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 Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul

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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Dim 29 Oct - 13:50


2ème jour de la 3ème ennéade de Favrius, 10ème année XIe Cycle

De l'autre côté du fleuve, des colonnes de fumées s'élevaient au-dessus de Beltrod. Incendies volontaires de la part des loyalistes désireux de ne pas laisser les greniers à grain entre les mains des nordiens ? Ou simples conséquences des pillages qui devaient s'abattre sur la cité ? Impossible d'y répondre, mais de fait cela n'avait guère d'importance : la cité était prise et livrée au bon vouloir de l'envahisseur. Meurtres, exactions, tortures, exécutions, tout cela serait classé par les historiens comme de simples détails inhérents aux guerres. Crachant au sol de dépit, l'ancien baron d'Alonna se fit la réflexion que l'histoire se moquait de la souffrance des gens tant qu'elle récupérait sa dose d’héroïsme apte à enflammer les imaginations des générations futures. Nul doute que les Berthildois chanteraient longtemps la chute de Beltrod, oublieux de toutes ces souffrances imposées à un peuple qui ne pouvait que subir le cruel jeu des trônes.

Est-ce de ta faute, Nimmio ? murmura Hanegard tout en rejoignant le reste de ses compagnons. Les mânes de ces morts te hantent-elles ? Ou tout cela était-il inévitable ?

Nul doute que le duc du Médian portait une lourde responsabilité dans ces tueries. Sa volonté de se créer un empire dans la Médian avait été comme la boule de neige lancée du haut de la montagne et qui déclenche une avalanche. Pendant un temps, sa victoire lors de la bataille des Champs Pourpres avait permis l'émergence de la Ligue, entité politique destinée à régir le Médian en remplacement de l'ancienne autorité royale. Mais les provinces du Nord s'étaient ralliées à la bannière de Bohémond et marchaient désormais en force contre les "rebelles", tels qu'étaient appelés ceux n'ayant pas rallié le roi. Le roi... se pouvait-il que Bohémond le soit vraiment ? Les circonstances de sa disparition à Diantra puis sa mystérieuse réapparition à Soltariel ne laissaient pas de surprendre Hanegard. Comment appeler roi un gamin à l'identité somme toute incertaine, qui suçait son pouce et ne disposait d'aucun autre pouvoir réel ?

Foutue ironie de l'histoire. Autrefois l'un des partisans les plus fidèles au roi Trystan, le seigneur de Renhanda se trouvait désormais malgré lui dans le camp des soi-disant rebelles. Nimmio avait convoqué ses vassaux à Rochenoire afin de constituer l'ost et de bouter l'ennemi hors des frontières. Combien répondraient à l'appel ? Le Duc ne faisait pas l'unanimité et bien des châtelains allaient plutôt se calfeutrer dans leurs domaines en espérant que l'orage passerait à côté d'eux sans les atteindre. De son côté et malgré ses sévères désillusions envers la politique de son suzerain, Hanegard avait obéi, tout du moins en partie car aucune force de milice ne constituait la troupe qu'il amènerait à Rochenoire. Seuls des soldats de métiers aptes à monter à cheval l'accompagnaient, les autres demeuraient dans leurs foyers où ils se trouvaient sans doute fort occupés à enterrer leurs réserves de nourriture et leurs rares richesses pour les mettre à l'abri des pillards Berthildois si ces derniers réussissaient à traverser le fleuve malgré la destruction des ponts.

Un combat sans issue, jugeait l'ancien commandant des légions noires de Serramire tout en se félicitant que sa famille et ses biens les plus précieux se trouvent à Val-Néera, loin du tumulte des armes. Car même si l'ost de Nimmio réussissait à repousser les envahisseurs de Beltrod, d'autres viendraient pour continuer le combat. Les réserves nordiennes dépassaient ce qu'eux-mêmes pouvaient aligner sur le champ de bataille, d'autant plus qu'il ne fallait guère espérer d'aide de Langehack ou du Garnaad. Isolé politiquement et divisé intérieurement, le Médian ne pouvait lutter contre le nord coalisé, tout au plus lui infliger des contre-attaques douloureuses ou assurer une guerre de partisans dans les montagnes de l'Est. Des stratégies défensives pouvant certes retarder mais hélas non éviter la défaite. A moins que Nimmio n'ait une botte secrète en réserve ? Avait-il entamé des négociations secrètes avec les partisans de Bohémond ?

