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 Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mar 17 Avr 2018 - 22:56




Deuxième jour de la Deuxième ennéade du mois de Vérimios, an 10
Contrairement aux citées conquises, aucun appartement ne pouvait réellement être réquisitionné et utilisé comme bon leurs semblaient : ici dans la Citée des rois, ils étaient les invités. Or c’est ainsi qu’ils furent reçus, car à défaut d’offrir un logement permanent aux gros bonnets venus du Nord, certains richissimes hôtels laissèrent à tour de rôle accès à leurs installations. Comme le soleil brillait désormais sur les troupes du septentrion, la bonne fortune en fit autant pour le régent, auquel on confiât probablement l’un des espaces les mieux entretenus de la citée. Le bâtiment fait d’une architecture époustouflante, possédait tant d’étages que Louis se demanda s’il frôla la hauteur des tourelles de son propre castel. On le guida au travers un escalier en colimaçon sans fin, menant sur quelques chambres mondaines dont une, à l’entrée située au fond d’un couloir étroit, surplombait ses semblables de par ses richesses. À tous les coups, l’homme qui possédait cet établissement, s’était donné corps et âme pour que subsiste le cachet de cet endroit, même après les ravages du passé. Là-haut perché, la fenestration laissait poindre par milliers les rayons des soleils, faisant grimper non seulement la chaleur accablante qui y régnait, mais aussi l’éclat des merveilles qui ornementaient les murs. Non seulement une couche, vaste et douillette à souhait lui était réservé, mais également un bain dont les vapeurs s’échappaient encore de sa surface.

« Une flopée de serviteurs se sont occupés de remplir votre bain. »

« Quoi? Ils ont monté toutes ces marches simplement pour que je me décrasse les doigts de pieds? » Répondit du tac au tac le régent, le regard dubitatif. Quel gibier de potence pouvait avoir la sotte idée d’emménager un si grand bain aussi loin d’eau chaude?

« Oui certes, votre Excellence. Et si j’étais vous, je me hâterais d’y plonger, avant qu’elle ne refroidisse. »

« Dites-vous cela car l’odeur commence à vous importuner ? » Rajouta le cerf, non sans un sourire à demi étouffé. Car oui, si les donzelles trouvaient masculin l’odeur de la sueur, elles seraient servies en compagnie de quiconque suivait le Saint-Aimé! Le réconfort d’une bassine chaude, des caresses d’un torchon et des attentions d’un savon, leur fût à tous proscrit depuis le départ de Chrystabel. Car oui, c’est au triple galop qu’ils se rendirent à bon compte à Diantra, sans que ne s’écoule inutilement les minutes. Alors ils durent endurer la senteur, tout le faisait le guide de Louis qui resta les lèvres pincées, tout en s’inclinant devant lui pour quitter les lieux en quête d’air frais.

Comme suggéré, Louis s’y affaira. Mais avant de se torcher en bon et due forme, il dégusta comme aucun autre bain, le confort de l’eau calme et encore légèrement bouillante. Il faisait certes chaud ce jourd’hui, mais cela n’empêcha guère le cerf de patauger en toute quiétude. Ce ne fût qu’après que la flotte ait été souillée de crasse et refroidie des bouffées venteuses venues des hauteurs de Diantra, qu’il consentit de sortir. Comme il s’y attendit, non loin de l’entrée, patientait deux boniches qui n’attendaient que la fin de son bain pour se présenter à lui. Elles lui trouvèrent une tenue adaptée et s’armèrent de ciseaux pour rafraîchir sa bouille. À sa demande, il préserva sa barbe épaissie par les jours au front, mais la fit tailler de sorte à ce qu’elle en soit symétrique. S’il s’évertuait à ne pas avoir les défauts de son défunt père, au moins porterait-il sa barbe.

« Aussi devions-nous vous tenir au courant de la venue de visite. Un héraut s’est présenté sur le parvis de l’établissement pour nous avertir de la venue imminente de leur maîtresse. La Baronne d’Alonna, nous-a-t-il dit. » Lança la boniche, tout en achevant sa coupe de cheveux.

« Quoi?! Et c’est maintenant que vous me le dites?! Hâtez-vous, par la tête du manchot! » Lança Louis, tout en raidissant le dos, devenu toute chose. Depuis le triomphe, Louis n’avait eu le luxe ni de s’entretenir avec elle, ni même de lui partager son affection … Alors, plutôt que d’en rêver encore tous les soirs, il s’énerva comme le gamin qu’il était réellement, à l’idée de la revoir sitôt.



Dernière édition par Louis de Saint-Aimé le Lun 23 Avr 2018 - 19:59, édité 1 fois
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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mer 18 Avr 2018 - 13:33

L’épingle lui piqua le doigt, laissant sur son sillage douloureux une gouttelette carmine qu’elle s’empressa d’étaler. Une seule petite boule sanguine qu’elle admira un moment : elle était si petite et si fragile. La vie était ainsi ; petite, fragile et douloureuse. Finalement le liquide sécha en une poudre andrinople qu’elle effaça de son souvenir en un instant. Elle avait vu bien assez de cela ces derniers mois pour ne point en rajouter davantage. Un dernier coup de brosse de sa dame de compagnie scella sa toilette ; ses beaux cheveux propres avaient été laissé libre tandis qu’elle avait revêtu quelques draperies légères, tenue par la broche en forme de colombe qu’elle n’avait pas eu le cœur de laisser en Alonnan. Le sourire conquit de la brave Geneviève, fille d’un gentilhomme de la ville, acheva de convaincre la Baronne. Elle ne pouvait désormais être plus prête qu’à cet instant. Les viscères nouées d’excitation, elle quitta sa coiffeuse. « A-t-il bien reçu notre émissaire ? »
« Je m’y suis rendue moi-même votre Honneur ! »
« Quelle était son humeur ? Semblait-il fatigué ? »
« Il ne m’a pas reçu, j’ai donc laissé le message à l’une de ses dame »

Ses yeux s’écarquillèrent tant que la brave femme blêmit face à la Baronne. N’attendant point son reste, elle attrapa un mantel à la volée et partit au pas de course. Tyra elle-même n’aurait su la rattraper tant ses enjambées étaient vives. Non pas qu’elle n’avait point confiance en son Louis, mais les vipères quant à elles, elle ne les pratiquait que trop bien. Le pauvre Berthildois se ferait bien mangé tout cru par ces sorcières si elle n’accourait pas ! Lui emboitant le pas non sans de ronflantes expirations, sa dame de compagnie suivait le mouvement au travers de la demeure jusqu’à en sortir prestement. Sans un mot, la garde surprise de la hâte de leur suzeraine, manqua de trébucher en se mettant en branle tantôt à sa droite, tantôt à sa gauche. Ils écartèrent la foule et veillaient de leurs yeux habiles mais fatigués que nul ne puisse atteindre à sa vie. Il fallait dire que les rues de la capitale étaient peu sûres – leur arrivée quoique triomphante n’avait qu’attisé le feu de la haine dans l’âme des pauvres gens. Tant de nobles côtoyaient la misère qu’il en devenait presque douloureux de regarder le fossé qui les séparait ; il aurait suffi d’être moins bien né. Cela ne tenait à rien.
Le chemin qui menait aux appartements du Marquis n’était guère long. Ils marchèrent à bon rythme dix minutes peut-être avant d’apercevoir, au détour d’une avenue la silhouette de la bâtisse. C’était une drôle de demeure, toute longue si bien que son toit surplombait celui de ses voisins de deux étages. Quel drôle de bonhomme pouvait bien habitait là-dedans ? Au moins jouissait-elle d’un confort appréciable : si son architecture était estrange, son intérieur avait été pensé avec goût. A n’en pas douter, il y avait eu une femme qui avait bien veillé à ce que rien ne dénote. Richement ornée, le hall paraissait pourtant suranné. Ce devait être une famille bourgeoise qui – faute de moyens – s’était offerte un luxe désuet. Mais là ! Laissant sa garde et sa dame avec les braves de Saint-Berthilde, elle commença à gravir les marches sans qu’ils ne l’arrête ; c’était à présent chose officielle, et tous semblaient s’en accommoder plus ou moins. Certes la situation n’était guère simple mais au moins elle semblait assez complaisante pour qu’on n’affuble pas les tourtereaux de quelques vilains griefs.
Pourtant rapidement ses pas furent suivit d’une complainte rythmée. On entendit dans le long et interminable escalier la voix fluette d’une femme qui chercha à l’interpeller sans qu’Alanya ne prenne même le temps de se retourner. « Eh là ! Attendez ! Vous ne pouvez pas ! Messire Louis ne vous a pas autorisé ! ». Fâchée – et autrement plus surement jalouse -, la baronne continua son chemin ardu qui lui valait de bonnes brûlures aux cuissots. Ces longs jours de monte avaient eu raison de ses jambes, et les courbatures demeuraient vivaces bien qu’elle s’affairait à passer un onguent que lui avait donné son sénéchal. Le vieil homme connaissait bien les affres des longues routes, et bien plus prévoyant que sa suzeraine s’était fait sa décoction à l’odeur rance. Au souvenir nauséabond, la belle fût heureuse d’avoir fait trempette ! Profitant d’un vestibule qui se concluait par la porte qu’elle souhaitait franchir, la jeunette lui coupa la priorité, bras écartés et respiration courte. Pour sûr, elle aussi souffrait de l’ascension.

« Laissez-moi passer ».
« Mais vous ne pouvez pas, son Excellence est dans ses quartiers et ne… »
« Croyez-vous petite sotte que les gardes m’auraient permis d’entrer ici si je ne pouvais point accéder à ses appartements ?! ».

Le ton montait rapidement et, excédée, la Baronne tenta de bousculer son adversaire qui résista. Les dents serrées, elle n’était pas prête à se laisser bloquer le passage si près du but ! Elle avait attendu bien trop longtemps de se retrouver seule avec Louis pour qu’on ne vienne l’importuner. Il n’y avait plus la guerre au dehors, et les deux jeunes gens étaient bien plus libres qu’ils ne l’avaient été depuis de longues énnéades. Alors vaille que vaille, elle passerait. Et alors qu’elle était bien décidée à franchir la barrière des bras fluet de la jeune femme, une voix grave raisonna derrière l’épaisse porte. Presque aussitôt, l’on baissa ses bras et un cliquetis de poignée laissa grincer les gonds. Presque aussitôt elle s’engouffra dans la pièce découverte, lançant un regard noir à la donzelle, le cœur au bord des lèvres tant elle était furieuse. Mais son hôte se leva presque aussitôt plus charmant qu’elle ne l’avait jamais connu. Sa barbe taillée, son minois décrassé et ses cheveux coupés confirmait ses charmes. Pour sûr, il fallait être aveugle pour ne point le trouver à son goût, d’autant que la barbe lui offrait une certaine maturité. Impossible dès lors de s’empêcher de sourire ; oubliant son énervement, elle s’approcha de lui avec des yeux pétillants. Elle était chanceuse de l’avoir. Passant une main sur sa joue bien taillée, elle se détendit et se laissa même tenter par la boutade.

« Eh bien je vous préfère ainsi votre Excellence ! ». S’il ne répondit rien, ses lèvres s’étirèrent avant de se poser une première fois dans un baiser doux et ô combien satisfaisant dans sa langueur.

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mer 18 Avr 2018 - 21:54




Du temps que la Régence ni même le titre de Marquis ne gravitaient autour de lui, avec ses copains, jamais il n’avait vécu de cuite capable de l’amener à l’amnésie. Pourtant, alors qu’il la voyait, aussi somptueuse et délicieuse qu’à leur premier rendez-vous, il se sentit si ivre d’amour pour elle, qu’il en oublia le bonheur que lui procura son simple sourire. Et que dire de ce baisé, première marque d’affection en dehors de cette ambiance hostile qu’était la campagne militaire ? Divin! Les boniches pouvaient reluquer si cela leur chantait, il n’en avait plus cure : seule la caresse de ses lèvres lui importait et la proximité de sa Reine dont justement, il barrait le dos d’un de ses bras pour la retenir contre lui et l’empêcher de fuir. Ses paupières s’étaient affaiblies le temps de leur retrouvailles charnelles, jusqu’à ce qu’elles redonnent vision à leur porteur, pour qu’il puisse y plonger ses iris à ceux de sa belle. Peu de chose le laissait aussi pantois qu’à ce moment précis, si ce n’est que la béatitude qu’il tirait de la sentir contre lui, d’humer son parfum et de la savoir sienne sans que quiconque n’ait à redire de leur alliance. Le corbeau pouvait aller se pendre, maintenant qu’il avait goûté à la félicité que lui offrait si largement la Baronne, plus rien ne saurait le convaincre d’en délaisser la main. Son bras second vint rejoindre l’autre à son dos, étreignant son aimée à la façon des araignées, refermant sa prise pour lui faire le témoignage de son affection. Plus un mot, pas un son. Il déposa d’abord son front au sien, pour ensuite le couvrir d’une bise chaste, mais non moins affectueuse. Pas un doute, elle lui avait manqué autant que l’on manque d’air sous l’eau.

Il inspira à réplétion, question de bien s’imprégner de cet instant de pure sérénité, puis s’éloigna d’un pas afin de mieux l’admirer. Elle était belle, vraiment. Lorsqu’il l’avait connue à Alonna, l’hiver avait tamisé l’éclat de son regard, de même que le fit ses nombreuses pelisses à son agréable silhouette. Ici, alors que la chaleur accablait les intrus qui n’avaient habitude de températures si élevées, on devait s’adapter. Et c’est ce qu’elle fit brillamment, en se nippant sa nudité de quelques draperies toutes légères, dont l’entrecroisement et la superposition préservait sa pudeur intacte. Ses jambes étaient certes couvertes, mais laissaient passage à la brise, tandis que ses bras nus étaient épargnés de ce casse-tête de tissus. Vraiment, portant cette tenue atypique des contrées du septentrion, elle était méconnaissable. Et que dire de son teint, légèrement plus foncé, dont les généreuses percées ensoleillées et estivales avaient teintées?

Non, de tous les péninsulaires, quoi qu’on en dise, Louis avait de la veine et pas qu’un peu.


« J’eus souhaité venir te voir plus tôt, sincèrement … Mais tu sais ce que c’est. Depuis le triomphe je n’avais pas même eut le temps de me décrasser, tant c’était la folie. » En retour de ces plates excuses, un sourire, doux et affectueux.

