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 Les fruits du labeur [Glinaina]

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Faeron Savarius
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MessageSujet: Les fruits du labeur [Glinaina]   Ven 12 Jan 2018 - 23:49

Les fruits du labeur








Panahos de la 3ème énnéade de Barkios 10, XI

Revenir à Naelis fut un ravissement pour Faeron. D’une part ses affaires avec le royaume décollait à une vitesse extraordinaire, d’autre part il adorait voir les choses se faire construire. Il était de la race des bâtisseurs, de ceux qui voyait en lieu et place d’une plage un chantier naval, d’un terrain vague un palais, d’une rivière un pont et d’un bout de bois un outil. Il aimait plus que tout ce sentiment que les Dieux avaient mis les êtres intelligents sur cette terre pour qu’ils transforment cette dernière pour en améliorer la beauté et la fonctionnalité. Il aimait ce sentiment d’avoir fini sa journée en ayant eu une influence sur le monde. Il aimait également gagner des victoires personnelles, comme beaucoup dans sa ligne d’activité.

Il regardait le monde et les Dieux avec une certaine forme de dédain. Cette arrogance de ceux pour qui la vie réussissait. Ceux dont les fruits des efforts et des risques payaient et payaient grassement. Le commerce, les finances, l’industrie et les coups bas d’une certaine forme de politique Thaari, tout cela semblait dans une certaine mesure aller de soi. Non pas qu’il pensait être invulnérable, intouchable ou invincible. On avait plusieurs fois failli le tuer, on avait plusieurs fois coulé des affaires, on avait réussi à détruire bien des projets. Mais il avait pour lui une sorte d’indéfectible optimisme et une énergie que de rares personnes réussissaient à déployer.

Naëlis était une terre d’opportunité. D’une part les dirigeants du pays se trouvaient eux-mêmes dans cette optique. Naëlis était à l’échelle des royaumes de ce continent un enfant entrant dans l’âge adulte. Son économie n’était pas la plus prospère, ses armées n’étaient pas les plus puissante, son commerce était balbutiant. Mais comme le dernier né d’une grande famille, le royaume avait pour lui la fraîcheur de vue d’une jeune personne et surtout pouvait profiter pleinement des erreurs de ses ainés. Et les Dieux savaient que les voisins n’étaient pas en reste lorsqu’il s’agissait de se rendre vulnérable. Les elfes ne faisaient plus parler d’eux, occupés qu’ils devaient être à s’étriper sur des querelles internes ou à renforcer leur sagesse passive. Les nains au nord se remettaient difficilement du Voile. Thaar changeait de maitre toutes les dix ennéades et la capitale commerciale se préoccupait surtout de maitriser ses voisins difficiles du Puy et de maintenir ses intérêts sur ses alentours immédiats. On ne parlait même pas de la péninsule où l’ensemble de la noblesse s’occupait principalement de faire la guerre à son voisin, ne savant ni se choisir un roi ni même négocier pour éviter une décennie de guerres civiles.

Dans ce chaos le commerce maritime prospérait, ce qui était bon pour Faeron, et Naëlis pouvait prendre délicatement son envol sans que nulle personne ne trouve à y redire. Or Faeron voulait faire partie de ce mouvement. S’il avait appris une chose de décennies de commerce continental, c’était qu’il fallait savoir se trouver les zones d’opportunité et qu’il fallait nourrir la bête. On pouvait être riche à million et être un aventurier. Et c’était peut-être là ce qui caractérisait l’homme. Il n’avait pas peur d’investir des sommes colossales dans des projets. Il était convaincu que l’on pouvait favoriser et accélérer l’accroissement des richesses d’une zone en catalysant son décollage. Naëlis était dans sa lorgnette, il gardait un œil attentif sur le sud de la Péninsule et sur le Langehack. Il avait également des espérances sur Nelen. L’archipel dont le sort était en train de se jouer semblait être un lieu d’intérêt.

