouvait derrière tout cela, désirant accroître ses possessions au délà de l’Olienne ?

Le doute grandissait en elle, ainsi que son désir de tout détruire. Elle prit sa plume et du papier vierge et elle commença à écrire…



-Avancez avec mégarde votre Grandeur. Ce message est sans doute une fourbe tactique pour amadouer votre parti.

La voix de Scipion Barutoliussi retentissait dans la salle. Paré de son armure doré, il se dressait droit et fier devant le trône sur lequel siégeait une Aléandra pensive. Le fils de Polycarpe avait vécu bien des coups durs, Depuis l’exil de son père après la Guerre des Deux-Dragons, les Barutoliussi avait perdu le contrôle de la Barriana, leur territoire se réduisant à la modeste seigneurie de la Barria. Cependant, la nouvelle politique de la comtesse qui consistait à remettre en avant les anciennes familles du comté restées fidèles lui redonna espoir, d’autant plus lorsqu’il se vit élever au rang de Maréchal. Un honneur incommensurable qu’il reçut avec plaisir et l’ambition de redorer le blason de son ancestrale famille. Et désormais, il se trouvait en face de la Systolie, à parler de stratégie et de guerre.  

-Je le sais très bien, sire de la Barria. Il est préférable que nous tentions d’abord la diplomatie, afin minimiser les pertes et les morts inutiles. Néanmoins nous devons nous préparer au pire et c’est dans cet optique que je vous ai appelé Messire.

Le petite Comtesse tapotait des doigts sur l’accoudoir de son trône. De grands étendards aux couleurs du Sinople tombaient depuis les hauteurs de la grande salle. Dans ses visions, elle les voyait brûlaient. Finir en cendre. Piétinées par de nouvelles couleurs : celles des Zadar. Cette famille qu’on croyait disparue, et encore une fois Altiom venait détromper les mauvaises langues. Elle craignait de le voir tout détruire. Son monde. Son Ydril. Son peuple. Mais les Zadar n’étaient-ils pas la famille régnante depuis des siècles sur le trône de l’Hydre ? Partisane de l’héritage par le sang, elle remettait maintenant en cause sa propre légitimité à régner. Son père avait-il volé le trône sur lequel ses fesses traînaient ? Perdue...Le seul mot qui lui venait en tête. Perdue dans un monde que des inconnus avaient fait. Il n’avait connu ni sa mère, ni son père, ni Altiom, ni Silpheed, ni Adhémar.. De Diogène elle n’avait gardé le souvenir sans doute remanié d’une tentative d’assassinat. Elle débarquait dans un univers bien plus ancien qu’elle ne le croyait encore hier.

-Nos troupes seront prêtes dans trois jours votre Grandeur. Les navires d’Augusto di Fannozia quant à eux sont pour la plupart déjà rassemblés. J’ai envoyé ce matin des éclaireurs patrouiller dans le pays du Calmerèse. Nous devrions être capable de déceler le prochain mouvement ennemi. Si ils refusent la négociation, nous serons prêts au combat.

Il avait une fois de plus coupé Aléandra de ses pensées, pour la lui en replonger aussitôt. Combat..cela signifiait morts. Depuis la nouvelle, elle passait son temps à cacher sa crainte à ses sujets. Comment pourraient-ils avoir confiance si leur propre suzeraine perdait la face ? Mais bordel, qu’elle avait peur de l’horreur de la guerre. A moins que c’était subir la guerre qui la faisait tressaillir ? Car elle se plaisait à s’imaginer la porter à ses ennemis. Comme les héros des livres qu’elle lisait chaque soir.. D’un côté, les Naesiliens l’avaient débarrassée d’une grosse épine au pied pour laquelle elle se préparait depuis quelques temps. Et Altiom s’était donné à coeur joie de le préciser dans sa lettre.

Un serviteur brava le silence de la comtesse pour lui apporter un panier rempli de fruits rouges. Elle le remercia et le renvoya d’un geste de la main et se jeta sur les mûrs devant le regard incrédule de Scipion qui se demandait bien si il avait affaire à une femme ou une enfant. Lorsqu’on l’écoutait, Aléandra ressemblait en tout point à une femme d’expérience souvent bien trop sûre d’elle, voire arrogante. Mais à première vue, elle avait tout d’une enfant : la taille, les formes bien que celles-ci s’affirmaient de plus en plus, la voix et certaines habitudes comme celle de massacrer des fruits à toute heure de la journée. Et pourtant rien ne détendait plus Aléandra. Ce goût si somptueux qui filait le long de sa gorge l’inspirait et l’aidait grandement à se concentrer.

