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 [Espérines] Passer de descendante à ancètre

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Cécilie de Missède
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MessageSujet: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Dim 7 Jan - 16:18



Printemps - 8e jour de la 3e ennéade de Barkios
10e année du XIe Cycle


Sur la pelouse au milieu de l'atrium tombaient à chaude gouttes les pluies printanières qui verdissaient si bien les campagnes rivegeoises. Une novice marchait à grand pas sous le chemin couvert, ne remarquant pas les jeux de lumière qui coloraient de milles couleurs le ciel clair malgré l'averse. A vrai dire, elle aurait plutôt eu tendance à se boucher les oreilles des deux mains pour ne plus entendre les hurlements de douleur qui s’échappaient par la petite fenêtre du second étage donnant sur ce lieu de quiétude.

Une main enserrant les doigts de son frère, l'autre ceux de Lyarra, Cécilie avait cessé de retenir sa voix. Si elle n'avait pas eu l'esprit trop occupé pour y penser, elle aurait certainement reconnu que la prime réaction de la guerrière à l'annonce de la prochaine maternité de son amie n'était pas dénue d'une certaine vérité. Les larmes et la sueur empoissaient son visage et sa chemise de nuit anciennement blanche. Elle se cramponnait autant physiquement que mentalement aux deux êtres qui étaient à son côté et à leurs encouragement. Elisabeth et une sœur officiaient avec l'assurance bienveillante de l'habitude.

« Courage. C'est presque fini. » répéta pour la centième fois un Gaël pâle comme un linge. Les yeux lui tiraient et devaient être rouge après tant d'heures à garder obstinément les yeux rivés sur le visage de sa sœur par peur de rencontrer quelque chose qui pourrait lui faire tourner de l'oeil. Il n'avait que trop conscience qu'il n'aurait pas du se trouver là et surtout il se devait d'être fort... Ce que ses genoux flageolant n'avaient pas l'air d'avoir compris. Sa présence était contraire à toutes les traditions. Mais la jeune mère avait insisté alors que pouvait-il faire d'autre que d'accepter comme toutes les autres personnes présentes ?

Soudain, tandis que les cris de douleurs s'affaissaient en soupires essoufflés et que le buste de Cécilie retombait lourdement dans ses oreillers, un nouveau cri aigrelet prit le relais. Sentant douloureusement pulser chaque fibre de son corps et prise de lassitude, la jeune femme sentit la main de Gaël défaire ses doigts crispés pour lui échapper avec un éclat de rire. Un éclat de rire qui se crispa aussi sec.

- Tenez bien sa tête " murmura la voix aussi calme que fatiguée d'Elisabeth. Un second rire, léger puis un peu plus franc. Elle sourit avec l'impression diffuse que tout allait bien. Gaël bougea près du lit et se pencha vers elle dans un froissement de tissus pour déposer une petite créature chaude sur sa poitrine. Il s'empara de nouveau de la main de sa sœur pour la poser sur le dos de l'enfant qui hurlait à pleins poumons. Cécilie frémit. C'était... Tellement étrange. Sous sa paume, un cœur rapide tambourinait. Des mouvements légers dépourvus de sens. Le gonflement régulier d'un torse minuscule. Un sourire déforma le visage de la jeune comtesse à le fendre en deux puis un léger rire sifflant entrecoupé de sa respiration difficile et de quelques frissons douloureux.

« Il est magnifique. » murmura une profonde voix masculine à son oreille avant qu'un chaleureux baiser ne soit posé sur son front. « Comment souhaites-tu l'appeler ?
- Maël. » L'idée éclaira le visage de Gaël d'une rayonnante surprise.
- ça lui va très bien. »

Tandis que Cécilie récupérait peu à peu son souffle, son frère s'excusa, la laissant aux bons soins des femmes présentes avant de tomber d'épuisement sur le parquet.

-Prenez soin d'elle. Demanda-t-il seulement à la prêtresse avant de passer la porte pour la refermer soigneusement derrière lui.

-Gaël. » Il s'immobilisa, ne se tournant que vaguement en arrière, supportant de plus en plus difficilement l'odeur lourde qui pesait sur la petite pièce. « Merci.

Il acquiesça, touché, avant d'ajouter quelques mots, semblant se rappeler soudain que sa sœur ne pouvait le voir. Ce n'était pas habituel. Mais depuis combien de temps n'avait-il pas vu un tel air sur son visage. Cette fois, il aurait pu jurer qu'elle était sincère.

