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 Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]

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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Mar 24 Avr 2018 - 16:17




Il était tôt, très tôt, et peu d’âmes eurent le courage de se traîner hors de leurs pagnots. Or, le cerf de Saint-Aimé put se régaler d’un moment de quiétude, rare et ô combien convoité : le silence de la capitale. Si la citée ne sut rendre justice aux compliments qu’on lui attribua lorsqu’on vint à se questionner sur son apparence, les paysages qu’offraient le panorama du pinacle du palais, pardonnèrent par milles fois ces enguirlandements postiches! Magnifique et à couper le souffle, la naissance de l’astre Diurne sembla aux yeux du Saint-Aimé, plus doux et agréable qu’il ne l’eut jamais été au Berthildois. Était-ce l’euphorie que provoqua la fin réelle des hostilités envers le Médian ou la simple caresse de cette brise matinale contre son bambou à l’air libre, défiant la clémente température en faisant pleuvoir sur la cours royale –et déserte- ses premiers besoins du matin ? Un frisson, léger, lui fit secouer les épaules de même qu’il fit autant de son bonhomme, avant de se rasseoir pour observer la fin du spectacle. Alors, devant ses yeux défilèrent les horreurs qu’il sema au passage de ses osts, des compromis qu’il dut commettre pour parvenir à ses fins, mettant sa morale de côté au profit de victoires nombreuses, mais peu satisfaisantes en finalité. Il avait triomphé, certes, mais à la fin, la seule chose qu’il retint de cette campagne, c’est qu’il n’était pas forgé pour la guerre. Guerroyer, ah ça, on ne pouvait affirmer qu’il ne savait s’y prendre : sur le terrain, Louis démontra que ses bois pouvaient occire sans problème, là n’était pas la question. Les remords, eux, nombreux et cuisants, sont l’exacte cause de son inaptitude à la guerre. Comment peut-on envisager vaincre en s’assurant de minimales pertes, si l’on est à la fois préoccupé par les dommages que nous causerons ? Non, Louis dirigeait avec brio, mais n’était rien sans ses conseillers et de cette faiblesse à tout casser, il en était parfaitement conscient.

Parlant de remords, le bourrèlement de sa conscience lui fit se souvenir d’une tâche dont il n’avait su s’acquitter en moment opportun. L’un de ses vassaux, dont le nom passerait très certainement à l’histoire lorsqu’en chanson ou en légende, l’on traduirait l’épique assaut de cette puterelle de Chystabel, fût grièvement blessé dans sa conquête. Pourtant, bien que la nouvelle lui soit parvenue par la bande, il n’entendit en aucune occasion le héros se préoccuper de sa luxation, ni annoncer un retard prévue pour son arrivée à Diantra, non! Ce fot-en-cul de petit enfoiré se rendrait au triomphe la main bousillée et irait boire avec ses comparses, même si il lui en coûtait des heures de sommeil, dérangé par la cuisante douleur de sa main massacrée. Or, Louis ne pouvait plus attendre d’avantage –il l’avait déjà assez fait- et quitta la cime du palais Royal pour se nipper de vêtements de circonstances : le temps était chaud et humide, telles que l’ont été les donzelles montées par les victorieux, la veille. Un duo de balourds quitta leur poste pour accompagner le régent-marquis et d’assurer sa protection, même si de danger, il n’y avait que les sac-à-vin qui habitaient les rues, ravagés par leur cuite quotidienne en ronflant la gueule dans des flaques vaseuses.

Arrivé devant l’hôtel qui accueilli Lothaire ainsi que sa suite, c’était l’heure du petit déjeuner. Deux bonhommes pesamment harnachés veillaient à ce que les portes dudit bâtiment restent étanches aux intrus. Pourtant, à l’arrivée de Louis, on s’écarta dare-dare et on lui demanda s’il désirait être annoncé, ce à quoi Louis répondit négativement, préférant de loin l’arrivée à l’improviste. Son désir de s’entretenir avec Lothaire n’avait guère besoin d’être assouvi en grandes pompes! Ainsi, il s’introduit dans l’installation à la recherche du Roncerois, qu’il trouva étonnamment non pas en train de tailler un bout de saucisse, mais à s’occuper l’esprit dans la lecture, confortablement –du moins, paraissait-il- avachit dans l’un de ses fauteuils. Louis ponctua sa gueule à la barbe mal rasée et aux traits creusés par l’éreintement d’un sourire avenant, s’annonçant sans autres ambages.


