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 Crépuscule

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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Crépuscule   Mar 19 Juin 2018 - 12:46


2ème jour de la première ennéade de Karfias,
milieu de la matiné

Ce n’était pas censé se passer ainsi. On lui avait raconté un tas d’histoire à propos des naissances. Chacune mettait l’emphase sur la douleur terrible puis sur le bonheur qui fait exploser le cœur au moment où l’enfant est déposé dans nos bras. On oublie la souffrance, il n’y a que de l’amour... Cette fois, c’était une tout autre chose. D’abord, il y avait la terreur, celle qui prend au ventre et qui réveille nos instincts les plus primaires. Puis, il y avait la douleur qui lui déchirait le ventre et cette impression que son corps luttait contre elle plutôt que de travailler avec elle. Dès l’instant où elle a ressenti les premières contractions, Tibéria savait que ça n’allait pas. Ça expliquait ses dernières paroles avec Renaud. Tant qu’à mourir, elle aurait l’esprit libéré. Son nom sera maudit, mais elle aura la paix, fût-ce au prix de ses larmes et de son sang.

Il y avait beaucoup de gens dans la chambre. La sage femme, puis sa tante et des servantes qui se relayaient avec des bassines d’eau chaude et des linges propres. Personne ne semblait savoir ce qu’ils faisaient et tous avaient le teint blême et le front plissé d’inquiétude. Derrière la porte, dans le couloir, les hommes attendaient tout aussi impuissants. Hernando ne disait pas un mot. Chaque hurlement de Tibéria était comme un coup de poignard et comme elle criait depuis des heures, il se demandait comment il arrivait encore à respirer. Il s’était engagé à la défendre et à la protéger. Si un agresseur forçait la porte, il lui sauterait dessus sans poser de question. Cette fois, comment la protéger contre la vie qui fait son œuvre? À travers les cris de la duchesse, il entendait des conversations étouffées. Il aurait aimé qu’on lui donne un ordre, quelque chose à suivre sans avoir à réfléchir, un objectif sur lequel se concentrer comme ces servantes qui entraient et sortaient toujours avec plus d’eau et de couvertures. Il essayait de ne pas porter attention au sang ni à son odeur. Trop de sang, il le savait. « Ça ira... » Dit-il à Cassio qui attendait comme les autres assis au pied du mur. Ses jambes ne le supportaient plus depuis longtemps déjà. Incrédule, l’homme leva les yeux vers le soldat. « Dans ce cas, dites-le à votre visage... »

« J’en peux plus… Faites que ça arrête... » Gémit Tibéria depuis son lit. Échevelée, en sueur et épuisée au-delà de la raison, ses dernières forces l’abandonnaient. « Un dernier effort, Altesse. L’enfant est presque là… Je vois sa tête! » Le ventre de Tibéria se contracta une fois de plus et la jeune femme renversa la tête vers l’arrière en hurlant. Un visage fripé apparut à la sage femme qui s’exclama. « La tête est passée! » L’inquiétude laissa brièvement place à l’excitation. « Une dernière poussée! » Tibéria pleura, ne souhaitant qu’une seule chose, que son calvaire arrête. Une autre contraction et l’enfant glissa hors de son corps. « C’est une fille! » Elle prit l’enfant dans ses bras, petite et infiniment fragile. Elle ne bougeait pas. Sur le lit, Tibéria n’était pas en bien meilleure forme. Le sang n’arrêtait pas de couler et sa peau prenait une couleur crayeuse. « Guérisseur! Faites entrer le mage guérisseur. » La porte s’ouvrit à la volée sur un homme. « Vous auriez dû me faire entrer avant! » Gronda-t-il en regardant la duchesse. Hernando suivit derrière et se précipita au chevet de Tibéria. Elle était d’une pâleur mortelle et ses lèvres prenaient une inquiétante teinte bleutée. Il reconnaissait les signes… En touchant son bras, il trouva la peau froide et moite. « Duchesse, écoutez-moi, c’est très important… Restez avec moi, ne vous endormez pas! » Il prit sa main et la serra dans la sienne, petite et glacée. Tibéria sentait ses paupières extrêmement lourdes. Elle était si fatiguée. « Je veux dormir... »

