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 [Solo] Le calme avant les tempêtes

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Æ'ranûron Eruithel
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MessageSujet: [Solo] Le calme avant les tempêtes   Jeu 8 Fév 2018 - 22:28


An 10 du XIe Cycle
Quatrième ennéade de Barkios
Arcamenel




________________________


Une moue contrariée se dessina sur le visage de l'Ornedhel aux longs cheveux châtains. Il n'aimait pas du tout l'allure que prenait la discussion. Certes, défendre l'Anaëh faisait parti de leur devoir, et il donnerait sa vie pour cette cause sans douter un instant, et jouer aux émissaires auprès des autres clans alentours était une tâche acceptable à cet égard, mais... eux. Il n'arrivait à comprendre quel était l'intérêt d'aller voir ce clan d'hérétiques. Opinion qu'il n'hésita pas à partager :  

« Nous connaissons bien l'Andraàn'ad, ils n'ont cure de la Mère et de son œuvre. »

Ces paroles furent accueillies par un silence lourd de sens par la vingtaine d'elfes présents. Iúlion savait que cet avis était partagé par la majorité d'entre eux, et il était évident pour tous le sous-entendu de son propos : leur clan perdrait de l'énergie à trouver et essayer de convaincre les impies de l'Andraàn'ad. L'un des guerriers du clan s'exprima à sa suite :

« Iúlion a raison. Allons directement sur les berges de l'Uraal et laissons les dans leur grotte, ils ne sont capables que de ça. D'ailleurs, ce comportement en dit long sur leur rejet de Kÿria... »

Plusieurs elfes opinèrent en signe d'accord, d'autres chuchotèrent à l'oreille de leur voisins, certains s'esclaffant. Petit à petit, la petite assemblée s'anima de conversations médisantes au sujet de la Noss des grottes. Ce fut une voix féminine mais tranchante qui mit fin aux bavardages cancaniers :

« Et cela serait la solution de facilité indigne des protecteurs de l'œuvre. » La fine silhouette de la jeune Círeth, chef de guerre du clan, s'avança au centre du conseil. « Nous irons porter la nouvelle à l'Andraàn'ad et espérerons qu'ils soient capables d'entendre l'appel de la Très-Sage et de prendre la décision adéquat. »

Le ton de la voix de l'elfe rousse ne laissait place à la discussion. La décision avait été prise, elle l'avait prise au nom du clan, son statut le lui permettait. Iúlion se mordit la lèvre inférieure, n'aimant pas cette interruption soudaine, et aimant encore moins le regard que la guerrière venait de poser sur lui. Il avait raison.

« J'irais en personne rendre visite à l'Andraàn'ad, nos éclaireurs ont reportés avoir vu certains de ses représentants le long de la côte. Iúlion et Faervel viendront avec moi. Une fois notre mission terminée auprès d'eux, nous descendrons le Rhym, puis une fois sous la Quatrèime Saison, longeront les montagnes de Solith pour rejoindre le lac Uraal. »

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Æ'ranûron Eruithel
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MessageSujet: Re: [Solo] Le calme avant les tempêtes   Jeu 8 Fév 2018 - 22:41


An 10 du XIe Cycle
Cinquième ennéade de Barkios
Kÿrianos
Fin de matinée


________________________


Je regardais pensif le trou béant s'étendant devant mes pieds, la lumière éclatante de la boule de feu voguant mollement dans les airs se perdant dans les ténèbres. La majorité des refuges du clan avait été épargnés par la pousse vigoureuse de l'Anaëh suite au Voile. L'Ainas ho váya ne faisait malheureusement pas partie de cette majorité. Les raisons de cet écroulement des galeries profondes du refuge étaient facilement identifiables. Les racines des plus vieux arbres de la côte étaient parties à la recherche des ressources les plus profondément enterrées de la terre. À cette occasion, elles avaient fragilisé une partie de la structure des galeries du refuge, qui, poussées à bout, finirent par s'écrouler et furent englouties par les flots qui, pour une raison miraculeuse, s'enfonçaient jusque sous l'Ainas ho váya. Je me dis que d'ici plusieurs millénaires, ces eaux auraient tellement rongé les fondements du temple que celui-ci finirait par s'écrouler et être englouti tout entier. D'ailleurs, comme pour confirmer mes pensées, j'entendais faiblement, provenant du fond du gouffre, le bruit des vagues allant se briser contre les froides parois de pierre.