Dans le couloir, il ne fit pourtant pas trois pas avant de s'avachir contre le mur, se laissant glisser jusqu'à terre avec un soupire de lassitude. Décidément, il y avait des choses auxquelles les hommes ne devaient pas assister sous peine de ne plus voir les femmes de la même façon... et pourtant il était curieusement euphorique. Il soupira une nouvelle fois en massant ses paupières de ses paumes. Une grosse tâche rouge lui sauta aux yeux lorsqu'il les rouvrit. Sa manche... dommage. Il aimait bien cette chemise.

-Vous allez bien ?

Il releva brusquement la tête, un épis de cheveux blond retombant sur son visage aux traits tirés et au front humide. Une jeune femme se tenait à quatre pas de lui dans la robe simple des pensionnaires. Il devait avoir bien triste mine dans sa chemise désajusté et ses simples guêtres. Un manant n'aurait pas dépareiller... Mais sa première impression passé, il la regarda plus attentivement. L'air que cette fille avait ne semblait pas seulement dû au spectacle qu'elle avait sous les yeux. C'était étrange. Quelque chose dans sa posture lui donnait l'impression qu'elle était prête à détaler. Son regard dur et défiant était d'un bleu violacé peu commun et sa peau blafarde soulignée par le contraste de ses cheveux noir corbeau portait les marques de la fatigue. Bien qu'elle en ait l'apparence et le maintien, il avait l'impression d'avoir affaire à tout sauf une jeune fille de bonne famille.

-Oui. » Il hocha la tête en croisant les bras sur ses genoux repliés, cherchant à trouver sa contenance habituelle. Son sourire fatigué resta hélas bien plus niais que d'ordinaire. « Oui je vais bien. »

Elle n'esquissa pas la moindre réaction. Gaël finit par passer une main dans ses cheveux défaits, dégageant les yeux bleus que partageaient toute sa fraterie.

-Et Cécilie va bien. Tout comme son fils.
-Alors c'est un garçon.
-Oui...

Elle hocha simplement la tête, le regard toujours inquisiteur. Elle était vraiment sinistre... Mais comme par magie, alors qu'il allait reprendre et en profiter pour s'échapper vers sa chambre, elle rompit le silence à son tour.

-Ce n'est pas la première fois que vous passez. Je vous ai vu au temple. Vous êtes son frère n'est-ce pas ?

-C'est bien moi... » Il voulut lui tendre la main, s’aperçut que se présenter ainsi en restant assis n'était pas le fait le plus galant du monde et se hissa sur ses jambes avec la plus grande difficulté pour faire une légère révérence sans qu'elle n'esquisse un seul geste pour lui venir en aide. « Gaël de Laval. Pour vous servir. »

Il releva la tête pour rencontrer un air plus revêche encore. Qu'avait-il bien pu dire ?

-Gwenaëlle de Beaurivages.
- …

Une fois de plus, les deux adolescents se trouvèrent à s'observer en silence. Mais cette fois, il y avait autant de circonspection d'un côté que de l'autre. Les secondes s'égrainant, la jeune femme croisa les bras mal à l'aise.

-J'ai a faire.
Lança-t-elle soudain en faisant demi-tour.
-Pardonnez-moi ! Je ne voulais pas me montrer inconvenant.
-Il n'y a pas de mal. »

Tandis que Gaël tentait de de ne pas perdre la trace de l'étrange belle qui devait avoir à peu près son âge et ne s'était nullement arrêté pour répondre, Elisabeth et son aide sortait de la chambrette portant un ballot fait des draps qu'elles venaient de changer. D'après la prêtresse, l'enfant était en parfaite santé, mais qui pouvait savoir ? Les prêtres avaient tenus le même discours lors de la naissance de Cécilie. L'enfant s'était calmé un peu, gardé contre le sein d'une mère qui n'avait pas voulut s'en séparer malgré sa fatigue.
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Louve Noire
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MessageSujet: Re: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Dim 7 Jan - 19:26

De mon regard, je soutenais tant que je pouvais mon amie qui était en train d’accoucher. Je n’avais aucune inquiétude sur le déroulement de l’accouchement. J’avais entièrement confiance envers Elisabeth. Pour l’accouchement d’Elia, je n’ai eu aucun problème. Aujourd’hui, je remarquais l’aisance assurée d’Elisabeth. De là, Cécilie ne pouvait qu’accoucher qu’en sécurité. Le temps était long, la nature aimait tant faire souffrir les femmes lors des accouchements. Je me contentais de serrait la main de mon amie qui était en train de broyer littéralement ma main.

