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 Entre folie et solitude [Folie]

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Hannibal Acherbas
Humain
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MessageSujet: Entre folie et solitude [Folie]   Dim 11 Mar 2018 - 22:01


8ème jour de la 3ème énnéade de Verimios, an 10 du 11ème Cycle

Voguant, flottant, la Louve d'Ydril louvoyait sur l'Olienne. Agitée par tant de conflits, cette mer devenait encore plus dangereuse à traverser qu'auparavant. Fort heureusement, les marins de la Louve connaissaient bien leur carte et l'expérience faisaient d'eux des aventuriers accomplis. Ils surent naviguer saint et saufs jusqu'à la proximité de Thaar.
Francesco Davatti assurait le commandement, tandis que Hannibal... roupillait. Fatigué de toutes les choses qu'il devait gérer, le vieux Loup Noir s'était assoupi en plein milieu du pont, adossé à une caisse de bois servant parfois de siège. Francesco, son fidèle acolyte, regardait avec amusement cette scène et demanda même à l'un des marins de l'esquisser sur un vélin. En haut du mât central, un homme qui scrutait l'horizon s'écria :

-Terre en vue !
-Ou plutôt Thaar in visio ! s'enquit de répondre le pur Ydrilote avec un large sourire. Ti, va mi chercher una seau et remplis l'd'eau.

Le mousse désigné par son mouvement de tête s'exécuta aussitôt l'ordre donné. Il revint haletant et pressé, un seau d'eau tendu vers son capitaine qui le prit en ricanant.

-Amigos, vene voir ! L'odor d'un canem mouillé !

Aussitôt dit aussitôt fait, Francesco jeta le seau en plein dans la tronche de Hannibal. Ce dernier se réveilla en sursaut et dégaina aussitôt son arme tout en faisant face à son ami. Le cimeterre pointé sous la gorge, devant l'expression colérique du Tueur de Chevaliers, Francesco Davatti ne put s'empêcher une fois de plus d'éclater de rire, son équipage l'accompagnant dans son euphorie.

-Ça vous fait rire ? hurla Hannibal sans attendre de réponse. Le prochain qui essaie ça n'aura pas le temps de rigoler, car ses cordes vocales giseront au sol !! Au travail bande de larves !! On est pas encore arrivé.

Leur visages se renfrognèrent et ils retournèrent au leur poste. Hannibal rengaina son arme et fit le tour du pont pour s'assurer du travail de son équipage. Il s'adressa à Francesco d'un air râleur :

-Tu devrais cesser s'amuser la gallerie ainsi. Ces hommes ont besoin de discipline, pas de gamineries.

Habituellement, le Loup Noir était plus ouvert à la plaisanterie, mais les récents événements et son humeur générale le rendait plus sérieux.. à la limite d'être chiant. Il quitta son acolyte pour rentre dans ses quartiers. De là, il regarda le berceau qui se trouvait à côté de son propre lit. De nouveau au service d'Ydril, on lui avait donné plusieurs tâches à accomplir, notamment à Thaar. Altiom Zadar l'avait chargé de prendre soin du bâtard d'Isabela di Systolie, elle même la fille de Diogène dit le Fol. Aléandra, avec qui il avait eu une sérieuse discussion, l'avait chargé de retrouver les derniers enfants de Diogène : Margarita, Sebastian et Alicia.
Et le Loup Noir se rappela aussi de ses anciennes promesses. Cymoril hantait ses rêves. Sa fille était peut-être encore à Thaar, du moins il l'espérait. Son oncle, Edmund di Merilas lui avait aussi demandé de retrouver sa fille, unique héritière des Merilas, avant de mourir lors de son duel contre Ernesto di Fannozia. Tant de noms, tant d'enfants.. Hannibal ne s'y retrouvait plus. Il devait cesser les promesses.

Pour l'aider dans ses tâches, Aléandra avait demandé à Emad Akela, un espion Thaari pour le compte de l'Occhio Basso, de l'accompagner. Le bougre possédait de nombreux contacts là-bas et connaissait la cité comme sa poche. L'agent avait de longs cheveux auburn, une mèche blanche et un sourire dérangeant omniprésent sur les lèvres. Dans l'ombre de la pièce, il scrutait Hannibal en se balançant sur son fauteuil. Puis il regarda l'enfant dans le berceau en adressant d'une voix rauque en Massabond :

-Halu ibn min rajula  ?

Hannibal se contenta d'acquiescer.



__________________________________________________




Les docks n'avaient changé. Cela faisait une dizaine d'années que le Loup Noir n'avait pas mis les pieds à Thaar. En vérité il détestait cette ville, bien qu'il en gardait d'excellents souvenirs avec Cymoril. L'odeur, la boisson, les complots, l'esclavage, la crasse, les riches vivants sans respect sur les pauvres, la prostitution et la décadence à foison, tout l'y répugnait. Il pria la Déesse mère pour qu'elle le garde les jours durant, car il ne partirait pas aussitôt à son plus grand malheur.

