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 Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]

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Faeron Savarius
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MessageSujet: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Jeu 8 Mar 2018 - 22:24

Une lettre pour enfoncer des portes





Lorsque les trois grands dieux eurent dans un cachot
Mis les démons, chassé les monstres de là-haut,
Oté sa griffe à l'hydre, au noir dragon son aile,
Et sur ce tas hurlant fermé l'ombre éternelle,
[...]
Et se dirent, ayant dans le ciel radieux
Chacun un astre au front : Nous sommes les seuls dieux !
[...]
Tout à coup devant eux surgit dans l'ombre obscure
Une lumière ayant les yeux d'une figure.
Ce que cette lumière était, rien ne saurait
Le dire, et, comme brille au fond d'une forêt
Un long rayon de lune en une route étroite,
Elle resplendissait, se tenant toute droite.
Ainsi se dresse un phare au sommet d'un récif.
C'était un flamboiement immobile, pensif,
Debout. Et les trois dieux s'étonnèrent. Ils dirent :
« Qu'est ceci ? »  Tout se tut et les cieux attendirent.






Début du mois de Verimios, X, XI



LETTRE




Compagnies Savarius & Fils

Faeron Savarius

Au conseil de Thaar,


Moi, Faeron Savarius, me rendrait à vos portes le dernier jour de cette énnéade afin de présenter mes projets et mes actions dont l’éminente conclusion se développe.

Avec mes salutations,

Faeron Savarius







A la fin de l’énnéade…


Quelques jours plus tôt seulement Faeron s’était fendu d’une lettre aussi simple que directe pour ceux qui, depuis trop de temps déjà, avaient décidé de ne pas admettre officiellement l’armateur parmi leurs rangs. Lui qui avait depuis des années déjà ourdi sa venue sous la coupole du Joyau non en étant invité mais en s’invitant lui-même… Voilà que le jour était arrivé. Si le conseil le recevait, alors aurait-il au moins la possibilité de discuter d’égal à égal sa prise de position effective et définitive à la table. Si le conseil décidait de ne pas le recevoir et de mettre un point final à sa vocation au sein de cette cité, alors les tables tourneraient et Faeron ne remettrait plus jamais les pieds dans le Joyau, et le conseil se serait fait un nouvel ennemi, de l’intérieur cette fois.

Les choses allaient se cristalliser en ce jour. Lui était calme en ce début de journée. Un calme absolu, maitrisé et voulu. Il était heureux de savoir que les choses arrivaient enfin à leur accomplissement. Après des années de lutte, des années de pions placés, de fortunes perdues et gagnées. Voilà que l’on jouait le dernier coup de carte. Si sa main était mauvaise et qu’il n’était pas capable de se faire admettre par les autres joueurs, alors il changerait de table. Si sa main était la bonne, il rejoindrait enfin le cercle très fermé de ceux décidant de l’avenir de cette ville à l’attrait solaire.

Jamais la ville de Thaar n’avait paru aussi intéressante à observer que pour ce lever de soleil. Faeron prenait souvent le temps de voir le soleil se lever sur la ville, de voir les rayons du soleil percer derrière la ville lui faisant face, de voir les coupoles et les toits prendre petit à petit la lumière du jour pour que finalement le soleil perce derrière les ombres chinoises d’une cité endormie pour venir frapper le haut de son palais pyramidal.

Il eut un sourire amusé, presque moqueur en voyant le soleil frapper de ses rayons l’arrogante coupole du joyau qui reflétait ses trésors de toiture. Il fut quelque peu ébloui, ce qui le fit rire d’autant plus. Peut-être les dieux lui indiquait-il qu’il allait se brûler en se lançant ce jour, mais lui n’avait pas peur. Il n’avait de toute manière pas grande peur dans sa vie. Une heure plus tard il se mit en route, habillé dans un costume simple et parfaitement taillé de matières aussi exotiques que bien réalisées.

On l’annonça au palais… Les portes resteraient-elles fermées ? Si oui, tant pis pour eux.
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Milynéa Lythandas
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 18 Mar 2018 - 14:23

Dans ce genre de partie, il est nécessaire de s’interroger sur la manière dont l’autre souhaite qu’elle soit jouée. Il était évident que Faeron n’avait pas avancé aussi brutalement ses pions sans envisager plusieurs issues, mais laquelle souhaitait-il le plus, et laquelle attendait-il le moins ?
Des rumeurs, des bruits de couloirs, des ragots entendus et rapportés dans les tavernes et débits de boissons qu’animaient ses musiciens permettaient de dresser un portrait troublé de l’Olienne, secouée par les conflits qui mêlaient Naelis à un prétendant au comté d’Ydril et qui voyait désormais la marine royale s’agiter depuis l’archipel de Nelen. La situation ne plaisait guère à la Dame Blanche qui voyait d’un mauvais œil les barbares d’outre-olienne en passe de mettre un terme au désordre que leur « Médian » avait provoqué chercher querelle vers l’est en y ayant été invité par ce roitelet de Naelis.
Tout cela repoussait le voyage qu’elle aurait pu entreprendre là-bas et rendait potentiellement inapproprié tout investissement supplémentaire tant que la situation ne se détendrait pas… Néanmoins, comme il avait fallu régler la problématique apportée par Ptolémée, il faudrait peut-être un jour régler celui de Naelis si la situation s’envenimait, et anticiper une glissade du conflit vers la Principauté.

Et c’est dans un tel contexte que Faeron avait décidé de bouger… Non qu’elle puisse faire le moindre lien entre ces hommes, sinon qu’il s’était rendu plus fréquemment ces derniers temps ce royaume, et qu’il avait nécessairement fallu des navires pour conduire les hommes en Ydril. 
Elle prit immédiatement le parti d’accéder à sa demande d’audience… Après tout, écouter n’engage à rien et permettra peut-être d’y voir plus clair sur ses intentions. Néanmoins, il fallait prendre un certain nombre de mesure durant l'ennéade qu'il se donnait pour se présenter. Imperceptiblement, le nombre d'épées-louées accrus sous le toit de la Dame Blanche, et quelques fils furent manipulés pour s'apprêter aux pires scénarios. Si elle n'était pas intéressé par les entreprises guerrières, elle savait mener un autre type de guerre contre ses rivaux potentiels et les menaces.

