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 Ciara de Phalère

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Ciara de Phalère
Sang-mêlé
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Nombre de messages : 4
Âge : 23
Date d'inscription : 27/11/2017

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  51 ans
Niveau Magique : Arcaniste.
MessageSujet: Ciara de Phalère   Lun 27 Nov 2017 - 21:01

Identité
Nom/Prénom : Ciara de Phalère
Âge/Date de naissance : 51 ans (née en l'an 958 du Xème cycle, paraît la vingtaine du fait de son sang elfe)
Sexe : Femme
Race : Sang-mêlée d'apparence humaine (grand-père elfe dont l'ascendance se révèle non dominante)
Faction : Péninsule
Alignement : Neutre mauvais
Liens notables : Non.

Particularité : Sens inné de l'éblouissement figural.


Métier : Érudite
Classe d'arme : Magie (immatériel)


Possessions & Equipements :
De quoi coucher l'Histoire à toute heure! Prévoyante, Ciara dispose dans sa besace de nombreux rouleaux de parchemins serrés dans leurs étuis de cuir, d'une réserve conséquente de plumes d'oie, d'encre, de fusains et de bougies. Bien qu'elle dispose en outre de quelques pinceaux, ces derniers ne caressent toile que lorsque leur maîtresse s'établit en un lieu à demeure car la peinture n'est guère voyageuse.

A ces quelques possessions s'ajoute une appréciable quantité de bahuts où s'entremêlent notamment de pudiques tenues de clerc, de pratiques effets de voyage ainsi que la production plus raffinées des couturiers estréventins. Soigneusement séparée des tissus, une main curieuse ne manquerait pas d'exhumer de ces malles une surprenante collection de poudres, fards, teintures, épices et autres encens, quelques rossignols ainsi qu'un miroir au pommeau d'ivoire.

Enfin, lorsqu'elle s'aventure en dehors de la sécurité toute relative des murailles, la scribe arbore un stylet dont le fourreau lui bat coquettement les fesses.


Apparence :
La curiosité de l'indiscret peinerait à s'étancher d'un simple regard sur Ciara. S'il est vrai que le bleu très pur de ses yeux, dissimulés sous une chevelure sombre et brillante comme de la soie, pourrait en faire une dame du Médian, la pâleur toute lunaire de son teint de même que sa bouche rose comme une grenade ouverte en feraient davantage une Nordienne. Toutefois, le poli de ses ongles, qui continue la finesse de ses doigts, rappelle les mœurs sophistiquées du Langehack tandis que sa gestuelle à quelque chose d'elfique.

Enfin, pleine de recherche et d'ingénuité, l'intrigante est capable d'adopter un phrasé qui glisse de ses lèvres pareil à du miel, plein de promesses et de faux-semblants, qui n'est pas sans rappeler les charmes enivrants de l'Orient.

L'historienne se délecte, d'ailleurs, de cette confusion. Ainsi, la toilette de Ciara contient plusieurs fards et tissus aux tonalités à la dernière mode de la côte est de l'Olienne. Pour pousser le vice, il lui arrive même de se maquiller comme une Estréventine en allongeant ses sourcils avec un mélange de gomme, de musc, d'ébène ou encore en piquant sur ses cheveux un long voile de couleur chaude.

Personnalité :
Si l'on arrangeait la rencontre fortuite de deux quidams ayant croisé la route de Ciara, ils ne parviendraient probablement pas à en dresser moins de trois portraits divergents.

Avec autant de naturel que l'escroc débite ses boniments, cette érudite jésuitique endosse tour à tour l'attitude effacée et obséquieuse d'une scribe, les manières pleines de bravache d'une traîne-potence ou le maintien empreint de dignité d'une femme au sang bleu.

La vérité est que Ciara voit aujourd'hui le Monde à travers le prisme plus désenchanté qu'enchanté d'Arcam. Lorsque l'on se met à suivre les traces du père de toutes les illusions, tout ne paraît plus être que faux-semblants, une vaste tartufferie où chaque individu se plaît à jouer le dupe. Conséquemment, si tout ceci n'est qu'une gigantesque pièce de théâtre, au nom de quelle loi faudrait-il se limiter à un rôle?

C'est probablement ce constat qui permet à Ciara de faire preuve d'autant de culot que ces charlatans qui annoncent tout de go à leur pigeon qu'ils s'apprêtent à les plumer. Pourquoi s'encombrer de remords lorsque l'on agit de manière conforme à l'ordre des choses? Subséquemment, l'ensorceleuse ne se considère pas comme une mauvaise personne. Le concept d'honneur tenant davantage de l'imposture que d'un quelconque devoir, seul un sot accepterait de se laisser entraver par lui.

Il en va jusqu'à l'ironie dans son office de chroniqueuse qui lui échappe, car en jetant ses écrits à la postérité comme des bouteilles à la mer, Ciara est persuadée de contribuer à ce qu'elle nomme le «Grand Mensonge».

Si on l'interrogeait sur le sujet, il y a fort à parier que la donzelle comparerait cela à une redoutable partie de cartes : tout les joueurs font mine de posséder un jeu plus ou moins divergeant de celui qu'ils tiennent dans leurs mains jusqu'au moment où l'on détermine celui qui emporte la mise. A cet instant, de façon fort convenue, les masques tombent. Au fond, la vie n'est guère différente, on se prétend civilisé jusqu'au moment où ne plus l'être permet d'empocher le pactole.

Embrasser cette philosophie ne s'est pas révélé sans conséquences. En bâtissant les différents personnages qu'elle incarne, Ciara s'est détruite. L'idole trop innocente de la jouvencelle qui mirait avec fascination les nobles dames nouer un foulard à la lance des chevaliers s'est irrémédiablement brisée de sorte que ses mensonges empiètent aujourd'hui sur sa réalité. Ce qui n'aurait pu n'être qu'une déception, la graine d'une rancune dirigée contre une entité floue, a germé en une personnalité toute entière.

Mais peu importe la Ciara : timide, obséquieuse, fanfaronne, provocante ou raffinée : toutes partagent le même objectif.

Capacités magiques :
Focalisateur : Cadeau de ce grand-père dont elle ne sait rien, une bague portée tantôt à l'un de ses doigts, tantôt glissée à la chaîne d'un collier est devenue le focalisateur de Ciara. Après tout, sans la perspicacité de l'elfe, la danselette n'aurait probablement jamais étudié l'Art. C'est pourquoi la présence de ce bijou a quelque chose de réconfortant pour la sang-mêlée. Il lui confère le sentiment diffus que quelqu'un veille sur elle.

Rituels : Lorsque l'urgence se fait sentir ou que le sort que la magicienne s'apprête à lancer ne présente pas de risques majeurs, l'aristocrate a pour habitude de porter timidement ses mains au visage, comme si elle s'apprêtait à se murmurer quelque secret à elle-même.

Toutefois, lorsqu'elle recourt à la magie des miroirs, à de sorts sophistiqués ou simplement dispose du temps requis pour s'éviter des risques inutiles, l'érudite fait preuve de plus de théâtralité. Le novice pourrait même se laisser convaincre qu'elle prie puisque Ciara s'adresse à une divinité pentienne en la personne d'Arcam mais également aux dieux sombres. Toutefois, il ne s'agit pas tant pour la magicienne d'invoquer l'aide de ces entités que de s'inspirer de leurs enseignements pour renforcer sa volonté.

Tout en fredonnant cette antienne, la magicienne laisse entrevoir son amour de l'art au sens large. Armée d'un fusain plus sombre que la nuit, elle se plaît à noircir un vélin de personnages en proie à des émotions diverses comme si elle cartographiait leurs expressions. Même dépourvue du matériel adéquat, elle en mimera les gestes. Dotée d'un sens inné de l'éblouissement figural, son trait paraît plus libre encore durant ces rituels, il se fait aussi plus téméraire en s'aventurant jusqu'à une recherche plastique de ses modèles aux limites de la décence.

Sortilèges :

Seul un tricheur émérite se risquerait à défier Ciara aux cartes car cette dernière n'hésite pas à recourir à ses illusions pour transformer un jeu médiocre en pli gagnante. Si vous vous sentez emporté par un élan d’espoir en dépit des défaites répétées au point de vous risquer à miser la solde du mois prochain ou des créances que vous n'êtes pas sûr d'obtenir, souvenez-vous que c'est sur les émotions que la charmeresse exerce son art!

