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 Enfin réunis | Louis

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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Enfin réunis | Louis   Jeu 19 Avr 2018 - 12:37

Début de la première ennéade de Verimios,
De la dixième année du onzième cycle.
Cantharel

Une autre lettre, du front, de Louis sans doute. Son coeur s’allégeait comme à l’accoutumée et elle s’empressa de lire sa réponse. Sans doute lui disait-il qu’il allait bien et qu’il rentrait bientôt. Assise confortablement à son bureau, prête à répondre aussitôt, elle décacheta la missive et eu le plaisir de reconnaître l’écriture de Louis. Mais à mesure que les mots défilaient devant ses yeux, ses yeux s’écarquillaient et ses lèvres s’étiraient en un sourire qu’elle n’aurait su réprimer. Non seulement ils avaient été victorieux à Christabel mais en plus il lui demandait de la rejoindre pour célébrer le triomphe ! Elle resta un instant sans voix, incapable de bouger. Elle n’en croyait pas ses yeux. Et puis elle explosa de joie. Se levant d’un bon, elle demanda à ce que ses dames de compagnies se présentent à sa chambre immédiatement. Sur le chemin, elle intercepta celui qui était en charge de garde restante, celle que Louis n’avait pas emmenée et lui avait laissée.


- Trouvez-moi Rhedgar et transmettez lui l’ordre de préparer des hommes. Nous partons au plus vite pour Diantra.

Une fois arrivée dans sa chambre, elle se hâta de faire préparer une malle, voire une deuxième plus petite tout compte fait, et elle pressa ses dames de compagnies pour qu’elles emmènent elles-même ce dont elles auraient besoin. Louis lui avait certes dit de venir pour fêter le triomphe, mais qui savait combien de temps ils resteraient à la capitale avant de revenir ici ?

***

Fin de la première ennéade de Verimios,
De la dixième année du onzième cycle.
Diantra

La route lui paraissait si longue tant elle était excitée à l’idée de retrouver son frère. Elle ne s’était pas douté une seule seconde qu’il lui demanderait de le rejoindre mais elle était ravie. Eléonore avait fini par prendre son mal en patience et s’était d’ailleurs un peu éteinte, mais rien de bien flagrant pour qui ne la connaissait pas si bien. Elle n’avait donc qu’une hâte : arriver. Et quand ce fut chose faite, elle ne regarda même pas les bâtiments qui l’entouraient, elle ne profita pas de la vue, ne s’extasia pas de la superbe de la capitale. La jeune femme ne pensait qu’à revoir celui qui lui avait tant manqué. Elle ne pouvait réprimer son sourire. On l’annonça rapidement et elle eut tout le temps de se demander qui elle allait bien trouver là. Après tout, il venait tout juste de triompher. Ils avaient mené une guerre, dans quel état pouvait bien être son frère ? S’il avait été blessé, il lui aurait sans doute dit, à moins qu’il n’ait pas voulu l’inquiéter ? L’attente lui paraissait si longue qu’elle en devenait insoutenable. Il fallait qu’on la mène à lui sur le champ !
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Mar 24 Avr 2018 - 0:46




Oppressante et accablante, voilà tel que les Nordiens décrivaient la température décidemment bien trop chaude et humide pour eux. L’air goûtait l’eau d’une flaque croupie et l’on y respirait presque aussi bien que dans un sonna. Là était à toute chose prête le constat de ces personnages du septentrion, eux qui s’étaient accoutumés à des périodes estivales tempérées par la mer, où chaleur excessive n’existait qu’aux devants d’un âtre prospère. Au lendemain du triomphe, dans les allées, la fête était prise de plus belle. Car si l’on ne sut entendre hurler à gorge déployée les résidents de Diantra, les armées coalisées elles, lâchaient enfin leur fou sur tout ce qui bougeait. Les tavernes et auberges se voyaient dévalisées de leur inventaire en intégralité, tellement qu’on sut par la suite, que certaines arrière-boutiques virent enfin le fond, alors qu’elles n’avaient été vidée de leurs stockages depuis leur érection! Oh, et que dire des lupanars, dont les propriétaires annonçaient à contrecœur à leurs employées, que pour les prochaines ennéades du temps supplémentaire était au programme? Si certains s’étaient abstenus de sourire à l’arrivée triomphale des osts coalisés, nombreux propriétaires, marchands en tous genres et charlatans, se placardaient à la tronche dès le lever du jour, un sourire de péquenaud fin parés à s’en mettre plein la giberne.

