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 Le beau retour des jours

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Gaston Berdevin
Humain
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Personnage
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MessageSujet: Le beau retour des jours   Mer 28 Fév 2018 - 21:42

Le 5ème jour de la 1ère ennéade de Bàrkios deuxième, 10ème année du 11ème cycle.
Printemps. Au donjon d'Etherna, principalement.




Le petit homme qui marchait jusqu’à l’estrade avait opéré une espèce de mue. Il n’était plus exactement le petit enfançon rondouillet que Gaston avait laissé, l’automne dernier, il y a deux saisons, à Odelia. Christian Berdevin, son neveu et son fils, lui avait déjà fait cette impression au retour de sa campagne d’Oesgard. Cette fois-ci, c’était plus fort. Le minot avait dû prendre une bonne tête, se surprit à remarquer Gaston en dévisageant son neveu le marquis monter vers lui et se placer sous le dais pour recevoir, à son tour, les hommages de ses vassaux de la baronnie d’Etherna. A mesure que celui-ci s’approchait de son oncle et parâtre, le grand blond ne pouvait s’empêcher de voir Grégoire son frère. L’hiver rude et la conjuration avait contraint l’enfant à une vie retirée et frugale dans le château de Ferre, une place forte de bonne assise, mais isolée dans les sous-bois d’Hedda et peu garnie. Clients et troupeaux du marquis l’avaient suivi pour son séjour à Etherna, laissant Ferre mal gardée, à la merci des brigands fous ayant osé braver les blizzards.

On lui rapporta au printemps qu’une ou deux bandes firent des frayeurs aux chevaliers en poste, mais il se félicitait néanmoins d’avoir caché son successeur loin d’Odelya. Après le massacre perpétré par Caerlyn contre son propre allié Guillaume de Clairssac, qui avait provoqué la mort de bons chevaliers et de la femme de ce dernier, Maélyne de Lourmel, Gaston n’osait pas imaginer ce que le félon aurait réservé au fils de Grégoire Berdevin si une opportunité s’était présentée. Cependant, la vie spartiate à laquelle on avait astreint le petit héritier semblait avoir pris son tribut. Ses joues épaisses s’étaient amplement creusées et il avait abandonné ses longs cheveux d’or pour une coupe courte. Le regard bleu, clair et pétillant qu’il tenait de sa mère semblait ne plus sourire comme avant. Peut-être était-ce l’assemblée de tous ces seigneurs qui le rendait moins expressif, mais il en doutait. Les yeux d’azur de sa mère Madeleyne d’Ancenis eux aussi s’étaient rembruni, après les Champs pourpre et sa capture par sa sœur Blanche d’Hautval. Il a bu sa première tasse d’adversité, pensa Gaston sans savoir s’il espérait que le garçon se fasse vite à son goût amer ou qu’il en fût entièrement dégoûté. Craindre les contrariétés, après tout, l’échauderait de l’exercice effectif de son autorité.

Or il poussait bien vite, le fils de Grégoire, et lui ressemblait de plus en plus. Bientôt, Gaston devrait l’associer au pouvoir, et son héritier, s’il ne le tenait pas d’assez près, se demanderait pourquoi il devait partager ce qui lui revenait de droit avec un oncle. Dans cinq ans, la noblesse éthernienne qu’il avait éloigné serait de retour, son frère Philinte jalouserait l’ombre que lui faisait son marquis de frère, et Christian serait, du haut de ses quatorze ans, un homme. Dans cinq ans ce serait la merde, se morfondait Gaston tandis que les chevaliers et seigneurs éthernienes et odélians rendaient l’hommage-lige qu’ils devaient à Christian Berdevin, marquis d’Odélian et baron d’Etherna. Comme les génuflexions s’enchaînaient, le grand blond observait d’un œil distrait l’enfant en se demandant s’il ne ferait pas bien d’en faire son page pour la campagne. Ainsi le parâtre se lierait d’autant mieux à son fils-neveu, réfléchit-il, avant que la menace d’un nouveau Champs pourpre ne l’empêche d’examiner plus à fond la possibilité. Si Gaston mourait et Christian était capturé par sa tante d’Hautval, c’en serait fini d’un Odélian libre. Non, le débourrage du petit devrait attendre. Odélian avait déjà un lot d’emmerdes  conséquent, et la situation de la Péninsule était si changeante qu’il était absurde d’ébaucher des prévisions sur cinq ans.  

En attendant, Christian n’était que cela, un enfant, et Gaston avait la charge de ses fiefs. Et celui-ci se démenait. Cette session de la cour se concluait sur les hommages au fils de Grégoire, mais les affaires de la guerre comme la réorganisation d’Etherna avaient occupé les journées précédentes.

