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 Chrystabel, suite et fin

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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Chrystabel, suite et fin   Jeu 21 Déc 2017 - 16:16


4ème jour de la 3ème énéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle.

« Faut avouer, ça claque, avait lâché le soldat à la vue de la bannière.
- Ouais, mais pourquoi l'avoir mis là haut ?
- C'est le Baudrier d'argent, vieille tanche! On dit qu'il rend immortel! Ça t'arrive de sortir de ton trou, parfois ? On dit que l'Ivrey est allé l'arracher lui-même aux mains aqueuses de Tari, qui le gardait jalousement.
- Je le sais bien, ça! Mais je veux dire, pourquoi en faire un drapeau ? Qu'un homme le porte, je veux bien, mais pas un piquet! C'est un baudrier, pas un napperon.
- C'est un symbole, idiot! Tu crois que les rebelles auraient peur du Napperon d'Argent, peut-être ?
- Symbole ou pas, un baudrier est aussi utile qu'un napperon, perché là haut.
- Et si tu allais le suggérer au marquis ?
- Et si tu allais le suggérer à ta mère ? »

L'extraordinaire Baudrier ne manquerait de faire encore jaser. On l'avait hissé en haut d'une vergue dès l'arrivée de l'Ost, devant les murs de Chrystabel, en affront aux bannières frappée du phénix velterien présentes dans la cité. Cela faisait une journée que l'armée s'était arrêtée face à cette ville, dernière redoute des rebelles. On l'avait approchée par l'Est, et très vite les hommes s'étaient empressés de mener à bien les préparatifs de siège. Usant d'un ruisseau comme d'une frontière naturelle, on prit la position, bientôt renforcée à grand coup de pieux et de fossés, creusés des flancs de la montagne jusqu'aux berges du petit lac qui bordait la cité.

Celle-ci se dressait crânement, perchée sur son éperon rocheux, dernier prolongement des Dents-de-Veltres au Sud de l'Avosne. La ville était adossée sur ces contreforts montagneux, dominant les alentours agrestes. Un curieux destin avait voulu que la rébellion livre ici sa dernière résistance, à l'endroit même où Nimmio y avait triomphé deux années auparavant.

Or de Nimmio, il n'était guère plus question. L'homme avait trouvé le trépas au sein même de son propre château, de la main des siens. L'ineffable duché du médian tel que l'avait inventé son maître s'était effondré sur lui-même, et il avait fallu moins d'un mois aux armées nordiennes pour balayer ce mauvais souvenir. Chrystabel demeurait désormais seul vestige de cette puissance - un dernier obstacle qu'il faudrait souffler pour enfin pacifier le Royaume.

L'ultime embuche, du reste, se montrait rétive à l'anéantissement. En apercevant les hameaux déserts, dépouillés de toute vivre, le marquis s'était d'ors et déjà rendu compte du défi à venir. La ville était dans une position favorable ; ses défenseurs avaient mis toutes les chances de leur coté. Auraient ils choisi de s'obstiner après chaque castel, qu'il eut été fort aisé de les prendre un à un. Les rebelles, plutôt que d'être mangés bout par bout, avaient donc choisi de se réunir en un seul bon gros morceau. Le genre de bouchée à vous rester en travers de la gorge et vous rendre tout bleu, en somme.

Aymeric, seul, ne parviendrait à avaler cette portion. Si son Ost, renforcés par des hommes de Hautval et d'Ancenis, était suffisamment populeux pour ne redouter la bataille rangée, il aurait été illusoire de vouloir emporter dès à présent la ville en un assaut. C'est qu'en plus des renforts qu'il avait mandé de Serramire, le marquis espérait que la jonction avec les armées du Berthildois et de l'Eraçon se feraient sans tarder. Il aurait été possible d'encercler la ville dès à présent : toutefois, cela risquait de trop étirer les lignes royalistes et de les rendre vulnérables à une sortie. Adonc, on se résolut d'attendre le reste des nrodiens : Chrystabel était la cité la plus importante entre Diantra et le pays Velterien ; assurément, les alliés du sénéchal y convergeraient.

Peu de temps après s'être installé face aux murs de la ville, Aymeric prit alors la plume. Bientôt, s’échappèrent de sa tente de nombreuses enseignes. Partant au Nord, elles devaient informer le duc Renaud et le Régent Louis, mais aussi l'ineffable Gaston, de la mise en place du siège, invitant tout ce beau monde à venir compléter le rang. Aux rebelles, on adressa également une lettre, celle-ci un peu moins conciliante. Les insurgés se voyaient ainsi ordonner de livrer leurs chefs, de rendre leurs armes et de se constituer prisonniers tous autant qu'ils étaient, faute de quoi l'on passerait la cité à la pointe du glaive. « C'est le plus magnanime que je puisse être envers cette race de traîtres », avait lancé le marquis à ses clercs. De telles exigences seraient refusées, naturellement. En effet, deux jours plus tard, on devait lui renvoyer son messager sa langue en moins, et à la place de celle-ci le vélin trempé de sang. C'était là la promesse d'une lutte âpre, sans concession.

Et c'était là une très bonne chose.

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Jesbel de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Ven 22 Déc 2017 - 8:25



Il avait redouté ce jour comme l'on redoutait la mort. Sauf que celle-ci ne s'apparentait pas à une mort soudaine et libératrice, mais bien comme une mort lente et douloureuse. Jesbel s'évertua pourtant à cacher le fond de ses pensées aux hommes. Ceux-ci n'avaient point besoin qu'on les démoralise en cet instant où l'espoir devait encore persister. Mais quel espoir ? Celui de survivre suffisamment longtemps pour mourir en dernier ? C'eut été comme avoir un pied sur l'échafaud et l'autre dans le vide. On attendrait donc l'ennemi comme un bourreau tâchant de se frayer un chemin pour gagner le lieu de la potence. L'ironie du sort voulait qu'il fut à la place de ses assaillants deux ans auparavant. Tout avait presque commencé en cet endroit lorsque fier de sa victoire, son frère s'en était allé sous les murs de la cité pour tenter de la faire tomber. Lui même y avait pris une grande part en faisant ses premières armes. Chrystabel était tombée et avait gagné un nouveau seigneur en sa propre personne. Ironie funeste que voilà.

Ce n'est qu'en arrivant au sommet des murailles qu'il put constater l’ampleur du problème à résoudre. En bas prit place une masse grouillante et bruyante. Il ne put qu'observer tous ces hommes sans pouvoir y changer quoique ce soit. Il les vit s'installer et établir leur campement. Il les vit les narguer, sûrs de leur victoire. Pourtant, un obstacle de taille se tenait entre eux et leur triomphe. Bientôt, les archers et arbalétriers ne tardèrent pas à envoyer leurs projectiles vers ceux qui cherchaient à trop s'approcher. Lorsqu'un nordien, trop impétueux, se prit un carreau en pleine gorge, Jesbel réalisa que la bataille venait tout juste de connaître son premier mort.

Il reconnut très vite les bannières arborées. Les leçons d'héraldiques du père Antoine n'avaient finalement pas été vaines. Là-bas vit-il celle du marquis de Brochant ; celui-là même qui avait entrepris la croisade. Le corbeau se tenait fièrement aux côtés du Baudrier d'argent. Il y avait aussi celle des Broissieux d'Alonna et des Clairssac d'Etherna, bien que la famille ait été dépossédé de son fief depuis la rébellion hivernale. Son sang ne fit qu'un tour lorsqu'il vit les bannières d'Hautval et d'Ancenis. Leur honneur était si bas qu'ils prenaient céans les armes contre leurs alliés jurés. A l'ouest, d'autres étendards et oriflammes arrivèrent aussi bien vite pour souiller les terres voisines. Il vint donc s'ajouter à cette coterie d'animaux, le cerf des Saint-Aimé, l'étalon des Wenden et tout leurs amis des fôrets, des montagnes et des plaines. Cela leur offrit une belle brochette de coloris dans leur champ de vision. Adonc les archers sauraient maintenant dans quels gosiers finiraient leurs flèches.

-Ces hommes veulent la gloire, donnez leur la mort.

Ces mots étaient sortis naturellement, trompant ainsi la peur qui le tétanisait et continuait à le faire trembler. Lui qui n'était qu'un gamin de dix-sept années, voilà qu'il devait incarner un chef de guerre  empli d'assurance et de courage. A moins qu'un autre préfère jouer ce rôle à sa place pour le laisser pisser dans ses chausses une bonne fois pour toute.

Quant aux tentatives de négociation des nordiens, Jesbel se contenta seulement de prononcer ces mots "Qu'ils aillent se faire mettre". Son cousin, lui, se chargea de leur répondre d'une toute autre manière en arrachant la langue du messager et en aspergeant de sang le vélin envoyé. De ce fait, les nordiens comprirent très vite que la besogne ne faisait que commencer car Christabel ne saurait se résoudre à courber l'échine si facilement.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 28 Déc 2017 - 22:32




9ème jour de la 3ème énéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle.


À la longue, le babil constant des fers à chevaux qui tambourinaient le sol boueux, avait quelque chose à rendre fol dingo plus d’un homme. C’est qu’en plus d’endurer ce charivari, les mortes-payes n’avaient droit de s’employer au badinage, faute de quoi la réprimande leur serait reprochée au prochain arrêt et, cela empêcha du coup quiconque désirait pousser le moindre son. Le convoi était militaire et se voulait d’un sérieux on ne peut plus strict  – cela n’avait rien d’une promenade de santé, où sans buts précis on faisait errer les haquenées pour le bon plaisir de leurs détenteurs! Que nenni, seuls les dirigeants avaient droit de parole, ou se sentait suffisamment à l’abri des reproches, pour alimenter quelques discussions. Pourtant, en tête des troupes chevauchait un muet, un homme dont la langue restait tapie dans la prison de ses dents, interdit et réservé. Plutôt que de l’énerver, le claquement rythmé des équidés dans la gadoue lui offrait des ailes pour s’évader dans ses pensées. Là, voyant à l’horizon la fin d’une ère, le dernier pion à abattre afin d’arriver à leurs fins, mettait l’eau à la bouche du cerf quant à son futur. Un flot de questionnements lui bourdonnait entre les esgourdes, à savoir : qu’adviendrait-il de l’avenir péninsulaire, après que soit restauré la paix sur les terres médiannaises? Et de lui, qu’en était-il de son titre de Marquis, pour lequel il avait guerroyé si ardemment ? Et pis encore, qu’allait devenir son besoin de prendre femme au plus preste ? Devait-il se contenter de choisir une jument aux hanches bien larges et avenantes, ou irait-il à l’inverse, prendre de force celle qui le motivait aux matines, à se dresser pour affronter une journée nouvelle ? Bien des questions qui se verraient sans doutances soulevées, lorsque s’effondrera les dernières pierres de Christabel. Et parlant d’elle, la voilà, qui se dressait devant eux fièrement, comme si elle se sentait suffisamment robuste pour soutenir la hargne d’une dizaine de milliers d’hommes.

« Faites sonner les cors si fort, que nos femmes en Sainte-Berthilde sachent que nous sommes arrivés. De surcroît, envoyez un émissaire à son Excellence, monsieur le Marquis de Serramire, afin de lui faire savoir notre arrivée. Enfin, trouvez les responsables de la logistique et que l’on nous indique céans l’endroit où nous établir. Soyez preste, concis, mais n’omettez rien de votre travail : des milliers d’hommes bouillent d’impatience et rêvent de poser leurs panier devant une bonne flambée et de piocher leur souplette du soir. » Ordonna Louis à deux de ses égides. Le temps ne sembla guère leur faire défaut, mais plus rapidement l’ost Berthildois se voyait dresser leur campement, plus tôt les talents de ses hommes seraient mis à profit, pour le bien du siège.

Les porte-étendards boisèrent leurs bannières hautement et fièrement, afin que comprennent non seulement  leurs cousins du nord, que les armées du septentrion étaient réunies, mais aussi que le peuplement de Christabel, saisisse que les jours prochains, seraient leurs derniers paisibles. Le siège pouvait commencer.

Et c'était là une très bonne chose.

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 2 Jan 2018 - 11:12



Début quatrième ennéade de Barkios, an X du XIe cycle

-Tuez moi, je vous en supplie.

-Bientôt, bientôt, répondit-il froidement.

Son prisonnier se mit à cracher du sang et de la bile. En étant ligoté de la sorte, ses habits en étaient maintenant recouverts. En face et à bonne distance, Thibaud attendait en le regardant comme s'il observait un animal de foire. La pénombre était totale et l'entrée interdite. Seuls quelques personnes comme son bâtard d'écuyer où des échansons du Saint-Aimé, osaient frapper à sa porte. Des fois, l'empaleur reprenait son habit de connétable et s'en allait inspecter les nouvelles armes de siège. Mais la plupart de son temps, Thibaud le passait là, dans cette masure récupérée sans en demander l'autorisation. L'endroit était devenu son entre dans laquelle il réussirait tôt où tard à résoudre une énigme. Puisque dans une autre pièce, ayant sans-doute servi jadis à entreposer la bouffe, un étrange récipient avait élu domicile. Ce dernier était une baignoire en bois par laquelle s'émanait une odeur pestilentielle. Et pour cause, un homme gisait à l'intérieur, raide mort dans plusieurs litres de flottes qui recouvrait entièrement son corps.

