Partagez | 
 

 Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]

Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Sam 21 Juil 2018 - 13:07


Seconde moitié du mois de Karfïas, 11ème année du XIème cycle, quelques ennéades après la fin de ce rp


Haldren appelait cela "tenir salon".

Nouvellement restaurée, sa maison située sur la côte Nord de l'île de Malereg était devenue depuis quelques ennéades un lieu où le soir se réunissaient un groupe d'elfes venus discuter de sujets aussi variés que les espèces de papillon dans la région, les qualités comparatives des poètes du septième cycle ou la politique du Trône Blanc vis-à-vis de l'Ithri'Vaan. Haldren prenait ainsi exemple sur l'attitude de certains princes marchands de Thaar qui acquéraient une réputation de mécène en entretenant des artistes chargés de distraire les invités du maître des lieux. Même concept, mais but différent : Haldren ne cherchait nullement à s'acquérir une clientèle, son objectif principal visait à créer chez lui un centre de débats apte à mieux lui ouvrir les arcanes de la pensée elfique. Réticents au début, les notables ou intellectuels elfes de Malereg avaient fini par se laisser séduire par l'idée de pouvoir débattre en compagnie du mystérieux hybride dont la venue en ville constituait l’événement du mois... en attendant qu'une autre nouveauté vienne s'imposer sur le devant de la scène. En attendant, Haldren bénéficiait de la curiosité qui émanait de lui pour nouer des contacts.

Deux soirs par ennéade, sa maison faisait porte ouverte et tout un chacun pouvait y entrer afin de venir rejoindre le petit groupe qui s'installait soit dans le salon du rez-de-chaussée soit dans le jardin à l'ombre des arbres centenaires. Peu de boissons pour ne pas échauffer les esprits, car le maître des lieux insistait sur l'importance de ne pas laisser les discussions dégénérer en pugilat entre partisans de théories contraires. Les mots d'esprits se trouvaient quant à eux encouragés tant qu'ils ne blessaient pas, Haldren ayant lui-même sagement évité de retomber dans ses tirades sarcastiques qui risquaient de détruire tous ses efforts.

En règle générale, ces soirées réunissaient au maximum une dizaine de personnes dont la moitié discouraient tandis que les autres écoutaient, les rôles variant suivant les sujets et la compétence de chacun à s'exprimer dessus. Haldren racontait la politique étrangère, l'historie et la géographie lointaine, puis écoutait lorsqu'on abordait la vie de la société elfe. Findilas elle-même se mêlait parfois aux échanges lorsqu'un thème religieux venait sur la table.Certains elfes commençaient presque à devenir des habitués alors que d'autres ne revenaient jamais, mais l'essentiel demeurait dans la possibilité pour l'ancien Triumvir de découvrir le quotidien de son peuple d'adoption.

Ce soir là, deux mages de l'académie d'Alëandir venus pour des études à Malereg avaient lancé le sujet de la magie psychique et des limites qu'il convenait d'enseigner aux étudiants pour éviter des intrusions dans des esprits. Le sujet passionnant Haldren de part sa formation magique, le débat était devenu rapidement assez technique et lorsque la soirée s'acheva, seuls trois elfes continuaient à écouter les débatteurs qui s'acharnaient à prouver ou à réfuter l'existence de lignes psychiques reliant l'individu à son passé et pouvant être exploitée par les sortilèges adéquats par-delà la trame temporelle.


Mes amis, finit par dire Haldren, nous ne nous accorderons pas ce soir mais je vous remercie de cette discussion. Voilà bien des décennies que je n'avais plus eu le plaisir de trouver mes arguments aussi efficacement battus en brèche.

La minuit ayant été largement dépassée, chacun accepta cette paix des braves et s'en prépara à retourner dans ses pénates pour glaner quelques courtes heures de sommeil avant que les rayons du soleil ne viennent de nouveau réchauffer la terre de Miradelphia. Tout en rangeant la bouteille et les verres ayant servi à rafraîchir les gosiers, Haldren constata que deux des participants demeuraient dans le jardin, comme perdus dans une discussion à voix basse. L'un des deux portait la robe des prêtres de Kÿria, l'autre lui demeurait parfaitement inconnu. Peut-être un nouveau venu en ville également ? Les rejoignant, Haldren les interrogea poliment :

Messieurs, auriez-vous oublié quelque chose ici ?

Une façon courtoise d'expliquer aux deux elfes que la soirée ayant pris fin, il serait temps pour eux aussi de rentrer à leurs domiciles respectifs.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Sam 21 Juil 2018 - 21:45


Je ne sais ce qui m'avait pris à accepter de suivre mon guide et gardien, Raemben, lorsqu'il a décidé d'assister à une sorte de discussion entre elfes à Malereg. Elle avait lieu en ce moment même, et j'étais dans l'assistance, Raemben à mes côtés. Le problème, c'est que je ne comprenais presque pas un mot du langage elfique. C'est pour cette raison que j'avais été confié à Raemben, un prêtre de Kÿria, et un des rares elfes à parler à peu près le péninsulaire – dans un accent à moitié incompréhensible – lorsque l'on m'avait trouvé gisant dans la forêt à l'extérieur de Linaëh. Quelle n'avait pas été ma surprise en comprenant qu'il me suivrait, m'éduquerait, et me guiderait à travers cette forêt qui avait probablement été la demeure de ceux qui m'avaient mis au monde, un tel guide aurait valu une fortune chez les Péninsulaires.
 
C'était d'ailleurs pour ces progéniteurs que je me retrouvais à Malereg, suivant mon seul indice, un pendentif en bois qui rappelait à mon gardien les arbres de la région. Nous avions tout deux exploré la ville à plusieurs reprises, questionnant les artisans qui auraient pu être à l'origine du bibelot que j'avais accroché autour du cou, mais sans succès. Sans solutions et sans alternatives, je décidai de me concentrer sur la compréhension des miens à travers Raemben, au lieu de me débattre sur quelque chose hors de ma portée.
 