La cavalcade de Sainte-Berthilde termina sa course au cœur de la vaste cours du Palais Royal, où une poignée de valets s’en alla à leur encontre. Les cheveux furent conduis aux bons soins des palefreniers, des congés furent octroyés à certains chevalier et évidemment, on porta main forte à la principale figure de noblesse présente. On souleva la traîne de sa robe si elle en arborait une, on lui tint la mitaine pour qu’elle puisse retrouver le sol en débarquant de son char, mais surtout, on la rassura en lui signifiant que son frère, le Régent de Sainte-Berthilde, était tout disposé à la recevoir dès maintenant. Ajoutant du vrai à cette nouvelle guillerette nouvelle, un héraut prit les jambes à son cou afin de quérir le portail principal du Palais et d’y dévaler les nombreux couloirs menant jusqu’à la gran’salle où Louis s’évertuait à traiter quelques affaires de son Pays natal, en compagnie de certains de ses conseillers.


« Votre Excellence! Dame Éléonore, votre sœur, est arrivée et attend impatiemment votre arrivée. »

Louis se redressa aussitôt, déportant son attention entière vers ses voix avisées, pour ensuite revenir vers le héraut. Il restait beaucoup à faire, vraiment. Mais rien qui ne soit si important, qu’il sache retarder d’avantage ses retrouvailles avec sa sœur bien-aimée.

« Poursuivez, mais ne m’attendez pas. Je ne sais quand je reviendrai. » Et ce fût tout. Louis partit à la conquête des couloirs, sans plus attendre, sans se préparer ni se nipper d’un autre costume, celui-ci irait. À dire vrai, la problématique ne venait guère de ses défroques. Après tout, au dépens de son harnois crotté jusqu’à la moelle, on lui avait fourni des habits plus que respectables, car en sa garde-robe personnelle, aucun morceau de linge n’était adapté à ce temps. Or, un doublet, simple, masquait sa pudeur, mais laissait ses épaules de même que ses bras à la merci du soleil impitoyable. Non, là où le tout se gâtait, était à la tronche qu’il tirait. À encore quelques lieux d’être en mesure de récupérer tout le sommeil qu’il lui manquait, des cernes pendaient sous ses yeux et le vieillissaient de quelques années. Sa tignasse, plus longue que jamais, cascadait contre ses bras musculeux, mais de près, laissaient voir qu’elle datait, la dernière fois où il s’était permit le luxe d’un bain chaud. Finalement, le clou du spectacle, une barbe noire comme les abysses, épaisse et allongée, inégale de surcroît, encadrait son faciès de jeune Régent.

Il plissa enfin les yeux : il était dehors, sur le parvis du palais, à sonder les alentours à la recherche de son Éléonore, masquée sous les ardents rayons d’un soleil perché à son zénith.


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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Dim 13 Mai 2018 - 21:29


Enfin, il était là. Elle l’avait tant attendu, ce moment ! Son coeur rata un battement et elle fit fi de toutes les convenances en se précipitant dans les bras de son frère.

 - Louis !

Un immense sourire était accroché à ses lèvres et il put le voir quand elle se décrocha de lui. Un raclement de gorge accompagna la remise en plis de sa jupe et elle lui lança un regard amusé.

 - Je n’ai pas pu m’empêcher, j’attends ce moment depuis bien trop longtemps. A te voir…

Ce fut à ces mots qu’elle se rendit compte des dégâts qu’avaient fait ces derniers mois. Des cernes pendaient sous ses yeux fatigués. Ses cheveux n’avaient pas été soignés depuis qu’il était parti, sans doute. Sa barbe quant à elle avait mangé le bas de son visage et s’allongeait de manière informe sous son menton.

 - A te voir c’est ton cas aussi. Emmène-moi donc dans tes quartiers, je vais tâcher d’y remédier.