Le soleil à son zénith étouffait la cité. Hannibal avait délaissé sa cape en peau de loup pour une tenue plus légère et plus locale, une armure thaarie et une cape usée aux couleurs chaudes, le tout surmonté d'un châle Zurthan aux couleurs de l'Eris. Et c'était parti pour l'aventure dans cette satanée ville. Emad et Croesan le preux chevalier l'accompagnaient, tandis Francesco s'occupait de livrer le vin du Calmerèse.  L'espion de l'Occhio Basso l'emmena rapidement à travers les rues labyrinthes de Thaar, à travers le Bazar couvert. Sans hésitation, Hannibal avait pris sa lance pour montrer qu'il ne serait pas du genre à se laisser faire. De toutes les quartiers de Thaar, le bazar était sûrement son préféré, pour ne pas dire son moins détesté. Il vit Emad parler à des tonnes de personnes, dans plusieurs langues dont certaines qu'il ne comprenait pas lui-même, lui qui avait de grandes connaissances en divers languages. Leur escapade les mena jusqu'à la place des Lanternes. Hannibal se souvenait de quelques soirées passées ici auprès de Cymoril et de Kalgar. Dieux, que c'était loin...le bon temps.

À ce stade, notre petit Loupiot décida de se séparer de ses acolytes, leur disant qu'ils se retrouvaient au port. Officiellement il les quittait pour avoir plus de chances de trouver les enfants Systolie, mais en vérité le but était tout autre. Cymoril envahissait de plus en plus son esprit. La guérisseuse avait été pour lui une précieuse amie et revenir en Estrevent le torturait de souvenirs. Retrouver la fille de la rouquine, là était sa priorité. Les autres attendraient.

Il arriva devant la maison de la nourrice qui se devait de garder l'enfant autrefois. C'était un miracle qu'il s'en souvenait. La nourrice, il l'avait rencontré une seule fois quelques jours avant le départ. C'était une amie de Cymoril. La maison semblait délabrée, compressée dans une petite ruelle où s'enchainaient les bâtiments par centaines. Il frappa une fois. La porte s'ouvrit aussitôt sous ses coups, grinçant fortement au passage. Les toiles d'araignées emplissaient le hall d'entrée et une odeur nauséabonde remonta jusque dans ses narines. Remontant son châle jusqu'au nez, il s'apprêtait à y pénétrer avant qu'une vieille femme passant dans la rue ne l'interrompit :

-C'est abandonné 'ci ! Ç'fait longtemps qu'elle est morte !

Hannibal se retourna pour lui faire face et demanda :

-Et la fille ?

-Quelle fille ? Qui êtes vous ?

Il ne répondit pas à la deuxième question et persista :

-Il n'y avait pas de fille avec elle autrefois ?

La vieille ne dit rien pendant plusieurs secondes, comme si elle cherchait dans ses propres archives personnelles.

-Eeeh bien..Si. Une petite rousse pas plus haute qu'ça. Cela fait une paire d'années qu'elle n'y est plus. Depuis qu'l'aute est morte d'ailleurs ! J'imagine qu'elle a connue le même sort la tite..Des personnes l'ont reprise puis l'ont abandonnée de nouveau.

-Comment ça ? Qui donc ?

-Vous en posez des questions..des potiers de l'aute bout d'la rue j'crois ! Si vous vlez mon'avis, y sont dit qu'une petite fille pourrait lai'sder. Avant d'réaliser qu'y avait que ses yeux vairons d'utile chez'elle.

Le coeur de Hannibal sont rata un battement. La fille de Cymoril... abandonnée ?? Trop perdu dans ses pensées pour remercier la femme âgée, il quitta la zone rapidement et alla voir l'échoppe en question. Après une discussion avec les potiers, il sut qu'ils l'avaient laissée à une autre personne. Qui l'avait laissée à une autre personne. Et ainsi de suite. Cela n'en finissait plus, Hannibal avait l'impression de tourner en rond et de retracer le parcours de l'enfant. Il apprit enfin que la petite fille fut recueillie par des proxénètes, et cette fois-ci il crut qu'il allait tuer toute un bataillon de ses seules mains. Il accourut aux Docks, là où les maisons closes pullulaient. Il fit le tour de ces dernières en demandant si ils avaient aperçu une fille dont la description correspondait. Sans résultats. La trace s'arrêtait là. Le soir, il vint s'asseoir dans une auberge aux côtés de ses 3 compagnons. Désespéré, Hannibal essayait de garder la foi de retrouver un jour cet enfant, dans tout ce bordel thaarie.



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Folie
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MessageSujet: Re: Entre folie et solitude [Folie]   Jeu 15 Mar 2018 - 0:32



Si la jeune rouquine n'aimait pas trop sa ville natale bien qu'elle soit son terrain de survit, il y avait une chose qu'elle aimait ; la mer. Avec les beaux jours qui arrivaient, elle pouvait enfin retrouver un peu de joie de vie.


Mer:
 


Ce jour là, Folie s'était enfuit. Elle avait quitté, sans un regard en arrière, les rues pullulantes et chaudes de la cité marchande aux milles merveilles.
Vêtue d'un simple pantacourt en cuir et d'une chemise en lin, sculptée par une ceinture serre-taille à laquelle était accroché un couteau, elle laissait claquer un sac en bandoulières sur ses hanches. Elle longea les docks, le port, puis les cabanes de pêcheurs, s'éloignant de plus en plus du ventre de Thaar. Lorsqu'il n'y eut plus de chemin emménagé, elle enleva ses fines sandales qu'elle fourra dans le sac, et, pieds nus, elle sautilla de rochers en rochers, connaissant les reliefs de chacun par cœur.
Chaque pas en avant était comme un pas vers la liberté. L'embrun des vagues qui s'écrasaient non loin d'elle venait lui embrasser le visage, et par la même occasion, balayer soucis et inquiétudes. Les goélands chantaient au dessus d'elle, comme pour la pousser en avant, toujours plus loin, toujours plus vite. L'odeur iodée lavait ses narines de la puanteur des rues et de la misère. Le vent faisait danser joyeusement ses cheveux de feu, fouettant ses joues devenues rouges.
La jeune femme semblait reprendre vie, sa peau blanche prenait des couleurs, son regard devenait plus brillant, tandis qu'elle léchait ses lèvres avec plaisir, gouttant le goût salé de la mer Olienne.
Il ne faisait pas encore très chaud, l'hiver avait été rude, mais le soleil brillait, faisant miroiter l'étendue bleue. Entre les rochers, de petites flaques se remplissaient et se vidaient, l'eau y était claire, pure. Parfois un petit poisson ou de minuscules crevettes s’enfuyaient sous le pas de la jeune fille que le bonheur faisait sourire. Elle taquina un petit crabe ou deux qui tentèrent désespérément de l'éviter, elle les laissa tranquille après leur avoir promis que, plus tard, quand ils seraient plus gros, il serait plus difficile de lui fausser compagnie.