« Ne te tourmente pas. Tu es un héros Louis, et les héros n'ont guère le temps pour ces choses-là. Tu me pardonneras d'être venue mais je ne tenais plus ; tu semblais si épuisé... »

« Pour pouvoir te pardonner, il me faudrait pouvoir te reprocher quoi que ce soit. Ta présence m’a agréable surprise et elle m’a sitôt fait oublier le mauvais accueil de notre publique. Mais enfin! Oublions ce triste souvenir, ce triomphe m’a laissé un âcre goût en bouche et il me tarde d’aller explorer les secrets de cette citée dont je suis certain, tu te feras un immense plaisir à me servir de guide! »

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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Jeu 19 Avr 2018 - 22:59


« N’es-tu jamais venu à la capitale ? ».
Son petit air curieux détournait habilement le Régent de ses tourments. Pour sûr, Diantra n’avait guère fait de grand accueil au cortège venu du Nord, triomphant des traîtres du Médian. Mais pouvaient-ils seulement leur en vouloir ? La baronne savait que la colère de son amant n’était en outre que l’expression d’une profonde lassitude ; en d’autres temps lui aussi aurait compris ces pauvres gens massés dans les rues. Ils étaient les premières victimes d’un conflit qui les avait oubliés. Le Roy s’était lui-même détourné d’eux et ce jourd’hui on leur demandait de faire confiance. Elle n’eut pas le cœur d’engager la discussion sur ce terrain. Il était bien trop irrité pour entendre raison ; elle se chargerait d’avoir une conversation sérieuse plus tard, quand tout cela sera fini. Il n’avait point besoin de s’ajouter du tracas, il était de son devoir de le protéger tant par son silence que sa vigilance : dès lors que la situation lui échapperait – si jamais cela devait se produire -, elle lui en toucherait deux mots mais point avant. Doucement elle serra entre ses doigts sa patte de géant. Une caresse chaude et réconfortante, un luxe qu’ils n’avaient pu s’offrir depuis longtemps.
« Jamais n’ai-je été aussi loin de Sainte-Berthilde ».
Amusée, elle l’entrainait derechef vers la porte. Il était si jeune et si naïf. Après tout, le pauvre Louis n’avait encore rien vu du monde au dehors des frontières du Nord. Si elle chérissait sa terre et son peuple avant toute chose, elle ne pouvait nier les délices exotiques qu’offraient parfois les contrées suderonnes. Elle se souvint avec amertume de son séjour Ydrilote. La vie là-bas y est si douce qu’elle ne s’étonnait plus de la fainéantise de ces gens-là ; tout y était chaleur, odeur et couleur. Mais là ! Ils n’étaient point aussi loin, et les tourtereaux devraient bien se contenter des maigres plaisirs de la capitale. Si elle n’était venue qu’en de rares occasions – quatre fois tout au plus -, elle avait su surpasser la misère pour y voir un joyau. Elle comprit dès lors le choix qu’avait fait la famille royale en s’y installant.
« Alors qu’attendons-nous ? A moins que tes servantes ne m’empêchent de m’emparer de toi… ». La pique lancée fût accompagnée d’un regard terrible. Les cocottes n’avaient pas encore bougé de leur place, et si Louis – magnanime – ne les avait pas trop réprimandés, Alanya n’en demeurait pas moins furieuse et jalouse. Un problème qu’elle aurait tôt fait de régler à leur retour. Un sourire naquit sur son joli minois alors qu'ils dévalaient les escaliers. L'ascension avait paru bien plus longue et plus fastidieuse que la descente ; et elle s'en réjouit. Pas un regard non plus pour les gardes lorsqu'elle le pressage pour sortir : la journée était magnifique, et elle n'avait guère envie de s'encombrer l'esprit avec de pareils futilités. « Nous pourrions nous rendre à la place du marché qu’en penses-tu ? A moins que tu ne veuilles te rendre à la cathédrale ? Ou tout ce que tu voudras ! ».
« Allons, nous avons bien tout le temps, plus rien ne nous presse. Quel est l’endroit le plus près ? ». L’empressement de sa belle eut tôt fait de leur faire éclater de rire. Un son si agréable qu’elle avait oublié. Louis était bien loin à présent du regard grave et de la bouille sérieuse. Ils pouvaient bien s’offrir, le temps d’un après-midi, du repos. Ils n’auraient ni à penser à leurs terres si lointaines à présent, ni à demain. Ils vivaient et c’était tout. L’éclat d’hilarité conquit bientôt la Broissieux qui s’esclaffa à son tour en haussant les épaules :
« Je n’en ai aucune idée ! Tout ce dont je me rappelle, c’est qu’il vaut mieux éviter les quartiers ravagés par l’incendie ; la misère y a noirci le cœur des bonnes gens ». Nulle réponse ne vint cette fois, excepté qu'il lui tendit le bras de manière cavalière, afin de l'accompagner. Ce genre d'allusion ne pouvait le faire sourire, c'était là bien trop malheureux – et elle le comprit bien vite lorsque les rires cessèrent. La guerre avait laissé sur le cœur de son amant une plaie qui mettrait bien du temps à se cicatriser. Elle avait connu cela aussi ; il n’est guère aisé d’affronter la triste réalité : ils étaient privilégiés. Un privilège qui non seulement leur valait d’être encore en vie, mais qui rougissait leur parcours de braves tombés pour leurs idéaux. Si elle n’eut connu aucun noble qui s’en vanta, elle savait que tous – un jour ou l’autre – regardait en arrière en se demandant si cela en valait vraiment la peine. Qu’aurait donc dit son oncle de tout cela ?
La marche leur révéla quelques belles bâtisses, toutes aussi curieuses que celle où vivait Louis. A leurs pieds, l’on trouvait parfois quelques échoppes entretenues vaille que vaille. Ils rirent même lorsqu’un vieillard grincheux peina à faire filer un petit groupe d’enfants qui s’amusaient peut-être un peu trop gaiement. Et ils arrivèrent bientôt à une grande place couverte, sous laquelle se tenait de nombreuses étales. Pour sûr, il y avait de tout là-dessous ! Des fruits, des légumes, des animaux. Il y avait même, tout au fond, une estrade encore vide. Le lieu était animé, si plein de vie qu’on en oublia presque la torpeur dans laquelle semblait pourtant être plongée le reste de la grande cité. Les accents de tout genre fleurissaient les conversations. On harangua le couple une prime fois, puis une seconde.
« Regarde Louis, des épices ! ». Elle pointa du doigt une petite table qui ne payait pas de mine. Il trônait dessus des sacs tissés blancs, colorés par quelques grains précieux et odorants. Safran, curry, poivre et même du sel chatouillaient les naseaux des promeneurs. L’ambiance qui régnait alors lui rappela combien cela lui avait manqué. Le Berthildois s’approcha des précieux contenu et du bout des doigts se saisit d’une pincée. Il alla bon train humer l’effluve corsée du produit et s’en vint forcé à éternuer ! Ce n’est qu’au dernier moment qu’il se retourna, épargnant la tablée d’un désastre mais arrosa allègrement la tunique d’un autre richissime client. Si Alanya se retint de rire alors que le Marquis se confondit en plates excuses, le monsieur visiblement fort irrité serra le poing. Ici, ils avaient beau être reluisants de titres et de gloire, personne ne les connaissait. Ils étaient de parfaits inconnus dans une foule, un jour de marché.
« FOUTRE NEERA, MA CHEMISE ! Espèce de… Vous allez voir, voyou ! ».
Et bien vite, le regard du ventru personnage se perdit derrière les silhouettes du couple : on entendait au loin les cliquetis métalliques des gardes qui rappliquaient dare-dare. Ce fût bien drôle lorsque les yeux du notable s’arrondirent. « Oh ! Pardonnez moi je ne savais pas… Pardon, mille fois pardon ! ».

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Lun 23 Avr 2018 - 18:33




Aussi subtilement qu’un troupeau de bœufs, des balourds armés atteignirent finalement le couple dont ils devaient assurer la protection à tous prix. C’est que, aiguillonnés par leur euphorique retrouvaille, ils avaient pris la poudre d’escampette si prestement, que le quarteron n’avait su suivre au pas leurs protégés et que dans la foule tassée, ils les perdirent de vue. Heureusement, c’est au moment opportun qu’ils les retrouvèrent, alors que Louis s’en allait se faire estampiller à la joue le poing d’un paltoquet aux poches pleines! À la vue du contingent, le plein de morvine s’en vit les ardeurs refroidies et balbutia envers le régent quelques excuses tartufes. Prêt à répondre des menaces, Louis serra à son tour les poings, mais n’ouvrit à la fin la bouche que pour lui faire le témoignage de ses excuses.

« C’est plutôt à moi de me faire pardonner, je vous ai pris pour mon fanchon! Prenez quelques épices que vous reluquiez tout juste, ce sera ma façon à moi de torcher ces mouchures de votre oripeau. »Louis ne s’excusait qu’en rares occasions (Il faut comprendre qu’il s’efforçait en tous temps de ne pas avoir à fauter), mais savait tout de même reconnaître ses torts en moments venus, même si au vu de ses récents exploits, il aurait été en droit de chier sur la tête de cet homme sans même qu’on en vienne à l’embêter! Trop humble pour profiter de ses prérogatives, Louis préféra s’abaisser à son niveau et d’obtenir son pardon, aussi futile eusse-t-il été.

Le marchand d’exotiques produits quoique circonspect, servit le double menton de qui ne s’était point trop fait prier pour acquiescer à la réparation et ensuite de déguerpir avant que la situation n’évolue autrement. Lumineuse, la Baronne se retourna vers son amant avant de le piquer gaiement, le cœur léger et le ton badin : « Eh bien! Si vous éternuez de trop, votre Excellence, vous finirez la besace vidée de ses richesses au profit des poches de ce bon margoulin! » Ses joues se creusèrent à mesure que son sourire s’accentuait, profitant de la rocambole pour se saisir de son bras et de s’y percher de ses deux mitaines.
« Vous me connaissez désormais bien assez, il me semble, pour savoir que ma générosité n’a pas de limites. J’en suis même la victime! J’aime tout partager, même lorsque j’éternue! » Ajouta le régent, alors qu’il tira du biceps un iota, qu’elle s’en voit rapprochée de lui.  Un sourire, tout simple, coquin et moqueur, ponctua alors les traits de l’arachnide.
« Tout? » Son nez se leva aux cieux, de sorte à se régaler de la réaction de son amant qui, pour réponse, n’eut autre à dire qu’un sourire un peu penaud.

Leur bambée se poursuivit hors des quartiers populaires, où ne fourmillaient plus par centaines clients et marchands, prêts à vendre leur mère pour une poignée d’arachides. Non, l’avenue qu’ils empruntèrent faisait preuve de la quiétude la plus totale. Les maisonnées vidées de leurs familles parties à l’ouvrage, rendit à nos deux amoureux le peu d’intimité qu’ils souhaitaient –si l’on omettait la flopée de garde qui bourdonnait dans leur ombre-. Bientôt, un auguste bâtiment se dressa devant eux comme tout puissant et dominant. La distance s’amenuisant, Louis remarqua comme la salubrité des environs était mise de l’avant. Était-ce par respect pour la très respectée Cathédrale de St-Deina ?


« As-tu déjà eu le privilège de fouler le parvis de la Cathédrale? » Ce à quoi elle hocha positivement, tout en laissant ses yeux parcourir l’édifice. La magnificence de lieux sacré ne pouvait laisser quiconque indifférent, c’était là une certitude.
« J’eus même la bonne fortune d’assister à un sermon. Elle est magnifique, n’est-ce pas ? »
« Un sermon? Sur quoi portait-il ? » Son attention quitta finalement le parvis de la Cathédrale, pour se butter sur son amante qu’il tenait fermement à son bras.
« La guerre. » Répondit-elle aussi simplement, tout en haussant les épaules nonchalamment et en lui réservant un sourire ponctué d’une once mystérieuse.
« De guerre … Vous en parliez donc également à l’époque ? N’est-ce pas un sujet qui se devrait de mourir avec le temps, plutôt que de persister ? »
« Nous en sortions tout juste. Cléophas était partit pour le Soltaar, le Nord venait de gagner Amblère et les Champs Pourpres avaient décimé l'armée royale. » Elle eut un soupir de lassitude. Les temps changeaient peu au final. « Je crains mon tendre Louis que nous ne soyons contraint de nous en accommoder. » C’était d’une tristesse à mourir, que de célébrer la fin des hostilités pour mieux en commencer d’autres.

Main dans la main cette fois, Louis monta les premières marches de la Cathédrale pour ajouter, après que le silence ait chassé promptement ce malaise passager.

« C'est la première fois que je la vois et pourtant, je sais aujourd'hui que c'est ici que je te prendrais comme ma femme.» Prise de court, Alanya s’arrêta nette et tourna ses billes arrondies vers son compagnon. De crainte de n’avoir entendu correctement –même si dans la grisaille de ses prunelles on y voyait une joie latente-, elle le fit répéter.
« Que St-Deina serait l'endroit où je promettrai devant la DameDieu de te prendre pour femme. » Son ton de voix se montra on ne peut plus clair et son sourire, lui, avenant comme jamais, était la preuve de sa sincérité. Elle resta bouche bée un moment. Ce n'était pas anodin : ce monument était certainement le plus emblématique du Culte ; une telle promesse ne faisait que voler son cœur un peu plus haut.
« Es-tu souffrant Louis ? Jamais on ne célébrera une chose aussi futile ici ! » Elle essayait vainement de raccrocher ses pieds sur terre, mais le sourire béat trompait son enthousiasme.
« Une femme aussi pieuse que toi ne peut-elle pas simplement rêver mieux ? Nous pourrions certes célébrer chez nous des journées durant, mais cela n'aurait guère autant de sens que de s'unir ici, sous le regard bienveillant de la DameDieu. » Elle garda bonne contenance mais lui mentir lui faisait mal. Toutefois il ne fallait pas qu'il apprenne un jour.
« Je n'en suis que comblée, crois-moi mais... Notre union pose bien des problèmes. Je doute que l'on accepte de faire la moindre cérémonie ici. » Et elle avait raison, à toute chose prête que même ailleurs, on ne l’accepterait pas d’avantage.
« Il me plait de l'imaginer tout de même. » Louis n'ajouta pas d'avantage, pour ne pas voir son rêve s'émietter au cours d'une discussion pleine de sens, comme elle s’était souventefois évertuée à lui faire le sermon.