De surcroit, il convient de faire montre de prudence si elle se propose de vous immortaliser sur l'une de ses toiles. Gardez-vous bien de la laisser, seule, préparer les peintures! Imaginez un instant, messires, qu'elle y glisse de la poudre d'os obtenue en désacralisant une tombe. Comment croyez-vous que réagirait le défunt? De qui irait-il hanter les nuits ensuite?

Croyez-moi, mes seigneuries : derrière l'urbanité équivoque de cette femme se dissimule une emmerderesse de premier plan! Du genre à vous chouriner le saignant sans crier gare!

A ces méchants tours s'ajoutent notamment les quelques sortilèges suivants :

Sortilège d'insignifiance : Plutôt que de s'éreinter dans un pénible sort d'invisibilité, Ciara a découvert qu'il lui était plus aisé de paraître dépourvue de tout intérêt. Ainsi, lorsque Ciara traverse un salon dont les occupants sont victimes de ce sort, ces derniers se persuaderont que si le plancher vient de craquer c'est car le bois travaille. L'ombre qu'ils viennent de voir passer? Ce n'est autre que le fruit d'un jeu de lumières! Toutefois, ce sort n'est pas absolu de sorte qu'il ne peut être utilisé pour tromper la vigilance de gardes dont l'unique tâche consisterait à barrer tout accès à une porte, tout au plus ces derniers peineront à se remémorer à qui ils viennent d'en interdire l'entrée.

C'est également le sortilège dont Ciara use sur les routes peu fréquentables afin de s'éviter les mauvaises rencontres...

Toutefois, lorsqu'il s'agit d'attirer une cible aussi sûrement qu'une flamme attire un phalène, la magicienne retourne le sortilège afin qu'elle, ou une autre personne à proximité, capture l'attention de ceux victimes du sort. Ces derniers, sans parvenir à mettre le doigt sur la raison exacte, trouveront un intérêt saisissant dans l'enchanteresse, s'englueront dans le miel de sa voix et les charmes captieux de ses paroles.

Illusion (offensive): Contrairement aux redoutables mages de guerre commandant aux éléments et capables d'incinérer tout un carré de piquiers, la danselette préfère faire preuve de davantage de finesse. C'est pourquoi,  lorsque le danger la menace sous la forme d'un coupe-jarret pétri de mauvaises intentions Ciara fera usage de ses illusions pour le persuader qu'il est lui-même en grand péril. A titre illustratif, elle pourra le convaincre par le truchement de ses illusions que le coutelas qu'il agite est étrangement lourd ou qu'elle vient de lui roussir le poil à l'aide de sa magie. Le spadassin verra la flamme lui lécher la couenne, sentira la morsure du feu sur sa peau et humera avec horreur l'odeur de chair grillée. Tandis qu'il s'évertuera à éteindre des flammèches qui n'existent en réalité que dans son esprit embrumé par le sort, la sang-mêlée en profitera pour prendre la poudre d'escampette.

Illusion (paraître) :
Difficile sortilège dont Ciara use pour tromper l'esprit de ses cibles quant à la perception qu'elles ont de la magicienne. En lieu et place d'une érudite d'abord ingénue, les victimes seront persuadées de reconnaître une toute autre personne. Pour elles, la scribe aura l'apparence, l'odeur, la voix et le toucher d'un autre humanoïde. Pour réussir ce tour, l'illusionniste joue des attentes ou de la mémoire que les cibles ont ou auraient de l'être dont elle prend l'apparence. Lorsque Ciara prévoit de maintenir ce sortilège plus de quelques minutes ou qu'elle souhaite manipuler ainsi plus d'une poignée de personnes, elle recourra à un rituel autrement plus sophistiqué et chronophage qu'un simple geste afin d'atteindre la concentration requise.

Toutefois, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un sortilège inspiré du dieu Arcam, un miroir permet de trahir le charme. En effet, la magie de la sang-mêlée se focalisant sur la perception que les êtres à proximité ont d'elle-même, cet enchantement demeure sans effet sur la perception que ces gens feront du reste de leur environnement. De même, s'il lui prenait l'idée de marcher dans la neige, l'œil avisé d'un observateur remarquerait que la tracé de ses pas ne correspond pas à celui de la personne qui leur fait face. Enfin, il y a lieu de rappeler que cela n'étant qu'une illusion, si elle se mettait en tête d'apparaître sous la forme d'un champion aux bras noueux, dont une personne victime du charme se persuadera qu'ils paraissent aussi durs que l'acier au toucher, Ciara n'en obtiendra pas la force pour autant.

Influence onirique :
Sortilège dont elle fut victime plus qu'à son tour en Estrévent, il lui requiert de passer par un rituel chronophage.

Cette jettatura vise à influencer les songes d'une personne sans que cette dernière en prenne conscience. Bien entendu, il ne s'agit pas de s'inviter dans sa rêverie ou de la façonner mais seulement d'y faire germer une idée simple. Cela s'opérera essentiellement par l'association d'un sentiment vis-à-vis d'une personne ou d'un fait. Jalousie, affection, doute...les possibilités sont aussi nombreuses que les êtres sont complexes. Le sortilège peut aussi amener une personne à se confronter à un sentiment tel que la peur de la mort ou le besoin de reconnaissance.

Toutefois, les limites de ce sortilège sont évidentes : seul le rêve est affecté. Dès lors, il sera parfaitement inutile de chercher à faire douter un intendant de son valet s'il a dans ce dernier une confiance aveugle. La victime se contenterait alors, au réveil, de pester contre un rêve idiot. C'est pourquoi ce charme n'a de réelle utilité que dans les situations où la personne visée présente un terrain favorable et qu'il ne lui suffirait que de peu de choses pour revoir son opinion.

Enfin, il convient de garder à l'esprit que la distance séparant la cible de la magicienne ne doit pas excéder trente lieues.

Miroir : capacité qui fut enseignée à Ciara par des groupuscules ingromanciens à Soltariel et dont les elfes doaibes ont parfait sa maîtrise, ce sortilège requiert de passer par un rituel extrêmement chronophage qui plonge la magicienne dans un état de transe particulièrement profond.

Bien que d'ordinaire la magicienne use de sa bague comme catalyseur, un miroir semble lui conférer davantage d'assurance pour cette jettatura. Peut-être est-ce dû à la nature particulière de ce charme qui permet à son esprit de s'extraire du carcan mortel de son corps pour s'évader de par le Monde. Toutefois, ce sortilège se révèle particulièrement périlleux et une saute de concentration de l'enchanteresse peut avoir de funestes conséquences. Séparé de son enveloppe physique, l'esprit se retrouve dans une sorte d'entremonde où il serait aisé de s'oublier. C'est pourquoi, Ciara a pris l'habitude de se rattacher aux miroirs qu'elle y rencontre. Une fois ceux-ci repérés, elle se faufile entre la glace et le tain, comme pour s'agripper au monde physique. Cette périlleuse escapade lui permet de voir à travers leurs yeux déformants des places qui lui sont physiquement interdites voire d'apparaître dans le miroir pour qui l'observerait. Cela serait pour ce spectateur comme une ombre derrière une fenêtre,  il distinguerait tout à la fois son reflet et le voyeur.

Toutefois, ce périple est particulièrement périlleux pour la magicienne, on ne se déplace pas dans l'entremonde comme on le ferait dans le monde physique. De plus, séparé de son esprit, le corps de la jeteuse de sorts demeurera inerte, sourd et aveugle au monde qui l'entoure, à la merci du moindre péril. Et pourtant les périls ne sont pas que de ce Monde! Malheur à elle si son esprit s'oubliait en route où si sa concentration venait à être brisée!

La portée de ce sort n'excède pas trente lieues.






Histoire
Il est des lignées pareilles à des chênes, droites et majestueuses, s'élançant vers les sommets tandis que d'autres se révèlent semblables à des lierres : s'enlaçant à une autre au point de l'étouffer, prenant mille détours, n'hésitant pas à s'aboucher avec des entités peu fréquentables lorsque cela sert leurs intérêts, faisant peu de cas des traditions...et à en croire les rumeurs, les Phalère d'Ancenis ne tiennent pas du chêne.

La disgrâce familiale trouve racine dans les frasques de la jeune Constance de Phalère, il y a un peu plus d'un siècle de cela. Sœur du seigneur Rainfroi de Phalère, on prêtait à Constance d'avoir passé un pacte avec des forces obscures. Après tout, ses cheveux ne luisaient-ils pas d'un roux coupable? Certains allaient d'ailleurs jusqu'à murmurer qu'elle pratiquait la sorcellerie voire, pire encore, qu'elle montait à cheval comme un homme.

