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 Le blanc et le noir

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Faeron Savarius
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MessageSujet: Le blanc et le noir   Lun 15 Jan 2018 - 1:25

Le Blanc et le Noir





1er jour de la 4ème énnéade de Barkios de la 10èmeannée du XIer cycle,
Ville de Thaar,


Une nouvelle matinée d’un printemps dont la douceur était renforcée par un réchauffement du climat des affaires. Terré dans son immense bureau aux grandes vitres tournées plein sud l’armateur recevait quelques-uns de ses proches collaborateurs pour une discussion sur certaines problématiques liées à ses activités d’usure. Les défauts de paiement étaient en hausse sur le dernier mois et l’on pouvait observer une certaine hausse des demandes pour des prêts de petite taille. On débâtait dans la pièce de savoir s’il s’agissait là d’un signe d’un début de faiblesse commerciale à Thaar qui nécessitait une réduction progressive des risques pris ou s’il s’agissait simplement d’une phase en sortie d’hiver rude où la production n’était pas nécessairement en ligne avec les attentes et où donc les négociants empruntaient pour permettre de passer un trou de trésorerie lié à de mauvaises recettes hivernales.
 
Aegnorar Borndelvar, une elfe aux manières particulièrement Thaari et qui était la comptable générale des activités d’usure de Faeron et membre du premier cercle était entourée de Jean de Waners, un humain maigrichon d’une soixantaine d’année, Diel-fela, un drow à la musculature sculptée et visiblement très imbu de sa personne et Enthasleon Quenandlar, un sang mêlé elfique discret. Ces trois derniers étaient membres du deuxième cercle et dirigeaient d’immenses bureaux d’usure. Les activités d’usure de Faeron étaient ainsi pensées qu’il prêtait de grosses sommes d’argent par l’intermédiaire d’Aegnorar à d’autres usuriers qui eux prêtaient à d’autre, etcetera jusqu’au petit marchand. Les petits prêteurs n’étaient ainsi pas des employés directs de Savarius mais étaient des sortes de franchisés. Cela diluait le risque et permettait aussi de rendre le chemin de l’argent plus difficile à suivre pour qui n’était pas dans le réseau Savarius. De toute manière il fallait bien trouver des manières de déléguer. L’argent ne faisait pas des petits tout seul.
 
Faeron laissait ses sbires discuter pour le moment. Il aimait laisser la parole à ses accolytes pour entendre leurs idées et leurs débats. Ce n’était pas systématique, ce n’était pas avec chacun de ses assesseurs. Mais entendre plusieurs sons de cloches, trier les informations et utiliser avec prudence et habileté l’intelligence de ses troupes étaient l’âme d’être un bon capitaine d’industrie, y compris dans l’usure.
 
« - Vous savez bien que chaque hiver provoque ce genre de mouvement Diel-fela… Nous ne pouvons nous résoudre à stopper nos prêts pour une inquiétude passagère, terminait d’expliquer avec beaucoup de calme et de tenue l’humain au costume de satin orange brodé d’or.
 
- Qui parle de stopper totalement nos ouvertures d’usure, lâcha le drow un brin agacé. Je parle ici de nous limiter à de petites lignes pour un certain temps.
 
- Et rater le besoin qui va ressortir sous peu de beaucoup de financement pour la reconstruction de la Péninsule ? Si nous jouons bien nos cartes, mes contacts en Péninsule pourraient être à la pointe du financement, ajouta l’homme.
 
- Ne serait-ce pas prendre un risque important ? demanda le sang mêlé elfique resté pour le moment dans un grand mutisme. Je pensais que l’usure était interdite en Péninsule.
 
- Elle l’est ! fit Jean de Waners avec un sourire malicieux. Mais cela ne m’empêche pas de prêter déjà en Péninsule… Ils se rappellent en revanche plus volontiers des interdictions lorsque nous cherchons à collecter. Il ne faut pas prêter au premier venu… »
 
La conversation se détourna vers la Péninsule et la difficulté d’y commercer l’usure. Faeron n’écouta plus trop et s’éloigna un peu des grands coussins dans lesquels chacun s’étaient installé pour se rapprocher de des fenêtres. Les volets n’étaient plus fermés en ce début de printemps. Même en ce bord de mer venteux, la température en pleine matinée était très agréable. Le vent était léger et il apprécia de sentir la bise frotter la peau de son visage imberbe. Il fronça les sourcils pour regarder vers l’est et apercevoir sur les hauts de la ville le palais de la dame blanche. Il n’était pas le plus imposant des palais que la ville accueillait. Il ne ressortait pas de la ligne de la ville aussi nettement que celui de Faeron, qui avait eu l’audace et peut-être la folie de le placer littéralement au milieu du port. Après une collation très austère il monterait à l’assaut du versant sur lequel le palais était installé pour rejoindre l’entrée de la demeure de la dame blanche. Car cet après-midi il avait rendez-vous avec cette dernière. Une première, aussi étrangement que cela pouvait être. Car leurs commerces avaient des similitudes et le père de Faeron avait eu bien des relations avec la dame. Lui avait eu des relations plus éloignées et il ne s’était croisé que rarement et poliment, lors de diners mondains.
 
Faeron revint à la discussion tout en retournant physiquement à proximité de ses sbires, s’asseyant en tailleur sur le tapis richement décoré, refermant le cercle que les autres formés, assis sur leurs grands coussins. Faeron appréciait le luxe et le confort, mais pouvait parfois s’en éloigner. Sur la table basse au plateau en or fin se trouvait une théière géante en cuivre qui formait un Hanglyosi cabré. Le travail était superbe. Des petits verres de cristal aux motifs colorés rappelant des vitraux miniatures entouraient la théière. Faeron fit le service du thé. N’importe quel autre prince marchand ou grand propriétaire de Thaar aurait certainement laissé faire un esclave ou un serviteur mais Faeron n’avait presque jamais de serviteur dans ses appartements privés lorsqu’il s’y trouvait. Encore moins dans son bureau lorsqu’il parlait d’affaires d’importance. Pour Faeron le luxe était également de pouvoir gouter à la vraie solitude et à l’espace dans une position de pouvoir comme la sienne.
 
