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 Une vie de vengeance

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Constance de Malbuis
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MessageSujet: Une vie de vengeance   Jeu 15 Mar 2018 - 12:17


Dixième année du onzième cycle,
Première ennéade de Verimios - premier mois d'été,
Le premier jour...


D'abord était venue la morsure de l'hiver ; elle s'était abattue sur Erac et la péninsule, et après elle, comme prévu, était venue la guerre. Elle avait dépeuplé les places fortes et, tout en irriguant du sang des vaincus les collines du Médian, avait asséché les derniers espoirs de Constance.

Constance avait passé l'hiver à l'auberge, comme elle l'avait prévu. Epuisant ses dernières ressources à s'assurer le gîte et le couvert, elle avait vu les prix augmenter de jour en jour. Tant qu'elle l'avait pu, elle avait retenu Martiel auprès d'elle, refusant de voir son seul fils partir au combat pour une guerre dont toutes les issues étaient mauvaises. Elle s'était privée tant qu'elle l'avait pu, pour qu'il ne meure pas de faim. Troquant ses dernières robes de prix contre des guenilles qui lui donnaient l'air d'une miséreuse, elle avait enduré la faim, l'inconfort et l'irascibilité de son méchant fils, jusqu'à ne plus avoir d'autre choix que de céder et le laisser enfin partir.

Elle passa le restant de l'hiver à pleurer tout ce qui restait de larmes dans son corps, et à admonester silencieusement les aberrations des hommes. Lorsque vint le printemps, le retour des beaux jours ne lui apporta aucun réconfort. La veuve désargentée savait désormais son fils à la guerre, et priait pour lui, chaque jour ; Néera, pour lui insuffler un peu de jugeote et pour veiller sur lui ; Othar, pour guider son bras dans la bataille ; et Tyra, si le pire devait survenir.

N'ayant plus les moyens de payer sa chambre, elle avait trouvé refuge dans un hospice néerite situé à la périphérie de la ville. Comme elle n'y pouvait demeurer indéfiniment, elle dut trouver à travailler. L'occasion lui fut donnée d'intégrer le domestique d'un bourgeois prospère du nom de Gilbert Purin-Doré, un homme qui avait fait fortune dans l'import-export d'engrais. Il dégageait à tout moment de la journée une odeur pestilentielle et la façon qu'il avait de regarder Constance la mettait mal à l'aise ; qu'une noble dame comme elle se retrouve au service d'un homme du commun si dégoûtant lui donnait envie de vomir, mais elle n'avait guère d'autre choix pour le moment.

Dans la cité d'Erac, la vie suivait paisiblement son cours. La fin de l'hiver avait mis un terme à l'inflation galopante, et, la guerre ne sévissant pas sur les terres du duché, le commerce ne s'en portait pas trop mal. Constance prêtait l'oreille aux nouvelles, plus dans l'espoir de deviner où était Martial que par réel intérêt pour le devenir du royaume. On disait que l'armée ducale se trouvait aux portes de Chrystabel, que le comte de Velteroc était mort,et que la victoire du roi Bohémond était acquise. Le fils de l'Ivrey, songeait Constance avec amertume, le fils de ce scélérat de bâtard d'Ivrey, tel était le roi qu'on désignait pour le royaume ! Et bien, que brûle ce royaume qui ne ses plus écouter ses propres dieux.

D'autres nouvelles venaient du sud, évoquant le débarquement d'une armée venue d'outre-mer, et la réapparition du Grand Chancelier qui, disait-on, avait trompé la mort et avait dupé la Déesse Noire pour échapper à ses griffes. Ces balivernes suintaient fort l'hérésie ; mais cela n'était pas étonnant : le sud de la péninsule était peuplé d'hérétiques et de sodomites. Le Chancelier était forcément l'un ou l'autre, peut-être même les deux.