Par l'entremise des chauffeurs de pâturons, Thibaud avait expérimenté bon nombre d'idées durant la campagne. Tout d'abord, il avait ordonné que l'on récupère les cadavres et qu'on les mette sur une charrette pour suivre la compagnie. Tête pelée lui avait fait part d'une odeur immonde qui embaumait à tel point les lieux que tous les corps avaient été enterré six pieds sous terre dans les environs de Beltrod. Cela avait été un cuisant échec, mais riche d'enseignement. Ses expériences menées devant Rochenoire n'avaient point non plus été concluantes. Qui plus est, le siège ne dura pas assez longtemps pour qu'il puisse pleinement satisfaire ses études. A Christabel dès lors, la donne devait changer. La cité n'était pas prête de tomber. Le siège lui fournirait ainsi tout le temps nécessaire pour accomplir ses petites affaires. Avec de la chance, ses découvertes participeraient même à mettre un terme définitif à la guerre.

-Je vais mourir... murmura son captif visiblement sous l'effet d'une forte fièvre.

-C'est probable.

-Tuez moi.

-Navré, il me faut connaître le temps que vous mettrez à mourir.

-C'est.. ignoble.

-Je n'ai pas dit le contraire.

Il se leva afin de redonner une louche d'eau à son sujet. Avec sa forte fièvre, le gars but sans se soucier de ce qu'il avalait. Pourtant, l'eau avait un goût bien étrange. Comme si elle avait été souillé par quelque chose où... quelqu'un. A la deuxième gorgée, son captif comprit d'où venait la flotte et surtout ce qu'il y avait dans la baignoire. Il se remit à vomir toutes ses tripes devant lui. Ses yeux étaient imbibés de sang. Thibaud se mit à espérer, le moment était peut-être venu ! La mort avait peut-être enfin frappé ! Mais l'homme soupira de nouveau et le rictus joyeux de Thibaud se transforma en une mine contrariée. Il s'empara de l'arbalète chargée et posée sur la table et décocha un carreau en direction du crâne de son voisin. Des bouts de cervelles vinrent aussitôt éclabousser les murs jusqu'à rejoindre la marre de sang et de bile dans laquelle baignaient les pieds du prisonnier.

-Trop long, trop long, trop long !!!! Hector !! gueula Thibaud avec rudesse.

Son bâtard entrouvrit la porte en ne laissant dépasser que la tête. Il fut prit d'un haut le cœur et manqua de dégobiller à son tour.

-Qu'on m'apporte un jambonneau, j'ai faim. Fais dire aussi au faon de Berthilde que je souhaite m'entretenir avec lui.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 2 Jan 2018 - 23:03

9e jour de la 3e ennéade de Barkios, 10e année du XIe cycle.


En périphérie du campement principal du Sénéchal, Sangarah regardait les hauts murs de Christabel, sur lesquels se mouvaient les arbalétriers. Il avait suivi le Marquis de Brochant depuis leur rencontre, avec sa petite troupe de Néris, faisant ainsi partie des renforts ancenois.

Ancenis-la-ville avait fini par se rendre, comme toute la Baronnie. Raymond fût donc défait. Soulagé qu'il n'ait pas eut besoin de verser le sang des ancenois lui-même, Sangarah s'était contenté d'être le témoin directe du revirement de tous ceux qui avaient rejeté son père. Raymond s'était entêté, mais en vain. Sangarah regrettait alors de ne pas avoir pu voir sa tête.

Puis le Sénéchal avait continué sa progression vers Estaria. Et c'est naturellement  que les chevaliers de Néris l'avaient suivi dans son sillage, avec les troupes sommaires des autres châtellenies mises au pas. Néris s'était engagée à aider à défaire les ennemis d'Erac et de l'ordre établi par la couronne. Or, ils n'étaient pas cantonnés à Ancenis.
Ainsi, le jeune chevalier profita de la campagne pour observer avec attention les manoeuvres militaires des serramirois, et ainsi parfaire son apprentissage. Même si aucun combat n'avait pour l'heure eut lieu, il y avait toujours de quoi étudier lorsque l'on accompagnait de puissants voisins à travers le Médian.
Une fois passée la frontière de la Baronnie, Sangarah redouta bien moins les affrontements à venir. Il ne s'agirait plus de porter le fer contre ceux qui devraient relever Ancenis.

Au camps, les hommes tuaient le temps en discutant de leur retour chez eux, du printemps et du renouveau qu'apporterait avec lui les desseins d'Erac et de la Baronnie. De temps à autres, certains se joignaient à la troupe de Mons ou d'Aspremont pour partager un repas. Difficil pourtant de savoir si ces élans de camaraderie étaient sincères ou exagérés. Un climat gênant pesait entre les châtellenies. Faraj avait instillé l'opposition de Néris au reste de l'ancenois. Sangarah, lui voulait le rassemblement. Il savait pertinemment que le meilleur avenir d'Ancenis reposerait sur l'unité de sa région.

Un cor retenti, de l'autre coté de la cité. Les regards se portèrent vers l'ouest.
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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 3 Jan 2018 - 16:35


9ème jour de la 3ème énéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle


L'ost eracien, s'était réduit avec la campagne contre Velteroc. C'est que le Duc avait profité de la chute des places fortes pour laisser des garnisons bien à lui, et éviter que ça ne se rebelle une fois le dos tourné. L'on verrait lorsque la guerre serait terminée ce qu'il en retournait au niveau des serments, des otages, et de tout ce qu'il fallait pour avoir la main mise sur les personnes voulues. Il n'oubliait pas qu'il faudrait bien rendre les places, le serment des Seigneurs velteriens allant au Comte, et non à sa personne, toutefois, il n'y avait plus de Comte, et Renaud ne savait pas trop comment tout cela allait se passer à la fin. Il enrageait devant la faiblesse qui était sa position, mais il ne pouvait guère faire grand chose pour le moment. Il espérait naturellement récupérer la suzeraineté sur ses terres de juré, et par conséquent, être celui qui mettrait en place un nouveau Comte, ou pas. Toutefois, le serment que la couronne lui avait volé de Hautval lui restait en travers de la gorge, et pas qu'un peu. Une haine déjà très présente à l'encontre de la famille de Nimmio et de Blanche s'était trouvée amplifiée par cet épisode hasardeux qui avait vu naitre une défiance vis à vis de la régence, traitre à sa parole.

En arrivant devant Christabel, ce ne fut pas les murs imposants de la cité qui attirèrent l'attention du Duc, ni les bannières qui flottaient en haut des tours. C'était celles qui accompagnaient Serramire, à savoir Hautval et Ancenis. Une nouvelle pointe de rage l'envahit, et il eut bien du mal à se contenir devant cette nouvelle preuve de faiblesse. Il ne savait pas comment, mais il leur ferait payé d'une façon ou d'une autre. Il y avait toutefois des bonnes nouvelles à cela. La première était que, fort de ce nouveau serment de Hautval, le Marquis de Serramire avait habillement fait prévaloir son Sénéchalat pour s'ouvrir les places fortes de Hautval et Ancenis, et que les deux baronnies étaient tombées sans trop de pillage, et sans coup férir, ce qui était une bonne chose pour un futur qui se serait avéré lugubre dans le cas contraire. Encore fallait il que ce futur se fasse avec Erac, et que le Duché ne se voit pas écarté de sa quête de justice. Renaud avait également été extrêmement soulagé lorsqu'on lui avait apprit que son père, Léandre, avait été libéré par Aymeric. Il avait hâte de revoir son paternel, et de remercier le Marquis. Il ne savait bien évidemment pas que le malheureux avait été torturé, et qu'il avait pratiquement perdu complètement l'usage de la vue. Enfin, il devait bien admettre que lorsque l'ost avait quitté Velteroc, Louis avait tenu toutes ses promesses. La légitimité d'Erac avait été mise en avant à chaque instant, et aucune troupe n'avait été laissé en arrière par le Régent. Cela avait soulagé Renaud qui avait revu à la hausse l'opinion déjà positive qu'il avait de cet homme qui, lui, tenait ses promesses. Il espérait qu'il continuerait de le soutenir ultérieurement pour la légitimité d'Erac sur ce median. Et si c'était le cas, il n'oublierait pas de lui rendre la pareille si celui-ci en avait besoin.

Maintenant devant le dernier bastion de résistance des félons, Renaud se mit en devoir d'avoir son campement à proximité de celui de Serramire. Il comptait bien profiter de ce siège qui s'annonçait ardu pour tisser des liens, conclure des accords, et se mettre sur le devant afin de s'attirer les faveurs des Seigneurs présents. Il pensait déjà à l'avenir, oubliant qu'il fallait d'abord prendre Chrystabel avant de pouvoir passer à autre chose. Il demanda une audience auprès du Marquis, décidé à retrouver son paternel, et à converser avec cet homme qui semblait si fédérateur, et avec lequel il n'avait échangé que par missive interposée jusque la. Il n'oubliait pas non plus qu'Aymeric était l'homme fort du moment, et qu'il valait l'avoir de son côté, que pour rival. Il fallait donc prendre sa mesure quand ils se rencontreraient enfin.


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Neo de Cléruzac
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Ven 5 Jan 2018 - 16:48

‹‹‹ À ceux qui ont du cœur au ventre
• Cérémonie de la Veillée d'Othar ›››




XIe Cycle • An 10 • Barkios de Printemps • Quatrième ennéade

C'est à la recherche du Cerf des Saint-Aimé que nos religieux étaient arrivés à Christabel.
C'est en guettant également le Duc d'Erac, qu'ils se mouvaient à travers ce campement immense, que pour l'instant l'assiégée surplombait encore fièrement.
Combien de temps dureraient ces affronts – où la persévérance était de mise – alors que d'autres s'ajoutaient encore et à peine au foutoir ? Et combien de braves périraient ? Oui, combien ?

Ils étaient à peine cent êtres, puis portant sur eux la couleur annonciatrice, le rouge sang s'infiltra dans les osts courageux. Leur symbole fièrement porté sur leur torse et rostres d'encre teintés, laissa dans leur sillage planer une force subtile, des plus rassurante. C'était le Culte Otharite, qui pourtant​ peu prompt à l'héraldique, aimait à se faire connaître, reconnaître ; aussitôt eurent-ils trouvé où établir campement, que leur groupe se disloqua à la recherche d'âmes faibles à conquérir. Car ils étaient prêcheurs. Et ils avaient raison, à la seule vue de leurs faciès chatoyants, les hommes se devinèrent accompagnés par le divin Coléreux, Othar, Roi sous la Montagne. Très vite la masse martiale sut que le Seigneur de la Guerre bénissait leur présent, et qui sait, leur futur.

Cependant, si les prêtres et moines présents obéissaient aux méninges de ces osts septentrionaux, entourés de fidèles combattant de différents horizons, c'est qu'ils avaient été mandé par un seigneur croyant. Bien sûr Bertrand de Cléruzac, avant Neo Damaki, avait gardé un œil vigilant sur les actions martiales qui faisaient se mouvoir le Médian. Si Renaud d'Erac avait lui-même demandé au Champion de le suivre, sans doute aurait-il eu réponse favorable ? Ce qui avait pu retenir le Duc ? Le futur incertain​ de Cléruzac ? Ou bien certaines précautions politiques que seuls les nobles comprenaient ?

Si d'aucuns n'évoquaient le nom divin que par simple habitude, d'autres plus justes, priaient fidèlement le Père des Combats, quand bien même les armes n'étaient point engagées.
Seulement, Othar bénissait​ autant les premiers par leur bravoure et leur actes, que les seconds par leur foi et dévotion. Il était un bon Père. A tous les méritants, les braves, les combattants, il octroyait force et volonté.
Il avait aujourd'hui par le biais de ses fidèles, rejoint le combat.
Bien que peu portés sur la politique et ses manigances, les pieux hommes, suivant les Volontés du Guerrier, s'étaient alors engagés eux aussi dans la lutte, car s'en était bien une : le Siège de Christabel, par le premier échange des protagonistes, s'annonçait redoutable... « Une guerre à tout jamais gravée dans les mémoires », avait-on dit en invitant le Culte.


De la colère et de la rage, ils en vivraient les pires magnitudes.

Les nordistes, des guerriers.
Les assiégés, des combattant.
Chacun menait à bien ses espérances,
Ses tracas,
À qui repousserait la canaille,
À qui surinerait la traîtrise..