Toujours est-il que la renarde poussa le vice jusqu'à prendre pour amant un elfe. De cette étreinte contre nature naquit Sinibald, plus connu par la suite sous le sobriquet de «le Gant». Sans faire preuve d'une grande humanité (mais quoi de plus normal pour un elfe?) et ce quelques lunes seulement après la naissance, le sieur aux oreilles effilées planta belle et bâtard afin d'aller assister à une floraison dans le Nord. Luxe que seuls peuvent s'offrir les êtres éternels.

En l'absence du pater, il va sans dire que Sinibald, gratifié d'un faciès elfique comme on le serait d'un bouton au milieu du visage, n'eut pas une jeunesse facile. Lorsqu'un homme qui porte les armes est aussi imberbe que le con d'une pucelle il lui faut rivaliser de courage sur la lice ou dans la mêlée pour espérer défendre son nom. Cela conféra à Sinibald une soif de prestige qu'il ne paraissait jamais pouvoir étancher. D'ailleurs, il hérita de son sobriquet dans la méchante habitude qu'il développa de jeter le gant à quiconque venait le regarder sous le nez d'un peu trop près ou faisait mine d'articuler le mot «bâtard» en sa présence. S'il est vrai que les représentants du beau peuple conservent un visage enfantin pendant des décennies, Ciara se remémore du mufle couturé de cicatrices, pareil à celui d'un routier, de son père.

Revenons en à Ciara, justement : née les deux pieds en avant, la sage-femme en conclut que l'enfant : «irait loin». Si l'on prenait en compte le fait que la donzelle avait pour mère une noble sans le sou dont Sinibald avait pu négocier la main, la prédiction de la médicastre semblait d'un optimisme débordant. Toutefois, au grand soulagement du demi-elfe, les oreilles de sa fille ne se terminaient pas en pointe. Dès lors, on ne lirait pas la disgrâce familiale au premier regard.

Ce fut à l'automne des douze ans de Ciara que l'elfe revint sur les terres des de Phalère d'Ancenis. Bien qu'elle n'en conserve qu'un souvenir flou, l'érudite se souvient de sa surprise en découvrant sa grand-mère, Constance, terrée dans le castel, refusant d'aller à la rencontre de son ancien amant. Pour une jeunette pétrie de chansons de geste comme Ciara, ce comportement tenait de l'inexplicable! Pourtant la raison en était fort simple : en soixante ans, l'elfe n'avait pas changé d'un pouce, pas même une ridule et c'était justement ce qui chagrinait l'aïeule. Depuis sa naissance, Constance avait vu défiler plus de quatre-vingts hivers, de sorte qu'elle affichait désormais un visage dévoré par le passage du temps, une peau tavelée et ergotait d'une voix chevrotante. Comment, dès lors, oser se présenter devant le père de Sinibald qui avait encore pour lui la fraîcheur de la jeunesse.

Dans le château, l'elfe parut aveugle au trouble qu'il causa. Il n'avait de cesse de demander après «cette jeune femme» dont il avait fait la connaissance il y avait «quelques temps». A l'entendre, on aurait pu croire que sa dernière visite remontait à peine à plus d'une semaine.

Certes, si Ranfroi avait encore été de ce monde, il aurait rossé le sybarite pour son impudence mais il ne restait plus foule de ceux ayant assisté à la première visite de l'elfe de sorte qu'il tenait de la légende pour les gens du cru. Ils observaient, presque avec fascination, ce visiteur qui paraissait tout droit sorti d'un conte. C'est que le mignard, en dépit de son afféterie, n'était pas dépourvu de charisme. Sa voix portait loin, agréable et claire, comme le récitatif d’un barde. Elle avait un de ces timbres qui occupent l’espace sans effort, modelés par un souffle puissant et une malice souriante. Lorsqu'il s'exprimait, ses mots se déployaient sur la foule plus qu'ils n'émanaient de sa personne et l'enveloppait dans un charme aimable. Il y avait quelque chose d'impérieux dans l'attention complaisante qu'attirait l'elfe, comme s'il déployait quelque enchantement dans lequel son auditoire se voyait emmiellé.

Toutefois, Ciara ignorant tout des débats qui agitèrent la maisonnée et pour éviter de perdre le lecteur pressé dans les machinations familiales nous en reviendrons à l'essentiel : ledit visiteur fit montre d'un intérêt marqué pour les tableaux naïfs que peignait la jeune Ciara. Comme frappé de mélancolie, il lui récita alors des poèmes sur des landes bleues trop belles pour avoir jamais existé ou des cités trop pures pour se survivre à elles-mêmes. Puis, sur le ton de la confidence, il l'entretint des couleurs et des nombres, des courbes et de la profondeur, de la manière dont la perception du peintre devait se ressentir sur le tableau.

Les réponses empreintes de candeur de sa petite-fille retinrent autant son attention que l'aurait fait le discours d'un maître, il paraissait goûter la fraîcheur de ses paroles comme l'on dégusterait un plat nous rappelant notre enfance. Bien des heures plus tard, lorsqu'il en parut enfin rassasié, l'intriguant déclara que la gamine avait la même sensibilité que «cette jeune femme» dont il avait fait la connaissance dans la région il y avait de cela «pas si longtemps» car elle aussi, sa vision, sa perception du Monde, laissait entrevoir une sensibilité qui dépassait le domaine de l'art pour empiéter sur celui de la magie.

«Il n'y a pire torture qu'enchaîner un assoiffé devant une source d'eau claire...ne voyez-vous donc pas que cette enfant a aperçu la source mais ignore comment s'abreuver dans sa magie?» déclara-t-il d'un ton empreint de reproches. Puis, avec une rapidité surprenante même pour un elfe, il se proposa avec une faconde pleine de candeur de devenir son précepteur.

Néanmoins, les de Phalère ne partageaient pas cet avis et aucun charme n'aurait su briser leur résolution d'airain. Fallait-il qu'en plus de les gratifier d'un bâtard au sang-mêlé, qui faisait de la famille la risée de la noblesse locale, le drôle s'établisse à demeure?

Cependant, s'il est une chose plus immatérielle encore que la magie après quoi la noblesse court, ce sont les honneurs. C'est pourquoi, dans l'espoir de s'attirer quelque grâce royale, Sinibald et son petit-cousin, le petit-fils de Rainfroi de Phalère, désormais maître de la famille, décidèrent d'envoyer celle qui n'était encore qu'une gamine à Diantra afin qu'elle y fasse ses lettres et étudie la magie auprès des magiciens rattachés à l'Arcanum. Ainsi, son art mis au service du Royaume, aucun déshonneur ne risquait de les frapper. Peut-être même que la petiote, lorsqu'elle serait en âge, pourrait se négocier une place à la cour! En d'autres termes, il s'agissait de miser sur un cheval autrement plus sûr qu'un tire-au-cul d'elfe.

En dépit du déchirement que représenta pour elle ce départ, Ciara vécut à Diantra ses plus belles années. Aujourd'hui encore, la scribe se souvient avec un pincement au cœur des oublies qu'elle allait déguster avec ses camarades sur la grande place, des pains feuilletés qui collaient aux doigts qu'un artisan pittoresque de la rue Vieille vous vendait pour trois sous et du ballet des saltimbanques au marché.

Favorisées par ce cadre, ses études lui convinrent. Elle se révéla une élève douée, plus intéressée par les choses de l'âme et du paraître, sans doute de par son attirance naturelle pour l'art, plutôt que par la brutalité de la magie élémentaire ou le sordide de celle de la vie.

Au cœur de la capitale, elle se régalait de l'incessant va-et-vient des carrosses marquetés, du chatoyant des rubans dans la chevelure des dames et de l'attelage princier des chevaliers. Lorsqu'elle fut enfin capable d'user de sa magie pour se dérober aux regards, elle entreprit de suivre les apprentis plus âgés qui partaient s'encanailler le soir afin de découvrir une autre facette de Diantra. En toute discrétion, elle se régalait des potins qui s'échangeaient à la faveur d'un pichet.