Un écuyer portant sur son tabard les armes de Velteroc s'approcha de lui, le tirant de ses amères ruminations.


Seigneur, que faisons-nous désormais ?
Ce que nous dictent nos ordres, Merwan. Nous rejoignons Rochenoire avec les troupes disponibles pour répondre à l'appel du Duc.
Mais cela ne servira à rien, nous devrions rester chez nous.

Furieux, Hanegard se retourna et attrapa brutalement le jeune homme par sa cotte de maille, l'attirant quasiment nez à nez avec lui.

Ne redis jamais ça ! Tu as prêté serment d'allégeance au Duc, tout comme moi ! L'honneur est la dernière vertu qui évite à ce monde pourri de sombrer définitivement ! Tu obéiras, et ce jusqu'à ce que Nimmio te délie de ton serment ou que tu rejoignes le royaume de Tyra.

Relâchant sa prise, l'ancien baron fit signe à la troupe de le suivre vers l'Est, vers la capitale. Intérieurement, il devait bien admettre que son explosion de colère se trouvait moins dirigée contre Merwan que contre lui-même, contre son impuissance à infléchir le cours des événements du désastre vers lequel ils courraient. Combien de guerres avait-il connu depuis son départ des Wandres, plus de deux décennies auparavant ? Il en perdait le compte mais avait compris une chose : chaque guerre portait en germe la suivante, rien n'indiquait que celle-ci serait différente. La haine que Sainte-Berthilde et ses alliés généreraient parmi leurs adversaires se trouverait un temps camouflée par la peur, mais un jour cette peur s'affaiblirait et les épées seraient de nouveaux tirées hors du fourreau.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Lun 30 Oct - 19:37


4ème jour de la 3ème ennéade de Favrius, 10ème année XIe Cycle

Rochenoire, enfin ! La cavalcade effrénée qui les avait amené des abords de Beltrod jusqu'à la capitale s'était révélée épuisante. L'urgence de la situation imposait pourtant d'agir vite, ne laissant que de courtes périodes de repos pour qu'hommes et bêtes puissent reprendre leur souffle et grignoter un morceau. Laissant les rênes de sa monture à son écuyer, Hanegard monta à grandes enjambées l'escalier menant à la salle où Nimmio tenait habituellement son conseil. Lors de sa dernière venue à l'été précédent, le lieu bruissait d'une vie de cour active où de multiples parasites tentaient d'approcher du saint des saints afin d'obtenir qui une faveur qui un poste. Rien de tel aujourd'hui, seuls quelques gardes et vieux guerriers blanchis sous le harnois attendaient patiemment, mais dans leur regard déjà se lisait la peur de la défaite.

Les deux lanciers qui se tenaient devant la porte connaissant bien le seigneur de Renhanda, ils s'écartèrent pour le laisser passer. En entrant dans la salle, Hanegard fut immédiatement surpris par le faible nombre de personnes présentes : il s'était attendu à y voir réunis tous les vassaux de Nimmio, mais plusieurs têtes manquaient à l'appel. Combien avaient finalement répondu à la convocation ? La moitié ? Les deux tiers tout au plus ? Plus effrayant encore se révéla la vision du duc, affalé comme un sac de patates dans son fauteuil en bout de table, son unique main agitée de tremblements frénétiques. Nimmio n'avait même pas levé les yeux vers le nouvel arrivant. Avait-il seulement remarqué son entrée ? Rien n'était moins sur.


Où est Maxence du Peyre ?

Le commandant de Beltrod ayant une bonne demi-journée d'avance sur lui, Hanegard s'attendait à le voir installé en bonne place afin de présenter un rapport de situation sur l'invasion.  Mais seul un silence gêné emplit la pièce alors que chacun détournait le regard, comme pour éviter de devoir répondre à la question. Finalement, un des capitaines de l'armée lui désigna discrètement une fenêtre donnant sur la cour intérieure du château. S'y rendant, Hanegard y jeta un regard et ne put réprimer un hoquet d'horreur : un corps dénudé pendait à une potence tandis que des corbeaux lui arrachaient déjà des morceaux de chair.