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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Lun 30 Avr 2018 - 22:17

Le silence s’installa et ils reprirent une marche douce et sereine. Les deux amants étaient bien au fait de leur situation délicate –et s’ils restaient réalistes -, ils n’en rêvaient pas moins pour autant. Combien de sacrifice devrait-elle accomplir pour être enfin en paix ? Ah ! Ces maudits Cinq ! Qu’ils pourrissent tous dans leur royaume céleste, la terre appartenait aux bonnes gens et ils n’avaient point à s’en mêler. De toute façon, le pouvaient-ils vraiment ? Tout cela n’était que le reflet d’un équilibre sempiternel entre l’action et l’inaction ; entre le bien et le mal. Le Karam ou le Stra. Car oui, même ceux que l’on avait appelé Dieux – par peur ou par modestie -, n’étaient rien face aux forces qui régissaient le monde. Tout cela n’avait de sens sinon : pourquoi des puissants tels qu’eux viendraient-ils opportunément s’imposer dans les affaires somme toute humainement banale ? Il n’y avait ni gloire, ni mérite. Et puis n’était-ce pas paradoxal cette disjonction communément adoptée chez les Céleste entre les Bienveillants et les Méchants ? Aussi rapide était ce raccourci, il n’en demeurait pas moins vrai ; on ne pouvait être seulement terrible ou pleinement bon. La déité ne faisait pas exception car ce qui était bien pour les uns se révélaient être mauvais pour d’autres. Aussi, c’était cette vision manichéenne qui forçait les peuples à se cliver entre eux. Chaque communauté avait ses propres mœurs, et par conséquent ses propres Dieux. Pour sûr, la Baronne n’était pas fine théologienne mais sa vision, sans doute toute propre, n’en était pas moins bien construite. Elle se blâma secrètement de ne point en parler à Louis ; après tout il avait toujours été si compréhensif. Pourtant – elle le savait – sa Foi se présentait comme un obstacle immuable. Alors, enfouissant son tabou comme une immondice tout au fond de son cœur, elle se contenta d’observer la grande rosace de vitraux sitôt eurent-ils franchit les battants de bois.

Il y avait quelque chose de majestueux dans ce lieu : sa sobriété lui avait toujours plu. Et quoiqu’austère, les chatoyantes couleurs offertes par les larges morceaux de verres teintés habillaient la nef, les chœurs et l’autel fièrement dressé. L’air était chargé d’encens, rendant un aspect spectral, presque mystique. Un mutisme lourd régnait là et l’on eut vu quelques fidèles se masser à terre, implorant la Sainte de leur venir en aide. Il n’y avait sur les bancs nobles, que quelques bourgeois et bourgeoises qui incantaient à voix basse. Et si elle n’aimait guère le Culte Pentien, elle devait au moins lui reconnaître l’étrange sentiment qui la parcourait lorsqu’elle déambulait au milieu de ces vieilles pierres. On retrouvait çà et là quelques tableaux d’antiques peintres, une ou deux sculptures du Martyr et même des objets Saints. Elle tourna la tête vers son compagnon, s’acclimatant peu à peu au pesant silence pour lui intimer quelques mots dans un chuchotis.

« N’est-ce pas splendide ? ». La question tenait presque de la rhétorique. Et il ne prit même pas la peine de lui répondre. Ses yeux allaient d’un endroit à l’autre, bouche bée devant un spectacle d’architecture aussi grandiose. Il y avait une certaine candeur derrière ces yeux d’homme ; et c’est sans un mot de plus qu’elle apprécia les traits de son visage. La barbe, si elle lui donnait un air plus vieux, était un bien maigre attribut lorsqu’il s’en allait ainsi comme un enfant à des contemplations muettes. A s’émerveiller de tout, l’on aurait tôt dit un bambin à qui on fait découvrir le dehors. Ils s’approchèrent du reliquaire et, pointant le du doigt un calice, elle reprit tout aussi bassement : « L’on dit que c’est le calice d’or de Sainte Berthilde, regarde ». Et aurait-elle montré un moustique qui chie, affirmer que sa merde était sainte, qu’il l’aurait également admiré. Alors, quelque peu amusée, elle le pinça doucement. « Vous a-t-on pris votre langue jeune faon ? ». Appuyant sciemment sur la jeunesse du Saint-Aimé, elle espérait le sortir de sa torpeur.
Elle toucha droit dans le mille, lorsqu’en secouant le chef, il sortit de ses songes pour revenir vers son amante. S’il fronça d’abord les sourcils à cet incipide sobriquet, il se radoucit lorsqu’il eut conclu de la raison pour laquelle elle l’avait piqué. « Je peine à concevoir que je pensais grandiose le prieuré de Saint-Aimé. Excuse-moi si je suis peu loquace, c’est… si beau ».
Elle sourit tendrement, prenant place sur un banc du premier rang. « Comment l’homme peut-il construire de ses mains de si belles choses, lorsqu’il est capable – de ces mêmes mains – du pire ? Y-as-tu déjà songé Louis ? ».
Il s’assit près d’elle, posant une patte chaste mais tout de même tendre contre son genou et le début de son cuissot. Son regard portait vers l’autel principal même s’il s’adressa tout aussi directement à elle. « Je ne sais… Mais en revanche, ce dont je suis certain c’est qu’il existe lus d’hommes bons que mauvais et, cette simple pensée me rassure ».
Elle en revint à ses précédentes réflexions. Ils avaient bien trop tendance à scinder le bien et le mal de toute chose. Jamais n’avaient-ils pensé que les deux puissent vivre en harmonie au travers tout ce qui existait ? « Là, je ne partage point ton avis. Les hommes sont pour moi à la fois bons et mauvais, dépendamment des actions qu’ils mènent et des choix qu’ils font. Il n’existe de mortel si fort qu’il serait capable de se détourner de toute vilainie, ni de si vilaine gens pour renier toutes les vertus ». Du moins, elle l’espéra, auquel cas elle n’aurait certainement pas été des gens honnêtes et droits.
« Est-ce le bon endroit pour deviser de tels propos, mon amour ? », dût-il ajouter pour couper court à son élan passionnel. Il était calme, bien plus qu’elle ne le serait jamais. A vrai dire, ils formaient un parfait équilibre : elle le Stra et lui le Karam, ils s’opposaient avec délicatesse et se tempéraient avec brio.
Finalement, elle haussa doucement les épaules. Ce n’était peut-être pas le lieu le plus approprié mais la plénitude et l’intimité prêtait à la confidence. « Bien plus que si nous parlions de politique ou d’économie. Et puis, tu as tendance à écourter ces sujets, si bien qu’ils deviennent difficiles à aborder même au dehors de ces murs sacrés ».
Son pouce valsa innocemment sur son genou, lui délivrant des caresses continuelles et inconscientes comme s’il ne pouvait s’arrêter. « J’ai tendance effectivement à fermer les yeux sur ce sujet. J’ai vu et entendu bien des gens perdre espoir, à force de constater la tristesse de la réalité. L’humain capables du meilleur comme du pire, s’adonne plus souvent qu’autremment au vice qui le divertit, qui l’excite. Et quelque part, peut-être en suis-je aussi déprimé de ce constat ».
Mêlant ses doigts au sien dans un geste de réconfort, elle posa sa tête contre son épaule, se perdant dans la même contemplation de l’autel que lui. Jamais elle n’aurait imaginé de pareils ténèbres ronger son cœur ; non, cela lui était que peu concevable. Louis avait toujours été d’un optimisme à toute épreuve et sûrement avait-il caché derrière son sourire de belles plaies béantes. « Ne voies pas seulement le noir mon bel amour. Car même au fond des abysses peut naître le plus vertueux des sentiments. C’est là ce que je te disais plus tôt : nous sommes capables du meilleur et du pire ». Malgré la teneur de ses propos, sa respiration était légère et l’instant lui parut parfait. « Aussi ne te blâme point de trop de tes péchés, et plutôt observe ta vie dans son ensemble pour te juger ».
« Tu as certainement raison, je ne veux pas te contredire. Seulement c’est difficile à concevoir ».
« Crois-tu que si un manants vole une miche pour nourrir des enfants affamés cela en fait quelqu’un de tout à fait bon ou de tout à fait mauvais ? ».
« Pas totalement, mais voler est lourdement répréhensible par la Loi… ». C’était comme s’il ne pouvait concevoir que l’on pouvait voler pour de bonnes raisons. « Je peux concevoir que le désespoir sache faire aux hommes bien des choses, mais l’homme bon – le vrai – ne volerait pas ».
« Et laisserait-il au prix de sa vertu mourir des innocents ? Te souviens-tu de ton serment de chevalier, Louis ? », demanda-t-elle d’un ton égal. Cette fois, il ne répondit pas mais lâcha l’autel des yeux pour venir quérir ceux de sa précieuse amante. Les prunelles d’azur reflétaient une douce lueur et, secrètement elle les entendait lui dire non puis oui. Mais ses lèvres ne se descellèrent pas. « Ce sont nos choix qui peuvent bons ou mauvais, pas l’homme ».

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mar 1 Mai 2018 - 17:38




Il dut lui concéder que sur certains points, son avis était forgé d’un acier duraille, dont peu d’argumentaires sauraient faire le faire plier. En quelque part, cette force de caractère, cette façon de s’exprimer clairement tout en explicitant son avis tranché, cela faisait son charme. Ils continuèrent à deviser de la sorte pendant un temps, alors que les psaumes s’amenuisaient peu à peu et que les gens sortaient à tour de rôle du Saint établissement. Bientôt, les deux se retrouvèrent esseulés des autres bonnes genses. En parfait gentilhomme, Louis se redressa en tendant sa patte ouverte et invitante à sa belle, de sorte à ce qu’elle l’accompagne. À son bras, elle la guida vers le point central de l’attention, là où l’autel guidait sur un pupitre duquel très certainement, l’on donnait la messe en temps normaux. Louis patienta, un moment, admira l’endroit une dernière fois puis retourna vers sa belle dont il couvrit d’un sourire doux, légèrement ponctué d’un air rêveur. Il la guida à l’extérieur, où patientait la flopée de patauds harnachés de pieds en cap, parés à les suivre de près, comme si tout danger était possible … Et voilà que s’envola leur intimité.

« La guerre est terminée et bien malgré cela, je me sens toujours aussi impliqué. Sont-ce ces hommes, qui nous suivent au pas qui m’empêchent d’être comme je fus avant les hostilités? »Sa question, au grand dam de sa dame, lui soutira un soupire de lassitude. Il réalisa dès lors, qu’elle aussi, au même titre que lui, s’était jointe à l’effort de guerre depuis le tout début et que ses maux, dont il lui faisait l’étalage, devait également la mettre en souffrance. Le regard de la Baronne trouva le sien, presque désolée face à son amant, tandis qu’ils poursuivirent leur marche dans les artères principales de Diantra.

« Tu as mûrit Louis, voilà tout. La guerre - si terrible soit-elle - a cela de bon : elle nous rappelle durement nos devoirs et que peu importe où nous nous trouvons, peu importe les ripailles, les draps de soie ou le confort dans lequel nous sommes des gens dépendent de nous. » Un silence, court et concis, s’installa avant que Louis ne reprenne.

« Il me plairait que tu vois les soieries de ma couche, à Sainte-Berthilde. » Dit-il de sorte à chasser le mauvais de cette conversation et de réaffirmer l’attraction qu’il éprouvait pour sa belle. Un rictus, discret, mais suffisant pour qu’il en dévoile ses dents : voilà qui redonnait le ton à leur badinage!

« Comme promis, à notre départ je m'y arrêterais volontiers pour quelques jours. Tu auras tout le loisir de me faire découvrir les splendeurs de ta patrie. » Elle savait comment le faire sourire, comment s’assurer de sa bonne humeur. En quelques occasions, Louis trouva qu’elle en savait d’avantage sur lui que lui sur elle … Comment se pouvait-il qu’en si peu de temps, elle sache si brillamment lire en lui, alors qu’à l’inverse, il ne sache en faire autant ?

À mesure qu’ils enchaînèrent les coins de rues, Louis sentit que les citoyens commençaient à réaliser l’importance des deux personnages. On se dégageait à leur passage, on leur souriait et inclinait bas le chef, jusqu’à entendre quelques rares « Bonjour, vos Excellences! ». Après l’âpre accueil dont ils furent les victimes, cette chaleureuse reconnaissance n’était de trop. À dire vrai, c’était un peu la paie de tout ce labeur, de voir sur les visages de la roture planer de si belles façons envers eux. Et la marche se poursuivit, toujours en préservant son amante à son bras, gratifiant en quelques fois sa main de certaines caresses.

« À force, je pense m’être bien perdu … Sais-tu seulement où sommes-nous, dis-moi? » Un hochement de sa tendre en guise de réponse, puis d’un sourire en coin.

« Ton sens de l'orientation est si peu aiguisé que tu parviendrais à te perdre dans une chaume ! » La petite pique de bonne guerre, fût rapidement suivit par une tendresse à son bras musclé. « Nous ne sommes guère loin de mes quartiers. »

« Pfft, c’est tout de même bien étourdissant comme citée. Bondée de petites gens comme aucune autre et serrée de bâtiments plus grands les uns que les autres, il faut être bien habitué pour ne pas s’égarer, m’est d’avis. » Il patienta, brièvement, puis rajouta, un brin affolé. « Tes quartiers ?! »

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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mer 16 Mai 2018 - 22:39