Pour l'heure les prêtres armés de glaives et de paroles, s'insinuent dans les rangs, leur parole est bénéfique pour une implantation en douceur de l'inébranlable courage, nourriture des âmes guerrières. Et plus tard, lorsque les Seigneurs en pressentiraient la nécessité, une Veillée d'Othar serait célébrée.


♠♣♠


Grand Temple d'Othar, Erac | Pendant que le courage fait loi...

Lorsque les jours qui défilent feront perdre une saveur de conquête et surgir une amertume languissante, Prêtres et Moines sauront délester quelques cœurs...
« Et c'est une très bonne chose », se dit Neo, qui doucement s'accoutumait à ses nouvelles fonctions. Bientôt le nouveau Champion d'Othar serait de la partie, et il viendrait, Général en Chef, commander ses minces forces armées et guider la foi de milliers. Pour l'heure les cent preux et pieux se débrouillaient seuls en débitant leur langage hiératique.
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Ven 5 Jan 2018 - 21:12


4ème ennéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle

Son œil morne où flambaient pourtant parfois des nuées orageuses parcourait la marée d'étendards parsemant l'immense camp royaliste. Des animaux mythologiques y côtoyaient des symboles ésotériques, les couleurs resplendissaient dans l'aube naissante comme si la nature elle-même chantait les louanges des vainqueurs nordiens. Non loin de lui, une troupe de gardes montait prendre la relève de leurs compères qui avaient veillé sur la sûreté de l'ost tandis que l'astre nocturne veillait sur eux. Une sortie en force des assiégés se trouvait certes peu probable au vue de la disproportion des forces, toutefois un coup de main apte à saper le moral pouvait toujours être craint. L'un des gardes lui jeta un regard fiérot, comme si ce jouvenceau et ses compères pissant encore le lait par leur nez avaient gagné la guerre à eux tous seuls.

Putain de connards, marmonna Hanegard dans sa barbe mal taillée parsemée de poils grisonnants.

L'ancien général des armées de Velteroc retourna d'un pas lourd sous sa tente, logement bien spartiate en comparaison des luxueux pavillons dans lesquels se prélassaient les chefs de la coalition se revendiquant du morveux Bohémond Ier du nom. A côté de cela, Hanegard aurait pu passer pour un ermite désireux de se couper de toutes les tentations du monde. Un lit de camp, une malle contenant quelques tenues de rechanges, une bassine et son nécessaire de toilette, voilà tout ce qui constituait le quotidien du prisonnier.

Car oui, Hanegard était prisonnier.

Prisonnier ? Pas officiellement, non. Depuis la mort du duc Nimmio, Velteroc ne constituait plus un terrain de guerre et l'accord passé avec le capitaine Cosimo Tête Pelée quant à la rançon qu'il lui devait aurait du permettre à l'ancien baron de filer à l'autre bout de la Péninsule, loin de tous ces hypocrites qui se revendiquaient d'une loyauté envers un chiard dont la faiblesse nourrissait leurs mesquines ambitions. Malheureusement, "on" avait du estimer qu'il valait mieux le garder à l’œil tant que les derniers fidèles du Médian n'auraient pas mis bas les armes, "on" lui avait fait comprendre qu'il valait mieux pour sa santé rester dans la charmante compagnie de ses vainqueurs tandis qu'ils marchaient vers le Sud pour plus de destruction et de pillages.


Putain de connards, marmonna de nouveau Hanegard qui faisait parfois preuve d'un manque totale d'imagination en matière d'insulte.

Certes, Hanegard aurait se joindre au reste des nobles présents dans l'ost, son statut social demeurant intact malgré les affres de la guerre, mais la seule idée de voir quotidiennement ces gens qu'il méprisait lui soulevait le cœur. Sans compter qu'il risquait d'y croiser le connétable de Sainte-Berthilde dans le dos duquel il fantasmait parfois de plonger un longue dague...

...bien rouillée...

...avec des dents de scie...

...puis de la tourner, encore et encore.

Revenant au présent, Hanegard jeta un regard indifférent aux chauffeurs de pâturons qui s'éveillaient, se grattant et pétant d'abondance tout en réclamant de la vinasse. Assez étonnamment, il avait choisi de rester avec la compagnie de Cosimo, qui au moins ne cherchait pas à cacher ses sentiments sous un vernis de bonnes manières mais admettait participer à cette guerre exclusivement pour le butin. Brutaux, colériques, vulgaires, souvent obscènes, ayant autant d'intérêt pour la culture qu'un lapin obsédé sexuel sous acide, les chauffeurs de pâturons n'en faisaient pas moins preuve d'une solidarité clanique et d'une honnêteté rafraîchissante dans leurs rapports humains, rappelant à Hanegard ses lointains débuts à Serramire au service du duc Merwyn Séraphin.

Ces rudes compaings avaient tout d'abord été surpris de voir l'ancien général ennemi venir partager leur quotidien, leur pitance, les suivre jusqu'à Christabel sans se plaindre et faire valoir le droit de ses poings pour obtenir une place pour sa tente ailleurs que sous le vent des latrines. Les frères Anton et Heinrich se rappelaient surement encore de la discussion qu'ils avaient eu avec le prisonnier-non-officiel sur le sujet, et sinon les dents qu'il leur manquait servirait désormais d'aide-mémoire. Assez étonnamment, Hanegard s'était intégré sans difficulté dans ce monde des mercenaires régit par des règles qu'aucun noble éduqué à la cour n'aurait comrise, leur rappelant au passage qu'il avait autrefois été un des leurs et que sans un coup de pouce du destin il serait probablement toujours lui aussi un gagne-pitance vendant son épée au plus offrant.

Hanegard ne se mêlait toutefois pas à eux au point de partager leurs catins, bien qu'une ou deux d'entre elles lui aient fait comprendre qu'elles n'auraient rien eu contre jouer à la bête à deux dos pour réchauffer ses longues veillées nocturnes passées courbé sur le parchemin à la lueur d'une chandelle. Fidèle à sa Gardienne d'épouse, le châtelain se voulait chaste en son absence et entretenait avec Val-Néera une correspondance quotidienne qui seule brisait ses crises de morosité. Se trouver ainsi séparé de sa femme et de ses enfants constituait l'épreuve la plus dure de toutes, malgré qu'il se soit depuis longtemps convaincu qu'il valait mieux pour eux rester aussi loin que possible de ce lieu de décadence. Mais les voix de la raison n’amélioraient en rien son humeur maussade, voire parfois agressive.

Et ce n'était pas là une très bonne chose.
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Sam 6 Jan 2018 - 20:15

Parmi les obligations dont elle devait s’acquitter, la plus pénible des tâches demeurait pour la baronne de donner le change à ses braves seigneurs. Et qu’elle n’aurait pu être plus désagréable qu’en ce moment : sagement invitée par ses pairs, on l’avait assise entre les petits cousins du seigneur de Lourbier. Ah ! Cela aurait pu paraître une réunion bien banale si l’on ne connaissait l’Alonnan et ses beaux penchants pour la discorde ! Mais contre toute attente, elle s’était installée le sourire sur son minois frais. Les deux frangins étaient de belles canailles, des fils d’une branche cadette d’une noble famille. Bien sûr, ils n’étaient qu’une menace minime : bientôt leur oncle se verrait contraint de ployer une ultime fois le genou et alors – oui alors ! – pourrait-elle se vanter d’avoir réussi l’impossible. Certes les petites querelles resteraient toujours intestines à sa terre, mais au moins personne ne briguerait plus ce qui lui appartenait à présent de droit. Et plus important encore : personne ne s’élèverait contre la légitimité de sa lignée après elle. Elle pensait à Pénélope d’une part mais aussi à ses autres enfants qu’elle espérait un jour avoir. Si elle n’était guère une bonne mère, son envie de couver tenait plus de la réalité du monde ; un enfant ça mourrait extrêmement trop souvent pour ne pas en prévoir deux ou trois en rechange. D’ailleurs, devant la proportion de second ici attablés, la morve aux naseaux et la barbe grasse, nul doute qu’ils n’avaient point été utile pour remplacer l’aîné.

Alors ils mangeaient là, d’un bout de viande trop cuite qu’on avait dit avoir chassé le matin dans le bois qu’occupait les enginieurs pour leurs constructions de siège. Les choses avançaient d’ailleurs fort bien, et elles allaient seule ; ce dernier point la ravissait d’autant plus. Elle ne pouvait se permettre de penser à la place de ses penseurs ; c’était ce qu’elle avait répondu au matin même à l’un de ses gaillards qui lui demandait conseil à propos d’une lanière cassée. Si d’aventure elle devait s’amuser à jouer le rôle tantôt du sellier, tantôt du bûcheron alors quel temps lui resterait-il pour faire ce qu’elle devait réellement accomplir ? A cela, le pauvre benêt n’avait su répondre que par ses yeux vides. Voilà où se tenait la différence entre ces gens-là et elle. Voilà pourquoi on préférait les envoyer eux à la guerre plutôt que des gens comme elle. Car la bataille avait cela de bon : on ne demandait jamais à un abrutis autre chose que de tuer l’ennemi. Et s’il en venait à mourir – même si cela peinerait la suzeraine de voir encore ses lignes s’amoindrir – au moins l’Alonnan ne perdrait pas une lumière. Et ces bons gars, aussi débiles soient-ils, ne craignaient plus de se battre pour elle. Alors, dans un effort qui lui parut incommensurable, elle souriait et riait même quand la conversation s’y prêtait. Ah ! Pour ces choses-là, ses précédents maris la surpassaient de beaucoup ; elle n’avait jusqu’alors jamais eu à se mêler à eux, ils s’en étaient chargés avec attention car ce n’était point elle qui s’en aller au lendemain chevaucher côte à côte. Et maintenant, elle se devait de se rompre à l’exercice : ce n’était point de sitôt qu’on lui accorderait la main de Louis de Saint-Aimé. Et si elle ne le mariait pas, alors les autres pourraient bien attendre un cycle !

« On m’a dit que le Boucher était un homme remarquable lors de la campagne de l’ost Berthildois ! »
« Vrai ! Un homme fou mais habile à ce que l’on dit ; y’a même des rumeurs qui disent qu’il a été corrompu par de la magie noire, que c’est pour ça qu’il est aussi doué »
« N’importe quoi ! Vous croyez aux histoires de bonnes femmes ma parole ! S’il faut, ce type n’est pas plus différent que vous et moi ! »
Alanya raccrocha la conversation, en reposant son assiette à moitié pleine. « De qui parlez-vous messieurs ? Au vu du tableau que vous dépeignez, il ne me plairait guère de croiser ce soldat ».
« C’est le connétable de son Excellence de Saint-Aimé, ma Dame »
« Allons bon ! Et quel est son nom ? Peut-être pourrais-je parler de tout ceci à son Excellence lorsque nous nous rencontrerons », elle affichait un sourire hyprocrite, espérant finir le repas au plus tôt.
«[i] Messire de Kelbourg, votre Honneur [/color]»
« Vous dîtes ? »
« Thibaud de Kelbourg, je crois pour être exact ».
Elle blêmit. Elle devint si livide qu’on aurait presque pu la confondre avec une morte en cet instant. Même son sourire s’effaça, ne laissant s’échapper qu’une chose : « Merde ».

_________________
"Le pouvoir de ces hommes n’était qu’illusoire [..]; non, ici elle était seule capitaine d’un bateau, car comme chacun le sait un navire ne dispose que d’un seul et unique gouvernail."



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Cosimo Tête Pelée
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Sam 6 Jan 2018 - 23:13


C’était pas un cave le Kastelord. Il savait patauger dans la boue comme un bon goret. La bonne boue grasse d’amitiés soudées dans la boisson et le boudin scylléen au foie de porc. L’odeur fumée au feu de bois des pillages au printemps, quand on vide les oreillers pour mieux les remplir avec l’argenterie de grand-maman. Ah certes, il avait raccourci de sa main des compaings regrettés. Mais ainsi va la guerre, et ils enviaient une telle mort. Ils méprisaient les paysans, gratteurs de terre, justes bons à crever de la peste. Puis le gars avait refait le râtelier des frères Anton et Heinrich comme un artiste !

On donnait donc au commandant velterien une certaine liberté de mouvement  et de grandes claques amicales dans le dos. Il buvait leur tord-boyau, le fameux « monte à l’assaut » qu’on distribuait dans des outres avant de monter sur les échelles.  Ces putains d’échelles. Quand les corps y restaient accrochés après l’assaut, on allait engueuler les charpentiers qui avaient mal enfoncé les clous.

