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 Chrystabel, suite et fin

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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Dim 28 Jan 2018 - 21:02


-Alors ?

Aurel se tourna vers Lambert qui l'assaillait déjà de questions à peine revenu dans le campement olysséen. Il haussa un sourcil devant son impatience mais il n'était pas vraiment surpris. Comme tous ceux qui étaient partis du marquisat de Sainte-Berthilde le mois dernier, il commençait à trouver le temps long. Non seulement parce que cela faisait un mois et demi qu'ils étaient sur les routes mais aussi parce qu'ils ne voyaient pas venir la fin de cette guerre. Aussi était-il prévisible de le voir s'enquérir de la conclusion du Conseil.
Le Général continua sa progression vers sa tente, laissant son ami le suivre pour entendre la réponse.

-Au choix : soit nous restons ici pour quand sera venu l'heure d'entrer dans la cité, soit nous allons à la rencontre des troupes qui viennent sur nous depuis le Sud. Tout dépend des intentions des Soltaari et de la décision du Sénéchal et du Régent de Sainte-Berthilde.

D'un geste, il écarta le pan de tissu qui fermait sa tente et entra, Lambert toujours derrière lui.

-Et si Soltariel est contre nous, ça veut dire qu'on est loin d'en avoir fini...
-Attends le rapport avant de faire cette tête. Nous sommes censé être du même côté. Avec un peu de chance, ils viennent nous prêter main forte.
-Hmm... Fit un Lambert peu convaincu.
-Moi qui croyait être le sceptique du groupe. Fit remarquer Aurel sur un ton neutre.

Le chevalier s'amusa néanmoins de la remarque tandis que le Général se servait un verre pour se désaltérer.

-Je crois que Louis a fait croire à ses généraux que j'étais quelqu'un de facile à manipuler.
-Toi ? Première nouvelle. Et qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-Des regards qui ont changé depuis notre désaccord après Valdrant.

Lambert resta songeur un moment. Il ne doutait pas de l'impression de son ami mais il ne pouvait s'empêcher de réfléchir aux motivations du Régent. Il ne connaissait peut-être pas bien son nouveau Général mais quel intérêt avait-il de sortir un truc pareil à ses autres vassaux ?

-Une idée de pourquoi il a dit ça ?
-Pour faire accepter le fait de m'avoir nommé à ce poste. Pour quelle autre raison ?

Le chevalier hocha la tête sur le côté. Ça se tenait. Aurel n'avait pas trente ans et n'en avait passé que deux en tant qu'officier avant d'être catapulté à la tête de toutes les armées d'Olyssea. Normal qu'il y ait eu des réticents. Et puis, il ne voulait peut-être pas révéler ses intentions à l'égard du Seigneur de Lantenes de manière prématurée.
Le silence s'installa dans la tente sans qu'aucun d'eux ne veuille le rompre. Garder cela secret pouvait aussi jouer en la défaveur d'Aurel car, si rien n'était annoncé officiellement, Louis pouvait toujours changer d'avis. Quoi qu'une annonce publique n'empêcherait pas qu'il revienne sur sa promesse mais il y avait des arguments pour et contre dans le fait de le dire ou non. Bref, il ne restait plus qu'à espérer que le Régent soit l'homme de parole que tout le monde voyait en lui. Lambert quitta finalement la tente sans plus rien ajouter, allant passer le mot aux Capitaines olysséens concernant les conclusions du conseil qui venait de se tenir entre les Seigneurs et Généraux de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour assiéger Chrystabel.


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Aliénor de Wenden
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Jeu 8 Fév 2018 - 10:38


La belle rousse du nord s'était faite pour le moins discrète lors de ce conseil de guerre où bien évidemment, elle avait été conviée. Depuis le début elle avait été de la partie, il aurait été bien inconcevable qu'elle ne se retrouve pas à la tablée aujourd'hui. Elle avait observé ces seigneurs qui comme elle, avaient engagé leurs forces dans cette campagne au nom du Roi et dont le but était de lui restituer ses terres.

Depuis la levée du camps à Velteroc, elle n'avait plus adressé un mot au régent du marquisat de Sainte-Berthilde mais des bruits avaient très rapidement courus et tous savaient maintenant ce qu'il s'était passé. Si certains font des messes basses, la plupart l'ont traitée avec plus de respect qu'auparavant. Aliénor avait relativement gagné sa place.

Comme les autres, elle fut subjuguée par l'arrivée de la baronne de Broissieux qui s'imposait aux regards de l'assemblée de par sa prestance. Toutefois, à la différence de beaucoup, elle ne put s'empêcher de remarquer tout d'abord l'échange de regards entre la Veuve Noire et cet homme qu'elle avait porté un jour en son cœur et qui le lui avait si sèchement brisé. Elle s'amusa également de la gêne provoquée chez les deux amants lorsque le Sénéchal du royaume les convia à s'asseoir l'un à côté de l'autre et le grand soin pris par chacun de se tenir très tendu afin de paraître distants. Aliénor fut d'autant plus piquée au vif qu'il l'ait repoussé pour cette femme qui avait déjà vécu bien des vies et dont la mauvaise réputation la précédait de loin. Le régent avait fait un tel choix, soit mais il allait sans aucun doute bien vite s'en mordre les doigts. La rouquine ne put s'empêcher de s'en réjouir intérieurement.

Placée à côté du duc d'Erac, elle avait suivit avec attention les échanges et surtout les interventions du Seigneur de Kelbourg et de son voisin. En soit, ils avaient raison. Quittes à en être arrivés là, autant aller jusqu'au bout et ils n'avaient pas besoin d'une troisième personne pour le leur dire. En outre, elle se disait qu'après l'incident survenu avec le régent de Sainte-Berthilde et vu combien il était en grâce auprès du Sénéchal du Royaume, mieux valait se faire petite, pour le moment...

Elle prit congé comme les autres lorsque le Conseil fut levé mais en sortant de la tente. Avec l'afflux de gentilshommes à sortir et le vin qui avait bien tourné pendant la tenue du Conseil, elle manqua presque d'emboutir le Marquis de Brochant qui plaisantait avec l'un des seigneurs avant de sortir. Elle s'excusa d'une petite voix à peine audible avant de filer à son campement pour organiser la suite et faire le point avec ses vassaux sur les ressources dont ils disposaient maintenant que la campagne allait se prolonger.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 20 Fév 2018 - 12:47



2 ieme jour de la 5ieme ennéade de barkios


Œuvrant au même dessein, une journée entière fût sacrifiée à une prompte calibration des machines de destruction. Plutôt que s’affairer à mouiller les Christabellois d’une drache meurtrière, abondante, mais éparse, les maîtres de leurs trébuchets reçurent une toute autre directive : concentrer les feux à outrance jusqu’à ce que la pierre ne s’embrase! Là, entre deux tours jumelles de garde deviendra la brèche qui saura mener l’ost coalisé du septentrion à une victoire certaine. Alors au campement, un roulement sans discontinuité de braves hommes s’affairaient à prolonger la giboulée de pierre sur ce damné castel. Des matines aux vêpres et de la nuitée à l’aurore, il pleuvait à seaux des projectiles sur la muraille afin d’en péter les joints qui retenaient ces massifs rochers les uns contre les autres.

Personne n’était à même d’évaluer le moment où les dernières protections de Christabel céderaient à la pesanteur de l’argumentation des trébuchets, mais chose certaine, le dernier bastion du Médian s’en voyait lourdement secoué. Entre les lancés de projectiles cherchant à faire rage à l’intérieur des murailles, mettant feu et à sac les pénates de pauvres et innocentes âmes ; les autorités publiques avaient bien à faire! À s’imaginer la chienlit que ces tirs groupés pouvaient générer, Louis peinait à fermer l’œil. Ahh, le beau Thibaud se serait bien se moquer de lui jusqu’à s’en faire éclater la rate, s’il avait idée de tous les remords qui pesaient à sa conscience, d’ainsi s’acharner sur les innocents! Mais que pouvait-il faire d’autre?