« Bon matin, héros du Berthildois! »            

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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Ven 27 Avr 2018 - 7:40


… qu’au son de la brise…

Lothaire sentit sa concentration desserrer son emprise des mots, qui fuyaient déjà de sa tête alors qu’une douleur sourde les remplaçait progressivement. Le Roncerois jura entre ses dents et regarda son encapuchonné de Milon, qui accourut en vitesse pour poser sa main sur le front de son maître. Le mystérieux homme ferma ses yeux globuleux et ne bougea guère plus, marmonnant des choses insensées au son déstructuré. La douleur se calma légèrement, mais poignait toujours, comme une présence derrière une porte. Milon retira sa main et rouvrit les yeux, se redirigeant vers son siège où l’attendait son propre livre. Lothaire replongea ses yeux dans le sien.

… qu’au son de la brise marine, mon cœur se gonfla d’écume, tant et si bien…

Nouvelle douleur, désarmante mais pas insurmontable. Lothaire se contenta de grimacer, et de regarder à nouveau Milon. Ce dernier lui montra d’un geste lent l’étrange racine à moitié rongée qui traînait près du seigneur, et ce dernier en eut un haut-le-cœur. Quel immonde remède lui avait donc trouvé ce satané coquebert… Une racine filandreuse au goût prononcé, à mi-chemin entre le purin et l’égout abandonné. Lothaire avait beau n’avoir jamais goûté ces deux choses, c’était ce qu’il pensait être la description la plus fidèle de son ressenti à chaque menue bouchée qu’il se forçait à prendre. Il refusa d’un signe de tête, et reprit sa lecture.

… tant et si bien qu’une force nouvelle m’anima le corps. Ma jambe partit la…

Lothaire grogna, et attrapa la racine, qu’il mâchonna un instant avant d’avaler une partie en grimaçant pis qu’un enfant. Abject traitement, mais traitement nécessaire. Quelle plaie…

Ma jambe partit la première, éclaireuse de la détermination neuve envahissant mes veines…

Cette fois, ce fut l’un des serviteurs de Lothaire qui se présenta dans le salon, ce qui fit légèrement poindre la colère dans ses yeux. Il s’apprêtait à répliquer sèchement qu’il ne souhaitait pas être dérangé jusqu’à la midi, lorsque soudain devant lui apparut le régent Louis ! Toute trace de colère déserta alors sa voix, ses yeux et son cœur, remplacé par de la surprise. Un sourire se dessina sur les lippes encerclées de poils du faciès de Saint-Aimé, et Lothaire se releva céans afin d’aller accueillir son jeune invité. Il laissa l’ouvrage là où il était, proposant sa main droite à serrer. Il sourit également, plus diplomatiquement à vrai dire.

« Bon matin monseigneur, bon matin. Je ne sais que dire de ce nouvel épithète que tant de monde me donne ; car pour moi, le héros meurt, or je suis encore en vie. »

En vie avec une main dégueulasse. Mais tout cela tenait plus du détail sordide.


Dernière édition par Lothaire de Ronceroc le Mer 2 Mai 2018 - 7:41, édité 1 fois
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Lun 30 Avr 2018 - 16:54




Ne regarde pas sa main, ne regarde pas sa main, ne regarde pas sa main, se dit-il à répétition lorsqu’il lui serra sa dextre patte. Il se le répéta, tant et si bien, qu’avant qu’il ne s’en rende compte, il fixa sa paluche difforme et gâtée. Il ne sut dire pourquoi, mais même après avoir zieuté les pires atrocités sur le champ de bataille, la vue de sa patte meurtri lui arracha une grimace de dégoût. Ou d’effroi, vu le frisson qui lui harassa l’échine. Sont-ce là les conséquences de sa décision, lorsqu’il confiât à Lothaire cette lourde mission à Chrystabel ? Depuis, il n’avait su s’assurer son bien-être, ni même le féliciter à sa juste valeur. Le bougre, au coût de ses propres doigts, scella le destin des fols qui prirent d’assaut les remparts, en repoussant leur jugement dernier! Sans eux, qui sait combien de familles auraient vu leurs père ne pas revenir des entrailles de cette putain de citée?

« Vous l’êtes bel et bien en effet! Et pour longtemps encore, je le souhaite. »  Il s’éloigna d’un pas, après l’avoir salué comme un ami le ferait à un autre. Ils ne se connaissaient pas, pas réellement du moins, mais le simple fait qu’il ait accompli cette tâche conséquente, suffit pour que le Régent ait à cœur les maux de son vassal. Certains ne réaliseront jamais, l’importance que Louis accordait à ses hommes. Autant ceux dont le sang était bleuté par leur lignage, que la roture ou la bleusaille.