-Pour sûr. C’est notre terre, notre peuple, ici ils avancent en tant qu’étrangers. Si ils osent nous défier, nous les écraserons comme le roc écrase la graine lâcha-t-elle sèchement en faisant exploser une myrtille entre ses deux doigts. Le jus sanglant gicla le long de ses doigts qu’elle s’empressa de sucer.Alejandro, allez donc prévenir sire Augusto di Fannozia que je le demande. Il se trouve au port. Et envoyez cette lettre à Marcalm je vous prie.

Le serviteur au bout de la salle hocha la tête et se rapprocha de la comtesse pour prendre la lettre dans une révérence. Puis il courut accomplir ce qu’elle lui avait ordonné. Un véritable conseil de guerre s’imposait.

Altiom, mon « sang »

Est-ce le nôtre que vous voulez voir couler ? N’en avez-vous pas assez de ces guerres civiles, de ces fratricides qui ont mis en feu notre pays depuis des années ? Comme vous l’avez écrit : Ydril a trop souffert. N’ajoutez pas votre pierre à cet édifice de la mort. Rentrez en Estrevent ou bien venez parlementer. Vous m’avez sûrement rendu service en vous attaquant à Théodebald, néanmoins je n’ai pas souvenance d’avoir engagé de quelconques mercenaires d’Ithri’Vaan. Vous dites vouloir venger la mort de mon bien aimé frère, j’en suis forte aise, mais sachez que le Dragon n’a pas besoin de l’Hydre lorsqu’il s’agit de dresser des bûchers. Pourquoi nous attaquer par surprise ainsi si je suis bien ce qui t’est le plus cher au monde ? De simples revendications auraient suffis, je suis une femme de justice, quand une vieille famille Ydrilote a quelque chose à dire, je l’écoute. Je ne me fie pas aux rumeurs, mais pour l’instant vous êtes conforme à la vôtre, Arichis a bien failli nous détruire avec ses manigances et pourtant il disait bien tenir à moi. Qui me dit que votre épître n’est-elle pas un énorme mensonge ?
Vous qui êtes Ydrilote, vous savez très bien qu’Ydril est première à la table de la négociation, ainsi que la première sur le champ de bataille. Votre ami Glenn de la maison Hereon, le sait-il quant à lui ?

Aléandra, Comtesse d’Ydril et Dame de Peyredrac


Dernière édition par Aléandra di Systolie le Ven 15 Déc 2017 - 0:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   Lun 4 Déc 2017 - 7:41




Entre flèches, coutelas et autres lames acérées, les remparts se virent nettoyées de leurs sentinelles. Non pas qu'elles aient étés inefficaces, car presque toutes prennaient la défense du mur pour une affaire d'honneur, mais la surprise ne brillant pas dans les fils aiguisés, ravageuse, leur avait ôté toute chance d'alerte, pis, de survie.
Issus d'une toute nouvelle meute, finement constituée, c'étaient bien ces fameux Aigles et leurs mentors qui s'étaient dépliés alors, occupant leurs rôles respectifs, à qui l'arc, à qui les mains nues. Mais il ne s'agissait pas de tuer d'avantage, ou de tuer tout court.
Leur mission était concise.

Lorsque la voie fut libre en effet les rapaces n'eurent guère, difficultés acquises, le temps de bavasser que déjà ils se virent honorés par la présence du gros visage bouffi qu'on leur avait plus tôt dessiné. En brèves mises en pratiques de leur talent, les agents de séparèrent en plusieurs équipes, les archers, les bretteurs, les bourrins... Ainsi le groupe tactique criblait de flèches les insoumis tandis que d'autres s'unissaient à la mêlé, acculant et décimant la garde du fugitif.
Seulement, contrairement aux autres algarades qui avaient lieu plus loin entre preux chevaliers et légionnaires, on en vint très vite au noyau que l'on cherchait à atteindre ici, une cible, une pièce dans l'échiquier que nos fous, furieux, prennaient en otage.

C'est alors à quelques pieds du généreux Viguier qu'un des Aigles Noirs de Naelis se fit tristement trouer, et c'était le premier d'entre eux qui rendait l'âme ; cela eu pour conséquence d'égayer la bestialité des endeuillés estréventins, qui virent leur assaut s'intensifier.
Neo qui lui s'était penché sur son camarade mort, s'il put sentir tomber sur sa peau comme une brise assassine, ne put cependant entendre la corde céder à la tension, d'un archer.
Et la flèche qui transperça la gueule du pleutre, et qui ne lui était – peut-être – pas destinée, convint du terme de leur entreprise. Théofasse ou Théobald, qui qu'il fût, était en effet « foutu », et de fait il commença à se vider de son sang, à une vitesse ahurissante.