*



La nuit se fit peu à peu sur la fière cité eraçonne. Sur la place du marché, les derniers marchands quittaient leurs étals, affichant une mine satisfaite ; les affaires avaient été bonnes. Le retour des beaux jours donnait toujours un coup de fouet au commerce. Constance considéra avec dédain ces bourgeois joufflus, qu'elle trouvait laids et pathétiques, mais qui vivaient tellement mieux qu'elle. Leur petit monde ne s'intéressait qu'à l'or et se fichait bien de vivre dans un royaume en perdition, où la foi et les mœurs étaient ravagés par l'hérésie, l'envie et la corruption. Comment s'étonner de ce que les marchands vivent mieux qu'une femme comme elle, quand les Grands du royaume se déchiraient pour leurs petits intérêts personnels ?

Elle avait passé la journée à coudre à tel point qu'elle n'en sentait presque plus ses mains. En fin d'après-midi, Gilbert Purin-Doré avait autorisé ses domestiques à aller assister, sur la place, à l'exécution d'un voleur. La plupart des serviteurs avaient profité de l'occasion pour se mêler à la foule et flâner sur la place, entre les étals des boulangers et des lainiers, à écouter les chanteurs et admirer les montreurs d'ours. Constance s'était tenue à l'écart ; elle avait horreur de la foule et du bruit.

La nuit venue, donc, la place se vidait petit à petit, retrouvant le calme et la sérénité qui manquaient tant à la veuve. S'efforçant d'ignorer le groupe de prostituées qui haranguaient ceux qui s'attardaient encore dans le coin, elle s'aventura dans une rue voisine pour trouver un autel de bois sculpté, surmonté d'une effigie de Tyra la Voilée, la Déesse Noire. Là, elle s'agenouilla et, tête baissée en signe de soumission, lança dans le silence de la nuit ses paroles rituelles.

« Tyra, reine des eaux déchaînées,
Toi qui règne sur les mers éternelles,
Au nom du Symmaque entend mon appel,
Toi dont la Colère fit vaciller le Guerrier.
De mon époux tu recueillis les mânes,
Mais d'outre-tombe son esprit crie vengeance,
Du sang du bâtard que soit maudite l'engeance,
Et du fils de l'Ivrey je t'offrirai l'âme. »
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Neo
Humain
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MessageSujet: Re: Une vie de vengeance   Sam 17 Mar 2018 - 12:41







La chaleur régnante à l'instar de la température de ses oreilles, brûlante. Neo allait et venait, sur ses épaules une tonne de responsabilités que, pour l'instant l'homme recevait avec la plus grande dignité. S'occuper du Culte et de tout ses adeptes n'était pas une mince affaire, ni quelque chose qu'il ne puisse point accomplir ; après tout, il en avait la trempe et l'ambition ! Mais il lui faudrait encore s'habituer à tout cela, aux intrigues de son temps, mais surtout à l'impact qu'il pourrait avoir, à travers le Culte. Il y réfléchissait chaque jour, chaque nuit, louant cette nouvelle arme que le Guerrier avait mit en travers de son chemin.
Il lui faudrait accepter que, ce combat bien que pauvre en fers croisés, en sang versé, entamait une nouvelle manche ; désormais ce serait une lutte intellectuelle, et il la mènerait jusqu'à son achèvement.
Il lui faudrait concevoir ce rebondissement, comme une vengeance exécutée afin d'honorer un passé révolu, ou pourquoi pas ce futur idéal, inexistant. Le royaume humain s'etiolait devant leurs yeux ébahis, tandis que les cœurs s'enviciaient et les mœurs étaient abruptement évincés, laissant place aux tas d'ordures que pouvaient être les raisons d'être de tout un chacun. L'humanité s'était de par trop reposée sur de décidément bien mauvaises influences... Mais pour grand réconfort, au bout du chemin Neo savait qu'il y retrouverait une divine communion.

C'est que les Dieux étaient en guerre ! Tandis que dans sa trop petite conscience, pensait l'humain avili reléguant au rang de coutume sa piété ! L'humain, trop occupé à rentabiliser ce si éphémère souffle, omettant sincérité quand il s'agissait de rendre hommage aux Dieux. Bien-sûr fallait-il encore faire la part des Cinq en choisissant lesquels adorer.
C'était en vivant pour Eux qu'une vie pouvait être comblée, qu'un homme ou une femme pouvait se targuer d'être à sa place et de mériter son existence.
C'était en dédiant sa vie à Leur salut, qu'exister prenait tout son sens ! De Néera, d'Othar, il fallait suivre les enseignements !