Un vague haussement secoua mes épaules, quelque peu fataliste face à ce moment inévitable. Puis je me retournais et remontais vivement les marches vers les niveaux supérieurs, les flammes virevoltant à mes côtés, reprenant une soudaine vitalité semblant leur manquer cruellement quelques temps auparavant. Je mis une trentaine de minutes pour atteindre le rez-de-chaussée du temple, et à peine eus-je posé un pied à l'entrée du refuge que je désirais n'être jamais ressorti des ténèbres des tréfonds du temple. Tout du moins pour cette journée...

Une petite troupe d'elfe de l'Andraàn'ad était réunie en contrebas de l'entrée, dans la maigre clairière s'étant imposée entre la forêt et le temple. Face à eux, un groupe de trois elfes, aux visages tatoués de longues et larges lignes courbes, dont l'appartenance ne pouvait faire de doute : la Noss Vaïmera. Mon regard s'arrêta inexorablement sur celle qui était indéniablement leur leader, à la carrure fine et l'allure fière, arborant une longue chevelure rousse tressée par endroit, Círeth... Aussitôt avais-je apparu à l'entrée du temple que ses yeux m'avaient trouvé. C'était à supposer qu'elle me tenait encore rancune pour la petite humiliation que lui avais fais subir il y a... et bien 400 ans environ. Ainsi repéré, il me paraissait difficile de regagner le confort de la pénombre du sanctuaire afin de fuir ce regard perçant. Résigné, je fis disparaître d'un mouvement de main désinvolte la boule de feu qui continuait de flotter dans les airs, descendit les quelques marches pour retrouver les elfes ainsi regroupés. Je me fraya un chemin sans peine aux première loges où je retrouvais, sans grande surprise, Elveduï, qui, quant à elle, ne me décocha même pas un regard. Me connaissant depuis que j'étais un gamin, elle n'avait pas besoin de cela pour sentir ma présence.

« C'est avec ouverture et bienveillance que nous vous accueillons et écouterons les nouvelles que vous nous apportez, représentants de la Vaïmera. »
Prononça d'un ton neutre Elveduï, même si je pouvais voir une certaine tension en elle. Peu étonnant connaissant le passif que nous avions avec ce clan qui faisait preuve d'une fermeture d'esprit ahurissante sur certains points, surtout ceux de nature religieuse. « Nous avons cependant d'autres tâches à accomplir avant la tombée du jour, nous vous accorderons de notre temps le soir venu. »
« Comment osez-vous ?!? L'œuvre a besoin immédiatement de notre action ! De notre protection ! » S'écria un des trois elfes aux cheveux châtains.
« Ne vous inquiétez pas, en cas d'extrême nécessité et d'urgence cette forêt sait très bien se protéger et bien mieux que ce dont nous sommes capables. » Répondis-je froidement, me souvenant que trop bien des événements d'Eraison. L'inconnu prit un air outré et allait me répondre vivement lorsque la voix de Círeth s'éleva, coupant court à toute contestation.
« Nous remercions votre clan pour sa cordialité et sa volonté de coopérer. Nous reviendrons à la nuit tombée dans ce cas. »

Elveduï fit un signe de tête entendu et l'ensemble des elfes se dispersèrent, les trois de la Vaïmera se retirant dans la forêt. Une fois de retour dans le temple, je demandais à Elveduï :

« Une idée de ce qu'ils veulent ? C'est assez étonnant de les voir ici, qui plus est de chercher à nous parler. »
« En effet. Ils sont restés assez évasifs pour le moment. Ils ont parlé d'un rassemblement dans le Sud pour guérir l'Anaëh du mal qui la ronge. »
« Ah... Penses-tu que cela soit un prétexte pour autre chose ? »
« Comme quoi ? Une attaque sur le sanctuaire ? Les Vaïmera sont peut-être croyants mais pas stupides. » Elveduï secoua la tête. « Quoiqu'il en soit, cela sera une question vu ce soir. Qu'en est-il des niveaux inférieurs du refuge ? »