Quand vint le jour de l'audience, elle s'était rendue au Joyau sous une escorte normale, ne suggérant aucune considération particulière à cette audience, ce qui était le cas, pour une personne de son rang, et ses gens d'armes – principalement -, le colossal Ryltar en tête, s'installèrent dans l'antichambre, comme il était de coutume, laissant la Dame Blanche se rendre seule dans l'immense salle dont la richesse et la démesure étaient le reflet des fortunes attablés.
Elle s'était installée à sa place, saluant ses « confrères », échangeant quelques banalités et flatteries quand un garde du palais annonça la présence du notable armateur et qu'il lui fut permit, après une fouille minutieuse, de pénétrer dans le cœur du Joyau et du pouvoir thaarie.


« Faeron Savarius, le Conseil de Thaar a accepté de t'entendre aujourd'hui. Qu'as-tu à lui présenter ? »

Elle faisait le choix de demeurer particulièrement formelle pour le moment, il sera toujours temps de jeter à bas le voile le moment voulu. Qu'il dévoile son jeu, ou tout au moins, la partie qu'il estimait pouvoir afficher en en tirant avantage face aux plus puissantes figures de Thaar, il était là pour cela, après tout.


Spoiler:
 
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Krish Al'Serat
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Mar 10 Avr 2018 - 15:27


Wik plissa les yeux face à la réponse qui venait de lui arrivé juste à temps. Le grand vautour qui l'avait apporté le regardait d'un oeil mauvais. Il semblait que Krish ait bien changé d'idée par rapport à sa première entrevue avec l'armateur... L'intendant soupira, enroula le parchemin portant la griffe de sa maîtresse et quitta son bureau pour se préparer à la rencontre au sommet qui aurait lieu au Joyau.

Quelques heures plus tard, la haute et raide silhouette du drow à la petite barbiche blanche et aux yeux d'or montait les marches du Palais des Princes à quelques centaines de mètre de l'entrée de celui dans lequel il était à la fois maître et esclave. Sa longue tunique de soie bleue flottait autour de lui en lui donnant la prestance d'un haut personnage malgré la dentelle d'argent qui lui enserrait le cou et le haut du torse sous la forme d'une gracieuse toile d'areignée.

Mais contrairement aux Princes marchants, il ploya un nombre de fois incalculable, devant respect à tous les administrateurs et tous les gardes de l'endroit jusqu'à l'entrée de la Chambre des Princes marchands. Là, tous le connaissait. Il représentait en personne sa maîtresse à chaque fois qu'elle était absente ou indisposée... Ce qui était très souvent le cas hors des moments de crises. Armé du papier signée de Krish Al'Serat, du savoir intégral qu'il avait sur le quotidien des activités de la Corporation d'argent et du pouvoir officieux qu'il possédait sur toute cette énorme structure, Wik passa la porte, droit, raide et froid comme un bloque de glace.

Rejoignant le siège de sa Maîtresse, il s'agenouilla près de la place vide, attendant qu'on lui demande directement de parler ou que la discussion en vienne à un point pour lequel il ne pourrait se taire sans trahir les intérêts de sa maîtresse. D'un professionnalisme hors paire, la tête baissé, il ne bougeait pas d'un cil et tendait humblement l'oreille. Il connaissait ses ordres et n'avait pas d'avis personnel à donner.

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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Ven 13 Avr 2018 - 19:08


Ainsi le conseil le recevait. Faeron était entré sous le dôme sans inquiétude particulière et seul. Les lieux ne lui étaient pas inconnus et il considérait avec une certaine déférence ce parterre qui visiblement était bien clairsemé. Une seul princesse marchande en personne, et une autre princesse ayant envoyée délégation. Était-ce là le signe du peu d’intérêt que portaient les autres princes à Faeron ou était-ce là le signe du fait qu’au final plus que deux princesses étaient intéressées à la chose publique à Thaar. Si c’était le cas, alors la situation était plus difficile encore que Faeron ne l’avait imaginé, mais peut-être était-ce là sa chance. Il était heureux quant à lui de faire face à ces deux personnages, c'était certainement celles pour lesquelles il avait du respect. Et Faeron trouvait que les affaires publiques étaient souvent entre de meilleures mains lorsqu'on s'en remettait aux dames, ce qui était rare pour l'époque.

Il resta debout à côté de la table, choisissant de ne pas s'asseoir non pour manquer de respect, mais au contraire pour montrer qu'il ne présageait pas de la suite.


« - Je tiens à remercier le Conseil de me recevoir. Chères Conseillères, je n’irai pas par quatre chemins. J’ai eu la chance d’avoir été invité à vos débats par le passé, ceci grâce à la bienveillante attention de la princesse s’étant faite aujourd’hui représentée. J’ai été honoré de ce geste. Il m’appartient maintenant de faire le geste suivant et de vous demander respectueusement de bien vouloir m'admettre au Conseil de Thaar. »

Il laissa planer le silence un instant.

« - Je pense que vous connaissez déjà l’étendue de la fortune que j’ai réussi à produire et que vous savez aussi que cette dernière dispose de fondements bien établis qui lui permette d’enfanter de manière régulière, je saurai donc contribuer à la même hauteur que les honorables personnes présentes au conseil  aux dépenses que nécessitent les actions que vous prenez en charge dans cette auguste assemblée. J'ai également conscience de mes faiblesses, et en particulier de mon jeune âge. Je n'ai que peu d'expérience de la stratégie militaire terrestre, et mon réseau d'espionnage ou d'informateur fait pâle figure par rapport au votre.

Je souhaite également partager avec vous ma vision de l’avenir, une vision qui se décline dans mes stratégies commerciales et manufacturières depuis fort longtemps : une vision maritime… Nous le savons, la ville de Thaar est un carrefour commercial et industriel qui dispose depuis longtemps d’atouts maritimes d’importance. Chacun d’entre vous dispose de flottes de commerce desservant les intérêts des corporations dont vous défendez les activités. Mon activité repose essentiellement sur ces océans que nous parcourons.