Ils flânaient sous la chaleur écrasante de l’été. Comment les bonnes gens du sud pouvaient-ils vivre sous de pareilles température ? Si elle ne suffoquait point encore, elle était plutôt ravie d’arriver non loin de sa demeure. D’ailleurs, cette dernière éveilla quelques élans de sadisme ; Louis parût bien loin de son assurance durement acquise au front. A vrai dire, se dépatouillant avec ses vieux démons il redevenait celui qu’elle avait connu dans l’intimité Alonnaise. Un peu mal habile, sa visible panique n’aiguisa que plus l’entrain de la baronne qui se tenait fermement à son bras. « Oui, Louis, mes quartiers. Pensais-tu que je dormais à la rue ? ».
« Non pas, mais que tu possèdes un établissement à toi, ici ... Avoue que c'est quand même inusité ».
Au bout de la rue pavée inégalement se dessinait la silhouette enchâssée de la bâtisse. Ni grande ni petite, la bourgeoise maison avait des airs charmants et presque s’enorgueillit d’avoir échappée en partie aux flammes. Lorsqu’elle était venue presque un an plus tôt, elle n’avait eu à l’acheter qu’une poignée de piécettes : à l’époque les bonnes gens de Diantra craignaient la violence qui habitait les rues. Tous – ou presque – avaient fui pour les campagnes alentours, laissant aux habiles investisseurs le champ libre. Un rire retentit, clair et franc, alors qu’ils avançaient à bonne allure.
« Une acquisition fortuite, je dois vous l’avouer. Le Grand Incendie a laissé beaucoup de possibilité immobilière ici, et c’est peut-être par confort d’avoir un endroit à moi que j’ai racheté cet hôtel pour une bouchée de pain à un couple bourgeois un peu hâtif de décamper ».
« Et depuis l’idée de te séparer de cette bâtisse ne t’a jamais effleuré l’esprit ? Ces quatre murs doivent représenter une coquette somme tout de même… ».
A la cadence où ils allaient, nul doute que les tourtereaux étaient impatients de se dérober à l’abrutissant soleil. D’ailleurs la chaleur du jour faisait remonter des plus petites rues une désagréable odeur : la ville puait davantage par les beaux jours. Et si tout le monde semblait s’en accommoder, elle ne parvenait à comprendre pourquoi. Ah ! Que la vie lui paraissait moins belle ici ! Mais, le cœur vaillant et l’œil vif, elle gardait sa bonne humeur coutumière lorsqu’elle était en si bonne compagnie. Ses lèvres restaient immuablement étirées dans un sourire sincère.
« Je le ferais sûrement au moment le plus opportun ; lorsque Diantra aura retrouvé son Roy, il est presque sûr qu’elle vaudra le double de ce qu’elle ne coûte ce jourd’hui ».
Alanya avait toujours été redoutable en affaires, et si le régent du Berthildois l’ignorait jusqu’alors il pouvait à présent en apprécier la compétence. Cette coquette villa vaudrait bien plus en y investissant quelques sous et en patientant ; comme le bon vin, les belles maisons prenaient de la valeur avec le temps et les circonstances. Pour le moment, elle lui faisait un bon pied-à-terre, et cela suffisait amplement à la rentabiliser.
« Peut-être est venu le temps où il me faudrait investir à mon tour ». Il marqua une courte pause avant de tendre un doigt vers une maisonnette au hasard, non loin de celle qu’ils approchaient inexorablement. « Cette maison là, tout près de la tienne ».
« J’ai un investissement qui te conviendrait d’autant plus, si tu le souhaites ».
Le calme de sa voix sembla gagner l’entière attention du jeune Louis, qui déplaça un regard intéressé sur la silhouette pendue à son bras. Montrant sa propre acquisition, elle continua d’un air égal : « Tu vois celle-ci ? On dit de sa propriétaire qu’elle est bien seule pour un si grand endroit ».
Il se prit à rire à son tour, se prêtant presque aussitôt au jeu. « Et tu saurais me laisser aller dans les bras d’une autre ? ».
« Seulement si elle possède quatre jambes et un œil en moins ».
« Si un jour je croise une telle créature, merci de ne pas me recommander ! Même pour une propriétaire esseulée ».
Face à eux se découpa bientôt l’entrée à double battant, dont le bois semblait avoir déj bien vécu. Au-devant d’icelle se tenaient droits et en pleine conversation Hermance Lesdiguière et Odias de Wacume. Si tôt qu’ils arrivèrent à leur hauteur, les braves sujets de l’Alonnan se turent. Les vêtements des deux gaillards ne trompèrent guère de la baronne : les pieds crottés et les culottes de monte – ainsi que le fumet du destrier -, laissait à penser qu’ils s’étaient rendus plus tôt aux campements de l’ost. A vrai dire, elle s’était contenté d’ordonner un roulement de permission parmi leurs soldats, mais avait chargé aussi ses bras droits de s’assurer de la bonne tenue de la piétaille et des soins apportés aux blessés. Peut-être se rendrait-elle auprès de ses sujets dans les jours à venir. Elle avait de toute façon foi aux jugements du vieil Hermance. Le sénéchal ne dérogea d’ailleurs pas à sa réputation d’homme affable : décrochant un regard au Cerf, il fronça les sourcils. Il désapprouvait la romance qu’entretenait la baronne, si bien que cela avait été sujet à discorde mais cette fois-ci, elle ne toléra pas qu’il moufte, et le réduisit au silence respectueux. A la suite, ils s’inclinèrent.
« Votre Honneur, ne nous vous attendions pas de si tôt ». La phrase du seigneur de Wacume était ponctué d’un rictus poli et avenant. « Votre Excellence. Veuillez bien pardonnez notre chiche accueil, nous aurions fait autrement si nous avions su que vous accompagneriez son Honneur ».
« Louis, je te présente Odias, seigneur de Wacume et certainement mon plus fidèle ami. Et ici, Hermance Lesdiguières mon sénéchal et fidèle conseiller ».
Le marquis les toisa un instant, ressemblant déjà davantage à un ours qu’à un cerf. Elle ne sut s’il avait réussi à discerner la mimique réprobatrice du vieillard, mais il s’efforça de garder son air jovial et sa bonhomie qui le définissaient si bien. « Nul heurt messieurs. Faire bonne connaissance des gens qui entourent ma Dame la baronne m’enchante bien plus qu’une réception en grandes pompes. C’est un plaisir ».
Odias était un homme dont la trentaine d’année sublimait les traits. Le front large, la mâchoire douce, de longs cheveux blonds et son corps finement taillé ne desservait en rien son caractère – qu’elle trouvait si proche de celui du Saint Aimé. C’était un homme bon et droit, que la fidélité pour son amie savait retenir loin des siens. Hermance quant à lui, était un homme plus petit et bourru, dont les épaules commençaient à se voûter et au regard entouré par d’épais sourcils broussailleux. La belle le considérait presque comme un parent à présent, et pourtant elle ne l’avait jamais connu autrement que de mauvais poil. C’est dire si le garçon était facile à vivre ! Entourée par de pareils molosses, il ne risquait rien de lui arriver céans.
« Que diriez-vous d’un verre messieurs ? Je ne saurais me lasser d’une si riche et bonne compagnie ! ».
« Soit-il ! La chaleur de toute façon n’était guère assez accablante pour qu’un verre ne soit de trop », ajouta Louis légèrement à la blague, d’un trait d’ironie fort bien placé au vu des nombreuses sueurs qui perlaient sur son front, mouillant même ses habits.
Le plus vieux ouvrit la marche. Dans le vestibule, il faisait bien meilleur. Aucune fenêtre ne venait troubler la pénombre et la pierre conservait la relative fraîcheur de la pièce. C’était agréable. Odias s’essuya bientôt la caboche. « Ah ! Et dire que l’on m’a assuré que l’on se faisait plus tôt à la chaleur qu’au froid ! Je gagerai qu’il s’agissait là d’une duperie de bonne femme encore ! ». Qu’il avait bel allure cet Alonnais ; l’air d’un gentilhomme mais guère celui d’un chevalier.
Et c’est, galant et serviable, qu’il tint la porte du petit salon privé aux amants. La pièce était d’un style surannée, résultat des choix grandiloquant de l’ancienne propriétaire. La cocotte bourgeoise espérait certainement qu’au travers des nombreuses tapisseries et des boiseries impressionner quelconque seigneurs et le beau monde Diantrais. Cela n’était point au goût d’Alanya mais la décoration avait peu d’importance. « Je les amènerai bien au Nord moi, tous ces culs-gelés du Sud. Ils riront bien moins que nous quand viendra l’hiver – le vrai ». Hermance ne s’était même pas retourné, mais sa voix forte laissait entrevoir l’homme de guerre qu’il avait été : il n’avait rien perdu de sa vivacité et de sa verve.
«C’est un spectacle auquel je payerai volontiers ma place s’il avait lieu ! Remarquez, ce dernier hiver auquel nous fûmes soumis nous fût bien plus éprouvant que nul autre. Tant que j’en étais à me demander si les Nordiens savaient si bien s’accommoder du mauvais temps hivernal ! ».
Ils s’installèrent deux à deux sur les banquettes fleuries, faisant face à une petite table où l’on apporta bien vite quatre godets et un pichet d’un vin de la région. Ce n’était certainement pas un grand cru, mais cela suffirait bien à leur entrevue. La baronne avait une belle vue : une tapisserie aux couleurs passés – une scène de chasse -, trônait fièrement sur le mur au fond. Elle en avait une sainte horreur de ces ouvrages, mais faute de mieux, ils s’en contenteraient bien ! Empoignant la cruche, Lesdiguières versa trois pleins verres, et Alanya arrêta son geste avant qu’il serve le dernier poliment. « J’en ai connu des hivers bien plus rudes, votre Excellence. Et si le souvenir de mettre gelé les miches au pied des Monts d’Or, et mettre fait glacer le sang par cette canaille de vent me hante encore, je ne l’échangerai pour rien au monde. Voyez comme le soleil abrutis ces gens ! Z’ont jamais été des lumières au-delà d’ici ».
« Sûr que s’ils réfléchissaient au moins la moitié de ce que tu grognes… », lança-t-elle à la volée.
Louis manqua de rire de peu, son minois s’éclairant d’un large sourire malgré sa longue barbe et ses yeux creusés par la fatigue. « Si vous le dites, je veux bien le croire ! Pour ma part, ce dernier hiver m’a laissé un bien âpre souvenir. Si bien que je saurais redouter le prochain. Nous savons peut-être nous acclimater, mais certaines petites gens n’ont pas ce luxe ni ce talent ».
Le sénéchal Alonnais esquissa un rapide sourire ; qui n’avait l’œil rompu à l’exercice n’aurait su le voir mais la baronne était assez aguerrie à présent, si bien que cela ne lui échappa pas. Elle l’aurait volontiers marqué d’une pierre blanche, car le grincheux vieillard n’avait pas pour habitude de se prêter aux joyeuseté de la vie. Elle ne l’en blâma guère : né de la roture, il s’était fait une place à la sueur de son front. Il avait connu la misère comme la gloire et en cela, il demeurait les deux pieds fermement ancrés dans le sol. C’est en partit pour cela qu’elle l’avait nommé au sénéchalat après son couronnement. Odias tira une lampée de son verre avant de répondre. « C’est un discours qui m’est agréable à entendre votre Excellence. Si vous avez à cœur votre peuple, nul doute que vous serez – à l’image de ma suzeraine -, un bon seigneur ».
« A quoi bon posséder des titres et des terres si l’on ne sait en faire profiter ceux qui en ont le plus besoin ? ». Louis attrapa la calice et s’envoya une bonne rasade.
« Malheureusement nous sommes bien peu à penser ainsi… ».
« Votre Alonna vous manque-t-elle Messieurs ? ». Il déposa une main douce mais posséssive sur la cuisse de la belle qui ne s’en défit pas. C’était important pour les deux jeunes gens de faire entendre le sérieux de la relation qu’ils entretenaient, - et que non contents de cela -, ils ne tenaient pas à s’en cacher. Du pouce il en caressa le tissu de sa robe mais n’en fit pas plus.
Deux paires d’yeux inquisiteurs roulèrent presque aussitôt vers la marque d’affection. Si son ami garda bonne contenance et fit mine de rien, Hermance serra les dents. Cela ne l’étonna guère bien qu’elle ne sût s’il s’agissait d’un élan paternaliste ou bien une opposition de principe. S’il entrouvrit d’ailleurs le bec un instant, il se ravisa presque aussi vite.
« Oui Messire, ma terre me manque. J’y ai laissé épouse et enfants en espérant honorer mon blason comme le fit mon père en son temps. Et vous, êtes-vous pressé de rentrer à vos pénates ? ».
« Si je me sens hâtif de retrouver mon chez moi ? ». Louis fût pratiquement secoué d’un rictus nerveux qui se mua en un sourire avenant bien qu’un brin dépassé par la question. « Est-il un Nordier qui sache se contenter de Diantra ? Non, dès que le concile aura eu lieu, si le soleil tient toujours, je m’en irai – et le jour même ! ».
Sans plus attendre, Alanya se tourna légèrement. Son visage était habité d’une étrange lueur, mais demeurait bien calme, presque serein. Elle dégageait de l’assurance, qui fût bientôt étayée lorsqu’elle osa reprendre le Marquis : « Nous nous en irons le jour-même ». Si le seigneur de Wacume fit mine de ne pas saisir, Hermance lui, moitié choqué, garda obstinément le silence.
« Comment ça ? ».
« La guerre est finie et nous sommes enfin en paix. Vous aurez bien le luxe de faire un détour à Cantharel ? ». Il avait emprunté le même air que son amante, si bien qu’ils formaient un charmant couple parfaitement assortis.
Odias se râcla la gorge. Il cherchait ses mots, ne voulant certainement point paraître trop désinvolte, ou pour simplement ne pas les froisser. S’il avait toujours été honnête envers Alanya, il ne connaissait pas le Saint-Aimé et il n’aurait pas été étonnant de le ménager pour l’instant. « Vos hommes attendent le jour de notre retour comme une annonce divine ; preuve en est, les permissions ne suffisent pas à endiguer les protestations et l’impatience. S’arrêter encore une fois – nous faisant faire un détour par la même-, ce n’est pas une sage décision ».
« Tous les hommes de son Honneur ne seront point soumis à ces vacances forcées ; il me semble que je possède moi-même suffisamment de bonnes âmes qui puissent assurer sa protection monsieur Odias ».
« Foutre-Néera ! ». Hermance se réveillait enfin. « Ne me dites pas que vous allez faire la même bêtise que la dernière fois ! Les Alonnais ont accepté une fois que vous reveniez avec un étranger au bras, arrêtez de tenter Tyra bon sang ! ».
Soudain, le visage du régent changea. Adieu l’avenant sourire, la bonhomie et la bienveillance. Son front se barrait de quelques plis d’agacement et sa mâchoire se crispait. Etait-ce le ton employé ou bien cela venait-il du fait qu’il venait de lancer l’un des plus atroces blasphèmes qui le choqua autant ? « Un peu de tenue, nom d’un chien ! Vous vous adressez à votre suzeraine et au régent du Berthildois il me semble !»
Le vieil Hermance ne s’en offusqua point ; ce n’était pas au vieux singe qu’on apprenait à faire la grimace. Aussi, il préféra ignorait l’invective : ce n’était après tout pas au Cerf qu’il parlait, mais à Alanya dont les yeux semblaient s’être perdus. Elle observait dans un mutisme inquiétant les contours du lapin que l’on chassait. Les yeux exorbités de l’animal, le sourire triomphal du chasseur, les crocs du chien. Le voile de grisaille qui avait eu raison des vives couleurs des fils de coton n’appuyait que la dramaturgie de la scène. Ses doigts serrèrent la grosse patte de son amant. Elle devait régler le problème avec les siens – et sans son concours. Alors elle posa ses mirettes grises et froides sur les deux bonhommes interloqués.
« Je l’entends ». Si elle gardait l’apparente assurance, sa voix était plus douce. « Aussi serai-je prête à abdiquer au profit de Pénélope de Broissieux, héritière légitime de la baronne d’Alonna, fille de Desmond de Broissieux, si le conseil des grands vassaux l’exigeait à mon retour ». Le silence. Elle n’en avait jamais parlé, pas même à Louis. « Si pour épouser Louis de Saint-Aimé je dois renoncer à mes droits, je n’hésiterai pas. Je laisserai le soin à toi, Odias mon ami, d’assure rla régence de ma fille et à toi, Hermance, de la conseiller aussi loyalement que vous l’avez fait avec moi. ».[/color][/color]

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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mar 22 Mai 2018 - 21:44




Si son amante crut que la nouvelle enchanterait le cerf, la voilà qui serait bien déçue de le voir ainsi si pantois. Il la fixait, simplement. Comme si devant ses mirettes azurées, s’était manifestée une apparition mystique et inexpliquée, si effrayante qu’elle saurait paralyser le plus hardi des soudards. « Par la pine flambée d’Othar, a-t-elle vraiment dit ça?! », pensa-t-il, alors qu’il la dévisageait toujours sans le moindre mot. Sa nouvelle l’avait cassé, comme on brise un poupon qu’on aurait trop secoué à la naissance … Louis s’était immobilisé et paralysé comme un cerf qui traverse un sentier devant une charrette lumineuse. Et les deux vassaux en firent autant, mimant à peu près la bouille du Saint-Aimé, complétement hébétés devant une nouvelle de cette ampleur. Odias fût le premier à sortir de sa torpeur et se propulsa sur ses gambettes d’un bon sec. Jamais l’homme ne s’était montré aussi fougueux, certes avec détermination et passion, tout en préservant emprise de son calme. Un calme qui pourtant, n’épargnait guère son ton de voix qui vibrait sous l’émotion.

