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 Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Lun 5 Fév 2018 - 19:30




L’odeur des pâturages couvrait les sentiers qui menaient en direction de la capitale de Sainte-Berthilde. Le bétail foisonnait les environs, tandis que l’agriculture vivait l’une de ses plus prospères années. Était-ce lié au fait que le sol, riche en humidité de la fonte des neiges, fit bel accueil à toutes ces jeunes pousses printanières ? Ou à une longue et prospère ère d’ensoleillement ? Qu’à cela ne tienne, les paysages n’avaient plus rien de ceux hivernaux, où un tapis immaculé s’étendait à perte de vue sur les champs agricoles. Les couleurs étaient revenues et c’était pour le coursier, d’un franc réconfort.

Arrivé à la capitale, rien n’avait changé d’un poil, comme si la présence des troupes n’en était qu’un lointain souvenir. Sans sortir de l’ordinaire, s’en tenant à leurs tâches poncives, les boutiquiers s’affairaient à vendre leurs produits, tandis que d’autres harassaient les passants pour leur subtiliser les ventes. Les soldats –bien qu’en sous-nombre- s’adonnaient toujours et continuellement à leurs tours de ronde, patrouillant les grandes allées de l’incroyable Cantharel. Dans les hauts-quartiers, ceux-ci menant au Castel, maints groupuscules nobiliaires poursuivaient quotidiennement leur cailletage de politicailleries, ne sachant changer leurs antiques habitudes. Finalement, au Castel, la chose était la même : tout le monde grouillait d’un bout à l’autre des corridors, se bousculant à la hâte pour achever leurs tâches en bons délais. Et si le barnum ne savait épargner nulle âme en ce château, il en restait une, immuable, intouchable, à qui l’on ne s’approchait jamais qu’en toute délicatesse, avec tous les grands soins du monde : Éléonore, la nouvelle maîtresse des lieux.

À son approche, la belle régnait droite et fière, à discutailler avec un autre bonhomme. Que disait-elle? Il n’en avait cure, car lorsqu’il la vit occupée, il se tint légèrement en retrait, les yeux bas, comme s’il attendait que la noble lui adresse les premiers mots, qu’elle soit libérée de sa discussion. Enfin, un coup d’œil lui étant adressé, il ploya le genou dans la boue de la cours, là où il la trouva, puis lui adressa ses salutations respctueuses.


« Madame, une lettre en provenance du Sud vous est adressée. Son Excellence Louis de Saint-Aimé, votre frère, en est l’auteur. »






3ième jour de la 3ième ennéade de la 10ièmedu mois de Barkios, an 10 de ce cycle.
Front de Chrystabel
Ma très chère sœur,

Je t’écris car le temps passe, mais jamais ne sait t’oublier. Au levé des soleils, avant même les matines, je délivre à la DameDieu une pensée pour toi, espérant que tu te portes au mieux. Jamais n’ai-je été séparé si longuement de toi et, je dois bien l’avouer, cela se dresse contre moi comme une l’une des plus rudes épreuves. Comment vas-tu ? Ton voyage à Thaar s’est-il terminé comme il aurait dû ? Et ton voyagement, dis-moi qu’il s’est déroulé sans embûches! Je veux tout savoir, tout connaître de toi. J’en viens aussi à tes nouvelles, car j’ai crainte que notre aventure ne se termine de sitôt.

Nous avons gravé l’avenir de ce Royaume à même la pierre des citées que nous avons conquises et j’en vois, à l’horizon, le dénouement de notre entreprise pour la purification du Médian. Chrystabel se montre certes revêche, mais icelle tombera tôt ou tard face aux forces alliées du Nord. Tandis que nous apprivoisons notre retour prochain, plus au Sud encore, se chuchotent des secrets qui compromettent cette paix que nous sommes venus apporter au Médian. L’avenir nous dira si je pourrai tôt retrouver la chaleur de tes bras, mais pour l’heure, la guerre se poursuivra au-delà Chrystabel.
Enfin, il me faut derechef faire usage de tes services ; la santé de nos terres en dépendra désormais de toi. Nous avons sur le chemin, remboursé certaines de nos dépenses alors que nous prenions possessions des bourgades, des villages et des citées majeures. Ainsi, or et nourriture ne nous manquent pour l’instant. Voici ma demande : assures-toi que nos récoltes vont de bon train, que nos routes de ravitaillement pour le front ralentissent afin que soit retenue au pays la nourriture. Pour deux ennéades tu le feras, question de renflouer nos silos ainsi que nos réserves. La guerre pouvant s’étirer sur des mois, il est probable que nous ayons besoin de ces dites réserves en moment venus. Tu peux également veiller à ce que ces ravitaillements soient rapatriés à notre frontière, près de l’Éraçon, qu’ils soient aisément transportables.