Elle retrouva l'une de ses places favorite, un grand rocher plat ensoleillé qui plongeait directement dans l'eau, mais suffisamment haut pour rester au sec. Dans un léger tournant, il ne permettait pas de voir Thaar, ni aucune trace humaine à par quelques bateaux au loin. Par ici, il n'y avait jamais personne, il y avait des endroits plus facile d'accès, plus proche de la ville, et avec une meilleure pêche. Pour notre jeune orpheline des rues, c'était le paradis sur Miradelphia, où du moins, ce qui y ressemblait le plus.
Folie prit sa gourde et but, admirant le paysage, s'en emplissant autant qu'elle le pouvait. Puis elle se dévêtit, ne gardant que sa culotte légèrement bouffante qui lui arrivait jusqu'au genoux. Le vent frais mêlé à la caresse du soleil, lui donnaient le sentiment d'être en vie, de faire parti de quelque chose de plus grand. Elle s'attacha les cheveux en une queue de cheval haute avec une lanière de cuir. Puis, laissant toutes ses affaires sur la pierre plate, elle ne prit que son couteau et un filet. La petite pêche commença.
Ce qu'elle pouvait mettre dans le sac de résille, elle l'y mettait, mais beaucoup de coquillages étaient accrochés aux rochers, et elle les ouvrait directement sur place pour se repaître de leur trésor. Les pieds et jambes dans l'eau, elle allait de récif en récif, de banc de sable en banc de sable. Elle décrocha quelques oursins, qui allèrent rejoindre ormeaux, patelles, huîtres et moules au fond de son filet. Elle gratta aussi le sable, trouvant quelques coques, couteaux, palourdes, et autres coquillages. Lorsque son dos commença à la faire souffrir et que ses doigts devinrent tout fripés, elle rejoignit son rocher. Où elle se cala et finit, tranquillement, de manger le repas cru déjà entamé pendant sa pêche. Il n'y avait pas grand chose, les quantités restaient petites, mais elles avaient le goût de la liberté à défaut d'être toujours bonnes.

Folie, le goût de la mer dans la bouche, admirait les flots. Au loin les bateaux circulaient. Elle finit par prendre sa longue vue, un vieil objet abîmé mais qui remplissait bien son rôle, pour observer les navires, puis les oiseaux, puis à nouveau les bateaux. Il était difficile, voire impossible, de lire leurs noms la plupart du temps, mais parfois, lorsqu'ils étaient au plus proche du littoral, elle parvenait à les deviner. Elle s’abîma les yeux pour trois d'entre eux, c'était l'un de ses jeux.
La « Reine des sables », le « "machin..." écorché » et la « Louve "quelque chose" », rhaaaa ! Ils étaient trop loin !
Folie rangea la lunette, dépitée. Elle leva un nez vers le soleil, il serait bientôt au plus haut.
Cette fois, seulement pour le plaisir, la petite rouquine alla tremper ses pieds dans l'eau, les vagues fouettant ses mollets. Des poissons s'accrochaient aux rochers, puis repartaient avec la vague suivante. De sa petite main, la Thaari se mouilla la nuque, puis le torse. Elle pouvait le faire ! Alors, doucement, elle se laissa glisser dans l'eau jusqu'au cou, savourant la fraîcheur de l'ondée. Que c'était bon de vivre ! … parfois.
Elle laissa les vagues la bercer comme une mère immense. Elle se frotta le corps avec quelques poignets de sables. Pendant l'hiver, elle se lavait moins souvent, et cela faisait quelques jours qu'elle ne s'était pas baignée entièrement. Sa peau serait salée, mais elle n'aurait plus trace de crasse. Au bout d'un moment elle revint sur son perchoir et sécha au soleil, elle s'assoupit quelques minutes, baignée de chaleur. Puis, elle remit sa chemise de peur d'attraper un coup de soleil. Elle savoura son bonheur encore un peu, puis, avec peine, elle reprit le chemin inverse. Plus d'une heure après, avant d'arriver dans un coin plus civilisé, elle remit son pantalon et sa ceinture munie du fourreau.
Le monde réel eut tôt fait de la rattraper. A peine un pied sur les docks, un gamin accourut vers elle, sachant qu'elle serait intéressée par la nouvelle qui circulait parmi les vagabonds ; le jeune fils d'un bourgeois avait fait une fugue.



