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 Mon propre capitaine

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Enrico di Montecale
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Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge :  32 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Mon propre capitaine   Mar 2 Jan 2018 - 15:53


Depuis le gaillard-d’avant, scrutant l’horizon baigné de soleil, un vieux marin prenait la mesure de tout ce qu’il avait échoué, et de tout ce qu’il avait accompli. Une longue vie faite d’échecs et de réussites, de coups bas et de haut-faits. Au quatre coins du monde, il avait navigué, marché, boité, rampé. Et toujours, il s’en était sorti avec plus ou moins de succès. Même dans la mort, il avait trouvé un moyen de survivre.

« Monsieur ? »

Enrico di Montecale se retourna pour voir son vieil ami, Marco Solomeo, accroché à l’un des cordages. L’Inferno avait été promptement amélioré, grâce à l’intervention du génie Savarius et de son esprit créatif. Le navire était maintenant le seul de sa classe, et sans doute le plus meurtrier de ce côté de l’Olienne. Grossi d’un équipage trié sur le volet, composé d’anciens fidèles et de nouveaux volontaires, le bateau naguère modeste s’était transformé en véritable bâtiment amiral, flanqué de deux autres caraques servant d’escorte ; la Fleur du Roy et le Levantin. Les chemins de l’expédition les avaient emmenés dans le sud, là où la civilisation cessait d’exister pour être remplacée par de luxuriantes canopées, vertes et prometteuses. Enrico fit donc signe à Marco de venir à côté de lui.

« Regarde là-bas. Que vois-tu ? »

Le moustachu plissa les yeux, et dit sans grande conviction.

« Des arbres ? »

Enrico acquiesça.

« Et au-delà ? »

Marco haussa les épaules au bout de quelques secondes.

« Rien ? »

Le vieux loup de mer secoua la tête.

« Quel manque d’imagination. Moi, je vois des montagnes, des cités pavées d’or, des palais qui feraient passer le Porphyrion pour une écurie… Un monde neuf et qui ne demande qu’à être découvert. Notre monde à nous, Marco. »

Le second acquiesça lentement. L’enthousiasme du capitaine était communicatif pour beaucoup ; les hommes sentaient de fortes émotions imprégner le capitaine, qui irradiaient de lui telle une aura divine. De nombreuses rumeurs couraient sur les conséquences de ce fameux duel, plus encore depuis la venue du nouvel ‘invité’ du navire. C’était d’ailleurs la raison pour laquelle Marco était venu trouver son ami.

« Désolé de vous déranger, capitaine, mais notre hôte se plaint des chaînes. Elles seraient trop serrées. »

Enrico regarda en direction du mât central. Le prisonnier y était attaché, et avait été trop fier pour crier au capitaine son mécontentement. D’un pas leste et précis, qui avait été rendu possible par l’inventivité des ingénieurs de Faeron sur la conception d’une nouvelle prothèse, le capitaine de l’Inferno marcha sur les planches lustrées du pont, se rapprochant de l’invité. L’homme ne bougeait pas, ses traits figés dans la dignité et la colère retenue. Enrico s’arrêta à quelques pas, joignant les mains derrière son dos. Il inspira.

« Je dois vous avouer, cher Ernest, que si j’ai trop serré ces chaînes, c’est par petite vengeance. Très petite, je l’avoue. Libérez-le. »

L’ancien comte du Missédois ne désirait toujours pas parler. Depuis qu’il avait été traîné et enchaîné sur ce navire en partance pour l’inconnu, il n’avait presque rien dit. La surprise de deviser avec un mort était bien vite passée, tout comme celle de son enlèvement incongru. Et pourtant, devant tant de mystères et de non-dits, c’était seulement maintenant que le Griffon se décidait à poser les bonnes questions.

« Si vous êtes mort, pourquoi m’enlever ? »

Enrico sourit, regardant le comte se frotter les poignets, encore un peu faiblard.

« Nous nous étions quittés en ennemis et en rivaux, Ernest. Une affaire d’honneur, qui m’a conduit à trépasser. Après mon réveil, je me suis rendu compte avec stupéfaction que je ne voulais pas vous égorger pour ce que vous m’aviez fait. En fait, vous m’aviez rendu quelque chose que je pensais détenir, sans vraiment sentir ses rennes dans mes mains... »

Ernest arqua un sourcil, sa colère s’estompant peu à peu pour laisser place à la curiosité. Enrico répondit alors à sa tacite interrogation :

« Vous m’avez rendu la vie, Ernest. J’ai toujours été l’esclave des puissants, d’une manière ou d’une autre. Je n’ai jamais été mon propre capitaine. »

Il leva un bras en l’air pour le faire embrasser le navire tout entier.