La donne avait changée, tous visaient le même endroit et voyaient en cette presque brèche, une porte destinée à les libérer de leurs obligation de guerroyer. Une fois l’égide Christabellois écroulé, c’est sans une once d’hésitation, qu’importait l’heure, que devraient se mouvoir les osts. Il était à cet effet, hors de question qu’ils  laissent temps aux félons de se préparer outre mesure. Lorsque la citée ouvrira ses cuisses de force, ce sera le moment opportun pour en finir. Autrement, il se pourrait qu’icelle s’arme et nous la coupe une fois rentrée.


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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 20 Fév 2018 - 12:47



7 ieme jour de la 6ieme ennéade de barkios


Pratiquement une ennéade et demie s’était écoulée depuis que les giboulées artificielles tombaient sur les fortifications de Chrystabel. Ainsi, avec le temps s’était bâtie au travers la ligne de tire, une routine des plus banales. Aux aurores, les soldats relevaient leurs compagnons pour qu’iceux puissent aller fermer l’œil à leur tours. Une fois en place, les marmitons apportaient directement à chaque poste leur ration du petit matin, afin qu’iceux puissent veiller au bon déroulement du bombardement continu. Le but visé était qu’à chaque coup lancé, le seul moment de répit, soit cet instant où la cuillère de la baliste devait récupérer de sa tension optimale. Il en était également ainsi à la pénombre, où d’autres vaillants venaient au remplacement des forcenés, de même qu’au zénith lunaire, où la routine était de même.

Quatorze jours à faire les mêmes manœuvres, à réparer les machines, à charger les machines, à prier ces damnées machines qu’elles viennent à bout des fortifications … Jusqu’au beau jour où, des remparts de la belle, s’ébrécha la muraille pour en faire s’écrouler plus de la moitié du mur. Entre les deux tourelles de surveillance, une avalanche rocheuse fit trembler la terre sous la pesanteur des débris, laissant libre accès aux premières lueurs de la victoire. Sous la vibration que provoqua l’épicentre de ce tremblement, une envolée de « hourra » et de hurlements de joie s’envola du campement, réveillant à la fois ceux qui sommeillaient et ceux qui s’affairaient aux préparations de l’invasion prochaine. Si tout le monde cru la brèche suffisamment large pour accueillir la soldatesque, il n’en était rien des supérieurs qui durent sèchement freiner leur ardeur.


« Nous serions ralentis par l’escalade, nos échelles sont certes assez longues mais je maintiens qu’aucuns ne verait la cime de ces remparts vivants. Attendons encore. Patientons. » Affirma l’un d’eux à l’ensemble des reîtres grouillants d’envie d’en découdre.

L’attente, plus encore, semblait désormais insupportable.


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Clotaire de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 20 Fév 2018 - 13:29


Le lendemain, à Chrystabel...


Ça sentait le roussi. Ou plutôt, ça puait la merde, pour être exact.

Cela faisait plusieurs énéades que les armées nordiennes avaient mis le siège devant les murs de Chrystabel, et pourtant rien ne se passait. Le nombre était en la faveur des assiégeants - et pas qu'un peu - pourtant ceux-ci ne tentaient aucun assaut, ne se risquaient pas trop près des remparts. Des nordiens, on ne recevait quotidiennement que les rochers, dondaines, et autres saloperies envoyés par leurs machines. De quoi saper aisément le moral des défenseurs, et tout particulièrement de Clotaire. L'homme espérait avant tout pouvoir négocier une paix des braves après avoir défendu quelques assauts - mais que peut-on défendre face à des boulets de cent livre de granit ?

En dépit de bataille, on se terrait donc derrière les épais de rempart de la ville ou dans ses caves. Qu'ils étaient glorieux, les défenseurs! À ne montrer leur nez au créneau qu'en de rares occasions, parfois en reconnaissance, le plus souvent pour vider les pot-de-chambre - d'où l’odeur.

L'assiégeant ne leur laissait ainsi pas même l'espoir d'un assaut glorieux, et on s'était résolu à attendre jusqu'à ce que les murs tombent d'eux même, en dépit des bons soins des maçons réquisitionnés pour l'occasion. Un conseils aux maçons, charpentiers, et autres médecins : si une armée se pointe ne serait-ce qu'à cent lieues de chez vous, planquez vous dans les bois. Les pauvres hères à l'intérieur de la ville, les seuls qu'on n'avait pas expulsé avant la fermeture des portes, payaient pour leur manque d'esprit.

Cette situation ne seyait guère au généralissime commandant en chef qu'était Clotaire. On en venait à questionner, parmi la troupe estrérène, sa décision de venir s'abriter dans Chrystabel. Les ladres en venaient à regretter de n'avoir pu être trucidés proprement sur le champ d'honneur. Le cousin de Jesbel, quant à lui, conservait l'espoir que l'entente des assiégeants s'effriterait. Il misait sur les autres puissants de Péninsule pour les dérouter. Il interprétait le départ d'une partie des troupes serramiroises comme un abandon. En bref, il se raccrochait à tout ce qu'il pouvait. C'était humain - assez con, mais humain.

Finalement, Clotaire du revenir à la raison, quant trois énéades après le début du siège, l'ost assiégeant, après s'être vidé, se mit à emplir. On vit d'abord d'épais panaches de poussière venus du Sud ; en fin de journées, les assaillants comptaient quelques milliers d'âmes en plus. C'était critique.

« Le plan est simple, Jesbel, tâcha-t-il de convaincre son cousin, et un peu lui-même aussi, tes chevaliers attaqueront à l'Est pour causer un diversion, tandis que je chargerais à l'Ouest avec les miens. Je forcerai leurs lignes et gagnerait Velteroc. Les nordiens n'y sont plus : là, je rallierai les clans des montagnes, en leur promettant butin, terres : Beltrod, Parmepeyre, peu importe! Lorsque je reviendrais à leur tête, je pourrais lever le siège. »

C'était un bon plan, au demeurant. Si tant est que Clotaire ne trépasse lors de la sortie, s'il n'attrapait pas une vilaine estafilade le condamnant à la gangrène sur le chemin, si les écorcheurs pullulant à Velteroc ne leur tombaient pas dessus, si la populace ne leur tournait pas le dos, si les clans des montagnes ne les rôtissaient pas dans un banquet rituel, si tout cela lui était épargné, alors Chrystabel serait sauvée.

Lorsque le soleil se leva ce jour là, Clotaire se trouvait derrière la porte Ouest, à la tête de ses chevaliers. Il n'y avait pas là cent hommes, lorsqu'ils s'apprêtèrent à charger. « Si... », pensa-t-il en rabaissant sa visière.

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Jesbel de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 20 Fév 2018 - 13:55


Il s'était longuement opposé au plan de son cousin, qui selon lui, était voué à l'échec. Mais faire face à sa ténacité s'était révélée infructueuse. Adonc tenteraient-ils le tout pour le tout en opérant une diversion ainsi qu'une sortie pour aller quérir des renforts. Lesquels au juste ? Les clans des montagnes... Son frère et son père s'étaient cassés les dents en tentant de les mettre au pas. Alors les alliés de son frère peut-être ? Ceux-là même qui avaient courbé l'échine une fois Nimmio assassiné par le commandant de ses armées. Ce n'est qu'après avoir fait ses adieux à son cousin qu'il s'imagina l'espace d'un instant que celui-ci s'en allait non point pour revenir plus fort, mais peut-être bien pour déguerpir et le laisser mourir. Sans faire part de ses craintes aux capitaines de la cité, ni même au principal concerné, il s'en alla aux portes Est, flanqué de ses officiers et des hommes prêts à mettre un terme à la l'attente devenue étouffante.

-Il serait sans doute préférable que vous restiez à l'arrière, sire Jesbel.

Clotaire était probablement parti en tête de colonne, lui, sans que personne n'y voit quoique ce soit à redire. Néanmoins, il était évident que si lui mourrait, Chrystabel serait foutue.

-Oui...