« J’ai tardé à venir à votre rencontre et ce fût bien contre mon gré, je vous assure. »  Commença Louis, après qu’il ait invité Lothaire à se rasseoir là où son derche était plus tôt. De même, il congédiât les autres indésirables d’un revers de la main et s’assis en face de lui, séparé d’une table basse. Du coin de l’œil, le cerf vit l’ombrage d’un homme persistant, qui n’avait de désir de s’éclipser de sitôt. Milon, si l’on dût le nommer, ne sut s’effacer en totalité. Bien que le Régent n’en fasse de cas, cet homme pensa posséder une raison suffisante pour défier son autorité. Il y verrait plus tard, si l’importun venait à l’agacer.

« Il se fait tôt, peut-être bien trop tôt pour que l’on discute de ceci, mais je ne peux me contenir d’avantage. Nul ne saurait vous narrer fidèlement la joie, mais aussi la fierté, qui me tenailla les entrailles lorsqu’au loin j’ai vu s'écarquiller ces damnées portes... Car mon ami, ce que vous fîtes pour le Berthildois, non, pour la Péninsule, que dis-je! N’est ni plus ni moins qu’un acte d’héroïsme qui fit épargner aux osts coalisés des centaines et des centaines de morts inutiles. Cet acte Pentien, car certes il en est un, mérite d’être souligné, et je m’engage solennellement à ce que vous avez fait pour nous, ne meurt dans l’âge. » Il lorgna un moment vers sa main. Il ne sut faire autrement, c’était plus fort que lui.

« L’on dit que les Suzerains ne doivent jamais être débiteurs de leurs vassaux. Pourtant, ce jourd’hui, j’ai belle envie de faire abstraction et de vous demander, s’il était un service que je pourrais vous rendre, Lothaire de Ronceroc? »


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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Mer 2 Mai 2018 - 8:22

Afin que l’entrevue n’assèche les gorges de ces deux nobles paons, le chef des servants de Lothaire s’affaira à apporter rafraîchissements et fruits sur une table non loin de là. L’estropié, pendant que les pichets d’eau fraîche étaient préparés, rendait hommage à son suzerain d’un signe de tête respectueux, et lui tenait ce langage :

« Ne vous en faites point, monseigneur. Je connais le lot des grands hommes constamment occupés. De plus importantes affaires vous retenaient. »

Il se rassit dans son fauteuil cuirassé de coussins moelleux, tandis que son seigneur faisait de même. Un simple regard à Milon suffit pour que celui-ci s’éclipse sans un mot, telle une ombre chassée par le soleil. Il fut servi aux deux sires un godet d’eau fraîche sortie des profondeurs du puits de la cour intérieure, et un plat de raisins blancs fut posé à moins d’une coudée des deux hommes. Lothaire but quelques gorgées d’eau en écoutant parler le jeune Louis, qui semblait enfiévré par ses faits d’armes à Chrystabel. Derrière le calice se cachait le sourire de Lothaire, qui comme tout homme savait apprécier la flatterie lorsqu’elle était justifiée. Si le coup de la main brisée n’avait pas été prévu dans le plan initial, Lothaire se consolait en affirmant qu’il s’agissait d’un moindre mal, bien moindre à celui qui avait frappé l’escadron suicidaire ayant pris d’assaut la barbacane. Huit hommes seulement en étaient revenus, et face à telle hécatombe, une ribambelle d’os brisés était insignifiant.

Pénétrant dans le vif du sujet, Lothaire posa ses mirettes bleu violacé sur le visage de Louis, dévoré vivant par sa propre barbe. L’occasion à saisir était trop belle. Le moment, lui, était parfait. Il décolla ses lèvres de sa coupe d’eau et reposa celle-ci sur le bois de la table, dans une solennelle économie de mouvement.