Folie remit une pièce au gosse des rues, et, tout en remontant les quais réfléchit à toute vitesse. Le fugueur, à peine plus jeune qu'elle, était le fils d'un de ses clients réguliers. Elle n'avait pas besoin d'aller le voir pour savoir qu'elle devait chercher son enfant, ce n'était pas la première fois qu'il fuguait pour aller boire avec ses amis dans les tavernes et auberges, inconscient du danger des rues de Thaar. Trop jeune et innocent pour avoir conscience que ce qu'il prenait pour un jeu, une escapade frivole dans les bas quartiers, pouvait rapidement mal tourner. Au premier coup d’œil on voyait qu'il venait d'un milieu aisé, et les ennuis finiraient forcément par le rattraper. Tout en calculant l'itinéraire qu'elle allait entreprendre, elle détacha ses cheveux, emmêlés par l'embrun, pour en faire sa tresse habituelle.

Elle ne pouvait pas aller de tavernes en auberge ainsi vêtue. Elle commença donc pas se diriger vers l'établissement d'une ancienne cliente qui aurait de quoi l'habiller de façon à mieux se fondre dans les rues de la cité. Elle se rendit donc au « Petit caprice », une maison close de bas étage, mais honnête. La patronne l'accueillit avec chaleur, elle l'aimait bien depuis que la petite rouquine avait vengé une de ses filles très mal traitée par un client sadique. Elle la laissa dans le grenier qui servait de penderie. La rouquine trouva une jupe longue taille haute bleue foncée, simple, loin des fanfreluches des autres, ainsi qu'une blouse verte au décolleté plongeant Pour remédier à ce détail elle laissa l'une des manches bouffantes retomber de son épaule, préférant découvrir celle-ci que plus de la moitié de sa poitrine. Elle se regarda dans le grand miroir. Bon... elle n'avait pas l'air juste d'une habitante dite normale, mais il n'y avait pas non plus écrit « prostituée » sur son front, bien que la tenue laisse un doute. Tant pi, elle ne pouvait pas faire mieux dans l'immédiat. Elle trouva une paire de bottine noire à sa taille. Alors qu'elle se chaussait, la patronne entra, blanche comme un linge.

« Ma petite Lili, ma petite Folie... Un homme te cherche. Et apparemment il fait le tour des bordels de la ville basse. Je l'ai vu se diriger vers celui d'en face, et l'une des filles l'a vu plus haut dans la rue faire de même... Bien sur, pour les quelques rares qui savent, personne ne dit rien. On aime pas les questions, ce sont des histoires qui finissent toujours mal ! »

La rouquine releva les yeux de ses lacets, inquiète. Déjà en train de chercher qui elle aurait put s'être mit sur le dos récemment.
« Un vieux bourgeois ? » essaya t'elle, pleine d'espoir, espérant que c'était simplement le père du gamin. Mais elle n'y croyait pas, il ne serait pas venu la chercher ici.
« Non, un marin ou un aventurier, un peu des deux. Grand, l'air mauvais, mais il n'a pas effrayé les filles. Il ne connaissait aucune de tes appellations, juste ta description. »
Folie fronça des sourcils, elle ne voyait vraiment pas qui cela pouvait être. Par contre, les prostituées étaient bonnes juges des hommes, ça la rassura un peu qu'elles n'aient pas eut peur de lui. Elle se dirigea vers une lucarne, la patronne fit de même. Après quelques instants, la vieille fille légère lui montra un dos un peu plus loin dans la rue.
« Je crois que c'est lui.... »
Il dépassait d'une bonne tête la foule, si ce n'est plus. Pour autant, sa carrure ne laissait pas présager des origines elfiques, quoi que, fallait se méfier avec ces engeances. La démarche laissait penser que c'était un vieux loup de mer, mais l’œil attentif de la rouquine y descella une habitude martiale. Elle se mordit l'intérieur de la joue.
Ha ! V'la autr' chose ! M***e...

Tout en se retournant, Folie attrapa sa ceinture pour la nouer autour de sa hanche. Elle soupira. Les ennuis ne finiront t'ils donc jamais ? Elle cherchait, en vain, qui pouvait ne la connaître que sous son apparence, tout en lui voulant quelque chose. Plusieurs possibilités lui vinrent, mais aucune ne la satisfit vraiment.
« J'ai oublié de te dire... j'ai crut comprendre qu'il cherchait plutôt une de mes filles, une fille qui aurait grandit ici... La description physique te correspondait tant, elle est si inhabituelle, que j'ai pensé à toi avant de songer à te parler de ce détail. »
Voilà qui était de plus en plus étrange. Devait t'elle s'occuper de ce type avant qu'il ne lui cause des ennuis ? Folie soupira. Elle n'aimait pas aller au devant des problèmes, et réagir précipitamment pour régler un soucis, avait tendance à en créer plus qu'à les résoudre. Bien, peu importait, elle avait du travail.
« Merci de ton aide et de ta discrétion, je te rapporterais les vêtements demain. »

Folie fit ainsi le tour des lieux de boissons susceptibles d'accueillir son jeune fugueur. Certains hommes tentèrent de l'interpeller, timidement le plus souvent. Son poignard au coté, qui se balançait, avait quelque chose d'inhabituel pour une pute, et si certains n'avaient cure de l'âge, son apparente adolescence, rehaussée par son étrange manque de maquillage et sa gestuelle peu aguicheuse, avait tendance à désintéresser.
Alors qu'elle balayait une énième auberge du regard, elle croisa les yeux sombres d'un homme situé de l'autre coté de la pièce. Les cheveux de sa nuque s'hérissèrent comme celle d'un chat. Elle n'était pas sure que c'était lui, mais il correspondait à celui qui semblait la chercher, et il semblait l'avoir repéré.
Le cœur battant, Folie profita qu'un groupe d'une dizaine de personnes entrant pour disparaître. Elle s'évapora rapidement, connaissant les moindres ruelles. Une fois loin, elle prit le temps de réfléchir. Elle se faisait des idées. Tout ça n'avait pas de sens. Elle se savait paranoïaque, et elle tenta de se calmer. Aprés tout, si on la cherchait réellement, c'était peut-être simplement un client potentiel. Une fois calmée, l'esprit clair, elle relativisa, mais se promit de rester prudente. Elle repartie à la recherche du garçon. Qu'elle retrouva quelques temps plus tard, ivre, et beaucoup trop bavard pour son propre bien. Son groupe venait de provoquer un autre groupe, de jeunes marins endurcis.... Folie tenta de calmer les jeunes gens avec douceur, puis dut tordre un bras et faire un croche pied, pour éviter un drame. C'est éreintée qu'elle reconduisit le fugueur jusqu'à chez son père, où elle gagna une jolie somme.