Il a reçu le juste châtiment pour sa félonie, affirma un châtelain des environs de Parmepeyre.
Sa félonie ? Mais... il a réussit à s'échapper avec tous les hommes fidèles.
Non !

La voix de Nimmio avait claqué dans l'air comme un fouet. Se redressant d'un coup comme mue par une énergie inconnue, le duc du Médian fixa l'assistance de ses yeux rougis par le manque de sommeil.

Du Peyre a capitulé ! Il devait tenir Beltrod jusqu'au dernier homme, pas fuir comme un couard devant les berthildois ! Nous sommes engagés dans une lutte à mort pour assurer la survie du Médian, les lâches qui reculent finiront comme lui !

Comme épuisé par l'effort de sa tirade, Nimmio retomba dans son fauteuil, haletant. Profondément choqué par l'état de délabrement de son suzerain que l'on disait fort diminué par les effets de la tentative d'empoisonnement à son encontre, Hanegard dut admettre que la réalité dépassait largement la rumeur et que le poison semblait avoir atteint aussi gravement le corps que l'esprit. Tentant de se raccrocher à quelques éléments d'espoir, il se tourna vers les autres participants. La situation militaire se révélait sombre, toutefois le Médian ne pouvait pas sombrer aussi aisément. Darius de Sémilank, Grand Maître de l'Ordre de la Main Écarlate et un des plus fidèles partisans de Nimmio devait pouvoir disposer d'informations plus à jour sur leurs forces.

De combien de soldats disposons-nous ?
Un millier environ
Si peu, murmura Hanegard, horrifié de voir l'état de faiblesse du duché.
L'avant-garde berthildoise a conquis Beltrod par traîtrise. D'après nos renseignements, le reste de l'ost devrait les y rejoindre. Ce sera une occasion parfaite pour les y affronter.

Comme si cette dernière phrase l'avait de nouveau tiré de sa torpeur, le duc du Médian se tourna vers Hanegard, le désignant de son doigt tremblant.

Vous ! Oui, vous conduirez ces troupes à la bataille ! La victoire vous appartiendra si la foi en notre cause vous accompagne. Nos troupes sont puissantes, bien entraînées et aguerries. Frappez fort et soyez sans pitié, cette union contre-nature des nordiens se disloquera au premier revers !

Attaquer ? Avec au mieux sept cent hommes, puisqu'il n'était pas concevable de laisser Rochenoire sans défense. Si Sainte-Berthilde venait en force (or justement tout laissait présager que leur régent prenait cette affaire très au sérieux), ils devaient pouvoir aligner des milliers d'hommes sur le champ de bataille, sans même compter l'apport de leurs réserves. L'histoire ne manquait pas de conflits remportés en infériorité numérique, mais rarement la disproportion des forces n'avait été aussi cruelle.

J'attends votre proposition de plan de campagne pour demain, ajouta sèchement le duc avant de renvoyer tout le monde d'un geste nonchalant.

"Néera toute puissante, protège-nous... il est devenu fou", pensa intérieurement Hanegard tout en quittant la pièce.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Mar 31 Oct - 17:11


5ème jour de la 3ème ennéade de Favrius, 10ème année XIe Cycle

En compagnie des principaux capitaines de l'armée, Hanegard avait planché toute la nuit sur un plan de bataille qui ne se résumait pas à une charge héroïque mais vaine face à un ennemi solidement fortifié et en surnombre. Se faisant la voix du duc, Darius avait tout d'abord insisté pour que soit organisé un assaut direct sur Beltrod malgré la réprobation unanime de tous les militaires expérimentés. De longues heures de discussions assez âpres s'étaient révélées nécessaires pour renvoyer cette folie suicidaire dans les cartons, le Médian ne disposant pas du quart des troupes qui se seraient révélées nécessaires à une reprise de la cité.