« Votre Excellence me gratifie-là d’un grand honneur ! Et, devant le fait accompli, je dois avouer être saisi par l’occasion... »

Il fit semblant de réfléchir, avant de continuer :

« Néanmoins, il y a bien une chose à laquelle je pense. Comme vous le savez, le félon de Saint-Cyril tente de monter un parti à mon encontre, dans le pays de Balgure. Est-ce par trop demander que vous m’appuyiez dans le conflit qui se profile une fois retourné dans nos pénates ? Assurément, votre présence seule pourrait désamorcer la querelle, si ce misérable Armand se prend soudain à passer aux aveux. Nous y gagnerions dès lors la paix au sein du Marquisat, monseigneur. »

Lorsqu’il pérorait de la sorte, Lothaire pouvait se montrer fort convaincant. Ici pourtant, nul besoin. Louis était sans nul doute déjà convaincu avant même d’avoir été pressé.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Ven 18 Mai 2018 - 11:46




L’empressement à laquelle Lothaire répondit à la générosité du régent guinda de plus belle ses joues au profit d’un sourire ponctué d’amusement. Après tout ce qu’ils vécurent de près ou de loin au front du Médian, ne pouvaient-ils guère se passer de toute gêne ? C’est à croire que le bougre s’était emparé de l’occasion à deux mains comme s’il attendait pareille opportunité depuis qu’ils s’étaient tous deux rencontrés officiellement à Rochenoire. Sans ambages ni détours, n’aurait-il guère été dans son intérêt que Lothaire entretienne son Suzerain de ces maux –venus de sa terre natale- au plus preste, plutôt que d’attendre et espérer que le bon cœur du cervidé n’en vienne à lui ? Enfin! La décision lui revenait, mais à la fin la résultante restait la même : Louis de Saint-Aimé ne laisserait pas l’un de ses vassaux pâtir de la lâcheté de ceux qui s’abstinrent de mener les armes contre le boucher du Médian et ses raclures d’alliés.

« Soyez assuré que lumière sera faite sur ce tartufe de parjure : j’y veillerai personnellement s’il le faut. À défaut de pouvoir vous rendre l’usage de votre patte, je m’assurerai de retirer définitivement cette épine qui vous harasse le pied. Il n’est pas dit que ceux qui ont soufferts de la campagne, auront à écoper d’avantage une fois retournés chez eux! » À le connaître, personne ne saurait être en mesure d’affirmer qu’il exagérait. C’était même là, l’une de ses plus prenantes préoccupations. Louis réaffirma sa position dans le fauteuil, redressant son rachis pour mieux discuter avec son voisin d’en face. Son regard ne dévia point, mais il instaura un silence dans la conversation, comme si un « mais » devait être glissé après sa promesse.

« Néanmoins … Il n’est pas dit que nous retournerons dans nos pénates de sitôt. Un mal, plus au sud encore, menace les terres du Royaume et je ne puis affirmer hors de tous doutes que nous aurons notre mot à dire dans cette épineuse histoire. » Dans son aveu, Louis apporta son index et son pouce à sa tempe, qu’il massa brièvement. Il avait annoncé la chose à contrecœur, mais elle n’en restait pas moins une réalité à laquelle il devait se soumettre. Tandis que là dehors, l’armée vivait et dormait dans l’optique qu’elle retournerait chez elle sans plus lever leurs piques, il flottait là au loin une possibilité qu’ils aient à poursuive leur quête.

« Mais enfin! Ce n’est pas demain la veille que nous aurons pleine certitude des prochains mouvements, alors Lothaire, pensez plutôt à aller panser vos plaies dans un endroit plus … adapté, que l’est Diantra. M’est d’avis que l’usage de votre patte nous manquerait sur le champ de bataille ; ne la négligez pas. Je entendu que vous vous étiez démené comme un vrai forcené et plutôt que de quérir les soins qui vous étaient dus, vous avez convoyé pour assister au triomphe. Chose étant faite, vous n’avez plus rien à ne prouver à personne ; quittez, partez pour Edelys, là où vous aurez tous les soins du monde pour panser vos plaies. Nos maux à nous attendrons demain, lorsque vous irez-mieux. »


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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Mar 29 Mai 2018 - 8:03

L’apaisante réponse de son suzerain vint tartiner d’un baume l’esprit de Lothaire, qui en oubliait presque les cuisantes sensations qui lui dévoraient la main de leur feu inextinguible. Enfin, les rouages tournaient à nouveau, le soufflet actionnait la forge, pour battre le fer afin de plonger celui-ci dans les entrailles poisseuses d’Armand de Saint-Cyril. Le bouc émissaire parfait deviendrait la victime parfaite, et plus rien ne s’opposerait à Lothaire une fois qu’il serait rentré en héros dans le Pays du Balgure. Peut-être cela pourrait-il finir aussi par convaincre sa femme, qui s’était montrée froide et distante depuis toute cette affaire, en partie à cause de ce mariage forcé, mais pas seulement… Il avait bien senti toute la suspicion qu’elle avait dans les yeux, ce coin de sa bouche qui se tordait lorsqu’elle mettait deux options sur une balance. Avec la justice du régent, cela n’aurait plus d’importance.