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Æ'ranûron Eruithel
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MessageSujet: Re: [Solo] Le calme avant les tempêtes   Sam 10 Fév 2018 - 22:57


An 10 du XIe Cycle
Cinquième ennéade de Barkios
Kÿrianos
Nuit


________________________



Alors qu'il allait être plus qu'essentiel en vue des jours qui allaient suivre, le sommeil me fuyait cette nuit. Me tournant pour être cette fois-ci étendu sur le dos, j'ouvris les yeux qui fixèrent le plafond. Il leur fallut peu de temps pour qu'ils s'habituent à l'obscurité régnant dans la petite pièce que j'occupais avec ma sœur, et rapidement ils commencèrent à détailler les nombreuses petites fissures et autres aspérités y figurant. Ils scrutaient chaque irrégularité comme-ci l'une d'entre elle allait livrer la réponse à la question qui me taraudait l'esprit depuis le début de cette soirée... Avais-je bien fait ?

Fait peut étonnant, les Vaïmera avaient tenu parole et étaient revenus au crépuscule auprès de notre clan. Plus surprenant était le fait qu'ils étaient toujours trois, qu'ils acceptèrent l'invitation d'Elveduï à entrer dans le sanctuaire et qu'ils partagèrent le même repas que nous. Soyons bien honnête, malgré cette agréable surprise, j'aurais de loin préféré ne pas participer à toute cette petite session diplomatique. Premièrement car cela m'ennuyait grandement en tant normal, deuxièmement car se tenir dangereusement près d'une personne qui avait promis de vous attacher et de vous faire dévorer vivant par vers et autres insectes de la forêt n'avait rien de réjouissant ou de rassurant, et troisièmement car je n'aurais sans doute pas prononcé ces paroles fatidiques. Mais que m'avait-il pris ?

Je me retournais une nouvelle fois sur mon flanc droit, mon regard se perdant dans le vide et mes lèvres prononçant silencieusement : « Si le clan l'accepte, j'irais en tant que  représentant de l'Andraàn'ad affronter le péril Drow ». Un silence froid répondit à mon murmure aphone, tout comme ce fut le cas lors de l'assemblée. Néanmoins à ce moment là tous les yeux s'étaient rivés sur moi. Deviner les pensées de mes consœurs et confrères de l'Andraàn'ad n'avait pas était difficile en vue de leurs mines ahuries. Me connaissant, il y avait de quoi ne pas en croire ses oreilles. Les Vaïmera avaient fait un plaidoyer admirablement kÿrianocentrique, le genre qui provoquait en moi une réaction épidermique de rejet. Ils nous avaient sorti la totale : que l'Anaëh se mourrait, allez dire ça aux racines des tréfonds de ce temple, et que si nous ne faisions rien pour sauver notre forêt Kÿria se détournerait de nous au profit d'autres de ses enfants. Je dus retenir un sourire railleur plus d'une fois en écoutant leur discours. Envie qui disparut soudainement lorsqu'ils évoquèrent le but concret de cette entreprise : éliminer l'Engeance Noire de nos terres. Si toutes leurs croyances béates me touchaient nullement, je ne pouvais rester de marbre à l'évocation du Sombre Peuple. Comme beaucoup d'autres membres du vieux peuples, ils avaient salement marqué ma vie : ma mémoire ne pouvait oublier les horreurs qu'ils étaient capables de commettre, mon corps gardait l'inscription de la haine qu'ils portaient envers tous les elfes, mon cœur était affligé de la perte d'êtres chers ayant péris à leur main... Résurgence d'une colère froide qui me mena impulsivement à proposer mes services pour cette campagne visant à éradiquer ces marauds de l'Anaëh. Simple vengeance ? Peut-être. Plus sûrement, la certitude que les membres de l'Andraàn'ad soient protégés des Noirs Elfes.