Mais pour le moment il fallait se préoccuper du présent. Et le présent était l’arrivée dans le port de Naëlis. La première étape serait sans aucun doute d’aller au comptoir construit dans une partie défavorisée du port de Naëlis. Faeron eut la satisfaction en tout cas de constater que trois de ses navires étaient à quai dans le port et qu’un autre attendait, ancre jetée à quelques encablures des quais réservés. Il n’avait pas encore les premiers chiffres des échanges mais il avait bon espoir. Les commandes avaient débuté et avant même la fin de la reconstruction des entrepôts devant servir de comptoir deux affrêtements complets avaient été annoncés par son avoué sur place pour des lots de bois de charpenterie. Si peu de commande provenaient pour le moment de Naëlis vers des commerçants Thaari le nombre de demandes pour des traversés augmentait, ce qui sous-entendait que sous peu des commerçants de Naëlis feraient les marchés à Thaar et auraient des marchandises à rapatrier. Lui connaissait bien cette courbe de lancement dans l’ouverture de toute nouvelle ligne commerciale. Il fallait faire confiance au commerce. Le chiffre d’affaire allait venir, les fondamentaux étaient là. Il ne fallait pas mégoter à la dépense pour le moment. On travaillerait sur les coûts dans un deuxième temps. Pour le moment on engloutirait du capital. Les lignes profitables paieraient pour les pertes transitoires. On n’avait rien sans rien.

L’arrivée dans le port de Naëlis se fit sans grande pompe. Faeron voguait cette fois sur son navire personnel. L’expérience douloureuse des pirates ou corsaire sur le retour de Naëlis la fois dernière avait modifié les plans. Son navire personnel était plus discret, plus rapide, et mieux dimensionné pour résister à une attaque. Sous ses allures modestes, il déployait des trésors d’ingéniosité maritime Thaari pour éviter de faire boire la tasse à son exigent propriétaire. Ses lignes étaient particulièrement fines et élancées, à la manière de son propriétaire. On ressentait une recherche importante dans l’architecture de ce navire qui accosta en seconde ligne contre un des navires à quai.

Faeron ne s’égara pas en conversations oiseuses. Il n’était pas là pour enfiler les perles. D’ailleurs il était habillé de manière très simple dans un de ses djubba noirs particulièrement proche du corps d’un coton noir brossé particulièrement bien fini. Quelques broderies dorées relevaient ses manches tandis qu’un vêtement de soie se trouvait sous cet ensemble extérieur. Deux bottes de cuir crème finissait le tableau. Il se rendit immédiatement au comptoir pour discuter avec son avoué. Il passa au crible les commandes, les premiers chiffres commerciaux et discuta affaire presque toute l’après-midi. Le lendemain il remontrait la côte avec son navire pour arriver plus prestement à la plage de Port Jansen où il débarquerait par barque sur la plage directement pour aller voir comment se déroulait le lancement des fondations du chantier naval.


Dernière édition par Faeron Savarius le Jeu 25 Jan 2018 - 20:06, édité 1 fois (Raison : Erreur d'orthographe de port jansen)
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Mer 17 Jan 2018 - 13:55

Il ne faisait guère beau ce jour-ci, le vent égayant les vagues et les nuages noirs annonçant une mauvaise pluie. Pas très beau jour pour faire un tour du royaume, même si minime... Pourtant une barque s'apprêtait à accoster sur la plage, amenant quelques personnes à son bord. Ah, qu'il avait fait beau ce matin ! Ce midi aussi... Mais là, la pluie semblait vouloir arroser ces terres relativement violamment, et ce en ne s'étant annoncé qu'il y a à peine dix minutes. Juste une averse certainement. Il faudrait juste s'abriter pour éviter de finir aussi trempé qu'un linge au lavoir. Enfin ! Que pouvais-je bien faire ici, me diriez-vous ? Les affaires, comme toujours, mais pas directement au port Jensen. J'avais juste profité d'aller non loin pour faire un tour au chantier naval, juste pour voir l'avancée des travaux et m'assurer que tout allait pour le mieux. Certains avaient réalisé que j'étais leur reine, d'autres moins ; quoi qu'il en soit ils devaient faire comme si je n'étais pas là. C'était assez compliqué puisque d'un côté j'étais habillée comme une voyageuse elfe lambda, de l'autre je me retrouvais sans cesse escortée de chevaliers et d'un archer elfe.