La situation actuelle, je m'y étais retrouvé parce que Raemben s'était intéressé à cette soirée et avait décidé de s'y rendre que j'aie l'intention de le suivre ou non. Raemben était une personne particulière, il paraissait lent d'esprit et de corps à première vue, et c'était malheureusement très souvent comme cela qu'il interagissait avec moi pour partager son savoir ou même communiquer dans cette langue péninsulaire qui lui était vaguement familière. Mais quand la curiosité l'emplissait, il semblait prêt à déplacer des montagnes, et il était dans tout ses états quand il pouvait apprendre de moi.
 
Faute d'occupation, toujours avec l'objectif de comprendre les elfes, et motivé par son enthousiasme contagieux, je l'avais suivi.
 
***
 
Perdu dans ses pensées, Eraïos fixait depuis quelques instants le maître des lieux. Il avait quelque chose de différent des autres. L'elfe était loin de savoir quoi bien sûr, il ne comprenait rien de ce qui était dit, et il n'avait pas observé assez d'elfes pour que les différences lui sautent aux yeux. Se rendant compte un peu tardivement qu'il s'était mis à le dévisager longuement, il détourna le regard vivement. Tirant sur la manche de Raemben à ses côtés, il essayait d'avoir des réponses à son questionnement mais un regard noir comme celui d'un parent vers un enfant turbulent l'accueillit, il était très concentré sur ce qui se racontait.
 
***
 
Après que les discussions aient été closes pour la soirée, je me retrouvais avec Raemben dans les jardins. Sans faire attention à ce qui nous entourait, et de toute façon personne ne comprendrait rien à notre conversation, j'essayais de comprendre ce à quoi j'avais assisté.
 
- Je n'ai rien compris du tout, je tenais à te le dire. J'ai l'impression d'avoir perdu mon temps, ils parlaient de quoi ?
 
Bien sûr, je n'aurais pas dû poser cette question, je savais que je n'allais rien comprendre à l'explication. Et vu le nombre de pauses et hésitations, il y avait fort à parier que le sujet l'avait dépassé à plusieurs reprises. Mais je compris quand même que la magie avait été le sujet principal, et particulièrement une magie qui permettait de s'introduire dans l'esprit des sujets. Mais dans quel but ? Ne pouvant extraire plus de Raemben concernant la teneur de la discussion, je le laissais continuer en l'écoutant à moitié. La Symphonie des Arbres avait trouvé le moment opportun pour me parler, et encaissant le choc, je la repoussai comme j'avais appris à le faire depuis mon arrivée en Anaëh. Raemben s'était rendu compte que j'avais complètement arrêté de l'écouter et s'était donc arrêté de parler.
 
J'allais reprendre avec une question sur l'elfe qui nous avait invité ici mais quelques instants après, j'entendais une voix qui provenait de la maison dans laquelle les débats avaient eu lieu.
 
- Messieurs, auriez-vous oublié quelque chose ici ?
 
Raemben se rendit tout à coup compte qu'on se trouvait tous les deux au milieu des jardins, seuls, les invités étant tous partis. Il ne s'affola pas, mais voulait s'excuser, dans un elfique parfait que je pouvais envier mais certainement pas comprendre.
 
- Non, rien, merci, nous étions sur le point de vous quitter, toutes ces discussions et débats, ça vous éveille l'esprit.
 
J'avais tourné à moitié le dos à notre nouvel interlocuteur jusqu'à maintenant, mais me retournant, je remarquai que c'était notre hôte, et avec une courbette péninsulaire digne de mon amie d'antan, Eiva, accompagnée d'un regard qui allait jeter dans le doute la première personne à me désigner correctement avec une appellation masculine aujourd'hui, je tentai, dans un elfique atroce et un peu malpoli, faute de vocabulaire, qui couvrit probablement mon cher gardien Raemben de sa plus grande honte.
 
- Bonsoir, merci de nous avoir accueilli, vous êtes qui ?


Dernière édition par Eraïos le Mar 31 Juil 2018 - 15:48, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Lun 23 Juil 2018 - 9:28


Haldren et Raemben ne purent retenir une grimace en entendant le supplice vocal qu'Eraïos fit subir à la sublime langue elfe aux consonances musicales habituellement si harmonieuses. Pour vous donner une image mentale de ce qu'ils subirent, imaginez-vous dans la plus belle salle de concert qui soit, confortablement installé dans la loge princière et prêt à admirer le grand orchestre philharmonique dirigé par un maestro mondialement reconnu. A cet instant, un gusse amène un tableau sur scène et y fait crisser un bâton de craie comme tous les élèves s'y sont un jour amusé. Le traumatisme que subiront vos oreilles sera alors assez similaire à celui qu'Eraïos leur imposa cette nuit-là.

Eraïos a grandi en Péninsule et vient seulement d'arriver parmi nous, expliqua Raemban comme en guise d'excuse.

Un elfe élevé parmi les humains ? Voilà bien une histoire pour le moins surprenante, mais qui pouvait expliquer autant la diction approximative que l'usage de la courbette quasi-inexistant parmi les natifs d'Anaëh, en particulier vis-à-vis d'un inconnu. Haldren n'interrogea pas le prêtre sur le lien qui l'unissait à Eraïos, tant il semblait évident qu'il assurait un rôle assez similaire à celui de Findilas : à savoir guider son protégé parmi les arcanes de la culture elfique. Amusante coïncidence que la présence à Malereg de deux nouveaux venus encore fort peu au fait des spécificités de l'Anaëh.


Peut-être pourrions-nous alors utiliser une langue qu'Eraïos comprendra mieux ? demanda Haldren en abandonnant l'elfique pour passer à l'humain, langue qu'il maîtrisait parfaitement grâce à ses fréquentes visites en Ithri'Vaan où le commerce avec la Péninsule allait bon train. Raemben acquiesça, même si Haldren le soupçonnait de ne pas s’exprimer de manière aussi fluide en langue humaine, ce qui n'aurait rien eu détonnant puisqu'un prêtre de Kÿria n'a généralement que peu d'occasions de s'y entraîner. En dehors des diplomates de carrière qui se devaient de maîtriser parfaitement les langues étrangères, le nombre fort limité d'autres races dans les Protectorats ne permettait que rarement de tels échanges.