********


Port:
 



Son employeur avait demandé à Folie d'attendre l'arrivée d'un bateau et de son équipage. Elle devait transmettre un message dès qu'ils mettraient pieds à terre, puis devrait aller courir informer de l'arrivée des passagers.
Ce n'était pas une mission très fatigante, et le débarcadère qu'on lui avait indiqué était plutôt cossu, l'ambiance y était donc plus calme et les odeurs moins agressives qu'ailleurs. Le soleil brillait, les mouettes riaient, et elle avait un casse croûte plutôt sympathique pour l'aider à patienter.

C'est donc assise sur un appontement, une jambe dans le vide, l'autre repliée devant elle, les mains sur le pont, qu'elle observait les vas et viens, ne ratant pas l'arrivée d'un seul bateau dans cette partie du port, et qu'elle profitait d'un moment de calme.
A plusieurs reprises on lui demanda si elle cherchait du travail, pour transporter des marchandises ou porter des messages, beaucoup de gamins traînaient dans les ports pour ce genre de petits boulos.
Elle déclina et s'excusa, dans l'immédiat, elle n'était pas disponible, et de toute façon, elle travaillait pour des choses plus spécifiques et mieux payés. La plupart s'excusèrent de leur méprise, en effet, à y voir de plus prêt, sa tenue convenable et martiale sous sa cape laissait deviner son rôle d'agent auxiliaire.


Dernière édition par Folie le Jeu 22 Mar 2018 - 1:30, édité 1 fois
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Hannibal Acherbas
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MessageSujet: Re: Entre folie et solitude [Folie]   Sam 17 Mar 2018 - 3:40

-Idiot, il n'y a que deux choses qui régissent cette cité, l'argent et la peur ! Tu penses réellement que les gens auxquels tu as parlé ne savaient rien de plus ? C'est Thaar, quand on demande poliment, on se fait arnaquer !

La naïveté apparente du Loup Noir offusquait au plus haut point l'Estreventin infiltré. Hannibal avait finalement osé parler de sa quête plus personnelle à Emad, qui étrangement lui inspirait confiance, et pour ainsi dire, Hannibal semblait lui en accorder plus qu'à son propre ami d'enfance Francesco, qui n'était point au courant. Ainsi, les deux hommes de l'ombre s'étaient retrouvés -comme à leur habitude prise depuis le début du voyage- à discuter dans les quartiers du capitaine.

-Je ne suis pas d'humeur à recevoir tes piques, Emad. Aide-moi juste à retrouver cette fille dans cette cité de malheur. rétorqua le Tueur de Chevaliers.

L'espion le regarda droit dans les yeux. Peu de gens osaient supporter le regard noir du Loup, et bien qu'il ne fit pas long feu, Hannibal eût un grand respect pour sa tentative. Lâchant donc le contact visuel pour le moins musclé, Emad acquiesça, un air défaitiste collé au visage. C'était à contre-coeur qu'il accepta la requête de Hannibal ; il s'effaça petit à petit dans l'obscurité laissant place à une chaise  vide qui se balançait horizontalement en grinçant. Le vieux marin la fixa à mesure qu'il se perdait dans le fil de ses pensées. Tout semblait tomber dans un gouffre. Cette fille, celle de Cymoril, il aurait juré l'avoir vue aujourd'hui lorsqu'il se reposa au soir dans une taverne au bord de l'eau. Il en avait croisé le regard, vivifiant, apeuré et fou. Aussi soudainement qu'elle était apparue, elle avait disparu presque aussi vite que savait si bien le faire l'agent Akela. Un instant, un bref instant, qui résumait bien sa journée : il poursuivait une fantôme. La description et sa ressemblance avec Cymoril correspondaient tellement..peut-être trop même. Il en vint à penser que son esprit lui jouait des tours, et que la nostalgie faisait revivre la belle rousse d'antan.

La chaise s'arrêta de se balancer. Le silence regagna la pièce. Non. Les yeux de Cymoril étaient différents. Ce n'était pas une illusion, et au fond de lui il savait qu'il avait eu en face de lui sa fille en chair et en os, malgré le manque de preuves. La frustration se fit plus grande, et le regard du Loup plus intense. La petite était aussi futée que sa mère, profitant sûrement de ses contacts en ville, elle avait deviné les intentions du Loup Noir, du moins ses actions. Ses lèvres formèrent inconsciemment un sourire en coin : en voilà une de grande chasse ! Celle où le gibier savait qu'il était gibier, et qui était le prédateur. D'un mouvement de tête, comme pour balayer sa propre folie, Hannibal se ressaisit, trouver cet enfant n'était pas un jeu, mais une promesse et un devoir dont le réel but dépassait de loin son plaisir personnel.



