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 Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Lun 5 Fév 2018 - 19:30




L’odeur des pâturages couvrait les sentiers qui menaient en direction de la capitale de Sainte-Berthilde. Le bétail foisonnait les environs, tandis que l’agriculture vivait l’une de ses plus prospères années. Était-ce lié au fait que le sol, riche en humidité de la fonte des neiges, fit bel accueil à toutes ces jeunes pousses printanières ? Ou à une longue et prospère ère d’ensoleillement ? Qu’à cela ne tienne, les paysages n’avaient plus rien de ceux hivernaux, où un tapis immaculé s’étendait à perte de vue sur les champs agricoles. Les couleurs étaient revenues et c’était pour le coursier, d’un franc réconfort.

Arrivé à la capitale, rien n’avait changé d’un poil, comme si la présence des troupes n’en était qu’un lointain souvenir. Sans sortir de l’ordinaire, s’en tenant à leurs tâches poncives, les boutiquiers s’affairaient à vendre leurs produits, tandis que d’autres harassaient les passants pour leur subtiliser les ventes. Les soldats –bien qu’en sous-nombre- s’adonnaient toujours et continuellement à leurs tours de ronde, patrouillant les grandes allées de l’incroyable Cantharel. Dans les hauts-quartiers, ceux-ci menant au Castel, maints groupuscules nobiliaires poursuivaient quotidiennement leur cailletage de politicailleries, ne sachant changer leurs antiques habitudes. Finalement, au Castel, la chose était la même : tout le monde grouillait d’un bout à l’autre des corridors, se bousculant à la hâte pour achever leurs tâches en bons délais. Et si le barnum ne savait épargner nulle âme en ce château, il en restait une, immuable, intouchable, à qui l’on ne s’approchait jamais qu’en toute délicatesse, avec tous les grands soins du monde : Éléonore, la nouvelle maîtresse des lieux.

À son approche, la belle régnait droite et fière, à discutailler avec un autre bonhomme. Que disait-elle? Il n’en avait cure, car lorsqu’il la vit occupée, il se tint légèrement en retrait, les yeux bas, comme s’il attendait que la noble lui adresse les premiers mots, qu’elle soit libérée de sa discussion. Enfin, un coup d’œil lui étant adressé, il ploya le genou dans la boue de la cours, là où il la trouva, puis lui adressa ses salutations respctueuses.


« Madame, une lettre en provenance du Sud vous est adressée. Son Excellence Louis de Saint-Aimé, votre frère, en est l’auteur. »






3ième jour de la 3ième ennéade de la 10ièmedu mois de Barkios, an 10 de ce cycle.
Front de Chrystabel
Ma très chère sœur,

Je t’écris car le temps passe, mais jamais ne sait t’oublier. Au levé des soleils, avant même les matines, je délivre à la DameDieu une pensée pour toi, espérant que tu te portes au mieux. Jamais n’ai-je été séparé si longuement de toi et, je dois bien l’avouer, cela se dresse contre moi comme une l’une des plus rudes épreuves. Comment vas-tu ? Ton voyage à Thaar s’est-il terminé comme il aurait dû ? Et ton voyagement, dis-moi qu’il s’est déroulé sans embûches! Je veux tout savoir, tout connaître de toi. J’en viens aussi à tes nouvelles, car j’ai crainte que notre aventure ne se termine de sitôt.

Nous avons gravé l’avenir de ce Royaume à même la pierre des citées que nous avons conquises et j’en vois, à l’horizon, le dénouement de notre entreprise pour la purification du Médian. Chrystabel se montre certes revêche, mais icelle tombera tôt ou tard face aux forces alliées du Nord. Tandis que nous apprivoisons notre retour prochain, plus au Sud encore, se chuchotent des secrets qui compromettent cette paix que nous sommes venus apporter au Médian. L’avenir nous dira si je pourrai tôt retrouver la chaleur de tes bras, mais pour l’heure, la guerre se poursuivra au-delà Chrystabel.
Enfin, il me faut derechef faire usage de tes services ; la santé de nos terres en dépendra désormais de toi. Nous avons sur le chemin, remboursé certaines de nos dépenses alors que nous prenions possessions des bourgades, des villages et des citées majeures. Ainsi, or et nourriture ne nous manquent pour l’instant. Voici ma demande : assures-toi que nos récoltes vont de bon train, que nos routes de ravitaillement pour le front ralentissent afin que soit retenue au pays la nourriture. Pour deux ennéades tu le feras, question de renflouer nos silos ainsi que nos réserves. La guerre pouvant s’étirer sur des mois, il est probable que nous ayons besoin de ces dites réserves en moment venus. Tu peux également veiller à ce que ces ravitaillements soient rapatriés à notre frontière, près de l’Éraçon, qu’ils soient aisément transportables.