Mais l'heure viendrait pour Neo, de faire savoir au monde, combien il tournait mal, combien il était fait retord, ce monde qu'il leur faudrait rebâtir ! Quitte à détruire, pour mieux reconstruire. Les gens semblaient oublier ce pourquoi le sol sous eux, existait ! Neo quant à lui, pesait chaque pas, estimait chaque espace conquis. L'heure viendrait, indubitablement.


Ce sera tout pour aujourd'hui. Allez vous dégourdir les jambes braves frères... Vint clôturer le Champion, après une demie journée de foi bien remplie. La mie journée, fait la journée, pour qui se lève tôt.

Et il laissa les frères otharites vaquer à leurs occupations, certains iraient vivre un peu la société dans le tohu-bohu citadin, d'aucuns se délecteraient devant la pendaison du bougre malhonnête qui en place publique se ferait bientôt exécuter ! Le Champion s'y rendit également, jusqu'à ce que la nuit s'en vienne obscurcir les rangs de badauds. Il jeta un dernier regard au corps par le cou suspendu, renia l'homme de sa conception d'humanité, et distrait il laissa ses pas le guider jusqu'au Temple, pour rentrer.
Perdu dans de broussailleuses préoccupations, à savoir s'il devait ou non contacter la Haute-Prêtresse de Néera – quand, pour quelles raisons ou même comment l'aborder, un mouvement attira son attention. C'était vraisemblablement un être pieux, un corps de femme agenouillé, devant l'autel de la seule qui avait réussi à faire vaciller le Guerrier. La femme – du peuple semblait-il –, adressait donc à la Voilée quelque prière qu'elle seule connaissait ou espérait.
Le Haut-Prêtre s'approcha de l'autel, désireux lui aussi d'adresser quelques remarques à la Déesse Noire. Bien-sûr renvoyait-il, vêtu d'une simple robe de bure, l'image du typique ecclésiastique pentien, saurait-elle cependant deviner quel était son dieu tutélaire ? Peut-être. Il y avait des traits et des cicatrices inconsolables, et qui ne trompaient pas.


Puisse-t-elle ourdir vôtre peine... Dit-il en désignant l'effigie de Tyra. Que la Bienveillante ou le Constant n'aient pu démêler.


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Constance de Malbuis
Humain
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MessageSujet: Re: Une vie de vengeance   Sam 21 Avr 2018 - 10:59


L'arrivée subite du prêtre avait surpris Constance. Troublée, la pieuse femme se redressa, l'air coupable comme si elle était prise en faute. Avait-il entendu sa prière ? Il n'était jamais anodin de s'adresser aux dieux en réclamant la mort d'un roi. Remarquant sa robe de bure, Constance se rassura ; un prêtre. Au moins pouvait-elle lui accorder une relative confiance. Quant à savoir quel dieu il servait, sa robe de bure ne trahissait sa condition de religieux sans rien révéler de son sacerdoce ; mais n'était-on pas devant l'autel de Tyra ?

« Puisse-t-elle, mon père », acquiesça-t-elle. « La déesse a entendu ma plaidoirie ; j'attendrais dignement qu'elle rende son arrêt. »

Elle considéra un peu plus attentivement son interlocuteur. Les fidèles de Tyra, sans tomber dans les lieux communs, évoquaient souvent la prérogative première de la Voilée : la mort. Celui-là n'était ni blême ni décharné. Large d'épaules au contraire, il aurait pu être chevalier ou mercenaire. Ce ne pouvait néanmoins pas être un imposteur : vu son gabarit, sa robe de bure ne pouvait être faite que sur mesure.

« Puissent les dieux pardonner la déliquescence du royaume. De tous ceux qui rôdent devant les étals en quête de babioles et de futilités, j'en ai vu bien peu s'arrêter devant cet autel aujourd'hui. Les gens sont si... inconstants dans leur foi, ne trouvez-vous pas ? »


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