« Pas tout de suite… Vous devez rester éveillée! » Hernando regarda à l’autre bout de la pièce, la sage-femme s’activait avec le bébé. Elle lui frottait vigoureusement le dos pour l’encourager à crier. Enfin, il y eut un petit hoquet et la petite commença à pleurer au grand bonheur de tous. Même Hernando sourit. « Votre fille va bien! » Tibéria tourna la tête vers lui, incapable de se concentrer. « Je ne sens plus mes mains... » Ses yeux roulaient littéralement dans ses orbites. « Votre fille... »

« Fille?… So… Sofia… Ma fille Sofia... » Hernando acquiesça d’un signe approbateur. « C’est un nom magnifique. » Il regarda le guérisseur qui était enfin prêt. Les yeux fermés, intensément concentré, il posa les mains sur le ventre meurtri de la duchesse. Incapable de résister plus longtemps, celle-ci sombra dans les ténèbres non sans sentir une douce chaleur se répandre en elle, une dernière caresse avant le néant.

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Tibéria de Soltariel
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MessageSujet: Re: Crépuscule   Jeu 21 Juin 2018 - 14:36


Une heure après la naissance

« Elle a perdu beaucoup de sang. Vous auriez dû me faire entrer avant! » Le mage montrait les dents. « Les hommes n’ont rien à faire dans la chambre lorsqu’une femme accouche. » Persista la sage-femme qui essuyait, depuis le début, les critiques de toute part.

« Sauf que vous saviez que ça n’allait pas… J’aurais pu arrêter le saignement avant qu’on en arrive là! »

« Certes! » Trancha Hernando avant de braquer son regard sur la sage-femme. « Et si j’étais vous, je souhaiterais très fortement qu’elle se réveille» Le soldat tourna ensuite son attention vers le mage qui ne décolérait pas non plus. « Pouvez-vous faire quelque chose de plus? » Le guérisseur leva les yeux vers Hernando, impuissant. « Je ne peux pas remplacer le sang qui a été perdu. Une personne inconsciente peut survivre deux jours sans boire. Si elle reprend conscience, je peux préparer des toniques qui l’aideront à récupérer, mais soyons réaliste, si elle ne revient pas à elle d’ici les vingt-quatre prochaines heures, les chances qu’elle survive sont minces » Hernando soupira. « Je sais... Pour l’instant, gardons la nouvelle de son état secret. Annonçons simplement la naissance d’une petite fille et qu’elle s’appelle Sofia. »

***

Le soleil tombait à l’horizon et serait d’ici peu englouti par la mer. Le ciel se paraît de ravissantes couleurs et le vent soufflait portant sur lui de grands oiseaux marins au vol paresseux. Leur chant brisait la quiétude des lieux avec le soupir des vagues qui mouraient sur la plage. Tibéria observait le spectacle, les pieds dans le sable. Sa respiration se calquait au rythme des vagues, paisible et mélancolique. Son esprit n’était plus tourmenté, ses problèmes de lointains souvenirs sans importance. Tibéria était apaisée. « J’ai toujours aimé cette vue. » Déclara une voix masculine quelques pas derrière elle. « Le soleil va bientôt disparaître à l’horizon... » Fit remarquer Tibéria alors que son père venait se placer à ses côtés, aussi grand et beau que dans ses souvenirs. « C’est généralement ce qui arrive lorsque le jour s’achève. » La jeune femme pencha la tête de côté, le regard toujours fixé sur l’immensité devant elle. « J’aime cette vue aussi... » Son père sourit. « Rentrons, il nous reste peu de temps. »

Cinq heures après la naissance

« Comment va la fille?» Hernando se pencha par-dessus l’épaule d’Octavia qui couvrait l’enfant aussi farouchement qu’une mère oie. Le bébé n’avait que quelques heures de vie et il était déjà emmitouflé de soierie et de couvertures brodées. Seul son petit visage était visible à travers cette abondance de tissus trop luxueux pour qu’un enfant y régurgite dessus. « Elle est tranquille… Très tranquille. Selon la sage-femme, le bébé a été affecté par la naissance difficile. Je ne laisserais pas cette vipère approcher de Sofia, mais le mage l’a examiné. Il n’y a rien d’anormal chez elle, mais elle est plus fragile. Le bon signe c’est qu’elle a accepté de téter la nourrice. » Elle suivit avec son index la courbe délicate de la joue du poupon endormi. « Elle pourrait mourir? » Octavia sourit tristement. « Si elle a hérité d’une seule once de l’obstination de sa mère, elle vivra… J’ai envoyé un message à Antonia et Paula. Elles vont venir à Diantra au cas où... »