En te demandant ces services, il me semble déjà ressentir ta présence à mes côtés, au front. Hâtes-toi de me répondre, je me languis d’ores et déjà de parcourir les lignes de ce prochain échange épistolaire.

Je t’aime. Louis.




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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Mer 14 Fév 2018 - 23:31


Cantharel, pourtant pas si petite, paraissait bien vide à Eléonore quand Louis n’y était pas. Sans parler du château qui l’était encore plus et au sein duquel elle essayait de rester bien peu. Même si elle trouvait à s’occuper, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Louis nuits et jours. Elle le savait au front et donc en danger. Elle priait tous les jours pour lui, espérant qu’il n’aie pas rejoint le royaume de Tyra entre temps. Elle s’imaginait qu’elle serait avertie rapidement, aussi chaque jour qui passait sans mauvaise nouvelle la laissait-elle souffler un peu plus. Elle était dans l’attente de son retour, ce chaque moment qui passait. Alors quand on lui apporta des nouvelles du front, son coeur rata un battement. Attrapant vivement la lettre, l’arrachant presque des mains de son messager, elle oublia presque de remercier et de congédier ce dernier avant de courir s’enfermer dans sa chambre. Demandant à ce qu’on vide cette dernière sur le champ, elle sauta sur son lit et resta là un instant, les pieds au sol, à contempler ce bout de papier. Y avait-il à l’intérieur des nouvelles qu’elle ne voulait pas avoir ? Ou au contraire son frère bien-aimé la rassurait-il sur son sort ? Tendue et nerveuse, elle finit par décacheter la lettre et déplia bien vite le papier. Elle faillit le déchirer et ralentit alors, s’obligeant à souffler pour décompresser.

Posant les yeux sur les premiers mots, elle reconnu de suite l’écriture de Louis et son coeur s’en fit instantanément plus léger. Elle n’avait pas donc pas à faire à de mauvaises nouvelles, du moins pas de celles qui pourraient détruire son coeur et par-là même sa vie entière. Elle sourit quand elle lut que lui aussi priait pour elle. Mais son sourire s’effaça quand il fit mention de Thaar et disparu complètement quand il lui avoua ne pas rentrer de sitôt. Elle sut ensuite qu’elle répondrait favorablement à sa requête et qu’elle s’attellerait, la nuit tombée, à la rédaction de sa réponse.






Du château de Cantharel,
Au front de Chrystabel

Calimentarus de la quatrième ennéade de Barkios,
De la dixième année du onzième cycle.

Mon frère bien-aimé,

Je suis si soulagée d’avoir de tes nouvelles ! Mon coeur s’est serré lorsqu’on m’a amené cette nouvelle du front, j’ai si peur qu’un jour on m’en annonce une mauvaise. Je prie aussi chaque jours qui nous séparent pour te retrouver en pleine santé et pour que ton entreprise soit fructueuse.
Je ne sais comment te dire autrement qu’ainsi que je n’ai pas encore su aller à Thaar. C’est avec une boule dans la gorge que je t’écris ces mots, avec l’impression de t’avouer une faute, un pêché, pour lequel je demande ton pardon. Le courage m’aura sans doute manqué et l’échec me cuit, cependant est-il trop tard pour que je renouvelle le périple, dans quelques ennéades ? Il m’est difficile de le savoir sans toi à mes côtés.

Pour ce qui est de mes journées, elles se suivent et se ressemblent. Je rencontre certes du beau monde, du moins mère l’aurait ainsi nommé, mais personne qui ne puisse te chasser de mes pensées. J’ai fait un rapide tour à Olyssea, où j’ai pu en apprendre un peu plus à propos d’Aurel de Lantennes. M’est-il toujours destiné ? Il reste encore Genéral de la garde, sans autre titre de noblesse bien profitable. Même s’il a l’air d’être un gentilhomme, ne vaut-il mieux pas faire profiter les Saint-Aimé d’une alliance de la sorte ? Enfin, je te noie sous des questions bien frivoles, quand tu mets tout en œuvre pour remporter la guerre.