Eléonore ne savait pas vraiment s’il avait eu le temps de s’installer. Rien qu’en lui jetant un coup d’oeil, elle aurait dit qu’il n’avait eu le temps que de s’allonger pour dormir. Et encore ! Au moins n’avait-il pas fondu au soleil et s’était-il bien sustenté. Une chose dont elle ne douterait jamais : Louis ne se laisserait pas mourir de faim. Et pour cause, il aimait trop la nourriture. Mais elle voyait tout de même que cela avait été rude. Le soleil de plomb n’arrangeait pas les choses. La chaleur avait tendance à rendre les hommes peu enclins à l’effort. Qui voudrait gaspiller son énergie avec une température telle que même l’ombre ne suffisait plus à les rafraîchir ? La jeune femme ne pouvait ignorer qu’ils avaient bel et bien quitté le nord. Elle ne s’était pas habillé bien chaudement mais ce l’était encore trop pour ici. Alors sitôt qu’elle en aurait l’opportunité, elle troquerait cette robe un peu trop lourde pour une plus légère. Accrochée au bras de son frère, elle n’avait cesse de refermer sa main sur son bras, comme s’il pouvait s’en aller à tout instant.

 - Je ne sais pas bien, depuis combien de temps es-tu ici ? Quels événements se profilent les prochains jours, a-t-on déjà prévu des choses ?

Sans aucun doute, oui. Ils étaient tellement pressés d’en finir, aussi bien qu’elle, qu’ils avaient sans doute établis une longue liste de ce qui se tiendrait prochainement. Si elle badinait, c’était uniquement dans l’attente de se retrouver seule avec lui. Elle ne voulait pas aborder des sujets trop personnels tant qu’on pouvait encore les entendre. Alors elle se languissait qu’il ferme la porte derrière eux et qu’il y laisse les gardes.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Mar 15 Mai 2018 - 13:09




L’étreinte perdura une bonne minute, où il inspira à plein poumons son parfum et délivra sur le sommet de sa tête quelques chastes baisés. L’odeur nauséabonde de la bouse Diantraise, épaulée par l’accablante chaleur, voir même suffocante, ne suffirent pour gâcher ce moment de pure félicité. Ni même les regards indiscrets qui pour certains, se choquaient silencieusement de voir un viol si flagrant des convenances. Elle lui avait manqué, la force à laquelle il l’étreignait en témoignait d’ailleurs, compressant légèrement ses épaules en barrant son dos de ses deux pattes d’ours.

« Je n’en attendais pas moins de toi, mon adorable sœur. » Susurra Louis au creux de son oreille, réitérant son étreinte d’une pression. Il la libéra pour mieux l’admirer et, se faire dévisager en retour. Pauvre d’elle, elle avait convoyé tant de jour –et à la hâte!- pour se heurter à l’ours mal léché qu’il était devenu. En connaissance de cause, s’eut été la moindre des choses qu’il s’apprête adéquatement pour la recevoir, tout de même. Le temps s’était écoulé plus prestement encore qu’une digue qui s’écroulait sous la pesanteur de la flotte. Il eut l’impression que c’était hier la veille qu’il avait couché sur papier ces quelques mots doux pour sa sœur, l’invitant, non, l’implorant de venir le rejoindre sans autres délais.

Il lui tendit volontiers son pesant avant-bras afin qu’elle s’y accroche, puis quitta la cours sous le regard curieux de la bourgeoisie et de la ribambelle de genses qui accompagnèrent sa sœur. Tandis qu’ils déambulèrent les nombreuses artères que détenaient le palais, son regard glissa vers elle, pour l’admirer pendant un moment. Ils s’étaient séparés pendant l’espace de deux mois seulement et pourtant, elle avait tant changée. Son regard pétillait de bonheur, son rayonnement faisait de l’ombre à la Cathédrale de Sainte-Deina et par-dessus le marché, ses formes de jeune femme s’étaient affirmées de plus belle. Assurément, si l’on portait sur eux deux quelques regards curieux, une forte part d’iceux concernaient très certainement sa délicieuse sœur.