Le thé chaud servi, il passa les tasses à ses acolytes. Il jeta un œil à la complexe et discrète horloge hydraulique qui occupait un bout de mur. Elle coulait dans une rigole se vidant dans un petit bassin se trouvant au centre de la pièce au fond duquel une mosaïque superbe servait d’arrière-plan à la danse de quelques poissons aux couleurs intenses. La réunion approchait de sa fin. Les trois hommes mangeraient avec Faeron et Aegnorar avant de retourner vers leurs grands hôtels particuliers respectifs en ville. Aegnorar elle travaillait au palais, à un étage inférieur. Elle possédait également un hôtel en ville, mais les membres du premier cercle de Faeron avaient tous leurs bureaux et un appartement au palais de Faeron. Ainsi les avait-il sous la main. Ainsi également pouvait-il les garder jusqu’à tardivement dans la nuit si une affaire nécessitait leur présence et pouvaient-ils rester dans leurs appartements pour éviter une course nocturne dans Thaar.
 
Faeron clôtura les débats en annonçant qu’il donnait pour instruction de diviser d’un tiers le financement de nouvelles usures pour le mois prochain et qu’en compensation le produit d’usure du prochain mois pourrait être réinvesti intégralement, qui n’attendrait pas de paiement à son trésor pour le mois prochain. Faeron expliqua qu’il souhaitait consacrer une partie de sa trésorerie et de ses capacités d’investissement dans des projets de ses activités d’armement maritime d’une part et dans l’accélération de la construction d’un chantier naval à Naëlis d’autre part.
 
On but le thé, dont le goût était à nul autre comparable… Faeron disposait de sa propre ferme dans les sept monts et faisait grand cas de la qualité de ses boissons chaudes à base de plantes. On sortit sur la terrasse pour profiter des jardins suspendus. Le déjeuner chez Faeron se prenait presque toujours dans les jardins lorsque l’on faisait partie de ses amis ou de ses proches collaborateurs (ou les deux). Les invités, les étrangers et les partenaires commerciaux avaient le droit à des salles à manger d’apparat, des buffets ou des banquets dans les étages inférieurs. Selon la mode des invités habituellement. Car chez Faeron comme chez tout bon marchand, le client était roi.
 
Là, dans ce premier et second cercle de collaborateur, le temps n’était pas à la séduction ou au marchandage, il s’agissait bien plus de les faire adhérer à une forme de famille au centre de laquelle se trouvait Faeron Savarius. Seuls quelques initiés avaient le grand honneur de partager un repas avec Faeron au dernier étage du palais, dans les appartements privés de Faeron. Cela était réservé à des amis extrêmement proches et à ceux qui partageaient la couche du richissime sang mêlé – et encore-.  Au final cette notion de cercles dans l’organisation Savarius, ces notions d’étage dans cette pyramide de jardins suspendus qu’était le palais maritime, tout cela obéissait à un code inavoué et à un protocole complexe formant presque un jeu de cour autour de la figure du maitre des lieux. C’était né autant de l’état d’esprit de Faeron que d’une nécessité de délégation efficace de ses nombreuses activités économiques en gardant à l’esprit qu’il préférait que la main gauche de son empire industriel et financier ne sache pas nécessairement ce que faisait la main droite. On n’était jamais trop prudent.
 
Le repas fut pris avec tranquillité. Faeron et Aegnorar mangèrent peu. Les autres bien plus. La table de Faeron était toujours un moment de régal pour les yeux, le nez et la bouche. Sans compter que la vue sur la ville était absolument unique car étant presque le seul bâtiment à faire face à la ville si l’on excluait les brises lame et les phares. A cela s’ajoutait que les jardins du palais étaient à la hauteur d’un sang mêlé elfique spécialisé dans le commerce du bois.
 
Il retourna ensuite dans ses appartements privés pour une toilette rapide et un habillage. Aussi étrange que cela puisse être, Faeron allait rencontrer la dame blanche mais lui avait pour habitude d’être souvent habillé en noir de la tête au pied. Peut-être était-ce là l’instinct d’un homme à qui il arrivait de jouer les assassins avec ses ‘oiseaux de nuit’ ou simplement un jeu de couleur permettant de rappeler le noir de jais de ses cheveux et des sourcils. Il s’habilla donc en noir, se contentant pour casser la chose de porter une cape à l’intérieur blanc et des bottines blanches. Il aimait jouer des contrastes, y compris avec ses hôtes ou invités.
 
Descendant les nombreux étages de son palais, il s’autorisa à sortir par l’entrée monumentale et normale où se pressait un grand nombre d’employés entrant ou sortant du palais et des clients ou fournisseurs venant discuter affaire avec des employés de Faeron. Entouré de ses gardes et vu la vitesse de sa marche, il ne fut pas abordé par des gens. Il salua au passage tout de même de quelques signes de tête quelques employés qu’il avait reconnus. Il n’aimait pas trop se montrer inaccessible non plus. Encore une fois les contrastes…
 
Les grands jardins devant le palais étaient des jardins quasi-publics. Quasi seulement car seules les clients, fournisseurs ou employés de Faeron y avaient accès. Mais bien des personnes se trouvaient au jardin. Il autorisait même ces derniers à venir le parcourir avec leurs familles en journées de fin d’énnéade. Si les jardins suspendus étaient réservés à ceux disposant des droits de passage dans les différents étages, ces droits étant de plus en plus réduit à mesure que l’on montait en hauteur, le parc devant le palais qui était aussi grand que le palais lui-même était bien plus populeux. Si le parc était très beau, les végétaux bien entretenus, toutes les espèces présentes étaient communes tandis que les jardins suspendus regorgeaient eux d’espèces rares de végétaux.
 