La nuit du demi-Zurthan fut mouvementée. Dans son esprit, Ydril se mourrait. Il revoyait la scène où les mages détruisirent quelques bateaux marchands et civils, mais en bien plus grand. Dans sa vision, le port entier brûlait, et la ville ne tardait pas à suivre le même destin. Dans les braises, les cendres et les flammes, des formes humaines se débattaient. Les hurlements, tantôt féminins, tantôt masculins, couvraient presque le bruit de l'incendie, des maisonnées qui s’effondraient et des mats qui se brisaient. Des troupes en armure lourdes massacraient chaque citoyen qui tentait d'échapper à ce funeste destin. On ne décela pas leur forme, mais ils semblaient dépourvus d'humanité. Leur forme tendait plus au Sombrelfe qu'au Soltarii. Peyredrac était assiégée. Du haut du donjon Aléandra se tenait au bord et plongeait tête la première dans le feu de sa propre cité. Les murs explosèrent en milles morceaux. Les corps furent déchirés. Calcinés. L'un d'eux lui rappela celui de sa mère après qu'elle ne fut décapitée. Les orphelins se comptaient par milliers. Et le calme revint aussitôt. Les longs nuages rougies par l'orage laissèrent leur place et à un ciel bleu, les flammes laissèrent place à la ruine, les ennemis laissèrent place à la nature vide et nouvelle. Hannibal se trouvait au milieu de cette ville abandonnée où la végétation reprenait ses droits. A ses pieds, quelques pierres usées et un étendard Systolie tombé durant la bataille. Il le ramassa en le regardant de plus près. Lorsqu'il releva la tête, ce fut une certaine Apheloise qui lui lança :

-Tu avais promis, Hannibal.






_______________________________________________________________________________________





Les jours passèrent rapidement. Le temps lui paraissait interminable pourtant. Après une multitude de visites, de renseignements et de recherches, ils avaient enfin retrouvés les "enfants" Systolie, ou presque. Margerita, l’aînée de la branche de Diogène était morte d'une maladie inconnue ou du moins que sa fratrie passa sous silence; du reste il y avait encore les plus jeunes Sebastian et Alicia. Les Systolie n'étaient plus ce qu'ils furent autrefois pensa Hannibal. Et toujours aucune trace de sa cousine, la fille d'Edmund di Merilas. Avait-il réellement de la retrouver ? De ressasser le passé de la sorte ? De remuer le couteau dans la plaie ?

Un nouveau jour, un nouveau soleil, des nouvelles ventes. Les tonneaux remplis de vin du Calmerèse partaient comme des petits pains. En effet, les habitants de Thaar en furent temporairement privés durant la petite guerre civile qui avait ravagé Marcalm elle-même.

-Dijà dix tonneaux d'vinasse sunt partiros c'matin Hannibal !

C'était beaucoup, les affaires faisaient du bien à la Louve d'Ydril et à son équipage, bien qu'ils n'étaient pour autant pas en crise financière. Hannibal réétudierait plus tard le prochain voyage et le prochain marchandage qu'il proposerait. Mais pour l'heure, d'autres choses le préoccupaient. Emad revenant de la ville-basse arrivait avec de bonnes nouvelles. Il avait trouvé une nouvelle piste. Hannibal quitta son navire avec joie.





-Tu avais omis de visiter les bordels les mieux famés petit Louveteau. Avec la description que tu m'en as faite, elle y a toute sa place la petite ! s'amusait-il de dire d'un air arrogant tandis qu'il menait le Loup Noir aux quartiers des Lanternes. A ce moment-là, le maître d'armes eût une profonde envie d'égorger l'agent mais se retint pour des raisons professionnels et pratiques : l'homme savait, lui non. Les rues sentaient le poisson pourri, le mauvais encens, et le vin de mauvaise qualité. Les gens se pressaient dans les rues pour marchander les produits fraîchement ramenés du port. Hannibal les regardait. La différence entre les riches et les pauvres était effarante, bien pire qu'en Péninsule, alors qu'elle n'était déjà pas à envier là-bas.. Une petite fille à la robe trouée et grisâtre vendant des fruits abîmés dans son panier.. Un oligarche paré d'un costume d'or et de pourpre dont l'esclave Zurthan portait les achats.. Quelques faiseurs de poches, charlatans , et autres forbans en tout genre. Qu'y avait-il de noble ici ? Qu'avait donc attiré son oncle dans ce pays ?

La place des Lanternes valait mieux que les rues avoisinants les docks, plus vide, plus propre..Mais plus suspect. Malgré les quelques passants et locaux qui squattaient le terrain, il ne fallait pas se méprendre, la place prenait vie la nuit, de son impudicité et de sa varice ! Ils trouvèrent là une grande bâtisse rose, que de somptueux balcons et arcades ornaient au-dessus. Emad entra le premier et Hannibal le suivit au pas près.
L'intérieur n'en était pas moins somptueux, un salon avec une jeune fille rousse qui jouait de la musique, la jambe dénudée, des alcôves où des couples s'enlaçaient discrètement ou presque, un étage où semblait se trouver les chambres qui servaient à commettre la luxure. Décidément, les Thaaris savaient y faire quand il s'agissait de vénérer le pêché. En observant bien, et même si cela lui parut logique, Hannibal vit que chaque client possédait une bourse bien remplie...Enfin deux.. La simple pensée que la fille de Cymoril eut fini dans ce genre d'endroit répugnant pinça le coeur du Chevalier Noir.  Emad lui, s'avançait vers la matrone pour lui poser des questions concernant cette dernière. Elle semblait ne pas vouloir y répondre, et ce malgré la discrète pièce d'or que glissa l'agent dans sa main.