Debout sur le sable, les bras croisés et les cheveux déliés volant au vent, je regardais la barque accoster et ce fut avec un léger amusement que je reconnaissais l'une des personnes présentes dedans. Faeron Savarius... Ce cher commerçant venu de Thaar... Fallait-il que nos routes se croisent, tiens ! Au moins j'allais pouvoir garder un oeil sur lui et apprendre à le connaître. J'étais la reine, Glenn était en campagne militaire, et donc je me devais d'accueillir cette personne comme il se devait - pas à ma manière donc. Je me forçais donc un léger sourire, priant je ne sais quel dieu pour que l'échange - qu'il soit court ou long - se passe bien et soit intéressant, puis m'approchais de la barque désormais arrêtée. Même si je saluais les autres passagers d'un signe de tête, ce fut vers Faeron que je me dirigeais.

"Faeron Savarius ! Il est un étonnant hasard que nos routes se croisent ici. Comment allez-vous ?"
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Dim 21 Jan 2018 - 3:47

L’arrivée sur Port Jensen du navire de Faeron Savarius n’avait rien de particulièrement gai. Il fallait dire que le navire et son équipage avaient traversé une ondée des plus denses avant d’arriver en vue des plages formant leur arrivée. Faeron était resté sur le pont, habillé presque intégralement d’un cuir de marine d’une grande finesse et d’une grande imperméabilité. Habillé presque intégralement d’une combinaison de lin gris en tant que vêtement de corps, il avait passé une tunique de cuir d’un brun sombre sur le haut et un surpantalon de la même matière en bas. Lui qui avait l’habitude de voyager sur les mers avait de toute manière sur son navire privé largement de quoi subvenir à ses besoins d’habillement hydrofuges. Sur sa tête il avait placé un calot de cuir sombre et les gouttes lui dégoulinaient sur le visage et sur les côtés du visage. Si la qualité des pièces de sa tenues ne l’avait trahi, on aurait pu le prendre pour un loup de mer elfique.

Il embrassa du regard la plage encore intacte ainsi que celle commençant à être tourmentée par la main de l’homme tandis que le grand chantier devant accoucher de sa propriété commençait à sortir de terre. Il engloutissait une petite fortune dans les lieux. Lui absorbait tous les frais de la construction, et il fallait bien admettre que de constituer un chantier naval aux capacités équivalente à un tiers de ses actuelles capacités Thaari était un travail ambitieux, même pour lui. Mais Faeron était un homme pétri d’ambition. Il était là pour faire et entreprendre, pour prendre des risques et pour faire basculer la fortune de son côté.

Le navire s’approcha à environ un quart de lieue du rivage avant de jeter l’ancre. Il ne pourrait mouiller plus proche sans prendre de risque. Tout du moins avant que le chenal ne soit dragué. Le roi avait choisi le lieu de construction du chantier Savarius. La zone n’était pas insupportable, mais n’était pas absolument parfaite. Il faudrait beaucoup d’énergie pour draguer puis maintenir la drague dans le sable alentour. Le sable était l’ennemi du marin. C’était une matière traitresse, prompte à s’écouler et à former des dunes sous-marines à l’endroit où l’on ne l’attendait pas. Inversement cela serait un gage de protection pour le chantier pour des assauts maritimes.

Une grande chaloupe fut mise à la mer pour se rendre sur le rivage. Naturellement Faeron faisait partie de l’expédition. A vrai dire il était la seule raison de cette expédition. L’intendant du chantier avait été prévenu de sa visite et de son inspection. Il voulait vérifier que le projet avançait à la mesure des investissements colossaux engagés. Depuis plus d’un mois Faeron renflouait le chantier à grand coup de Souverains, à un niveau bien plus important que les bénéfices de ses commerces, ce qui n’était pas peu dire. Certes il bénéficiait d’une très grande trésorerie, accumulée dans les coffres de ses commerces et palais. Il lui restait encore bien de la marge avant d’atteindre la cessation, et il n’avait pas peur d’investir, mais vu les enjeux, il fallait anticiper les problèmes, donc, aller voir sur place.

L’arrivée sur la plage ne fit aucun problème. Les deux cuissardes de Faeron se plantèrent bientôt dans l’eau saumâtre du bord de plage une fois que la chaloupe fut échouée. Il remonta en quelques enjambée les quelques mètres qui le séparait de la terre ferme, laissant les vagues fouetter ses tibias. Il eut un regard pour le groupe de personnes qui l’attendait un peu plus loin. Initialement il avait cru à son intendant et quelques autres personnes de cet acabit. Bref, du personnel. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il s’agissait en fait d’une escorte entourant ce qui semblait être une voyageuse elfique. Il ne fallut pas longtemps à Faeron pour reconnaitre, malgré les embruns, la reine de ces terres.