Bienvenue en Anaëh, Eraïos, reprit poliment Haldren à l'intention de son visiteur. Je suis Hecil, mage de l'immatériel venu d'Ithri'Vaan pour retrouver ses racines parmi les frondaisons de l'Anaëh après de trop longs siècles passés loin d'ici. Et vous-même, pourquoi avez-vous quitté la Péninsule ?
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mer 25 Juil 2018 - 13:18

Quel n'avait pas été mon soulagement au moment où je compris que malgré un départ catastrophique, j'allais pouvoir communiquer correctement avec un être vivant que je comprendrais. L'enthousiasme me fit perdre un peu de ma contenance, et, arborant un grand sourire, j'étais prêt à rester planté là pendant longtemps, faisant fi du jour disparaissant. Un regard vers Raemben cependant m'apprit qu'il n'était pas complètement heureux du changement de positions, dans sa chère Anaëh il allait être témoin d'une conversation intégralement en péninsulaire et il n'allait pas y comprendre grand chose.
 
Quand l'elfe me demanda pourquoi j'avais quitté la péninsule, mon premier réflexe – appris en Péninsule – allait être de ne pas lui accorder ma confiance totale, et de ne pas trop dévoiler, mais prenant sur moi, j'allais faire confiance aux habitants de ces terres qui avaient accueilli mes ancêtres, et notamment Hecil.
 
- Merci. Mon histoire est longue, et je n'en connais pas le commencement, c'est d'ailleurs pour ça que je suis ici. Pour faire court, j'ai été élevé dans une maison Péninsulaire qui a fait de moi leur guerrier personnel, ou plutôt, leur boucher. J'étais un trophée, celui que le seigneur local montrait pour effrayer leurs sujets… Mais je ne suis pas ici pour parler de ce monde qui a été le mien, cette forêt est mon nouveau monde, et aurait pu être mon monde depuis bien longtemps, si on ne m'avait pas arraché aux miens, je suis là pour rattraper ça.
 
Et je n'étais également pas venu pour parler de moi, je restais intrigué par les miens, par leur culture, et particulièrement par tout ce qui s'était dit pendant la discussion. Raemben, qui s'était d'ailleurs complètement retiré de la conversation, n'avait pas réussi à me faire comprendre ce qui s'était dit, mais je restais curieux. Et pour cette raison, un flot de questions allait se déverser sur le pauvre Hecil, qui n'avait probablement qu'une envie, de se replier chez soit.
 
- Je n'ai été présent à cette soirée que grâce à Raemben, je jetai un rapide regard vers Raemben pour désigner clairement de qui je parlais, je ne pensais pas avoir introduit Raemben qui l'avait fait pour moi, qui était très curieux de ce qui allait être dit, sont-elles habituelles en Anaëh? Aussi, c'est probablement évident, mais si j'ai pu vous observer et comprendre que vous dirigiez le débat, la plupart des mots m'échappent encore, quelle en était la teneur? D'après Raemben, une magie de l'esprit? Et un risque d'intrusion non voulue?


Dernière édition par Eraïos le Mar 31 Juil 2018 - 15:47, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mer 25 Juil 2018 - 15:10


Haldren eut un sourire patient sous le flot de questions en humain qui se mirent à jaillir. L'enthousiasme d'Eraïos ne le gênait pas car l'ancien Triumvir demeurait un professeur au fond de lui-même, ayant pendant des siècles dirigés l'académie des mages de guerres de l'Elda. Formé mentalement par l'enseignement, il pouvait difficilement résister à une contreverse ou laisser en plan une question qui lui était adressée. Tout au plus pouvait-il lui arriver de répondre de manière acerbe voire cruelle, mais cette attitude désobligeante ne lui venait plus guère depuis sa rencontre avec Kÿria.

Je ne crois pas que de telles soirées soient fréquentes en Anaëh, mais elles le sont en Ithri'Vaan où j'ai beaucoup vécu. Toutefois, au vu du succès obtenu, je crois que notre peuple ne demande pas mieux que de débattre et échanger pour peu que l'occasion se présente.

Sans doute la principale différence pour de telles rencontres entre l'Anaëh et l'Ithri'Vaan demeurait la fréquence et non le contenu. Bien que de nombreux immortels ou sang-mêlés vivent dans les terres du Sud, la présence d'humains et les liens fréquents avec la Péninsule y imposait un rythme de vie plus rapide, aligné sur les ennéades et non sur les années. Alors qu'un elfe pouvait reprendre une conversation entamée des années plus tôt sans que cela lui paraisse anormal, les habitants d'Ithri'Vaan ne voyaient pas la vie à si long terme et tenterait de clore le débat rapidement.

Eraïos revint ensuite sur le thème du débat, demandant quelques clarifications puisque la majeure partie de la discussion était demeurée fort obscure pour lui. Rien d'étonnant, le débit de paroles en elfique s'était révélé fort rapide et les termes employés appartenant rarement au langage courant mais plutôt à celui des spécialiste des arcanes de l'immatériel.