Vous le savez par vos espions sans nul doute, ma stratégie consiste depuis des années déjà à financer des flottes permettant d’assumer le transit de petits commerçants autour de l’Olienne, ouvrant ces voies commerciales en mutualisant le transit maritime entre petits marchands. Mais également de constituer une marine capable d’assurer une défense maritime à nulle autre comparable. La taille de ces flottes est devenue critique, je le sens bien, pour votre tranquillité d’esprit quant à mes intentions.

A cela s’est ajoutée une opportunité historique : à savoir que la Péninsule ne dispose plus d’une politique maritime claire depuis des années. Certains domaines disposent de moyens, mais les commandements sont dispersés, les traditions d’entraînement sont différentes, la communication inexistante. La flotte royale est pour ainsi dire aux abois. Port Royal n’est plus que l’ombre de lui-même. Leurs moyens de production sont dépassés, usés par des priorités différentes, par un manque d’attention aux détails et par l’agressivité avec laquelle nous avons recruté les bâtisseurs maritimes d’intérêt.

Je peux mettre à disposition du conseil un outil qui renforcera notre puissance future et qui dispose, avec vos propres moyens d'information et d'influence, d'un effet de levier immense pouvant permettre à notre ville de soutenir son indépendance sur le long terme. Je dispose de ce dont la Péninsule ne dispose plus depuis bien longtemps : de flottes organisées militairement avec du matériel moderne, un entraînement redoutable et une discipline digne d’une marine de haut bord. Cet atout n’est rien s’il n’est pas utilisé habilement.

Ce conseil et cette coupole ont dû voir bien des mensonges proférés. Mais je vous prie de me croire quand je vous dis que je suis un homme dont la stratégie marchande est avant tout celle du gain mutuel. Je ne dis pas que vous rejoindre n'aide pas mes intérêts personnels, mais je pense que nous avons tous à y gagner. Je serai un allié ouvert à la discussion et efficace dans mes actions, et je serai un douloureux cauchemar pour nos ennemis, vous pouvez me croire. J’ai également un amour passionnel pour cette ville qui m’a tant donné, et pour ces mers à qui j’ai tant pris… Permettez-moi de vous rejoindre et construisons ensemble les chapitres suivants de notre bonne ville qui pourra s’appuyer autant sur votre expertise militaire, d’espionnage et diplomatique que sur mes capacités maritimes. »


Il s’arrêta. Son plaidoyer était réalisé. Restait à savoir ce que ses interlocuteurs en pensaient.
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Milynéa Lythandas
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Sam 14 Avr 2018 - 12:07

Comme elle l'avait pressenti lors de leur dernier entretien, il y avait un fossé entre eux, qu'elle attribuait, à tort ou à raison, à une approche trop humaine, ce qui, dans un tel contexte, n'avait rien d'un compliment. Il considérait le rapport de force comme le moyen d'assurer l'indépendance de la Principauté, attachait une certaine importance à considérer les Péninsulaires comme des ennemis potentiels dont il faudrait se prémunir, car le développement d'une puissance navale n'avait d'autre vocation que le bras de fer avec l'Est. Elle n'entendait pas les choses ainsi, et considérait les tentatives de développement militaire de ces dernières années comme autant de source de la dégradation des rapports entre le Royaume de Diantra et la Principauté. Après Ptolémée, Faeron semblait suivre une voie semblable et devenir un problème pour la prospérité de cette cité.

« Quels sombres présages il me semble discerner dans la vision que tu nous présentes, Faeron... » Difficile d'imaginer ce qu'avait précisément en tête la Dame Blanche.

« Il est toutefois des points qu'il nous faut éclaircir avant de nous prononcer : Cet outil que tu nous présentes, a-t-il déjà été employé pour appuyer les projets du Roi de Naelis et son soutien à un prétendant à Ydril, à l'Est ? »

Elle n'en était pas encore à lancer des accusations, elle estimait encore qu'il fallait lui laisser une chance de l'admettre de lui-même. Mais le ton semblait suggérer qu'elle attendait davantage une confirmation et une explication qu'une révélation. Ils n'étaient pas dupe et pouvaient relier entre eux les détails que ces troubles qui désormais agitaient tout l'Olienne.

« Aussi... Tu nous proposes une force maritime supposée servir les intérêts de Thaar : Quelle garantie offres-tu à ce Conseil quant à l'obéissance et la loyauté de ses capitaines ? Il serait problématique, tu peux aisément l'imaginer, que nous ayons à satisfaire tes vues à chaque fois qu'il nous faudrait l'employer et faire face à une flotte rebelle si nous devions naviguer à contre-courant... Pire, inconcevable d'imaginer une force croisant dans les eaux d'Olienne sous nos couleurs mais n'agissant que sous la seule impulsion de l'un de nous sans avoir été missionné. »

Elle n'était pas idiote, pas plus qu'elle ne pourrait s'en tenir aux seuls mots de cet opportuniste intriguant. Mais elle voyait se dessiner quelques scénarios exigeant des manœuvres sensibles. Une tempête prenait de l'ampleur à l'horizon, et elle pressentait qu'il ne s'agissait que des premiers signes d'une turbulence plus importante.
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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Sam 14 Avr 2018 - 13:49


Faeron regarda la dame droit dans les yeux tandis qu'elle répondait. Elle trouvait le portrait qu'il faisait de l'avenir trop sombre. Plusieurs possibilité émergeait de savoir ce qu'elle entendait par là. Faeron supposa que la perspective d'une concurrence accrue sur les mers ne l’enchantait guère. Mais en affaires commerciales comme en affaires militaires, tout était question de timing. Le royaume de Péninsule avait sombré dans une guerre qui n'avait épargné presque aucune de ses contrées du nord au sud.

Avec les besoins impérieux de la reconstruction, les hommes seraient bientôt en recherche de financement et comme leurs propres terres étaient déjà exploitées par l'utilisation presque gratuite des serfs et une gestion presque totale des richesses sortant de terre, il ne restait plus que le commerce comme source de financement supplémentaire. Ou des campagnes extérieures.