Charpentiers, forgerons, receleurs, ribaudes et milles autres vilains s’étaient attirés à la suite des compaings. La compagnie était devenue une zone-franche où s’exerçait mille travaux et trafics. La discipline y était plus lâche que chez les paroissiens bourrus et conservateurs des osts nordiens. Aussi on tenait tripot chez les chauffeurs de pâturons. Qui prélevaient une taxe dodue va sans dire. Fallait apprendre quelques tours de mains aux miliciens paumés, surtout ceux aux poches bien garnies par des épouses inquiètes.

Quant au bon Cosimo, il était bouffé par les puces et atteint de dysenterie. Il ne supportait pas l’immobilité des sièges. Son visage jaunâtre était bouffi. Il se traitait à grande lampée de vins Hautvalois pillés à Velteroc. D’après un médicastre, ça lui fortifierait les sangs. Pour passer le temps, il décida de rentre visite à son prisonnier. Il bourra de coups de pieds les sentinelles qui ronflaient devant la tente d’Hanegard, avant de s’inviter à l’intérieur sans cérémonie. La marchandise avait l’air de mauvaise humeur :

« - On a le cafard ? Allons donc nous dégourdir les jarrets ! Faut que j'inspecte ce bourg à puterelles qu'est devenu mon campement.»




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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Dim 7 Jan 2018 - 13:29


4ème jour de la 4ème énéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle.

L'énéade suivant l'installation des armées serramiroises aux abords de Chrystabel avait vu fleurir successivement bon nombre d'osts populeux. Les troupes, telles le chiendent, avaient proliféré dans la plaine aux alentours de la cité, qui se retrouvait désormais proprement encerclée. Le marquis, qui avait pris ses quartiers dans un grand moulin à l'Est de la ville, contemplait désormais chaque matin comme celui-ci le spectacle chamarré des innombrables bannières que comptait l'Ost royal. C'était poi plus poi moins l'entièreté du Nord et du Médian qui enserrait les hauts murs chrystabellois. « C'est là une très bonne chose », répéta Aymeric, qui avait pris l'habitude de psalmodier ce leitmotiv depuis le début du siège.

Quittant son moulin-fait-manoir avec l'aube, une fois apprêté pour la guerre, il rejoignit la grand'tente qu'on y avait dressé en contrebas, où s'affairaient nombre d'enseignes et de capistons. Son frère s'y trouvait là, dispensant une flopée d'ordres à qui-de-droit. Un siège, c'était une seconde ville qui s'installait en acontre d'une autre ; autant dire, cela ne s'improvisait pas. Chaque jour, on partait ainsi fourrager dans l'arrière pays laissé à la merci de l'assaillant. Ce n'était là qu'un fragment de la besogne ; ailleurs, on s'occuperait du creusement des fossés, de dresser les armes de siège. Chrystabel était cise sur un puissant rocher, aussi avait-on renoncé à la sape de ses murs ; cependant, chaque jour les hommes creusaient des tranchées un peu plus près de ceux-ci, à l'abri de leurs pavois et de leurs mantelets. Terrés dans ces redoutes, on avait ainsi pu abattre les premiers défenseurs ennemis à l'aide de viretons bien placés.

« À quoi bon faire jouer nos ladres de la pelle, quand ils ne demandent qu'à tirer le glaive, Aymeric ? », lui avait demandé ce matin là son frère, se faisant l'écho de la soldatesque. La vie de routier menée par Evrard avait fait de son statut de sénéchal celui d'un capitaine débonnaire, un grand-frère envers la piétaille, bien au fait du moral et du nécessaire pour le gonfler à bloc. C'était en somme tout le contraire d'Aymeric, que les desiderata de la troupe irritaient, pour leur grande propension à faire foirer un plan savamment conçu. Les deux hommes, ainsi, se complétaient fort bien à la tête de l'Ost serramirois. « Un assaut si tôt nous coûterait plus qu'à nos ennemis, qui sont encore frais et avide d'en découdre. Après quelques énéades à recevoir des rochers sur la caboche, je gage qu'ils s'attendriront.
- Cela ne va pas faire plaisir aux hommes, et encore moins à nos alliés.
- Je ne le sais que trop bien, Evrard, répondit le marquis, ayant encore le souvenir d'Amblère en tête, mais ils devront cependant l'accepter. Et le plus tôt sera le mieux. Fais rassembler quelques enseignes ; qu'elles portent ce message dans tout les camps voisins : tout seigneur qui soit notre ami est convié demain , à l'heure du manger, ici même pour un grand conseil de guerre. »

Bientôt, une pelletée d'hommes aux livrées serramiroises s'égaillèrent hors du camp. Quant à Aymeric, il fit sceller quelques chevaux, et, en compagnie de quelques hommes, prit le même chemin peu de temps après.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Lun 8 Jan 2018 - 4:16




Loin du remugle, une odeur à en faire saliver plus d’un planait sur tout le domaine. Certes la tambouille n’avait que peu de commun avec la bombance connue en castel, mais pour ceux qui besognaient depuis le jour levé, toutes choses qui ne sentait ni ne goûtait le bren serait pleinement accueillie au sein de leur écuelle. Tandis que la menuaille s’octroyait un temps de repos –souventefois et autant ce faire que peut, à l’abri des rayons lumineux- les maîtres queux, marmitons et autres fouilles-au-pot, s’affairaient à alimenter leurs brandon afin de préserver le bouillonnement de leurs faitouts. C’est que du lièvre et du levraut avaient été relevés de leurs collets, afin de leur octroyer une seconde vie en ragoût. Hélas pour le régent, il se contenterait des restants –il n’y en aurait guère-, car à cette heure précise du mangé, on l’attendait dans la maître tente Serramiroise. À peine une ennéade s’était écoulée depuis leur arrivée et tout de même, jamais ils n’eurent occasion de croiser leurs chemins. C’est que l’arrivée d’autant d’hommes provoquait contre le gré de ceux qui s’en préoccupent, un tumulte des plus pétulants. Et Louis, de son côté, s’était affairé à coordonner le tout afin que le siège prenne forme en des délais plus que concis. De son œil, il lui était à l’arrivée, inacceptable que des retards soient engendrés par d’insignifiantes bagatelles. Voilà pourquoi tenait-il lui-même a s'occuper de ces basses besognes, il tenait à ce quelles soient faites, et bien faites.

Il arriverait tout de même le premier, qu’il puisse entre eux, s’adresser quelques mots avant l’éclosion des pourparlers plus vigoureux. Car oui, Louis s’attendait à ce que tous ne s’accordent aux cordes de notre bon Sénéchal, la chose était connue, c’est ainsi que sont fait les hommes.

Faisant dans l’ascétisme et se privant de ses porte-voix, Louis trotta jusqu’au campement Serramirois sans cette fois y faire d’arrêts. Ah, il zieuta bien une certaine tente portant les livrées d’un aigle sanglant, mais gauchi son envie et ses attentions vers sa cible : la grand’tente de son ami le Corbeau. Là, il quitta le confort du troussequin de son hongre et le confiât à un palefrenier de fortune, très certainement mandaté pour l’occasion. Du revers de la main, il divorça deux pans de la porte voilée afin de pénétrer dans les appartements marquisaux et d’y trouver son confrère là, posté devant une immense tablée faite de bois franc et endiguée par des lanières de cuir mastoc.


« Vous voilà bellement campé! Au premier coup d’œil, je me suis senti porté jusqu’à Serramire dans l’agrément de votre gentilhommière. » Louis s’approcha de l’homme sans hésitation aucune ; il n’avait guère changé, comparativement à lui qui avait engraissé de la face, vu les poils qu'il y avait poussé. Cette guerre possédait au fond, sans doute les mêmes apports et désagréments que ses anciennes campagnes. Or, ce n’était guère le cas du faon, qui dut faire ses dents non point dans du coton, mais de la roche. Sa rixe à Valdrant lui avait presque coûté la vie et il en préserverait une douloureuse remembrance, à n’en point douter. Louis chercha à venir lui serrer la patte en confrère qu’il était ; la guerre avait au moins ça pour elle, elle savait rapprocher ceux qui s’y investissaient avec cœur.

« Bon Seigneur, il me plait fort de vous voir si bien portant. Il me hâtait de venir au chevet de Chrystabel afin d’y faire tomber la dernière pierre de cette riflette médiannaise. »


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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Lun 8 Jan 2018 - 15:45

Au fond, c'était plutôt un brave gars que le Cosimo. Pas très élégant, dame non ! Suffisait de voir son justaucorps parsemé de taches de vin qu'il utilisait comme médecine pour traiter une chiasse digne d'être chantée par les baladins. Encore heureux que cela lui coupa un peu l'appétit, faute de quoi on aurait pu deviner également ses cinq derniers repas grâce aux restes de nourriture égarées dans les fibres de tissu. Pas très distingué non plus ! Quoi que fort habile à écouler des marchandises et pouvant identifier en quelques secondes les objets de valeur lorsqu'il entrait dans une masure, le capitaine ne voyait dans un tableau de maître "qu'un putain de sac de pièces d'or à venir !" et dans une partition de musique "qu'un torche-cul plutôt agréable". Mais un brave gars néanmoins, ne cherchant pas à dissimuler ses sentiments sous des faux-semblants de morale ou autre conneries du genre dont les nobles se drapaient comme pour cacher la nudité de leur mesquinerie. Au moins, quand le chef des paturons prévoyait de vous tailler une second sourire, il annonçait sans ambages la couleur avant de passer à l'acte.

Seules quelques années séparaient les deux hommes en terme d'âge, et parfois Hanegard se faisait la réflexion qu'en d'autres circonstances leurs rôles auraient aisément pu être inversés. Si Merwyn Séraphin n'avait pas sorti le futur baron d'Alonna de l'anonymat en le propulsant chef de ses légions noires, peut-être seraient-ils tous deux dans la même compagnie désormais ? Un grand philosophe thaari du cycle précédent affirmait qu'un noble n'était séparé d'un gueux que par un coup de bite au bon endroit, mais deux gueux pouvaient tout autant se séparer suite à un regard au mauvais endroit. Hanegard envisagea un instant de partager ces réflexions hautement philosophiques avec Cosimo, mais il renonça en se disant que le gaillard estimerait qu'un coup de bite de plus ou de moins ne changerait pas sa vie. Encore que, vu le nombre de mercenaires ayant choppé la chaude-pisse, il ne fallait pas sous-estimer les effets de tels coups.


Bah, pourquoi pas ? Allons voir ces merveilleux et fiers guerriers prêts à donner joyeusement leur vie pour la gloire de sa gracieuse majesté Bohémond Ier. Puisse les Cinq bénir le marmot couronné et la merde dont il salit ses couches.

Chpouit ! Floc ! Hanegard mollarda vulgairement au sol pour montrer tout le mépris dans lequel il tenait la royauté de l'an dix. Nimmio au moins avait su avoir du style, malgré tous ses défauts. Affronter seul un Norkan, y perdre un bras puis vaincre le monstre en devenant quasiment un avatar de Mogar, cette épopée pouvait faire hurler les casuistes mais démontrait que le manchot en avait dans le pantalon ! Ouais, l'archiduc avait aligné un service trois-pièces blindé que même les forgerons dawis du Kirgion auraient pu utiliser comme enclume. Quelle dommage qu'il s'en soit si peu servi pour honorer sa femme, résumant leurs ébats à un devoir dynastique... préférait-il les fesses musclées de ses soldats ou bien Blanche se révelait-elle trop frigide au lit ? L'histoire seule en jugera.

Sortant de la tente, Hanegard et Cosimo tombèrent sur Samperio qui revenait avec plusieurs bouteilles sous le bras, probablement des alcools du cru extorqués à une fermière en échange d'un paiement en nature. Le cuistot des paturons méritait bien son surnom de Joli-Cœur, talent fort appréciable lorsqu'il fallait obtenir du ravitaillement autrement qu'en défonçant la porte à coup de hache. La diplomatie du corps fait preuve d'une violence toute différente de la diplomatie de l'épée, mais ses effets en sont souvent tout aussi dévastateurs. Hanegard récupéra une bouteille au passage et but à même le goulot, afin de se rafraîchir le gosier qu'il avait souvent sec à cause de la poussière que générait plusieurs milliers d'hommes et de canassons. Sans compter que l'alcool camouflait la fragrance peu gustative du campement.


Pas mal. Robuste, un peu rêche, pour sur que ça réchauffe. Un godet, capitaine ? Ça vous récurera mieux les boyaux que cette pisse d'âne venue de Hautval, demanda-t-il en tendant la bouteille à son geôlier.
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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Lun 8 Jan 2018 - 22:16


5ème jour de la 4ème énéade de Barkios, 10ème année du 11ème cycle.