"Faeron Savarius ! Il est un étonnant hasard que nos routes se croisent ici. Comment allez-vous ?"

Etonnant était la moindre des choses que l’on puisse affirmer. Faeron eut un sourire agréable pour la reine des lieux. C’était -il fallait bien le dire- une surprise agréable. Visiblement la royauté s’intéressait avec implication au projet. D’autre auraient pu mal prendre de voir les maitres des lieux s’impliquer dans leurs affaires. Faeron n’était pas de cette race-là. Lui accueillait toujours avec beaucoup d’enthousiasme l’idée de communauté d’intérêt. Il aimait et couvait les partenariats. Que la royauté de Naëlis se sente concernée et intéressée par l’accord passée avec Faeron était une excellente nouvelle qui donnerait plus de légitimité et plus de célérité au projet. Faeron ne regardait jamais ses investissements comme une sorte de chasse gardée à protéger de toute influence extérieure. Le monde était ainsi fait que les rois régnaient et les commerçants commerçaient. Il ne fallait pas se prendre pour plus haut qu’on ne l’était pas. Et Faeron était ici sur les terres et son chantier était sous l’autorité finale de la royauté de Naëlis. Cela ne le dérangeait pas tant que les contrats étaient respectés. Au contraire.

A cela s’ajoutait que la reine de Naëlis lui avait déjà semblée loin d’être attachée au protocole la première fois qu’ils s’étaient rencontré. Il paraissait aujourd’hui que la chose se confirmait. Au final elle était dans des habits simples. Visiblement si elle était contente de le voir, peut-être néanmoins l’idée de devoir se conformer à une séance protocolaire ne l’enchantait guère. Faeron n’en savait trop rien car la dame cachait bien son jeu. Faeron élargit un peu plus son sourire qui n’était pas artificiel. Il était sincèrement heureux de retrouver la reine. Tout en faisant une révérence protocolaire mais pas exagérée, il répondit ainsi :

« - Votre Majesté, le hasard fait effectivement fort bien les choses… »

Tout en constatant que la reine l’autorisait à se redresser, il ajouta :


« - Je me porte humidement Votre Majesté… Mais baste… C’est là la destinée de tout armateur… Si cela n’avait été la pluie, cela aurait été la mer ! La vie d’un armateur est entremêlée de terre et de mer… Me permettrez vous d’avoir l’honneur de savoir ce qui vous menait à Port Jensen ? Peut-être étiez vous intéressé par l’avancée des constructions ? »
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Mer 24 Jan 2018 - 14:06

Très protocolaire. Je pense que je ne m'y ferai jamais... Je lui fis signe de se redresser, ne montrant aucunement mon désapointement devant cette habitude que je n'avais jamais réellement prise. Je n'étais qu'une fille de la forêt, même pas élevée dans une cité... et pourtant pas noss. Enfin bref. J'écoutais la réplique de Faeron, mon fin sourire toujours affiché sur mes lèvres.

"Je me porte humidement Votre Majesté… Mais baste… C’est là la destinée de tout armateur… Si cela n’avait été la pluie, cela aurait été la mer ! La vie d’un armateur est entremêlée de terre et de mer… Me permettrez-vous d’avoir l’honneur de savoir ce qui vous menait à Port Jensen ? Peut-être étiez vous intéressée par l’avancée des constructions ?
- Plusieurs choses, Monsieur Savarius. Mais venez d'abord vous mettre à l'abri avec vos hommes, les nuages s'apprêtent à laisser une rude pluie tomber."

En effet, le vent humide commençait à se faire plus fort, faisant danser ma cape. Avant de reprendre lors de notre marche, je me demandais sincèrement pourquoi je l'avais appelé "Monsieur Savarius". J'avais encore l'habitude des traditions elfiques et donc appelait facilement par le prénom de la personne. Peut-être l'étiquette humaine me rattrapait-elle ?

"J'avais quelques affaires à régler dans la région. Rien de dramatique mais je préférais me déplacer. Tant qu'à être près de cette plage, j'étais curieuse de savoir comment le port avançait, s'il y avait des difficultés ou autre. Et voilà que vous apparaissez, à croire que vous saviez que je serais là. Je suppose que vous êtes également venu pour cela ?"
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Jeu 25 Jan 2018 - 20:08

Faeron accepta avec joie de se mettre à l’abri. Les bords de l’Olyenne devenaient  difficiles à vivre alors que le vent commençait à monter. Il fit signe à la chaloupe de regagner le navire. Il suivit la reine, conjuguant son rythme au sien. Elle souhaitait savoir s’il était venu voir le chantier. Faeron fit d’un signe de tête une réponse affirmative.