***

Sans un mot, Tibéria le suivit. Devant eux, la plage s’étirait sur des dizaines de mètres. Au loin, un village de pêcheur avec ses cabanes perchées sur des pilotis et ses bateaux amarrés aux quais. Le duo remonta un sentier et bientôt, Beronia se dévoila à leur regard dans toute sa splendeure. Les murs blancs de la villa se paraient des teintes flamboyantes du crépuscule et les jardins étaient magnifiquement illuminés par des vasques enflammées. L’air sentait bon la mer et le jasmin. Des rires et de la musique égayaient également les lieux. Cette vision lui réchauffa le cœur. Elle était à la maison, comme dans ses souvenirs d’une époque joyeuse. « Il y a une fête? » Demanda Tibéria. « Ta mère a insisté. Elle sait à quel point tu aimes les soirées. » La jeune femme s’arrêta. « Je ne suis pas vraiment habillé pour y assister. »

« Vraiment? » Tibéria baissa les yeux. La robe simple qu’elle portait à l’instant avait fait place à un vêtement nettement plus élaboré rouge et or. De somptueux bijoux ornaient ses poignets, ses bras et son cou. « Tout ce qu’il y a de mieux pour mes filles. » Assura sérieusement Tibérius en présentant son bras pour lui servir d’escorte. « Après tout, tu es l’invitée d’honneur! »


Quinze heures après la naissance

La maison entière était plongée dans le silence alors que ses occupants dormaient tous à l’exception d’Hernando qui n’avait pas fermé l’heure depuis plus de 24 heures maintenant. Même Cassio avait déclaré forfait en s’endormant au pied du lit de Tibéria, roulé en boule sur le tapis. Le soldat trempa un linge dans un bol d’eau et humecta délicatement les lèvres de la jeune femme. Il n’y avait eu aucune amélioration bien qu’il aurait juré que son visage reprenait des couleurs. Ce n’était peut-être qu’une illusion créée par la lueur des lampes, mais comme tout le monde, il voulait y croire. La duchesse restait parfaitement immobile dans son lit. C’était la chose la plus difficile de ne pas entendre ou voir courir partout cette femme qui n’arrêtait jamais. « Vous ne faites jamais les choses à moitié, n’est-ce pas? C’est pour cela que vous allez nous revenir au moment où nous croirons que tout est perdu… Vous allez me tuer avant mon temps! » Plaisanterie à part, il était vraiment inquiet. Il avait vu des hommes mourir au bout de leur sang. Si elle se réveillait, le rétablissement sera long même avec l’aide de la magie.

***

Tibéria passa son bras au coude de son père. « Je suis désolée. » Dit-elle enfin. Son père la regarda en fronçant les sourcils. « Pour quelle raison? »

« Pour tout... » Tibérius sourit. « Est-ce que cela inclut l’incident où tu as renversé tout un pot d’encre sur des documents très important? Le jour où ta sœur et toi avez décidé de ramener une poule à l’intérieur de la villa? À moins que tu parles du moment où tu as décidé de faire une balade à cheval sans avertir personne et que tu as mal refermé la porte de l’enclos. Du coup, tous les cheveux se sont enfuis… » La jeune femme lui donna une petite tape sur le bras. « Je suis sérieuse… J’ai l’impression que je dois m’excuser. » Tibérius s’arrêta pour regarder sa fille dans les yeux. « Tu n’as pas à t’excuser. Et bientôt, si tout va bien, ce sont les autres qui s’excuseront. » La jeune femme ne dit rien et tourna plutôt la tête vers l’horizon où le soleil était sur le point de sombrer complètement dans une dernière explosion de couleurs. Ils étaient maintenant aux pieds de l’escalier qui menait à la villa. La musique était plus forte et les rires aussi. Tibéria se sentait incroyablement bien, l’esprit léger et en fête. Elle n’avait plus qu’à gravir les marches et elle serait à la maison.