Le carrosse qui remonta Faeron vers le haut de la ville était relativement simple. Il aurait pu ressembler à un carrosse de n’importe quel autre marchand moyen de la ville. Les petits marchands préféraient les chaises à porteur, car dans un endroit aussi chaud que l’Ithri’Vaan avoir des bêtes pour tirer un char ou un carrosse était déjà un luxe réservé à des commerçants de moyenne ou grande importance.
 
On s’arrêta devant la porte du palais de la dame blanche et on s’annonça...
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Milynéa Lythandas
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Sam 24 Fév 2018 - 20:14

Ce matin-là, la Dame Blanche avait rassemblé une partie de sa clientèle pour discuter des projets à venir, mais en l’occurrence, il ne fut aucunement question d'arts ou de divertissements. Pour comprendre la nature de ces clients, il faudrait creuser au-delà de la surface et de ce que la Princesse-Marchande mettait en avant, de ces artistes, ces troupes et ces maîtres, ces œuvres et ces divertissements dont elle était devenue la principale pourvoyeuse et grande mécène, ne pas s'éterniser sur les propriétés annexes et stratégiques ou historiques, tels les vignobles ou l'une des rares et précieuses cales-sèches acquises ou construites par son grand-père et figurant encore à ce jour au titre des possessions intéressantes – à distinguer de ce qu'elle avait pu vendre lorsque la rentabilité n'avait plus été satisfaisante – sur les commerces et activités secondaires, ébénistes en tête, et autres artisans particuliers dont elle avait créé ou acquit le commerce pour les intégrer à son domaine et voir ce qui constituait le cœur du réseau d'influence dont elle disposait, à Thaar principalement, mais également disséminé dans tous les ports d'importances de la Mer Olienne.

C'est dans cette troisième strate qu'évoluaient les marchands et propriétaires, à la périphérie tout en demeurant à l'extérieur, et ici que se trouvait la principale clientèle du personnage politique qu'était la Dame Blanche, non de la marchande – bien qu'il y ait évidemment une dimension lucrative là-dedans. Qu'elle ait investit dans leurs affaires et en perçoivent, contribuer à leurs succès et récolte une part de cette dernière ou qu'elle reçoive une somme régulièrement pour intégrer et demeurer dans ce réseau, elle offrait à cette clientèle plusieurs avantages... Tout d'abord, une participation à ses projets, ce qui n'était pas dénué d'intérêt, ni pour elle, ni pour eux – lorsqu'on se présente pour faire affaire, et qu'on amène avec soi une dizaine d'autres investisseurs, cela peut permettre d'augmenter ses chances et ses gains tout en réduisant sa propre part, et eux bénéficiaient, sous certaines conditions, de l'aura et de la garantie que pouvait représenter une Princesse-Marchande. D'autres parts, et surtout, elle était l'oreille attentive et le relais qui pouvait permettre à leurs doléances et leurs plaintes de remonter jusqu'au Joyau, pour faire simple, contre une « modeste » contribution, elle se faisait leur représentant au sein de la plus haute instance de Thaar...
Et évidemment, l'accès au réseau et à ses membres avait son intérêt pour les affaires...
Cela conférait à la Dame Blanche une source de revenus et d'influences non négligeable, et la véritable source de son pouvoir dissimulée derrière le voile publique qu'elle contribuait à financer de grande mécène, pourvoyeuse de divertissement et contributrice à l'art et à la culture thaarie, dont les formes variaient énormément, des musiciens et chanteurs dans les tavernes, des troupes et spectacles dans les rues, offertes généreusement à la population, jusqu'aux troupes professionnelles et aux grands maîtres qu'elle entretenait et louait aux plus fortunés.

Recevoir cette clientèle, évoquer le voyage futur qu'elle envisageait, définir ceux qu'elle emmènerait dans ses bagages avant de s'entretenir avec certains individuellement, sur des affaires plus personnelles, voilà ce qui occupa sa matinée, jusqu'à l'arrivée du « Jeune » Savarius dont la visite était prévue ce jour, suite à la proposition qu'elle lui avait faite par l'entremise d'Eärnil et à l'occasion de son départ, en compagnie d'Arthur, bien que ce dernier n'ait été qu'un prétexte. Ce jour demeurait dans sa mémoire, alors que resurgissait le regard blanc du dragon posé sur elle.
Sortant de la vaste salle où elle venait de recevoir, elle se dirigeant tranquillement vers le salon qu'elle avait choisit pour discuter avec l'ambitieuse personnalité que semblait être le « Jeune ».

Ce dernier, lorsqu'il s'annonça, fut accueillit par un serviteur dont la moitié du visage était tatouée, et au sein des courbes et des lignes d'encre élégante dans lesquelles on pouvait deviner d'anciennes marques se distinguaient le corbeau des Lythandas. C'était une ancienne pratique encore en vigueur chez certains, allant bien au-delà du marquage qu'on pouvait assimiler à celui du bétail. Évidemment, cela permettait de connaître le propriétaire actuel, voir de deviner les précédents quand, comme chez celui-ci, les marques étaient incorporées sans être effacées. Cela servait également à identifier certains caractères chez une personne, le plus souvent les mauvais payeurs, les voleurs ou les serviteurs à la loyauté légère... C'était un jugement visible, en principe permanent dans ces cas.
Milynéa adaptait le tatouage, le rendant plus ou moins discret selon le rôle qu'avait l'esclave et l'incidence qu'une telle pratique pouvait avoir sur son travail, mais, d'une manière ou d'une autre, tous les esclaves de la Dame Blanche portait sa marque.