Oui en effet, nous débattions ce soir de la magie psychique qui est enseignée à l'académie d'Alëandir et des limites qu'il importe d'inculquer aux élèves. L'esprit, que ce soit celui d'un humain ou d'un elfe, est une entité fragile dans lequel un mage compétent peut entrer... pour soigner un traumatisme, réveiller des souvenirs ou créer des illusions. Mais un mage mal intentionné et suffisamment doué peut aussi forcer l'obéissance ou accéder à des secrets cachés, ce qui s'apparente alors quasiment à un viol mental.
Tout cela devrait être interdit, marmonna Raemben.
Ce n'est pas l'art qui est dangereux mais son usage. Une épée dans de mauvaises mains peut détruire des vie, mais bien maniée elle en sauvera. Il en va de même pour la magie.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 31 Juil 2018 - 19:33


Entendre Raemben maugréer pour opposer Hecil m'irritait. Ceux qui ne pouvaient voir que les risques et jamais les opportunités, préférant l'immobilisme au mouvement. Mais j'étais aussi un peu injuste, n'ayant pas son point de vue, ne comprenant pas sa vision du monde, et ne l'ayant pas entendu argumenter sur le sujet. Il ne livrait que la surface de ses convictions avec ces mots, et si la discussion avait eu lieu en elfique, il ne paraîtrait pas aussi opiniâtre.

En vérité, j'étais aussi très intéressé par ce que j'avais entendu. Pas seulement du point de vue philosophique, par rapport à ce que ça pouvait amener à la société et culture elfique que je ne connaissais pas encore bien de toute façon, mais d'un point de vue très pratique, et peut-être égoïste. Quelqu'un qui pratiquait cette magie pouvait probablement me délivrer directement des réponses concernant mon passé. Mes parents étaient peut-être à portée de main, finalement, après de si longues décennies. Les questions étaient formées dans mon esprit et je me lançai…

- Je…

- Eraïos, Raemben me posa une main sur l'épaule, m'interrompant, laissons notre hôte en paix, il nous a accueilli bien tardivement et je pense qu'il apprécierait de reporter une éventuelle fin à cette discussion. Hecil, un hochement de tête vers l'intéressé pour le saluer, alors qu'il venait de passer à l'elfique, merci pour cette soirée très intéressante, au plaisir de vous rencontrer à nouveau.

Raemben, toujours la main posée sur mon épaule, m'entraina – probablement plus brusquement qu'il ne l'avait voulu – loin de la demeure d'Hecil, vers là où nos quartiers temporaires se trouvaient. Je n'avais pas voulu faire de scène, mais ma frustration était énorme, et j'en voulais à Raemben de ne pas avoir pu en venir au sujet qui me tenait le plus à cœur. Tripotant mon pendentif qui était à ce moment là accroché à mon cou, il le remarqua, et me murmura.

- Eraïos, tu n'as pas besoin de magie pour ça, surtout une magie aussi dangereuse… Tiens, je vais accentuer les recherches, prête moi ton pendentif, j'ai une idée et j'en aurais besoin demain.

Il voulait peut-être réellement mon bien, je lui tendis le pendentif, lançant un dernier regard d'espoir bien qu'un peu triste avant de me remettre à marcher.

***

La discussion avait eu lieu deux jours plus tôt, et alors que la fin de la matinée approchait, une simple porte séparait Raemben et Eraïos. Le premier avait la main tremblante posée sur la poignée depuis quelques minutes, le deuxième ne se doutait de rien. Quelque chose qui pouvait s'apparenter à un drame avait eu lieu il y a quelques heures. Entre deux rendez-vous avec des potentiels aides dans la recherche des parents d'Eraïos, Raemben avait égaré le pendentif, et était incapable de le retrouver, avec une grande tristesse, il devait annoncer à Eraïos qu'il avait échoué, et qu'ils ne pourraient probablement plus rien tenter. Mais il n'allait pas fuir.

***

- Va t'en… Et ne reviens pas…

Je n'avais l'énergie que pour ces quelques mots, et Raemben n'insista pas, se retirant. Il ne m'avait même pas promis de continuer à chercher le pendentif. Tous mes espoirs venaient de s'écrouler. J'étais coincé entre deux mondes, sans attache, et maintenant sans guide. Je lui avais fait confiance, je m'étais trompé. J'avais peut-être fait une erreur en quittant la Péninsule. Peut-être que les elfes n'étaient pas aussi accueillants qu'ils en avaient l'air. Le sentiment de trahison était trop puissant pour que je l'ignore. Et il fallait encore que je prenne une décision sur mon avenir. Ma confiance des elfes, des miens, s'était effritée, rester en Anaëh n'était même pas une certitude.

***

Raemben n'avait bien évidemment pas cessé ses recherches, mais il désespérait de trouver ce maudit pendentif. Il n'avait aussi pas aperçu Eraïos depuis quelques jours, l'évitant, principalement pour lui laisser le temps de digérer dans le cas où il ne retrouverait pas le pendentif. Et ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il allait manquer à quelques minutes près une scène qu'il aurait tenté d'arrêter. Il était passé à côté de la demeure d'Haldren, sans réaliser que là était le plan le plus sérieux d'Eraïos. Mais être là n'aurait rien résolu, et aurait même pu faire escalader ce conflit désespéré entre un elfe perdu et le monde qui l'entourait.

***

Quelques jours s'étaient encore écoulés, et Raemben avait soigneusement évité de me croiser. Je ne pouvais pas me résoudre à accepter qu'il l'ait égaré involontairement, après m'avoir empêché de savoir où il se rendait. Il était dans mon esprit responsable de ce qui m'arrivait, ou en tout cas, la dernière pièce au puzzle. La personne de confiance qui vous enfonce un couteau dans le dos, le compagnon de voyage qui dévore vos dernières rations sur la fin d'un long voyage, une personne que vous ne souhaitez plus jamais revoir même si vous survivez, mais lui dire au revoir vous laisse seul avec vous-même, et vous n'êtes pas certain de pouvoir terminer le voyage seul mais vous n'avez plus que ça.

J'avais complètement cédé à la paranoïa, j'avais décidé que tous les elfes voulaient ma peau, qu'ils avaient même été responsables de mon exil. Mes parents avaient dû aller contre leur immobilisme, et ils avaient été punis. En tout cas, je devais m'échapper de cette forêt, qui m'avait déjà accueilli par le mal de la Symphonie, j'aurais dû m'en douter. Mes pas commençaient déjà à me mener vers l'extérieur de la forêt, mais remarquant une demeure sur mon chemin, Hecil et une solution me revint à l'esprit. Il était probablement là, et j'étais prêt à tout. En l'absence d'indice tangible, il restait mon esprit à déverrouiller.