Vingt-quatre heures après la naissance.

« Elle ne se réveillera pas. » Cassio avait l’air d’un fantôme. « Elle va mourir et ces idiots vont gagner. L’un d’eux prendra le trône et salira son nom et c’est injuste, car elle n’a jamais rien fait de mal. Nous ne pourrons pas parler, car nous n’avons pas de titre pour qu’on daigne nous écouter! »

« Cassio, un peu de retenue! » Gronda Octavia. Personne à l’extérieur de la maison Soltarii ne connaissait l’état actuel de la duchesse. Néanmoins, avec le peu d’amélioration, ils n’auront pas le choix de dire la vérité. Selon toute probabilité, ils auront bientôt un cadavre à enterrer. La porte de la chambre s’ouvrit et Hernando entra. Dans ses bras, il tenait la petite Sofia qu’il avait enlevée à sa nourrice. En la prenant, il avait trouvé l’enfant ridiculement petit, comme une poupée. Il ne dit rien et posa la petite contre le corps de sa mère. L’enfant commença à pleurer, mais personne ne bougea. Ils en étaient au moment où ils n’avaient plus qu’à attendre la fin.

***
Tibéria allait mettre le pied sur la première marche lorsqu’elle sentit quelque chose comme une pression sur sa poitrine. Elle s’arrêta. « Quelque chose ne va pas? » Demanda son père.«  Non… Enfin, je ne crois pas. » Elle lui sourit d’un air rassurant, mais à ce moment, elle tendit les pleurs d’un enfant. Tibéria avait cette impression qu’il était tout près, mais elle ne le voyait comme si un voile les séparait. « Tu entends ça? Il y a un bébé qui pleure… »

« Ce doit être Sofia. »

« Sofia? »

« Ta fille... » Le mot lui dit l’effet d’une gifle. Elle se souvenait maintenant, de ses problèmes, du procès et des gens qui l’attendaient et comptaient encore sur elle, même s’ils étaient peu nombreux. « Ma fille... » Elle recula d’un pas, réalisant l’urgence de la situation. « Je ne peux pas… rester. » Pourtant, elle n’avait plus qu’à monter les marches et ses problèmes n’auraient plus d’importance. Elle pouvait avoir la paix qu’elle désirait tant et retrouver les gens qui l’aimaient vraiment. Tibéria regarda le soleil. Plus que quelques minutes avant que ce soit fini. « Je dois y aller… Dis à maman que je l'aime et que le jour viendra, mais pas maintenant... Non, pas maintenant... » La jeune femme se débarrassa de ses chaussures et commença à courir aussi vite qu’elle le pouvait en direction de la mer. Le soleil n’était plus qu’un petit point lumineux lorsqu’elle plongea les pieds dans l’eau. « SOFIA! »


Tibéria perçut d’abord la lumière à travers ses paupières closes. Puis elle entendit l’enfant pleurer et sentit le poids qu’il formait sur sa poitrine. Elle releva un bras pour le sécurisé ce qui fit sursauter tout le monde dans la pièce, créant une véritable commotion. « La duchesse est revenue à elle! » Hurla Cassio dans l’ouverture de la porte. « Je suis… juste à côté. Inutile de crier... » Sa voix n’était qu’un murmure. « Vous avez des têtes affreuses… Désolée d’être en retard. »

« C’est un art que de savoir se faire désirer. » Rétorqua sa tante d’un ton détaché. « Tu le maîtrises véritablement à la perfection. » Tibéria ne dit rien et regarda plutôt le bébé posé sur elle. Elle avait profondément détesté cet enfant, mais de le voir là… Son cœur fondit comme du beurre au soleil. C’était sa fille, son enfant et personne en ce monde n’allait mettre en péril son avenir. Tibéria la protégerait jusqu’à son dernier souffle s’il le fallait. « Sofia Valentina Soltari-Beronti… Un jour tu seras duchesse de Soltariel, je t’en fais la promesse... »
Fin

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