« - Ce chantier est ambitieux pour vous et pour moi… Je souhaite en effet inspecter ce que deviennent mes investissements et surtout m’assurer que les décisions prises permettront de constituer un chantier capable de produire ce dont vous avez besoin et ce dont j’ai besoin… »

Faeron avait l’impression, peut-être était-ce là une fausse impression, que la reine n’était pas très heureuse de voir un protocole aussi strict que celui de la royauté s’imposer à elle. Il l’avait déjà remarqué lors de ce fameux diner au palais royal où la reine était restée assez silencieuse, certainement déjà fatiguée du protocole.

Faeron n’en était pas certain car la dame se comportait avec la correction d’une reine et ne laissait pas ressortir grand-chose de ses réels sentiments. Mais son instinct lui dictait que cela devait être le cas. Après tout cette dernière semblait être assez purement elfique et ces derniers pouvaient être aussi attachés au protocole qu’ils pouvaient pencher dans l’extrême inverse. Faeron n’avait pas été éduqué à l’elfique. Son père non plus, bien qu’il avait été un elfe au sang pur. Mais la chose avait été rendue complexe par la grande histoire honteuse sur laquelle son père avait été conçu.

Lui avait été éduqué à Thaar et était un purement un sang mêlé. Si son physique penchait franchement vers l’elfique, il n’avait aucunement l’éducation de ces derniers. Et il n’avait jamais cherché à prétendre le contraire. On ne contredisait pas sa nature.

Dans tous les cas Faeron élargit son sourire qu’il voulut le plus aimable possible. Si Sa Majesté souhaitait que les manières deviennent plus décontractées, il lui appartenait de lui faire comprendre qu’il était un être ouvert, mais il fallait que la proposition vienne d’elle. Il ne cherchait pas à prendre trop de risques sur un simple instinct, mais il était prêt à prendre quelques risques, ce qui le caractérisait.

«  - Que Votre Majesté ne prennent pas ma proposition d’une mauvaise manière, il n’est pas ma place de proposer de déroger au protocole, mais j’ai pour habitude de laisser mes principaux partenaires commerciaux m’appeler par mon prénom. J’aime conserver certaines choses simples… Me ferez-vous l’honneur d’accéder à cette proposition en m’appelant Faeron ? »


A aucun instant il n’avait proposé que l’inverse ne soit vrai, il laissait ainsi à la reine le choix de comment elle souhaitait leur discours évoluer.

Leur marche les avait conduits en haut de la dune séparant leur vision du chantier. Pour la première fois Faeron pouvait réellement observer l’étendue du chantier et embrasser son évolution. En effet la vue depuis le large était bouchée par la bruine. Visiblement les baraquements de chantier avaient été montés en périphérie de la zone du chantier. Les arbres avaient été abattus sur l’ensemble de la zone devant accueillir les bâtiments.
Devant leurs yeux plus de deux mille ouvriers, pour la plupart des hommes pauvres mais braves recrutés dans les bas-fonds de la capitale, travaillaient à redonner un avenir à leurs familles qui au moins à présent disposaient d’un toit en dur et étaient blanchies et nourries. Le chantier serait un tri géant pour Faeron et ses contremaitres, qui recruteraient les meilleurs pour les former à la construction navale. Le chantier pour fonctionner aurait de toute manière besoin d’environ la moitié de la main d’œuvre liée à la construction, moyennant de les former à ces nouveaux métiers. Les épouses de ces hommes seraient certainement employées aux corderies et voileries. Les autres seraient remerciés à la fin du chantier. Mais l’activité globale que le chantier amènerait ferait que l’essentiel de ces familles pourraient trouver du travail à proximité.

La chose était cynique, mais Faeron et ses hommes n’étaient pas là pour fournir du travail aux bons à rien du royaume de Naëlis. Il s’agissait d’une transaction donnant donnant entre la couronne et Faeron. Et après tout ils y gagnaient beaucoup, le chantier allait mettre au travail mille personnes qui n’avaient pour le moment aucune perspective concrètes et l’argent qui allait retomber autour allait sans aucun doute décupler l’économie de Port-Jansen.