« Je suis arrivé il y a à peine une ennéade. Le restant de nos troupes convoient lentement mais sûrement en direction de la Capitale. Et je ne saurais présager ce que me réserve les prochains jours ici. Sur le feu, il nous attend de traiter quelques affaires relatives à la guerre, comme le bon ravitaillement de nos hommes et de s’assurer leur confort. C’est bien la moindre des choses, après tout ce qu’ils ont surmontés pour notre bon Roy. Le concile, aussi, miroite devant nos yeux, où se réuniront tous les pairs du Royaume pour décider de l’avenir. Nos prochains mouvements d’ailleurs découlerons des sujets abordés, tel que l’élection d’un nouveau Régent, la répartition des tâches relatives au gouvernement et ainsi de suite. » Il omit de mentionner qu’il serait à discuter du sort de Saint-Berthilde et de la famille Saint-Aimé. Éléonore s’en doutait très certainement et de lui ramener le fait qu’il avait majoritairement œuvré pour la récupération de ses terres, n’était guère un fait qu’il jugea nécessaire de souligner.

Bientôt, quelques étages les séparaient du hall d’entrée, et il commençait à se dresser devant eux quelques salles tous plus gigantesques les unes que les autres. Arrivés devant deux massives portes de granite, Louis invita de la main sa sœur à pénétrer dans la salle qui n’avait rien d’une chambre, tant elle sembla vaste aux premiers coups d’œil. Tout près de l’entrée se tenait une longue table rectangulaire, où était disposé quelques bons crus et autres spiritueux locaux. Deux pannetons contenaient des miches de pain fraîches du jour. À côté d’iceux, d’autres barquettes contenaient moult fruits –dont aucuns ne semblaient s’être défraîchis et plutôt, semblaient à point pour manger-. Plus loin, sur un plancher surélevé de deux marches, un âtre éteint contre le mur –sans doute décoratif, vu la température- était entouré de nombreux confortables fauteuils ainsi que quelques coussins disposés autour d’une table basse. À l’extrême opposé de ce coin, un cadre de pierre dénudé de porte donnait sur une chambre moins vaste, mais tout aussi luxueuse, où trônait en roi une couche suffisamment généreuse pour accueillir trois personnes. Une chaise, une glace ainsi qu’une penderie garnie à outrance de vêtements nobliaux.

Finalement, pour couronner le tout, dans la pièce principale, une fenestration monstre donnait sur le cœur de la Capitale, offrant une vue des plus inspirantes.


« Nos hôtes ont fait montre de moult générosité, comme tu peux le constater. »


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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Mar 15 Mai 2018 - 21:28

La chambre dans laquelle il l’emmena la fit halluciner. Elle était immense, fournie, avec une vue imprenable sur la capitale. Sur l’instant, elle se dit que c’était ici qu’elle voudrait passer le restant de sa vie. C’était si luxueux qu’elle avait des étoiles plein les yeux.

- Louis c’est magnifique ! Elle est immense, c’est dingue. Effectivement leur générosité n’est point à questionner. Comme j’aimerais rester ici un temps. Si ce n’était le temps, avec sa chaleur étrange et étouffante, je pourrais y rester sans compter le temps. Tu imagines tous les bals qu’on pourrait y organiser ? Les réceptions, les réunions, le monde qu’on pourrait inviter ? Si les chambres sont ainsi, je n’ose imaginer les grandes salles. Oh Louis, ne nous vois-tu pas ici, dans le meilleur des futurs, à vivre heureux et à l’abri de toute fatalité ?

Elle avait la tête levée et les yeux partout. Elle agrippait toujours le bras de Louis et finit par lui adresser un sourire.

- Enfin, ce n’est là que doux rêve, mais je le garderai tout de même en mon coeur, si tu me le permets. Allons, parlons de choses un peu plus sérieuse. Depuis quand ne t’es-tu pas occupé de toi ? Cette barbe Louis, cette barbe ce n’est pas possible.

L’emmenant doucement vers un fauteuil, manda une bassine d’eau et trouva des ciseaux, une lame affûtée et un savon de rasage dans un des tiroirs d’une des commodes. Elle n’avait pas fouillé longtemps avant de les trouver et avait sommé son frère de ne pas bouger. La jeune Saint-Aimé avait versé un verre pour lui et s’était servi une infusion. Rien de meilleure qu’une bonne tasse d’eau chaude dans laquelle on avait laissé tremper des herbes délicieuses. Elle avait rajouté un peu de miel et avait rempli une corbeille d’un peu de charcuterie et d’un peu de fruits. Elle déposa le tout sur la table à portée de main et congédia celle qui venait de lui apporter l’eau. Portant sa tasse à ses lèvres, elle étudia la situation. Sa barbe allait avoir besoin d’abord de quelques coups de ciseaux. Puis ensuite, elle devrait lui passer le savon, avant de poser la lame contre sa peau pour redéfinir les contours. Sans en enlever trop, elle lui rendrait l’élégance perdue.