Alors que mes semblables pensaient que j'étais mû d'une ferveur nouvelle pour protéger l'Œuvre de la Très-Sage, les Vaïmera me dévisageaient sans mots-dires. Je crus un instant que Cìveth allait se jeter sur moi pour m'étriper, pensant que je me foutais d'elle. Elle ne fit pas un mouvement, le regard qu'elle me lança fut assez pour comprendre l'irritation que je venais de produire en elle. La perspective de m'avoir comme compagnon de voyage ne la réjouissait pas plus que moi vis-à-vis d'elle. Les deux autres me regardaient avec suspicion, n'ayant pas manqué de remarquer que j'étais un thaumaturge qui maniait le feu qui n'est pas l'option la plus populaire chez les Noss, encore moins chez les Vaïmera. Ils ne se privèrent pas de relever oralement la chose. S'en suivit un long débat sur le maniement de cet élément et des croyances sous-jacentes d'une personne s’adonnant à cela. Après avoir passé le cap Calimenthar et avoir fait comprendre que tous les moyens étaient bons contre les Drows, ces-derniers ne se privant pas pour faire tous les coups fourrés, les Vaïmera obtempérèrent et acceptèrent bon an mal an ma proposition. Le départ était prévu pour demain matin, entre cinq et sept jours de voyage étaient à prévoir... Dans quelle galère m'étais-je une nouvelle fois engagé ?

Le corps remuant derrière moi me tira de ma rumination. Roulant sur mon autre flanc, je passa mon bras au-dessus d'Amarthalyth pour l'étreindre. De toutes les personnes présentes à l'assemblée, elle était celle qui était restée le plus stoïque. Pourtant, je savais que ma décision ne l'enchantait guère. Qui plus est, j'avais remarqué une fatigue grandissante chez elle, résultat d'un sommeil de plus en plus léger.

« Tu ne dors pas n'est-ce-pas ? »
« Et pour une fois toi non plus. »
« Une reproche ? »
« Non un constat. »

Un silence. À ce moment précis je me rappelais la nuit que nous avions passé sous les racines d'un chêne après l'attaque sur notre clan de naissance et les trois jours passés à errer dans la forêt. Étrange que ces souvenirs me reviennent ainsi en mémoire. À cette époque-là, je ne  cherchais qu'une seule chose : protéger ma sœur de tout mal pouvant lui arriver... Je fronçais les sourcils. Cela voulait-il dire que quelque chose la touchait d'une façon ou d'une autre ?

« Une fois n'est pas coutume. Mais cela n'a pas d'importance et n'est pas inquiétant. Juste l'excitation de repartir sur les routes dirons-nous. Ceci dit, il y a quelque chose qui te perturbe. » Gigotant, elle se retourna sur le dos et planta ses yeux dans les miens. Après un court instant d'indécision, elle me répondit.
« Oui... Cela fait cinq ennéades que j’entends ce... chant. Chaque nuit un peu plus fort. »
« Pourquoi n'en as-tu pas parlé ? »
« Je pensais que c'était passager... Et je voulais savoir d'où cela provenait. »
« Laisser un mal empirer pour le localiser ? 'Alyth tu sais que ce n'est pas une bonne idée ! »
« Ne me dis pas ce qui est bon ou non. Tu n'es pas un modèle de ce côté là. » Elle me coupa la parole avant que je puisse rétorquer quoique ce soit. « J'ai écouté avec attention la Symphonie. Dans le Sud, quelque chose se passe. Quelque chose ronge les vivants, végétaux et animaux, il ne fait aucune différence. »



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MessageSujet: Re: [Solo] Le calme avant les tempêtes   Dim 11 Fév 2018 - 23:07



An 10 du XIe Cycle
Cinquième ennéade de Barkios
Panahos
Soirée


________________________



Je sautai avec une telle précipitation sur la berge que je faillis m'étaler de tout mon long. Heureusement, les longues années d'entraînement martiaux que les moines du temple de Calimenthar m'avait imposé me permit de rattraper mon équilibre et de sauver à peu près les apparences... Enfin très honnêtement je m'en fichais. J'étais tellement heureux de retrouver le plancher des milles pipumias. Après trois jours de voyage sur le Rhym, je ne m'étais toujours pas habitué aux remous des eaux. Je n'irai pas à dire que cela me rendait malade, mais j'avais connu des jours plus glorieux. Au moins, cela était une excuse suffisante pour faire un minimum de conversation avec les trois Vaïmera. Cela risquait sans nul doute de changer maintenant que nous étions débarqués. La suite de notre voyage nous mènerait à longer le Sud de la chaîne de montage s'étandant de la Quatrième Saison à l'Uraal. Cela nous prendrait quelque chose comme huit jours de marche. Si tout se passait bien.