Il invita, après que des gardes aient ouverts les portes, Faeron et ses compagnon à le suivre à travers une grande cour dans laquelle discutait encore les marchands et propriétaires, par petit groupe, ou attendant leurs porteurs pour quitter le palais, jusqu'à l'imposant escalier qui les séparait encore de l'entrée. Le Palais des Lythandas n'était certainement pas le plus impressionnant des palais de Thaar, n'ayant subit que peu de modification depuis son édification un siècle et demi plus tôt, et dont les extensions commandées au fil des décennies précédentes l'avaient été avec ce souci de préserver l'élégant mélange entre architecture nisétienne et thaarie d'époque, et de ne pas faire ombrage à la partie historique.
Certains se complaisaient à bâtir le plus grand, le plus vaste, le plus haut... Milynéa n'avait cure de cette rivalité comparable à celle de jeunes hommes comparant leurs virilités. L'aspect autant que la réalité de ses racines anciennes était à ses yeux un symbole plus important... Les Lythandas s'inscrivaient ainsi plus profondément dans les fondations de la cité.

L'escalier, quant à lui, était une lubie de son grand-père... L'effort qu'exigeait son ascension autant que l'aspect écrasant que prenait la façade du palais ramenait même les plus puissants à leurs simples conditions et ils devaient le surmonter avec humilité et dignité ou se ridiculiser en en appelant à l'aide de leurs serviteurs. Il existait évidemment des accès secondaires mais leur usage était strictement réservé aux habitués et aux résidents.
Au-delà, le hall était un espace vaste et ouvert, la lumière y jouait un grand rôle et la décoration autant que les motifs, entre les mains d'une artiste comme l'actuelle propriétaire, étaient choisi et placé à dessein pour mettre en valeur les œuvres qui s'y trouvaient. Les couloirs qu'ils parcoururent par la suite, donnant sur diverses salles, étaient parsemés d’œuvres aux thèmes et à la nature variées, s'inspirant de plusieurs cosmogonies ou de périodes historiques réelles ou mythiques, en peinture autant qu'en tapisserie, chacune mise en valeur par la lumière de quelques bougeoirs avec un soin tel qu'il devenait évident qu'il n'y avait pas là qu'une galerie d'exhibition.
Ce couloir avait été aménagé spécialement pour les invités, menant aux divers salons à thèmes et autres salles de réceptions tout en évitant des couloirs emprunter par le personnel et les autres occupants d'un palais bien plus vivant et accueillant qu'il n'y paraissait, surtout dans ses ailes où elle avait prit grand soin d'aménager des espaces de travail particulier.

Ils parvinrent jusqu'à l'un de ses salons, le plus important aux yeux de la Dame Blanche, d'où provenait le chant d'une harpe dont les doigts experts improvisaient note après note. L'endroit était grand, et très lumineux, donnant sur un grand balcon, qui, de l'avis de Milynéa, donnait sur la plus belle vue de la ville puisqu'on surplombait la ville elle-même, et qu'il donnait sur l'Olienne et le port pour le lointain, mais également sur son jardin aux statues verdoyant et dans lequel était immortalisé le fruit de son art. Mais la véritable particularité de ce salon était la grande fresque qui occupait l'intégralité d'un de ses murs et représentant, avec détail et précision cette même vue de la ville et de son port, plus d'un siècle auparavant, tant et si bien qu'à contempler la fresque puis la vue, on pouvait prendre la mesure des changements qu'avait connu la cité.

Dans un coin de la pièce, la harpiste dont on avait pu percevoir les notes dans le couloir jouait pour sa maîtresse tandis que dans une autre partie de la vaste pièce comportant tables et coussins, un jeune homme manifestement très concentré jouait contre un homme proche de la trentaine dont les traits révélaient des origines péninsulaires.
Auprès de la fresque, dans un divan se trouvait la Dame Blanche, et derrière elle son plus impressionnant garde du corps, le colossal hybride Ryltar, dont le tempérament et le talent avait coûté la vie dans le meilleur des cas, l'habilité à faire leur travail dans le pire, à de nombreux portes glaives et à quelques unes des fines lames de la cité au cour de rixe ou de dispute se concluant en duel sanglant qui avait lieu lorsqu'ils n'étaient plus en service.
La Princesse-Marchande se leva pour l'accueillir, portant l'une de ses robes dont les motifs imitaient avec naturel des écailles de bronze et d'or, sous la vigilance de son protecteur.

« Bienvenu Maître Savarius, et à vous autres. Il y a suffisamment de sièges ici » tout en désignant d'un geste de la main qui semblait flotter gracieusement l’espace légèrement à part où les deux joueurs avaient momentanément interrompus leurs parties. « pour chacun d'entre vous, pour vous épargner l'inconfort de notre discussion. » Puis à son invité véritable. « Pardonne moi de n'avoir pas pu t'accueillir personnellement, mais comme tu as dû le remarquer, de nombreux invités ont exigé mon attention particulière... Mais je t'en prie, installe toi.»

Elle l'invita d'un geste d'ouverture, sans toutefois esquisser de pas vers la place qu'elle venait de quitter. Certains invités, découvrant cette pièce pour la première fois, prenaient souvent un temps pour profiter de la fresque, et sachant cela, elle avait depuis longtemps prit l'habitude de ne pas contraindre ceux qu'elle recevait, et avait raconté de très nombreuses fois l'histoire de cette dernière.
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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Ven 2 Mar 2018 - 1:06

Quel ravissement pour l’esprit que de découvrir des lieux nouveaux, au plus proche de chez soi. Faeron connaissait très bien sa ville, aimant fleurter incognito avec la foule, se promener dans les ruelles et les avenues d’une ville en constante évolution. Thaar avait ceci de particulier que cette ville disposait de racines profondément enracinées dans l’Histoire, une culture propre, mais une culture en perpétuelle évolution. Certains principes ne changeaient pas, mais le reste fluctuaient. A ce titre la ville était le reflet de cette âme vibrante qui continuait à évoluer et les rues, les bâtiments, les jardins, tout changeait au gré des fortunes de ses habitants.