« Il en est hors de question! Vous ne pouvez … Non! Vous ne devez abdiquer! L’alonnan a besoin de vous. » Son regard, avant même qu’elle ne daigne répondre, se planta sur le régent, qu’il implora presque paniqué. « Votre Excellence, dites-lui, dites-lui qu’elle a tort, je vous en prie… »

« Odias dit vrai … Alonna est votre chez-vous. C’est elle qui vous a vu naître et c’est elle qui a fait de vous la femme que vous êtes ce jourd’hui. En la délaissant, vous y laisserez une part de vous-même … » Sa main s’était resserrée sur la sienne, l’implorant silencieusement de ne pas faire cette gaffe. Là, enfin, Louis réalisait les conséquences de leur bêtise. L’amour l’avait aveuglé lui dans son devoir de marquis, à prendre une femme qui rapporterait à ses terres et sa lignée. À elle, d’abandonner tout ce qu’elle avait dans l’espoir de mener une belle vie aux côtés du cerf, de lui donner des enfants si la DameDieu le veut … Louis ne pouvait consciemment enfiévrer sa belle, qu’elle délaisse ce qui avait de plus cher à son cœur pour lui. Cela aurait été un crime qu’il ne saurait se pardonner. Alanya s’extirpa de l’emprise du cerf, reprenant sa mitaine pour elle. Et son regard n’avait plus rien d’avenant, ses sourcils se froncèrent, accusateurs, courroucée d’être prise avec si peu de sérieux. Ses ongles vinrent torturer les pans de son tissus de robe, retenant ses impulsions furibondes.

« Assez! Je veille et veillerai toujours à l’intérêt de ma terre. » Mit au clair l’araignée, en montrant les crocs avec véhémence. « Et s’il faut que cela passe ma destitution, alors je n’hésiterai pas. Je ne vous demande pas ici votre approbation, je vous en fais l’annonce officielle. » Pour une première fois, son ton de voix trahissait son vrai caractère, plus autoritaire qu’elle ne l’avait jamais été en présence de Louis. Hermance garda le silence, les lèvres savamment cousues. Le bougre ne perdrait pas de salive, car d’une part sa maîtresse était incorruptible, son avis forgé, elle n’en dérogerait pas, quand bien même aurait-on le plus massif des argumentaires pour l’assomer. De surcroît, si le conseil de régence venait à demander des comptes, Alanya aurait de quoi les rassurer sur le champ. Odias serra la mâchoire de plus belle, ses dents risquaient l’émiettement.

« Mais … » Louis observa son idylle, l’amour de sa vie, s’emporter avec tant de passion, qu’il ne voulut surenchérir de peur qu’elle ne s’isole pour de bon et que de discussion il ne subsiste plus. Il désira la secouer, qu’elle se ressaisisse, qu’elle l’écoute, même s’il savait au fin fond qu’elle avait longuement fait mûrir cette prise de décision. Car de défaut, folie et fougue n’y figurent pas. À peine tempérée par le silence qui s’instaurait, elle surenchéri en observant Odias puis Hermance droit dans les yeux. D’un sérieux à en faire trembler plus d’un.

« J’attends de vous un soutien indéfectible. En faisant tout en mon pouvoir pour que le pire ne se produise, c’est une éventualité que vous devrez garder à l’esprit. Il vous appartiendra de m’indiquer quand vous aurez estimé que la limite aura été franchie et que les doutes qu’entretiendra le conseil soient propices à compromettre notre terre. » Elle marqua un silence, une pause, puis poursuivit sur le même temps, solennelle à souhait. « Vous êtes mes plus fidèles amis et votre franchisse a toujours été sincère. De grâce, ne changez pas, mais respectez mon choix. »

Avait-elle seulement vue Hermance aussi révolté ? Il termina son verre d’une traite avant de le faire s’abbatre lourdement contre le plat de la table basse. Miracle fût de ne voir partir en éclat ni le verre, ni la table. Son poing crispé à outrance fit blanchir ses jointures, tant on l’imaginât retenir sa furie. Alors sèchement, il se tourna vers Louis et lui tint ces quelques mots.

« J’espère que vous l’aimez, votre Excellence, car vous allez nous faire perdre la seule personne à même de diriger l’Alonnan. » La chose dite et bien dite, il se redressa, prêt à partir, puis reçue la réponse nette de son homologue.


« L’aimer ? Si seulement il existait un mot plus fort encore que celui-là, alors oui, je saurais vous décrire la valeur qu’elle a à mes yeux. Mon désir n’a jamais été de vous priver d’elle, ni plus de la subtiliser à ses gens, non. J’ai œuvré dans son intérêt, toujours. Et elle en fit autant pour moi. » Il se leva à son tour de tout son long. « Or si elle prétend avoir prit cette décision en toute connaissance de cause, ayez confiance mono ami, car icelle n’a d’autre à cœur que ses gens. » Louis épaulait certes son amante dans sa folle prise de décision, mais pour une fois, le fond de sa pensée n’avait été clairement exposé. Sachant qu’Hermance ne saurait donner suite à leur discussion sans autre saut d’humeur, Louis lui désigna la porte d’une main tendue. Il avait besoin de réfléchir.

« Là messieurs! Ce n'est point qu'un dernier recours. J'entends bien plaider ma cause et agir au mieux afin que cela n'arrive jamais. Mais comprenez bien : je n'abandonnerai pas. » Elle marqua une pause, légère, tout en sondant l’avis de ses deux vassaux. « Nous reparlerons de tout cela plus tard, disposez. » Et c’est ce qu’ils firent tous deux. L’araignée s’était sentie le besoin de prendre le relais, la mine sérieuse –presque stoïque- et avait laissé entrevoir dans son ton résolu,  la portée de sa détermination.

Louis se retourna vers elle, puis se rassit, sondant le regard auquel il avait tombé sous le charme dès la première fois, puis rajouta : « Jamais je n’ai désiré t’arracher à tes gens, Alanya … Es-tu certaine de ce que tu veux? » Il se sentit le besoin de redemander, même si elle n’aurait sut être plus claire qu’elle le fut avec Hermance et Odias.


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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Lun 11 Juin 2018 - 15:26

Après la tempête revenait le calme. La pièce avait perdu de ses gens et s’était enfoncé lentement dans un étrange silence entendu. Ni Louis ni elle ne souhaitait en dire davantage – par peur sans doute. Il savait qu’elle resterait campée sur ses choix, desquels il avait été savamment exclu. Et elle ne souhaitait plus confronter la cruelle réalité. Il ne leur restait que peu de choix pour continuer leur folie. Si peu de choix et tant de volonté. Elle avait pensé, une seconde, l’abandonner ; non pour lui causer du tort mais pour le sauver d’elle. Ainsi ils auraient pu vivre des vies solitaires mais plus sûres. Et s’il avait s’agit là de la plus sage et plus dure décision, elle n’avait su s’y résoudre. Par égoïsme certainement, elle voulait s’accrocher à ce maigre espoir. Elle voulait y croire encore un peu. Juste un peu. Finalement elle osa glisser ses mirettes dans l’étendue azurée. Il avait besoin d’être rassurée, mais que pouvait-elle bien lui offrir de plus ? Ils nageaient tous les deux dans des eaux troubles, et elle n’avait pas l’arrogance de lui affirmer qu’elle voyait ses pieds. Néanmoins il était bien en droit de lui demander des comptes : le faon s’était vu ben acculé quand sans même l’en avoir averti, elle avait prononcé sa sentence. Le brave Saint-Aimé, qui s’était un peu détendu avait gardé tout son sérieux, était une victime dans les serres de la Broissieux.

« Ne te blâme pas car jamais je ne me laisserai soustraire. Mais dis-moi seulement qu’elle suzeraine serais-je à régenter un peuple qui m’abhorre ? ». La Baronne serra les dents. Elle ne serait pas une Constance, non elle s’y refusait ! « L’Alonnan a souffert de beaucoup de batailles pour le pouvoir. Je ne compte pas laisser la porte ouverte à de nouvelles violences ».
« Alors si notre amour est un poison si nocif pour ton pays, peut-être doit-il être remis en question ». Elle demeura coite. Jamais il ne s’était montré aussi rationnel face à leur relation, pas même lorsqu’elle l’avait sermonné. Peut-être qu’à cet instant il mesurait toute la complexité de la chose ; ils devaient faire face à Aymeric, à Bohémond, à leurs pairs mais surtout à leur peuple. Qu’adviendrait-il lorsqu’Alanya viendrait au bras d’un nouvel homme quand tous ne juraient que par feu Desmond ? Parfois – oui parfois – il lui arrivait de regretter son geste. La vie, sa vie, aurait été bien différente…
Et aussi tragique semblait ce tableau, elle se prit à rire. Un rire claire et amical tandis qu’une main douce et maternelle se posait sur la joue du jeune homme. Il avait tant à apprendre encore, tant à comprendre. Et c’était certainement cette candeur qui l’attirait. S’il était loin d’être totalement naïf, il espérait toujours voir le bon en chaque chose. Un idéalisme qui lui faisait cruellement défaut. « Le seul poison qui gangrène mon pays est l’ambition de quelques seigneurs jaloux qui briguent depuis des décennies le trône qu’on ne leur a jamais accordé. Vous devez savoir que je ne suis guère parvenu à ma place par quelques liens familiaux ; nous avons versé le sang plus que de raison. Et c’est ça qui rend les gens stupides. La stupidité engendre la méfiance. Un peuple qui cesse de croire en celui qui le régente n’est jamais bon, et ça notre union n’y est pour rien ».
Louis ne se montra guère conquit. Elle ne lui en voulait pas, elle-même peinait à y croire. C’était comme un conte, un joli conte à la fin tragique. Mais les enfants ne souhaitaient pas de fin tragique, alors ils fermaient les yeux, espérant que les mots sur la page se changent, s’inverse et que l’histoire termine bien. Ces révélations faites, cela n’ajoutait qu’à la tragédie et au morne de Diantra. La belle cité avait été vidée de ses couleurs, et si la joie demeurait, et si la vie reprenait, l’étau terrible étreignait le cœur des amants. Posant son imposante paluche sur la sienne, il passa un moment à la dévisager, comme si on avait rendu la vue à un aveugle. A quoi pensait-il ? « Au moins jure-moi que ce ne sera qu’en dernier recours ».
Ses lèvres s’étirèrent dans un curieux sourire amer. « Ils mourront avant même de rêver à mon abdication ». Les mots résonnèrent contre les tapisseries surannées, froids et tranchants. Ce n’était guère autre chose qu’une promesse. « Mais là ! Je crains que les Alonnais ne soient le cadet de nos soucis ».
« Adoncques ? A quoi fais-tu référence ? ».
« Le Corbac ». Sans plus de protocole, elle y faisait référence sans égard. Leur inimitié n'était un secret pour personnes, et si étonnant que cela paraissait, cela convenait autant au Brochant qu'à elle-même. Chacun vivait bien mieux loin de l'autre et il valait peut-être mieux qu'ils s'ignorent. C’était une sorte d’arrangement tacite, du moins pour le moment. « Nous n'avons pas de quoi apaiser son appétit et si jusqu'à présent il ne prête guère d'attention à notre relation, il le prendra plus que personnellement lorsque - non content de lui avoir refuser un mariage prolifique avec sa sœur -, tu lui spolieras sa vassale la plus infidèle ».
« Ce n’est une surprise pour personne. Rien dans notre histoire ne saurait plaire au Marquis ; alors que faisons-nous, alors qu’icelui m’a gentiment fait savoir que nous ne nous trompions guère ? ».
« Je n'en sais rien. A vrai dire, je n'ai aucune idée présentement : je risque la mise sous tutelle tandis qu'il tient déjà mon jeune frère en otage. J'ai les mains liées Louis... ».
La mine défaite, elle crue apercevoir un maigre instant la résignation sur son visage. Abonnait-il déjà le combat ? Non, elle le savait bien plus persévérant que cela. Le prime obstacle ne serait surement pas le dernier et le retrouver si abattu l’inquiétait un peu : elle ne saurait avancer pour deux. « Nous irons le voir. Tous les deux. Et s’il n’est pas à même de m’accorder cette faveur, et bien… Nous aurons à nous questionner sur l’avenir de notre relation ».
Sitôt la vérité nue, elle eut une profonde et inhumaine envie de lui rappeler, de lui dire - non de lui crier ! qu'elle l'avait prévenu. Et à présent, ils devaient tous deux souffrir d'une réalité trop complexe et trop dure. Jamais elle ne parviendrait à se résoudre à abandonner leur idylle, peut-elle dû lever tout un peuple contre le corbac. Le voir si résigné la chagrinait. Le pensait-il vraiment ? « Entendez moi bien Louis de Saint-Aimé. Je vous ai presque supplié de m'oublier et vous offrir à une autre car les choses seraient bien trop difficiles, que je n'étais point faite pour vous. Et VOUS, oui vous m'avez convaincu de m'offrir à vous corps et âme ! Alors il est hors de question d'en rester là, et qu'importe le prix. Je ne le tolèrerai pas ». La mine grave, ses sourcils s'étaient froncés, la menace à peine voilée.
Crut-il possible qu'un jour on en vienne à le menacer de la sorte? Et que ladite menace lui soulève les pommettes en esquissant l'ombre d'un sourire charmé? Là était tout l'effet qu'elle avait sur lui, l'étendue de son emprise ; il importait peu la manière dont elle lui faisait passer le message, à tous les coups il le comprendrait et l'accepterait. « J'ai combattu de redoutables guerriers qui me semblèrent bien moins menaçants que tu ne l'es présentement! Et non, je n'entends pas te courroucer ; même si le corbeau croasse négativement notre relation, questionner l'avenir de notre relation ne signifie pas nécessairement sa fin ».
« C'est bien qu'aucun guerrier n'est aussi sérieux que moi, ne l'oublie jamais ». Elle se dérida un peu, soulagée de l'entendre dire. « Alors, serais-tu prêt à quelques stratagèmes pour faire ployer notre ami Serramirois ? ». A vrai dire, elle avait quelques idées mais elle craignait qu'ils ne plaisent à son amant.
Il se détendait enfin, comme si la tempête était finie. Elle voyait bien que derrière le sourire courtois du Marquis, elle n’avait jamais été aussi prompte à le rendre nerveux. Il se redressa un peu sur son siège, cherchant à s’y mettre à son aise. « Dis-moi tout ».
« Si le seigneur Brochant ne nous accorde pas notre union pour des raisons terrestres, alors il ne demeure qu'une seule entité à même de faire pencher la balance ; pire, elle pourrait bien supplanter le droit seigneurial ». Elle le regarda, posant sa main sur la sienne. « Les rumeurs circulent promptement ici mais si elles s'avèrent vraies cela pourrait bien nous servir ».
« Je ... Enfin, qui serait à même de le faire plier ? »
« Le mariage, avant d'être une affaire des Hommes est un pacte des Dieux. Louis, si la Haute-Prêtresse venait appuyer notre union - et si nous parvenons à allier l'opinion à notre cause -, le Corbac aura beau se murer dans son refus ; il n'aurait pas le choix que de céder face à la pression. De plus, il paraitrait que la Haute-Prêtresse n'est guère enchantée d'être écartée des belligérances et du retour du Roy dans la capitale... ».
« La Grande-Prêtresse pourrait en effet nous offrir sa bénédiction, il n'en restera pas moins que si le Corbeau n'entends rien à son langage, il n'en sera pas d'avantage si elle lui force à avaler la bouchée. Alors nous aurons deux problèmes, le refus du Marquis et une guerre nouvelle envers le Clergé ... ».
« Ce n'est guère Aymeric qui officierait un mariage. Si d'aventure les Fidèles nous portent en estime, le Culte nous soutient, il serait mal aisé pour mon suzerain de refuser l'alliance car il se retrouverait aculé face à la haine de son peuple et de la Foi. Ce n'est pas très habile pour qui prétend à gouverner non seulement sur sa terre mais aussi sur le Royaume ».
« En effet mais... Utiliser le clergé comme d'un levier... ». Louis ne semblait guère de prime abord enclin à user de ces arguments pour faire fléchir le Marquis. Lui-même croyait dur comme fer que la religion primait sur tout, même sur la décision marquisal. Mais de les utiliser à son compte, là cela ne lui plaisait certainement pas. Maudite vertu !
Lentement, la baronne retira sa main en soupirant une fois encore. « Je savais que l'idée ne t'enchanterai pas, mais je ne vois pas d'autres moyens dont la finalité ne serait pas à coup sûr une guerre ou une vie cachée ».
« Je te déçois très certainement, mais s'il est en ce monde une chose à laquelle je ne peux trahir : c'est bien l'amour que je porte aux dieux. Et en bonne Pentienne que tu es, j'espère que tu sauras comprendre. Nous ferons entendre raison au corbeau avant d'avoir à en arriver à de telles extrémités ».
Un instant, le silence reprit sa place. N’oserait-elle jamais lui avouer ? « Alors dis-moi comment ? ». S’il ne se sentait pas le courage d’affronter la Haute-Prêtresse, elle le ferait elle-même, en cachette.