________________________


An 10 du XIe Cycle
Cinquième ennéade de Barkios
Panahos
Nuit


________________________



Un chuchotement infâme emplissait mon crâne. Où que j'aille il était présent. Même en me bouchant les oreilles je ne cessais de l'entendre. Un refrain incessant. À force je finissais par distinguer certaines de ses paroles.

« ...

Les mystères qui suivent la migraine,
Seront gravés à l’encre de ta haine.
À mes gribouillages que j’égrène,
À mes apocryphes gravés dans tes veines.

Aide une âme en peine. »



Je me releva brusquement, le souffle rapide. Levant les yeux, je vis quelques éclats de lune passait au travers de l'épais feuillage des arbres de l'Anaëh. Tout était calme. La comptine qui torturait mon sommeil s'éloignait doucement, même si j'avais la certitude qu'elle reviendrait aussitôt que je refermerais les yeux. Était-ce cette chanson qu'Amarthalyth entendait ? Je me relevai et, tout en enfilant mon épais manteau, fis quelque pas pour me détendre. Marcher m'aidait à réfléchir, une forme de méditation dynamique si vous préférez. Mon errance m’amena inconsciemment près de la berge, là où nous avions laissé la barge. S'arrêtant à son côté, mon regard suivit les flots jusqu'à perdre le cours de la rivière à un virage de celle-ci qui m'indiquait... le Sud. Alors que j'étais resté immobile de longues minutes à contempler cette direction, mon corps se mit soudainement en mouvement. Enserrant la barge, je la repoussais vers le Rhym à la force de mes bras. Non le problème de ma sœur, que je commençais à vivre également n'allait être réglé sur les berges de l'Uraal. Mon instinct me criait de pousser mon périple plus vers le Sud. Ceux du Sombre Peuple rôdant au Sud-Est n'étaient pas liés à cette... chose.

Alors que les eaux commençaient à lécher la coque de la barge, une flèche vint se ficher dans le bois à quelques centimètres de ma tête. Je fis immédiatement un volte-face suivit d'un pas sur le côté pour esquiver de justesse une seconde flèche qui était sortie de l'ombre des arbres, comme si c'était eux qui me tiraient dessus. La supercherie ne tint pas longtemps, au-travers de ma magie, je perçut rapidement un différentiel de température propre à celui d'un corps elfique. Devinant que trop bien qu'elle serait la prochaine action de celui-ci, je me mis à murmurer quelques incantations tout en rapprochant mes mains lentement l'une de l'autre avant de les rejeter brusquement vers l'extérieur. La troisième flèche qui m'était destinée fut accueillie par un mur de flammes bleus et consumant instantanément son bois, son métal fondu venant s'écraser mollement à mes pieds.

« Dommage que tu aies manqué ta première flèche. » Lançais-je aux ténèbres. Aucune réponse. « Je te conseille de sortir vite fait de ton trou... » Continuais-je, fixant du regard l'endroit où était caché mon ennemi. « … le bois brûle particulièrement bien en cette période de l'année. »

Un mouvement dans les buissons furent la seule réponse que je reçus. Peu après, une furie rousse sortit des ombres, lame à la main, fonçant droit sur moi... Cìveth ! Mais que lui prenait-il ?

« Tu ne vas pas t'en tirer comme ça hérétique ! »  Me cria-t-elle.