En te demandant ces services, il me semble déjà ressentir ta présence à mes côtés, au front. Hâtes-toi de me répondre, je me languis d’ores et déjà de parcourir les lignes de ce prochain échange épistolaire.

Je t’aime. Louis.




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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Mer 14 Fév 2018 - 23:31


Cantharel, pourtant pas si petite, paraissait bien vide à Eléonore quand Louis n’y était pas. Sans parler du château qui l’était encore plus et au sein duquel elle essayait de rester bien peu. Même si elle trouvait à s’occuper, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Louis nuits et jours. Elle le savait au front et donc en danger. Elle priait tous les jours pour lui, espérant qu’il n’aie pas rejoint le royaume de Tyra entre temps. Elle s’imaginait qu’elle serait avertie rapidement, aussi chaque jour qui passait sans mauvaise nouvelle la laissait-elle souffler un peu plus. Elle était dans l’attente de son retour, ce chaque moment qui passait. Alors quand on lui apporta des nouvelles du front, son coeur rata un battement. Attrapant vivement la lettre, l’arrachant presque des mains de son messager, elle oublia presque de remercier et de congédier ce dernier avant de courir s’enfermer dans sa chambre. Demandant à ce qu’on vide cette dernière sur le champ, elle sauta sur son lit et resta là un instant, les pieds au sol, à contempler ce bout de papier. Y avait-il à l’intérieur des nouvelles qu’elle ne voulait pas avoir ? Ou au contraire son frère bien-aimé la rassurait-il sur son sort ? Tendue et nerveuse, elle finit par décacheter la lettre et déplia bien vite le papier. Elle faillit le déchirer et ralentit alors, s’obligeant à souffler pour décompresser.

Posant les yeux sur les premiers mots, elle reconnu de suite l’écriture de Louis et son coeur s’en fit instantanément plus léger. Elle n’avait pas donc pas à faire à de mauvaises nouvelles, du moins pas de celles qui pourraient détruire son coeur et par-là même sa vie entière. Elle sourit quand elle lut que lui aussi priait pour elle. Mais son sourire s’effaça quand il fit mention de Thaar et disparu complètement quand il lui avoua ne pas rentrer de sitôt. Elle sut ensuite qu’elle répondrait favorablement à sa requête et qu’elle s’attellerait, la nuit tombée, à la rédaction de sa réponse.






Du château de Cantharel,
Au front de Chrystabel

Calimentarus de la quatrième ennéade de Barkios,
De la dixième année du onzième cycle.

Mon frère bien-aimé,

Je suis si soulagée d’avoir de tes nouvelles ! Mon coeur s’est serré lorsqu’on m’a amené cette nouvelle du front, j’ai si peur qu’un jour on m’en annonce une mauvaise. Je prie aussi chaque jours qui nous séparent pour te retrouver en pleine santé et pour que ton entreprise soit fructueuse.
Je ne sais comment te dire autrement qu’ainsi que je n’ai pas encore su aller à Thaar. C’est avec une boule dans la gorge que je t’écris ces mots, avec l’impression de t’avouer une faute, un pêché, pour lequel je demande ton pardon. Le courage m’aura sans doute manqué et l’échec me cuit, cependant est-il trop tard pour que je renouvelle le périple, dans quelques ennéades ? Il m’est difficile de le savoir sans toi à mes côtés.

Pour ce qui est de mes journées, elles se suivent et se ressemblent. Je rencontre certes du beau monde, du moins mère l’aurait ainsi nommé, mais personne qui ne puisse te chasser de mes pensées. J’ai fait un rapide tour à Olyssea, où j’ai pu en apprendre un peu plus à propos d’Aurel de Lantennes. M’est-il toujours destiné ? Il reste encore Genéral de la garde, sans autre titre de noblesse bien profitable. Même s’il a l’air d’être un gentilhomme, ne vaut-il mieux pas faire profiter les Saint-Aimé d’une alliance de la sorte ? Enfin, je te noie sous des questions bien frivoles, quand tu mets tout en œuvre pour remporter la guerre.

Il va de soi que je m’occuperai de ce que tu ne peux pas gérer. Je retiendrai les vivres ici, les préparant à partir lorsque vous en aurez le plus besoin. Les silos ne désempliront pas si vite, sous ma garde ! Comme il me plairait d’être à tes côtés… Ainsi je pourrais m’assurer que tu vis bien, que tu manges bien et que tu te portes bien. Je t’écris le soir même, pour te dire combien tu me manques. Elle aura mis un peu de temps à arriver, elle en mettra encore un peu à partir sans doute, mais il me tarde aussi d’avoir ta réponse. Cette fois elle sera attendue et ne me tordra pas le coeur d’incertitude, je l’espère.  