Leur mission s'agissait en effet d'appréhender le Haut-Viguier de Marcalm, qu'il fut mort ou vif ; peu importait au groupe armé, la raison de cette capture, et les parenthèses politiques qui allaient avec elle.
Leur mission était concise. Le capturer. Ce qu'ils firent. Ainsi le viguier qui n'était pas sans couche de lard, chuta de tout son poids – diable, qu'il était conséquent –, contre la froide terre battue il rebondit en soubresauts cellulitiques, le convoité était donc on ne peut plus capturé, on ne peut plus mort...
Pourtant, le transporter vif était souhaitable, et sans doute plus commode, car au moins aurait-il pu porté lui-même ses tonnes, jusqu'aux pieds suzerains.
Il fallut après que tout soit décanté, porter l'immense masse molle, ensanglantée... Qui fût enfin remise à son nouvel acquéreur... Le duo composé d'Altiom d'Ydril et de son cher ami, Roi de Naelis.
Si échec de mission il y avait, Erestor annonça fièrement qu'il en prendrait toute responsabilité, que ses épaules supporteraient le poids de la défaite. Or si la mort du Haut-Viguier ne fût pas source de mécontentement, ce fût en compagnie de Hendrick et de Neo qu'Erestor se fit néanmoins, gentiment congédier par Glenn Hereon, qui espérait meilleurs résultats à l'avenir. S'en était apparemment fini pour aujourd'hui. En tout cas pour eux. Las, ils se glissèrent dans les corridors.

Si pour certains tels que Raffik ou les Jumeaux il ne restait plus qu'à fêter cela en s'abreuvant, oublier le sang versé par l'alcool ingéré, pour d'autres tels que Neo il ne restait plus qu'à veiller les morts. Amis ou ennemis, ils méritaient inhumation ou sépulture, bénédiction, pour que leurs souffles apaisés voguent à leurs destinés.

Il était calculateur, quoique honnête. Il était un meurtrier également, car bien sûr œuvrait-il pour un Dieu de Guerre et de Colère, mortuaire, mais il restait aussi un homme pieux, très pieux.
Car s'il était aux ordres du Dieu Othar, c'était après avoir servi la Bienvellante, auprès de laquelle il cherchait désormais rédemption.
Les années ne passaient que trop vite chez l'Homme, nonobstant​, ces petits êtres éphémères pouvaient être riches et complexes...

Les odeurs nauséabondes d'excréments se mêlaient à celles du sang coagulé et les tripes qu'elles soient humaines ou équines chatouillaient les nez, pincés par réflexe. Tout n'était qu'amassis de carne et de ferraille, que Neo aida à ramasser, à défaut de pouvoir rafistoler.

Neo erra. Les autres aussi. La guerre était là, et comme après une prise de drogue, la redescente s'annonçait, le temps était lourd, les esprits aussi. Bientôt les feux de joie brilleraient à nouveau dans les yeux des preux guerriers. Pour l'heure, les flammes vacillaient.

Le vautour moine était bien évidemment de ceux-là qui aidèrent à transporter les blessés dans quelque recoin de la citadelle prévu à cet effet. Auprès des souffrants il vit trois Aegypius et quelques Aigles s'occuper de ceux-là, les grièvement blessés, les estropiés, les damnés qui jamais plus ne pourraient guerroyer. Il s'était dit quant à lui que ces blessés-là étaient perdus à jamais dans les limbes de l'inutilité, qu'ils étaient – sévère punition des Dieux –, voués au malheur de l'inaction. Voilà pourquoi il laissa derrière lui ces hommes, ces frères essoufflés, trop triste pour s'en occuper, et alla creuser, et creuser encore... La pelle et la pioche seraient ce soir-là, ses meilleures alliées, pour la simple et bonne raison qu'elles le maintiendraient occupé.
Pour l'instant l'heure du repos se faisait largement désirer, et il était loin, ce repos... Encore plus loin était le dénouement de cette guerre. Ainsi pensait Neo, frôlant le présent, jaugeant le futur. Il était cependant heureux, car longue ou pas finalement, cette guerre, contrairement à ce que pouvaient penser les protagonistes d'icelle, n'était qu'une guerre parmi tant d'autres. Lui ne suivait et ne savait point les intrigues et les jeux de pouvoir. Il n'était dans l'échiquier, qu'un pion, et ça lui allait, tant que celui-ci soit au front, de chaque partie, vers quelque horizon.




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MessageSujet: Re: [L'Hydre, l'Épée et le Dragon] Quand revient le vent d'autan   

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