Je serrais les dents. Je rassurais mon amie de continuer et de ne pas se soucier du reste. Je la forçai à se concentrer, à l’encourager. De ce moment, je l’aidais à outrepasser par les mots la douleur de Cécilie en train d’expulser le gosse dans son ventre. C’était long ! Surement douloureux pour la belle Colombe. Mais, elle devait s’y accrocher ! L’enfant allait bien sortir de son antre. Il fallait juste quelques poussé.

Pendant que le crie de Cécilie et sa souffrance raisonnaient dans la pièce. Je posais discrètement mon regard sur le jeune frère de Cécilie. Il ne ressemblait en rien à sa sœur. Elle était rousse. Il était blond. Je ne le connais pas vraiment. On c’était à peine vue avant que l’accouchement commence. Il était surement chevalier, cependant, je sentis qu’il se retenait pour ne pas fléchir. C’était sur…L’accouchement n’était pas aussi poétique que les enfants qui naissaient dans les choux. Quoi qu’en Oesgard, la citation était « Les enfants naissent dans la bouse de vache, armé d’une hache contre les étrangers ». Vous aurez compris, ce n’était pas du tout glamour mon éducation. Mais la réalité était là, l’accouchement était tout sauf beau à voir. Mais, ne détaillons pas d’avantage.

Après, la scène éprouvante. La Joie était d’autant plus grande. La plus grande joie était de voir l’enfant rejoindre les bras de sa mère. De là, en tant que simple spectatrice, je regardais Cécilie avec bienveillance et forme d’affection que j’éprouver pour cette femme. Je me mettais sur le coté, j’aperçut le frère sortir de la pièce. Moi, j’admirais la scène avec un sourire en coin. De là, je sentis le premier contact entre la mère et son fils. Pour la première fois, je compris ce que c’était vraiment être une mère. Le premier contact était comme un contrat immatériel entre l’enfant et la mère. Un lien qui lie la mère et l’enfant. A 14 ans, je n’avais pas compris. J’avais refusée d’être une mère, je compris encore plus la souffrance d’Elia de ne pas avoir eu de mère pendant si longtemps. Au fond, j’avais eu un pincement au cœur, de l’autre côté, cette scène prit conscience qu’avoir un enfant valait le coup. Elia était surement dans le couloir en train d’attendre la bonne nouvelle. Depuis ce temps, elle était curieuse de savoir.

Je m’approchais discrètement de Cécilie déposant un baisé sur le front de mon amie. Je sentis un frisson par ce baisé sur le front. C’était étrange et agréable à la fois.

« Je te laisse avec ton enfant. Profite de ce moment. C’est le tiens. Au faites, mon amie. Toute mes félicitations. Plus tard, on se promènera avec nos enfants dans la forêt. »
ria-t-elle. « Je serais à côté. »

Je sortis de la chambre pour voir Elia en face de moi. Elle me sourit un moment. Je la pris dans mes bras en moment en lui expliquant que c’était un garçon. J’avais vue la joie dans ses yeux. Elle insistait pour la voir, cependant, je l’interdisais de déranger Cécilie et de la laisser se reposer. J’invitais Elia d’aider sa grand-mère à prendre les linges. De là, l’enfant avait disparu avec sa grand-mère.
Je vis le frère et une femme qui avait un balai dans le cul. Je regardais la scène de manière discrète. La femme n’était pas les plus agréable dans sa façon de parler. Etait-ce ces petites garces de nobles que je ne supportais pas ? Peut-être, pour l’instant, mon jugement n’avait pas lieu. Il était préférable de savoir davantage. Néanmoins, la scène était froide dans ce moment de joie. C’était triste à voir.
De là, au milieu de ce couloir. Il restait Gael et moi. Il était peut-être temps de se connaitre davantage.