Lorsque l'aube se leva sur Rochenoire, le plan était prêt. Oh, certes, il ne présentait ni l'ambition ni ne comblait les espérances des plus fanatiques, toutefois il permettait d'espérer remporter un succès relatif apte à faire hésiter les berthildois avant que ceux-ci ne puissent mettre le siège devant Rochenoire ou Parmepeyre. Ce plan exploitait au maximum le seul atout des défenseurs : leur mobilité, car le faible nombre de soldats permettait à chacun de disposer d'un cheval. Or s'il fallait des années pour former un chevalier apte à charger en armure sur sa monture, utiliser un canasson pour se déplacer rapidement d'un point A à un point B restait à la portée du péquin moyen sachant différencier la tête et le cul de sa monture. Bien plus nombreux et encombré par sa logistique, l'ost berthildois ne pourrait pas se déplacer rapidement : d'ailleurs, en avait-il besoin ? Les envahisseurs ne recherchaient pas spécialement la vitesse mais la conquête, peu leur importait de perdre une journée dès lors qu'ils continuaient à grignoter le Médian morceau par morceau.

Faire accepter ce plan par Nimmio fut encore plus compliqué que de le concevoir. Si le duc semblait plus calme que la veille, la discussion s'échauffa lorsque Hanegard lui expliqua que se focaliser sur Beltrod constituait une faute grave sur le plan militaire et qu'il valait mieux laisser venir les berthildois jusqu'à l'endroit prévu pour les affronter.


Le plan militaire, le plan militaire ! Vous ne voyez qu'un aspect du problème ! Politiquement et diplomatiquement, chaque ville tombée entre leurs mains m'affaiblit. Il faut penser en termes d'offensives et repousser immédiatement l'ennemi hors des frontières !
Monseigneur, si notre plan ne vous convient pas, trouvez quelqu'un d'autre que moi pour conduire votre armée.

Le silence qui tomba dans la pièce confirma que plus personne n'osait désormais parler au duc avec autant de franchise. Cela démontrait le changement incroyable dans la personnalité de son seigneur, autrefois ouvert au débat et prêt à accepter la contradiction pour peu qu'elle soit solidement argumentée. Mais que faire face à un chef désormais inapte à assurer correctement les éminentes fonctions qui étaient les siennes ? Le destituer ? Impossible, aucun des participants à la réunion ne disposait d'une quelconque légitimité pour arracher son sceptre à Nimmio. Devenu mentalement instable, il n'en demeurait pas moins le duc du Médian et la force des serments à son encontre ne pouvait disparaître aussi aisément. Hanegard avait constaté que dans son clan natal des Wandres comme en Péninsule, le même problème apparaissait : un chef inapte restait malgré tout un chef jusqu'à sa mort.

Très bien, agissez au mieux, maugréa finalement Nimmio en constatant que tout son état-major s'accordait sur le plan proposé et que même Darius n'essayait pas de pousser une autre solution.

Un soupir de soulagement parcourut l'assistance. Dans l'heure qui suivit, des ordres furent donnés pour réunir l'armée et commencer à envoyer les premiers détachements de cavalerie qui devaient atteindre au plus vite la rive nord du Mélian là où les montagnes laissaient la place aux plaines. Soldats et sergents s'agitaient avec d'autant plus de vigueur qu'ils sortaient d'une longue période de léthargie où nul n'osait bouger. Enfin on allait se battre ! Pour un militaire, rien n'est pire que l'inaction avant le début des hostilités car il y ressasse les risques qui se présentent face à lui ! Mort, amputation, capture... l'action chasse ces pensées destructrices sous un flot d'adrénaline.

Hanegard aurait aimé pouvoir ainsi se vider l'esprit. Seul dans ses appartements, son épée sur les genoux, il contemplait au loin dans l'ouest les vertes prairies qui bientôt se rougiraient de sang. La porte s'ouvrit et Merwan entra... par les Cinq, ce qu'il avait grandi se dit l'ancien baron d'Alonna. L'orphelin que sa femme et lui avait adopté plus d'une décennie auparavant était devenu un beau jeune homme que les demoiselles de la cour regardaient avec un intérêt de plus en plus prononcé. Hanegard n'aurait pu rêvé meilleur écuyer pour la bataille à venir, mais il savait qu'agir ainsi aurait été de l’égoïsme de sa part. Ce jeune homme devait vivre, vivre pour aimer ce monde et voir se lever des jours meilleurs. Le cœur lourd, Hanegard se redressa et tendit son épée à Merwan.