J'étais devant une porte, la même que j'avais franchie une ennéade plus tôt sans savoir ce que je faisais là, mais j'étais décidé, et si Hecil était capable de pratiquer la magie dont il avait parlé, je… je… je le supplierais. Pour être honnête, j'avais l'air totalement pitoyable, les yeux humides et vides, et je n'avais rien à proposer en retour. Quelques coups sur la porte plus tard, j'attendais, qu'un sauveur l'ouvre.

Et lorsque un sauveur ouvrit la porte…

- Je n'aurais jamais dû venir en Anaëh j'ai été trahis je ne pourrais jamais savoir d'où je viens j'ai besoin de votre aide.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mer 1 Aoû 2018 - 8:35

Haldren regarda d'un air quelque peu étonné le prêtre tirer littéralement son jeune protégé pour l'emmener avec lui. Difficile de deviner les raisons de ce départ brusqué, mais l'ancien Triumvir soupçonnait qu'Eraïos s'apprêtait à parler d'un sujet que Raemben ne souhaitait pas mettre sur la table en présence d'un inconnu. Haussant les épaules, il se dit qu'au fond cela ne le concernait pas et qu'il serait bien malpoli d'interférer dans les affaires des autres. La fatigue jouant également son rôle après cette soirée de débat, Haldren referma la porte et monta se coucher en baillant à s'arracher la mâchoire.

Plusieurs jours s'écoulèrent paisiblement sans nouvelles des deux elfes. Haldren continuait à mener ses propres affaires afin de mettre en place des liens commerciaux avec la cité de Thaar et le gang qu'il dirigeait là-bas en sous-main. Ses visites à nombre d'artisans locaux lui confirmèrent les fructueuses possibilités qu'un tel commerce pouvait lui fournir : des substances peu courantes en Anaëh atteignaient des prix faramineux au dehors, tandis que d'autres produits venus du sud de la Péninsule, d'Abyssea ou en Ithri'Vaan lui permettaient d'assurer un troc constant au sein de la cité de Malereg. Bien que l'économie elfique d'Anaëh ne soit pas basée sur la mercantilisation et les échanges de devises, la loi de l'offre et de la demande demeurait une constante à tout comportement de civilisation évoluée.

Un soir, alors que les rayons du soleil commençaient à décliner et qu'Haldren sirotait tranquillement un verre tout en lisant un manuscrit sur l'histoire des clans Noss de la région qu'un érudit lui avait laissé la veille, des coups retentirent à sa porte. Surpris car n'attendant personne, l'archimage se leva et alla ouvrir, tombant sur un Eraïos au bord des larmes, des cernes profonds sous les yeux et qui balbutia des mots sans suite à propos d'une trahison, d'une origine à jamais perdue et d'un besoin d'aide. Comprenant que l'elfe se trouvait au bord de la crise de nerfs et soupçonnant que son départ rapide imposé par Raemben pouvait ne pas être totalement étranger à la situation présente, Haldren ouvrit la porte et fit signe à son visiteur d'entrer.


Viens.

Dans de tels cas, il fallait prendre les choses en main et agir avec la plus grande détermination pour rassurer un interlocuteur fortement troublé. Guidant Eraïos jusqu'au salon, Haldren le fit s'asseoir dans un fauteuil et lui servit un verre d'alcool nain acquis non sans mal malgré la relative proximité de la frontière du Zagazorn. Fabriqué dans la région du Nivor, cet alcool était considéré comme léger par les dawis mais ravageait par le feu les autres races à la constitution moins robuste. Toutefois, face à une crise de nerfs cela s'avérait un remède souverain.

Tiens, bois-ça.

Haldren s'en servit lui aussi un verre et vint s'installer sur le second fauteuil situé en face de celui d'Eraïos. Cette affaire semblait bizarre et afin de la tirer au clair, il lui fallait apprendre suffisamment de détails pour réussir à en trouver la source.

Bien, maintenant expliques moi ce qu'il se passe.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Sam 4 Aoû 2018 - 19:31


L'alcool n'était pas une première pour moi, et l'on m'avait fait boire notamment avant mon premier duel face à un pauvre gamin envoyé par ses parents à la mort face à moi. Si mes souvenirs étaient bons, sa famille disputait un seul animal à une autre, et malheureusement, le seigneur de l'époque avait décidé que leur cause ne valait pas le coup d'être, et que je la résoudrais par le sang. Le combat avait duré moins de deux minutes, et l'esprit embué par l'alcool, j'avais oublié le visage de ma première victime.

J'avais accepté le verre d'alcool sans dire un mot, et avalai une longue gorgée très rapidement. Je ne m'attendais pas à un alcool si fort cependant, et j'encaissai le choc avec une grimace. Choc qui allait ironiquement me faire redescendre les pieds sur terre, du moins au début, et surtout me faire oublier la colère, la frustration et le désarroi qui étaient miens quelques instants.

- Je crois déjà vous avoir parlé de mon passé, et du fait que je ne connais rien de ce qui m'a mené à la Péninsule ? Quand j'ai retrouvé ma liberté après avoir survécu à de trop nombreuses générations de la famille de nobles dont j'étais le servant je ne me voyais pas faire autre chose que de retrouver mes semblables en Anaëh, et c'est la raison de ma présence ici. Je n'avais qu'une seule piste à suivre pour mener jusqu'aux miens et ma raison de ma présence en Péninsule au début de ma vie, un pendentif complexe fait des arbres dorés de la région.