Il va de soi que je m’occuperai de ce que tu ne peux pas gérer. Je retiendrai les vivres ici, les préparant à partir lorsque vous en aurez le plus besoin. Les silos ne désempliront pas si vite, sous ma garde ! Comme il me plairait d’être à tes côtés… Ainsi je pourrais m’assurer que tu vis bien, que tu manges bien et que tu te portes bien. Je t’écris le soir même, pour te dire combien tu me manques. Elle aura mis un peu de temps à arriver, elle en mettra encore un peu à partir sans doute, mais il me tarde aussi d’avoir ta réponse. Cette fois elle sera attendue et ne me tordra pas le coeur d’incertitude, je l’espère.  

Et toi donc, raconte moi tout, comment est-ce là-bas ? Tu sais faire confiance à ceux qui t’entourent ? Tu te plais à leurs côtés ? Se passe-t-il des choses que tu veux me conter ? Tout, je veux tout ! Au moins tes journées ne seront-elles pas à l’image des miennes, moroses et vide, sous un soleil de moins en moins timide.

Je t’embrasse de toutes mes forces,

Je t’aime, Eléonore.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Lun 19 Fév 2018 - 21:17








3ième jour de la 5ième ennéade de la 10ièmedu mois de Barkios, an 10 de ce cycle.
Front de Chrystabel
Ma tendre sœur,

S’il est raison pour moi de tenir à la vie jusqu’au bout, c’est bien de pouvoir admirer de nouveau ce si joli sourire auquel tu me réserves ses rares venues. Je suis bien prêt à défier la mort sous tous ces angles, pour avoir ne serait-ce qu’une chance de te revoir sous peu et de t’éteindre de toutes mes forces … Heureusement pour moi ; nous verrons avant la neige une fin à toute cette entreprise et je te le dis, nous pourrons reprendre notre vie d’avant.

Ainsi tu n’as pas sût te rendre à Thaar … Saches qu’en aucuns moments je ne saurais t’en tenir rigueur. L’accord économique entre l’Ithri’Vaan et notre pays est avant toute chose le projet de mère. Sans te mentir, l’établissement de ce traité aurait grandement amoindri l’effort de guerre … Mais nous nous relèverons, peu à peu, de toutes ces ressources déployées au nettoyage des contrées du Médian. En temps venu, nous aurons tout le temps qu’il faudra pour épauler Judith afin de mener à terme bon terme ses ambitions. Du moment que tu es en sécurité, à la maison, entourée de nos gens, mon cœur s’allège et je saurais me contenter ceci.

Quant à Aurel, je ne sais plus quoi penser de tout ceci. J’ai cru à l’époque qu’il serait l’homme idéal pour trôner sur la Baronnie d’Olysséa. Son sens de la droiture, du devoir, de l’ordre et du bien m’avaient persuadé qu’il n’y avait autre candidat plus à même d’assurer la paix et la prospérité sur ces terres. Maintenant, alors que tu soulèves la question, jamais n’ai-je été aussi incertain. D’aucuns ne sauraient affirmer qu’il est piètre soldat ; cela je veux bien lui concéder. En seulement, il a également brillé de son absence pendant la guerre. Ses armées étaient bel et bien là, mais lui, s’est tapi dans le silence et n’a que trop rarement manifesté de ses avis. Alors, je ne sais plus quoi te dire … Et toi, que crois-tu à propos de lui ? Peut-être le connais-tu plus que moi, au final …

Tu désires donc savoir à mon propos … Alors soit, je te dirai tout. Je me suis entouré de gens bien, qui cherchent –je crois- à me voir prendre de l’expérience, de la sagesse, que je sois apte au poste auquel je suis prédestiné. Si je puis avoir confiance en eux ? Cela dépend, pour certaines choses, sans doutances et pour d’autres, je me garde de leur livrer certaines confidences, de peur que cela ne s’ébruite. Mais toi, ma sœur, ma tendre et chère sœur, mérite de savoir la vérité telle qu’elle est, sans fard ni fioritures. Peu de temps avant mon départ pour la guerre, souviens-toi, j’ai cheminé jusqu’à l’Alonna pour demander conseil à la Baronne de Broissieux. Sachant qu’icelle retenait envers son Suzerain quelques griefs, j’ai désiré lui demander conseil quant à l’offre de monsieur le Marquis de Brochant, à savoir qu’il m’offrait de prendre pour épouse l’une de ses sœurs. Au détour de mon séjour j’y ai trouvé de sages et judicieux conseils, des réponses à mes interrogations, mais surtout, j’y ai laissé mon cœur.