Avec la victoire relative du nord de la Péninsule sur le sud, la situation allait changer rapidement et Faeron n'avait aucun doute la diplomatie serait moins à l'ordre du jour qu'une volonté d'affirmer de manière très crue la puissance du royaume. D'autant que ce dernier avait une place à redémontrer et serait friand de remettre un coup de botte à l'extérieur pour démontrer sa réunion et son prestige retrouvé. C'était là la tactique politique la plus simpliste, certes. Certains scenarii pouvaient être plus optimistes. Mais il n'y avait presque aucun doute sur le fait que les lignes trans-olienne allaient se retrouver atrocement taxées sous peu. L'avenir dirait si la Péninsule laisserait Thaar commercer en paix avec un Ydril rebelle...

Vint la question de ses affaires à Naëlis. Ce qui était logique.


« - Les flottes Savarius n'ont pas participé à l'assaut sur l'Ydril. Mon seul rôle dans cette affaire est un rôle distant: à savoir que j'ai vendu des navires à Naëlis. Comme j'en aurai vendu à la Péninsule si ces derniers m'en avait commandé. Je suis un armateur, et le premier producteur de navire de l'Olienne depuis des années déjà. Les contrats d'armement de navire militaires sont rares, me placer sur le premier contrat de ce type depuis le Voile était naturel vu ma position commerciale sur ce marché. Pour le moment l'intégralité des exemplaires sortis des chantiers n'ont servi qu'à armer les flottes de défense dont je parlais tantôt... En vendre extérieurement était inespéré. »

Il laissa planer le silence un instant.

« - En revanche une partie de ma flotte fait route depuis hier pour aller désenclaver Nelen qui est sous le coup d'un blocus péninsulaire depuis une énnéade et où une rébellion est en cours. Plusieurs navires commerciaux en provenance de Thaar ont été arraisonnés par les autorités locales aux abois et plusieurs citoyens Thaari sont déjà morts sur place d'après mes informateurs.

Ces rebelles sont des estreventins de toutes origines et des péninsulaires agacés de la situation sur l'île. Ils m'ont appelé à l'aide et j'ai répondu favorablement à leur demande. Dans la nuit d'aujourd'hui à demain une très faible escouade soutiendra la révolte dans le port de Port-Cinglant et opérera une mesure de rétorsion pour le blocus.

L'essentiel de la flotte sera déployée de manière à protéger l'entrée de la baie de Port-Cinglant mais croise au large. Une autre partie se mettra à croiser le reste des eaux de l'archipel en escadres suffisantes pour pouvoir couler la flotte royale si cette dernière ne se replie pas.

Voilà pour ce qui est des opérations en cours qui sont sanctionnées par ma personne. Pour ce qui est de savoir si ma flotte est fidèle, elle l'est. Vous pouvez avoir confiance sur ce sujet comme Krish Al'Serat peut  avoir confiance dans ses troupes. »


Il eut un sourire.


« - J'opère pour le moment en dehors de ce conseil, et pour cause, je n'y suis pas représenté. Je travaille pour le moment pour mes intérêts qui sont ceux de la liberté de transit maritime. Ce qui soit dit en passant est aussi votre intérêt. Mais je suis de bonne foi et si le conseil souhaite m'accepter à sa table, alors nous pourrons discuter si vous le souhaitez de mes opérations à Nelen... »
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Krish Al'Serat
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 15 Avr 2018 - 12:51


Quel drôle d'homme... Commencer son discours en déplorant son maque de connaissance en stratégie militaire... Le visage neutre et distant de Wik cachait un dégoût grandissant. Cet imbécile voulait tirer les armes envers leurs voisins... N'avait-il donc pas compris que Thaar avait toujours joué sur son manque de forces militaires propres pour se faire moins menaçant qu'elle ne l'était réellement ? N'avait-il donc pas conscience que même la Corporation d'argent dont le trafique principale était celui des armes minimisait le pouvoir de mort qu'elle détenait, tout comme les grands fournisseurs d'esclave capable de monter et démonter des armées en un claquement de doigts ou les princes agricoles pouvant choisir d'affamer des cités entières d'Ithri'Vaan ?

La missive qu'il avait reçue de sa maîtresse lui indiquait qu'elle approuvait l'implantation de Faeron en Naelis. Que spoiler peu à peu le pouvoir économique de leur petit voisin était fin et pour ainsi dire une excellente idée à laquelle elle s'employait elle-même depuis quelques temps en rachetant les mines et en offrant les frais d'adhésions aux travailleurs du métal souhaitant rejoindre la corporation. Elle ne doutait pas que d'autres princes s'y emploient dans leur domaine à bas bruit et d'ici quelques mois ou quelques années, le royaume serait si paralysé par les intérêts économiques de Thaar que principauté officielle ou non, il ferait partit de leur cercles d'influence le plus proche.

Mais ce qu'il disait... Ce qu'il sous entendait sur la menace qu'il voulait représenter aux yeux de l'ouest ne fut que renforcé par la remarque de la Princesse Milynéa et atteint son apogée lorsqu'il certifia qu'il n'avait pas proposé ses services à la péninsule et qu'il agissait de son propre chef en acte militaire sur une terre revendiquée par les péninsulaires. Il s'était comporté en allié d'un des deux camps dans une guerre politique et PIRE, il devenait la cible principale d'un royaume déjà sur le pied de guerre et à fleur de peau en attaquant directement ses terres... Cette fois-ci, Wik ne put empêcher l'un de ses sourcils de frémir, mais il resta silencieux et raide, attendant que le haut personnage que son cœur désapprouvait de plus en plus finisse de répondre à la Princesse Marchande.

Arrivée à la fin du discours insensé du militariste confirmé qui les avaient convoqués ce jour, Wik ressentait une très vive et très rare soif de violence. La glace qui couvrait habituellement la moindre de ses émotions fondait légèrement pour laisser paraitre la colère désapprobatrice qui brûlait dans ses prunelles d'or. S'il n'avait pas été corrigé tout au long de sa vie pour que sa place d'esclave lui soit aussi naturelle que la teinte de sa peau noire, il se serait levé et aurait comblé la distance qui le séparait de cet homme pour lui mettre une gifle bien sentit.

Mobilisant sa volonté dans le but de voiler jusqu'à la plus petite trace d'énervement, il se leva pourtant et se tourna, à demi plié vers la Princesse Blanche.