« Et maintenant, regardez. L’Inferno n’est pas qu’un bateau. C’est mon bateau. Mon poumon et mon cœur, mon esprit et mon âme. Mon empire sur les mers. Et sans vous, force est de constater que je n’aurais pu me rendre compte de tout cela. »

Le Missédois était perplexe face à ce qu’il entendait. Il répéta alors sa question :

« Mais pourquoi m’enlever ? »

« C’est simple. Vous m’avez rendu la vie, je vous rends la vôtre ! Oh, je vois déjà que la colère vous remonte aux narines. Vous pensez que vous étiez le maître du jeu, là-bas ? Langehack entrait en décrépitude, et le Nord tonnait du grondement des sabots. Devant une telle déferlante, qu’auriez-vous pu faire, sinon ployer un genou devant plus fort que vous ? Ici, il n’y a pas d’homme plus fort, d’homme plus avantagé. Ici, nous sommes tous libres. Et je voulais partager ce sentiment de liberté avec vous. Car, en dépit de ce que vous m’avez fait, vous êtes peut-être mon plus grand bienfaiteur, Ernest. »

L’ancien comte déchu trouva l’énergie de s’avancer vers Enrico, sans doute pour tenter une action désespérée. Faisant un pas de côté, Enrico évita le coup d’Ernest, qui chancela avant d’être rattrapé par un membre d’équipage. Le capitaine put constater l’efficacité de cette nouvelle jambe, fleuron d’ingéniosité, et constater également qu’Ernest ne serait pas facile à convaincre. Tant pis. Le temps pour cela ne manquerait sans doute pas, et un long voyage attendait l’équipage tout entier. Alors qu’on emmenait le Missédois gigotant et hurlant vers un endroit pour le calmer, Enrico s’emparait en quelques pas de l’un des haubans du navire, montant sur le bastingage.

« Ecoutez-moi tous ! »

Les marins levèrent tous le regard vers Enrico. Le soleil projetait sur lui sa lumière éclatante, et le vent jouait habilement avec son ample chemise et ses cheveux d’un noir corbeau. Un sourire au bout des lèvres, il se mit à haranguer ses hommes.

« Devant nous s’étend un océan que même les pères de nos pères n’ont jamais foulé ! Vide de navires, vide de récifs, nous le remplirons de nos ambitions ! Devant nous s’étend notre avenir, et le chemin pour y parvenir ! Par-delà les mers, les jungles, les déserts et les montagnes, nous ne connaîtrons aucune limite que celles que nous nous imposons. Et aujourd’hui, je n’ai pas l’intention d’en avoir une seule ! »

Les marins se regardèrent tous en souriant, certains lançant quelques hourras. Enrico montra alors l’horizon de son doigt.

« Au loin, des cités vierges et des pays de cocagne n’attendent que nous. Leurs richesses seront les nôtres, leurs terres seront les nôtres… Chacun d’entre nous logera en un somptueux palais, et verra défiler devant ses yeux plus d’or que n’en compte l’Estrévent ! Nous ne serons plus esclaves de quiconque. Je vous affranchis tous, et fais de vous les maîtres de vos destinées ! »

Ivres de riches paroles, les marins acclamèrent leur capitaine, galvanisés par son vibrant discours. Un discours qui traversait le cœur avec plus de force qu’une flèche, et allumait une flamme que nul vent ne pouvait tarir. Même Marco s’était senti ébranlé lorsque son ami avait parlé. Enrico était sans nul doute un meneur d’hommes. Cependant, il préférait mener une bande d’hommes libres que d’enrôler une armée de valets.

Les hommes se mirent alors à reprendre leurs activités avec enthousiasme, pendant que le vieux calfat commençait à chanter une chanson de sa voix portante mais enrouée.

Nous vivons sur l’océan
Et tanguons par tous les temps
Entre les flots infinis
Libres, traçons nos vies

La terre pour seule frontière
Le vent nous pousse à l’arrière
Le feu brûle en nos cœurs
L’eau pour mère, femme et sœur

Par-delà le monde
Nous verrons si la terre est ronde
Et sur la terre, comme sur la mer
Nous voguerons, libres et fiers


Tous se mirent à reprendre en chœur les paroles de cet illustre chant, tanguant au rythme de la houle berçant le navire, les yeux remplis d’espoir, de richesse et de gloire. Enrico se tenait toujours au hauban, pied sur le bastingage, regard vers l’horizon…

Il est dit qu’il débarqua, qu’il combattit, et se tailla un empire à la force de ses mains.

Mais cela, bien sûr, fait partie de la légende. Une toute autre histoire...
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