Sous la grand'tente de commandement du sénéchal, à s'apprêtait à recevoir les chefs des armées alliées dans l'heure. La mot d'ordre avait été fort simple : faire la part belle à la ripaille tout en évitant de rayer la table. C'est qu'au centre de celle-ci s'affairaient quelques clercs armés de pinceaux, désireux d'apporter le plus vite possible les ultimes retouches à une vieille carte de la ville, que l'on avait emporté lors du départ des archives serramiroises. Il faudrait sustenter les invités tout en gardant en tête les visées guerrière d'un pareil entretient. Adonc, si barons et autres marquis de tout poils siégeraient à table, le reste de la coterie, capistons et les reîtres trottant après eux, devraient se tenir debout autour des grandes huiles.

Adonc, on attendait la venue des seigneurs alliés ; cependant bien qu'il eut décidé une sortie inopinée, on annonça bientôt le jeune Louis, le régent de Sainte-Berthilde. L'héritier des Saint-aimés ne semblait avoir su résister à l'attente : bientôt, on le vit pénétrer sous la grand'tente, allongeant ses grandes guiboles pour mieux gagner l'hôte de ces bois. Ce dernier, ébaudi par la venue de son voisin, l'accueillit bras ouverts, lui donnant l'accolade. « Bon ami! vous revoir me ravit le cœur, lança le marquis gaillardement, avant de scruter le visage du nouveau venu, par le con denté de Tari! Je vous avais quitté blanc-bec tel un pucel et voila que j'ai devant moi un homme fait! Non, un ours, parbleu! »

Le marquis avait instantanément endossé le rôle de tonton débonnaire qu'il tenait en compagnie du jeune faon. De ce dernier, il n'avait fait la connaissance qu'à la mort de son père, quand les vassaux du berthildois conspiraient contre la maison de Saint-Aimé. Adonc, Aymeric avait tâché, sinon d'imiter Godfroy - ciel! -, d'incarner au mieux ce qu'un jeune bachelier pouvait tenir en haute estime. De fait, il causait plus fort qu'à l'accoutumée. « Oncques mais! Les Cinq me soient témoin, j'ai ouï dire de tes exploits! On m'a rapporté que tu avais bouté les ostes du Boucher du Médian, fortes de dix milles ladres! Que face à cela, les gardes de Nimmio avaient préféré estourbir leur maître plutôt que vous affronter! Peste, Louis je ne doute pas un seul instant que feu votre père, fut-il encore des nôtres, serait fier de vous. » Il plaça une main paterne sur l'épaule de son compère. « Tout comme je le suis. »

Il se délaissa du jeune régent pour se reporter vers la table et le plan qui y trônait. « Le Roy est votre débiteur, Louis ; vous l'avez bellement servi. Là! » Il claqua des doigts, faisant apparaître la valetaille. « Buvons! À notre réussite, et sa Majesté le Roy! »

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Ciara de Phalère
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 10 Jan 2018 - 1:28

« Manchot tu t'es trompé, pensant que les années n'allaient jamais finir : il te faut bien mourir. Il te faut bien mourir! entama la danselette, désireuse d'étrenner ce nouveau chant de circonstance.
- Nous ferions mieux de faire silence, Madame. Histoire de pas attirer tous les égorgeurs sur trois lieues. Sauf vot' respect, bien sûr, ponctua Hélouin, un colosse aussi large d’épaules qu'étroit d'esprit que Ses Seigneuries avaient attaché à son service, à Sharas, pour lui servir de guide.
- Le charme que j'ai tissé nous protège des mauvaises rencontres, inutile de paniquer, rétorqua l'agente d'Estrévent non sans pourtant couler un regard inquiet vers les broussailles. »

Une vilaine grimace balafra la face du géant. Sans en avoir l'air, il fit faire un écart à son cheval pour mettre quelque distance avec la sang-mêlée. Décidemment, cet homme là n'aimait pas la magie.

« N'empêche, si on s'abstenait de débagouler la chansonnette, on pourrait se passer de la sorcellerie, maugréa le pansu olysséen.»

Parvenus à un accord tacite, ce fut dans un silence relatif que le duo poursuivit sa route, Hélouin pestant à voix basse sur « cette gisquette d'Estrévent qui lui vaudrait un pageot de quatre planches de sapin ».
Nonobstant, en dépit de ses lamentations, il s'acquittait honnêtement de sa tâche. Jusqu'à présent, il n'avait proposé qu'à trois reprises de rebrousser chemin. Une vétille si l'on tenait compte que depuis quelques jours l’écume dorée des lopins de millet et d’épeautre avait fait place à des champs retournés par les sabots des chevaux. Ca ainsi qu'aux gibets qu'un étrange jardinier avait piqueté aux alentours des hameaux.

A dire vrai, les deux voyageurs ne craignaient pas tant de tomber sur les osts nordiens - c'était même là leur objectif - que de trébucher sur le chiendent qui prospérait dans leurs pas : détrousseurs de cadavres (qui ne le sont pas forcément encore), cambroussards aux visages aussi effilés que leurs herminettes voire la lie de l'une ou l'autre armée tels que traînards en quête de rapine ou chauffeurs de paturons professionnels.

Par prudence, Hélouin leur fit contourner la grande route au profit de sentes qui courraient le long de rus grossis par les fontes. Possible que ce détour se révéla être un choix judicieux à en juger par les fumées noirâtres qui émanaient des villages mais il leur coûta également passablement de temps. Ainsi, ils manquèrent la chute de Rochenoire - quoiqu'il n'y eut pas réellement de siège - ce qui fit craindre à l'ensorceleuse une fin précoce au conflit.

Fort heureusement, le prétendu camelot qui les informa de ce fait leur précisa également que ces messieurs du Nord et du Médian n'avaient pas terminé leur honnête commerce d'étripage de sorte qu'il restait possible d'assister à des scènes pittoresques. Quel soulagement!
A cette nouvelle, les voyageurs décidèrent d'abandonner les chemins de traverse au profit des grands axes. Tous ces beaux sires allaient probablement dépêcher des messagers aux quatre coins du Royaume, ce qui pourrait amener les malandrins à se détourner, pour un temps, de ces routes. De plus, aucun des deux cavaliers ne souhaitait laisser l'opportunité au « camelot », trop intéressé par le bagage du troisième cheval, de leur tomber sur le râble une fois qu'il aurait regroupé ses estimés collègues affairés dans les bourgs voisins.

Mus par quelque instinct de conservation, la paire poussa ses montures jusqu'à sortir de ce pays de combes étroites et de vallées aux détours capricieux pour déboucher sur des pâtures grasses, des fondrières fleuries ainsi que des ruisseaux vagabonds qui annonçaient leur arrivée dans le domaine de Christabel. La quiétude pesante qui engourdissait la région laissait à penser qu'il n'y restait plus grand chose à fourrager, ce qui réduisait d'autant les chances d'y faire de fâcheuses rencontres.

Après une autre journée de route, ils finirent par sentir qu'ils touchaient au but : un vent changeant leur porta de puissantes effluves de suie, de crottin de cheval, d'urine et de soupe à l'oignon.

Au loin, dominant des étendues de bourbe d’un brun si sombre qu’il paraissait bitumeux, le château de Christabel ancrait ses remparts maussades et ses tours trapues sur une échine rocheuse. A en croire Hélouin, la place avait inspiré nombre de poètes. Si cela était vrai, alors le panorama comptait au rang des premières victimes de ce siège.

Désormais confrontée à son objectif, Ciara hésita sur la conduite à tenir. Son guide eut la délicatesse de ne pas formuler de remarque telle que : « vous n'espériez tout de même pas que la guerre soit jolie? » mais elle ressentit malgré tout le besoin impérieux de lui adresser un regard noir.

Cette précaution ne s'avéra d'ailleurs pas vaine puisqu'alors qu'elle accomplissait ses ablutions dans une mare, Hélouin souligna : « enduisez-vous de menthe, de marjolaine ou de feuilles de pommier tant que vous vous voudrez : sitôt dans le camp son musc vous collera à la peau. »
Songeur, il passa une main dans la sauvagerie de sa barbe.
« C'est...putain, comment dire...Ah! Si, voila! C'est comme avoir un bout de bidoche coincé dans le râtelier : vous avez beau frotter c'est là pour rester. »

L'ensorceleuse récompensa son trait d'esprit par un geste vulgaire de la main.

Lorsqu'elle émergea de l'eau, la jeune artiste se mit en quête de l'apparence qu'elle allait endosser. L'espace d'un instant, elle caressa l'idée de jeter son dévolu l'habit d'une clerc voire d'une moniale de la Damedieu, ce qui n'aurait pas manqué de piquant. Toutefois, la sang-mêlée craignait qu'une tenue trop roturière ne lui attire des contrariétés de la part de la troupe. C'est pourquoi elle décida finalement de s'habiller à la garçonne et d'afficher sa qualité d'aristocrate comme un bouclier. Elle enfila donc un pourpoint à manches ouvertes brodé en fils d'argent de motifs floraux avant de nouer son opulente chevelure qu'elle fit disparaître sous un voile de couleur purpurine.

Ainsi vêtue, elle regagna Hélouin auprès des montures.
« Jolie tenue pour aller patauger dans la merde. Remarquez : moi je ne mets jamais de chemise blanche si je sais que je vais manger de la soupe, releva-t-il de l'air détaché de celui qui n'en pense pas moins.
- C'est là le gouffre qui nous sépare : je ne tremble pas devant un bol de soupe. »

Ils franchirent sans se presser la dernière lieue qui les séparait du camp des assiégeants, prenant le temps d'observer les préparatifs en cours. Les soldats n'étaient pas les seuls à s'activer sous les remparts : l'industrieuse société des goujats était déjà à pied d'œuvre : vivandières montant des échoppes à la six-quatre-deux, changeurs en quête du fruit des rapines, putains au déhanché commercial, marchands de vins au verbe fleuri et autres pipeurs en quête de pigeons. En se fondant dans ce petit Monde, il n'était guère difficile pour deux voyageurs de venir grossir le camp.

Laissant là chevaux et guide, à qui elle laissa le soin de dresser leur tente, Ciara partit à la découverte de cet univers nouveau dont elle découvrait l'odorante réalité armée d'un vélin, d'une pierre noire et d'un fusain. Au fond d'elle-même, l'agente d'Estrévent sentait qu'il lui fallait trouver les mots, le sous-titre, l'esprit qui sous tendrait son œuvre. N'était-elle pas témoin d'un évènement historique? Ne devait-elle pas commencer à sentir le souffle épique de la légende sur son visage? Et pourtant, tout ce qui vint mourir sur ses lèvres fut : « Par tous les dieux : que ces gens sentent! »

Enfoiré d'Hélouin, il lui avait pourri sa poésie.
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Jesbel de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 11 Jan 2018 - 10:34



Tout ce qui aurait pu constituer un projectile avait été récupéré. Les étables et les écuries y étaient passées les premières. On les avait démembrés à tel point que les chevaux et autres bétails gambadaient librement dans les rues de la cité. Les gravats avaient ensuite été entassé aux pieds des remparts et formaient à présent des petits tas disséminés aux pieds de chaque escaliers. Après quelques petites échauffourées, on avait donc économisé les flèches pour lancer des bouts de bois grossiers dans les faces des assaillants. Si la plupart survécurent, d’autres se les mangèrent au point de se mettre à pisser du sang. L’on avait ainsi pu juger du périmètre suffisant pour bénéficier d’une portée utile.

Le camp nordiens répondit vite à ses agissements en assombrissant le ciel de moult rocailles. Dès lors, il se mit à pleuvoir sur Chrystabel. Une pluie dévastatrice et mortelle de surcroit. Quelques velteriens périrent alors même qu’ils pensaient s’être mis à l’abri. C’était cet abri justement qui avait cédé sous le poids des impacts et s’était écroulé sur leur caboche. Ces premiers morts, lorsqu’on les sorti des gravats, furent aussitôt réunis sur la Grand-Place, et brûlés pour éviter l’odeur de la décomposition. L’odeur s’émanant des corps en feu fut probablement la chose la plus atroce à endurer. Cela avait senti le cochon grillé et aiguisé certains appétits. Hors tous étaient maintenant rationnés au strict minimum afin de résister le plus longtemps possible…

Pour faire face à ces premiers désagréments, Jesbel parcourait la cité tous les jours au côté de son cousin. Selon ce dernier, il devait se montrer auprès de ses hommes. Il s’était évertué dès lors à paraître le plus solide et confiant de tous. D’aucuns n’étaient pourtant dupés quant à ses tremblements qui ne cessaient jamais. Même dissimulés sous ses gants, il continuaient. Au moins, son cousin avait l’effet escompté sur le moral des troupes. Connaissant ses talents de meneur et de guerrier, les défenseurs de la cité l’appréciaient.

Tandis qu’ils se mouvaient tous deux pour rejoindre la muraille sud, un cri résonna à travers la ville.

-IL VA PLEUVOIR !!!