On avait noté que peu d'agissement dans le campement des nordiens. La journée s'était annonçée comme toutes les autres. Une seule nuance vint bouleverser le tableau lorsque des centaines de cavaliers carapaçonnés de la tête aux pieds jaillirent de la cité pour venir s'abattre sur les premières positions gardées par les nordiens. Derrière eux vinrent s'ajouter moults archers et arbalétriers qui rossèrent les campements de centaines de carreaux et de flèches. Bien qu'assistant au spectacle depuis l'arrière, Jesbel savoura pleinement la réussite de cette attaque qui n'avait d'autre but que de servir de diversion pour les troupes de son cousin. A cela s'ajouta un sentiment de plaisir lorsqu'il pensa aux journées interminables passées à subir les pierres des coalisés.

C'était à eux désormais de mener la danse !


Dernière édition par Jesbel de Velteroc le Mar 20 Fév 2018 - 16:53, édité 1 fois
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 20 Fév 2018 - 15:00




Le tonnerre venait de frapper à l’ouest des installations Berthildoise. Au travers le bavardage quotidien auquel le campement était soumis, s’était soulevé en vague électrifiée de lointains hurlements. Sans y voir, c’est avec certitude que les piques Serramiroises se frottaient à une attaque éclaire. Avide d’action ou piqué de curiosité, la soldatesque du Berthildois se soulevait, prompte à mener les armes dans l’unique but d’embrocher à leur tour quelques Chrystabellois. S’empressant comme si leurs propres vies en dépendaient, une partie de la bleusaille rompait les rangs pour quérir les contrées voisines. Les supérieurs militaires à peine eurent temps de sonder la situation, qu’ils durent s’égosiller à gorge déployée pour rappeler ces mêmes hommes, lorsqu’ils virent au loin le grand portail ouest gronder par son ouverture. Le bordel, voilà ce que c’était, alors qu'un tremblement similaire à l’effondrement de la muraille se manifesta au piétinement massif des chevaux montés.

« UNE ATTAQUE, NOUS SOMMES ATTAQUÉS! » Hurla l’un d’eux, au même instant que sonna une pléiade de cloches sollicitant toute âme qui vive à prendre les armes et ainsi, défendre leurs vies. Aussi sévèrement qu’à Valdrant, Louis assista à un impact dès plus sauvages. Éblouis par les primes rayons du soleil levant, des envolées sanguines venaient peindre les multiples tentes avoisinantes, lorsque s’abattait la cavalerie contre la piétaille. Loin d’être harnaché, on retint le régent à distance, ce dernier ayant d’ores et déjà au poing la pleine possession de son acier. Pas question de risquer sa vie, alors qu’il arborait pour seule armure une chemise de lin.

Les coups échangés, brutaux et violents à outrance, donnait aux assaillants une raison de sourire. Ils réussirent à emporter gratuitement nombres de vies, avant que ne se massent suffisamment d’hommes pour désarçonner par dizaines les cavaliers lourds. Alors le moral des mécréants trouva prestement son plafond, pour ne s’en voir que d’autant plus sapé par l’arrêt presque complet de leur percée. Alors on relâcha le Régent qui se débattait corps et âme, à vouloir porter main forte à ses hommes. Arrivé sur place, le gros du tumulte achevait. Les maladroits ou malchanceux, s’était selon, se faisaient ligoter afin de leur offrir une nouvelle vie de prisonnier. Quant aux survivants de cette attaque éclaire, c’est poursuivi de quelques chevaliers qu’ils empruntèrent le chemin de Velteroc.


« Votre Excellence, nous avons besoin de vous. Nous avons une belle prise … »


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Clotaire de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Ven 23 Fév 2018 - 16:18


Ça y est, son heure de gloire venait.

Chargeant avec les premiers rayons du Soleil, Clotaire surprit le camp berthildois partiellement réveillé. Les brutes sanguinaires déboulèrent avec fracas, tandis qu'en face, un concert de cor et de cris s'élevait des redoutes ennemies. La folle cavalcade fut de courte durée, et le choc vint promptement. Avec la force brute et fracassante d'un assaut de cavalerie lourde, on entra dans l'Ost berthildois comme on entre dans une pucelle : ça résiste un peu, puis ça passe.

Comme un renard dans un poulailler, les chevaliers velteriens ne surent donner de la tête. La route avait disparu sous le piétinement inlassable des assiégeants, ne laissant qu'une immensité boueuse pour seul sol. Partout s'entassaient tentes, râteliers, et autres mantelets - le foutoir usuel dont recèle un camp de siège, somme toute. Si en temps normal, Clotaire eut certainement tôt fait de trouver son chemin, point n'était besoin de préciser qu'il ne s'agissait pas d'un moment normal - sûrement pas quand une horde d'hommes d'armes se rue sur vous.

Passée sa première moitié, l'heure de gloire de Clotaire n'en ressemblait guère plus à une. Assailli de toute part, il avait vu les siens l'abandonner ou tomber à ses côtés. À la surprise initialement, c'était la fureur berthildoise qui s'imposait. On chargeait pique en main face aux quelques chevaliers esseulés. Se démenant comme un beau diable, Clotaire taillait un chemin ensanglanté à grand coup de flamberge, se rapprochant un peu plus de l'extrémité du camp. Il ne se souciait plus de ses compagnons ni des renforts berthildois affluant. La colline pour seul horizon, il poussa un dernier coup sa monture ; libre, enfin!

Il n'entendit qu'à peine le vrombissement derrière lui, juste avant qu'un vireton ne vienne plumer son destrier. En une ruade, celui-ci éjecta son cavalier, dont les mains poisseuses de sangs laissèrent filer les rennes, avant de s'enfuir en boitant. Clotaire chut pesamment quelques mètres après avoir échappé à l'étreinte berthildoise. Il était exténué, ses oreilles sifflaient de tous les coups reçus sur son bassinet. Ne se relevant qu'à grand peine, l'homme voyait déjà la piétaille fondre sur lui. Il se retourna un instant, jetant un dernier regard vers les collines et son salut.

« Monde de merde », lâcha le baron en jetant son épée au sol, rejointe peu après par son bassinet et son camail. Allez courir jusqu'à Velteroc en haubert intégral! Quitte à être capturé, encore avoir un peu de souffle. Désormais, le Soleil lui faisait face. Celui-ci n'avait guère bougé : c'est Clotaire qui s'était retourné, marchant le mains bien hautes vers ses ennemis.

Son heure de gloire n'avait pas duré cinquante minutes.

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Ven 23 Fév 2018 - 19:17



La petite sortie velterienne s'était soldée par un échec monumental. A sa plus grande joie, quelques braves gaillards étaient venus s'empaler sur les pieux encerclant le campement. Certains remuaient encore. On les regardait en savourant chaque instant d'agonie avant même d'établir des paris sur ceux qui réussiraient à passer la nuit. Thibaud avait mis son dévolu sur un chevalier qui portait de belles armoiries maintenant recouvertes de sang. L'affrontement n'avait point duré une éternité, c'était déjà ça. On pourrait poursuivre la journée sereinement et reprendre les besognes laissées en suspens. Mais l'on confia un autre travail au connétable qui ne manqua de lui redonner un peu d'aplomb. Suite à l'échauffourée, on le mena bien vite sous une tente particulière. Celle-ci abritait pour l'heure un invité de marque ô combien prestigieux.

En pénétrant dans la tanière du lion, Thibaud s'argua de son plus beau sourire. Un homme était assit en plein centre sur de la paille. Ses pieds et ses mains étaient liées par des chaînes. Celles-ci étaient elles-mêmes arrimées solidement sur le sol. D'homme, il n'en restait plus rien. D'animal, il y avait cette crinière dorée qui s'était mise à rougir.

Comme s'il avait été un chirurgien, il s'en alla faire le tour du captif et l'observa dans les moindres recoins. L'animal avait disparu. L'objet l'avait remplacé. Méticuleusement, Thibaud sortit une petite trousse et la déroula non loin de l'homme. Il apparut dès lors quelques instruments étonnants aux bouts particulièrement pointus.

En se baissant brièvement pour tenter de voir les yeux du velterien, Thibaud sourit de plus bel.