Faeron était venu plusieurs fois dans ce palais, la plupart du temps comme invité mondain pour une inauguration d’une énième œuvre d’art soutenue par la maitresse des lieux. Il fallait dire que la Dame Blanche savait y faire. Faeron se considérait comme un homme de goût disposant d’une certaine finesse, mais il était un nain au colosse que représentait Milynéa Lythandas dans le métier de l’art. La Dame avait certainement une connaissance presque encyclopédique de plusieurs centenaires d’art à Thaar et dans tout le continent.

La cour que Faeron traversa à la suite d’un esclave aux tatouages suggestif était très élégante. Tout était conforme à ses souvenirs. Sans aucun doute la Dame Blanche était-elle bien moins portée sur le gigantisme que Faeron. Mais il fallait dire que la Dame Blanche n’avait plus rien à prouver. Elle faisait pour ainsi dire partie des meubles… Faeron en comparaison était la progéniture d’un couple ayant agrégé le ressentiment et l’ambition d’une famille Thaarie en faillite et d’un elfe issu d’une union contre nature. Il traversait cette cour sans jalousie, sans non plus de haine ou d’espoir, mais avec la conviction d’un homme sachant qu’il avait mis le vent dans ses voiles et qu’à présent il fallait tenir le cap.

Cet endroit était aussi historique que le palais de Faeron était moderne. Chaque pierre ici était d’un autre âge, chaque pierre du palais de Faeron n’avait pas encore eu le temps de s’émousser à la lumière du soleil. Non vraiment on ne jouait pas la même musique entre le Palais Maritime et le Palais des Lythandas… Mais c’était tant mieux. Il n’y avait pas vraiment de compétition possible entre Faeron et la Dame Blanche. Leurs trajectoires étaient parallèles… Le meilleur exemple était l’escalier d’entrée dans le palais. Celui du palais de Faeron était haut de seulement une quinzaine de marches et était large de plusieurs centaines de mètres. Les marches étaient larges de deux mètres et ressemblait plus à des plateformes. Il ne fatiguait pas les invités. C’était un parvis bien plus qu’un véritable escalier d’accès. Sa vocation était esthétique pour donner un terrassement agréable à l’œil à la monumentale pyramide en escaliers recouvertes d’une luxuriante végétation.

Ici en revanche l’escalier était là pour fatiguer le visiteur et lui donner un effort physique conséquent avant d’arriver auprès du maitre des lieux. Faeron trouvait cela quelque peu impoli et assez mesquin. Lui n’en avait cure, il était dans une forme olympique et aurait pu descendre et remonter l’escalier quatre à quatre quelques fois avant de sentir son cœur accélérer. Mais la tactique, aussi usitée que sacrément douloureuse pour les personnes âgées, n’étaient pas dans l’esprit de Faeron le signe d’une grande classe. Si l’on avait besoin de descendre à des subterfuges de ce genre pour rendre humble le visiteur, c’était vraiment qu’on ne devait pas beaucoup chercher à faire peur…

Il garda ses réflexions pour lui et se contenta de suivre le serviteur en esquissant un petit sourire amusé à ses pensées. Sourire qu’il perdit à nouveau en entrant dans le palais. Le hall était également comme dan ses souvenirs. Grand et beau. Les œuvres qui composaient l’entrée avaient visiblement bien changées depuis la dernière fois que Faeron soit venu. Il fallait dire qu’entre les réserves et les achats, il devait y avoir moyen de faire tourner les œuvres d’art dans ce palais.

On continua à fouler du pied de longs couloirs aux murs toujours recouverts de pièces d’une incroyable beauté. De ce point de vue l’on ne pouvait vraiment rien dire… La Dame avait vraiment des tentacules bien entrainés pour arriver à ramener à elle chacune des pièces d’art majeures devant être façonnées dans le continent.

Et finalement on arriva là où Faeron était attendu. Un salon très agréable dans ses proportions, son aménagement et son ambiance. Le plus amusant était que la vue de ce salon était très tranquillement l’exact opposé de ce dont Faeron disposait dans son propre palais posé sur la baie. D’ailleurs il nota avec amusement que sa petite pyramide côtière était bien visible depuis la vue. Finalement la Dame Blanche et Faeron étaient voisins de panorama. Elle embrassait la ville depuis la colline. Lui faisait face à la ville depuis la mer. Drôle de métaphore finalement. Le palais de la Dame Blanche semblait trôner en surplomb de la ville sans réellement ressortir du paysage. Le palais de Faeron était visible de tous et semblait faire face à la ville, comme pour bien montrer à cette dernière qu’il était à l’assaut.

Le plus amusant était qu’au mur une fresque retraçait l’état du paysage à ce qui devait être la construction du palais, plus d’un siècle en arrière. Et finalement ce qui ressortait comme le nez au milieu de la figure était que la baie était auparavant simplement cintrée de quais, avant qu’il ne l’investisse de son palais. Le but recherché était décidément atteint. C’était très « nouveau riche » dans le ton et très moderne dans la forme. Cela lui allait à ravir.

Faeron écouta un court instant la harpiste avant de se diriger vers la maitresse des lieux, qu’il finit par constater être dans l’immense salon, sur un canapé et protégé par un autre colosse, de muscles celui-là. C’était étonnant. Faeron ne recevait presque jamais ses invités avec des gardes, tout du moins n’étaient-ils pas immédiatement à ses côtés et si visibles... Mais peut-être cela lui jouerait-il un tour un jour. Aux signes de la dame, le secrétaire et le garde de Faeron, qui de toute manière n’avait pas vraiment lieu d’être là et avait suivi simplement parce que Faeron avait oublié de les renvoyer plus tôt, s’écartèrent pour aller s’asseoir à distance.

Faeron constata que la dame ne souhaitait pas nécessaire s’asseoir.