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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mer 20 Juin 2018 - 22:23




Au-delà de ses convictions, de ses valeurs, se ses engagements envers les dieux Pentiens, il y avait cette flamme, cet amour inconditionnel pour la Baronne … Et même si elle lui avait fourni un argument béton, une stratégie qui ferait perdre bien des plumes au corbeau, le cerf ne pouvait s’y résoudre. L’étendue de ses sentiments n’avait aucune commune mesure, c’était là chose vraie! Mais au change, malgré l’adage qui prétendait le contraire, cet amour ne lui avait guère fait don de cécité. Louis resta silencieux à cette ultime question : comment, oui, comment alors! Il avait beau tourner la situation dans tous les sens, il n’y voyait aucun argument qui soit de taille à faire fléchir le Brochant.

« Je ne sais pas, Alanya! Je n’en sais foutre rien. » De son timbre de voix plus qu’agacé, ses bois s’étaient agités dans tous les sens sous l’énervement. Il déserta la place qu’il gardait au chaud près d’elle pour se redresser de tout son long, tout en ouvrant les bras. Cette situation le rendrait fou, à trop y penser! Il avait fait face à pire situation, pire litige, alors pourquoi ? Il se retourna vers elle et lui donna derechef son attention, malgré qu’il la domina de bien plus haut.

« Je m’en irai lui dire, à ce baronnet puant! Qu’il peut bien faire de la cuillère Zurthane, s’il pense pouvoir m’empêcher de te prendre pour épouse! Là! Suffit les stratagèmes, j’irai droit au but et serai transparent comme à mes habitudes : je t’aime, plus que tout. Et s’il n’est pas en mesure de le comprendre, c’est que cette amitié dont il vante tant les mérites, n’est qu’illusoire et fondée de toutes pièces! »

Un sourire s'étira sur son visage, alors qu'elle levait ses yeux vers lui. Voilà qu'il lui plaisait d'avantage. Il avait repris sa place et s'était enfin réveillé de sa torpeur. Le voir si fier, et bien loin de la prudence qu'elle avait pu lui connaître lui redonnait espoir. Mieux encore, elle lui trouvait quelque chose d'incroyablement excitant. « Eh bien, me voilà heureuse de ne point être ton ennemie Louis... »

« Aymeric n’est pas mon ennemi pour autant, détrompes-toi! Bien qu’il ait tout en son pouvoir pour le devenir plus tôt que tard. » Son visage bien que sévère, se radoucit, inspirant à pleins poumons comme si cette montée hargneuse avait soumis à son cœur une palpitation quelconque. Avant qu’il ne comprenne la suite, elle s’était levée et rapprochée de lui, pour glisser sa mitaine dans le creux de sa patte. Cette posture, cette douceur, cet aura chatoyant autour d’elle ; elle pourrait le voir sous son pire jour qu’elle saurait encore l’amadouer et l’apaiser.

« Tu auras tôt fait de voir le vrai visage du Corbeau. » Mais il n’avait plus l’envie d’entendre d’avantage à ce propos ; la question avait été abordée de long et large, alors qu’advienne que pourra! D’un revers de la main, il balaya ce gênant soucis et attira contre lui sa mie, venant plutôt souffler au creux de son oreille quelques mots.

« Et si plutôt tu me montrais ces appartements dont tu m’as tantôt tant vanté les mérites? Avant d’acheter, rien ne serait plus naturel que d’en reconnaître tous les recoins. »

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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mar 3 Juil 2018 - 16:01

Les écueils de leur conversation se turent bientôt et les murs de la demeure ne laissèrent aucun indice de leur discorde. Tout était rentrée dans un calme étrange, si bien que l’on n’entendait plus – au dehors – que les grincements inquiétants des planches sous les allers et venues des domestiques. Ces derniers biens moins nombreux qu’au castel des Trois-Murs étaient pour la plupart originaires de la région. Profitant de l’agitation, on recevait chaque jour à l’intendance des jeunettes prêtes à travailler : des lavandières, des commis… Peu étaient ceux qui trouvaient grâce aux yeux d’Odias car l’Alonnais veillait au grain ; les choses politiques qui se tramaient en ces murs avaient d’autant plus de chance d’un jour se trouver dans l’oreille de l’ennemi que la villa accueillait de malandrins. Aussi, afin de pallier aux esgourdes un peu trop lascives, ils s’étaient tous pris à parler le dialecte de la baronnie. Nulle chance que ces suderons puissent répéter le traitre mot de ceci ! Et bien que la raison ne fût guère plaisante, Alanya appréciait entendre son patois : les salles austères prenaient alors des airs de chez soi. Son cœur se pinça un peu. Combien faudrait-il encore attendre avant de pouvoir retrouver les verts pâturages et la bise des Monts d’Or ? Mais alors ce n’était point la silhouette imposante d’Alonna les Trois-Murs qui se marquait dans son esprit, mais bien les vallons chantant à flanc de montagnes des Broissieux. Elle y avait vécu la plupart de sa vie, et le charme paisible de la petite seigneurie n’était plus qu’un doux souvenir amer. Grands Dieux, elle y retournerait bien !
Se levant de son siège, elle s’approcha de son invité avec un large sourire. Le beau Louis avait bien cela pour lui : il parvenait toujours à apaiser ses peines. Bien maigre réconfort au regard des fardeaux qu’elle devait porter, elle lui en était pourtant reconnaissante. Il savait faire ressortir ce qu’il y avait de meilleur en elle, laissant pour compte les ténèbres qui pouvaient l’assaillir. Elle le dévisagea un bref instant, décidant unanimement que la barbe lui sied bien mieux que le visage glabre des esthètes. La guerre avait eu ça de bon au moins ! Eloignant définitivement les dernières traces de leurs mésententes, elle s’inclina avec la déférence dû à son rang. Ses pupilles luisaient de malice, tandis qu’elle lui faisait face avec tout l’aplomb dont elle était capable. « Votre Excellence, je serais honorée de vous faire visiter les lieux céans mais je dois vous avertir… ».

Il eut un mouvement de recul et ses sourcils s’arquèrent sous la surprise. Bien sûr qu’elle s’amusait déjà de lui ! Il n’était qu’une petite souris dans les pattes d’un vilain matou. « C’est-à-dire ? ».
« Si d’aventure le bien vous plaît, nous avons deux clauses à la signature du contrat… ». Gardant volontairement le mystère, elle aimait l’agacer. Au jeu de la patience, le Saint-Aimé n’était pas le meilleur !
Il affichait alors un sourire intrigué. Sa frimousse était bien mieux avec ce petit regard illuminé que tantôt, à ne pas en douter. « J’ai beau souvenir du jour où vous m’aviez mis en garde, madame la Baronne. En garde que, si d’avenir il fallait m’engager dans des négoces, alors il me fallait louer Néera que ce ne fût contre vous ! Quelles sont donc ces clauses ? ».
Ah oui, l’avait-elle vraiment fait ? Eh bien, au moins il avait meilleure mémoire qu’elle à ce sujet. Plus encore, il semblerait que le jeune puceau de l’époque ait assimilé chacun de ses conseils avec la sagesse d’un ancien. Galvanisée par l’attention qui lui portait, elle avait accroché à ses lippes une mine terriblement sauvage. Inutile de la connaître pour savoir qu’elle savait se montrer farouche ! « Eh bien, ce n’est rien de bien important. Votre Excellence devra simplement garder l’actuelle locataire et passer une nuit ici avant de se décider ».
« Et cette locataire, que dit-on d’elle ? Ais-je des raisons de m’en méfier ? ». Le Berthildois s’approcha d’elle inexorablement, jusqu’à être assez proche pour poser ses paluches de part et d’autre des hanches de sa douce, faisant de ce geste intime un bien amusant contraste avec leurs propos ampoulés.
« Je crains qu’on ne dise que des vilaines choses à son encontre, mais je la connais assez bien pour le porter garante. Elle peut être sauvage de prime abord, mais si vous avez acquis sa confiance alors elle vous donnerait même Othar sans concession ».
« Comment m’assurer d’avoir sa confiance ? Si généreusement couverte de défauts, une femme telle que vous me la décrivez ne serait-elle pas encline aux mesquineries ? ».
Les muscles de ses bras puissants se tendirent assez pour lui intimer de s’approcher encore, jusqu’à ce que leur corps ne soit plus qu’à un pouce de distance. Ainsi, il lui était encore possible de regarder son petit minois mais guère plus. « Les mesquineries sont l’apanage des femmes et des suderons votre Excellence. Aussi n’est-il jamais possible d’être sûr de rien ; c’est ce qui fait tout le croquant du jeu ». La Baronne usa d’un sourire dévoilant ses quenottes. « Ne serait-il pas triste de vivre dans un monde sans surprise ? ».
« Je saurais m’adonner d’une vie sans surprise ; où tous les matins j’ouvrirais les yeux sur une journée nouvelle, à côté de ma femme qui patienterait mon réveil un sourire aux lèvres. D’une où plusieurs choses restent certaines ; comme mon mariage avec l’irrésistible Baronne d’Alonna… ».

A n’en point douter, le cervidé n’avait ouvert son cœur d’avantage qu’à l’instant. Il semblait si fort et pourtant, il demeurait fragile et sensible. Voilà l’homme avec lequel elle aspirait finir ses jours, celui qui saurait se contenter de ce qu’elle avait à offrir – aussi maigre cela pouvait être. La pureté de son amour lui faisait presque mal. C’était terrible de l’imaginer souffrir et d’en être la seule et unique raison… Car voilà que tout souriait au jeune et fringuant chevalier ; l’avenir devant lui, on lui accorderait bientôt le titre qu’il avait tant convoité. Il sortait victorieux d’une guerre salvatrice, et le Royaume s’étalait à ses pieds. Parfois – oui parfois – elle aurait souhaité que jamais il ne soit venu la voir ce jour-là alors qu’il neigeait tant. Elle aurait aimé que jamais il ne la rencontre, qu’il se marie à une femme douce et de meilleure condition, une de celles qui aurait su renforcer son pouvoir au sein de sa terre. Alanya n’était qu’un poids au pied d’un suzerain prometteur. Et pour autant, son égoïsme lui empêchait de faire ce qu’elle aurait dû faire. Contre toute attente, elle s’accrochait à lui et s’était même surprise à partager ses sentiments. Plus les jours passaient, et plus toutes ces préoccupations lui paraissaient loin. Elle veillerait toujours sur lui, quoi qu’il lui en coute.
« Alors autant commencer dès ce soir, même si je doute réussir un jour à me lever avant toi ».
« Eh bien, s’il me faut t’attendre au matin pour que tu te réveilles ; je n’hésiterai pas à t’admirer jusqu’à ce que tu ouvres les yeux ».
Elle déposa un chaste baiser sur ses lèvres avant d’appeler d’une voix forte un de ses gardes. Il avait beau se hâter, la lourde chaleur le faisait suer comme un porc tandis que son armure cliquetante rendait sa course grotesque. Se fichant dans l’encadrement de la porte, il salua le couple brièvement. « Oui Madame ? ».
« Theirig gu taigh an Tighearna agus rabhadh a thoirt nach till e gus amàireach ».
Uill, mo bhean
Et à ces mots, il disparut.