Aaah ! Depuis le temps que j'attendais d'avoir un Velteroc encore en vie devant moi !

Il s'empara d'un petit couteau en dent de scie qu'il vint présenter juste devant le prisonnier.

Il y a un jeu auquel j'aime jouer, cela s'appelle le qui perd-perd. Les règles sont simples, expliqua-t-il. Je vous pose quelques questions. Vous me répondez. Jusque-là tout va bien j'imagine ? Mais là où ça se corse, c'est que vos chances de perdre sont bien plus élevées que celles de gagner... Aille !

Il fit une petite entaille sur la peau du Velteroc.

Voyez-vous Clotaire, ce n'est pas comme si vous pouviez compter sur l'espoir d'une rançon pour vous en sortir. Votre vie ne vaut plus grand chose et une mort brève et momentanée vaudrait probablement mieux que de rester avec moi plus longtemps.

Un filet de sang coula sur l'armure cabossée.

Si vous voulez parler, faites le maintenant avant qu'il ne vous manque une langue.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Sam 24 Fév 2018 - 6:24





Une odeur sanguine et bréneuse empesta tout le domaine, alors que les assaillants poussèrent leurs derniers cris d’agonies à l’unisson avec les nombreux contus Berthildois. À l’instar d’une fourmilière dont on aurait fait bouffé l’entrée de feu, les gens pullulaient de tous côtés. Là, pour achever les fols Velterien, là pour empêcher un misérable de se noyer dans son sang et là, à tenter d’éteindre les braises rependues au sauvage passage des chevaux dans les multiples braseros du campement. Un beau foutoir que voilà, aurait lancé son Connétable, eut été présent à ses côtés. À la fin, la blessure fût tout de même vive, car au campement on y entendait sourdement les cris et les hurlements désespérés de quelques souffrants, projetés d’un coup de sabot à l’article de la mort. Néanmoins, vu la quantité de piques présentes autour des murailles, l’assaut n’aura été qu’un souffle vain sur un feu de paille.          

On mena le cerf jusqu’à l’endroit désigné où à priori, une belle pièce de viande les attendait. Chassant le battant de la porte du revers de la main, Louis tomba nez à nez avec non seulement le probable instigateur de cette folie, mais également de son fidèle mais non moins fol conseiller, Thibaud de Kelbourg. Sur le coup, il se demanda si de Connétable, il ne devait pas plutôt le surnommer limier. Nul autre en ce monde n’avait de pif aussi aiguisé que le sien pour flairer l’odeur du félon. Ou était-ce ces occasions opportunes, où il pouvait labourer de chairs ses instruments de torture, qui l’attirait à ce point ? À voir la première lioube du Baron s’écouler contre le métal encore tiède de son harnois, Louis sut que Thibaud ne dégusterait guère son plat. Alors, il faudrait être preste, avant que ce glouton sadique n’ait d’envie d’en finir de suite. Puis de toute façon, loin de lui fût l’idée d’assister au jeu du tourmenteur ; suffisamment de massacres avait défilés devant ses yeux au cours de cette campagne.


« Pourquoi cette sortie soudaine ? Étiez-vous à ce point désespéré ? La corde et le nœud auraient été forts moins souffrants et auraient épargnés à votre conscience le suicide de feu vos cavaliers. Alors oui, un conseil : parlez et soyez concis. Jactez sans ambages, car cet homme n’entend pas patienter d’avantage. »



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Clotaire de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Sam 24 Fév 2018 - 14:36


On s'était emparé de lui sans ménagement. Quoiqu'il eut jeté ses armes au loin, Clotaire vit fondre sur lui la soldatesque berthildoise, qui s'empressa de l'entraver. Eh quoi ? Craignait-on qu'il s'en aille ? Le baron, si telle avait été son envie, n'aurait pas attendu d'être capturé pour prendre les jambes à son cou. Il maudissait les ladres qui profitaient de sa faiblesse pour le conchier. C'était là un besoin primaire qu'ont les soldats de vile extraction : profiter de la guerre pour exercer leurs instincts revanchards sur le bon sang. Combien de preux n'avaient ainsi trouvé le trépas face à la pique un peu trop aiguisée d'un routier un peu trop vindicatif ? Le champ de bataille était pour certains l'occasion de mener discrètement les jacqueries qu'ils n'osaient en temps de paix.

Fort heureusement, le baron ne doutait pas qu'une fois reconnu, on lui accorderait les privilèges dignes de son rang. Fût-il capturé par un autre chevalier, que l'homme aurait déjà été lavé, et qu'on lui aurait annoncé son rançonnement. Clotaire déchanta cependant bien vite, quand, après l'avoir enserré un peu plus de lourdes chaînes, il fut jeté dans une tente obscure. Au loin, on pouvait entendre les râles d'agonies des prisonniers, et le baron ponctua sa rancœur d'un épais glaviot ensanglanté. Ces pleutres exerçaient leur vindicte contre les prisonniers au mépris de toute chevalerie - il vomissait cela.

Son ire n'en fut que plus grande quand vinrent pérorer sous le pavillon deux hommes bien mis. Ceux là n'étaient assurément pas des roturiers, cependant ils ne semblaient guère enclins à lui témoigner les égards dus à son rang. Le premier, avec une démarche de maton, entreprit de jouer des mécaniques, faisant étalage de ses outils de tourmenteurs. Voila qu'on s'apprêtait à le soumettre à la question! Eût-il été reçu noblement, Clotaire se serait montré dans de bonnes dispositions ; face à l'attitude de bélitre, il s'engonça dans sa plus solide morgue. Il ne fallut pas longtemps au plus matois des deux pour commencer à aboyer, l'intimant de déballer son sac tout en omettant de lui demander quoi dire - ce que fit céans le second, l'assommant d'une question stupide.

« Et qui est cet homme ? répondit-il vigoureusement, il semble me connaître, mais je ne le connais pas, moi. Et je ne cause guère aux gueux ou aux portefaix - or celui là en a tout l'air d'un. »

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Dim 25 Fév 2018 - 19:36



La corde, voilà le plus beau présent que l’on aurait sut donner à ces fils de chacal. Et encore, cette mort tout à fait douce comparée aux bons soins de leur chirurgien du dimanche nommé Thibaud, était là un honneur auquel on leur proscrit accès. Car pour tant d’années d’usurpations, de traitrise et de félonie, la mort seule ne serait suffisante pour acheter la rédemption. Pourtant, ces traitements de faveur exercés d’un doigté maître que celui du Kelbourgeois, n’avaient pour plaire au cervidé, au contraire. Louis avait le pardon facile, recevait ses ennemis en grandes pompes ; le genre d’homme à se montrer miséricordieux même à ceux qui salirent leur âmes des plus odieux péchés. À une différence près, qu’en ce jourd’hui s’était massé devant Chrystabel plus de dix milliers d’hommes, prêts à mettre à feu et à sang toute âme qui vive entre ces quatre damnés murs. Ainsi, il était temps d’achever cet œuvre dont le Sénéchal du Royaume était le maestro.

« Thibaud de Kelbourg mon connétable, mais aussi mon bourreau. Et je suis Louis de Saint-Aimé, régent du marquisat de Sainte-Berthilde. » Une présentation concise et loin d’être ampoulée, mais pour le peu que cela importait …

« Alors voilà comment je vois les choses ; ou bien Esteria perdra son Baron d’ici les prochaines heures, ou bien vous avez la chance d'abréger tout ceci. » Louis désigna vaguement les alentours, faisant bien évidemment référence à ce siège ainsi qu’aux misérables conditions dont certainement, la citée était mise en souffrance.

« Clothaire, je vous offre une chance d’obtenir l’absolution. Faites en sorte que ces portes maudites s’ouvrent à nous et nous épargnerons votre vie ainsi que celle de vos hommes. Du reste, nous supprimerons toute résistance jusqu’à ce que votre citée ne ploie le genou devant le Roi. » À ce moment, Louis doutait que le prisonnier ait déjà entendu à propos du cerf, comme quoi sa parole valait chère, car il s’y tenait à tout prix.  