- Votre Altesse, veuillez pardonnez l'intervention du représentant que je suis, mais j'aimerai faire une remarque au Maître Faeron Savarius. "
prévint-il le plus humblement du monde avant de se tourner, droit comme un i, vers leur hôte " J'ai peur de ne pas comprendre pourquoi vous avez envoyer des navires à Nelen. En quoi une rébellion minime sur des terres étrangères concerne-t-elle ce Conseil ? Cet archipel est une de leurs plaques tournante pour acheminer nos denrées, pourtant vous semblez vouloir que ce conseil affirme sa souveraineté sur une terre contesté soufrant de guerres permanentes depuis des dizaines d'années.

Son visage ne montrait pas la moindre émotion. Il aurait très bien put récité un texte appris par cœur qu'il aurait dégager le même degré d'implication.

- Veuillez pardonner mon outrecuidance, mais j'ai l'impression que vous inversez plusieurs choses. Nous n'avons pas besoin du commerce avec la Péninsule pour nous épanouir. Ce sont eux qui sont demandeurs de nos savoirs, de nos épices, de nos soieries. Peu importe la souveraineté de Nelen, les milles caves empreinte la Thanorite en tant que pavillons du Zagazorn et jouissent des avantages associés. Et plus que ça, au lieu de profité de cette rébellion - dont vous étiez visiblement au courant très tôt - pour implanter commercialement et diplomatiquement sur Nelen, sous forme de comptoir, de ports et de partenaire commercial, vous y arrivez avec des armes sans avoir - de vos propres dires - fait la moindre proposition de service lucratif à la Péninsule. N'est-ce pas l'exemple même d'une perte sèche ? "

Mais plus que ça, c'était l'angoisse qui lui tenaillait l'estomac. L'angoisse de ne pas pouvoir décemment obéir aux ordre qu'il avait reçu. L'angoisse de la décevoir. La Maîtresse ne savait pas quelle erreur plombait les épaules de ce commerçant autrefois prometteur. Elle ne savait pas quels risques il faisait planer sur le Conseil.

- Sachez que ma Maîtresse vous transmet ses amitiés. Cependant elle ne connait en rien vos choix guerriers et je ne peux appuyer aveuglément en son nom la demande d'un homme qui pourrait mettre en danger l'institution du Conseil.

Un danger réel et presque immédiat. Les Péninsulaires étaient belliqueux et leurs gens se satisfaisaient facilement de la misère dans laquelle ils nageaient. S'il devait y avoir guerre, Thaar aurait beaucoup plus à perdre qu'à gagner. La méfiance se rependrait dans les cœurs et leurs voix enjôleuses n'auraient plus le même effet, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur des Principautés. Du point de vu de l'hybride, s'était la cohésion de l'union des principautés de Thaar qui était en jeu.

- Ce conseil n'a pas pour vocation de se préoccuper des rébellions étrangères mais de permettre aux Cités d'Ithri'Vaan de résister à la gourmandise des Daedel à l'est et de la Péinsule à l'Ouest. Il soude les Principautés autour de profits commun et d'une neutralité propice à la protection. C'est ainsi que j'ai toujours vu les Cités Prospérer et ainsi qu'elles se sont protégées du joug drow il y a à peine six ans de cela. Votre prise de position au côté de Naelis sans faire de contreproposition à la Péninsule, puis votre choix d'envoyer des navires armés à Nelen met en péril aussi bien la sécurité des Principautés que la neutralité qui permet à tout prince de faire des profits en temps de conflits. Alors j'aimerai comprendre plus précisément en quoi vous considérez que vos actions sont lucratives et positives, à court comme à long terme ?

Il n'alla pas plus loin, ne souhaitant pas aller trop vite en besogne en demandant des mesure alors que la Princesse présente ne s'était pas même exprimé, mais au train ou allait les choses, il ne voyait qu'une chose a faire : le conseil devait demander à Faeron de retirer son soutien à Nelen et de proposer expressément ses services à la péninsule contre Naelis afin de rétablir la neutralité des choses. Dans le cas contraire, il serait banni de tous les accords commerciaux Vaanis pour que le Conseil soit clairement détaché de ses actions et tout bateau croisant à proximité d'un port ou d'un bâtiment sous leur influence serait saisis. Ainsi, seul son comptoir Naelisien lui resterait en propre... Si jamais il ressortait un jour du Joyau.

La guerre avec la Péninsule alors que des nouvelles inquiétantes flottaient sur Sol'Dorn et Elda ne  devait pas avoir lieu. A aucun prix. Ils devaient se contenter d'arbitrer celle qui aurait lieu entre Naelis et leur voisin pour commercer et ramasser les reste.

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Faeron Savarius
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 15 Avr 2018 - 15:27

L’armateur écouta avec attention les objections de l’envoyé de la princesse marchande excusée. Il sentait le souffle du conseil dans son cou. Cela n’était pas étonnant, c’était même précisément là où il avait souhaité aller. Il s’agissait de cristalliser la situation, et elle était maintenant claire. Il eut un regard neutre pour l’homme et se contenta de croiser les doigts de ses mains tout en analysant la grille de lecture stratégique que semblait vouloir présenter l’envoyé. Rien d’étonnant dans tout cela. Il répondit d’un ton posé de conversation.

« - Je remercie Son Altesse de ses amitiés. Veillez à lui transmettre les miennes. Je souhaite tout d’abord rétablir un fait concernant ce que vous venez de dire, à savoir que je n’ai pas proposé à la Péninsule mes services en disant que vous teniez cela de mes propos. Je pense que vous avez dû mal me comprendre. J’ai dit que la Péninsule ne m’avait pas commandé de navires.

L’assertion que vous avez faite est que je n’ai pas proposé mes services à la Péninsule. Ceci est faux, j’ai proposé les exacts mêmes services au duc de Soltariel et grand amiral de la flotte royale via mon représentant sur place et intendant de mes biens en Soltariel : à savoir de lui fournir des navires de guerre clefs en main ou même de constituer une ligne de production dédié à leur flotte ici-bas. Ce n’est ni plus ni moins que le service rendu à Naëlis. Ces propositions ont été refusées. Je ne vois pas dans ses conditions en quoi la neutralité de notre part a été perdue.