« C’était éprouvant n’est-ce pas ? Votre main n’a pas trop souffert ? » souriais-je « regardez, ma main est toute rouge. »


J’arrangeais brièvement ma chevelure, ma chemise et mon pantalon. Je m’imaginais bien que je n’étais pas au plus haut de ma forme…Mais je m’y faisais. Je le regardais droit dans les yeux, étirant un sourire amusé.

« Je m’appelle Emilie. Vous êtes Gael. Ravie de vous rencontrer » faisant une bref révérence…
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Dim 7 Jan - 19:50


Le jeune homme fut coupé dans son élan par les salutation appuyée d'une grande brune aux épaules larges.

- Ma main va bien, merci."

Obligé à regret de laisser échapper la jeune inconnue, il retint un soupire et se tourna pesamment vers l'autre personne que Cécilie avait voulu avoir près d'elle pour la saluer d'un signe de tête, son dos refusant de se pencher d'avantage. Il n'avait qu'une envie... Ou plutôt que deux envies. Couper court pour poursuivre l'étrange Gwenaëlle et couper court pour aller se coucher. Même à dix-sept ans, la nuit blanche était difficile à encaisser quand elle était passé sous une telle tension.

Enfin... La politesse menait le monde.

- Moi de même. C'est vous qui aviez veillé sur elle durant son dernier voyage à Chiard, je me trompe ? "


Tien. Cette femme avait un regard familier. Edgard ? Mère ? Non... Il n'arrivait pas à le remettre. Peut-être était-ce tout simplement le regard de ceux qui combattaient en ces temps troublés.
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MessageSujet: Re: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Dim 7 Jan - 20:08

« Je l’ai accompagnée oui. Je la connaissais depuis assez longtemps a vrai dire. Mais, oui je veillais sur elle pendant le voyage. » hochais-je la tête.

Je le regardais droit dans les yeux. Mon regard était figé envers ceux de cet homme. Par sa manière de bouger, de se déplacer ou autre. Je sentis qu’il avait envie de voir cette étrangère. Laissons cette étrangère de côté, il devait rester ici et veiller sur sa sœur. Cette étrangère ‘était qu’une étrangère. Après tout, le frère doit surveiller sa sœur. Pire encore, rester dans ce couloir et attendre qu’elle appelle. Alors, à ma manière, je tentais avec délicatesse qu’il serait préférable de rester ici en attendant.

« Je comprends votre envie de dormir. Mais, il est préférable de rester ici à coté de sa chambre pendant un petit moment. Elle pourrait vous solliciter à tout instant. C’est un conseil. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez. »


Je m’asseyais sur le banc. Le dos adossé contre le mur. Mon regard regardait un moment la porte. Je sentis son regard intrigué. Par hasard, m’avait-il croisé ? Je ne sais pas…

« Vue votre regard, je dois comprendre que vous m’avez peut-être croisé. Non ? »
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Dim 7 Jan - 20:22


Diantre... elle ne voulait pas lui lâcher la jambe cette vieille garce. Agacé mais piqué au vif, Gaël se rassit contre le mur qu'il venait de quitter. Puisqu'il était de son devoir de rester selon cette créature, il resterait. Qu'on ne dise point qu'il était un mauvais frère après cela.

Il leva vaguement la tête à la question de la guerrière.

- Non pas. Veuillez excusez mon regard. Si celui-ci vous a froissé. Ce n'était pas mon intention. " expliqua-t-il d'une voix claire avant de se renfrogner de nouveau.

A l'intérieur de la pièce, Cécilie se sentait peu à peu somnolente. Avant de la laisser seule, Elisabeth avait tenue à placer Maël dans son berceau, ne connaissant que trop bien les contre coup parfois vif que la fatigue pouvait avoir en de pareils cas. Après quelques minutes de silences, elle avait simplement pardonner à Lyarra de s'être ainsi sauvée. Elle n'avait sûrement pas envie de se rappeler de cette étape de sa vie après tout. Elle n'aurait pas du s'attendre à pouvoir jouir de sa présence en ces moment cruciaux. Ce fut donc seule et sans avoir put partager sa joie ou poser ses questions que Cécilie sombra dans le sommeil.
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: [Espérines] Passer de descendante à ancètre   Ven 12 Jan - 3:13


La porte se referma dans un faible chuintement. Cécilie se redressa légèrement sur ses oreillers avec un sourire rapidement gagné par une crispation alors que son corps lui rappelait qu'il n'avait pas encore récupéré de la veille. D'un geste naturel, elle couvrit le livre qu'elle tenait dans un vieux morceau de velours violet et le posa près d'elle sur les couvertures pour accueillir son visiteur dans un murmure, ne voulant pas sortir son fils de son premier sommeil.