Ce ne fut qu'après de longues soirées d'hésitation passées à les observer qu'elle finit par se convaincre de rejoindre le cercle des causeurs. Si dans un premier temps ils moquèrent ses airs de petite aristocrate du Médian, la pucelle parvint par son répondant à entrer dans la danse à son tour. Pénétrer dans le milieu estudiantin qui gravitait autour de l'Arcanum fut pour elle comme découvrir un nouveau Monde. Très vite, sans même s'en rendre compte, Ciara participa à la farandole des ragots, des cancans, des médisances et autres fabliaux. Bientôt, elle prit part aux mauvais tours dont la compagnie se rendait coupable : une fois quelques cruchons expédiés, les drôles se plaisaient à dévisser les enseignes des boutiques ou jouaient les entremetteurs de disputes entre les ivrognes. Infatués de leur personne, ils s'invitaient aux mariages des marchands avant d'escorter les mariés jusqu'à leur porte en leur récitant des couplets salaces. Pour moquer les bourgeois cornards, la jeune aristocrate s'armait d'un fusain et, à la faveur du noir, tapissait la façade de leur demeure d'un conte imagé dont ils étaient le héros ridicule. Tant que le scandale restait innocent et les débordements magiques contenus, l'Arcanum fermait les yeux, conscient de l'utilité future d'une convivialité imbécile forgée dans l'ivresse.

Toutefois, cette troupe cultivait l'art de la chercher chicane et de souffler sur les braises. Grisés par leur sentiment de toute puissance, ils allaient jusqu'à se brocarder de nouveaux titre : Magister des Branlotins, Grand Capitaine du M'as-tu-vu ou encore Pontife des Embobelineurs. Se joignant aux nobliaux en maraude, les apprentis sorciers usaient de leur magie pour plumer les premiers au jeu. A Diantra, une fois la nuit tombée, se substituait à la cour royale une autre aristocratie dont les mérites se bâtissaient sur les bons mots et l'habilité à plumer son prochain.

Ce fut par ces relations édifiées au détour d'une plaisanterie que Ciara fut invitée dans le duché de Soltariel par une sienne consœur. Fascinée qu'elle était par les arts, la sang-mêlée sauta sur l'occasion en assurant à l'Arcanum qu'elle souhaitait, à la faveur de ce voyage, approfondir ses connaissances à la Tour Bleue. Après dix ans passés à Diantra, la pucelle partait à l'assaut de nouveaux horizons.

Si le Bétis avec ses vallées étroites, piquetées de bosquets, lui rappela quelque peu le Médian, la jeune artiste fut subjuguée par les couleurs et les parfums du reste du duché. Lorsqu'elle ferme les yeux, elle voit encore la langueur blonde des blés, les parallèles mauves de la lavande, le vert tendre des citronniers. Et ces odeurs!

Toutefois, cela n'était rien en comparaison du charme que la capitale ducale avec ses palais de marbre dont les étages s'aéraient d'élégantes arcatures et autres trilobes, ses venelles populeuses, ses arcades grasses d'étals et sa myriade de canaux exerça sur elle. Dans les hôtels particuliers, la danselette s'enflamma pour les grands bassins dont émergeaient de splendides bronzes, elle arpenta avec délice les bosquets parfumés des jardins et s'abrita à l'ombre de leurs tonnelles aux essences rares. Toute la cité n'était que conflagration de couleurs, de formes et de senteurs.

Subjuguée par tant de beauté, la pucelle pressa son amie de l'introduire auprès des artistes qui se cachaient derrière ces œuvres. Par son entremise, Ciara bénéficia de leurs enseignements sur la fabrication des couleurs. Jusqu'ici, elle n’avait guère employé que le blanc d’œuf comme liant ; alors ses précepteurs lui firent découvrir les peintures à la chaux et, pour exécuter les finitions, le secret de la peinture à l’huile. La sang-mêlée s'épanouit tant et si bien dans ce milieu qu'elle eut l'occasion d'apposer sa griffe sur plusieurs fresques qui ornent encore les palais de Soltariel.

Cependant, la raison de sa présence ne se limitait pas à la peinture et sa confidente l'entraîna sous les arches obscures, à travers les ruelles tortes, par derrière les épaisses tentures du quartier marchand. Là, elle lui apprit à reconnaître les signes des différentes cabales ingromanciennes ainsi qu'à ouvrir les portes dérobées de leurs repaires. A l'abri des regards indiscrets, au milieu de trépieds dont émanaient des fumerolles de nard, d'encens, de cinnamome et de myrrhe, la jeune aristocrate fut initiée aux secrets pharétans, aux énigmes des cultes draconniques et aux enchantements des miroirs. Au sein de ces congrégations, ce fut un tout autre art que celui du pinceau qu'elle pratiqua. Ces prétendus astrologues, médicastres et autres herboristes lui enseignèrent à s'ouvrir davantage à la magie, à suivre son mouvement pour ménager ses forces plutôt que de chercher à se fermer et s'enclore. Le visage rougi d'élégants motifs à l'henné, elle fit même partie des processions de la Tour Bleue où elle s'initia aux mystères des rituels.

Pour la sang-mêlée, le temps parut se figer dans la capitale ducale où elle manqua de succomber au charme lénifiant des gondoles du Tyrion. Huit années déjà s'étaient écoulées depuis son arrivée! Elle y vivait toujours en pique-assiette, établie à demeure chez son amie qui la couvrait de présents. L'une des raisons de cette générosité ne pouvait être que le désir de son hôtesse de se constituer une clientèle prestigieuse : une aristocrate du Médian qui s'y entendait en magie avait de quoi conférer quelque prestige. Toutefois, Ciara découvrit à cette occasion l'influence de son sang elfique, quelque chose dont son grand-père s'était également rendu coupable lors de son passage chez les de Phalère. Sans y paraître, elle exerçait sur ceux qui l'approchaient l'ascendant de ces charmeurs qui, plus que le désir ou la jalousie, inspirent un rêve illusoire d'identification. Sa jeunesse insolente, son timbre velouté, sa gestuelle fascinaient autant qu'ils renvoyaient à ceux qui l'observaient l'inéluctable de leur propre mortalité.

A contrecœur, la danselette se résolut à reprendre la route pour libérer son amie de cette fascination qui menaçait de la dévorer. Pour lui épargner des peines inutiles, la pucelle recourut à de pieux mensonges  - ne demeurait-elle pas liée à l'Arcanum ? -. Hélas, son amie vécut cette séparation comme un abandon, une véritable trahison, qui rendit le départ de Ciara plus dur encore. Les yeux embués de larmes, la joue encore endolorie d'une gifle donnée avec l'énergie du désespoir, la jeune aristocrate fit le choix de parcourir la Péninsule afin d'oublier dans la découverte plutôt que de rentrer immédiatement à Diantra.

Son chagrin l'amena un temps à Sybrondil, d'où elle prit un navire à destination de Scylla où elle remonta la Gliève afin d'imprimer dans sa mémoire meurtrie la beauté sauvage des terres arides. Après quoi, elle fit route vers la baronnie de Merval, qui n'était alors pas encore une Principauté, puis du Langehack dont les lopins et vergers tranchaient ardemment avec le Comté de Scylla. Là-bas, Ciara se fit introduire auprès de l'aristocratie locale, pour qui elle produisit quelques œuvres dont certaines, commandées par les Libertins, firent sensation.

C'est alors qu'elle usait de ses sortilèges pour surprendre une conversation, par gourmandise des secrets, qu'elle fut démasquée par un dénommé Tinfar. Il se prétendait négociant mais ses sourires plein de non-dits en affirmaient autrement. Loin de la dénoncer, il lui révéla pratiquer une magie fort similaire à la sienne. Ils se revirent régulièrement au Demi-lune, établissement respectable de la capitale ducale fréquenté par les tisserands où l'on pouvait aisément converser en toute discrétion. L'homme disposait d'anecdotes à foison et ne manquait jamais de prodiguer à Ciara quelques conseils sur la manière d'user de sa mshir. Pour se rendre importante, la donzelle s'empressait de lui raconter ce qu'il se disait au sein de la noblesse, de propager les clabaudages sur toute l'aristocratie qu'elle tenait de ses patrons. Pendant un temps, leurs rendez-vous se firent presque quotidiens, la pucelle se régalant des secrets que lui apprenait le voyou qui prêtait une oreille polie à ses digressions artistiques.

Avec le recul, il est probable que Tinfar ait manipulé la jeunette dans l'intérêt de la pègre à laquelle il appartenait. Ces entrevues lui procurèrent certainement de quoi faire chanter quelques huiles. Pour sa part, Ciara, toute à ses rêveries, se figurait alors en ombre du palais royal, démasquant les amours interdits d'un chevalier avec le reine ou révélant au grand jour un prince caché.