« - Je constate que le terrassement a bien progressé… C’est une bonne nouvelle. Nous pourrons commencer les travaux de sous-bassement dans les temps… Merissa qui gouverne la zone m’avait indiqué qu’elle souhaitait encercler le chantier d’une enceinte protectrice, je pense qu’il faudrait peut-être envisager de produire cette enceinte dans un second temps. Cela lisserait la charge de travail et facilitera l’accès au chantier pour le temps de la construction. »


Un groupe d’homme remontait du chantier vers la dune sur laquelle Faeron et la reine bravaient les éléments. Il reconnut Georges Pages, qu’il avait envoyé sur place pour prendre la direction du chantier. Il était l’homme en charge de la bonne marche du chantier sur place. Ce dernier avait reçu la reine peu de temps auparavant, il salua Faeron d’une poignée de main et s’inclina devant la reine.


« - Je vois que cela avance… Aurons-nous finit les bordures à temps pour assurer la drague ?

- Nous sommes en retard sur cette partie… Je n’ai pas pu lancer la production sur cale de fonds plats…

- Annulez cette partie du chantier, nous en rapatrierons de Thaar et j’en commenderais des neuves à Thaar.

- Fort bien Monsieur… »


Faeron demanda des plans et un tour du chantier. En utilisant le ton de conversation proposé par la reine précédemment, il proposa à cette dernière d’aller se réfugier en intérieur si elle souhaitait éviter la visite.
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Lun 5 Fév 2018 - 21:51

J'écoutais Savarius tout en regardant attentivement le chantier : la plage, le bois coupé, les très nombreuses personnes ayant pour un temps élu domicile sur ce chantier... Ce n'était pas en Anaëh que j'aurais risqué de voir une chose pareille. En attendant d'être à l'abri, je m'amusais secrètement des talents de commerçant de mon interlocuteur. Je ne savais s'il était sincère dans ses paroles, si elles ne reflétaient que sa façon de travailler ou bien s'il me brossait la manche dans le sens du poil, mais il se débrouillait bien. Malheureusement pour lui - et surtout pour de nombreux autres - j'avais fini par devenir très critique sur ce que les Hommes pouvaient promettre. Cette race n'avait pas du tout le même mode de fonctionnement que les Elfes quand il s'agissait de discuter commerce, quel qu'il soit. Je hochais donc seulement de la tête, lui signifiant que j'avais parfaitement compris ses propos. Nul besoin de grands discours avec moi, j'étais plus une militaire qu'une véritable représentante de la noblesse, du moins comme pouvaient l'entendre les Humains. C'était cela qui me plaisait le plus dans la gestion de Naelis : on avait fait en sorte de ne pas imiter les péninsulaires.

"Que Votre Majesté ne prennent pas ma proposition d’une mauvaise manière, il n’est pas ma place de proposer de déroger au protocole, mais j’ai pour habitude de laisser mes principaux partenaires commerciaux m’appeler par mon prénom. J’aime conserver certaines choses simples… Me ferez-vous l’honneur d’accéder à cette proposition en m’appelant Faeron ?
- Proposition acceptée, Faeron. Sachez que vous êtes également libre de parler plus simplement ; vous parlez à une militaire qui a pris l'habitude d'aller directement au sujet, sans grandes ornementations."

Je ponctuais mes mots d'un sourire, afin qu'il ne prenne pas pour lui la remarque. Enfin si il pouvait, bien sûr puisque je réagissais à sa façon de parler ainsi qu'au fait qu'il ait dit préférer garder certaines choses simples... mais je ne lui faisais aucune remontrance, en gros. Même si je restais méfiante, il n'avait pour l'instant rien fait pour mériter mon couroux - et il valait mieux pour lui de ne jamais le mériter.

Une fois arrivés sur la dune où se trouvait notre toit pour l'averse qui se profilait de plus en plus rapidement, je laissais le thaari regarder ce chantier dans lequel il misait une partie de son argent. Appuyée contre une simple mais robuste table en bois, des chevaliers près de moi, je laissais plutôt mon regard se poser sur le demi-elfe. Qu'il ait eu une éducation elfique ou non, je m'en fichais. Par contre je déplorais franchement qu'il soit dans la politique thaarie. Enfin ! Il fallait bien faire avec. Une fois qu'il eut porté un regard sur son bébé, il reprit la parole.