« Autrement, vous aurez sur la conscience le massacre de vos braves, mais aussi des innocents qui écoperont des dommages collatéraux. Ici dans le campement bouille une rage peu commune, à laquelle Othar lui-même à veiller entretenir le feu. » Louis patienta un moment, alors qu’il vit du coin de l’œil que Thibaud s’impatientait à continuer sa basse besogne. Après, son regard revint sur Clothaire, dont il interrogeât silencieusement dans l’espoir qu’il prenne la bonne décision.


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 27 Fév 2018 - 10:14



Il se mit à frétiller en humant l'air. La bonne odeur de la mort pesait sous cette tente. Le velterien ne s'en rendait pas compte, mais il enivrait les lieux. A cela, Thibaud parut dans un état second au point qu'il opta pour le silence afin de se laisser bercer par l'atmosphère pesante. A ses côtés, le jeune cervidé avait quant à lui opter pour la parole. Lui qui n'avait encore que peu trempé dans la merde, il y avait enfin plongé une phalange. Son ton s'était fait à la fois menaçant et conciliant. Adonc laissait-il au velterien une porte de sortie à la condition seule que le rustaud cède à la question. A voir la tête de ce dernier, Thibaud réalisa à quel point ni les chantages, ni les propositions n'avaient eu d'effet. L'homme se gaussait allégrement de son seigneur, et pour cette raison, Thibaud attendait l'heure de la curée

Tout homme, devant la question, avait une manie systématique d'user de courage et de fierté afin de se soustraire de toutes éventuelles pressions exercées par son bourreau. Les premières réactions du Velteroc étaient donc normales. A le voir réagir ainsi, n'importe quel geôlier se serait demandé comment franchir la muraille de courage pour piquer en plein centre. Encore grand et fort de sa dernière chevauchée désastreuse, le velterien semblait toujours croire que tout était possible et qu'il pourrait écoper d'un traitement de faveur vue son rang.

L'homme venait pourtant de mener une attaque sur les leurs, tuant ainsi plusieurs bons pères, frères et époux berthildois. Cela pour quoi ? Un suicide collectif. Peu importe le rang, peu importe le mutisme dont il ferait part, ce Clotaire de Velteroc paierait, et ce, de la pire manière qui soit. Ce jour où un autre...

Encore tapi dans l'ombre comme un charognard lorgnant sur sa future proie, Thibaud resta calme et se contenta d'observer la scène. Dès lors que le Saint-Aimé en aurait terminé, la bête s'élancerait.
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Cosimo Tête Pelée
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 28 Fév 2018 - 16:07


Cosimo allongea une énième taloche à l’écuyer velterien. Séparés des siens durant le tumulte de la sortie, ce damoiseau avait fait naufrage dans le campement des routiers. Sa monture piétina de nombreuses tentes, et ces huttes de torchis soutenue par des piques qu’affectionnaient les mercenaires, avant qu’enfin son cavalier soit désarçonné de vive force par les compaings. On mena le jeune homme devant la capitainerie, escorté par une foule vociférante.  

La déception de Tête Pelée était palpable. C’était ça, la sortie velterienne ? Un rouquin puceau qui compissait visiblement ses chausses ? Les gifles que Cosimo lui décochait avaient l’objectif thérapeutique de lui rendre ses esprits. On pourrait peut-être en tirer une rançon. Las, l’écuyer bredouilla entre deux hoquets de frayeur qu’il était au service d’un chevalier sans fortune qui avait daigné le prendre sous son aile. Un de ces chevaliers errants plus brigands que gentilshommes, qui vivaient de la guerre et ses scories. Et à en juger la mauvaise jaque et la vieille lance avec lesquelles on l’avait pêché, l’écuyer n’avait vraisemblablement pas de quoi payer sa liberté.
 
« Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire avec toi ?
-‘Y pourrait remonter nos tentes d’jà !

-Les latrines débordent, on pourrait lui donner une pelle et des coups de pieds au cul, suggéra un autre
-Et mes cruches ? Qui va payer mes cruches ?, demanda une vivandière ulcérée par la destruction de sa vaisselle sous les sabots du canasson velterien.
-On pourrait lui mettre une perruque, de dos à cet âge-là on zieute pas la différence, y a juste un trou en moins !»

Les propositions fusaient à qui mieux-mieux, l’ennui du siège fertilisant les imaginations. Le prisonnier scrutait d’un air terrifié cette troupe bariolée aux accents étranges, venue des quatre coins de la Péninsule. Il comprit enfin qu’il était tombé chez des mercenaires. Cosimo le prit par le menton, demanda goguenard :

« Tu veux retourner avec les tiens petit ?»

L’intéressé hocha frénétiquement de la tête. Tête Pelée lui administra une dernière taloche sur le haut du crâne :

« Allons, je suis de bonne humeur. Je vais te laisser rentrer dans Christabel va ! »


Un peu plus tard


« Trop court, exulta Samperio.
-Mais non.
-Si, si, trop court.
-Ah oui. Chiabrena. »


La main en visière, Cosimo grimaça en voyant la trajectoire de l’écuyer se terminer en plein dans la muraille de la cité. Il s’y éclata comme un fruit mûr, avant de retomber désarticulé au pied des remparts. Samperio tendit sa paume, et Cosimo y glissa quelques pièces en grommelant. Il insulta ensuite copieusement les servants du trébuchet, avant de s’en retourner au campement pour le souper. Ce siège devenait long.
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Clotaire de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 13:28


Clotaire jaugeait Louis, à travers la pénombre. Il n'était, finalement, pas si différent de son cousin Jesbel - si l'on exceptait la barbe. À l'instar de son cousin, ce Louis ne faisait pas dans la demi-mesure. S'il ne coopérait pas, il lui promettait une mort prompte ; pas une rançon, pas une capture, pas un exil, nenni! Un aller simple pour le séjour aqueux, le même que désirait Jesbel pour chacune des milliers d'âmes assemblées sous ses murs. À contrario, si Clotaire coopérait, ce serait la délivrance : la grâce apostolique pour sa pauvre personne, libre d'aller et venir en homme neuf.

De qui se foutait-on ? Ces promesses ne trompaient personnes : tout bien né qu'il soit, ce jeune Louis ne pourrait guère lui accorder autant. Quand bien même, Clotaire n'était pas le seul à commander la forteresse : lui capturé, Jesbel fermerait les portes à double tour, et sa détermination était... « Plus grande que la mienne, pour sûr », pensa le baron. Il se trouvait devant un problème : on lui demandait trop, en échange de que dalle, avec comme trame de fond un molosse le pressant d'accepter le marché. Mauvoisin pourrait se tortiller un moment, promettre à gauche à droite, mais à la fin, on verrait clair dans son jeu : or, sa valeur semblait être estimée à sa seule propension à pouvoir livrer Chrystabel, et guère à sa personne. Il était donc sur une corde raide.

« Vous promettez beaucoup, entama-t-il, pour quelqu'un qui me menace de la question. Vos garanties, j'en doute pas mal. Qui me dit que vous ne me jetterez pas dans quelque geôle, une fois Chrystabel prise, comme vous semblez décidé à me jeter à votre chien en ce moment ? » Il ponctua sa diatribe d'un crachat aux pieds du connétable.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 14:32



« Eh bien, j’ai craintes d’avoir peu de choses à vous offrir pour vous rassurer. Si ce n’est de ma parole, pour ce qu’elle vaut vous me direz, je n’ai aucune assurance à vous donner. » Louis n’entendait pas jouer le rôle du détaillant de breloques, auquel il se devait convaincre un client dubitatif de la bonne offre qui se présentait à lui. Plutôt, la belle envie lui tenaillait de lui faire bien comprendre les deux avenues qui se présentaient à lui et qu’aucuns passe-droits ne lui serait octroyé.