Je semble distinguer dans vos propos le reproche que mes actions sont dangereuses. J’en ai conscience. Et je suis venu ici sans arrogance sur la suite à mener sur ces opérations. Je m’alignerai sur la décision du conseil. Mais je souhaiterai exposer ma stratégie, et pouvoir continuer à discuter avec vous de la stratégie maritime que nous devons avoir car nous le voyons bien, je ne peux présager de vos intentions sans être à votre table… »


Faeron comprenait l’inquiétude des membres du conseil et comprenait en quoi ils n’étaient pas très heureux de la situation. Faeron n’en était pas très heureux non plus. Les pirates avaient pris leur temps pour se décider. Et le hasard -qui était si suspect que Faeron se demandait s’il n’avait pas un espion dans son organisation- avait voulu que la Péninsule se renforce sur Nelen avant même que la rebellion ne démarre. Il avait joué de beaucoup de malchance mais avait accepté le fait qu’il soit nécessaire d’être beau joueur avec le hasard. En conséquence il s’était adapté. Mais la situation était certes moins confortable.


« - Pour Nelen, je dispose des moyens permettant d’éviter que la situation n’escalade, mais la décision doit être prise dans la journée. Je dispose en effet de l’appui de la flotte de Meca qui sera demain au large de Nelen. Une petite partie de mes navires seulement interviendra de nuit à Port Cinglant. Cela il est trop tard pour l’arrêter car le message n’arrivera pas assez rapidement. Mais avec le couvert de la nuit d’une part et les pirates d’autre part, je dispose des moyens de faire croire qu’il s’agissait d’une incursion pirate si nous souhaitons tout arrêter. Ces derniers arraisonneront l’un ou l’autre des navires péninsulaires de la zone puis pourront se replier.

Mais je pense que ne pas soutenir la rebellion serait une erreur. Vous me demandiez en quoi je considérais que ces actions étaient lucratives et positives pour la cité. Il s’agit d’une stratégie sur le long terme.

Mon premier postulat que je vous ai déjà présenté est que la Péninsule se renforcera militairement sur l’Olienne sous peu. Il s’agit de la suite logique de la réunification du royaume qui aura à cœur d’assurer sa maitrise des mers. A plus forte raison si Nelen reste dans leur giron, car il s’agit d’une île très lointaine et qui nécessite par conséquent, s’ils souhaitent maintenir la maitrise de leur couloir maritime, une militarisation importante de l’Olienne de leur part.

La remonte rapide de la flotte royale ces deux dernières années - trop rapide pour être efficace certes, mais remonte néanmoins- démontre que je ne fais pas fausse route avec ce postulat.

Mon second postulat repose sur le fait que le Conseil et Thaar, comme à son habitude, souhaite favoriser l’émergence d’une compétition extérieure entre grands ensembles stratégiques représentant potentiellement une menace pour nous. Pour assurer que cette compétition, Thaar favorise en sous-main l’un ou l’autre des protagonistes. C’est là une tactique qui a bien servi notre cité depuis des siècles, je ne la remets pas en cause. Au contraire, je souhaite la rétablir sur les mers. Je m’explique :

Depuis des années maintenant nous pouvons constater qu’aucune force n’émerge sur les mers pour contrer la domination occidentale. Naëlis est balbutiante, les nains sont inexistants, les pirates sont devenus plus prudents et plus vaniteux. Personne ne dispose – à part les nains peut-être- de la capacité de représenter un adversaire à la Péninsule sur lequel nous pourrions nous reposer pour éviter de nous retrouver aux bottes de l’occident. Pourquoi le Conseil a laissé filer cette situation ? Je l’ignore mais je suppose que c’est parce que les mers, du fait de la déchéance péninsulaires, ne revêtait plus d’urgence stratégique.

Mais les choses changent et nous devons reconstituer les moyens d’une compétition sur l’Olienne qui permettrait à Thaar de jouer les arbitres par derrière. Je me permets une digression à ce sujet : pour le moment les capacités offensives de ma personne restent cachées et je préfèrerais mille fois qu’elles le restent. Mais soyons honnêtes. Si un domaine de la Péninsule souhaitait réaliser un blocus maritime du delta de l’Oliya, absolument rien ne l’en empêcherait et il n’y aurait que mes flottes pour désenclaver. Je préférais que nous puissions nous appuyer sur un allié extérieur, mais c’est pour le moment impossible. Avoir cet as dans notre manche reste à court terme une garantie.

J’en reviens à mon principal propos : celui de l’émergence d’une compétition en Olienne. Je m’y emploie de plusieurs manières. D’une part je prends une participation active dans l’avenir de Meca en donnant les moyens de prendre l’ascendance sur le conseil à une personne dont j’ai suivi depuis plusieurs années l’émergence et qui saura redonner un coup de neuf à la Marine Marchande.

Ensuite je soutiens le développement de Naëlis sur les mers. J’ai proposé mes services à la Péninsule comme dit précédemment, par soucis d’équité de facade, mais je me doutais qu’ils refuseraient, par fierté autant que par méfiance pathologique. Mais cette stratégie manque d’un troisième acteur. Car les pirates sont naturellement utiles pour mener des raids ou nous permettre de nous cacher derrière eux pour soutenir l’une ou l’autre de nos actions maritimes, mais ils ne peuvent mener à bien une guerre maritime pour notre compte dans le futur, une fois que les flottes institutionnelles de Naëlis et de la Péninsule auront fait leur remonte.  

Mais il manque dans cette équation d’une faction tierce partie, aux intérêts plus confondus avec ceux de notre cité. Nelen est la seule cible viable pouvant permettre une telle opération. Car je vous entends dire que Thaar devrait réclamer la souveraineté de Nelen. Cela n’est nullement le plan que je propose à cette auguste assemblée. L’idée serait de faire de Nelen un domaine indépendant, une république par exemple. Nelen est très mal développée. Mais laissez des commerçants et des artisans de notre noble cité s’installer là-bas et vous verrez que les diamants arrêteront de s’en échapper au compte-goutte, que les bois et fruits exotiques nelenites seront à la mode dans toute l’Olienne. L’immigration sur ces îles viendra de l’estrevent, par pure logique géographique, ce qui signifie que nous n’aurons aucun mal à conserver en sous-main le contrôle de ces îles. Et une république insulaire n’a aucun intérêt à constituer une armée mais placera toutes ses ressources dans l’obtention d’une marine permettant de défendre son indépendance. Et c’est cette terre indépendante que nous pourrons utiliser pour calmer les ardeurs de la Péninsule, de Naëlis ou des pirates.