J’ai cheminé jusqu’au Berthildois sans savoir chasser de ma tête l’image de la Baronne. À un tel point, que j’ai peiné à trouver le sommeil pendant plusieurs nuitées. Est-ce ainsi que se sentent les amoureux ? Car je crois l’être. Nous nous sommes revus, plus tard, en campagne au Médian et j’ai su que ces sentiments envers elles étaient véritables, lorsque j’ai été atteint de palpitations. Depuis, nous nous voyons sous le couvert de l’intimité, à l’abri des regards indiscrets et dois dire que malgré les conditions exécrables de ce campement, jamais n’ai-je été aussi heureux …

Il me hâte de te la présenter, que tu saches te faire belle idée d’elle. D’ici à ces jours heureux, je pense à toi,

Je t’aime. Louis.

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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Dim 4 Mar 2018 - 17:31

Cette fois-ci, quand elle reçut la lettre de Louis, Eléonore ne trembla pas tant à l’idée qu’il ait pu lui arriver quelque chose. Elle pensait plutôt à une réponse et elle fut heureuse de voir que c’était bien cela. Elle avait décacheté la lettre moins fébrilement que la dernière fois et elle avait pris le temps de s’installer confortablement pour la lire. Ce qu’elle y trouva la ravie et elle la relue à plusieurs reprises, comme pour s’assurer qu’elle ne l’avait pas inventé. Louis était amoureux ! Et c’était chose qu’il n’avait pas partagé, et connaissant son frère ça ne la surprit pas. Le seul point noir de cette lettre concernait Aurel. Elle avait fait tant d’effort pour le connaître, pour se rapprocher de lui et nouer un lien précaire avec lui qu’elle en était presque dégoûtée que Louis confirme ses craintes. Il n’avait pas assez brillé à la guerre pour espérer obtenir la baronnie. Chose qu’elle ne comprenait pas vraiment, puisqu’il lui avait assuré que le mariage était désormais un devoir. Elle le savait assez droit pour ne pas utiliser ce mot à la légère et elle avait senti le fardeau qu’il portait à ce propos, sans en connaître les détails.

C’est tout aussi confortablement qu’elle rédigea sa lettre presque dès sa réception. Elle était trop impatiente pour attendre et si elle avait à faire quoi que ce fut, elle annula tout simplement. Il y avait des choses qui passaient avant toutes autres, et Louis était tout ce qui lui importait, aujourd’hui et à jamais. S’asseyant sur le fauteuil de son bureau, elle l’avança doucement pour arriver à bonne distance. Elle lissa le tissu sur ses genoux, simple habitude, et croisa les chevilles en veillant à ce que le papier posé devant elle soit bien lisse. Se faisant rapidement une tresse, légèrement sur le côté, pour ne pas être gênée par ses cheveux, elle attrapa la plume qu’elle trempa dans l’encre avant de la poser sur sa feuille. Et avec tout son coeur, elle entama sa lettre avec sa calligraphie la plus appliquée.





Du château de Cantharel,
Au front de Chrystabel

Elenwënas de la cinquième ennéade de Barkios,
De la dixième année du onzième cycle.

Mon frère adoré,

Je suis heureuse de lire tes mots de nouveau. Il me tardait de recevoir ta réponse ! Même si je ne chôme pas à la maison, je me languis toujours d’entendre parler de toi. Parfois on me prend à rêvasser, pendant les repas. Ceux-ci me semblent d’ailleurs bien solitaires depuis ton départ, malgré le fait que je sache bien m’entourer. Ta présence et ton amour me manquent. Enfin c’est pour le mieux, comme tu me l’assures.

A propos de Thaar, je m’en excuse encore, je sais que tu es déçue, bien que ne me reproche rien. Je ferai en sorte de ne plus te décevoir et je verrai avec mère ce qu’il est possible de faire. En attendant ton retour, je m’occupe au mieux de Cantharel.