« - Merci Milynéa… J’apprécie ton accueil. Que dirais-tu d’aller nous installer sur ton balcon ? Chaque fois que je viens ici j’ai un faible pour ta vue… Je vois tant la ville de par le bas, que la voir par le haut me change un peu… »

Il avait fait un sourire assez irrésistible à la dame. A la fois sympathique et complice. Il ne s'agissait pas d'un sourire téléguidé et faux, il était tout ce qu'il y avait de plus naturel. Faeron, malgré ses tares et son ambition, avait pour lui d'être un personnage sympathique. Nul n’ignorait les ambitions du jeune demi-elfe. Et sans nul doute la dame Blanche se doutait-elle qu’il ne s’agissait pas seulement de vue qu’il regardait par le bas, mais également un certain conseil. Une perche était tendue.

« - Quel dommage que nous n’ayons pas pu nous voir plus souvent. Finalement je ne pense pas t’avoir vu depuis la mort de Papa. Il faut dire que j’ai été très occupé ces dernières années. Mais je constate que depuis ma dernière venue les choses n’ont guère changé ici. On ne sait plus où poser les yeux… »
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Milynéa Lythandas
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Mer 7 Mar 2018 - 22:15

Certains voulaient se perdre dans une vision du passé, d'autres souhaitaient, comme Faeron, contempler la ville sous un regard que peu pouvait offrir et qu'elle accordait, partageant ce présent qu'elle reçut plus d'un siècle plus tôt de son père. Elle l'invita à se rendre sur le balcon d'un geste, pour approuver son choix, et lui emboîta le pas, son propre regard balayant d'abord, à proximité, son jardin où reposait ses œuvres personnelles, avant de cueillir le vaste panorama qui s'ouvrait à eux.

« Et pourtant, les choses changent constamment, parfois dans quelques détails infimes échappant aux regards distraits ou dépourvus du recul nécessaire pour les apprécier. Notre belle cité s'épanouit, se métamorphose par petite touche, de même que mes œuvres gagnent ce que chaque apprenti épanoui apporte comme nouveauté. Néanmoins, comme il existe certains artistes pour apporter une plus grande contribution à l'art, il existe des hommes pour vouloir apporter de plus important changement à cette fresque magnifique et vivante qu'est notre cité. »

Tout en disant cela, elle semblait en particuliers attirer son attention sur ce qui ne pouvait pas lui avoir échapper, son palais maritime. La remarque semblait dépourvu du moindre jugement, laissant Faeron incapable de juger sur la base de l'intonation si elle approuvait ou appréciait ou non cette nouvelle construction.
Mais surtout, elle le laissait à son tour se demander si elle ne parlait effectivement que d'architecture et de paysage lorsqu'elle évoquait les changements. Elle n'ignorait pas les ambitions et les idées qui devaient occuper l'esprit d'un homme qui déployait tant de moyens pour ne plus dissimuler la réussite de ses affaires. De même qu'elle le savait particulièrement actif et remuant, se déplaçant régulièrement. Mais tout comme il était impossible de déterminer si elle appréciait ce palais maritime, comprendre le double sens ne permettait pas d'estimer l'opinion qu'elle se faisait de ces vues.

« Il semble que tu ais décidé de te passer de cette vue pour contempler la cité, et particulièrement son port, de plus haut. Je me suis d'ailleurs posé une question à ce sujet, si tu désires et apprécies tant de la voir de haut, pourquoi t'être installé dans le port ? »
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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Jeu 8 Mar 2018 - 22:45

Faeron eut un sourire qui s’écarta au fur et à mesure que la dame parlait. Un sourire se voulant un peu complice puisqu’elle joignait le petit jeu auquel il s’était prêté. L’elfe lui répondait tout en finesse en continuant l’allégorie de l’urbanisme. Etait-il allé trop vite ? Il ne le croyait pas. Avait-il des ambitions dont le style architectural était à la mesure, c'est-à-dire quelque peu démesurées et se voulant être différentes de ce qui s’était fait par le passé dans cette ville ? Sans aucun doute. Faeron avait beaucoup de défauts. Il ne pouvait prétendre non plus à la finesse d’action de son hôte. Mais il avait pour lui d’être une personne qui, s’il pouvait donner l’impression d’être un flambeur et un parvenu, était dans le fond très raisonnable et calculateur. Pour cacher ses réelles faiblesses, il s’en était inventé de nouvelles, publiques et sues de tous pour brouiller les pistes.

Il embrassait la ville du regard depuis le balcon. Il était heureux et fier de ce qu’il avait accomplis. Mais il était aussi absolument convaincu que ce n’était qu’un pas vers un plan et des volontés plus grandes encore. Tout dans la vie n’était qu’étapes. En cela sa psyché était bien plus proche de son sang humain que de son sang elfique. Malgré sa longévité, qui naturellement semblait partir pour être très longue, il agissait comme si son espérance de vie était celle d’un humain. Peut-être finalement était-ce cela l’adolescence elfique ? Arriver à se rendre compte que, contrairement aux autres créatures autour de soi, le temps n’avait pas d’emprise sur soi. Faeron avait souvent l’occasion d’y réfléchir. Car la notion d’immuabilité avait quelque chose de contre instinctif. Avoir la même durée de vie que des montagnes ou des continents tout en ayant plus de point commun avec les êtres vivants sur tout le reste. Et voir précisément ce reste s’éteindre autour de soi…

Faeron ne savait pas précidément si le sang elfique avait pris le dessus sur sa personne. Physiquement il était équilibré, mais il n’était encore jamais tombé malade, récupérait de ses blessures avec une rapidité stupéfiante même pour des critères elfiques et n’avait plus évolué d’un iota depuis plusieurs années. Les conditions mêmes de sa naissance lui étaient inconnues. Quels subterfuges et quels remèdes son père avait-il expérimenté pour se guérir de la malédiction d’infertilité qui lui était tombé dessus. Les couleurs artificielles de ses iris rappelaient à Faeron chaque fois qu’il se regardait dans une glace qu’il était l’hybride quelque peu artificiel d’un couple improbable. Pour ne rien arranger au brouillard d’identité dans lequel Faeron opérait, son père avait commis le suicide à la mort de sa mère, ne pouvant imaginer vivre sans celle qu’il avait tant aimé. Pour un elfe pourtant le père de Faeron sortait de l’adolescence. N’était-ce pas ce manque de maturité, l’absence totale de cadre dans lequel vivre son enfance, et les terribles conditions de sa naissance, qui avaient eu raison de son envie de vivre. Le plus grand cadeau qu’il avait fait à Faeron était que malgré ses limites, son père lui avait communiqué une envie de réussir et une envie de profiter de la vie à nulle autre commune.  Et sa mère n’avait rien fait d’autre que d’en rajouter une surcouche d’ambition encore plus élevée.