"Je constate que le terrassement a bien progressé… C’est une bonne nouvelle. Nous pourrons commencer les travaux de sous-bassement dans les temps… Merissa qui gouverne la zone m’avait indiqué qu’elle souhaitait encercler le chantier d’une enceinte protectrice, je pense qu’il faudrait peut-être envisager de produire cette enceinte dans un second temps. Cela lisserait la charge de travail et facilitera l’accès au chantier pour le temps de la construction.
- Une enceinte protectrice ne serait effectivement pas de trop. Nous ne sommes pas si loin de l'Aduram et nous ne savons pas ce qui pourrait en sortir... cela sans compter sur des personnes un peu trop entreprenantes. Sans forcément bâtir de suite, surveillez les alentours. Les cueilleurs de champignons du coin vous serons certainement d'une bonne aide."

Vu la moue étrange que ma dernière phrase sembla suciter, je me mordis la lèvre supérieure en me demandant comment j'allais pouvoir lui expliquer cela. C'était vrai que les cueilleurs de champignons naelisiens étaient uniques en leur genre...

"Ce sont des personnes qui connaissent très bien la forêt alentours et qui savent se battre. Je ne pense pas que leur métier ait équivalent à Thaar."

Arrivèrent alors un groupe d'hommes, dont le directeur de chantier avec qui j'avais déjà discuté moins d'une heure auparavant. Le pauvre ne savait plus où donner de la tête entre ses employés, le chantier en lui-même, la venue impromptue de la reine et l'arrivée de son propre employeur. Il échangea quelques mots avec savarius puis me proposa d'aller à l'intérieur si je voulais éviter la visite. Je regardais le ciel qui semblait être sur le point de pleurer toutes les larmes de son corps, puis l'homme.

"Etes-vous bien sûr de vouloir faire la visite maintenant ? Si oui, je vous suis."

Il ne croyait quand même pas qu'il allait se débarasser de moi comme ça, non ?
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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Les fruits du labeur [Glinaina]   Dim 18 Fév 2018 - 23:14

- Proposition acceptée, Faeron. Sachez que vous êtes également libre de parler plus simplement ; vous parlez à une militaire qui a pris l'habitude d'aller directement au sujet, sans grandes ornementations.

Faeron répondit au sourire de la reine par un de ses propres sourires. Moins forcé celui-ci. Plus naturel au final. Si l’on ne voyait pas trop la différence tant décrypter le vrai du faux semblant était difficile avec lui, cela aurait sans nul doute bon effet sur la reine.

-Une militaire ? J'ignorais. En tout cas c’est parfait…

Tandis que les constatations se poursuivaient, Faeron ne répondit pas grand-chose à la reine. Il resta muet sur les affaires de cueillettes mycologique. Visiblement la souveraine avait fait une indiscrétion. Mais Faeron était de ceux qui avaient appris à ne pas toujours chercher à tout savoir sur tout. Il fallait rester discret, surtout avec ses partenaires les plus importants. On ne pouvait tout savoir sur eux, et inversement ils ne sauraient pas tout sur l’armateur. Mais la confiance se construisait petit à petit. Si l’armateur devait leur faire savoir des choses d’importance ou touchant leurs intérêts, il le ferait. Il espérait que la réciproque serait vraie. Mais pour cela, seul le temps pouvait être juge.

Il ne fut qu’à moitié amusé en revanche par le fait que son contremaitre sur place semblait quelque peu harassé par la présence de son patron. Or dans l’organisation Savarius, le client était roi, et Faeron était empereur. Il était inconcevable qu’on lui manque de respect. Il était également inconcevable qu’on ne présente autre chose qu’une parfaite maitrise de soi, surtout en présence de personnes extérieures. Faeron nota pour lui ce faux pas de son subordonné. Il le replacerait dans le droit chemin en temps et en heure. On lavait le linge sale en famille.

La reine regarda le ciel des yeux à la proposition de Faeron. Ce dernier en fit de même. Sa Majesté n’avait pas tort. Les choses semblaient devenir plus complexes au niveau des intempéries. Dans quelques minutes tout au plus la pluie allait reprendre sur le chantier. Peut-être encore plus battante. Mais cela ne faisait pas peur à l’armateur. Sa famille avait fait fortune dans le bois et dans les navires avant de se réfugier dans les pièces d’or. Il n’avait pas peur des éléments en général, et en particulier pas de l’eau. Ses ascendants elfiques le rendaient naturellement peu prompt à la maladie. A vrai dire il n’avait été malade qu’une fois dans sa vie pour des raisons peu naturelles car on avait tenté de l’empoisonner.