Après les comptes rendus par les baillis et leurs prévôts sur l’état des seigneuries saisies comme des seigneurs de l’Odélian propre, on s’apercevait d’un regain des taxes et péages. La paix recouvrée avait certes rendu possible l’affluence, mais l’activité commerciale s’était surtout accru par la combinaison de trois faits : le blocage du port d’Isgaard avait reporté les marchands d’Oesgard et d’Alonna sur Seram, qui avait été rebaptisé Havramblère en l’honneur de la bataille d’Amblère, havre où les marchands scylléens étaient venus remplacer les Langecins, et d’autant plus fortement qu’ils avaient été chassé d’Ydril et recherchaient pour leurs galées d’autres destinations. La coopération avec Serramire était la cerise sur le gâteau, et les carrioles du marquisat voisin affluaient jusqu’à Havramblère afin d’y embarquer leurs marchandises au sud en s’évitant les péages des pays berthildois et l’instabilité des pays médians.

En sus des recettes venus du commerce, les revenus venaient également des terres et propriétés confisquées. Si les fiefs des seigneurs bannis représentaient le gros du pactole, les fermes et maisons saisis aux déviants, sorciers et autres métisses ne comptaient pas pour rien. La purge avait été un exutoire mortifère mais également un bon investissement fiscal, et les prévôts écoulaient peu à peu une partie de cet immobilier, en majorité à des voisins qui avaient dénoncé et à des Odélians en mal de sol pour leurs fils. Enfin, les procès des derniers jours avaient acquis aux marquis d’Odélian d’importants avoirs dans la cité même d’Etherna.

Car après les nobles étherniens, ce fut au tour des bourgeois. Et cette fois-ci, Gaston n’eut pas la main légère, car la capitale avait fait preuve d’une rare déloyauté au milieu de la conjuration. Les paysans ayant désobéi aux réquisitions militaires furent réduits au servage et leur terre fut saisie et redistribuée à des Odélians. Les bourgeois furent astreints aux mêmes punitions, mais leur chute n’en était que plus haute, et eux n’avaient pas le privilège d’être de noble extraction. Or ceux-là ne s’étaient pas contentés de rester passifs devant les ordres de leur suzerain direct, ils avaient majoritairement activement trahi. La milice bourgeoise avait en effet contrevenu à l’assignation de rejoindre Odélian pour y lutter contre le brigandage ; elle avait même rejoint les rangs de Caerlyn uniment. C’était tous les fils de la bourgeoisie qui avait donc tourné sa casaque pour le parti berthildois. L’ingratitude du commun lui valut toute la colère du marquis, qui leur avait accordé en charte de nombreuses libertés en échange de leur obéissance.

Les trois cents miliciens qui avaient embrassé la conjuration, c’était trois cents familles d’Etherna-le-Bourg qui payaient le prix fort. La majorité des édiles du fraichement constitué conseil ayant eu un enfant ou un parent ayant soutenu la cabale, c’est toute la charte remise une saison auparavant qui fut brisée. Toutes les familles jugées coupables de traîtrise virent leurs biens confisqués au bénéfice du marquisat. Plus de deux milles habitants de la bourgade étaient réduits au servage et déportés aux quatre coins d’Odélian, donnés aux seigneurs selon l’art que ces nouveaux serfs maîtrisaient. Si Grégoire s’était contenté de pendre les seuls chefs de la révolte précédente, Gaston, devant la récidive, décidait donc de pratiquer une véritable saignée. Etherna ne pouvait, ne devait, plus être la cinquième colonne des ennemis  d’Odélian. Il attira dans la bourgade ceux qu’on appelait, dans le jargon, la Garde du Bélier. Ces vétérans des armées de la marche étaient conviés à venir reprendre les baux des artisans refoulés selon leur métier. Et en échange de ces nouveaux biens, ces derniers consentaient au service militaire. La milice de la bourgade devenait odéliane.

La colonisation des Odélians s’orientait majoritairement vers l’Ethernan, cependant, après l’essaim de brigands venus d’Aduram, la cour décida d’installer un fort à la pointe nord du triangle que constituait le territoire isgaardien. Cinq chevaliers de l’Etau, renforcés d’une vingtaine de soldats et d’une cinquantaine de serfs, avaient reçu la charge d’élever une palissade et une tour de guet afin d’éviter une nouvelle attaque surprise venue de l’est et pour préparer l’installation potentielle d’autres forts le long de la Siriliya afin d’en verrouiller une bonne fois pour toute l’accès.




Le 1er jour de la 5ère ennéade de Bàrkios deuxième, 10ème année du 11ème cycle.
Printemps. Caerlyn.





Les choses s'étaient faites, la situation était aplanie. Après avoir été appelés, mille hommes d'armes du marquisat partaient en direction d'Ancenis, pour rejoindre la guerre contre les rebelles.


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