Quant à toi, tu es donc tombé amoureux ! Il m’est étrange de l’écrire et il m’était bien plus étrange de le lire. J’ai du repasser sur ces lignes une bonne dizaine de fois pour être certaine de n’avoir rien inventé. Je dois te dire aussi que cela m’est étrange, peut-être parce que c’est la première fois qu’une autre femme que moi rentre dans ton coeur. Quelle ironie de l’avoir entretenue d’un mariage arrangé pour qu’elle prenne en otages tes sentiments. Mais si tu es heureux je le suis aussi ! Je suis certaine que je m’entendrai avec elle, la baronne de Broissieux n’aurait su t’avoir si elle n’avait pas été adorable. Il me tarde tout autant de la rencontrer et l’excitation de la nouvelle ne veut point retomber. Je dois t’avouer que j’aimerais, au fond de moi, qu’on me ravisse ainsi le coeur. Même si je sais qu’il est fort peu probable qu’un homme y arrive un jour, j’ose parfois espérer.

Et enfin, en ce qui concerne Aurel, je le connais sans doute mieux que toi c’est certain. J’ai pu échanger de nouveau avec lui, lors d’un voyage à Olyssea. J’aurais d’ailleurs dû me rendre à Thaar ensuite mais tu sais que cela ne s’est pas fait. A l’occasion de cette entrevue, nous avons pu échanger. Si je n’en suis certes pas tombée amoureuse, toutes les qualités que tu lui concèdes là sont bel et bien les siennes. Il a le coeur bon, de cela j’en suis persuadée. S’il est piètre soldat, je ne peux le savoir, je m’en tiendrai à tes dires. Certains ne sont pas fait pour la guerre, n’est-ce pas ce qui ferait de lui un bon baron ? N’est-il pas plus à l’écoute des petites gens que ceux qui se lancent dans de grandes conquêtes ? Tous ne sont pas forgés pour mener une armée, tous ne sont pas destinés à conquérir. Ne serait-ce pas de plus un avantage pour toi, lorsque tu auras le marquisat ? Il ne sera jamais belliqueux, seulement loyal et fidèle. Il saura faire prospérer sa baronnie et je saurai superviser l’économie. Je pense que le duo que nous pourrions former saurait être efficace. Il m’est étrange d’essayer de te convaincre à mon tour qu’il est parfaitement adapté au rôle auquel il prétend, mais je crois du fond de mon coeur que c’est le cas.

Sans doute d’autres prétendant sauront attirer tes intérêts et je ne t’en voudrai jamais. S’il faut convaincre qui que ce soit qu’Aurel fera un baron digne de ce nom, je saurai le faire. Ou du moins essayerai-je de toute ma force parce que c’est ce que je crois être juste. Le mariage ne me ravie toujours pas, tu sais que j’aimerais rester à jamais à tes côtés. Mais s’il le faut, Aurel reste un parti somme toute correcte et je sais le reconnaître.

Dans l’attente de te revoir, puisse la Dame-Dieu guider tes pas,

Je t’aime, Eléonore.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Lun 12 Mar 2018 - 18:10




Un soupire las, éreinté à outrance, s’envola de sous les couches de toiles que formaient la vaste tanière du cerf de Saint-Aimé. C’est que du début à la fin, on l’avait harassé de milles et un souci quelconques, passant de la plus insignifiante affaire à la plus grave des problématiques. Et bonne poire, il ne trouva pas moyen de déléguer, comme il aurait dû le faire. Plutôt, il préféra prendre, mais à force même le plus patient des hommes pouvait s’en voir éprouvé d’usure. Là, plus rien ne lui tentait d’avantage que de trouver le « confort » de son pieux, duquel il rêvait depuis l’heure du manger. Devant son chez-lui, les reliefs d’une généreuse flambée réchauffait les âmes des militaires, desquels s’échappaient souventefois quelques ricanements –pourtant si rares- aux détours de quelques farces salaces. Et même ça, cette bonne humeur tentatrice, ce goût de relâcher la pression dans un interminable badinage, ne l’affriola guère le moindre du monde. Il avait envie de s’évader, de s’échapper, de voguer à l’extrême opposé de cette damnée citée et, la manière pour s’y prendre, c’était de fermer les yeux au plus preste pour espérer y rêver.