- Si un concile se profile, il est hors de question que tu t’y présentes ainsi. Je t’aime et peu m’importe ta présentation, mais c’est aussi pour ça que je ne peux laisser les autres te voir ainsi. Pas au cours d’une réunion si importante, nous sommes les Saint-Aimé tout de même !

Passant une main dans la barbe de son frère, elle lui assura qu’une fois terminé, il serait plus élégant que jamais. Caressant sa joue, elle s’assit sur le tabouret en face de lui et entreprit de tailler le plus gros. Elle allait lui redonner une forme convenable. Quand ce fut fait, elle passa derrière lui et entreprit de passer le savon sur le haut de son cou.

- Ne bouge pas, d’accord ? Mais réfléchis à cela : Je veux tout savoir sur ces derniers moments, comment as-tu vécu cette guerre ? Honnêtement, je vois qu’elle t’a creusé, qu’elle t’a pétri et qu’elle t’a endurci. Est-ce une bonne chose ?

Tant de question auxquelles il ne pourrait répondre qu’une fois son travail finit. Tant que la lame était sur sa peau, il pouvait tourner les mots dans sa tête, encore et encore. Et ce ne fut qu’une fois satisfaite de lui avoir redonné barbe soignée qu’il put ébaucher une réponse.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Jeu 17 Mai 2018 - 11:21




À voir son regard, rayonnant à en rendre jaloux un soleil du midi, Louis se souvint de l’inclinaison de sa sœur aux biens fastueux. Cantharel, bien que baignant confortablement dans l’abondance et la richesse, faisait pâle figure aux côtés des commodités qu’offrait la demeure Royale de la Capitale. Ici, nulles mansardes en guise de chambre. Ici, on se privait d’user de prudence, lorsque venait le temps de distribuer les couches. Ici, chaque invité de marque était reçu en Roi.  Pour ce qu’il en vit sur l’adorable bouille de sa cadette, il sut que l’endroit lui plairait, contrairement à lui. La frugalité du Saint-Aimé était telle, qu’il préférait encore le contact froid de la pierre blanche de Cantharel aux paysages idylliques qu’offraient ses appartements. Louis était ainsi fait, il se contentait de peu et se complaisait à profiter de ce qu’il possédait, plutôt que d’envier les autres. Sa modestie, voilà au moins une valeur que sa sœur ne lui aura guère piquée!

« Tu as toujours aimé ce genre de frivolité. » Son bras délaissa le sien, mais retrouva rapidement son échine, auquel il délivra une caresse paterne. « Vraiment? Tu saurais t’installer ici ? » Lui demanda-t-il, plus curieux que sérieux, les sourcils rehaussés d’un étonnement certain. Et il s’attendit à ce qu’elle corrige son élan d’enthousiasme en le rassurant. Ce qu’elle ne fit guère, au contraire.

« Évidemment! Mais comment? Tu sais quelque chose que je ne sais pas ? Une promotion soudaine des Saint-Aimé? Oh, Louis! Ce serait inespéré! » Dit-elle en toute hâte, en s’agrippant d’une mitaine à sa tunique, comme pour lui tirer les vers du nez. C’est qu’ainsi agitée, elle faisait plus gamine que femme, mais qui était-il pour la juger ? Elle venait de passer les deux derniers mois, seule et abandonnée, à s’occuper de l’envahissante paperasse et s’affairer aux maux de la roture. Il y avait toute suite de quoi s’emballer, lorsque devant elle se pointait peut-être le début de nouveaux horizons.

« Non, non … C’est simplement … Je pensais qu’il te serait aussi doux à toi qu’à moi de rentrer à la maison, après notre séjour ici. » Une goutte de mélancolie atténua sa voix, mais il fut rassuré de suite lorsqu’elle lui offrit l’un de ses plus beaux sourires pour le rassurer. Elle avait ce talent avec lui, d’être en mesure de chasser tous les maux qui pouvaient le tenailler, d’une simple pichenette.