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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Mar 3 Juil 2018 - 21:50




C’est un art dont elle seule possédait l’expertise, de savoir faire montre de la plus délicieuse des délicatesses en l’embrassant de la sorte, puis de le surprendre de la manière la plus improbable qu’il soit. Ses yeux firent des billes, entre-ouvrant les lèvres d’un air ébaubi. C’était maintenance confirmé : Alanya de Broissieux était la plus curieuse de toutes les créatures que Louis eut connu dans sa vie! Ainsi, c’est du tout au tout qu’il s’éloigna d’elle pour manifester l’étendue de son étonnement.

« Que quoi?! » Tonna Louis, sans plus de manières.

« J’ai fait prévenir tes gens que tu ne rentrerais pas ce soir. » Répondit son amante, toujours armée de l’un de ses plus provocateurs sourires. L’espiègle resta plantée là, l’œil brillant d’amusement à voir son preux désarmé face à son patois local.

« Ma foi, qu’était-ce? À mon oreille, le Drow me semble encore plus mélodieux que m’apparut ce langage! » Il en oublia même que son amante s’était assurée de garder le Saint-Aimé à ses côtés sans lui demander son avis. Chose qui n’était pas anodine ; un homme de sa trempe n’avait-il rien de plus important à accomplir que de batifoler en charmante compagnie? Cette question pourtant, lui fit profiter d’une caresse contre sa joue velue et fit soulever de sa belle un rire franchement diverti.

« Le patois Alonnais. Les mûrs ne sont guère sûrs ici. » Comme un enfant embêté ou un adulte qui n’aima guère qu’on le prenne de haut, il grimaça puis se soutira du passage de ses doigts agiles.

«Pfft, tu te moques encore et toujours! En quoi est-ce périlleux que de t’assurer ma présence à tes côtés pour au moins la prochaine nuit? »

« Non, mais ainsi je m’assurais que tu ne puisses t’y opposer. » Son air moqueur toujours présent au poste, son sourire ne fit que s’étirer d’avantage, avouant qu’elle trouva son entourloupe suffisamment amusante en s’esclaffant. Et cette farce fût de trop. Louis ne pipa le moindre mot, jusqu'à ce que s'esquive complètement le serviteur et qu'ils se retrouvent à nouveau esseulés.

« Si je m'écoutais, je t'arracherais cette robe de sur ton dos et ferait disparaître ce satané sourire qui me nargue depuis tantôt ... » Souffla le Saint-Aimé, d'une impulsion qui reflétait le fond de sa pensée mais qui sortait complétement du cadre de la bienséance. Et le commentaire ne fût pas mal accueillit, au contraire ; il surprit la belle Alonnaise, qui n’avait habitude de le voir aussi salace. Quel étonnement ce fût de voir le jeune cerf aussi enclin à des pensées aussi primitives! Il vit bien l’effet qu’il avait sur elle, lorsqu’il sortait de son rôle de noble personnage et de preux chevalier … « Mon sourire ? Allons, une si petite chose saurait te désarmer ? » Louis inspira sereinement une pleine bouffée d’air, puis rajouta d’un ton de voix tout aussi bas qu’incitait la teneur de ses propos : « Si seulement tu savais l'effet que tu me fais ... » Ses yeux s'étaient un moment abaissés, presque de honte, tant il se montrait vulnérable face à son idylle. Puis reprit d'un ton plus clair et affirmé, comme si la remarque pouvait être prise à la blague. « J'en redoute parfois que tu m'aies jeté un mauvais sort, à notre prime rencontre ... » Mais son sourire ne trompait pas, si c'était chose vraie ; il n’en était que des plus heureux.

Elle haussa les épaules en se saisissant de sa main en toute délicatesse. Il avait le talent lui également pour la faire fondre ; son air gêné ne lui rappelait que trop bien leur emprise mutuelle. « Peut-être suis-je un peu sorcière en effet, mais point là-dessus. » Elle ricana finalement. « Et donc, comment m’aurais-tu fait passer mon sourire ? » Avec elle rien n’était certain. Où désirait-elle l’emmener à ce jeu ? S’amuser à ses dépens en publique ? Le forcer à faire ce en quoi en temps normaux il n’aurait osé faire? Ou simplement tester sa volonté à lui résister ? Ne savait-elle pas encore que contre elle, il n’y pouvait rien ? Ses deux pattes retournèrent sagement là où elle l'avait laissée ; c'est-à-dire à ses hanches. « Blasphémer les dieux me semblerait moins choquant que la manière dont je m'y prendrais. » L'une de ses mains glissa, jusqu'à aborder le galbe de ses fesses recouvertes du tissu de sa robe. Elle haussa un sourcil, seulement. « Par les Cinq, Louis de Saint-Aimé deviendrait-il un vilain garçon ? »

« C’est parce que ma fiancée est une mauvaise fille. »


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Alanya de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Un mirage, sous le soleil de Diantra [ Alanya ]   Ven 27 Juil 2018 - 22:46