Si seulement il n’y avait pas ces lettres, éparpillées par dizaines sur son écritoire, peut-être pourrait-il alors, déposer son crâne enflé de fatigue sur son polochon. Il en prit une, là, posée sur le rebord, pour la retourner et y apercevoir le cerf des Saint-Aimé en sceau de cire. Des billes! Voilà la rondeur que prirent ses yeux lorsqu’ils y virent que la missive provenait de nulle autre que sa sœur bien-aimée. Il s’empoigna de son coupe-papier et en déchira le contenant pour l’en vider de son contenu et d’y lire les phrases d’une passion renouvelée. Un sourire conquis son faciès embrumé d’éreintement et balaya d’un revers de la main toutes les autres lettres : elles attendront, pensa-t-il sur le coup, alors qu’il s’enquit de son encrier et de sa plume.








2ième jour de la 6ième ennéade de la 10ièmedu mois de Barkios, an 10 de ce cycle.
Front de Chrystabel
À ma très chère sœur,


Je ne sais quels de quels mots tu as su motiver ton coursier, mais sache que jamais je n’ai vu d’homme aussi empressé que celui-là. Quoi que je puisse m’imaginer, s’il n’est tombé sous le charme qu’à moitié comme je le fus de ton sourire, j’entends bien comprendre la source de son succès. Saches qu’excepté ces lettres, rien ne sache me donner le sourire d’avantage que l’empressement dont tu me témoignes en répondant aussi prestement à nos échanges épistolaires. Ici, le temps commence à me peser et ces lettres sont pour mon âme un baume auquel je saurais devenir dépendant, si le siège se venait à se prolonger encore longtemps … Lorsque je serai de retour, je te promets, sincèrement, que nous aurons du temps pour nous deux, suffisamment pour que tu t’en blase.

Ne parlons plus guère de Thaar, veux-tu ? Nous aurons bien tout le temps de soulever la question à mon retour et d’y trouver une solution à tête reposée. Le Marquisat n’est pas dans le besoin, après tout. Les coffres n’abondent plus guère comme ceux de Soltar, mais suffiront pour assouvir les besoins de nos gens.

Tout cœur bat et il ne suffit que d’une âme, belle et charitable, pour l’affoler. Ton tour viendra je l’espère, bien que parfois j’eus souhaité que cela ne m’arrive. Je vis une idylle forte et passionnée il est vrai, mais ce n’est guère en ce sens que nous avons été éduqués et tu le sais. Là où mon devoir devrait primer, je ne sais confiner l’amour passionnel que j’entretiens pour cette femme et y perd au change. Certains se questionnent, sur mon choix, sur mes priorités et en viennent même à douter de mes capacités à diriger. Les belles courbes d’une jolie donzelle embrument l’esprit des hommes, m’a-t-on dit! Et franchement, parfois, je me demande s’ils n’ont pas raisons … Mais la vérité je te la dis ma sœur, c’est que je n’en ai plus cure. J’ai la conviction, sincère et réelle, de pouvoir agencer mon devoir et celui d’un bon amant même si le parti ne m’est pas favorable. Depuis tout jeune tu le sais, je m’affaire à besogner la terre, à amoindrir les soucis de nos misérables, sans attendre en retour d’eux, si ce n’est que leur amour. Aujourd’hui, maintenant que je me trouve à la croisée des chemins entre ce qu’il y a de mieux pour eux et pour moi, je m’en remet à leur confiance et espère de tout cœur qu’ils comprendront.


En ce qui attrait à Aurel, tout ce que tu soulèves en son égards, je veux bien te l’accorder. En seulement, je n’ai ni n’aurai jamais les pouvoirs de lui donner en main propre ce qu’il désire. Le Régent du Royaume seul, peut offrir au peuple Olysséen une vraie figure d’autorité et il n’en tient qu’à nous d’épauler le sieur de Lantenes pour qu’aux yeux du Régent, l’idée en vaille la chandelle.

En conclusion, laisses-moi te dire ces quelques mots : prend pour acquis qu’il te faudra te munir tôt ou tard d’un mariage avantageux, mais continue d’espérer de trouver quelqu’un qui saura te raviver le cœur. Ce jour-là, jamais je ne saurai te tenir rigueur d’opter pour ce choix irrationnel, car je te saurai à jamais heureuse.

Ta prochaine réponse, sache que je risque de ne savoir y donner suite, car chaque jours qui passent, de nouveaux rochers s’effondrent des hautes murailles et annoncent petit à petit le début de l’assaut. Alors, je te répondrai confortablement assis sur une cathèdre Chrystabelloise, lorsque nous aurons enfin enfoncé le dernier clou sur le cercueil des félons du médian.