« Que vous acceptiez ou non, nous prendront Chrystabel, cela est une fatalité à laquelle vous ne saurez échapper. Néanmoins, vous avez encore chance de ne pas emporter avec votre décision, la mort d’innocentes gens. Et si cela ne vous semble pas convainquant, j’ai ici à ma main un homme qui saurait vous hâter de fixer votre choix. » Et sa dernière phrases n’était pas signe à son bourreau pour qu’il affiche à son faciès un de ces sourires sadiques ou franchement emballé à l’idée de tailler le gras de Clothaire : c’était comme ça depuis le début. Thibaud se tenait silencieux, ses doigts manipulant ses outillages sans cesse, empreint d’un engouement démesuré à l’idée de mener à bon terme son entreprise de charcuterie. Et son sourire, Louis se trouva bien heureux de ne pas avoir à l’endurer, lui qui se tenait derrière lui. Il avait le soir venu, bien assez à gérer avec ses actuels démons, pour que ne vienne le hanter le visage dérangé de son connétable.

« Alors, ces portes seront-elles celles de votre salut ou celles de votre trépas? »


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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 15:02


Eût-il été quelque peu subtil, ce jeune Louis aurait aisément compris que Clotaire cherchait là un échappatoire. Face aux tourmenteurs, les hommes obtus et résolus ne s'assuraient guère de la bonne foi du geôlier ; ils s'occupaient généralement d'insulter leur mère. Mauvoisin, cependant, n'avait rien fait de tout cela. Tout au mieux, l'homme s'était employé à négocier quelques garanties de ne pas se retrouvé estourbi s'il en venait éventuellement à cafter. Mais cela, le jeune Louis ne le comprenais pas, s'obstinant à rabâcher son "alternative" : trahir ou mourir.

Son entêtement était à l'origine de la frilosité de Clotaire, qui voyait dans le régent un jeune con, autant pétri de bons sentiments - ses banalités au sujet des vies innocentes en attestait - que de pulsions sanglantes. C'était assurément un de ces idiots qui, quoique nés avec une cuillère en argent dans la bouche, se berçaient d'illusions quant à leur race, traitant équitablement la roture du bon sang, fraternisant avec la gueusaille pourvu qu'ils en retirent quelque affection. Ceux là, ils pullulaient dans le Médian, étaient usuellement aussi rapides quand il s'agissait d'estourbir quelque nobliau au nom de je ne sais quel beau prétexte, quand un seul soupçon d'intelligence commandait la rançon. En bref, un mélange d'épaisseur et d'auto-conviction : tout ce qu'abhorrait Mauvoisin.

C'est que notre homme en avait, du biscuit capable de le tirer d'un mauvais pas ; or, ne lui manquait désormais qu'un bon receleur, tout ce que n'était Louis. « Si vous êtes si sûr de prendre la ville, qu'est-ce que ça peut vous foutre ? Il exhiba un sourire ensanglanté. Il n'y a là dedans plus un gueux, sinon des reîtres hardis à l'idée de vous trouer de dondaines. En vrai, c'est vous qui avez tout à gagner à me garder bien portant... Et à commencer par ôter de ma vue votre dogue. Il a le regard mauvais. »

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 16:25



La chose n’avait rien de commun pour Louis : de voir ce fils de chacal pousser son dernier souffle lui sembla prompt réconfort aux dommages qu’il fit à ses hommes. Pourtant, il persistait une chose, certaine et immuable : les portes de Chrystabel ouvertes, leur ferait gagner un temps monstre.

« Thibaud. » Dit-il pour attirer son attention, puis pour lui indiquer du regard la sortie, comme s’il lui demanda silencieusement de disposer pour mieux revenir et achever ce qu’il désirait tant. Il n'avait guère habitude à lui parler de la sorte, mais le nuage sombre qui volait au dessus de la tête du cerf le rendait bien peu enclin aux politesses. Enfin, ils étaient deux, comme son prisonnier lui demanda. Il n’en resta pas moins que le visage du régent n’avait guère envie de rigolade, la dernière percée du velteroc lui avait laissé un goût âpre et amer en bouche, qu’il n’était pas pour oublier de sitôt.

« Alors, que voulez-vous en l'échange de ces damnées portes? »


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Jesbel de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 16:58



– Je lui avais dit ! pesta Jesbel. Je lui avais dit bon sang ! Son plan était perdu d'avance...

– Que faisons-nous des hommes d'Ancenis que nous avons ramenés, messire ?

Le jeune baronnet de Chrystabel jeta un coup d'oeil sur les sept soldats d'Ancenis capturés depuis la diversion. On leur avait bandé les yeux, ligoté comme des cochonnailles et muselé pour qu'ils cessent de geindre comme des truies sur le point d'être égorgées. La violence était saisissante, les hommes à ses côtés semblaient être devenus des animaux  prêts à se ruer sur les prisonniers pour le seul bon plaisir de venger la perte de son cousin et des gaillards d'Esteria. Calmer leurs ardeurs reviendrait à incarner à son tour l'objet de tous les problèmes. A cela risquait-on de voir les soldats s'enfiler des tonneaux de vinasse juste pour se cuiter une dernière fois avant de mourir. Mais pour l'heure, il fallait trouver une issue pour les prisonniers.

– Je ne sais...

– Décapitez-les sur le champ et envoyez leurs têtes dans le campement de ces nordiens consanguins ! Gueula l'un des lieutenant de la cité.

– Ce sont des Ancenois ! Des traîtres ! Étripons-les !

– Ils ont votre cousin, échangeons-les contre lui, messire !

Échanger son cousin contre sept hommes d'Ancenis sans le moindre sang bleu coulant dans les veines ? C'eut été peine perdue... Jesbel réalisa que ces sept là ne leur serviraient à rien. Ils finiraient probablement dans une geôle et subiraient les affres du siège en même temps qu'eux. Cette issue-là serait probablement mal vue. L'un des siens finirait par aller les trucider par simple désir de mettre un terme à leurs chouinements...

Que faire ?

Jesbel les regarda l'un après l'autre. L'un d'eux devait avoir son âge. Sa peur était palpable. Durant un bref instant, il en eut pitié et manqua de demander qu'on les libère. Grossière erreur que cela, lui-même eut terminé la tête en bas des remparts. Il se souvint brusquement d'une discussion échangée avec son frère aîné. Nimmio lui avait dit un jour que parfois, le seul moyen de contenter la plèbe était purement et simplement de lui offrir ce qu'elle souhaitait. Et ce, peu importe le manque de morale...

– Qu'on les pende en haut des remparts, à la vue de tous... murmura-t-il en continuant de fixer le jeune Ancenois effrayé.

Plus tard dans la journée, on hissa les sept ancenois sur les créneaux, corde au cou. Au loin, les nordiens guettaient la scène, derrière leurs palissades et autres défenses. La distance entre eux et la cité étant trop grande pour que des archers interfèrent dans l'histoire, on attendit les derniers rayons de lumière avant de commencer à allumer les torches. Toujours sur leurs guibolles, les ancenois attendaient calmement leur tour. Si certains devaient encore penser qu'on finirait par les libérer, d'autres semblaient moins optimistes quant à leur chance de survie. Il suffisait seulement de tendre l'oreille pour entendre les pleurs et autres gémissements.

Jesbel assistait à l'étrange scène. S'il eut souhaité se trouver loin de tout ce remue-ménage, son titre l'obligeait à mettre ses peurs de côté pour jouer à l'homme. C'était sans compter ses tremblements incessants qu'il tentait encore de cacher à la vue de tous.

– Jetez-les ! Ordonna le baron haut et fort.

Dans la seconde qui suivit, on entendit se briser les nuques des ancenois. Les uns après autres...


crack... crack... crack.... crack.... crack........crack.................crack

Dans cette escalade de la violence, il était peu probable que l'on y voit un jour le sommet.
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Clotaire de Velteroc
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 21:02


« Ma peau, pour commencer », répondit du tac-au-tac Clotaire. Dès le moment où Louis avait fait preuve d'un peu de sens commun, et congédié son molosse, le baron d'Estaria s'était empressé d'estimer la portée de ses demandes. Les réponses lui étaient vite parvenues ; c'est que non sans ironie, il s'agissait là même de son plan initial : résister suffisamment pour négocier une reddition honorable. Voila que l'homme marchandait désormais sa trahison - ce n'était pas si différent.