Une courte pause suivit, et je me retirai à l'intérieur de moi-même pour prendre un peu de recul. Pour l'instant, rien qui ne pouvait expliquer mon état de détresse n'avait été dit. Mon état second précédent estompé grâce à l'alcool, je commençais à douter de ma présence ici. Le doute n'était pas porté sur l'intrusion mentale, mais sur ma capacité de faire confiance à Hecil mais aussi sur le manque de confiance que j'avais dans mes conclusions. Jusque là, je pouvais encore faire demi-tour, prendre du recul, essayer de rationnaliser les événements autour de moi, même le comportement de Raemben, comme je le faisais tout le temps. Mais après une nouvelle gorgée, c'était sans compter sur l'alcool, qui après m'avoir guéri de mes maux allait gommer mes incertitudes, pour le meilleur ou pour le pire.

-  Lorsque nous nous sommes rencontrés, Raemben avait peur que je vous demande de l'aide. Ma seule piste n'amenait aucun résultat, et vous veniez de mentionner une magie de l'esprit. Pour peut-être me faire croire qu'il ne voulait que mon bien, il m'a poussé à lui confier mon pendentif. Au bout de quelques jours, il est venu m'apprendre sa disparition, ou de sa destruction, probablement. Je ne sais pas quelles raisons l'ont poussé à me trahir de cette façon, ou même s'il m'a trahi, mais je ne peux lui faire confiance, ni à ceux qui m'ont confié à lui.

Je m'étais déjà un peu plus confié, la marche arrière était de moins en moins possible, alors que mon esprit continuait de s'embuer légèrement, je pensais maintenant pouvoir faire confiance à Hecil, sur la seule base que nous partagions une langue et qu'il m'écoutait sans m'avoir interrompu encore. Je n'avais aucune idée de ce qu'il me faudrait pour le convaincre, et décidai donc d'être le plus direct possible, et d'aviser ensuite, en lui laissant le temps de réagir au flot d'informations. Ces scènes commençaient à devenir une habitude d'ailleurs.

- C'est là où je pense que vous pouvez entrer en jeu, Hecil. Si vous êtes capable de pratiquer la magie dont vous avez parlé il y a une ennéade et collecter les informations que je recherche directement dans mes souvenirs, je suis prêt à beaucoup.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Lun 6 Aoû 2018 - 15:35

Haldren resta un long moment muet, traitant mentalement les informations reçues d'Eraïos qui éclairaient sous un jour nouveau l'attitude tant de l'elfe que de son accompagnateur prêtre de Kÿria. Ainsi donc il s'agissait bien d'un égaré au même titre que lui, mais leurs histoires n'avaient strictement rien à voir et l'un cherchait son passé là où l'autre poursuivait son avenir. Dès lors rien d'étonnant à la réaction abrupte de Raemben qui devait craindre justement qu'une telle conversation ne vienne sur la table, frôlant ce qu'il estimait constituer une hérésie.

Ce n'est pas aussi simple, Eraïos.

Reposant son verre, l'ancien Triumvir de l'Elda se frotta le front comme pour s'éclaircir les pensées. Il n'aurait pas cru que son visiteur pourrait lui demander de forcer son esprit comme un cambrioleur pour y trouver des réponses sur ses origines. Certes le besoin, l'envie, le désir de comprendre ses origines et de se placer dans une véritable histoire familiale pouvait agir comme un moteur puissant, mais Eraïos semblait sous-estimer les récifs qu'il lui faudrait traverser pour espérer atteindre son but.

La magie psychique est l'une des plus instables qui soit, l'esprit n'étant pas une matière inerte et réagissant aux sortilèges d'une manière souvent imprévisible voire parfois violente. Il me serait en effet possible de pénétrer dans ton esprit pour y chercher des souvenirs enfouis au plus profond de ta mémoire. Mais es-tu conscient des risques ? Je ne parle pas de l'expérience en elle-même qui serait fort désagréable pour toi, ni même de la possibilité qu'il n'y ait aucun souvenir exploitable. Je me doute que tu serais prêt à accepter cela.

Comment expliquer au jeune elfe que c'était une folie ? Comment lui enlever cette illusions sans briser ses espoirs ?

Ce que je veux dire, Eraïos, c'est qu'il m'est impossible de te garantir que tu sortirais de ce rituel sans aucun effet secondaire. Si ton esprit réagit mal à l'intrusion ou si je commets une erreur, les effets peuvent être incalculables... perte partielle ou totale de ta mémoire... folie passagère... voire permanente. Et plus il me faudra du temps pour trouver des éléments utiles dans ta quête, plus le risque augmentera.

Une analyse partielle de la mémoire de l'elfe serait sans grand danger, mais les souvenirs qui se trouvaient reliés aux années de la petite enfance, quasiment à la naissance, seraient enfouis sous des amas considérables d'autres informations qu'il faudrait magiquement écarter sans les abîmer. D'une certaine façon, Eraïos lui demandait de récupérer un objet situé au milieu d'un château de cartes géant... c'est-à-dire de son esprit. Haldren préférait ne pas imaginer l'état dans lequel il récupérerait le jeune elfe s'il faisait s'effondrer malencontreusement le château.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 7 Aoû 2018 - 11:55


- Je…

J'étais empli de doute, forcément. J'avais soupçonné que les choses ne seraient pas aussi simples, mais je n'avais pas imaginé des risques aussi grands et surtout incertains. Mais comme pressenti, Hecil semblait connaître les détails d'une telle entreprise et si c'était une des seules personne capable de la mener à bien en Anaëh, ce doute rationnel ne ferait que me retenir. Les pistes naturelles n'ayant pas abouti et mené droit dans des murs, une magie bien que dangereuse semblait être ma seule chance. La magie... C'était un concept intégralement nouveau pour moi, et j'étais prêt à m'abandonner à elle sans ne rien y comprendre…

- Je ne pense plus avoir le choix, j'accepte les risques. Je ne trouverais pas ma place tant que cette question n'est pas résolue, et je n'aurais peut-être jamais de seconde chance. Mais merci de vous inquiéter pour moi…

Le doute laissa place à l'espoir, les réponses que je cherchais étaient peut-être à portée de main. Beaucoup auraient pu trouver leur place sans connaître leur passé, et je pensais en faire partie lorsque j'avais quitté la péninsule et trouver mes parents n'était pas un objectif urgent en soit. Lorsque Raemben m'a rencontré, il m'a laissé entrevoir un espoir trop grand auquel je n'ai pu résister par le biais du pendentif. Sa trahison était d'autant plus dure que c'était lui qui m'avait poussé à chercher les miens avec insistance pour ensuite réduire mes attentes en miettes. Et de là, je ne pouvais plus rien faire d'autre que démêler le vrai du faux et comprendre d'où je venais.