Prit ma sœur que nous soyons bientôt réunis, car aux vêpres je m’y atèle quotidiennement.

Je pense à toi, Louis.


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Sam 14 Avr 2018 - 15:14






Du château de Cantharel,
A Chrystabel

Huitième ennéade de Barkios,
De la dixième année du onzième cycle.

Mon adoré Louis,

Je ne sais si cette lettre sera bien adressée, mais je te l’envoie tout de même. J’ai mis du temps à te répondre, non pas parce que je t’oublie, au contraire parce que ton absence me pèse. Il m’est difficile de penser chaque jour à toi et pourtant je ne peux m’en empêcher ! Je ne sais quand tu seras de retour et le temps me semble si long…

Dis moi que tout va bien pour toi, que tu es heureux et que tu réussis. Je ne te souhaite rien d’autre que tout cela. Comment vont tes amours avec la Dame de Broissieux ? Est-elle pressée de me rencontrer elle aussi ? N’oublie cependant pas que notre famille passe avant tout, même si je crois que ton coeur sait te le rappeler tous les jours. Je crois comprendre comment il peut battre pour une autre mais ne le laisse pas faire au détriment de nous. Feu Père te le dirait, tu le sais comme moi, et si je ne suis pas lui, si tu as toute ma confiance, reste prudent.

Je ne sais si un jour je serai aussi ravie que tu sembles l’être aujourd’hui, mais comme tu le dis si bien de toi, je suis absolument heureuse de voir que c’est ton cas. Si tu peux adoucir cette vie, alors je serai de tout coeur avec toi. Tu sais combien mon soutien est infaillible et éternel. En attendant je n’espère que le meilleur pour nous deux. Cette missive n’a pour but de demander quelqu’une information à propos de politique ou d’autre que toi. Je veux juste que tu saches que je pense à toi chaque jour qui passe et, de plus en plus souvent, je prie pour toi. J’attends impatiemment de tes nouvelles, en espérant qu’elles soient merveilleusement bonnes.

Il me tarde de pouvoir te serrer contre moi,

Je t’aime, ta sœur.


Il ne lui fallait pas plus pour lui redonner le sourire. Savoir que Louis allait recevoir tout cet amour, lorsqu’il était loin de chez lui, lui réchauffait déjà le coeur. Elle se hâta donc de la donner à livrer et elle se rendit au temple pour prier. Comme toujours, son frère l’accompagnait.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Mar 17 Avr 2018 - 21:43








3ième jour de la 9ième ennéade, Barkios, an 10 de ce cycle.
Chrystabel
Ma tendre sœur,

Lorsque tu poseras tes yeux sur ces quelques mots, c’est que Chrystabel sera revenue sous le giron Royal. Nous avons conquis la citée et l’avons prise de force, si bien qu’il n’y respire plus une âme menaçante envers le Royaume. Et moi, je vais bien, très bien même, si ce n’est que je me sens éreinté à outrance. J’imagine que cela est bel et bien normal, après tous ces jours passés au large. Je suis devenue une réelle patraque, tant je fatigue le jour! Je me console en me disant que nous sommes en ce moment même en direction de Diantra, la citée des Rois, pour la conclusion de notre périple. On dit que c’est une citée comme nulle autre, dont les flammes et la guerre ont cependant emporté sa magnificence … Beaucoup m’affirment qu’en son jeune temps, y poser les yeux seulement suffisait pour vous couper le souffle. Tout de même, Diantra nous attend et je me hâte d’en fouler le sol pour y faire mon propre jugement.

D’ailleurs, c’est exactement à ce propos que je m’empresse de t’écrire. Éléonore ma sœur, je t’invite solennellement à venir me rejoindre dans la Capitale de notre chère péninsule, afin que tu puisses venir jouir du triomphe à mes côtés. Nous manquons de temps et les choses iront de bon train, or il te faudra t’empresser de galoper jusqu’ici afin de pouvoir jouir des festivités! Si je t’y invite, c’est que je ne sais plus contenir l’envie de revoir le reflet de tes si beaux yeux ; revenir à Sainte-Berthilde pour te prendre dans mes bras m’apparaît comme trop loin pour savoir contenter ma hâte. Alors, viens, dépêches-toi ma sœur!

Louis.


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Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]
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