« Je ne suis pas un sot ; même si je vous rallie, rien de bon ne m'attend en Péninsule, lança-t-il plein de morgue, alors la vie, quelques effets, et un aller simple sur une caravelle langecine à destination de l'Estrévent, voila qui me conviendrait. » Il avait songé un instant à profiter de la prise de Chrystabel pour lorgner sur les terres de ses cousins. Velteroc était désormais libre, et Mauvois avait entendu parler des largesses du jeune Renaud, qui s'était accommodé de quelques trahisons dans l'ancenois. Cependant, à l'évidence, il s'agissait là d'une belle galère dans laquelle s'embarquer. L'expérience de la noblesse terrienne, ce cadeau empoisonné gracieusement offert par son cousin Nimmio, l'avait quelque peu désabusé ; il était temps de se mettre au vert.

« En échange de cela, je suis prêt à vous montrer, le moment venu, une passe dérobée qui donne sur la cour de la ville. Marché conclu ? »

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 6 Mar 2018 - 21:29




Louis n’était pas joueur, de cela tous s’accordaient à le dire, mais là, le jeu en valait la chandelle. Ou bien ils se faisaient doubler par Clothaire ou bien ce dernier respecterait sa parole et leur donnerait l’occasion d’abréger ce siège de plusieurs ennéades. Et pour la pesanteur de la cagnotte, le cerf était bien prêt à piétiner sur ses valeurs une fois de plus pour le bien de ses hommes, dont il assurait réellement le bien être.

Les conditions furent acceptées et pardessus elles, se rajoutaient quelques assurances dont le régent s’était assuré qu’elles conviennent à sa prise, que l’envie soudaine et frivole de tenter quelque chose de stupide ne lui vienne à l’esprit. On le conduisit sous une tente qu’on vida de leurs anciens propriétaires et on lui assigna temporairement quelques conforts. Victuailles, breuvages, mais surtout, une couche confortable sur laquelle il pourrait pioncer le temps de se remettre de ses récentes ecchymoses. De plus, on fit panser ses plaies et on s’assura que le fol ne manque de rien, si ce n’est que de la compagnie dont on lui priva l’accès. Autour de la prison de toile, formaient en étoile une rangée de molosses tout aussi armés que les reîtres velteriens, prêt à mordre à la première apparition de Clothaire.

Sa seule visite, fut celle d’un intendant, portant le message de son maître et suzerain : tout était paré pour le jour fatidique où l’attaque aura lieux. Alors Clothaire pourrait s’enfuir, prendre les jambes en son cou en toute tranquillité. L’attente serait longue, peut-être, mais en valait la chandelle, pour les deux partis.


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 13 Mar 2018 - 13:10



L'ASSAUT

Fin 8e ennéade de Barkios, an X du XIe cycle


Il avait eu l'œil mauvais lorsqu'on lui avait mandé de déguerpir. Sans lui, Louis avait volé de ses propres ailes. Il n'en était ressorti que du bon, comme quoi ! Adonc le blondinet avait craché sa soupe pour sauver ses miches d'une mort forte certaine. Lui qui s'était imaginé tuer enfin un Velteroc, voilà qu'on venait de lui couper l'herbe sous le pied. Maudit Louis et sa clémence ! Toujours est-il que le jeune cervidé avait gagné. Lui non. C'est que le gamin avait  bien changé depuis le début de cette guerre. Sans compter les poils de cul qui lui recouvraient maintenant la gueule, le chiard était devenu un homme et l'homme s'était enfin fait la bite. Pas trop tôt, pas trop tard. Pile au bon moment. Dire qu'il avait mijoté de le tuer une fois la guerre déclarée. Il fallait l'avouer, Thibaud s'était bien relâchée. Vieillesse ou paresse, il avait suivi le Saint-Aimé, l'avait conseillé. Ce dernier l'avait écouté, accepté, réprimandé. Jusqu'à ce jour d'huis où tous les hommes étaient sortis de leur paillasse pour revêtir armes et armures. Il ne restait plus qu'à entendre les cors et les tocsins pour se mouvoir enfin vers cette garce de Chrystabel.

Devant eux, un champ recouvert de flèches, de boue et de corps en décomposition les séparait de la ville. Tous le savaient, une fois la marche ordonnée, la nuit se mettrait à tomber après chaque salve tirée. Un grand nombre d'hommes y passeraient, en espérant que les troupes des domaines royaux versent en premier leur sang. Dediou ! Ces canailles à la loyauté sans faille paieraient pour leurs méfaits. Mais avant que les velteriens ne parviennent à gagner leurs premiers morts, les nordiens n'en seraient pas en reste. Oh que non ! Sur le versant ouest, les berthildois ordonnèrent que les trébuchets et autres machines mortelles envoient un véritable déluge de rocailles sur les remparts, les tours et le centre de la cité. Toute la matinée, ingénieurs et balistères, s'employèrent à la tâche et l'on ne vit plus une seule tête se risquer à sortir des créneaux. Les quolibets et autres diatribes fusèrent dans les rangs. C'est qu'avec la brèche de plus en plus béante qui gisait au sein d'une des murailles, il n'était plus vraiment difficile de savoir de quelle manière on pénétrerait la putain des velteriens.

Avant que le chaos ne s'abatte, Thibaud, les officiers berthildois et le marquis-régent en personne, sillonnèrent les rangs pour inspecter le beau monde. Pour les plus fortunés, les harnois étaient de sortie. Le reste présentaient une panoplie disparate de brigandines et de pièces d'armures éparpillées ici et là. Le plus amusant fut sans-doute de passer devant la compagnie des chauffeurs de pâturons. Les couleurs vives et insolentes ne manquaient jamais de faire esquisser un petit sourire. Thibaud le premier, salua leur capitaine à l'air toujours aussi véreux et vicieux.

Un beau jour pour tuer, n'est-il pas ? plaisanta le connétable en se parant d'un rictus malséant.

Ils reprirent aussitôt leur petite promenade et Thibaud retrouva bien vite la dextre du jeune Saint-Aimé. Derrière eux, les seigneurs et autres grands capitaines papotaient. Le faon, lui, semblait ailleurs, les yeux rivés vers un point inconnu.

Il n'y a plus qu'à attendre que le corbac daigne sonner l'alarme et l'assaut sera lancé, Louis. Je ne pensais pas dire cela un jour, mais que les dieux gardent votre cul intacte pour vous mener jusqu'au marquisat. Il serait dommage de succomber avant d'atteindre votre but, ha !

De toute évidence, Louis n'était plus guère offusqué par ses familiarités. Il en espéra même provoquer une expression différente que celle de l'homme voyant la mort approcher.

Tout est fin prêt pour aller peler le joncs à ces marauds !

Si tôt dit, le son des cors jaillirent du versant serramirois.

-Alors faisons leur la nique comme il se doit ! PAS VRAI ?! gueula-t-il.

Le "HOURRA" des berthildois recouvrit la plaine.  



Dernière édition par Thibaud de Kelbourg le Sam 24 Mar 2018 - 11:18, édité 3 fois
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Cosimo Tête Pelée
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 13 Mar 2018 - 15:54


L’ordre de rassemblement déclencha une activité frénétique dans le campement des chauffeurs de pâturons. La frustration de l’attente volait en éclat pour laisser place à une excitation meurtrière. Christabel tomberait comme un fruit mûr, et on allait se barbouiller la face avec le bon jus sucré du pillage et du massacre. Fini l’ennui et le roulement morne des dés, place à la tuerie et la picorée ! Les compaings se distribuaient force claques dans le dos et rasades de tord-boyau. Dans les rangs qui se formaient peu à peu, les grandes-gueules décrivaient déjà avec délices les sévices qu’on ferait subir aux assiégés. On échangeait d’ultimes baisers avec les femmes du camp, leur promettant les plus belles parures et bijoux pour le lendemain. Les marmots trépignaient, ravis du spectacle de leurs aînés armés de pied en cap, la lourde pique au poing. Tous savaient que certains ne rentreraient pas, mais à quoi bon ruiner l’ambiance ? Les cors coalisés sonnèrent de toute part.