La dame posa la question de savoir pourquoi Faeron avait décidé de se poser dans le port.

« - L’ouverture maritime est la signature familiale… Toi qui a connu feu ma mère, tu sais mieux que moi qu’elle n’aurait pas aimé voir notre palais quitter le quartier du port. Et les choses me vont bien. Cette vue dont tu profites est celle de bien des membres du conseil passés et présent. Mais je ne suis pas attaché aux traditions. »

Il fit un silence.

« - Tu m’as proposé de te rencontrer Milynéa… Tu m’as invité dans ce palais aux splendeurs toujours agréables. Mais je suppose que tu souhaitais parler de bien plus que cela. Est-ce le conseil qui t’envoie pour que je tempère mes ardeurs ? Où viens-tu contempler celui dont on rit sous cape que sa fortune ne sait le conduire dans les arcanes du pouvoir Thaari ? Je pencherai plutôt pour la première, car je ne te sais pas narquoise. »
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Milynéa Lythandas
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Ven 9 Mar 2018 - 1:12

C'est un rire léger et mélodieux qui accueillit les hypothèses de son invité.

Croyait-il sincèrement ce qu'il disait ou était-ce là une plaisanterie pour la distraire ? Oh, qu'il ne se méprenne pas, elle ne le sous-estimait pas, tout comme elle se doutait qu'il ait quelques manœuvres en cours pour acquérir quelques atouts supplémentaires supposés l'aider dans sa marche ambitieuse vers le Joyau. Mais ses mots suggéraient une trop haute estime de lui-même, si ils étaient le reflet d'une authentique pensée. Et cette précipitation à se soustraire au jeu des allusions voilées ! Il pensait la déstabiliser en la prenant de court, ou bien cela trahissait-il un manque de patience dommageable, un triste gâchis d'un héritage qui aurait du la lui apprendre... Mais qu'espérer d'un individu dont les caractères humains étaient aussi dominant, malgré ses traits, que quarante années avaient suffit pour en faire un jeune homme ?

« Suggères-tu qu'étant attachée aux traditions, à l'idée qu'elles sont, avec notre héritage et notre culture, ce qui nous distinguent des pays étrangers, j'appartiens déjà au passé et qu'il n'y a pas de place pour ce que je représente dans l'avenir que tu nourris dans tes songes ? » Elle en semblait amuser, pas le moins du monde affectée, mais pourtant, elle espérait de la franchise de sa part.

« Et non content de laisser entendre que je suis d'ors et déjà, à tes yeux, une figure d'un passé et d'un présent dépourvue d'avenir, alors que je t'offre l'hospitalité de ma demeure, que je partage avec toi le présent que me fit mon père pour célébrer ma naissance, tu m'affubles en plus de la casquette de simple messagère envoyée par le conseil pour te rappeler de ne pas gesticuler trop vigoureusement au risque de te faire mal ? » Il n'y avait aucune trace d'agressivité, elle avait connu bien pire et plus rustre, particulièrement lorsqu'elle avait dû reprendre en main les affaires, traitant avec des adultes pourtant plus jeune qu'elle ne l'était, mais qui ne voyait en elle qu'une adolescente, mais elle tenait tout de même à lui mettre sous le nez ce qu'il était en train de sous-entendre sur son hôte.

« Pourquoi as-tu accepté l'invitation, Faeron ? De toute évidence, en cherchant à me froisser de la sorte, tu ne sembles pas attendre ou espérer que je soutienne, ou tout au moins, que je ne m'oppose pas à tes ambitions actuelles d'accéder au Joyau. Alors, qu'es-tu venu chercher en venant sous mon toit ? » Elle poursuivit tout de même, pour l'encourager à la franchise. « Oh, et pour te répondre... Tes deux hypothèses étaient malheureusement erronées. Je souhaitais me faire une idée personnelle du fils ambitieux d'un marchand que j'ai connu et estimé, qui semble s'agiter pour qu'on le remarque et qu'on lui accorde les honneurs qu'il estime mériter. Constater par moi-même si il en était effectivement digne. » Cette fois, il y avait de la déception dans sa voix, suggérant qu'elle ait pu nourrir quelques espoirs mais que la prestation actuelle était loin de la convaincre.
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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Le blanc et le noir   Mar 10 Avr 2018 - 2:04


Faeron conserva un regard sans détour sur la dame qui lui faisait face. Il n’était pas certain que la réponse serait sans détour. Après tout il ne connaissait que fort peu cette dame. Tout au plus avait-il vu cette dernière l’une ou l’autre fois, de manière moins directe. Le reste venait des rumeurs et de ses informateurs… Pire, il n’était pas à même de juger ce qui semblait être à l’œuvre dans cette ville. Tout du moins pas entièrement. Lui avait préféré agir avec franchise et dire très directement les craintes qui l’accompagnaient à cette heure. Cela n’avait pas été au goût de la dame sans aucun doute qui commença par être amusée pour finir par faire entendre une sorte de sourde amertume. Tout du moins c’est ainsi que cela fut perçu. Faeron détourna le regard vers le jardin quelques instants, structurant visiblement dans un silence de quelques secondes ses pensées et les informations qu’avait distillé la dame. Il releva le regard pour regarder la dame.