Sans plus de délais, on leur livra de la flotte et une savonnette, pour que dare-dare, la jeune Saint-Aimé empoigne son arme de prédilection et occis les poils hirsutes de sa longue barbe de pouilleux. Son rachis aussi raide que l’est son braquemart en présence de la Baronne d’Alonna, il ne bougea guère d’un poil. Pas même d’un millimètre. Éléonore savait faire, il n’en douta guère une seconde. Il n’avait juste pas confiance, allez savoir pourquoi … Et bien qu’elle lui asséna une salve de question en pleine gueule, il ne jacta pas un son, bien qu’il en rumina silencieusement ses réponses de tantôt.


« C’était terrible, Éléonore … » Débuta-t-il en soupirant de lassitude. Il tenta tout de même de ne pas noircir le tableau plus qu’il ne l’était, sa sœur n’avait guère besoin de tous les détails. « Disons que les bardes et les ménestrels embellissent un peu ce qu’est la guerre, la vraie. » Ajouta Louis, tout en caressant du revers de sa main la naissance de son cou fraîchement rasé. « Ça n’a rien des contes qu’on nous racontait tout jeune, tu sais. Les conditions dans les campements sont atroces ; nous sommes rationnés en nourriture et en flotte, les soldats se nettoient à toutes les semaines ou deux s’ils sont chanceux et les malades, ainsi que les blessés, décorent le paysage de plus en plus à mesure que la campagne avance. Et je me sentais bien malaisé de profiter de mon titre, alors que mes plus proches conseillers pâtissaient des piètres conditions de notre campement. Alors, tu peux aisément comprendre pourquoi j’arbore les airs d’un fils de jardinier! » Il secoua ses larges épaules carrées, puis se redressa pour en faire tomber tous les poils contre le sol. « Et bien que les félons ait été fouettés à outrance pour leurs pêchés envers le Royaume, contrairement à mes autres semblables, je n’en ai retiré aucun plaisir. Souventefois, voir même à chaque fois, c’est à regret que je quittais les fiefs que nous avions conquis. Les hourras ne fusaient pas et plutôt, nous devions endurer les bouilles rancunières ou les pleurs des ménesses forcées au veuvage suite à notre passage … »

Louis se retourna et fit face à sa sœur, la rassurant d’un sourire franc et libéré de tous maux. Son esprit était serein, il vivait désormais en parfaite harmonie avec ses démons : la guerre était terminée et il avait fini par accepter les atrocités qu’il dut cautionner pour le bien de cette cause.  « Du moment que tu n’as pas à endurer ça, je saurai m’en contenter. » Dit-il tout en retournant inspecter sa coupe dans la glace, avant de la remercier. « Par tans, j’imagine que ta curiosité te pousseras à aller à la rencontre de madame la Baronne, je me trompe? » Il s’approcha d’elle en toute délicatesse, sans en perdre le reflet de son sourire. « Tu sauras je l’espère, te montrer douce avec, si? »


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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Dim 20 Mai 2018 - 15:59

Si elle avait de suite effacé la triste mine de son frère quand elle lui avait dit se plaire ici, elle ne l’avait pas oubliée. Quand elle eut fini de tailler sa barbe, elle le vit se détendre instantanément. Elle avait pourtant été douce mais le froid de la lame sur son cou avait sans doute eu raison du reste. La manière dont il lui parla ensuite de la guerre lui broya le coeur. Elle savait qu’il ne lui disait pas tout, elle n’était pas dupe. Certes il répondait à sa question mais il ne voulait pas l’horrifier non plus. Et sa retenue, elle la sentit. Il lui dépeignait un tableau sombre et glauque, dans lequel elle n’aurait jamais voulu entrer. Plus loin elle se tenait de tout cela, mieux elle se portait ! Alors elle entendit chacun de ses mots, retenant son souffle quand il lui dit avoir fait souffrir lui aussi. Il n’était pas innocent, personne ne l’était jamais. Alors à la fin de son discours, elle vint le rejoindre devant la glace, admirant elle aussi le travail qu’elle venait de fournir.