L’air était devenu soudainement plus supportable ; non qu’elle eut tout à fait oubliée leur conversation, mais elle préféra chasser son ombre dans un coin de son esprit. Elle aurait bien tout le temps d’y réfléchir plus tard ! Elle avait à présent bien mieux à faire. Son marquis à elle pour toute la soirée, elle comptait bien ne plus s’épancher dans quelques dramaturgies. D’un bond félin, et avec la mimique d’une méchante enfant, elle se saisit de son impressionnante paluche. Ni une ni deux, elle le traina sans mal à sa suite, laissant derrière eux le petit salon pour s’engouffrer dans le hall où ils étaient arrivés plus tôt. Elle gravit quelques marches, pour se rendre à l’étage. Dans un grincement elle lança ironiquement « Voici les escaliers votre Excellence ! ». Voilà une bien piètre prestation pour qui voulait vendre son bien, mais l’homme ne sembla guère malaisé.
« Adonc ! Voilà des escaliers qui me donnent envie d’investir ! ».
Si elle ne vit pas son regard désintéressé se perdre un instant dans les recoins poussiéreux du bien, ils allèrent tous deux d’un rire jovial. Voilà qui laissait dans l’oubli la rudesse de leur conversation, glissant peu à peu vers des choses bien moins innocentes encore ; car là ! Elle n’était pas dupe la baronne qui, par la mitaine, menait son galant à ses appartements. Voilà – semblait-il – une éternité qu’ils n’avaient point pu se retrouver dans de si bonnes auspices. Il n’était alors pas question de louper le coche. Arrivant devant deux battants d’un bois moyen, elle fit volte-face en y collant son dos. « Et ici, le huis ! »
« Cette porte m’importune. J’en ferai sauter les pentures, qu’elle ne m’empêche jamais de pénétrer cette chambre ».
Le cœur au bord des lèvres, elle manqua une mesure. Figée dans une expression béate, son ventre commençait à s’éveiller en un millier de papillons éphémères et malins, qui remontaient tant qu’ils lui semblaient avoir pris possession de son corps. Que pouvait-elle bien faire pour lutter contre cette nuée ardente ? « Ou tu pourrais aussi user de sa poignée ».
A la bonne heure ! C’était peu glorieux mais au moins ne s’était-elle pas terrée dans un mutisme étrange, comme l’aurait fait une débutante. La grande main du régent s’abattit sans pitié sur l’anse, collant son corps tant désiré tout contre la belle. Son visage plus qu’à une longueur de souffle, elle se résigna à embrasser seulement le coin de sa mâchoire.
« Et si elle était verrouillée ? »
« Ce serait vraiment fâcheux »
Mais la demeure était vieille, aussi il préféra secouer les gonds coriaces plutôt que de donner suite à ses avances. Louis perdait patience avec cette foutue porte, et cela l’amusait de le voir ainsi contrarié. Finalement le bout de bois capitula devant l’imposante violence de son assaillant, laissant s’engouffrer d’un seul corps les deux tourtereaux. La chambre était sommaire mais confortable. Loin des grandes suites, elle était tout de même de bonne taille permettant l’installation d’un coin nuit, d’une table, d’un petit salon privé et d’un bureau. On devinait çà et là d’anciennes tapisseries soigneusement retirées par mégoût de la nouvelle propriétaire. A l’inverse il trônait toujours sur la cheminée le portrait d’une bourgeoise et de son époux ; les anciens propriétaires. Le Saint-Aimé, qui n’était plus aussi débonnaire depuis son altercation avec le battant, referma la porte du pieds en la faisant claquer. Ni une ni deux, il s’empara sans retenue de ses lippes orphelines qui avaient tant désiré le sentir. Il l’accula finalement au lit avant de mesurer son entrain. Ses yeux s’étaient posés sur les deux tableaux. Le souffle court, elle fronça les sourcils. Grands Dieux, lui en fallait-il plus que cela ? Glissant ses doigts graciles sous le tissu imprégné de sueur de sa chemise, elle effleura d’abord son ventre puis son torse. « Qu’est-ce qu’il y a Louis ? ». Et secouant la tête, il s’abandonna à nouveau, oubliant la vilaine tronche des tableaux. Ils pouvaient bien les regarder, ils n’auraient pas grand-chose à dire de toute manière !
Pris dans le feu de la passion, il quitta sa chemise en faisant sauter les boutons. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait à faire à ce Louis-là, icelui qu’elle était la seule à connaître. Car, quand le jeune était aux abois, il oubliait bien les convenances ! S’il n’était guère encore totalement à l’aise avec la chose, elle savait qu’elle aurait bien du mal à le tempérer quand ce serait chose faite. Pourtant cela lui était fort agréable ; leurs peaux se touchant, se frôlant, se caressant. A vrai dire, cela devenait presque compulsif et addictif. Elle avait besoin de le sentir près d’elle. Elle aurait aimé que les habits n’existent plus pour lui. Et la balafre de son épaule – et l’inquiétude qu’elle avait alors ressentie -, lui rappelait amèrement combien ces moment-là étaient précieux. Il l’embrassait à lui faire taire le sourire, à faire s’emporter les dernières brides de pudeur, à faire éclater toute la violence de leurs sentiments. La baronne pouvait bien dire, il était à présent l’air dont elle avait besoin, et où chaque respiration haletante rimait comme une supplique muette d’un désir ambitieux. Sa main s’aventurait sur chaque parcelle de son corps, glissant jusqu’à son dos. Néanmoins ce n’était pas la douceur d’une peau moite par la chaleur de l’été qu’elle trouva, mais une étrange sensation qui la coupa net. « Qu’est-ce que ?! ».
« Je… ». Il ne trouvait pas d’explications et s’arrêta presque aussi brusquement que son amante. Ce n’était pas prévu ainsi et elle ne pouvait se résoudre à occulter ce qu’elle avait senti. Se redressant prestement, elle craignait de savoir la vérité.
« Louis, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? ».
« Rien ! Personne ne m’a rien fait, cela je te le jure ». Il se redressa à son tour, empoignant sa chemise aux boutons manquants comme s’il désira vêtir les fresques de sa punition. Pourtant le regard sévère de sa douce lui intima de ne rien faire, alors qu’elle glissait dans son dos. C’était bien trop tard pour l’esquiver.
Elle tira délicatement sur le tissu, laissant apparaitre les marques. Etait-elle vraiment prête à voir un spectacle si désolant ? Il n’y avait guère de doutes à avoir sur l’origine des sillons qui traversait son dorsal de part en part. Et ils semblaient en train de guérir. Voilà qui lui ferait de bien méchantes cicatrices, et peut-être que de toutes, c’en était une bien moins physique qui resterait ouverte. Le silence était revenu dans la pièce, si bien que lorsqu’il jugea bon, il se revêtit. Pour une fois il ne crut guère nécessaire de se justifier. La Broissieux serrait les dents. Le mutisme partagé était à présent bien lourd de sens. Et figée derrière lui, elle ne pouvait se résoudre à le quitter des yeux. « Que veux-tu que je te dise Alanya ? Je l’ai mérité. Et tout est de ma faute, je n’ai pas eu d’autre choix ». S’il céda en premier, ce n’était que pour mieux écraser les papillons qui avaient jadis volé dans son ventre. A présent une émotion toute autre lui faisait serrer le poing. Il mentait ! Comment pouvait-on mériter cela ? Non, elle ne le concevait pas, en aucune façon. « J’ai été faible, Alanya. Je n’ai pas su supporter le poids de tous les morts que j’ai laissé dans le sillage de mon armée. Les innocents comme les coupables… C’était trop. Trop pour ma conscience, pour que je sache passer outre ».
Sans un mot, elle s’extirpa de la couche pour aller fouiller dans le bureau en désordre. S’il se trouvait à l’autre bout de la pièce, le chemin lui parut trop court – bien trop pour pouvoir calmer la rage qu’elle avait. Ce mélange sordide de peine, de peur et d’agacement. Car, le geste qu’il avait eu n’était rien d’autre que celui d’un enfant. Il n’avait pas même réfléchi avant d’en venir à de telle extrémités ; comme si le monde pouvait être tout noir ou tout blanc. Quand il eut fini de s’étendre en explications, elle se tenait au bord du lit et laissa tomber devant le jeune cerf une petite lame fine, rien de plus qu’un coutelât qui parut soudain fort bien aiguisé. « Une vie pour une vie. Les morts se fichent bien de tout cela. En revanche, ce n’est pas la douleur qui apaisera ton âme ».
« Peut-être que les morts s’en moquent, mais qu’en est-il de moi ? Crois-tu que je me moque des vies que j’ai envoyées au Royaume de Tari, alors qu’elles avaient peut-être devant elles encore de nombreuses années ?! »
Elle soupira et s’installa face à lui. Elle ne le comprenait que trop bien, cette culpabilisait qui vous rongeait les sangs et vous poussait peu à peu à la folie. Elle n’avait pas su réagir, à ces cadavres qui emplissaient sa vie, les laissant alors hanter ses jours et ses nuits. Ce n’était pas ce qu’elle voulait pour celui qu’elle aimait. Non, elle s’y refusait ! « La mutilation ne les ramènera pas à la vie. Ton sang n’exsudera pas la violence que tu ressens. C’est un fardeau que nous portons tous. Mais si tu tiens toujours à expier, prends cette arme et ne te rates pas ». Elle était froide – peut être trop – mais elle espérait qu’il comprendrait. Le simple fait qu’il ait regardé la lame pendant un instant démontra l’ampleur de sa culpabilité. Nul doute qu’il y avait déjà songé.
« Je n’ai pas fait de cette soirée une habitude… J’ai paniqué et c’est la seule issue qui me venait à l’esprit », avoua-t-il la mâchoire crispée.
« Et te confier à moi, y as-tu seulement pensé ? Cela t’aurait bien moins coûté que le martinet ».
Il passa le creux de sa main contre son front, venant masser ses temps. « C’est devant Néera que je devais des comptes, que je devais me repentir. Discuter, parler, j’ai bien tenté pendant des ennéades et tu le sais ! Nous avons même abordé le sujet, une fois. Mais rien n’y faisait ».
Elle aurait aimé le corriger comme l’on corrige un enfant qui aurait fait une bêtise, mais le jeune homme semblait déjà bien assez s’en mordre les doigts. « Jure-moi que cela ne se reproduira plus ».
« Je t’aime tant et tellement Alanya… Je regrette amèrement que tu aies eu à voir cela ». Ce n’était pas une promesse mais elle savait qu’elle devrait s’en contenter. Louis préférer prendre le risque de son courroux plutôt que de lui mentir, et en un sens elle trouvait cela fort louable. Au moins n’aurait-elle jamais à douter de sa sincérité.
« Il n’appartient qu’à toi que je ne le revois jamais. Si ce n’est pour moi, fais-le pour ceux que je porterai un jour ». Il acquiesça en silence, l’argument avait fait mouche. Elle posait finalement une main douce sur sa joue. Elle n’appréciait guère d’être aussi dure avec lui, d’autant plus qu’elle l’aimait sincèrement. Aussi elle ramassa la lame et effaça la dernière trace de leur écueil en la remettant là où elle l’avait trouvée un peu plus tôt. Il s’assit au rebord de la literie, l’air franchement moins entreprenant à présent.
« J’espère que tu sauras me pardonner ».
« Ce n’est pas à moi de te pardonner ; c’est toi, et toi seul qui doit trouver la force de le faire ». Elle lui sourit tendrement en s’approchant. D’une main, il l’invita à s’installer sur ses genoux, où elle se sentit de nouveau à sa place.
« La guerre est terminée et avec elle, se sont envolés mes soucis. Je n’ai désormais de tête que pour celle qui fait battre mon cœur ». Elle soupira. Il échappait encore par quelques pirouettes habiles à son courroux, et quoi qu’elle puisse dire de toute façon, le mal était fait. Elle l’implorait tout de même silencieusement de ne point reproduire son geste ; elle ne le supporterait pas. La baronne saisit la paluche du chevalier.
« Dis-moi Louis, à quoi pouvait bien ressembler celle que tu désirais plus jeune ? ». Elle éloignait la conversation des démons de l’homme, espérant par la même alléger l’ambiance. Car elle était plutôt bonne pour rendre les moments les plus agréables en quelques discordes. Elle s’en voulait un peu, même si l’éclat des voix n’avait duré pas plus de quelques minutes.
Le bras que régent Berthildois vint ceinturer ses hanches, la tenant en équilibre sur ses jambes. De ce geste, il en profita pour raccourcir la distance entre, la tirant doucement vers lui. Son regard s’éleva à la recherche des prunelles grises de sa belle. « Plus jeune encore que je ne le suis ? Eh bien, à commencer par une femme qui m’aime oui ! En mon sens, c’est un bien beau début ». Il fanfaronna un peu, y mettant tout son cœur pour effacer de la pièce les dernières rancœurs. « Elle a bon cœur, avec ceux qu’elle chérie de même qu’envers ses gens qu’importe leur rang social ou leur extraction. Elle est inspirante, aussi. Elle donne envie de nous lever au matin, pour entendre davantage de ses idées nouvelles. Son rire est contagieux… ». Il s’arrêta un bref instant, comme s’il découvrait qu’en vérité, cette femme se tenait là, tout près de lui. « Mais tu désirais que je te décrive n’est-ce pas ? ». Il ajouta à la boutade un baise-main, laissant de nouveau un sourire s’accrocher à son visage.
Elle-même finit par en accrocher un à son minois. Le Cerf parlait avec passion, chose qu'elle ne l'avait que trop peu souvent vu faire. Il avait cette flamme, la fougue de la jeunesse pas totalement abolie qui laissait entrevoir un homme investit. A l'entendre déclamer sa flamme ainsi n'était pas déplaisant, tout au contraire. La voyait-il vraiment ainsi ? Elle ne se serait décrit avec aucun de ces mots et pourtant, son cœur s'emballa un peu dans la poitrine. « Nullement, bien que dois t'avouer que je pourrais bien m'habituer à pareils éloges ». D'humeur curieuse, elle continua : « Et son corps, comment le voyais-tu ? ». Ils étaient à présent assez intimes pour ce genre de confidence. Après tout, elle était bien en droit de le savoir !
« Eh bien... » Autant savait-elle, à sa manière, attiser chez lui un désir qui faisait fit de toutes barrières de gêne, autant en certaines circonstances, cette timidité pouvait se montrer bien opiniâtre. Sa patte se libéra de la sienne et se déposa contre son genou, d'où il traça de l'index un chemin sinueux jusqu'à sa cuisse, où il en souleva les tissus pour mieux parcourir sa peau. Elle rapprocha dès lors dangereusement son visage du sien, s'arrêtant si près qu'elle pouvait sentir leurs souffles se mêler habilement. Sous son contact, sa peau frissonna. Elle ne s'attendait guère à ce qu'il retrouve de l'aplomb si vite, quand une minute plus tôt il se cachait tel un enfant coupable. Il ne semblait pas avoir encore soupé de ce corps qu’il trouvait si inspirant, si passionnant. Il était encore à cette étape, où une œillade simple, suffisait pour lui donner des chaleurs ... « C'est curieux comme les mots me semblent moins poétique, lorsqu'il me faut la décrire. ». Mais elle put comprendre tôt, que si la femme idéale était à son idée difficilement descriptible, elle en revanche, avait de quoi agir adroitement pour le roidir de la sorte sans bouger le petit doigt.
« L'espérais-tu grande et rousse ? Ou peut-être blonde et bien pourvue... ». Ils étaient si proches, et elle ne parvenait à se lasser de leurs petits jeux.
« Rousse, oui, tiens, peut-être ... », ajouta Louis, pour ne pas lui donner le point si aisément, même si au final, cela ne lui importait jamais. Si près l'un de l'autre, comme elle aimait tant le faire, son cœur battait si fortement pour elle qu'elle aurait pu prendre son pouls sans même le toucher. « Avec ... deux seins ... » Balbutia-t-il gauchement, alors qu'il tentait d'ajouter du piquant à la conversation, tout en s'empêtrant dans sa maladresse. « Je veux dire ... Une poitrine ronde et ferme ... ».
Elle ne put s'empêcher de rire en reculant légèrement. Grands Dieux, son malaise était si charmant qu'elle ne pouvait l'accabler davantage. Le pauvre homme serait vite devenu rouge pivoine tandis qu'elle se serait amusé un bon moment à le mettre dans de fâcheuses situations. « Vois-tu Louis, c'est bien là quelque chose que j'aime chez toi ». Elle posa une main tendre sur sa joue épaissie par sa barbe. « Tu balbuties dès qu'il te faut parler d'amour mais tu étais bien prompt à te mettre nu devant moi alors même que nous ne nous connaissions guère ». Elle faisait ici référence à leur première entrevue dans les bains Alonnais.
« C'est bien là la force des hommes, que de surmonter quelque chose de complètement improbable au nom de la fierté. » Louis afficha tout de même un sourire, même s'il dût avouer que c'était là quelque chose d'assez rare, que de ne savoir s'exprimer crûment mais de savoir agir de la sorte. « Qui plus est, je pouvais encore regarder ailleurs lorsque tu me dévisageais. Tandis que les paroles, elles, trouvent toujours hôtes à les écouter. »
« Allons, tu n'avais point l'air trop mal à l'aise d'exposer ton corps non plus ! Non que mes yeux aient réellement regardé mais... ». Elle aimait à le taquiner de la sorte et peut-être qu'avec le temps la gêne du Berthildois s'estomperait. Et certainement cela lui manquerait. « D'ailleurs, c'est ton ami - comment s'appelle-t-il déjà ? - qui doit être bien content de ton séjour chez moi ».
« Comme si tu n'avais pas profité toi-même! », rugit-il, alors qu'elle feintait la pudeur, elle! « Adonc ? Je n'ai pas souvenance, pourquoi donc ? »
« A quoi bon regarder lorsqu’on ne peut y goûter ? ». L’Alonnaise lui lança un regard taquine, tentant vainement de cacher ses lèvres étirées. Encore une fois leur dispute s’était vite mué en quelque chose de plus doux, laissant la place à la chaleur intimiste d’une étreinte drôlement méritée. Qui aurait pu croire qu’un jour elle saurait passer du coq à l’âne avec autant d’aisance ? « Pour rien mon ami ! J’avais cru comprendre qu’il aimait faire grand cas de tes histoires, voilà tout ».
« Ah mais, tous les hommes sont avides d’histoires romanesques ». Il avait choisi le mot avec attention, même si elle savait qu’une chose plus sale aurait d’autant mieux convenu. « Hélas, ils en restent chaque fois sur leur faim ».
« Voilà qui me sied. Je craignais que nos moments ne se retrouvent usés par quelques marauds un peu vilains ». Et ses lèvres rencontrèrent les siennes pour la première fois – depuis ce qui lui sembla une éternité – dans un chaste baiser.
Dans un sourire haut, il commença à se moquer un peu, piquant sa belle : « J’ai misère à t’entretenir quelques mots doux sur le physique de la femme parfaite, mais tu m’entends médire sur notre relation ! Là, voilà du bon sens ! ».
« Ce n’est point ma faute si tu es trop chaste ! »
A défaut de savoir quoi répondre, il fit ce que tout homme ferait : il la fit taire grâce à ses muscles. Ses bras vinrent soudainement la soulever aux aisselles, puis la projeter sur le lit où il alla la monter, les genoux jointant ses hanches. Et il la fixa un instant. A vrai dire, elle n’aurait pu être plus ravie qu’à cet instant ; elle avait l’attention de l’homme qu’elle aimait – et bien qu’il eut peu confiance en lui, il pouvait se targuer de la chose. « Dis-moi plutôt le tiens, cet homme qui te faisait rêver enfant ».
Sans même attendre un quelconque accord de sa part, elle fourra ses mains sous le tissu qu’il avait revêtu, et dont les boutons s’en étaient aller choir au sol. Le vilain garçon devait bien donner du fil à retordre à ses lavandières : tantôt il revenait crasseux, tantôt il lui manquait la moitié de sa tenue ! Elle dessina du bout de ses doigts agiles des formes abstraites. La baronne pris un temps de réflexion, se remémorant quelques brides d’enfance – qu’elle avait eu fort heureuse – dans le domaine de son oncle. En ce temps-là, tout lui paraissait bien plus innocent. « Nul doute que je désirais un preux, un courageux mais tout de même un peu moins que moi ». Elle rit doucement en se rappelant qu’elle mule elle pouvait être gamine. « J’avais la bêtise facile tu sais, et je n’aurais certainement pas appréciée qu’un autre ait l’idée avant moi ! ».
« Je reconnais bien là ce caractère ! Il ne date donc pas d’hier… Et physiquement ? »
« Hm… Je le souhaitais grand, les cheveux brun – beau garçon cela va sans dire ! – mais point trop pour ne pas avoir à me battre avec quelques rombières jalouses. La mâchoire forte avec des yeux doux… ». Et à y regarder, le beau Saint-Aimé semblait plutôt bien correspondre à cette description idyllique. Peut-être que sans le vouloir elle venait de tomber sur l’homme qu’elle avait toujours souhaité. Quelle plaie qu’elle ne l’ait connu qu’après deux mariages chaotiques.
Il s’arc-bouta le dos, se collant bientôt à elle pour mieux attraper ses poignets et les mener au sommet de son crâne. Ainsi, elle demeurait à sa merci, et – elle le savait – il adorait ces moments où les rôles s’inversaient. Sa mine changeait alors imperceptiblement, et une lueur presque prédatrice commençant à luire au fond de ses mirettes toutes dévouées. « Hélas ! J’ai peur que les femmes continuent de me faire les yeux doux. Heureusement pour toi, je me bien d’elle maintenant que je t’ai pour moi ».
Elle lia ses doigts aux siens en déposant çà et là quelques baisers, qui se faisaient parfois un peu plus langoureux. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu’elle l’eut cru capable de bondir hors d’elle à n’importe quel moment. « Je n’aime guère que l’on convoite ce qui m’appartient ».
« Quelque chose me dit qu’elles sauront vite à quoi s’en tenir… ». Il l’avait chuchoté en serrant un peu plus ses poings. Il aimait à la dominer ainsi, le message était on ne peut plus clair à présent que ses lèvres guettèrent le bon moment pour s’emparer de celles de sa douce. Si elle tenta de s’évader de son agréable prison, c’était bien plus pour la forme qu’autre chose : elle pouvait s’agiter autant qu’elle le voulait, le Marquis ne bougeait pas d’un iota. Et la situation l’amusa. N’était-ce pas drôle que de subir le revers de la médaille ? Il se vengeait des quolibets, ne lui laissant le choix que d’être docile – une chose terriblement ardue pour la baronne rebelle. « Ton sourire persiste alors que tu ne peux plus t’esquiver. Qu’est-ce qui te rend de si bonne humeur, mhm ? ».
Il serpenta assez pour qu’elle sente poindre contre ses cuisses le vigoureux vît du Régent. Là, voilà qu’il ne cachait pas son empressement ! Son corps répondit sans mal à ses avances, si bien que si elle l’avait pu, ils auraient fusionné. Elle tenta de récupérer ses lèvres mais il se tenait assez loin pour la priver et, non content de lui, il s’amusait même à la narguer. Plus elle sentait son souffle, et plus elle devenait folle de ne pouvoir mêler le sien. Elle était décidemment frustrée, et le bougre s’enorgueillit un peu plus de la voir ainsi agacée à chaque seconde. « Je crois avoir été un trop bon professeur ».

_________________
"Le pouvoir de ces hommes n’était qu’illusoire [..]; non, ici elle était seule capitaine d’un bateau, car comme chacun le sait un navire ne dispose que d’un seul et unique gouvernail."



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