« - Je ne suggère rien. Ai-je seulement dit que tu étais attachée aux traditions ou que j’avais la prétention de te reléguer au passé ? Tu me prêtes des pensées que je n’ai pas. Je note simplement que ce panorama sur notre bonne ville est celui d’une personne dont le pouvoir sur Thaar s’enracine dans l’histoire quand je ne suis à ton échelle qu’un nouvel arrivant dans le jeu des puissants. J’exprime simplement le fait que je ne suis ni envieux de vos possessions ni intéressé par la simple reproduction du schéma d’autres avant moi. Je suis heureux que ma place soit originale... »


Il ne souriait pas, visiblement ce qu’il énonçait était ce qu’il pensait vraiment, ou si ce n’était pas le cas feignait-il très adroitement.


« - Je pense qu’il est important que des points de vue différents émergent. Ma condition est ma condition. Par ma mère, les Savarius n’ont jamais trouvé fortune c’est une famille ancestralement désargentée. Ainsi va la vie de la plupart des armateurs… Je suis l’alliance de deux destins… De ma mère héritière d’un nom et d’une position d’une part, et de l’habileté et des richesses de mon père dont j’ai hérité d’autre part. J’ai hérité de cette charge et je l’ai fait prospérer au centuple. Mais je ne me prends pas pour plus que je ne le suis. Ni même ne suis-je en train de tenter de te manquer de respect. Si le nom des Savarius est ancien, je suis un nouveau riche. Il ne sert à rien de le réfuter. Certains se couvrent de ridicule en espérant prétendre être issus de bien au-delà de la réalité de leur naissance. Je n’ai pas été élevé ainsi. Je sais d’où je viens. »

Il se demanda si l’amertume de la dame venait de son hybridation. Après avoir connu son père, qui était un elfe aussi pur physiquement que l’on pouvait l’espérer, peut-être était-elle déçue de constater que le fils n’était pas tombé aussi lointainement dans la branche elfique. D’autant que, même si ce point était secret, sa naissance était issue de biens des expériences interdites pour venir à bout de la grande perversion dont son père avait subi les ravages. Si le résultat était beau à regarder, il n’en restait pas moins que Faeron disposait des attributs de l’une et de l’autre des races. Il était certain que si l’hôte des lieux voulait un autre elfe au conseil, il ne rentrerait que difficilement dans cette catégorie...

Il avait entendu la dame lui dire qu’elle n’était pas messagère du conseil. C’était étonnant. Possible, mais étonnant. Ce ne serait pas la première fois que Faeron se serait trompé, mais il se réservait le droit de revenir sur cette impression. La dame avait conclu sur un discours cherchant à tirer la corde sensible concernant le père du demi-elfe. Visiblement son père avait eu une manière d’être avec son hôte qui était bien différente de celle qu’il avait connu. Il n’était pas étonné que son père ait pu avoir de multiples visages. Rien ne l’étonnait sur le personnage.


« - Pourquoi ai-je accepté ton invitation ? Si tu souhaites une réponse honnête : par politesse et par curiosité. Je pense avoir été élevé dignement et je réponds aux invitations qu’on me lance, d’autant plus lorsqu’elles viennent d’amies de mon père. A ce titre je sais que tu compares feu mon père et moi-même. Les Dieux le gardent, mais pour tout l’amour que j’ai pour lui, nous sommes différents… Comment pourrions-nous être identiques ? Mon prénom est elfique, mon nom est humain, mes yeux viennent de je ne sais quelle sorcellerie… Tout cela sent l’hybride n’est-ce pas ? »

Il croisa les bras.

« - On est ce qu’on est… Et tu sembles savoir bien des choses à mon endroit Milynéa… Et tu sembles déçu de la descendance Savarius. Je ne dis pas que je ne le mérite pas. Si mes suppositions sur ton invitation étaient fausses, ton courroux est légitime… Et je suis désolé d’avoir mal supposé. Mais j’ai hérité de ma mère d’aller au résultat, et tu ne peux attendre de moi que je sois identique à mon père. »

Il eut un sourire.


« - Je continuerai donc à te parler directement : tu connais mon travail, mon histoire, ma condition et mes capacités. Peu sont capables de donner caution de probité dans cette ville. Or le commerce de l’usure était une affaire de margoulins et chacun sait que je suis celui qui a réussi à lui donner une structure et à donner confiance aux petits marchands dans l’usure. Ils savent que nous nous tenons à nos engagements.  Toi qui fréquente tant les artistes… Combien vivent à mon crédit en attendant ton mécénat ? Je ne dis pas que je le fais par charité, mais sans nul doute as-tu pu constater que ces gens, habituellement si prompts à se faire rouler dans la farine par les prêteurs peu consciencieux, vivent mieux ces dernières années. Toi qui a le doigt -entre autres- sur le pouls elfique de notre cité, toi qui sait à quel point ces derniers vivent plus difficilement que les humains dans notre société, tu sais aussi que les conditions se sont aplanies entre les races. Je ne suis pas le seul responsable, mais je suis un contributeur. Je fais dans l’équité et je respecte mes contrats. Tout comme toi… Un chef d’œuvre elfique, humain, drow ou nain trouve ton argent pour soutenir son art. Ils trouvent chez moi les moyens de leurs ambitions s’ils souhaitent commercer. Nous avons nos différences, mais nous nous retrouvons sur ces fondamentaux. »

Il décroisa ses bras faisant un geste élégant de la main.

« - Je ne dis pas que le conseil doit m’accueillir en son sein. Je pense néanmoins que le moment est venu d’étudier la question. Et puisque tu m’as fait venir pour savoir si j’étais digne de l’attention à laquelle je prétends, que penses-tu de la question ? »
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