Seigneur ?
Prends cette épée. Elle m'a été donnée par le roi Trystan lui-même lorsqu'il me nomma régent d'Alonna, alors entretiens la avec soin. Trouves un bon cheval aux écuries et rejoins Val-Néera. Dis à ma femme et à mes enfants que je les aime, et que ma foi en Néera reste intacte.
Seigneur, je...
Tais-toi. Embrasses moi et va.

En pleurs, Merwan se jeta dans les bras de cet homme qu'il considérait comme un père, conscient qu'il ne le reverrait peut être plus dans ce monde. Jeune mais pas idiot, il comprenait bien pourquoi l'ancien baron le renvoyait avant la bataille tout en lui confiant son épée qu'il ne quittait pourtant jamais. Seul un miracle permettrait de remporter la bataille dont tous déjà parlaient au château, or une défaite risquait fort de se payer par la mort, soit au combat des mains des berthildois soit de celles du duc Nimmio qui ne tolérerait aucun échec. Merwan comprenait cela, comme il comprenait qu'on l'éloignait pour lui éviter un sort funeste. Sans un mot il partit en courant et le bruit de ses pas dans l'escalier disparut peu à peu.

Hanegard était heureux d'avoir pu retenir ses larmes assez longtemps pour que Merwan ne les aperçoive pas.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Mer 1 Nov - 10:25

Après le départ de Merwan, Hanegard se passa le visage à l'eau et enfila sa cotte de mailles. S'il pouvait dans l'intimité laisser paraître des doutes, il lui fallait rester totalement maître de lui face à ses subordonnées, au risque sinon de transformer une campagne déjà annoncée comme difficile en désastre assuré. Après une courte prière à Néera pour lui demander de ne pas juger trop sévèrement son attitude à venir dans la guerre, il retourna à la salle des cartes où l’attendaient plusieurs officiers de l'armée désignés pour mener les premiers groupes qui allaient quitter Rochenoire le jour même.

Le duc du Médian n'assistait pas à la conférence, mais plusieurs des membres importants de son conseil seraient présents afin d'être ses yeux et ses oreilles. Sans leur accorder plus d'importance qu'ils n'en avaient au vu de la situation, Hanegard fixa du regard Ernst du Bois-Clos et Amédée de Lysandre, deux cadets de nobles familles ayant gravi les échelons de la hiérarchie militaire à la force du poignet. On les disait compétents et dotés d'un solide sens tactique, Hanegard espérait qu'ils allaient se montrer à la hauteur de leur réputation dans les jours à venir.


Ernst, vous partez sur l'heure avec cinquante cavaliers. Votre mission consistera à patrouiller la rive sud du Mélian afin de déterminer où les berthildois prévoit de traverser le fleuve, qu'il s'agisse d'un gué où de l'un des ponts encore intact. Restez aussi discrets que possible et surtout veillez à rester en permanence en contact avec moi pour m'indiquer les mouvements de l'ennemi. Toute notre stratégie s'effondrera si nous ne sommes pas prévenus assez vite de l'endroit où le franchissement aura lieu.
A vos ordres. J'établirai un système à base de messagers rapides prêt à remonter en amont du fleuve au premier signal.

Le doigt d'Hanegard quitta alors la zone au sud du fleuve pour se porter sur les routes partant de Beltrod et remontant vers le nord.

Amédée, vous partez avec cent cavaliers par la rive nord du Mélian. Divisez-vous en petits groupes et harcelez les convois de ravitaillements qui font la navette entre Sainte-Berthilde et Beltrod. Ne vous chargez pas inutilement de pillage, nous ne manquons pas de ressources : brûlez, tuez, ne laissez rien intact des convois. Par contre, interdiction absolue d'attaquer les convois protégés, contentez-vous alors de vous faire voir puis battez en retraite.
Il me sera difficile de couper leur ravitaillement dans ces conditions. Après les premiers assauts réussis, nul doute que l'ennemi renforcera d'une façon ou d'une autre la sécurité sur ses lignes de communications. Seule une grossière erreur stratégique de sa part nous permettrait de les isoler.
Rien n'interdit d'espérer que l'ennemi commette cette erreur qui serait pour nous une bénédiction, mais vous avez raison. Je compte moins sur l'isolement logistique de l'ost berthildois que sur l'obligation pour eux de dérouter des forces de cavalerie légère vers le nord afin de vous contrer. Cela affaiblira d'autant leur capacité à patrouiller autour de leur corps d'armée principal.