Voyant qu'elle était bien décidée à me tailler menu, j'oubliais l'option des pourparler pour lancer un nouveau rituel se terminant par l'envoie de deux projectiles enflammés vers elle. Mon opposante les esquiva et parcourut la distance qui nous séparait en quelques foulées. Je fis un bond pour esquiver son coup d'estoc. Elle pivota sur elle-même et faillit m'avoir par un coup de taille vicieusement porté. Voyant son déséquilibre temporaire, et sans doute contre toute attente, je m'avançais vers elle, lui saisissant le poignet du bras qui maniait son sabre. Alors que mes doigts venaient à peine de se referme sur son poignet que je murmurais de nouvelles paroles. Lâchant son arme, elle poussa un cri, aussi bien de surprise que de douleur de par la brûlure que je venais de lui infliger. Repoussant Cìveth, je mis un coup de pied dans la lame pour l'envoyer le plus loin possible, afin de l'empêcher de la reprendre en main dans l'immédiat. J'espérais qu'ainsi désarmée la discussion soit possible... Grave erreur. La rousse avait repris ses esprits et s'était de nouveau précipité sur moi. N'ayant, cette fois le temps de réagir, je ne pus l'esquiver. Je mis le bras en avant dans le vain espoir de la repousser, mais se jetant sur moi, elle m'emmena embrasser le sol. Le souffle à moitié coupé par le choc de la chute, je sentis le froid d'une lame se glisser sur ma gorge alors que ma main était au niveau de sa cage thoracique. Nos regards se rencontrèrent alors. La haine furieuse luisant dans ses yeux, une colère froide et contrôlée dans les miens. Malgré cette animosité, ni l'un, ni l'autre n'avait encore fait un geste pour éliminer son opposant.

« Où penses-tu aller comme ça ? » Me cracha-t-elle au visage.
« Dans le Sud si cela peut éclairer ta lanterne bien sombre » Je sentais la lame appuyer un peu plus sur ma gorge.
« Fais pas la malin, ta vie se joue sur le tranchant de ma dague. » Lui lançant un regard fier et forçant mon appui sur sa cage thoracique, je lui répondis :
« Et je peux te promettre que tu t'amuses à cela, je ne serais pas le seul à rejoindre Tari. »
« Parce que tu penses pouvoir séjourner aux côtés de la déesse ? »
« En ce qui me concerne, c'est à elle de juger, pas à toi, ni à quiconque d'ailleurs. »

Elle ne répondit rien. Ses yeux examinait mon visage avec attention.

« Tu ne m'as pas répondu. Où vas-tu ? »
« Dans le Sud. »
« C'est vague. »
« Désolé, je n'ai pas plus de précision que ça. Les chants ésotériques qui empêchent de dormir ne détaillent pas le chemin pour mener à leur source semblerait-il. » Un doute s'empara de Cìveth.
« Tu... tu l'entends ? »
« Surprise ? Quoiqu'il en soit je me rends vers la chose qui engendre ce refrain. »
« Et comment peux-tu savoir qu'elle est au Sud et non à l'Est ? »
« Je n'ai aucune preuve. J'ai juste le sentiment que c'est par là-bas, et non le long de l'Uraal. »
« Qui me dis que tu n'es pas en train de te dégonfler ? »
« Personne. »

L'indécision tortura quelques secondes la rousse. Elle relâcha enfin la pression qu'elle exerçait sur ma jugulaire. Rengainant, elle me dit :

« Va, et ne me fais pas regretter ma décision. » Debout, je luis fis un hochement de tête.
« Je retrouverais le point de rendez-vous sur les berges si ma quête est infructueuse. »

Pour toute réponse, elle me tourna le dos et se dirigea vers son sabre qu'elle ramasse. Pendant ce temps je me atteler de nouveau à la tâche de mettre la barge à l'eau. Alors que j'atteignais mon but et qu'elle regagnait le couvert des arbres elle me lança :

« Quoi qu'il en soit n'oublie pas qui t'a vaincu aujourd'hui. » Grimpant dans la barge qui commençait à descendre le long du fleuve, je lui lançais sur un ton goguenard :
« Rectification, que tu as failli vaincre, je t'aurais réduite en cendre aurais-tu tenté quoique ce soit de déplacer. C’eut été un match nul. Une prochaine fois peut-être très cher Cìveth ! »

Et la barge fila, prenant déjà la première courbe du Rhym. La rousse restée sur la berge murmura à elle-même.

« Que les eaux aient raisons de toi Æ'ranûron. »



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