Lothaire souhaita se confondre en remerciements et soulagements, afin de satisfaire l’ego du fils de l’Effroyable. Pourtant, il ne lui en laissa pas l’occasion. Non, point du tout. Le Roncerois écouta attentivement la suite, sans broncher. Malgré cela, il était fort embêté. Une guerre contre le sud qui s’éterniserait l’empêcherait d’aller plus avant dans ses plans berthildois. Pis, si Armand de Saint-Cyril se sentait trahi par son suzerain, il n’hésiterait peut-être plus à tenter un assaut sur Casteldulac, dont les défenses n’étaient pas le problème, mais bien le nombre de défenseurs dans la place. Il calculait tout ceci dans sa tête, pendant que le jeune Louis déblatérait. Isambard, son frère, perdrait patience avant la fin du conflit. D’autres solutions devaient être trouvées. Mais ce n’est qu’à la fin de la litanie de Louis que l’une d’elles germa dans l’esprit fécond de Lothaire. Il se résigna donc à acquiescer, et dit :

« J’irai me soigner à Edelys, Votre Excellence. Et le moment venu, je reviendrai vers vous afin de vous suivre une nouvelle fois dans la bataille, ou sur le chemin de nos foyers. Néanmoins, si cette seconde option ne s’avérait pas envisageable, j’aimerai vous soumettre une humble demande. »

Ayant gagné à nouveau l’attention de Louis, Lothaire s’humecta les lèvres et annonça :

« Pourquoi donc ne pas convoquer ici le chevalier Armand, afin d’y être entendu par les Dieux et les Hommes ? Vous avez le pouvoir de le faire, et il vous écoutera sûrement. Qu’en dites-vous, seigneur ? »

D’autres rouages n’attendaient qu’à se mettre en route. De nouveaux plans se façonnaient dans les labyrinthes tortueux qui composaient le vaste intellect du seigneur de Casteldulac. A tout problème, il existait une solution.

Et Lothaire avait trouvé la plus barbare, mais aussi la plus efficace.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Heureusement, l'on se serre la main de la droite. [ Lothaire ]   Mar 12 Juin 2018 - 20:48




S’il n’en avait pas les traits, Lothaire restait tout de même un fin renard. Posément, cet homme ne manquait aucune occasion pour calculer ses prochaines paroles, comme s’il se devait constamment de marcher sur des œufs. Était-ce là pour autant une marque de sagesse ? Rien n’était certain. Outre le fait que cet homme était aussi adroit à la guerre que le sont les enjôleuses à jouer du pipeau, rien ne lui certifiait que le Roncerois ne s’avérait autre qu’un vulgaire combinard. Depuis sa prime rencontre, le gentillâtre n’eut autres désirs que celui de voir enterré pour de bon son souci laissé derrière lui au pays. Depuis, était-ce donc impossible de croire que le presque manchot ne vivait que d’égoïsme, à œuvrer pour ses propres desseins seulement ?

« Que peut justifier tant de hâte de voir cet Armand invité au procès? Le Balgure n’aurait-elle pas à gagner de voir l’un de ses traîtres jugés et punis devant les siens plutôt qu’à des lieux de vos pénates? » Louis souleva le questionnement en espérant y voir un peu le jour sur ses réelles intentions. Lothaire, bien qu’il s’avéra être un vassal fidèle au Marquisat, pouvait très certainement s’avérer être un tout autre homme qu’il le prétendait. À trop vouloir le déclin d’un homme, à tous les coups, quelque chose de plus grave et de plus sombre se cachait derrière ces obsessions.

« Ne vous détrompez pas ; je ne prends guère à la légère les tords que ce grippeminaud de coupe-jarret a causé au pays de Balgure. En seulement, il me semble plus avisé que ce soit devant les yeux de ceux qu’il a trompé et trahi par son geste, qu’il reçoive un juste talion! N’est-ce point vos gens qui furent dans cette tragique histoire le plus lésés ? » Louis posa un silence, comme s’il désira que son nouvel ami réfléchisse la situation. Le sicaire ne s’en irait pas de sitôt, s’il désirait préserver sa culpabilité aux yeux de tous. Ainsi, ils avaient pour le traquer, le juger et le punir, des masses de temps.


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