Tous se mirent à observer le ciel privé de nuages en attendant de le voir s’obscurcir. Il n’y eut, pour ça, qu’à patienter quelques secondes avant de voir les premières pierres tomber. L’une d’entre elle percuta une maison de plein fouet en faisant écrouler la moitié de sa façade. Une autre fit un trou énorme dans une toiture non loin. Jesbel eut presque souhaité qu’une autre s’abatte directement sur lui pour être enfin délivré de tout ce fardeau. L’on ne pourrait l’accuser alors d’avoir été lâche. On l’affublerait seulement d’être le seul Velteroc à s’être fait écraser comme une merde.

Par chance, ce ne fut pas lui qui succomba de la sorte mais un soldat à quelques pas seulement. Le pauvre se fit percuter en un seul battement de cil. L’instant d’après, il gisait sur le sol en bouillie. Quant à lui, il était resté figé, incapable de se mouvoir. La main de son cousin vint le toucher violemment pour le faire valser contre un mur. Une nouvelle roche venait de s’encastrer dans le sol boueux qu’il avait recouvert une seconde plus tôt.

Le temps risquait d'être long.  
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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Sam 13 Jan 2018 - 20:11

« Cessez donc de jurer votre Honneur, cela ne vous sied point »
« Foutredieu Odias, non ! Ce maudit Corbac me file la nausée avant même que je ne l’entrevois ; c’est dire si j’ai envie d’y aller à sa réunion ».
« Non ma Dame, vous le saviez qu’il en irait ainsi. Vous avez rêvé de ce jour depuis notre départ et encore là je vous vois vous tourmenter ! C’est à se demander ce qui vous contenterez pleinement… ».
Si elle l’eut pensé très fort, « sa mort » demeura silencieusement enfouie dans un recoin de son esprit. Non seulement elle avait passé l’heure d’avant à maugréer contre tout, mais en plus elle se tapait une migraine à damner Tyra. Et plus elle repensait au pauvre coursier venu porter son message, et plus elle fulminait ; non pas que l’idée soit idiote – ou qu’un conseil de lui déplaise, non ! Mais imaginez dès lors la situation cocasse dans laquelle elle se retrouverait sous peu : son amant Louis se tiendrait à quelques pas d’elle et tous deux devraient feindre un quelconque intérêt mutuel. Mais cela ne s’arrêtait pas ici ; son erreur siègerait tout frais à son côté et devant cette joyeuse et lubrique compagnie, telle la matrone qu’il avait toujours été, Aymeric. Le cauchemar n’avait-il seulement jamais de fin ? Au moins trouvait-elle un peu de réconfort auprès de ses amis. Elle marcherait dans l’allée de la Honte au bras du vieux Sénéchal Alonnais et du seigneur qui la secondait. Et puis ce serait agréable de revoir son jeune frère aussi. L’indiscipliné Fulcran s’était retrouvé bien pris : coq dans la cour du marquis, il était devenu un otage ma foi fort bien lotit. Il ne s’était point plaint de se tenir loin des siens, et tout au contraire, le bellâtre semblait en toute chose comblée. Après la guerre, elle s’inquièterait d’une alliance maritale, fusse-t-il avec une donzelle du serramirois : l’on ne pouvait pas être parfait partout.

Il n’était pas tout à fait l’heure lorsqu’ils arrivèrent à bon port. Là-bas, la vie n’était pas bien différente vue qu’ils étaient voisins. Les hommes étaient toujours aussi bruyants – ce qui n’arrangeait guère ses maux de tête. Elle soupirait, les sourcils froncés. Son envie de ces choses-là s’était fait la malle et non contente, avait fui jusqu’à l’autre bout du monde. Son seul regret fût de ne guère pouvoir fuir à son côté. Le brave Odias avait une mine soucieuse en la voyant ainsi hésiter. La baronne était connue pour son inconstance, alors une fois de plus ou de moins, cela n’aurait étonné personne. Après tout, la femme avait tout fait pour se tenir bien loin de cette tente tout au long du trajet ; envoyant soigneusement des émissaires, elle s’était contenté de quelques rencontres – toujours fortuites – avec son suzerain. Et Grands Dieux ! On ne lui ferait pas croire que sa bouille le ravissait, lui aussi ! Plus loin ils se tenaient l’un de l’autre et mieux ils semblaient se porter. Au moins c’était là une chose sur laquelle ils étaient d’accord. On l’annonçait bientôt. Trop tard pour reculer, alors franchissant la barrière de tissus, elle aborda le Brochant avec le sourire.
Un simulacre qui eut tôt fait de se muer en un sincère rictus lorsque ses yeux tombèrent sur le jeune Berthildois accoudé près de lui. Pour sûr, cela faisait son bel effet ! Gardant contenance, elle décrocha ses pupilles aussi vite qu’elle le pût pour ne pas se trahir, approchant avec légèreté.

« Vos Excellences ». Un bref signe de respect, rapidement imitée par Lesdiguières et le seigneur de Wacume. « Ravie de voir que nous ne sommes point en retard ! ».
Spoiler:
 

_________________
"Le pouvoir de ces hommes n’était qu’illusoire [..]; non, ici elle était seule capitaine d’un bateau, car comme chacun le sait un navire ne dispose que d’un seul et unique gouvernail."



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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 16 Jan 2018 - 18:17


L'irruption sous sa tente de la baronne d'Alonna et de sa coterie surprit un Aymeric beaucoup trop jovial, au regard de cette nouvelle compagnie. Rembruni, le marquis fit bien vite le deuil de la causerie virile qu'il avait espéré avec son voisin, s'inclinant nonchalamment pour saluer les nouveaux-venus. « Point, madame! lança-t-il faussement, votre venue est toujours opportune! Joignez vous donc à nous, je vous prie. » Il s'en alla céans saluer le seigneur de Wacume, qu'il connaissait quelque peu pour avoir guerroyé avec lui, et le vieux sénéchal alonnais, avant d'introduire la coterie alonnaise auprès du régent de Sainte-Berthilde. « Bon ami, je suis fort aise de vous présenter ma douce vassale, Dame Alanya, ainsi que ses preux : Hermance Lesdiguières et Odias, seigneur de Wacume. Je gage que vous ne les connaissez point. »

Il avait seriné sa dernière phrase avec légèreté : c'était pourtant un mensonge épais et bilieux. Le marquis avait en effet appris tantôt que les deux personnes s'étaient d'ors et déjà rencontrés, quand Louis avait gagné la marche alonnaise. On lui avait rapporté en outre que le jeune Faon, dès les débuts du siège, s'en était aller payer ses assiduités auprès de la baronne, avant même que lui, le sénéchal du Roy, n'en ait vu les bois. Pour celui qui avait offert la main de sa sœur au jeune Saint-Aimé, c'était là une gageure certaine, mais Arcam n'était-il pas par nature un dieu pernicieux ? « Prenez donc place l'un a côté de l'autre, le temps que nos alliés ne nous rejoignent. »

Une heure plus tard, la grand'tente de commandement était pleine à craquer. Autour de la table se pressaient une foule de capitaines de tout poil, de seigneurs en armes et autres chefs de guerre. Une rumeur sourde parcourut l'assemblée : le sénéchal allait parler. « Bons seigneurs, gentils capistons! Il me sied grandement de voir pareille prudhommie sous mes bannières! Mes bannières ? Peste non, celles du Roy! Bombance pour notre Sire! » On s'ébaudit grandement de ces premiers mots, d'aucuns frappant la table de leurs poings gantés, quand d'autres éructaient à qui mieux-mieux leurs devises familiales.

« Céans notre glorieuses ostes portent le siège devant Chrystabel, ultime redoute des ligards, bastion de mauvaiseté! Les oracles ont été rendus, les coqs sacrifiés! Par la grâce du père des batailles, nous serons vainqueurs! » Une ronflement approbateur traversa l'assemblée. « Par les Cinq, il me tarde d'écraser ce rebut de félonie, cet antre de pourceau! Et vous, bons preux, vous en tarde-t-il aussi ? HARDI! » Ce ne fut plus une rumeur, mais un véritable tohu-bohu de rodomontade qui accompagna les déclarations du marquis. Ciel, qu'il était plaisant de rouler les mécaniques, lorsqu'on se trouvait entre bonnes gens et en position de supériorité écrasante. Le marquis fut presque ému par tant de rectitude.

« Oooonques mais! tonitrua-t-il cependant, si la victoire nous est acquise, il me faut vous mettre en garde! Mes éclaireurs sont reparus : je redoute que la guerre ne prenne fin au delà de Chrystabel! L'heure est grave, bons sires! » Un silence s'ensuivit. « Depuis deux ans que notre bon Roy Bohémond fut chassé de son trône et enlevé par l'ineffable Cléophas, tandis que nous affrontions le péril noirelfique, l'avanie s'est installée au Sud de l'Avosne. Point d'honneur ne perdure sur ces terres : les armées langecines et soltariies parcourent librement les fiefs de notre Sire et se disputent sa capitale, tandis qu'ailleurs, les prétendus fidèles du Roy se tiennent coi, ces même qui accueillirent, cuisses grandes'escartées, les armées de Nimmio! Je conchie ces pleutres, et vous promets ceci : ils plieront le genou, ou je les détruirais! »

Un nouvel émoi s'ensuivit. « Adonc! lança le marquis, désireux de ramener le calme, adonc, bons seigneurs, je désire votre conseil! D'aucuns, parmi les miens, pensent qu'il se trouve encore des hommes honorables dans les terres royales, désireux de servir notre Sire et prêts à rejoindre notre juste campagne, tandis que d'autres me hâtent de prendre d'assaut Chrystabel pour ensuite porter le dégât ailleurs, jugeant que ce qui n'est pas nordien mérite seulement la corde. Céans des renforts sont en route depuis Serramire, nous faut-il attendre, et tâcher de trouver de nouveaux alliés ici-même, ou attaquer sur le champ ? Assiéger longuement la cité laisserait à nos ennemis ailleurs le temps de s'organiser, mais un assaut prompt, s'il nous permet de marcher sans attendre sur les autres bastions rebelles, risque d'amoindrir nos forces. » Alors qu'il allait prononcer ses dernières paroles, Aymeric se remémora ses déboires à Amblère. Mais n'avait-il pas montré à ses contempteurs leurs erreurs, alors, n'en était-il pas ressorti grandi ? L'exercice valait bien d'être répété. « Le Roy m'a chargé de lui rendre ses terres, et c'est ce que j'ai juré de faire. Vous savez cependant comment, quoique je sois sénéchal, je vous estime comme mes pairs et désire céans votre conseil. Adonc, que chacun se sente libre de parler. »

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 17 Jan 2018 - 10:09




Sous la grande tente archi bondée de nordiens, Thibaud attendait sans mot dire ni même exprimer une once d’expression. Il eut été en cet instant un véritable mur stoïque, écoutant les prières enfiévrées du Sénéchal. Sous les rugissements bestiaux de ses pairs, le connétable Berthildois resta blotti dans le silence, attendant la suite et scrutant un à un les grandes pontes qui l’entouraient. Il fallait avouer que leur rengaine et leur rage de vaincre était vivace. Assez pour mettre à mal n’importe quel adversaire. Pourtant la plupart des grands nobliaux avaient à peine atteints la trentaine, à l’image de son propre suzerain et de ceux d’Arétria et d’Erac. Pour eux, tout restait à apprendre. Pour leur Sénéchal en revanche, il n’avait plus qu’à hausser le ton et gaver ses oies de moult animosité pour incarner l’homme de la situation.

Le spectacle était captivant. L’assurance de la victoire était probablement dans tous les esprits. Dire le contraire aurait été passible d’une accusation pour défaitisme. Pourtant, les velteriens restaient encore sagement derrière leur muraille et rien n’avait été officiellement tenté pour les en déloger. A voir maintenant si les humeurs seraient toujours aussi jouasses après les premiers morts. Quant aux autres faits contés par le corbac de Brochant, il en fut plus amusé que gêné. Adonc les pourceaux du sud agissaient en douce pour s’accaparer le Royaume. La trahison étant ancrée dans leur âme de toute manière. Guère étonné, il ne fit que froncer les sourcils un peu plus et jeta un œil curieux du côté de l’alonnaise. Celle-là même qu’il avait baisé jusqu’au petit matin. Le souvenir était encore plaisant quoiqu’il ait regretté de ne pas s’être laissé emporter pendant la nique. Pour peu, la dame aurait eu encore les stigmates sur son joli minois. Elle eut le droit à un regard malsain de sa part. Même avec une table les séparant, il continuait de la pénétrer.

Concernant la demande d’avis du Brochant, il prit un petit temps à la réflexion. C’eut été bien avisé de faire venir les volontaires suderons pour les envoyer mourir en premier sur les murailles. Ainsi s’économiseraient-ils en vie et en force. Néanmoins, les voir déambuler à leurs côtés lui donnait déjà la nausée. Lorsque le silence revint une fois le discours du corbac terminé, Thibaud se leva pour prendre la parole.