-Alors les religieuses n'ont pas encore chassé mon petit frère ?
-Donné la vie t'as aussi rendu la vue ? Sourit la voix du jeune homme tandis qu'il passait près du berceau de bois blanc dans lequel palpitait le cœur de Maël.
-Tu es le seul homme ici. Et une femme n’a pas le pied si lourds. Même Emilie.

Étouffer l'éclat de rire de Gaël fut plus difficile que prévu mais il parvint à éviter le pire. La main du jeune chevalier se referma sur les doigts que tendait maladroitement Cécilie. Elle avait toujours du mal à se rendre compte de la complicité de leur relation, comme si elle craignait toujours que l'un ou l'autre ne finisse par ramener les vieux sujets sur le tapis. Qu'ils recommencent à se dresser l'un contre l'autre. Mais non. Depuis que le blondinet avait appris pour la grossesse de sa sœur, il avait été un soutient sans faille, autant qu’Emilie ou – plus surprenant – que Gwenaëlle. Même la veille, sa présence avait été tellement cruciale pour elle... Elle ne voulait pas lui dire, ne sachant trop pourquoi, mais elle avait le sentiment qu'elle se serait sentie perdu sans lui.

Il posa un baiser sur la tempe de la Comtesse et s'assit sur le bord du lit tout en prenant garde de ne pas la malmener. Peut-être même un peu trop garde.

-Je ne suis pas en verre, tu sais ?
-C'est vrai que tu es moins pâle qu'hier, mais tu ne vas pas m'empêcher de m'en faire pour ma petite sœur.
-Je vais bien.

Il souffla, comme agacé, mais elle pouvait sentir son sourire, ce qui ne fit que renforcer celui qui trônait sur son propre visage.

-Un livre... ?


Elle se figea un instant.

-Ce n'est pas un livre que tu as là? Répéta-t-il toujours étonné.

Cécilie ravala le léger moment de panique qui lui sauta à la gorge. C'était stupide. Il n'y avait rien de mal à ce cela. Elle ne faisait rien de mal et puis ça l'aidait alors pourquoi s'en priver ? D'un air aussi détaché que possible, elle récupéra l'ouvrage à tâtons et découvris sa couverture en feuille de palme séchée. L'encre colorée traçait des mots magnifiques dans une langue inconnue.

-Le cadeau de mariage d'Ernest.
-Ah...
-Le deuxième plus beau cadeau qu'il m'ait fait.

Heureusement, Gaël était trop préoccupé par sa propre gêne pour apercevoir la crispation qui avait pris la mâchoire de sa sœur. Il serra de nouveau ses doigts dans un geste rassurant.

-Tout ira bien. Je ne suis pas le seul à y veiller, tu le sais.
-Je sais.

Le silence s'installa avec ses gros sabots inconfortables. Après deux raclements de gorges et un coup d'oeil aux deux traits bleus qui filtraient par la petite fenêtre entrouverte, Gaël se décida à embrayer sur un autre sujet.

-Dit-moi, il y a une jeune fille arrivée avec toi et qui prétend porter le nom de Beaurivages ici.
-Tu as parlé avec elle ?
-Pourquoi ça t'étonne ?
-C'est une personne assez réservée habituellement.
-Oui » rit-il. « J'ai eu l'occasion de m'en apercevoir. Mais ce n'était pas vraiment ma question. Tu sais ?
-C'est notre sœur cachée.
-J'imagine mal père s'adonner à ce genre de frivolités...
-Ai-je dit que c'était père ?

Elle ravala un gloussement. Il était normal qu'il se pose des questions, bien qu'elle n'y avait pas pensé en lui demandant de rester quelques jours. Ils savaient tout deux que ni Clarence ni sa sœur n'avait de fille se nommant Gwenaëlle. Surtout une fille aussi âgée. Elle se demandait bien quels scenarii avaient put voir le jour dans l'esprit mis à mal de son frère à propos de tout cela.