Et toi donc, raconte moi tout, comment est-ce là-bas ? Tu sais faire confiance à ceux qui t’entourent ? Tu te plais à leurs côtés ? Se passe-t-il des choses que tu veux me conter ? Tout, je veux tout ! Au moins tes journées ne seront-elles pas à l’image des miennes, moroses et vide, sous un soleil de moins en moins timide.

Je t’embrasse de toutes mes forces,

Je t’aime, Eléonore.

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Louis de Saint-Aimé
Humain
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MessageSujet: Re: Rapprochons-nous, tu me manques. [ Éléonore ]   Lun 19 Fév 2018 - 21:17








3ième jour de la 5ième ennéade de la 10ièmedu mois de Barkios, an 10 de ce cycle.
Front de Chrystabel
Ma tendre sœur,

S’il est raison pour moi de tenir à la vie jusqu’au bout, c’est bien de pouvoir admirer de nouveau ce si joli sourire auquel tu me réserves ses rares venues. Je suis bien prêt à défier la mort sous tous ces angles, pour avoir ne serait-ce qu’une chance de te revoir sous peu et de t’éteindre de toutes mes forces … Heureusement pour moi ; nous verrons avant la neige une fin à toute cette entreprise et je te le dis, nous pourrons reprendre notre vie d’avant.

Ainsi tu n’as pas sût te rendre à Thaar … Saches qu’en aucuns moments je ne saurais t’en tenir rigueur. L’accord économique entre l’Ithri’Vaan et notre pays est avant toute chose le projet de mère. Sans te mentir, l’établissement de ce traité aurait grandement amoindri l’effort de guerre … Mais nous nous relèverons, peu à peu, de toutes ces ressources déployées au nettoyage des contrées du Médian. En temps venu, nous aurons tout le temps qu’il faudra pour épauler Judith afin de mener à terme bon terme ses ambitions. Du moment que tu es en sécurité, à la maison, entourée de nos gens, mon cœur s’allège et je saurais me contenter ceci.

Quant à Aurel, je ne sais plus quoi penser de tout ceci. J’ai cru à l’époque qu’il serait l’homme idéal pour trôner sur la Baronnie d’Olysséa. Son sens de la droiture, du devoir, de l’ordre et du bien m’avaient persuadé qu’il n’y avait autre candidat plus à même d’assurer la paix et la prospérité sur ces terres. Maintenant, alors que tu soulèves la question, jamais n’ai-je été aussi incertain. D’aucuns ne sauraient affirmer qu’il est piètre soldat ; cela je veux bien lui concéder. En seulement, il a également brillé de son absence pendant la guerre. Ses armées étaient bel et bien là, mais lui, s’est tapi dans le silence et n’a que trop rarement manifesté de ses avis. Alors, je ne sais plus quoi te dire … Et toi, que crois-tu à propos de lui ? Peut-être le connais-tu plus que moi, au final …

Tu désires donc savoir à mon propos … Alors soit, je te dirai tout. Je me suis entouré de gens bien, qui cherchent –je crois- à me voir prendre de l’expérience, de la sagesse, que je sois apte au poste auquel je suis prédestiné. Si je puis avoir confiance en eux ? Cela dépend, pour certaines choses, sans doutances et pour d’autres, je me garde de leur livrer certaines confidences, de peur que cela ne s’ébruite. Mais toi, ma sœur, ma tendre et chère sœur, mérite de savoir la vérité telle qu’elle est, sans fard ni fioritures. Peu de temps avant mon départ pour la guerre, souviens-toi, j’ai cheminé jusqu’à l’Alonna pour demander conseil à la Baronne de Broissieux. Sachant qu’icelle retenait envers son Suzerain quelques griefs, j’ai désiré lui demander conseil quant à l’offre de monsieur le Marquis de Brochant, à savoir qu’il m’offrait de prendre pour épouse l’une de ses sœurs. Au détour de mon séjour j’y ai trouvé de sages et judicieux conseils, des réponses à mes interrogations, mais surtout, j’y ai laissé mon cœur.

J’ai cheminé jusqu’au Berthildois sans savoir chasser de ma tête l’image de la Baronne. À un tel point, que j’ai peiné à trouver le sommeil pendant plusieurs nuitées. Est-ce ainsi que se sentent les amoureux ? Car je crois l’être. Nous nous sommes revus, plus tard, en campagne au Médian et j’ai su que ces sentiments envers elles étaient véritables, lorsque j’ai été atteint de palpitations. Depuis, nous nous voyons sous le couvert de l’intimité, à l’abri des regards indiscrets et dois dire que malgré les conditions exécrables de ce campement, jamais n’ai-je été aussi heureux …

Il me hâte de te la présenter, que tu saches te faire belle idée d’elle. D’ici à ces jours heureux, je pense à toi,

Je t’aime. Louis.

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