- Il me reste une dernière question, suis-je la seule personne en danger ? Suis-je la seule personne à pouvoir prendre la décision ? Je ne voudrais pas vous mettre en danger. J'accompagnai ces mots d'un timide regard vers mon interlocuteur, espérant une réponse qui m'arrangerait, si j'étais le seul responsable, tout serait plus simple.

Etrangement, c'était l'excitation qui allait prendre le dessus à l'approche du rituel. J'avais vécu toute ma vie dans un confort certain, dans une famille de noble, participant à des combats à mort gagnés d'avance, et après un long voyage, j'avais été confié à un prêtre qui avait comme rôle de faciliter mon adaptation en Anaëh. Mais ici, aucune certitude, j'étais face à l'inconnu, le risque n'était pas qu'un concept. Bien sûr, je ne me jettais pas non plus dans le danger de plein cœur, mais l'idée était presque rafraichissante, et à partir du moment où les risques étaient pris pour de bonnes raisons, il était toujours mieux de s'y jetter avec de la bonne humeur plutôt que du pessimisme.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 7 Aoû 2018 - 12:45


Doser le risque. Mesurer le danger. De telles notions sont fréquentes pour les stratèges militaires lorsqu'ils établissent leurs plans de campagne sur leurs cartes d'état-major, mais il ne s'agissait pas cette nuit-là de jouer avec la vie des soldats d'une lointaine garnison. Eraïos prenait un risque pour lui-même, il allait devoir sortir de la tranchée et accepter l'idée de pouvoir recevoir un tir. Une telle décision demande du courage, apparemment le nouveau venu en Anaëh n'en manquait pas. Sa question sur les risques partagés prouvait également une certaine empathie, la preuve qu'il acceptait plus facilement de prendre des risques pour lui-même que d'en faire courir à d'autres.

Je mentirais en disant que je n'en cours pas, mais ils seront limités et je saurai les gérer. C'est ton esprit qui servira de réceptacle au sortilège, c'est surtout lui qui sera endommagé en cas de problème.

Inutile d'essayer de faire revenir Eraïos sur sa décision, l'elfe semblait bel et bien décidé à éclairer son passé grâce aux sortilèges de l'archimage. Puisque tout semblait décidé et qu'un refus risquait de le plonger dans une terrible dépression dont rien ne le sortirait, autant le prévenir afin de lui éviter toute surprise durant le rituel.

Sous l'emprise du sortilège, nous allons nous retrouver dans une construction magique issue essentiellement de ton esprit et dans une moindre mesure du mien. Ce monde te semblera aussi réel qu'ici mais il ne sera en réalité qu'issu de ton imagination et permettra au sortilège d'y faire "revivre" tes souvenirs. Ne t'étonnes donc pas si tu retrouves des gens que tu as connus ou des lieux dans lesquels tu t'es rendu. Mais attention, nos esprits ne sont pas fait que de souvenirs, nos peurs et démons intérieurs peuvent eux aussi se matérialiser dans ce monde, ils y seront eux aussi bien réels et à ce titre dangereux.

Clair ? Pas sur, mais Eraïos comprendrait assez vite. Ecartant les doigts, Haldren y invoqua une sphère lumineuse chatoyante où milles couleurs fériques dansaient dans un ballet perpétuel et gracieux que l'oeil peinait à suivre. Les deux elfes se sentirent instantanément attirés par le spectacle au point de ne plus pouvoir en détacher le regard et il leur sembla que la sphère grossissait de seconde en seconde jusqu'à emplir tout l'espace autour d'eux. La danse lumineuse s'accélera et s'amplifia, les forçant à plisser les yeux tant les lueurs les aveuglaient.

L'instant d'après, ils se retrouvèrent... ailleurs.


jet de dés:
 

Lorsqu'Haldren rouvrit les yeux, il se trouvait seul dans une forêt inconnue, sur un petit chemin à peine visible s'enfonçant sous les frondaisons. Un renard à la queue soyeuse le fixa quelques secondes avant de détaler dans un buisson touffu mais il semblait s'agir de la seule forme de vie à proximité. Regardant rapidement autour de lui, l'archimage constata à son grand désarroi qu'il n'y avait malheureusement aucune trace de son compagnon.

Merde, nous ne sommes pas arrivés au même endroit !
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mer 8 Aoû 2018 - 14:29


Tout était allé très vite, et il n'y avait eu que quelques minutes entre la confirmation que j'étais prêt à me mettre en danger et le début du rituel. Hecil n'avait pas hésité un instant, alors qu'il m'avait avoué qu'il serait légèrement mis en danger. Peut-être qu'il appréciait l'exercice, lui qui avait semblé si captivé par ce qu'il défendait lors de la soirée où je l'avais aperçu pour la première fois. Quoi qu'il en était, mon attention s'était rapidement portée sur la sphère lumineuse qui se retrouvait devant moi, jusqu'à ce qu'elle remplisse intégralement mon champ de vision et que je me perde dedans.
***

Lorsque j'ouvris mes yeux, j'étais nulle part. Le néant m'entourait, alors qu'un regard vers mes pieds me confirmait que j'étais bien moi, et que malgré l'absence totale de source de lumière, je pouvais me voir. Je pouvais m'entendre également, lorsque j'appelai Hecil d'une voix hésitante. Mais aucune réponse ne vint, et rien ne changea pendant de longues minutes, ou étaient-ce des heures, voire des jours ? Je n'avais rien qui puisse m'aider à me repérer dans le temps comme dans l'espace, et j'avais abandonné l'idée très vite. Puis soudain, une étoile apparut dans les cieux vides, une étoile qui se rapprochait à vive allure.