-Cécilie...
-Très bien. Très bien. » Elle se renfonça dans ses oreillers, relâchant un peu ses épaules. « C'est la petite de Lancrais.
-Quoi ?!
-Chhhhh.
-Mais alors elle a quoi ? Treize ans ?! » murmura le jeune homme.
-C'est tout ce qui te préoccupe ?
-Non... enfin...

La jeune femme fronça le nez un moment, laissant son frère s’empêtrer dans une excuse qui tardait à venir, avant de préciser, suspicieusement :

-Elle en a eu quatorze l'ennéade passée.

Le jeune homme sembla en rester interdit, engendrant une foule d’interrogation dans la caboche de la jeune comtesse. Après quelques secondes de silences, ses sourcils s'arquèrent plus encore sous le poids des doutes.

-Tu n'as pas...
-Quoi ?
-Tu n'as pas tenté de la séduire ?
-Non ! Non...

Il se racla la gorge bruyamment. Mais il y avait plus qu'un simple orgueil déstabilisé. De la gêne ? Cela avait été trop subreptice pour qu'elle en ait la certitude. Elle fronça d'autant plus les sourcils, prononçant le nom de son frère avec toute la force de sous-entendus dont était capable une sœur aînée. Considérant tout le courage qui pouvait caractérisé les discussions inconfortables, surtout sur ce genre de sujet et sachant les déboires qu’avaient connus la dame à ses propos, Gaël sauta une fois de plus du coq à l'âne.

-En tout cas, Elisabeth m'a dit que tout était près pour demain. Tu comptes continuer dans la tradition Missèdoise et lui donner Viktor pour second prénom ?
-J’y pense. » Les doigts de Cécilie froissèrent ses draps tandis qu’elle essayait de trouver une position un peu plus confortable dans ce lit qu’elle n’avait pas encore le droit de quitter. « C’est une bonne chose que tu en parles, je voulais justement m’entretenir avec toi à ce sujet.
-Ah... ?
-Hmhm. » Elle hocha la tête, faisant fis de l'état de tension de plus en plus profond dans lequel semblait plongé le jeune homme. « J'ai beaucoup réfléchi ces derniers jours et il est vrai que tout n'a pas toujours été facile dans notre famille... Mais si Ernest ne revient pas, j'aimerai que tu sois le Père de Foi de Maël.
-Tu ne voudrais pas plutôt Clarence ou...

La main de Cécilie se resserra légèrement sur les doigts du jeune homme dont les lèvres s'immobilisèrent. Elle aurait put protester de façon véhémente. Il aurait put finir et parler de Renard ou de leur père. Ni l’un ni l’autre ne semblait prêt à ce que la conversation prenne un tel tournant. Un léger sillon s’était creusé sur le front de la jeune femme. Une inquiétude, une demande silencieuse à laquelle elle accordait plus d’importance qu’elle ne voulait bien le dire. Gaël déglutit. Il n’était pas certain d’être fait pour cela… Après tout il n’était pas un modèle de vertu, loin s’en fallait, et accepter lui donnait l’impression d’entériner le fait que le Comte Ernest n’en viendrait peut-être jamais à reparaitre. D’un autre côté, la douceur des doigts chaleureux qu’il tenait lui serrait le cœur.

Déglutissant à nouveau, il hocha plusieurs fois la tête, en apnée, avant de se rendre compte de l'incongruité de son geste. Décidément, elle faisait toujours à son idée... Mais il ne pouvait nier que cette demande le rendait particulièrement fier malgré toutes ses objections. Prenant enfin une réelle inspiration, il porta les doigts de Cécilie à ses lèvres en souriant.

-C'est d'accord.

-Merci. Ça compte beaucoup pour moi.

Gaël laissa son regard tomber sur le petit être qui dormait dans son berceau. Le duvet blond qui lui couvrait la tête luisait presque dans un raie de lumière poussiéreux et son visage paisible se chiffonnait par moment. Un gloussement vint alléger un peu le moment solennel.

- Qu’est-ce que tu as ?
-Maintenant c'est à toi de t'inquiéter pour le prénom.
-Comment ?
-Je compte sur toi pour remplir ton premier office. La tradition, mon cher frère.

Bons dieux… Il avait oublié ce détail. Son silence éloquent redoubla les gloussements de sa sœur. Il secoua la tête hésitant entre l’amusement et la fatigue.

-... Un jour tu me tueras.
-Sans doute. Mais pas avant demain je te rassure.