Après trois années passées au sein du Langehack et de son art, la jeune de Phalère sentit qu'il était temps pour elle de regagner l'Arcanum, qu'elle avait quitté il y avait de cela plus de dix ans. Ce fut avec un œil neuf, des connaissances innovantes et une soif renouvelée de savoir qu'elle foula les pavés de la capitale. Devenue une magicienne accomplie, Ciara rejoignit ses anciens camarades au service de la Couronne. Pour cette dernière, la donzelle parcourut la Péninsule en long et en large sept années durant, s'acquittant de missions délicates. Toutefois, elle finissait toujours par regagner Diantra où, encadrée par ses mentors, elle poursuivait l'apprentissage de l'Art. Elle avait trouvé un cadre, un rythme, dans lequel se fondre. Elle était heureuse.  

Cependant, il n'est pas de période bénie qui dure et celle de Ciara prit fin avec la guerre civile. Alors âgée de quarante ans, une vie pour une humaine, un instant pour un elfe, un pied à l'étrier pour la sang-mêlée, elle fut placée en résidence surveillée, sa famille ayant rejoint le ban de l'un des barons coalisés.

Comme d'autres otages, elle fut libérée lors du sac de la capitale par les frondeurs...et à quel spectacle elle assista alors! Combien de vœux de chevalerie furent brisés ce jour là? Combien de faibles et d'innocents passés au fil de l'épée par des parangons de vertus devenus soudards? D'un côté comme de l'autre, des crimes affreux furent perpétrés. En parcourant les rues de la capitale, elle pataugea littéralement dans le sang. Ciara apprit la vie comme on apprend l'alcool de sa première cuite : elle dégobilla sans grande noblesse devant ce spectacle.

Lois de la guerre, noblesse et justice quel beau ramassis de conneries. Une idole qu'on agite en temps de paix comme un cureton agite un goupillon pour rassurer les crédules, pensa-t-elle!

Suite à ces évènements, on perdit la trace de Ciara pour un temps. S'il est de notoriété publique que le chevalier Sinibald de Phalère ainsi que le petit fils de Rainfroi de Phalère succombèrent lors des affrontements qui suivirent, les circonstances qui menèrent l'ensorceleuse jusqu'au port séditieux de Berdes demeurent obscures. Selon toute vraisemblance, la belle fit partie de ceux qui estimèrent préférable de fuir la Péninsule à bord d'un navire à destination de l'Estrévent. On ne pouvait qu'imaginer alors les regrets qui étaient les siens à se figurer que jamais plus elle ne foulerait les pavés de la capitale, qu'elle se heurterait au mépris de la noblesse péninsulaire et au rejet de ses confrères de l'Arcanum.

Certains crurent l'apercevoir sur le pont du Princesse, une galère qui s'apprêtait à effectuer la traversée de l'Olienne, mais ce fut là la dernière apparition de ce vaisseau et pour cause : il tomba aux mains de redoutables pirates. La majorité de l'équipage se trouva égorgé à même le pont, le reste rançonné ou réduit en esclavage. Ciara eut «la chance» d'intégrer la seconde catégorie.

Les de Phalère s'étant vus confisquer leurs domaines, enchaînée à fond de cale, la donzelle eut tout le loisir de réaliser avec horreur qu'aucune rançon ne serait payée pour son retour. Dans la pénombre glauque de la pièce qui servait de geôle à l'aristocrate et ses compagnons d'infortune, croupissait un air rendu poisseux par d'indicibles remugles de peur et de sueur. Le silence, prostré, des premières heures ne fut entrecoupé que par les gémissements insupportables des blessés sur les corps mutilés desquels l'obscurité jetait un voile pudique. Comme Dame Fortune aime vous foutre la tête sous l'eau lorsque tout va mal, ils eurent bientôt à disputer cet espace exigu à des rats envahissants rendus gaillards par l'agitation. Le désespoir mena plus d'un passager à des actes abjects. Il n'en alla pas autrement de Ciara qui, s'estimant trahie et abandonnée par la Damedieu, se jura des choses affreuses.

Dans son désespoir, elle rejoignit d'autres âmes en peine qui renièrent une Damedieu indifférente à leurs suppliques et se vouèrent à Arcam, jurèrent de devenir les agents de son anarchie en échange de sa bénédiction. Autant embrasser à pleine bouche le chaos, tenir le manche de la catastrophe, plutôt que de se faire surprendre par lui! Sous l'impulsion d'un prédicateur improvisé, la coterie se figurait que seules les tromperies de cette divinité perfide pourraient protéger les esclaves qu'ils étaient en passe de devenir de la cruauté supposée de leurs maîtres.

A son arrivée en Estrévent, la magicienne ne chercha pas à dissimuler ses pouvoirs à ses geôliers, bien au contraire. D'une part pour s'en préserver, d'autre part car elle jugeait préférable d'être vendue en cette qualité plutôt qu'une autre. Il s'agissait, plutôt que de servir d'autel de besoin, de passer pour un bel objet, joliment éduqué pour distraire des maîtres raffinés, pour veiller à l’agrément de leur oreille, de leur esprit et de leurs sens. Un objet précieux dont il convenait de prendre soin.

La démarche parut s'avérer payante, cela lui évita effectivement d'être paradée comme du bétail lors d'une foire, à attendre les enchères de chalands à l'œil rogue qui vous comptent les dents et palpent la croupe. En lieu de quoi, elle fut négociée lors d'une vente privée fréquentée par d'obscures intermédiaires. Personne ne sait qui fit réellement son acquisition, leurs représentants, masqués, se contentèrent de payer le prix et de l'emporter avec eux.

Transportée dans un véhicule aux fenêtres condamnées, Ciara fut pétrifiée d'effroi lorsqu'elle descendit du carrosse. Là, dans la demeure de ses maîtres, elle se trouva cernée d'elfes doaibes. Jamais, jusqu'ici, elle n'avait aperçu ces vénéneuses créatures autrement que sur des enluminures peu flatteuses. Son savoir, elle le tenait uniquement d'ouvrages qui les dépeignaient comme de cruelles créatures se repaissant du sang des nouveau-nés et vénérant des divinités impies.

Ceux qui l'examinèrent comme on l'aurait fait d'un cheval un peu faux, dont on se méfie des ruades, ne firent rien pour la détromper. Ces sombres appartenaient à une cabale très ancienne qui trouvait ses racines dans les différends qui étaient survenus au sommet de l'aristocratie noirelfique concernant la conduite de leurs armées. Contrairement à certains de leurs frères d'Estrévent, ces noirauds n'avaient pas renoncé à porter le glaive aux Hommes mais avaient néanmoins tiré les enseignements de leurs défaites passées à Nelen, lorsque leur flotte y fut anéantie, et plus récemment à Alonna. Ils tenaient pour responsables de ces échecs leur méconnaissance de la Péninsule, son unité et la force de ses alliances. Cette réflexion les avait menés à se pencher sur l'élaboration de projets similaires à la peste qui avait dévoré les rues de Diantra à la fin du dixième cycle.

Créatures aussi immortelles que revanchardes, ces être retors savaient qu'ils avaient pour eux l'éternité. Ainsi, non sans raison, ils escomptaient substituer aux assauts impétueux un travail de sape autrement plus destructeur qui ne drainerait pas leurs effectifs. Cela faisait des lustres que ces doeben fomentaient leur vengeance, qu'ils façonnaient avec une patience infinie les pions qui constitueraient leur avant-garde. Ce que Ciara ignorait encore, c'était le rôle qu'ils lui feraient endosser car ses hôtes l'enfermèrent sans autre forme de procès dans un cellier désaffecté.

Etait-ce leur magie qui l'influença? Fut-ce les drogues étranges qu'ils lui firent consommer? Ou était-ce l'influence de ces idoles terribles aux faciès malveillants qui finirent par déteindre sur son esprit? Dans l'isolement des premiers jours, confinée dans cette pièce sans fenêtre, elle sentit grandir en elle la déception mêlée de haine ressentie dans les cales du navire pirate. Elle maudissait tout, criait à l'injustice, invectivait les spectres de son passé. Par moment, elle se figurait ses anciens compagnons de l'Arcanum rire à gorge déployée autour de fastueux banquets tandis qu'elle se trouvait réduite à rien à l'autre bout du Monde. Jalouse de leur bonheur supposé, elle se surprit à leur souhaiter mille calamités. Etouffée de chagrin, elle apostrophait son amie restée à Soltariel, s'imaginait les moqueries qu'elle devait lui adresser par delà les flots. Lorsqu'enfin, exténuée, elle s'effondrait dans ses draps, encore convulsée de crises de larmes, les songes qui l'assaillaient ne lui offraient aucun repos. Quelque chose de mauvais en elle remuait ses pensées les plus noires.