-...ne rousse, aux yeux bleus et verts. Vous savez..

-Sortez monsieur, si vous ne comptez payer nos services.

Deux gardiens, deux maquereaux, s'avancèrent comme pour avertir l'infiltré, qui persistait tout de même :

-Mais Ma noble Dame, comprenez que .. Elle le coupa -Assez, jetez-le dehors. Les deux molosses se saisirent de lui.

-Stop arrêtez ! Je sais de qui vous parlez ! La voix sortait de nulle part, et une femme apparut bientôt face à eux, sortant de ce qui semblait être un placard à balais. Hannibal la regarda de bas en haut. Ses chevilles fines et ses cuisses fermes laisser deviner le métier qu'elle occupait ici, sa taille de guêpe tout autant, surmonté d'une robe rouge un peu usée, ses cheveux blonds resplendissaient comme l'or et son visage..Était balafré, l’œil droit crevé, les lèvres percés et le nez manquait de son bout. Nul doute, cette femme avait perdu son boulot le jour où elle fut défigurée, bien qu'elle devait être autrefois la plus belle du quartier.

-Oui Monsieur, contemplez-moi, voyez ce qu'elle a fait.. cette salope !

Venant d'une pute, ou du moins d'une retraitée, l'insulte semblait si inadéquate qu'il faillit éclater de rire. Mais ce n'était pas le moment. Il demanda où la fille était allée ensuite, ce à quoi la vulgaire femme répondit :

-Elle s'est enfuie ! Y a une paire d'années ! Je l'ai déjà vue traîner dans le coin, on dirait une sale mendiante ! Si vous la croisez, dîtes-lui qu'elle paiera un jour pour ce qu'elle a fait.

Hannibal la remercia en lui donnant une pièce d'or. C'est alors que les molosses reprirent les deux compagnons entre leur bras, ce qui ne fut pas du goût de Hannibal. Frappant du talon contre l'orteil du plus costaud, il se défit de son étreinte et l'envoya valser contre une table au loin, qui céda sous la puissance de l'impact. Le second n'eut le temps de réagir que déjà le Tueur de Chevaliers avait dégainé sa dague et l'avait planté dans sa main. Il hurla à la mort et demi-Zurthan effectua une technique Massabonde pour le mettre chaos d'un coup de pied retourné à l'arcade. Tout cela fut exécuté de manière si rapide et martiale que les clients et les filles ne s'affolèrent pas, puisque le combat était déjà terminé. Ils s'en allèrent rapidement après cette petite scène imprévue.




Le soir tombé, Hannibal se retrouva seul dans l'auberge où il pensait avoir aperçue la fille le premier jour de son arrivée. Bouffant un crabe accompagné d'une miche de pain, le Loup Noir espérait secrètement qu'elle montre sa bouille. A vrai dire, l'auberge ne lui était pas inconnue. Vingt ans plus tôt, il l'avait fréquentée aux côtés de Cymoril. Il se souvenait de ces nuits, lorsque profitant de l'absence de son patron Kalgar, il rencontrait la guérisseuse ici. La première fois, c'était un soir d'été, où ils finirent la soirée au bord d'une plage sous les étoiles, éloignée de la ville et si calme. Leur pas s'enfonçaient dans le sable mouillé qui leur chatouillait les pieds. Quelques coquillages et cailloux vinrent s'introduire entre leur orteils. Ils parlaient de tout et de rien, mais surtout de tout. Rien ne signifiait plus grand chose, Cymoril, cette chère amie, était arrivée à un moment difficile de sa vie, tel un rayon de soleil qui transperce les nuages gris. La belle rousse l'écoutait raconter sa vie, ses cheveux de feu virevoltants dans le vent, et il en faisait de même avec elle.


-Es-tu réellement heureuse Cymoril ?
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MessageSujet: Re: Entre folie et solitude [Folie]   Dim 18 Mar 2018 - 18:41






Cymoril n'aimait pas sa ville de naissance, et malgré quelques membres de la famille qu'elle appréciait, elle ne voulait pas être retrouvée, jamais !
Pour oublier le passé, recommencer à zéro, il fallait tout abandonner.
Et pourtant, rien à faire, ses pas la ramenaient toujours à Thaar.
Ce choix, ou plutôt cette attitude malgré elle, était étrange. Mais dans cette ville puante, il y avait quelque chose de particulier, qu'elle ne retrouvait pas aussi vif ailleurs. C'était ce mélange des cultures et des races, cette tolérance, cette vitalité qui ne se préoccupait pas, ou plutôt peu, des apparences de la naissance. Si vous vouliez vendre ou acheter, vous étiez toujours les bienvenus. Bien sur, il y avait des idées reçues, mais elles passaient au second plan. On faisait avec les différences et les étrangers, du moment qu'on pouvait commercer. Ici, Cymoril se sentait en sécurité. Elle savait comment les choses fonctionnaient. Si sur la route elle était à sa place, à Thaar, elle était chez elle.
Et puis, ici, elle avait de vieux amis ou des connaissances, elle pouvait garder contact avec les uns et les autres. On envoyait son courrier chez une des anciennes servantes de sa mère, qui avait été bien plus proche d'elle que ne l'avait jamais été Sélène.
Même aux gens du voyage, il faut un point de chute. A condition de ne pas y rester trop longtemps. Au bout de quelques jours à peine, la sang mêlée se sentait étouffer, et avait hâte de retrouver les plaines, les collines, et plus loin, les forêts.
Mais ce jour là, elle retrouvait avec plaisir la convivialité de la grande cité de l'Estrevent.