« Avanti ! »

La troupe s’ébranla vers la plaine, colonne bigarrée et bardée d’acier. L’étendard uniformément rouge de la compagnie menait la marche. Les hommes partis, un calme étouffant tomba sur le campement. Même les gamins cessèrent leur chahut. On se mit à préparer des cataplasmes et déchirer de la charpie silencieusement.  



« Un beau jour pour tuer, n'est-il pas ?
- Oui-da mon bon seigneur ! Qu’il vous soit favorable »
, répondit Cosimo en levant son chapeau au passage du connétable de Sainte Berthilde. Il huma l’air frais avec appétit. Dans quelques heures, l’odeur grasse de la merde et du sang entremêlés serait le seul parfum que les routiers connaîtraient. Cosimo signala le Kelbourg au nain Jormgard  :

« Tu zieutes l’escogriffe ? Un grand malade, mais du genre artiste ! »

Quelques jours auparavant, il avait bombardé le mercenaire nain du titre de garde du corps. Ce dernier avait confirmé lors des passes d’armes être un bretteur de haut-vol. Et puis ça avait de la gueule d’avoir pour cerbère un nain ! Qui pouvait s’en targuer dans l’ost nordien ? A vrai dire, tout ce qui permettait aux mercenaires de se faire remarquer était bon à prendre. Une marque de fabrique somme toute. Au côté des Berthildois, la compagnie apparaissait comme une verrue chatoyante de plumes et tissus colorés, hérissée de ces gros poils qu’on nommait des piques. La verrue beugla à l'unisson avec le corps qui l'abritait :

« HOURRA !»

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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mar 13 Mar 2018 - 20:55

Ils y étaient enfin. Cela faisait combien de temps qu'ils siégeaient autour de la cité ? Bien trop longtemps au goût de tous. Si les ingénieurs avaient eu fort à faire, ce n'était pas le cas des autres corps d'armée. Et Aurel n'avait que ceux-là parmi ses hommes. Tant bien que mal, il s'était évertué à les aider à prendre leur mal en patience pour tenir bon tandis que la nourriture était peu à peu rationnée et que le campement perdait rapidement ses vertes parures pour céder la place à un terrain presque vierge de toute nature, devenant boueux à la moindre pluie printanière...
Le moral déclinait, inévitablement.

Le Général d'Olyssea se montrait des plus silencieux lors des conseils de guerre, ne prenant que très rarement la parole. C'était que bien d'autres sujets le préoccupaient, sans compter qu'ils étaient suffisamment nombreux pour cogiter aux stratégies pour se passer de son aide. Pendant ce temps, il demeurait auprès de ses hommes, se mêlant à eux, cherchant à les garder aussi vaillants que motivés pour la suite des évènements. Mais pour l'heure, l'ennui était le pire ennemi de ses troupes presque exclusivement composées de fantassins. Afin de les maintenir en alerte, il avait instauré des entraînements quotidiens avec parfois une petite compétition amicale. Il allait de feu de camp en feu de camp le soir afin de parler avec eux, lançant des conversations plaisantes, incitant les quelques musiciens du groupe à jouer des airs entraînants pour amuser la galerie... Le but était de ne pas s'enfoncer dans une habitude aussi morne que destructrice. Ainsi, le moral de ses hommes était bien plus élevé que ce à quoi on aurait pu s'attendre et ils étaient prêts à le suivre au combat sans hésiter.

Debout devant les troupes alignées, l'air raisonnait encore de sa voix si grave et des mots qu'il avait prononcé pour galvaniser les cœurs. Ils avaient attendu si longtemps, et voilà qu'était venu leur tour de passer à l'action. Après une dernière salve de pierres, ils avanceraient vers les remparts, hissant haut leur bannière au nom d'Olyssea, de Sainte Berthilde et du Roi. L'ennemi était affaibli par des ennéades de siège et se trouvait plus qu'en sous nombre face à eux mais ce n'était pas une raison pour y aller la fleur à la lance. Il était grand temps de leur montrer ce qu'étaient la force et la bravoure olysséenne.
Alors que son petit discours était salué par de grands cris d'approbation, Aurel vit Lambert s'approcher de lui du coin de l’œil pour lui tendre son heaume. Il s'en saisit sans plus de cérémonie et rejoignit ses officiers. Les dernières consignes avaient été transmises et il ne leur restait plus qu'à attendre patiemment le signal de la charge.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Chrystabel, suite et fin   Mer 14 Mar 2018 - 13:18





« Hâtez-vous, corne-de-bouc! C’est l’heure, enfin, le moment est arrivé et deux paires de fausses-pattes n’arrivent plus à fixer mon harnois! La Damedieu est bien taquine ce matin, de m’envoyer les plus empotés des gamins! » Il est vrai que les deux écuyers, à en voir l’égoutture froide à leur front, en arrachaient franchement. En plus de devoir s’occuper de l’arsenal de leur régent, les deux se souciaient d’une chose, par cent fois plus gênante que de ne savoir convenablement nouer une cotte de maille : s’assurer d’avoir des braies de rechange, car ils étaient tous deux sur le point de les conchier.

« Il n’est aucune honte à redouter la mort, mes amis. Seuls les fol dingos ne la craignent et parfois même l’embrassent. Folie n’est point courage, car lorsqu’il tombera averse les flèches et carreaux d’arbalesterie, n’allez pas penser jouer aux héros ; cachez-vous! Ces salves meurtrières ne sauront vous faire entrer dans la légende, elles vous feront vous noyer dans votre sang et vos urines. » Ah ça, Louis avait une tête sur les épaules, maintenant qu’il avait idée franche de ce qu’était la guerre, la vraie. Beltrod, Valdrant, Rochenoire, leurs permit de se faire les dents pour qu’il sache désormais ce qu’il en retournait lorsque le chant des tocsins se manifestait. Après de si justes et tout aussi noires paroles, Louis agita du pied pendant que l’un des jeunots s’acharnait contre l’un des lacets qui retenait ses jambières de fer. Les derniers coups d’acier se planteraient dans le gras avant que ces morveux n’en aient terminés, peste! S’il existait des harnois d’apparats plus voyants, Louis avait penché pour quelque chose de plus sobre pour ne pas devenir la cible à abattre. Il n’avait rien d’un Roi, mais il est vrai qu’une flèche perdue nichée dans sa trachée, plongerait tout le marquisat dans un bordel sans nom. Sous sa plaque d’obsidienne, dont les armoiries de sa lignée trônaient au dos, on lui avait fait revêtir une cotte de maille en guise de vêtement et fit dépasser la calotte à sa nuque, qu’il soit paré à s’encapuchonner d’elle une fois le heaume requis. Il avait fière allure, d’aucuns ne pourraient en prétendre le contraire!

Lorsqu’il conquit le campement en sortant hors de la grand’tente, jamais les installations lui semblèrent aussi désertes. La soldatesque au grand complet avait répondu à l’appel et s’était empressé à rejoindre leurs positions aux abords du cimetière en devenir qui séparait leur campement et les murailles de Chrystabel. Avant qu’il ne sache faire deux pas, une troupe s’approcha de lui et à leur tête, Thibaud de Kelbourg, son connétable. À eux tous, ils convoyèrent jusqu’à rejoindre la piétaille pour mieux évaluer leur préparation. Le moral était bon, tout autant que l’était leur armement ainsi que leur soif d’en découdre. À tous les coups, la veillée d’Othar leur avait donné un coup de pied au derche pour se départir de l’ennui qui les guettait depuis le début du siège.


« Faites-en de même Thibaud, le Royaume de Tari ne saurait me pardonner de vous y avoir envoyé! » La nervosité, elle était bien là, toujours, comme un parasite dont on ne saurait se défaire … Mais quelque chose de différent des autres batailles entretenait son espoir de vivre, de survivre à ce prochain massacre. Le Médian était sur le point d’être purgé pour de bon de ses impuretés.

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