Dans un premier temps elle se crut pourchassée par les spectres de son passé, il lui semblait les apercevoir, en nuée sur l'Olienne, pareils à un haillon de nuit qui s’enroulait sur une onde limoneuse. Elle les entendait l'interpeller de leur voix railleuse : «Ciara! Ciara!» comme s'ils étaient lancés à sa poursuite. Par moment, cela prenait des apparences de gros nuage d’incendie, comme celui qui avait flotté sur Diantra à sa chute, rabattu par une bise mauvaise, déchiré çà et là en lambeaux tourbillonnants. Dans ces volutes de suie, chagrinées d’averses sombres, dérivait un monstre pesant, une longue épave noirâtre que submergeaient les plus fortes lames. Cela semblait être un navire en perdition, étroit et bas sur l’eau. Ses bordages paraissaient fracassés, son tillac ne supportait plus que des chicots de mâts, des concrétions et des algues pleuraient sur sa coque pourrie. Bien qu'il ne ressemblait en rien avec la galère de ses souvenirs, la magicienne sentait qu'il s'agissait là du Princesse. Un doute insidieux finit par la saisir aux tripes : était-elle morte? Avait-elle péri sur l'Olienne? Son âme s'était-elle égarée? Peut-être que ces fantômes lancés à ses trousses ne faisaient que rechercher l'esprit d'une défunte dépourvue de sépulture. Juste avant son réveil, il lui semblait encore entendre, contre les battants de la porte du cellier, des ongles écorcher le bois tandis qu'une voix pleine de bonté trompeuse reprenait : « Ciara!».

De longues semaines s'écoulèrent ainsi, passées à errer aux confins de la folie, entre songes et réalité, incapable de discerner le jour de la nuit. Elle eut alors le sentiment diffus qu'à travers son visage et ses mains, jusque dans sa moelle germait un grouillement obscur d’inspirations et de fourberies.

Puis, lorsque le peu d'espoir qui lui restait fut sur le point de s'étioler, un évènement survint : à sa plus grande surprise, l'aristocrate parut capter l'attention des elfes doaibes car ils lui dépêchèrent une visiteuse.

Cette dernière prit la forme d'une matrone sur le retour au péninsulaire plus rude encore que ses coups de trique. Revêche comme pas deux, cette créature entreprit de lui inculquer les rudiments de leur langue, de lui narrer leur histoire, l'exil d'Aduram, leurs épopées et leurs légendes. Toute terrifiée que la jeune femme fut de cette doeben et de ses perfidies, elle goûtait cette présence après des semaines d'isolement avec presque autant d'avidité qu'un moribond assoiffé se serait délecté d'une eau brunâtre. Elle se surprit même à attendre avec impatience, dans sa cellule, cette opportunité journalière qui lui était donnée d'échanger avec un autre être vivant.

Toutefois, malgré le plaisir relatif conféré par le confort de l'habitude, les songes de la sang-mêlée continuaient à être hantés par le Princesse, comme s'il lui était impossible de trouver la paix avant d'avoir pu régler ses comptes.

Lorsque la vieille elfe noire trouva, dans la geôle de Ciara, un autel de fortune dédié à Arcam elle lui infligea une dérouillée dont la belle se souvient encore aujourd'hui. Toutefois, dès le lendemain, paraissant oublier l'esclandre de la veille, son cerbère la traina d'autorité dans une pièce qui devait faire office de chapelle pour ces noirauds. Dans l'obscurité glauque que perçaient quelques falots distillant une lumière rougeâtre, la magicienne crut voir se dessiner le contours d'effigies grotesques aux visages menaçants. Là, sur un ton de conspirateur, l'elfe doaibe l'entretint longuement d'Isten, de Tesso et de Meingal.

Emportée par son propre récit, la douairière paraissait se baratiner autant qu'elle embobinait son interlocutrice. Apparemment rompue à ce type d'exercice, elle appuyait son argutie d'inflexions sur certains termes, d'interruptions plus réfléchies que naturelles, d'associations d'idées qui se faisaient plus audacieuses à mesure qu'elle avançait dans son exposé. Cependant, cette recherche dans les termes semblait dissimuler quelque chose d'autre. Il y avait un pouvoir dans sa voix, comme si un charme se mussait derrière ses mots, un sortilège qui chercherait à contraindre la volonté de ceux qui l'écoutaient...et la sang-mêlée se révéla bon public. Même si elle ressentait quelque duperie derrière les paroles de sa geôlière, elle se laissait entraîner. Ho évidemment, en d'autres temps, elle se serait récriée devant cette ode aux dieux sombres et considéré commettre un grave péché par sa seule écoute mais elle n'était plus la jeune femme arrivée en Estrévent. Les elfes doaibes l'avaient traitée comme on l'aurait fait d'une toison brute avant de la tisser : ils l'avaient lavée, ils l'avaient cardée, tordue, bloquée puis replongée jusqu'à ce qu'elle devienne étrangère à elle-même. A quoi bon résister pour plaire à une Damedieu absente? A quoi bon faire honneur à son sang qui avait perdu toute valeur? La magicienne ressentit en elle un sentiment de détachement avec ce qu'elle avait pu être couplé à un curieux désir de revanche. Cette vengeance prenait confusément l'allure d'une violente ivresse, un moyen de s'étourdir de rage plutôt que d'être terrassée par le chagrin. En un sens, c'était ce que lui offraient le panthéon noirelfique : un délicieux oubli.

Pliant sous les assauts de sa mentor, Ciara réalisa les difficultés qui se présenteraient à elle si elle escomptait retrouver une place parmi les siens à moins que tout ne soit ébranlé. Seul le chaos en faisant table rase lui permettrait de faire main basse sur tout ce qu'elle désirait. Tombée en disgrâce auprès des siens, dépossédée de ses biens et de la noblesse de son nom, elle se trouvait affranchie du lourd carcan social qui l'avait enserré jusqu'ici. Elle n'avait plus de comptes à rendre à personne, plus de morale à suivre, de préceptes à respecter pour s'affranchir de l'ire d'une divinité. Plus rien ne l'empêchait d'élever ses propres désirs au rang suprême. Sa misère l'avait rendue libre. Ce que les dieux sombres lui offraient ce n'était pas un asservissement mais une libération.

Cette libération prit tout son sens à travers les enseignements dévoyés d'Isten : Ciara s'initia à l'intelligence froide, calculée, du politique qui élabore une stratégie au mépris de toute morale. Tout la rapportait à une seule question : «que désires-tu plus que tout, Ciara ?». Bien que d'apparence anodine, cette interrogation amenait à trancher, à définir des priorités et à effectuer des choix jugés impensables jusqu'ici.

Alors, la sang-mêlée céda. Elle s'offrit à eux corps et âme. Elle se sentit épurée, riait seule du sentiment de liberté qui l'envahissait. Les dieux sombres, ou Arcam sous leurs traits, parurent l'entendre : ils se délectaient du chaudron de haine et de chagrin qui bouillonnait en son cœur. De contentement, ils chantonnèrent des artifices perfides dans les tréfonds de son âme qui lui conférèrent un second souffle.

Ciara avait changé.

D'autres visiteurs firent leur apparition quand la demi-elfe fut en mesure de s'entretenir avec aisance dans leur langue. Bien que ses souvenirs soient flous, l'érudite se rappelle de leur curiosité. Ces silhouettes l'enjoignaient de leur faire la démonstration de sa puissance. Pour leur plaire, elle s'y évertuait mais la concentration lui manquait alors. Elle fut cruellement moquée par les doebens. Plein de suffisance, ils lui firent goûter à leurs propres sortilèges. Par trois fois elle se sentit mourir.

La première fois, elle se vit brûlée vive, elle sentit le feu lui dévorer chairs et n'oublia jamais l'odeur de sa couenne carbonisée. La seconde fois, elle connut l'horreur de la noyade, le désespoir d'une bouche s'ouvrant sur un océan limoneux dans l'espoir d'y trouver de l'air au mépris de l'évidence. La dernière fois, elle se trouvait soumise à la question, brisée, écorchée, mutilée par mille instruments de torture. Bien que tout cela ne fut qu'illusions, ces dernières avaient la saveur du réel.

Pour résister aux indicibles douleurs qui envahirent son esprit, la sang-mêlée se rattacha à son désir de revanche, à sa rancune, à sa hargne. Egarée, elle se persuada que céder la mettrait à la merci des spectres qui la poursuivaient. Elle hurla aux dieux sombres de lui donner les armes pour porter sa haine contre la Péninsule, de mettre un terme à son calvaire contre ses services. Au bord du gouffre, elle leurs faisaient toutes les promesses.