- Louis… J’aurais aimé faire plus, tu sais. Ce que tu me dis, ce que je vois, ce que je sens me fend le coeur. Il serait tellement doux que nous puissions être à l’abri pour toujours. Et je ne voulais pas que tu penses que je ne me languis pas de rentrer avec toi à la maison. Je ne désire rien de plus, tu m’as tant manqué que je ne peux imaginer faire autre chose que de profiter de toi prochainement. Jamais je n’irai où tu n’es pas. Sans quoi je ne saurai être vraiment heureuse. Je ne veux pas que tu penses un seul instant que je préférerais être ici plutôt que chez nous, ensemble.

Le dos de sa main caressa doucement sa joue, puis sa tête vint se poser sur son épaule. Dans la glace, elle admirait leur reflet. Aujourd’hui, ils n’étaient plus des enfants. Et cela se voyait dans leurs yeux, à travers les traits de leur visage. Plus affirmés, plus dures, ils marquaient une véritable entrée dans le monde adulte.

- Nous ne serons plus jamais enfants, tu sais. La désillusion nous guette.

Elle savait qu’ils n’allaient plus vraiment pouvoir faire ce que bon leur semblait. Ils gagnaient des obligations et des devoirs. Aujourd’hui, leur père n’était plus et Louis avait pris sa place. Et si Judith était encore là, elle n’avait plus tant d’emprise sur Eléonore. Et d’ailleurs, n’était-ce pas elle qui était ici, à Diantra, quand beaucoup de la noblesse s’y trouvait aussi ? Leur mère n’allait pas être celle qui représenterait les Saint-Aimés en ces jours. Le rôle lui revenait.

- J’irai la voir oui. Je ne saurais rester ici sans lui rendre visite. Tu sais je me demande sans cesse depuis que tu l’as mentionnée de quel bois elle est faite ! Je te fais confiance pour ne t’être pas amouraché de la première venue, alors il me tarde de voir ce qu’elle a de spécial. Quant à être douce, suis-je jamais autre chose ?

Un léger sourire vint parer ses lèvres et son regard fut soudainement taquin. De quoi pouvait-il vraiment avoir peur ? Leur rencontre serait telle que les dieux le voudraient et Eléonore sentait qu’elle ne serait pas catastrophique. Mais elle ne pouvait s’empêcher de l’embêter un peu, parce que si elle ne le faisait pas, qui le ferait ?

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Jeu 24 Mai 2018 - 0:30




Deuxième jour de la quatrième ennéade de l’année 10 du mois de Vérimios

On vit s’ajourner le grand concile des pairs du Royaume tardivement la veille et Louis n’eut pas le cœur à venir retrouver sa sœur, qui se languissait très certainement des détails ressortis. Aux matines, après avoir profité de la très sainte Cathédrale pour s’y recueillir, c’est avec un brin d’appréhension qu’il regagna le palais royal. Ce qu’il s’apprêta à annoncer à sa toute jeune sœur allait très certainement lui déplaire et il le savait ; il ne pouvait en être autrement. Pas après la crise qu’il dut essuyer la première fois qu’il annonça sa promesse de mariage avec le seigneur de Lantenes. Ah! La manière dont il s’y était pris y était peut-être pour quelque chose ; il lui avait lancé cette fatalité sans préavis, lui annonçant cette promesse de mariage en même temps qu’il le fit pour son promis. Et croire que le bal dans lequel les deux furent invités estomperait la gravité de la nouvelle, fut là sa plus grosse erreur. « Là! Je t’ai trouvé un meilleur parti, plus avenant, plus jeune! » Et si elle s’était fait à l’idée de prendre pour époux le vieux Aurel ? « Là! J’ai négocié et, tu prendras pour époux le Chancelier du Royaume, notre vassal de voisin Arétan. » Encore une fois, c’était trop directe, trop franc parlé. Non, décidemment, il devait trouver quelque chose de plus doux, qui saurait lui faire avaler une seconde fois la nouvelle, sans qu’elle ne s’étouffe cette fois-ci.