-Le nord n’a pas besoin de ces sodomites pour gagner la guerre, lâcha-t-il tranquillement. Est-ce là dire que nous nous passerons d’eux pour réparer leur merde ? Je crois, Sénéchal, que nous devrions les faire venir pour qu’ils payent à leur tour le prix du sang sur les remparts de Chrystabel. Qu’importe leur sale race de suderons et leur manque de loyauté légendaire. Tous les hommes sont égaux dès lors qu’ils voient venir la mort en face. Alors, faisons venir les plus téméraires pour les faire mourir dès les premiers assauts, et gardons en mémoire ceux qui n’auront point répondus à vos appels.

Son regard s’obscurcit soudainement. Il eut en mémoire l’événement du pont de Beltrod détruit par des mercenaires travaillant pour un commanditaire à l’accent chantant du sud. Bien qu’il ignorait encore la provenance de ce saboteur, il savait néanmoins que ces rustres bandits avaient été payé grassement.

-Vous n’êtes pas sans savoir que notre ost a été ralenti durant la campagne velterienne. Des ponts ont été détruits pour nous empêcher d’avancer. Le duc Renaud, ici présent, peut en témoigner. Sans pouvoir affirmer la provenance exacte du commanditaire, nous savons que des mercenaires ont été gracieusement payés par un homme à l’accent du sud.

Sa véhémence et ses accusations surent gagner tout l’auditoire. En l’espace de quelques secondes, Thibaud était passé du calme plat à une colère noire pour le moins effrayante.

-Ces sabotages ont été ordonnés par une où des personnes disposant de moyens conséquents et voyant notre progression comme une menace à éliminer. Alors, Sénéchal, prenez-le comme un conseil. Mais si vous décidez de faire appel aux couards du sud de l’Avosnes, choisissez-les bien, faites mourir les bons.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 17 Jan 2018 - 23:50




Bras dessus, bras dessous, notre duo de Marquis trinquèrent à la bonne franquette comme s’ils s’étaient côtoyés depuis tout jeune. En fait, cette véhémente campagne les avait nécessairement rapprochés, comme elle le fit d’ailleurs pour tous ces hommes qui protégèrent les phalanges de leurs compaings durant le sournois bigornage de Valdrant. Si chaudement accueilli, il en vint à omettre toutes ces objurgations à son propos, préférant de loin apprécier l’un de ces si rares moments d’allégresse depuis leur départ. Point que ces aubaines à lever librement le coude ne s’étaient guerre présentées depuis, mais en compagnie de son égal, voilà qui laissait au cervidé la concise occasion de relâcher la pression à ses épaules. Leurs chopines n’eurent point occasion de se voir vidées de moitié, qu’on annonça la venue imminente des figures célèbres du pays Serramirois. Achevant son bruyant bulletin, l’aboyeur n’eut pas temps d’en terminer les annonces que pénétra sans autres ambages l’arachnide des Trois-Murs, la Dame de Broissieux, sa tourmenteuse.

Dès l’abord, Louis bâfra une ultime lichée à son godet, passant sitôt le revers de sa mitaine pour torcher sa moustache mousseuse d’alcool. La chose faite et bien faite, il inclina le chef envers eux tous, déposant inévitablement son attention vers l’inéluctable Baronne. Alors le moment était venu, celui où il se devait de feinter le désintérêt envers celle qui en réalité, possédait dans la paume de sa main une forte quantité de son attention. Tâchant de se montrer convenant, Louis abaissa le chef en guise de salutations cordiales envers les imminents vassaux de son confrère. Néophyte au mensonge et piètre acteur de surcroît, Louis ne sut préserver la liesse qui l’avait pris pour hôte lors de son avenante entrevue avec le corbeau. C’est que malgré ses efforts, la Broissieux savait le faire tendre, dans tous les sens du terme et, mieux que quiconque ; alors que pouvait-il bien y faire, si ce n’est que d’acquiescer aux recommandations du Sénéchal et de poser son derche à ses côtés ? La chose faite, il croisa les bras à son poitrail et chercha à se montrer un poil distant, sans la chercher du regard ni même tenter de feinter le moindre badinage. Un babil inintéressant n’aurait su berner quiconque, alors il préféra s’associer au mutisme, patientant la prompte venue des autres membres du conseil.

Enfin, les saillies du corbeau s’achevèrent et avec elle, les moult et ô combien bruyants encouragements. De suite, Thibaud prit la parole sans faire usage de langue de bois, parlant franchement et sans ambages ; tout à sa manière. C’est-à-dire qu’il dégueula le fond de sa pensée sans en mâcher le moindre mot, qu’importe s’il allait choquer ou non la quelconque âme. Au moins la chose ne pouvait être portée à interprétation, quoi qu’on en dise. Et si certains saignaient des esgourdes à l’écho des recommandations de son Connétable, Louis sut piger sur le tout ce qui importait vraiment, écartant d’un revers de la main le fait qu’il cherchait en réalité le décès précipité des Suderons trop longtemps tombés dans l’oisiveté.


« Il n’est de guerre qui s’est vue ralentie par de plus nombreux renforts, or mon avis rejoins celui de mon Connétable. Patientons la venue de ceux qui se sont engraissés sous la paresse alors que nous marchions sur ces félons du milieu. » Louis était jeune et inexpérimenté, certes, mais depuis, il s’était fait au jeu de la guerre et tâchait à son possible de jointer le mieux pour ses gendarmes et ceux qui languissaient du retour de leurs siens, au pays du Berthildois. « Mais, un fait me tenaille et je m’adresse à vous, qui tenez votre position depuis un moment déjà » Vers son confrère l’oiseau.

« Nos osts se sont mobilisés depuis quelques ennéades déjà et, il me peine à envisager la fin de notre campagne maintenant que ses horizons semblent chercher à s’étendre par-delà Chrystabel. De combien est-il question avant que ces soi-disant bonnes âmes du Sud atteignent notre position? Car croyez bien qu’icelles n’accourront certes pas au triple galop lorsque vous taperez du pied! Elles se feront attendre et pendant ce temps, ce sont nos terres qui en souffrent le plus. »

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Alanya de Broissieux
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 18 Jan 2018 - 0:00


Ils avaient pris place et chacun n’avait plus d’yeux que pour le bon maître de cérémonie – maudit soit-il ! – si bien qu’elle se retrouva à en faire de même dans un silence ecclésiastique. L’homme avait toujours la même éloquence ; cela elle ne pouvait le nier. Le Brochant savait causer aux hommes et les premiers hourras ne se firent pas attendre. A peine ouvrait-il ses lippes que déjà la foule attablée se retrouvait haranguée d’une étrange façon. Même ceux qui s’opposait habituellement à la violence se prenaient à crier guerre, tapant du poing et bombant le torse. Cela était d’une virilité grotesque et à vrai dire, elle ne trouvait que peu de place sous cette tente. Elle triturait de ses longs doigts un bout de tissus, amère d’avoir été mêlée à tout cela. Bien sûr elle l’avait longtemps voulu ; siéger parmi les Nordiens qui ne la regardaient plus comme une femme. Non, ici elle était enfant du Nord et c’est tout ce qui importait alors. Mais la satisfaction s’envolait presque aussi vite quand ses yeux se posaient sur les bonhommes qui composaient la joyeuse compagnie.
« Ne buvez point trop ses paroles. A long terme, croyez-moi, elles deviennent pire que du poison ».
Elle s’était à peine penchée vers son voisin qui se trouvait fort bien muet lui aussi, droit et stoïque. Si elle ne le connaissait pas aussi bien, elle aurait pu croire que le Cerf l’évitait bellement. Il ne lui avait pas même accordé un sourire, préférant se murer dans un air contrit et rigide – si bien qu’on lui aurait volontiers filer quelques remèdes pour la constipation. Toute cette assemblée devenait bien malaisante et elle savait que le filou Corbac s’était bien marré lorsqu’ils les avaient installés côte à côte. Si proche, à en effleurer son bras, elle luttait pour ne rien laisser voir. Et ce simulacre embrasait son dégoût pour le suzerain : à choisir elle aurait peut-être mieux fait de rebrousser chemin quand il était encore temps.  Au moins n’aurait-elle pas eu à subir l’immonde complaisance et la singulière volonté du Serramirois à l’embarrasser assez.
« D’aucun ne pourrait le nier, son poison sait enhardir le cœur des hommes ».
Et presque aussitôt : « Et qu’en est-il de votre cœur à vous ? »
« Il battait à son plein rythme avant les croassements du Brochant, ne l’avez-vous point entendu tenter s’arracher de ma poitrine, à votre arrivée ? »
« Ne vous inquiétez point, je l’aurais volontiers récupéré pour vous le rendre mais à vous voir si tendu, il devient difficile de croire quoique ce soit ». Elle osa un bref sourire tandis que les bons seigneurs se mirent à beugler une nouvelle fois.
« Que voulez-vous insinuer ? »
« Qu’il serait sage de vous détendre quelque peu, à part si vous souhaitez attirer davantage l’attention de notre hôte ». Et elle le sentit imperceptiblement bouger auprès d’elle. Etait-il réellement serein ou mimait-il une attitude plus normale ? Elle ne le savait guère mais cela la rassurait un peu ; au moins ici personne ne semblait porter attention à eux.
Personne sauf celui qui pris la parole sitôt la tirade gaillarde du Marquis achevée. Le cœur de l’Alonnaise manqua un battement et si elle garda contenance, son sourire s’effaça. Bien qu’elle eut appris la présence du seigneur de Kelbourg un peu plus tôt, elle ne s’était point préparée à la rencontre ; il lui rappelait le goût mauvais de la vinasse et la vilaine literie de ce soir-là. Préférant ne pas croiser son regard, elle se contenta de triturer un peu plus violemment son tissu. Le pauvre se prenait bien la misère du monde alors qu’il était en tout point innocent des écarts de sa maîtresse ! Et si toutefois son malaise allait grandissant, elle l’écouta avec attention. Tout emporté qu’il était, le connétable Berthildois parlait juste et fût bientôt rejoint par le Saint-Aimé qui n’avait plus rien du Faon bien qu’il balbutiait encore dans le domaine.
« J’entends plus que de raison les paroles de messire le connétable. Le sud pourra bien attendre la fin de ce siège pour nous voir venir ! Vous l’avez souligné avec justesse votre Excellence ; des renforts s’en viennent bientôt du Nord. Nous avons vu ce que donnait la précipitation à Amblère, alors prenons le temps. ». La référence et la pique était dirigée avec délicatesse vers le Serramirois qui se tenait non loin de là. Personne ici n’avait oublié la déconvenue de l’armée du Marquisat, qui menée par le bon frère du seigneur, s’était fait laminée par les Puysards. Une vilaine défaite imputée à la faiblesse de santé de celui qui menait aujourd’hui la danse. A croire que la honte réveillait les impotents ! Elle adressa une œillade entendue à Louis. « La guerre est une entreprise coûteuse et nous voilà presque tous ici, pieds et poings liés à envisager déjà de rouler jusqu’aux Soltaaris. Il va nous falloir faire des choix, mes bons messieurs, et surtout trouver des appuis pour saper l’envie aux gens du sud de venir fricoter avec nous. Avons-nous des nouvelles des Grands-Prêtres ? Qu’en est-il du conseil de notre bon Roy et de le Chancelier ? ».

_________________
"Le pouvoir de ces hommes n’était qu’illusoire [..]; non, ici elle était seule capitaine d’un bateau, car comme chacun le sait un navire ne dispose que d’un seul et unique gouvernail."





Dernière édition par Alanya de Broissieux le Jeu 18 Jan 2018 - 15:14, édité 1 fois
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Renaud d'Erac
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 18 Jan 2018 - 9:45

Renaud avait prit soin d'arriver dans les derniers, très droit et fier lors de son entrée sous la tente. Son titre, et sa volonté de se montrer digne de celui-ci, l'amenait à prendre quelques décisions de ce type, juste histoire de se faire remarquer. Il était accompagné de Robert, son Sénéchal, ainsi que d'Ernest de Rochefouchart, qui avait attiré son attention, et s'était illustré dans la reddition de Palmepeyre. Renaud alla prendre place sur une chaise qui lui était réservée, ses deux acolytes se tenant derrière lui. La veille, il s'était entretenu avec le Marquis en tête à tête, et il avait récupéré son père, ce qui lui avait rapporté un grand réconfort, et aussi une bonne popularité au sein de sa coterie avec le retour de l'ancien Duc. Le tableau avait été noirci quand il avait conversé avec Léandre, et qu'il avait apprit ce que le velterien lui avait fait subir. La torture pour un haut noble, après l'avoir capturé par un subterfuge abject, voila qui avait avivé la haine déjà présente à l'encontre de son ennemi disparu. Heureusement que celui-ci était mort, sinon il aurait tout fait pour l'occire de ses propres mains. Il hésitait d'ailleurs à aller le déterrer pour le jeter dans l'océan pour nourrir les poissons, ne laissant aucune trace de son passage sur cette terre.