Lorsque ses tortionnaires furent lassés de leur démonstration, ils se firent précepteurs, lui enseignèrent les secrets de la magie dont ils usaient allègrement sur leur prisonnière. Ils la poussèrent à améliorer la maîtrise de ses illusions pour tromper le plus grand nombre. Ces maîtres étaient durs pour elle et ne lui épargnaient guère ni les pénitences ni les paroles amères. Ils se montraient impatients, l'enjoignaient à s'inspirer de la déesse Isten afin d'ambitionner davantage. Même lorsque la jeune noble s'effondrait, épuisée, en balbutiant péniblement le mot «trop», ils objectaient aussitôt que : «Trop n'est jamais assez» ou des poncifs tels que : «la douleur, c'est de la force». Là où l'Arcanum lui avait appris une approche prudente de l'Art, elle se voyait désormais imposer une prise de risques inconsidérée. Non contents de la malmener physiquement, ils lui pourrissaient l'âme en la trainant à certaines de leurs cérémonies. Là, au cœur de leurs temples noirs, Ciara fut contrainte de participer sur l'autel à des rituels si terribles qu'ils dépassaient en ignominie tout ce que ses livres lui avaient livré sur les drows...et cette chose noire en elle y prit goût.

Cela dura des années comme cela aurait pu durer des siècles. Lorsqu'elle regagnait, brisée par les entraînements quotidiens, sa couche, son esprit était en ruines et seul son désir de revanche lui permettait de ne pas basculer dans la folie. Ou peut-être bascula-t-elle, s'en rendrait-elle seulement compte?

Les Maîtres ne se contentèrent pas de lui réapprendre la magie, la puissance des rituels et les secrets des miroirs, ils l'initièrent également à l'histoire de l'ancien empire nisétien, évoquèrent les lignées dracennes, aux mystères des esprits, l'introduisirent à la science des herbes, lui imposèrent la lecture de codex arides parcourus de la calligraphie serrée d'auteurs oubliés, reprirent son éducation artistique et musical, lui enseignèrent l'art du maquillage, du déguisement et du paraître mais aussi à crocheter les serrures ainsi que bien d'autres choses moins avouables. Presque malgré elle, Ciara développa une sorte d'affection pour les Maîtres. Ses sentiments à leur égard étaient devenus confus. Non pas qu'ils se montraient bons avec elle mais cette proximité quotidienne, contrastant avec ses nuits agitées par des cauchemars, avait quelque chose d'apaisant. Elle aurait voulu les haïr mais elle n'y parvenait pas. Dans un sens, elle comprenait les elfes doaibes. Ils n'étaient plus pour elle cette menace vague, sauvage, d'un mal absolu dont il conviendrait de se prémunir à tout prix. Sa propre place au sein de la maisonnée reflétait cette évolution, tantôt prisonnière, tantôt élève, page ou échanson. La jeune dame de Pharède ne percevait plus ses gardiens comme des ennemis, leurs efforts l'avaient tournée en une esclave dévouée, ce que le chant d'Arcam leur confirma lors du Voile.

Toutefois, malgré la déférence dont elle leur témoignait, les Maîtres ne firent mine de s'ouvrir à elle qu'après bien des années. D'un ton paternaliste, singeant l'attitude de bons chefs de famille, ils se proposèrent de lui offrir une faveur : prendre cette revanche qu'elle désirait tant sur la Péninsule. Frapper, pour se sentir vivre à nouveau. Affronter son passé pour échapper aux spectres qui la hantaient.

Ses maîtres paraissaient tout connaître de ses haines et de ses craintes - mais combien de fois avait-elle divagué, à demi inconsciente, devant eux? - . Pour les apaiser, ils l'invitèrent à faire usage des dons qu'ils lui avaient inculqué en rejoignant les rangs de leurs affidés au sein du royaume péninsulaire et, avec leur aide, d'y semer la discorde. Ils la prièrent également de relever les défenses des cités, le tracé des fortifications, d'identifier les faiblesses de leurs places-fortes, la manière de mener la guerre des armées et de repérer ceux parmi la noblesse qui étaient susceptibles d'allumer des feux.

En d'autres termes, les Maîtres lui demandaient de trahir son peuple, de l'affaiblir de l'intérieur pour l'offrir sur un plateau aux elfes noirs.

Quelques années auparavant, tout ce qu'elle aurait entendu c'est qu'elle allait être libre et aurait tout juré pour partir sur l'heure. Malgré la tentation, cela faisait maintenant des années qu'elle vivait à leurs côtés. Des années qu'ils l'avaient transformée en une esclave dévouée. Des années qu'elle promettait dans ses prières à Arcam et aux dieux sombres de se faire leur agent en échange de sa libération.

On ne se dédit pas aisément de ses engagements auprès de pareils créanciers.

Et puis...la captivité, doublée de la magie des elfes doaibes, l'avaient changée. Cette chose noire avait grandi en elle. Elle à qui le Destin avait tout pris entrevoyait l'opportunité de présenter l'addition de ses déceptions à ses semblables. Ciara de Pharède, Ciara la Plus-rien-du-tout, disposait du pouvoir d'écrire l'Histoire. Elle savait que jamais les elfes doaibes ou leurs cousins eldéens ne disposeraient du nombre pour régner directement sur la Péninsule. L'organisation même de l'Estrévent démontrait les limites de leurs capacités. Ainsi, tout comme l'Empire de Nisétis avait ses lignées dracennes, les elfes noirs n'auraient d'autre choix que de se reposer sur des intermédiaires. Sur les cendres de la Péninsule, Ciara pourrait se tailler une couronne.

Avec un sourire équivoque, elle accepta sans même ambitionner de mentir à ses maîtres.

Par la suite, la magicienne fit ses premières apparitions publiques à des réceptions données par des marchands estréventins où elle put réapprendre l'art des mondanités et y faire ses premières armes. Il s'était trouvé un négociant, stipendié par les doebens, pour affirmer que cela faisait plus de dix ans qu'il s'était attaché les services de Ciara afin de lui servir de clerc mais qu'elle venait de lui annoncer son souhait de reprendre demeure sur la Péninsule.

«Sans doute souhaite-t-elle admirer les paysages péninsulaires afin d'y trouver l'inspiration pour ses toiles? C'est qu'elle à l'œil! Et vous devriez la voir prendre des notes avec application, on sent tout de suite qu'on peut lui faire confiance pour ne rien oublier...»

HRP:
 


Dernière édition par Ciara de Phalère le Jeu 30 Nov 2017 - 22:24, édité 1 fois
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Estiam Faerin
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MessageSujet: Re: Ciara de Phalère   Mer 29 Nov 2017 - 10:04

Hey ! Bon, désolé de pas avoir pu te fournir de retour plus tôt, l'IRL est un peu bousculée, alors je te ferai une correction un peu à la sauvette petit à petit dès que j'ai du temps libre


Donc ! Passons au choses sérieuses !
Pour ce qui est de l'aspect général de la fiche, elle est vraiment géniale. On voit que t'as potassé, tu t'es super bien servi des ressources et en plus ton écriture est vachement agréable à lire. MAIS, parce qu'il y a un mais, il y a toujours un mais, en bon pointilleur que je suis, je suis obligé de revenir sur deux-trois points par-ci par-là.


Citation :
Sortilège d'insignifiance : Plutôt que de s'éreinter dans un pénible sort d'invisibilité, Ciara a découvert qu'il lui était plus aisé de paraître dépourvue de tout intérêt. Ainsi, lorsque Ciara traverse un salon dont les occupants sont victimes de ce sort, ces derniers se persuaderont que si le plancher vient de craquer c'est car le bois travaille. L'ombre qu'ils viennent de voir passer? Ce n'est autre que le fruit d'un jeu de lumières! Toutefois, ce sort n'est pas absolu de sorte qu'il ne peut être utilisé pour tromper la vigilance de gardes dont l'unique tâche consisterait à barrer tout accès à une porte, tout au plus ces derniers peineront à se remémorer à qui ils viennent d'en interdire l'entrée.

C'est également le sortilège dont Ciara use sur les routes peu fréquentables afin de s'éviter les mauvaises rencontres...

Toutefois, lorsqu'il s'agit d'attirer une cible aussi sûrement qu'une flamme attire un phalène, la magicienne retourne le sortilège afin qu'elle, ou une autre personne à proximité, capture l'attention de ceux victimes du sort. Ces derniers, sans parvenir à mettre le doigt sur la raison exacte, trouveront un intérêt saisissant dans l'enchanteresse, s'englueront dans le miel de sa voix et les charmes captieux de ses paroles.