Par tans il arriva au palais puis arpenta quelques endroits stratégiques sans demander aux valets qu’on la lui amène ; ainsi il gagnait du temps, au moins. Après quelques minutes de recherche, il tomba nez-à-nez avec elle, qui picorait sagement son petit déjeuné dans l’un des innombrables salons. Elle semblait reposée, sereine, à des lieux des soucis de la guerre et de ceux qui la tenaillait à Cantharel. Non, Diantra lui allait bien au teint …

Il s’approcha sans faire plus de scènes, les bras ouverts, pour qu’il puisse lui délivrer une franche accolade ainsi que deux baisés aux joues.
« Tu es lumineuse. » Lui murmura son frère, non sans son fidèle sourire avenant. Il prit ensuite place à ses côtés et déposa le revers de sa large patte sur son frêle genou, qui quémanda la présence de ses mains à elle. Une fois fait, ses yeux azurés plongèrent dans ceux de sa cadette, inspirant subtilement pour mieux poursuivre. « J’ai une nouvelle à t’annoncer. » Son pouce vint étreindre avec légèreté la mitaine de sa sœur, qu’il cajola silencieusement, innocemment. « Je vais rompre tes fiançailles avec Aurel de Lantenes au profit de Roderik de Wenden, le Chancelier du Royaume. » Ça valait bien le coup de se pratiquer...

Sa main douce, calme et posée, voir même rassurante, se tenait prête à retenir la claque, si elle venait. Car elle viendrait sans doute, il s’en attendait.



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Eléonore de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   Jeu 24 Mai 2018 - 16:23


Depuis qu’elle était à la capitale, Eléonore avait pu rencontrer quelques personnes et se faire de nouveaux avis sur ces dernières. Il n’était pas coutumier pour elle de mener la discussion mais c’était un exercice auquel elle se plaisait beaucoup. De plus, la ville lui plaisait assez. L’abondance, l’architecture et la foule gardaient loin les préoccupations du quotidien. Elle ne pensait plus à cette guerre qui l’avait longtemps éloignée de son frère. Elle n’était plus seule et n’attendait plus une nouvelle qui la sauverait de la fatalité de l’ennui. C’était donc pleine de bonne humeur et de résolutions pour la journée à venir qu’elle s’était levée. La jeune femme fut donc ravie de voir arriver son frère si tôt dans la journée, espérant qu’il venait simplement se délecter d’un moment avec elle. Elle se réfugia alors dans ses bras grands ouverts et sourit quand il souligna sa beauté.

 - Je ne suis même pas encore apprêtée !

De nouveau assise, elle picora dans son assiette tout en laissant sa main reposer dans celle de son frère. Quand ses doigts se refermèrent dessus, elle revint vers lui, attendant qu’il s’exprime. Elle savait quand il avait quelque chose à lui dire et son soupire provoqua chez elle une légère inquiétude. Mais il ne la laissa pas ainsi bien longtemps puisqu’il poursuivit bien rapidement avec l’annonce de cette fameuse nouvelle. Le silence l’accueillit. Rompre ses fiançailles, mais non pas pour qu’elle soit soulagée d’Aurel. Elle serait promise, l’était sans doute déjà, à Roderik de Wenden. Un instant, elle songea à Aliénor. Cette femme qui avait eu un léger faible pour son Louis et elle sourit de l’ironie.

 - Le Grand Chancelier, alors. Celui-là même revenu du Royaume de Tyra.

Elle savait qu’il attendait d’elle bien plus que cela. Ses doigts gardaient sa main sur son genou. La jeune femme ne s’attendait pas à recevoir une telle nouvelle de si bon matin. Mais après tout, ne souhaitait-elle pas savoir ce qu’il s’était passé lors du concile ? Elle savait qu’elle était un atout pour les Saint-Aimé, un atout qui se négociait et qui faisait longuement parler. Alors quoi d’étonnant à cela.

 - De quel accord fais-je partie ? Es-tu capable de me le dire ?

Elle voulait savoir ce contre quoi elle s’échangeait. Parce qu’elle devait se projeter dans un tout autre avenir, une nouvelle vie qu’elle n’aurait su imaginer un seul instant.

 - Aurel n’a jamais voulu de moi, tu sais. Et s’il est doux et respectueux, la vie que j’aurais menée à ses côtés aurait été épuisante et peut-être même ennuyante. Il est vrai que je rêve de plus, tu me connais. J’échangeais quelques missives avec lui, depuis ma visite en Olyssea. Je lui annoncerai la nouvelle, qu’il puisse se préparer à ce qui l’attend.

Eléonore dégagea doucement sa main de celle de son frère et reprit l’assiette qu’elle avait posé. Il était, bien entendu, invité à s’y servir s’il le souhaitait.
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MessageSujet: Re: Enfin réunis | Louis   

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