Le lendemain, Cécilie avait eu moins de difficultés qu'elle l'aurait cru pour se lever et porter son fils jusqu'au temple sous les carillons éclatant de la mi journée. Guidée d'un bras, le poupon calé prudemment contre elle, elle traversa la longue nef. C'était comme le jour de son... de ses mariages. Les échos, les mouvements de la foule, la musique en arrière fond. Sauf que cette fois si, l'écho était brisé par les travaux, la foule se limitait à une vingtaine de personnes et la musique était bien plus douce et joyeuse que solennelle. Elle portait des vêtements confortables et savait la certitude que personne n’en avait après son corps ce qui n’était pas non plus pour lui déplaire étant donné les souvenirs douloureux qui étaient les siens. C'est avec quelques rires et beaucoup d'émotion que le poupon fut purifié par le passage de la plume blanche sur son front et sa gorge.

Lorsqu'Elisabeth le présenta de nouveau à sa mère et demanda si elle désirait que quelqu'un l'aide à guider cet enfant dans la foi, Gaël approcha d'un pas pour venir se placer à son côté. Il savait ne pas avoir besoin de plus pour se signaler mais sa main vint tout de même se loger sur l’épaule de la jeune femme, soutient familier qui les firent sourire tout deux.

-Et quel nom portera cet enfant devant ses pairs et la DameDieu ? demanda la prêtresse bien moins guindé que les grands-prêtres qui auraient du se charger d’une telle naissance.
-Maël, Viktor... » commença Cécilie avant de tendre l'oreille dans la direction de son frère pour lui laisser la parole.
-Et Jindanor. »

Elle se figea, son visage perdant toute autre expression que celle d’une surprise foudroyante. Elisabeth termina son office en bénissant l’enfant et en faisant répéter le serment à son Père de foi tandis que Cécilie s’était à peine assez secouer pour finir la cérémonie. Le cœur gros à en déborder, elle accepta les félicitations des pensionnaires et des sœurs avec les larmes aux yeux. Même Gwenaëlle y alla de son petit commentaire sur le poupon.

L’après-midi se déroula avec légèreté mais il y a certaines choses qui ne peuvent se sortir facilement de l’esprit. Assise sous le chêne de l’arrière cours après avoir couché Maël, épuisé par tant d’agitation, un pas lourd annonça à Cécilie l’arrivée d’une personne qui ne pouvait qu’égailler sa retraite temporaire.

- Tu sais ce que je vais te poser comme question, n’est-ce pas ? demanda-t-elle tandis que Gaël s’asseyait à côté d’elle.
- Un jour ou l’autre il serait devenu mon bourreau ou ton mari. Il a donné sa vie pour notre famille comme tu aimes tant à me le rappeler. Et puis ce n’était pas un mauvais bougre. Alors on peut bien lui rendre cet hommage.

La tête pesant contre l’épaule de son frère, Cécilie ferma simplement les yeux. Un rire franc, une force de caractère qui n’avait d’égale que la droiture de ses sentiments. Il aurait été un père admirable. Là-bas, dans ce coin d’estrévent auquel ils avaient tout deux rêvé, il l’avait été. Des doigts vinrent se glisser entre ceux de la jeune femme.

- Je pars ce soir.
- Déjà ?
- Je ne devrais même pas avoir été autorisé à entrer dans ce couvent, alors il est normal que je ne m’imposa pas plus longtemps que nécessaire. » Il embrassa la tempe de sa sœur. « Tu peux rentrer à Beaurivages, tu sais ? Colombe s’ennuie de toi.

Elle acquiesça sans se redresser. Colombe lui avait écrit plus souvent qu’à son tour, mais ici, elle avait trouvé une paix qu’elle ne connaissait plus depuis des années. Ses devoirs allaient finir par la couper en plusieurs morceaux d’elle-même…

- Je vais rester encore un peu ici. J’ai besoin de repos et il y a Gwenaëlle aussi…
- Très bien.

Leurs mains se pressèrent l’une contre l’autre.  

- Gaël… J’aimerai que tu réfléchisse à une proposition en attendant notre prochaine rencontre.
- Quoi ? Tu as un deuxième enfant dont je dois être Père de Foi ?
- Non. Rien de tel. » sourit-elle en se redressant un instant. « Mais pour parler franc, cela t’engagerait tout autant.
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[Espérines] Passer de descendante à ancètre
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