Si le fait que Nelen se trouve à moins d’une journée de voile de Thaar et puisse devenir la tête de pont de l’influence péninsulaire sur notre ville ne vous inquiète pas, alors c’est que vous disposez d’informations dont je ne dispose pas. Et là encore ma présence à votre auguste table permettra de partager ces informations. »


Il fit une pause.

« - Voilà en substance mon plan. Comme vous pouvez le constater il est basé sur ma volonté de rendre à l’Olienne un véritable équilibre stratégique maritime. Et notre seule opportunité est de le faire maintenant. Car je puis vous assurer que d’ici dix ans, la Péninsule sera la seule maitresse de cette mer si nous ne trouvons pas les moyens d’y créer la compétition. J’ai été honnête avec vous en tous points. Je ne souhaite faire preuve ni d’arrogance, ni de faux semblants. J’ai conscience que la partition que je joue est complexe. A la hauteur de la complexité des affaires que vous traitez à cette table. J’ai conscience des besoins impératifs de neutralité de ce Conseil. J’ai conscience que nous ne pouvons pas user d’une violence gratuite et accueillir avec mépris les conséquences. Mais j’ai également conscience de la gravité de la situation actuelle et du peu de temps dont nous disposons pour capitaliser la faiblesse de la Péninsule sur le long terme sans nous exposer. Et les outils que j’ai forgé sont bien inutiles sans le Conseil pour décider de leur utilisation. Et je pense - sans fausse modestie - que je suis le plus à même de renforcer à cette table les éléments de stratégie maritime de ce Conseil. Cela parait évident, mais je préfère également le dire : je m’engage si vous m’accueillez à cette table à discuter préalablement avec vous de l’usage que nous pourrions faire de ma force maritime d’une part, et d’appliquer l’opinion de la majorité du conseil d’autre part sans arrière pensées. »


Il s’arrêta là. La messe était dite. Restait à savoir ce que les autres en pensaient. Il eut un bref instant la curiosité de savoir si l'héritier d'un siège devait en faire autant pour entrer au conseil. Par les Dieux que la vie n'était pas facile lorsqu'on était un nouveau venu dans un sérail millénaire...
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 15 Avr 2018 - 18:30

Il y eut une période de flottement après qu'eut été achevé la longue tirade de l'armateur, après que la Dame Blanche ait dans son attitude signifiée au représentant de la Maîtresse des Forges son intention de prendre la parole, et conformément à ses habitudes, il savait où se trouvait sa place et la respectait, ce qui était particulièrement apprécié, tant et si bien que sa présence ne soulevait plus la moindre remarque. Son attitude était également adressée à l'armateur, pour qu'il ne lui prenne pas l'idée de considérer le silence comme une opportunité de reprendre la parole avant d'y être invité.

Elle avait besoin de ce temps, de ce silence pour prendre la mesure de tout ce qui venait d'être dit, d'en préserver l'essentiel et d'en tirer les conclusions qui s'imposaient... Mais tout ceci lui paraissait presque surréaliste, si bien qu'elle dut faire l'effort de ne pas en balayer une partie en considérant que c'était une plaisanterie de mauvais goût, ce qui aurait été préférable à bien des égards...

Sa première pensée était qu'on avait laissé trop de champ à cet ambitieux et intriguant armateur qui n'avait pas manqué de le mettre à profit, mais d'une manière si peu profitable aux autres qu'il ne pouvait décemment pas sérieusement et honnêtement croire servir les intérêts d'autrui, et les leurs en particuliers. Non... Il y avait pour elle une autre volonté qu'il ne pouvait pas admettre aux Prince-Marchands, une volonté de tirer son épingle du jeu lorsque les marchands souffriront du trouble qu'il aura semé sur l'Olienne, bien qu'il se serait alors abstenu de se dévoiler, aurait attendu son heure... A moins que les choses n'aient pas tournés comme il l'espérait et qu'il en soit venu à devoir essayer de recourir à l'appuie de Thaar alors qu'il faisait jusqu'à lors cavalier seul... Ou bien était-ce précisément le moment opportun, à la veille d'un nouvel épisode désormais impossible à empêcher, de ses propres mots, quelque soit la décision du Conseil.

Elle ferma les yeux, consciente de la crise qui s'annonçait, prit une profonde inspiration et les rouvrit, jetant un regard de glace à l'armateur, très éloigné du visage qu'il avait pu observer jusqu'à cet instant.

« Par où commencer... ? » Il y avait tant à dire, mais elle doutait que l'homme qui se tenait sous ses yeux fut assez raisonnable, ou qu'il ait envie d'entendre une autre vérité que la sienne. Il était devenu évident, dès cet instant, qu'il ne s'agissait plus d'une assemblée visant à élever un individu mais de la première audition en vue d'un tout autre processus.

« Faeron, es-tu très exactement là où tu souhaitais te rendre, en mettant en branle tout ceci ? As-tu soigneusement répété ces mots devant la glace ou en présence d'un secrétaire pour qu'il te fasse part de ses remarques ? Qu'as-tu imaginer ensuite... ? Quand tu as conçu tout ceci, quelle était notre réaction face à ces révélations ? » Elle fit une pause, semblant réfléchir avant de conclure. « Pour qu'il te soit venu la folie de te présenter devant nous avec ces mots, nous t'avons certainement donné raison, devant l'imminence de la prochaine catastrophe. »

Dès lors, il ne faisait plus de doute quant à l'opinion qu'aurait la Princesse-Marchande de ces projets.

« Je ne puis m'exprimer au nom de tous, aussi vais-je t'exprimer ma pensée, et t'offrir une réponse à la question laissée en suspens lors de notre dernier entretien. Ainsi, tu pourras me répéter agir dans mon intérêt en agissant de la sorte, entendu ? » En aurait-il encore l'audace ?