En envoyant ainsi le gros de sa cavalerie légère en mission, Hanegard savait qu'il manquerait lui aussi d'éclaireurs. Mais ce risque pouvait s'accepter de la part d'une armée réduite à la défensive et obligée de tenter un coup de dés pour éviter l'anéantissement. Plus gênant se trouvait l'affaiblissement numérique, car ces cent cinquante soldats additionnés aux cent cinquante autres qu'il prévoyait de laisser à Rochenoire pour protéger le duc réduiraient sa propre troupe à sept cent hommes au mieux.

Messeigneurs, nous quitterons Rochenoire dans trois jours et descendront le Mélian par la rive nord, tout en restant hors de portée des patrouilles berthildoises. D'ici là je veux que les soldats ne sachant pas chevaucher reçoivent un entrainement intensif pour savoir au moins tenir en selle et suivre leurs camarades lors de nos déplacements. Ceux définitivement inaptes resteront ici, mais ne le leur dites pas avant le début des exercices, bien entendu.

Un petit rire nerveux secoua l'assistance. Trois jours pour former un cavalier, même basiquement ? Défi colossal mais nécessaire pour la dernière phase du plan qui allait nécessiter de manœuvrer rapidement une fois que l'ost berthildois quitterait Beltrod. Si Hanegard aurait préféré disposer d'une ennéade pleine pour préparer plus sereinement ses troupes, il avait rejeté cette option car rien n'indiquait que les berthildois resteraient sagement à Beltord en attendant. Bien au contraire, ils risquaient fort de se remettre en mouvement afin d'envahir le sud du duché qui attendait comme un gros fruit mur de tomber dans leur paume.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Jeu 2 Nov - 12:50


7ème jour de la 3ème ennéade de Favrius, 10ème année XIe Cycle


Deux jours déjà que les premières troupes avaient quitté Rochenoire. Le lendemain, le gros de l'ost (ou tout du moins ce qu'il en restait) prendrait à son tour la route afin d'aller affronter l'envahisseur. L'entrainement allait bon train, et après des chutes en tout genre les soldats commençaient à tenir en selle correctement. Il ne faudrait pas leur demander un galop soutenu, mais Hanegard estimait déjà appréciable de pouvoir obtenir un gain de mobilité relatif par rapport à l'ennemi. Tout son plan reposait sur l'espoir que les berthildois n'apprendraient que trop tard l'approche des troupes stationnées à Rochenoire.

En attendant il lui fallait se rendre à la conférence de situation quotidienne avec le duc. Ces séances s'apparentaient souvent à de longs monologues décousus sans grand intérêt dans la mesure où aucune nouvelle fraîche n'arrivait jusqu'à eux. Peut-être cette séance à venir serait-elle différente ?


Erac a rejoint aux berthildois, cracha le duc lorsque Hanegard entra.

Dans la main de Nimmio se trouvait un papier froissé, probablement un rapport d'espion.


Erac... j'aurais du faire trancher la gorge à Léandre et à toute sa vomissure de descendance. Ne reste-t-il donc aucun honneur chez ces gens-là ? Ce fieffé coquin de Renaud, avec son air de sainte-nitouche et ses manières efféminées... j'aurais du me douter que cet espèce d'eunuque foncerait lécher le cul des nordiens à la première occasion ! La merde attire la merde.

Tandis que d'autres membres du conseil exprimaient eux aussi leur vertueuse indignation, Hanegard méditait en terme de chiffres. Affaiblie également, Erac ne pourrait probablement pas aligner des troupes très nombreuses, mais politiquement ce ralliement affaiblissait encore plus le Médian en démontrant son complet isolement. Fallait-il seulement s'étonner qu'Erac rejoigne le camp des royalistes ? Au vu des dernières années et des tensions entretenues avec Velteroc, le contraire eut presque été étonnant.