La jeune femme avait rejoint celle qu'elle considérait comme sa vieille nourrice. Dans la petite cour, sa roulotte prenait toute la place, tandis que Sigmund et Sigur envahissaient l'humble écurie, heureux de se savoir tranquille pour quelques jours. Cymoril, lorsqu'elle ouvrit son courrier, fut ravis d'apprendre que, depuis quelques semaines, un jeune ami avait rejoint la cité des merveilles. Il ne fallut pas longtemps avant qu'ils ne s'octroient une escapade. Elle lui fit découvrir des coins qu'elle aimait de sa ville, tant et si bien qu'ils finirent éreintés dans une auberge qui donnait sur le port. Ça sentait le poisson et la vieille mer, mais le vent, régulièrement, apportait la pureté du large. La nourriture y demeurait saine et bonne.
La nuit était si belle, le ciel si clair, que la belle rouquine aux fines boucles claires chercha un coin de paix. Elle entraîna son ami dans la splendeur de l'obscurité diaphane.

Cymoril avait eu tôt fait de s'attacher à ce jeune garçon au regard déjà trop douloureux. Il était comme son miroir, l'inverse d'elle même. Là où elle était âgée malgré son apparente juvénilité, là où malgré les décennies elle gardait l'âme d'une enfant, lui, semblait être son contraire. Elle avait été profondément touchée, partageant ses souffrances s'il voulait bien lui parler, lui donnant tout ce qu'elle pouvait lui donner. Si la sang mêlée n'avait pas grand chose à offrir matériellement, parler d'espoir, dessiner les rêves pour briser les intempéries, embrasser l'éclat de ce monde, c'était comme une seconde nature. Et si le garçon aux yeux noirs avait parfois peine à la suivre, les moments où elle était là, jamais elle ne le laissait en arrière, envahissante et aussi éphémère qu'un parfum, mais laissant toujours, quelque part, son souvenir.






Les sandales déposaient entre deux rochers, elle enfonça ses pieds dans la fraîcheur du sable. La longue jupe couleurs arc-en-ciel balaya la plage tandis qu'elle faisait quelques pas de bonheur, loin, toujours plus loin de la cité. Sans les lumières de cette dernière, le ciel était clair, la lune faisait miroiter les vagues d'une magie que seule la nature peut éveiller, immaculée. Ses yeux d'elda lui permettaient de voir les coquillages sur la plage, et, longeant l'écume, elle ramassait les plus délicats. Le lendemain elle façonnerait des bijoux d'océan. Mais ses pensées étaient tournées sur les propos de son jeune ami. Dans l'obscurité intemporelle, il se faisait doucement plus intime, se confiant, loin de tout. En réponse, elle lui parlait de ses propres expériences, de ce qu'elle avait vu par de là le monde lors de ses voyages.

Elle fut surprise par sa question.
« Heureuse ? Qu'est ce que le bonheur ?
Me demandes-tu si je suis heureuse en cet instant ? Car la réponse est oui ! Regarde comme c'est beau ici, regarde comme nous sommes beaux tous les deux sur cette plage déserte ! »
Elle lui sourit, les yeux brillants.
« Si tu me demandes si je suis heureuse dans ma vie... je te dirais que le bonheur est trop fragile pour dire simplement oui ou non. Il n'est pas constant, c'est impossible.
Ta question devrait être ; suis je satisfaite de ma vie ?
Je l'ai choisi Hanni... je ne peux m'en plaindre même si parfois, souvent, elle est difficile. Je ne sais pas ce que je lui voudrais de différent... Peut-être moins de pauvreté et de violence dans les contrées que je traverse ?
Ho non Hannibal, le monde est comme il est, il ne faut pas s’apitoyer. Nous ne pouvons qu'éviter les mauvaises personnes de notre mieux, et s'entre-aider contre elles. Toi peut-être arriveras-tu à faire davantage. C'est en faisant de notre mieux, en faisant attention à autrui, que le monde s'améliorera. Chaque action, chaque parole, fait pencher la balance, peut recréer l'équilibre. »

La douce rouquine voulait inspirer de l'espoir au jeune garçon. Mais le sujet était délicat en vu de son passif. Elle ne pouvait clairement pas lui demander s'il était lui même satisfait de sa vie. Mais elle pouvait l'encourager à choisir sa voie, et dans l'idéal dans une voie de bienveillance.
Et, si la vie pouvait changer profondément une personne, elle ne doutait pas un instant de la tendresse de cœur de l'adolescent.
Le vent se fit plus fort, des bourrasques la firent vaciller, elle saisit son ami à la forte carrure par le bras, laissant échapper son rire cristallin qui avait le don d'alléger les sujets les plus sérieux. Les rafales levaient ses jupes avec lesquelles elle batailla pour garder les coquillages qu'elle avait mit en leur creux. N'y arrivant pas, elle entraîna le péninsulaire dans l’abri d'un rocher où le souffle était plus calme, elle se laissa glisser au sol pour rassembler ses trésors. Elle ouvrit son plaid qu'elle avait jusque là comme un châle sur ses épaules, se couvrit plus amplement tout en proposant à l'humain l'autre bout. Les vagues chantaient plus fort, grondantes, superbes.
Ils avaient continué à parler, à refaire le monde. Elle avait chanté quelques chansons, dont l'une parlait d'un loup solitaire qui n'aimait pas les autres loups, les tuant parfois lorsqu'ils s'approchaient trop prés des troupeaux. Fatigués, ils s'endormirent l'un contre l'autre enroulés dans la couverture.
Parfois, c'était bon de vivre.


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