Maintenant assit, il avisa la présence de deux femmes au sein de ce rassemblement d'hommes revêtus de leurs atours guerriers. La Baronne d'Alonna, ainsi que la régente d'Aretria, deux personnes qui étaient parvenues à faire oublier leur sexe, en n'hésitant pas à se rendre sur les champs de batailles. Le calme fait, Aymeric s'adressa aux Seigneurs présents, sachant trouver les mots pour gonfler l'assemblée. Renaud ne prit pas part aux vivats, concentré sur ce qu'il avait entendu, et cherchant des solutions, quelque chose à dire qui ne serait pas ridicule, mais qui montrerait qu'il était présent, et prenait part aux décisions. Son jeune âge ne devait pas manqué d'amener nombre d'interrogations à ceux qui ne le connaissaient pas. D'autres prirent la parole, il essaya de rebondir la dessus

"De mon avis, plusieurs choix s'offrent à nous. Comme le dit Messire de Kelbourg, vous pourriez user de votre titre de Sénéchal pour les convoquer avec leurs osts ici même, et qu'ils prennent part aux combats, émiettant leurs osts comme les notre, et les diminuant par la même occasion. Nous partagerions alors avec eux la gloire de cette campagne alors qu'ils ne seraient arrivés qu'à l'ultime fin.

Je confirme aussi les dires concernant le sabotage du pont, il ne peut s'agir que d'un Seigneur pour débourser une telle somme, mais lequel, nous ne le savons point. De même, comme l'ont si bien soulevés Madame de Broissieux et Messire de Saint-Aimé, la guerre coute chère, et nos terres en pâtissent. Et il va de soit que les sudistes mettront le plus longtemps possible pour nous rejoindre, si tant est qu'ils sont loyaux à sa Majesté, ce dont vous semblez remettre en question.

Je pense que tous ici connaissent le prix exorbitant en hommes d'une attaque contre une forteresse qui n'a pas été affaiblie auparavant. Partant de ce constat, nous pouvons également décider de laisser la troupe minimum nécessaire pour maintenir le siège, en attendant les renforts, et partir avec le reste de l'ost à la rencontre de ceux du sud.

Mais n'oublions pas, dans notre démarche, que Soltariel, jusqu'à preuve du contraire, est loyal envers sa Majesté. Nous pourrions donc envoyer un petit contingent afin de travailler de concert avec eux, et demander des comptes, il se peut que nous fassions fausse route, et il serait dommageable d'entamer une nouvelle guerre sur un malentendu."


Renaud avait beaucoup parlé, il espérait ne pas avoir dite de grosses conneries, et ne pas être raillé. La guerre permettait de s'attirer la gloire, si tant est qu'on la gagne, mais le Duc ne l'appréciait pas. S'i pouvait l'éviter, il s'en porterait mieux. C'était d'ailleurs pour cela qu'il avait tenté bien des médiations avec Hautval et Ancenis, avant d'être mit devant l'évidence que seul la guerre pouvait lui rendre justice.
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Jérôme de Clairssac
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 18 Jan 2018 - 10:03

Le campement de Serramire était grand, Jérôme avait sa tente au sein des troupes dont il avait reçu le commandement par le Marquis. Le rusé Aymeric n'avait pas oublié le titre de Maréchal du nord que son vassal détenait toujours en main propre de la régence de l'époque, et il avait mit cela en avant pour appuyer son titre de Sénéchal, renforçant l'autorité serramiroise. L'ancien Baron, quand à lui, n'avait plus trop gout à ces jeux de politiques, jeux auxquels il n'avait jamais été bon. Il se contentait donc de passer en revu les troupes, et il s'entrainait encore et toujours, passant la majeure partie de son temps à cela. Son talent inné pour les duels, couplé aux diverses campagnes qu'il avait faites, en faisait un excellent guerrier, mais chaque jour qui passaient l’aguerrissait toujours plus. Il était devenu redoutable, et même si lui ne s'en souciait pas, car c'était un plaisir que de jouer de l'épée avec les soldats, ceux-ci le considéraient autrement, voir le vénéraient pour ce qu'il représentait sur un champ de bataille. Il fallait dire qu'un Seigneur qui s'entrainait avec la soldatesque n'était pas ce qu'il y avait de plus courant. De même que tous avaient entendu les chansons sur Amblère, et le fait qu'il avait prit place en première ligne lors de cet assaut, au risque d'y laisser la vie. Une autre chose s'insinuait lentement en lui, sans qu'il ne s'en aperçoive. Othar jouait avec lui, et le charisme qu'il dégageait naturellement était renforcé par une aura surnaturelle, que les pratiquent en magie seuls, devaient maintenant entrapercevoir.

Jérôme faisait partit de la liste des personnes conviaient sous la tente de commandement. Il s'était donc rendu sur place, ou il avait retrouvé la Baronne d'Alonna, longue histoire entre elle et lui. Il retrouva d'autres personne qu'il connaissait, mais beaucoup lui étaient inconnues. Il écouta le Marquis, et ne prit pas part non plus aux éclats qui suivirent les paroles charismatiques de son suzerain. C'est que lui même avait toujours été des plus économes en vies humaines lors de ses campagnes, que cela soit son ost ou ses ennemis. Et même s'il savait que la guerre avait un prix, il aimait à le minimiser. Et pourtant, même s'il refusait d'ouvrir les yeux, un campement et un champ de bataille était l'endroit ou il se sentait le plus à l'aise.
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Cosimo Tête Pelée
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Dim 21 Jan 2018 - 15:55


Cosimo ne se fit pas prier pour goûter la vinasse du coin. Il lampa quelques bonnes goulées de la bouteille avant de la rendre à son prisonnier :

« - Pas dégueulasse pour sûr ! Samperio a toujours eu le nez pour dégotter les bonnes boutanches. M’est avis qu’on aura le temps d’en écluser avant que cette cité ne tombe.»

Et ça ne le réjouissait pas du tout. Il fallait nourrir la troupe et assurer une foule de dépenses qui saignaient lentement mais sûrement le trésor de guerre des chauffeurs de pâturons. Il n’y avait rien à se mettre sous la dent dans le pays environnant, et les victuailles, venues à grand prix du Nord, atteignaient des prix délirants. L’immense ost des alliés semblait être un ventre sans fond, un ogre affamé. Leur situation ne s’améliorerait pas, bien au contraire. Chaque jour passé sous les murs de Chrystabel  était une petite défaite pour les mercenaires. Cosimo s’essuya la bouche avec la manche de sa chemise :

« - Ce que je donnerai pour que vous sortiez de votre manche le même tour de passe-passe qu’à Rochenoire ! C’était rondement mené c’t’affaire. »

Ils remontèrent l’allée centrale du campement des compaings. Une joyeuse oisiveté y régnait pour l’heure. Les putains avaient mené un assaut victorieux sur les mercenaires qui dilapidait avec enthousiasme leur maigre pécule. Qu’ils s’amusent tant qu’ils le pouvaient songeait le capitaine. Si les huiles ordonnaient l'attaque, combien redescendraient des échelles ? Ces menus divertissements permettaient d’oublier les horreurs à venir.  Hanegard et Cosimo vaquèrent ainsi en échangeant force rasades de pinard et menus propos sur les opérations à venir.  A bonne distance, les deux sentinelles affectées à Hanegard les suivaient. Ils parvinrent devant la tente du capitaine, où une escorte de mercenaires montés patientait :

« - Il est temps que j’aille payer mes respects à mon employeur ! Le marquis va tenir conseil, faut que je sache à quelle sauce on va être bouffés. »

Le capitaine se hissa sur son roncin, et salua de sa main grêle son illustre prisonnier :

« - Je vous laisse mon seigneur.  Ces deux abrutis vous colleront un peu aux basques, simple précaution dont vous ne me tiendrez pas rigueur. Vaquez à votre bon plaisir, mais soyez de retour au coucher du soleil. On causera échellades et pois enflammée. Hue-dia !»

Cosimo et son escorte quittèrent le campement pour rejoindre celui du marquis. Les deux sentinelles fixaient Hanegard d’un œil torve. Si les compaings avaient pour lui de la sympathie, il restait bien un prisonnier, et d’une espèce bien précieuse.

* * *

Tête Pelée et ses lieutenants pénétrèrent dans la tente déjà pleine à craquer de la belle soldatesque. Leur mise exotique jurait avec celle des rudes nordiens. Les mercenaires portaient le fruit de leurs pilleries pour tout blason : chaînes dorées sur belles étoffes, chapeaux emplumés et chemises bariolées. Mais les cuirasses de Loups  Blancs prises à Valdrant et leurs mines couturées ne laissaient pas de doute sur la férocité de ces professionnels. Le capiston n’avait pas revu son employeur depuis son départ de Serramire quelques mois plus tôt. Il lui était bien redevable de sa confiance, qui avait largement payé : parti avec une troupe de va-nu-pieds affamés, il se présentait aujourd’hui à la tête d’une troupe bien armée de vétérans d’une rude campagne, dont le point d’orgue avait été la bataille de Valdrant.

Cosimo avisa le seigneur de Kelbourg et le salua d’un signe de tête. Si le Brochant l’avait lancé sur la route, le connétable de Sainte Berthilde avait été le parrain de ses récents succès. Une dette qu’il n’oubliait pas. Comme de mauvais garnements, les compaings se placèrent au fond de la tente et lancèrent un assaut discret mais soutenu sur le buffet destinés à ceux qui n’avaient pas place à la table. Une cuisse de volaille à la main, Tête Pelée gardait toute son attention sur les débats. Il grimaça aux mentions d'Amblère : de sales souvenirs.


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Aymeric de Brochant
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Lun 22 Jan 2018 - 21:20


Tandis que chacun donnait librement son avis, Aymeric ne put s'empêcher de penser au précédent siège qu'il avait mené, celui d'Amblère. Il y a près de deux ans, les mêmes hommes, peu ou prou, l'avaient alors vertement tancé pour sa prudence, l'exhortant à attaquer unes des des plus fortes places que comptait l'Oesgardie, remplie jusqu'à la gueule de guerriers noirelfiques. Face à près de huit mille Puysards, les hommes avaient plébiscité l'attaque. Aujourd'hui, devant un château du médian, on se méfiait d'un ennemi que l'on écrasait à presque dix contre un.

Ces atermoiements en auraient presque fait du marquis un belliciste convaincu. Il conspuait la couardise de ces hommes, qui avaient troqué la témérité pour la couardise ; il n'en fit pourtant montre. C'est que, derrière la prudence de ces bons seigneurs, Aymeric avait également décelé l'avarice. Ces hommes avaient mangé leur pain blanc dans l'Avosne, à grand coup de pillage et de victoires faciles. Désormais que l'ennemi s'était retranché, voila qu'ils lorgnaient vers leurs coffres, désireux de garder leurs piécettes. Leur loyauté pour le Roy s'émoussait dès lors qu'elle ne payait plus. Fronçant des sourcils, le marquis maudit intérieurement l'avanie des Hommes. S'il les retenait trop longtemps, Aymeric se retrouverait seul pour assiéger Chrystabel. S'il attaquait céans, les ladres, arguant d'avoir purgé le Royaume de ses félons, s'en retourneraient dans leurs pénates. Or, au delà de la ville, c'était le sort des terres du Roy qui étaient en jeu, et c'était là un enjeu de taille suffisante à nécessiter toute la force du Nord.

« Soit! J'ai sollicité votre conseil et ne le regrette point, mentit-il haut et fort. Adonc, voila ce que nous ferons. Mes renforts seront là dans deux énéades ; le siège sera maintenu jusque là. Cependant, j’empennerais une partie de mes hommes à travers les terres de notre bon Roy pour en lever les troupes et reformer ce qui était autrefois un puissant ost. De la sorte, nous verrons aisément lesquels des sujets de sa Majesté se défient encore de lui et désirent se soustraire à son autorité. » Par là même, le marquis pourrait se rapprocher un peu plus des frontières suderones, où il ne manquerait pas d'envoyer quelques éclaireurs ; ainsi, si quelqu'un souhaitait encore s'opposer aux nordiens, il leur forcerait la main. Les autres seraient forcés de s’aplatir ventre à terre. « Ne laissez point de répit à nos ennemis, bons seigneurs : qu'ils se couchent avec la crainte de voir leurs maisons brûler dans leur sommeil, leurs murs s'écrouler sur eux! Nous avons passé la nuit dernière le premier quart de lune: lorsqu'elle sera pleine, l'heure sera venu pour la CONFLAGRATION. »

Le conseil fut dispersé peu de temps après.


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