Votre altesse ?

Interrompant sa tirade fielleuse sur l'ascendance douteuse de Renaud et sur le gout de sa mère pour les relations extra-conjugales avec des boucs lépreux, Nimmio tourna lentement son regard vers lui.

Cette nouvelle est en effet préoccupante. Ne faudrait-il pas commencer à envisager une solution diplomatique si les armes ne nous sont pas favorables ?
Pas favorable ? Pas favorable ! Je ne veux entendre personne ici tenir de tels propos ! Occupez-vous des questions militaires et laissez-moi gérer la diplomatie.

Sèchement rabroué devant ses pairs, Hanegard inclina légèrement la tête et fit un pas en arrière. Par "solution diplomatique", tout le monde avait fort bien compris qu'il s'agissait d'envisager une capitulation. Mais leur seigneur semblait bien déterminé à mener le combat jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix. Un front uni de ses vassaux aurait-il pu le contraindre à changer ses vues ? Cela resterait hypothétique, car si plusieurs visages dans l'assistance montraient leur désapprobation, nul n'osait le revendiquer haut et fort.

Le triste sort de Maxence du Peyre était encore dans tous les esprits.
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MessageSujet: Re: Le Médian au grand complet est derrière moi ! Je suis donc tout seul   Sam 4 Nov - 14:29


8ème jour de la 3ème ennéade de Favrius, 10ème année XIe Cycle

Le soleil matinal brillait sur Rochenoire, comme pour saluer le départ de l'ost. Mais peu de visages souriaient car les nouvelles du front n'étaient pas bonnes : après la chute de Beltrod, d'autres contingents avaient rejoints les berthildois et des chiffres inquiétants circulaient... on murmurait que l'ennemi amassait quinze milles soldats pour détruire le Médian avant de continuer leur chemin pour conquérir Langehack et Soltariel. Certains espéraient même une aide des grands duchés du sud, une sorte d'alliance sacrée des gens de Bien contre les barbares nordiens. Dans d'autres circonstances, cela aurait fait rigoler Hanegard, malheureusement la situation actuelle ne se prêtait pas à des débordements de joie.

Quinze milles hommes ? Le chiffre paraissait largement exagéré mais les renseignements fournis par Nimmio lors de la conférence plénière tenue la veille au soir parlait de quatre milles ennemis environ. S'il disait vrai, les velteriens allaient donc devoir se battre à un contre cinq, ratio qu'Hanegard comptait ramener à un contre deux pour peu que son plan de campagne soit couronné de succès. L'infériorité numérique resterait malheureusement présente, toutefois il s'agissait d'un désavantage qu'un bon général pouvait espérer surmonter si les Dieux demeuraient présent à son côté.


Reste à espérer que les espions de Nimmio n'aient pas volontairement sous-estimé l'ennemi, marmonna l'ancien baron d'Alonna tout en enfilant sa cotte de mailles.

Le duc se refusait à admettre que les nordiens aient pu bâtir une coalition réellement solide, affirmant que les berthildois gardaient la plupart de leurs troupes d'élites chez eux en vue d'un hypothétique affrontement avec Arétria. Hanegard doutait assez fortement qu'une telle rivalité puisse naître entre ces deux géants avant que la victoire ne leur soit acquise, toutefois il ne disposait d'aucune information apte à remettre en cause les chiffres de son suzerain et Nimmio s'était refusé à lui laisser l'accès aux détails des rapports d'où provenaient ces estimations.

Ayant rejoint ses hommes dans la cour, il monta en selle et donna le signal du départ. A ses côtés chevauchait Gaspard de Jüs, un vieux guerrier autrefois redoutable et encore capable de faire mordre la poussière à un jeunot insolent. D'un mouvement de menton, le vétéran au visage balafré désigna Nimmio qui se tenait au balcon de la grande cour, fixant d'un œil morne la masse de cavaliers se mettant en mouvement et dont dépendait le destin de son duché.


J'ai un mauvais pressentiment, mon ami. Comme si nous ne devions jamais le revoir.
Comment lui prouver notre allégeance si ce n'est ainsi ?

Le dernier coup de dé du Médian venait d'être lancé.

[FIN]
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