« Toute ta réflexion, toute ta démarche provient de l'idée qu'il est nécessaire de créer et de nourrir un rapport de force entre la Principauté et Diantra, qu'il est indispensable pour garantir notre indépendance, et que le meilleur usage que nous pourrions faire de la faiblesse passagère de la Péninsule est d'augmenter notre force maritime et notre présence en Olienne en prévision d'une hypothétique démarche agressive à notre encontre.
Et tu as certainement raison, Diantra renforcera probablement sa présence maritime lorsqu'elle pourra s'y consacrer... par ta faute, et celle des alliés que tu t'es trouvé et que tu as convenablement équipé ou financé, à Naelis et à Meca, afin de répondre convenablement à la menace qu'ils représenteront pour leurs intérêts.
Pour le reste, tu n'as pas envisagé les choses d'une autre manière... Pourquoi devrions-nous chercher à alimenter un rapport de force avec nos principaux clients alors que nous pourrions investir pour tisser des liens, entretenir nos relations et les renforcer, afin que notre indépendance ne provienne pas d'un bras de fer mais de l'idée qu'il soit mutuellement profitable, surtout pour les domaines côtiers, que la situation demeure ainsi, que nous soyons perçu, non comme une puissance et une menace étrangère mais comme des partenaires ? Et tout ceci en considérant que tu es de bonne foi dans ta démarche... »
Mais la manière dont elle prononça ces mots suggérait qu'elle en doutait.

« Tu as agis dans notre dos et tu prétends le faire dans notre intérêt à tous, mais c'est un mensonge, ou une arrogance excessive, même pour un homme aussi fortuné que toi. Pendant que tu batifoles et joues à la guerre, le commerce souffre du surcroît d'activité et de la paranoïa qui gagne les patrouilles péninsulaires lorsqu'elles croisent un navire dont le pavillon est étranger, et à l'Ouest, on surnomme déjà le roitelet de Naelis « l'Estréventin », ce qui me fait redouter pour l'avenir un amalgame malvenu entre ce royaume et la Principauté... Et tu nous apprends désormais, sachant qu'il sera impossible d'annuler cette folie, que tu as l'intention d'engager directement les hostilités contre eux. » Il pouvait embellir autant qu'il le souhaitait son plan, elle en mesurait les conséquences actuelles et à venir.

« Prends-tu la mesure des dégâts que tu provoques ? En es-tu conscient ? As-tu la moindre idée du temps et des efforts qui seront nécessaire pour rétablir une situation convenable ? » Une partie d'elle-même était convaincu qu'il en était parfaitement conscient et faisait les choses à dessein... Qu'il avait choisi ce moment précisément en espérant mettre devant le fait accompli un conseil qui n'aurait d'autre choix que de prendre part et s'assurer de la réussite de son plan, mais c'était une erreur... La Dame Blanche pensait la paix possible, il faudrait certainement du temps, mais il n'était pas trop tard.

« Si ça n'est pas le cas, tu le sauras bien assez tôt... »

Cette dernière phrase sonna comme une sentence et elle détourna son regard pour se porter vers ses pairs et leurs représentants. Le temps jouerait l'effet d'un baume dans les prochaines années, mais il était nécessaire d'endiguer le mal avant qu'il ne se propage.

« Il va nous falloir contacter au plus tôt le Royaume de Diantra, à la lumière de ces révélations... Nous devons contenir l'incendie qui menace d'embraser l'Olienne avant qu'il n'ait prit trop d'ampleur. »


Dernière édition par Milynéa Lythandas le Dim 15 Avr 2018 - 19:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 15 Avr 2018 - 19:18


Wik respirait un peu mieux dorénavant. La décision ne dépendrait pas de lui. Ou plutôt, il était d'accord avec ce qui se dessinait du côté de l'autre Princesse et il ne doutait pas que les absents auraient été de son avis, à moins qu'ils n'ai été graissés dans l'affaire.

Après tout le plaidoyer de Faeron et la réponse sans appel de la Dame Blanche, il n'ajouta pas un mot à la polémique et se contenta de se baisser à demi pour adresser humblement la parole à la Princesse.

- La Corporation d'Argent a un comptoir dans le Sybrondil, si cela peut être d'une quelconque aide, ma Maîtresse mettrait avec plaisir les moyen de communication et les agents que nous avons sur place au service du Conseil. Vous pourrez contacter plus facilement les nobles de la région. Si la Corporation d'Argent ou ma personne peuvent être d'une quelconque aide à ce conseil dans cette affaire, vous me voyez à votre entière disposition.

Il pris une inspiration comme pour ajouter quelque chose, mais il n'alla pas plus loin. Il aurait voulu demander une sanction pour l'armateur. Sa conduite était dangereuse et il fallait qu'il le comprenne. Mais cette Altesse avait parlé avec une réserve et une sorte de noble bienveillance qui retenait le serviteur et forçait un respect qui n'était pas basée sur la terreur. Il n'arrivait pas à savoir pourquoi, mais il referma doucement la bouche.

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MessageSujet: Re: Une lettre pour enfoncer des portes [Conseil de Thaar]   Dim 15 Avr 2018 - 20:01

Faeron écouta les réponses avec politesse. Laissant la chose s'ébrouer devant lui. Le silence plana quelques instants dans la salle. Ces personnes pensaient-elles vraiment que l'opération en Ydril n'aurait pu avoir lieu sans son concours ? Il avait du mal à croire que les princes marchands puissent imaginer que c'était lui qui, en sous-main avait lancé Naëlis sur le sentier de la guerre. Il n'avait fait que profiter de l'opportunité commerciale qui lui était donnée. Pour ce qui était de Nelen, les choses seraient certainement amenées à changer, puisque visiblement le conseil avait décidé de ne pas saisir cette opportunité. Quel dommage quand même que ces gens là décident de l'inaction. Aux Dieu vont... Ainsi était la vie.

"- Mon cas a été entendu, et vos paroles également. Je m'incline devant votre décision, bien que je la regrette."

Il n'ajouta rien.
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