« - Je vous propose de courir jusqu’aux entrepôts du chantier. Depuis le porche de ces derniers nous pourrons contempler la construction des formes de raboub. »


Ils se pressèrent donc d’aller jusqu’au porche. Devant les entrepôts des immenses trous avaient été creusés dans le sol. Plus d'une centaine d'ouvrier entreprenait de construire des échafaudage et d'assurer la finition du fond déjà recouvert de maçonnerie. L'ouvrage était impressionnant. Une noria à la technique très Thaarie avait été construite au devant des formes pour assurer le pompage de l'eau de mer qui suintait par la paroi donnant sur l'océan. Il n'y avait pas nécessité de faire beaucoup d'effort, mais comme l'on approchait de la marée haute, on pouvait voir que l'eau tentait de gagner la bataille contre la paroi de terre qui serait évacuée au profit d'une porte en bois et métal à moyen termes.

De manière générale la zone était presque totalement pavée, ce qui témoignait de l'avancée des travaux dans ce secteur. Devant la reine et l'armateur un plan incliné impressionnant attendait en revanche encore d'être pavé. Pour le moment il ne s'agissait que d'une étendue boueuse pour partie recouverte de pierrades et de graviers. Si les travaux de terrassement avaient effectivement été réalisés, il restait maintenant à en assurer la pérennité.

Faeron et la reine avaient été assez rapides, mais le pauvre architecte et ses coéquipiers, qui avaient été cherché par le contremaitre et qui avaient fait un détour pour aller chercher les documents demandés par l’armateur, furent en revanche surpris par le début de l’averse. Ces hommes plus habitués au confort de la maison de chantier qu’aux extérieurs. Faeron eut un sourire complice pour la reine en regardant ce petit monde s’activer pour les rejoindre.

« - Il est toujours important de faire en sorte que les officiers partagent le commun de la troupe, ne pensez-vous pas ? »

Faeron avait pour règle de faire en sorte que ses architectes sortent sur le terrain. Et si Georges Page, malgré ses mauvaises manières de toute à l’heure, était sans aucun doute de ceux qui devaient passer l’essentiel de leur temps à parcourir physiquement le chantier, Faeron n’était pas certain que le reste des personnes en charge des études se consacrent autant qu’elles le devraient au concret.

On passa les trois quarts d’heure suivants à discuter des matériaux, des formes, des différents bâtiments, des problèmes logistiques, et de bien d’autre sujet. Il était étonnant de voir l’armateur procéder. Il écoutait ses subordonnés donner des réponses mais les empêchaient de se lancer dans des explications trop longues, donnant un simple « je vous fait confiance » pour les arrêter là où il ne souhaitait plus avancer ou « faites m’en un rapport complet » lorsqu’il souhaitait plus d’information. On sentait qu’il avait passé l’essentiel de sa vie à gérer un nombre important de commerces très différents.

Faeron laissa la reine intervenir partout et autant de fois qu’elle le souhaitait dans les débats, bien qu’il ne fût pour le moment question que de problèmes internes au chantier, pour lesquels elle n’avait au final que peu de moyens d’actions. Mais toutes les idées étaient les bienvenues. Cet interlude passé, la pluie avait été poussée par le vent vers l’océan. Si le vent n’avait pas faibli, un soleil brillait maintenant sur la zone détrempée. Faeron gratifia la reine d’un sourire, il en avait fini avec ses troupes.


« - Que souhaitez-vous faire ? Voulez-vous que nous poussions jusqu’au village pour aller solliciter une boisson chaude auprès de l’édile local ? La route qui y mène est agréable et une marche par ce temps nous ferait peut-être le plus grand bien après tant de grisaille… Mes hommes vont s’occuper pendant ce temps de récupérer les documents que je souhaitais récupérer lors de ma venue. Et que comptiez vous faire après votre venue ici ? Songiez-vous à rentrer à la capitale ? Si c’est le cas pourrai-je vous accompagner ? »
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Les fruits du labeur [Glinaina]
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