Illusion (offensive): Contrairement aux redoutables mages de guerre commandant aux éléments et capables d'incinérer tout un carré de piquiers, la danselette préfère faire preuve de davantage de finesse. C'est pourquoi,  lorsque le danger la menace sous la forme d'un coupe-jarret pétri de mauvaises intentions Ciara fera usage de ses illusions pour le persuader qu'il est lui-même en grand péril. A titre illustratif, elle pourra le convaincre par le truchement de ses illusions que le coutelas qu'il agite est étrangement lourd ou qu'elle vient de lui roussir le poil à l'aide de sa magie. Le spadassin verra la flamme lui lécher la couenne, sentira la morsure du feu sur sa peau et humera avec horreur l'odeur de chair grillée. Tandis qu'il s'évertuera à éteindre des flammèches qui n'existent en réalité que dans son esprit embrumé par le sort, la sang-mêlée en profitera pour prendre la poudre d'escampette.

Illusion (paraître) : Difficile sortilège dont Ciara use pour tromper l'esprit de ses cibles quant à la perception qu'elles ont de la magicienne. En lieu et place d'une érudite d'abord ingénue, les victimes seront persuadées de reconnaître une toute autre personne. Pour elles, la scribe aura l'apparence, l'odeur, la voix et le toucher d'un autre humanoïde. Pour réussir ce tour, l'illusionniste joue des attentes ou de la mémoire que les cibles ont ou auraient de l'être dont elle prend l'apparence. Lorsque Ciara prévoit de maintenir ce sortilège plus de quelques minutes ou qu'elle souhaite manipuler ainsi plus d'une poignée de personnes, elle recourra à un rituel autrement plus sophistiqué et chronophage qu'un simple geste afin d'atteindre la concentration requise.

Toutefois, aussi paradoxal que cela puisse paraître pour un sortilège inspiré du dieu Arcam, un miroir permet de trahir le charme. En effet, la magie de la sang-mêlée se focalisant sur la perception que les êtres à proximité ont d'elle-même, cet enchantement demeure sans effet sur la perception que ces gens feront du reste de leur environnement. De même, s'il lui prenait l'idée de marcher dans la neige, l'œil avisé d'un observateur remarquerait que la tracé de ses pas ne correspond pas à celui de la personne qui leur fait face. Enfin, il y a lieu de rappeler que cela n'étant qu'une illusion, si elle se mettait en tête d'apparaître sous la forme d'un champion aux bras noueux, dont une personne victime du charme se persuadera qu'ils paraissent aussi durs que l'acier au toucher, Ciara n'en obtiendra pas la force pour autant.

Influence onirique : Sortilège dont elle fut victime plus qu'à son tour en Estrévent, il lui requiert de passer par un rituel chronophage.

Cette jettatura vise à influencer les songes d'une personne sans que cette dernière en prenne conscience. Bien entendu, il ne s'agit pas de s'inviter dans sa rêverie ou de la façonner mais seulement d'y faire germer une idée simple. Cela s'opérera essentiellement par l'association d'un sentiment vis-à-vis d'une personne ou d'un fait. Jalousie, affection, doute...les possibilités sont aussi nombreuses que les êtres sont complexes. Le sortilège peut aussi amener une personne à se confronter à un sentiment tel que la peur de la mort ou le besoin de reconnaissance.

Toutefois, les limites de ce sortilège sont évidentes : seul le rêve est affecté. Dès lors, il sera parfaitement inutile de chercher à faire douter un intendant de son valet s'il a dans ce dernier une confiance aveugle. La victime se contenterait alors, au réveil, de pester contre un rêve idiot. C'est pourquoi ce charme n'a de réelle utilité que dans les situations où la personne visée présente un terrain favorable et qu'il ne lui suffirait que de peu de choses pour revoir son opinion.

Enfin, il convient de garder à l'esprit que la distance séparant la cible de la magicienne ne doit pas excéder trente lieues.

Je lâche ça au passage, et je te dis sûrement quelque chose que tu sais déjà, mais tu n'es pas obligée de te cantonner à une liste finie de sortilèges, tant que ça reste du domaine de magie de ton personnage. Par contre, le fait que tu aies pris le temps d'en faire une me permet de te faire remarquer que quand tous ceux précédemment cités rentrent dans le cadre de la magie de l'illusion ( et plus précisément, de la variante de l'illusion qui touche à l'esprit )...

Citation :
Miroir : Enseigné à Ciara par les ingromanciens et les elfes doaibes, ce sortilège requiert de passer par un rituel extrêmement chronophage mais également d'avoir un miroir à disposition.

Une fois la magicienne plongée dans un état de transe, le miroir dont elle dispose devient pour son esprit une porte à travers laquelle l'ensorceleuse peut se glisser entre la glace et le tain des autres miroirs environnants. Cette périlleuse escapade lui permet de voir à travers leurs yeux déformants des places qui lui sont physiquement interdites voire en usant de davantage d'énergie de ne pas apparaître dans cet espace afin de tisser en lieu et place un charme contre celui qui le regarderait. Toutefois, les chemins n'y sont pas aussi directs que dans le monde physique de sorte que rechercher une glace en particulier prendra du temps, tout particulièrement s'il ne lui a jamais été possible de la toucher jusqu'ici. En outre, lorsqu'elle arpente ce labyrinthe, la magicienne sera sourde et aveugle à ce qui l'entoure, de telle sorte qu'il est impératif pour elle de n'user de ce sort que lorsqu'elle se sait en sécurité. Enfin, s'il advenait que l'on brise la glace par laquelle elle a entamé son voyage avant son retour, la jeune aristocrate se trouverait en grand péril, son esprit contraint de chercher une autre route pour la retrouver tandis que son corps demeurerait inerte.

La portée de ce sort n'excède pas trente lieues.

Ton concept de magie des miroirs lui tient plus soit de la magie de lumière ( qui permettrait d'utiliser les miroirs pour voir autre part, mais sans donner "accès" à l'endroit ) soit de la magie de l'ombre ( qui elle permet de véritablement de voyager à travers un "plan des ombres" ). Dans le cas où tu voudrais rattacher la pratique à la magie de l'esprit, ce qui est possible, il faudrait que ce soit le résultat d'une transe assez profonde pour que Ciara se sépare un temps de son esprit pour le laisser voguer hors de son corps ( et les miroirs se retrouveraient là être un catalyseur comme n'importe quelle autre fourniture aurait pu l'être ) sauf que dans ce cas, non seulement tu n'aurais aucune emprise sur les personnes que tu observes, parce qu'il faut un corps pour pratiquer la magie, mais en plus il faudra véritablement que tu comprennes à quel point c'est une pratique extrêmement dangereuse. Miroirs cassés ou pas, se séparer de son esprit est une pratique délicate même pour les plus grands maîtres de l'immatériel, donc même si je suis prêt à te l'accorder, n'en abuse pas trop, la vie de ton personnage sera en jeu à chaque millième de seconde qui passe *-*


Je te reviens un peu plus tard pour la suite, boulot o/

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Ciara de Phalère
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MessageSujet: Re: Ciara de Phalère   Jeu 30 Nov 2017 - 22:37

Coucou!

Tout d'abord merci pour tes retours et pas de soucis pour le temps de réponse, je sais que j'ai été un peu prolixe avec mon histoire : c'est de ma faute. =)

Concernant le sortilège j'ai modifié en le réécrivant autour de tes remarques. Ainsi, j'ai supprimé le fait de pouvoir lancer un sort depuis là et j'ai accentué l'aspect périlleux de la chose. Au passage, je justifie le fait de passer par un miroir plutôt que par le focalisateur habituel ainsi que la raison pour laquelle Ciara préfère regarder via des miroirs.

J'attends anxieusement le prochain "mais" ;-)
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Estiam Faerin
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MessageSujet: Re: Ciara de Phalère   Jeu 30 Nov 2017 - 23:15

Bon, désolé de prendre autant de temps hein, mais je peux d'avance te dire de ne pas t'inquiéter, le reste devrait être grandement mineur.

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MessageSujet: Re: Ciara de Phalère   Dim 3 Déc 2017 - 17:58

DONC ! Effectivement, comme je le mentionnais plus tôt, ta fiche est fichtrement bien écrite, et au moins aussi bien ficelée. Pas plus de remarques à faire de mon côté du coup à part :


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Et enfin, si tu as des question, n'hésite surtout pas à demander l'aide d'un parrain, ou à tout simplement poser tes questions dans la partie créée à cet effet.[/quote]

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