A l'approche de la lumière, je me rendis compte que ce n'était pas une étoile, et lorsqu'elle m'enveloppa, je me retrouvai au milieu d'un spectacle de chaos. Les images défilaient plus vite que je ne pouvais les comprendre, et j'étais un instant dans la chambre d'Eiva, puis sur un chemin de l'Anaëh, puis dans une arène gorgée de sang, sans jamais s'arrêter. Des dizaines de visages apparaissaient et disparaissaient à une vitesse ahurissante sans que je ne puisse les reconnaître. Après les images vinrent les sons, et à chaque fois qu'une personne apparaissait, elle me dévisageait, et chuchotait des mots que je ne pouvais comprendre.

Je ne pouvais rester là, j'allais devenir fou, mais je n'avais aucune issue. Me prostrant sur le sol qui continuait de changer de consistance à une vitesse folle, je fermai les yeux. Les voix ne cessaient jamais, et je posai mes mains sur mes oreilles. Les voix n'allaient pas se taire pour autant, et je les entendais plus clairement dans mon esprit, sans pouvoir en comprendre le sens. J'entendais Eiva, j'entendais les dizaine de Thaelaf que j'avais connu, j'entendais le râle de ceux que j'avais tué, j'entendais les sons de l'Anaëh, et une voix parmi les voix restait omniprésente, celle de Raemben.

Je fis l'effort nécessaire pour ralentir mon souffle et reprendre mes esprits. Je n'étais pas là pour être submergé par ce spectacle, je cherchais quelque chose de spécifique, de spécial, d'important. Lorsque je n'entendis plus une voix, je me relevai. Je ne sais pas comment j'avais fait ça ou si c'était même de mon fait, mais mon environnement s'était stabilisé. J'étais chez Hecil, assis, un verre à la main, et il me regardait.

- Ce n'est pas aussi simple, Eraïos.

Quoi ? Je ne savais pas ce que je trouvais familier dans cette phrase, mais quelque chose n'allait pas. L'avais-je déjà entendue, dans une autre vie? Le rituel avait-il échoué? Quel rituel?

Dans tous les cas, lorsque Hecil avait prononcé mon nom, j'avais eu l'impression de l'entendre en double, et dans une des deux versions, il semblait plus vrai que dans l'autre, alors qu'il ne provenait pas de cet Hecil qui était devant moi qui paraissait bien réel. Plus rien ne faisait aucun sens.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mer 8 Aoû 2018 - 15:00


Haldren avait commencé à marcher d'un pas rapide le long du chemin forestier avant de réfléchir sur l'inutilité de son acte. Les réflexes agissaient trop souvent d'eux-mêmes sans se voir sérieusement assumés par la logique, car il se trouvait désormais dans un monde chimérique où la notion de distance ne valait que par sa compréhension personnelle. L'aurait-il souhaité qu'il aurait pu courir à la vitesse d'un guépard pour l'éternité, mais l'archimage se retint d'une action aussi puérile qui ne pouvait que déstabiliser l'ensemble fragile créé par son sortilège. Mieux valait se limiter à des actions que la réalité considérerait comme normales, au risque sinon d’abîmer irrémédiablement l'esprit dans lequel il se trouvait présentement.

Néanmoins il lui fallait remettre la main sur Eraïos, lequel pouvait se trouver à peu près n'importe où parmi la myriade de réalités que son esprit créait ou détruisait à chaque seconde. Comment ? Un sourire apparut sur les lèvres délicates de l'ancien eldéen lorsqu'une idée lui vint. Se concentrant, Haldren visualisa les derniers moments passés chez lui avant de déclencher le rituel, souvenir encore frais et vivace tant dans sa mémoire que dans celle de l'elfe qu'il recherchait. A partir de ce point d'ancrage commun, il pourrait peut-être réussir y attirer Eraïos. Incantant, le sortilège prit forme et...


jet de dés:
 

...Ce n'est pas aussi simple, Eraïos.

Lorsque ces paroles franchirent ses lèvres, le monde se mit à tourbillonner follement et l'archimage se retrouva d'un coup à Malereg face au jeune visiteur en quête de son histoire. Le succès était au rendez-vous et les deux elfes se trouvaient ramenés dans le souvenir désiré qui venait de leur permettre ces retrouvailles. Se levant, Haldren claqua dans ses doigts pour exprimer tant sa satisfaction que son impatience.

Parfait ! Nous nous sommes retrouvés grâce à ce souvenir récent ! Viens, nous n'avons pas l'éternité devant nous et il faut sans plus tarder entamer nos recherches.

jet de dés:
 

Lorsque l'archimage ouvrit la porte, ils arrivèrent dans la cité de Malereg qui en apparence semblait toute pareille à celle du monde réel dans lequel ils vivaient l'un et l'autre. Haldren reconnut aisément la taverne au coin de la rue, les arbres à l'angle de sa maison, la barque située au pied de l'embarcadère près du lac, tout lui semblait familier comme si le rituel n'existait pas et qu'il se soit juste endormi quelques heures. Mais l'archimage savait bien que cette construction demeurait illusoire et son regard affûté fouilla les alentours à la recherche de tout indice qui lui indiquerait la présence de souvenirs plus anciens.

Le rituel créé ce monde à partir de nos souvenirs. Je ne suis à Malereg que depuis quelques énneades, donc si nous trouvons un élément qui ne correspond pas au "présent" sur Miradelphia, il faudra y voir la preuve d'un souvenir datant de ta petite enfance que le sortilège aurait été repêché au fond de ta mémoire.

Eraïos avait-il été à Malereg étant bébé ou tellement petit que les brides de souvenirs se trouvaient trop profondément enfouies pour qu'il y accède consciemment ? A cette question Haldren ne pouvait apporter de réponse, mais il comptait bien sinon prendre la route d'Alëandir en pariant sur le fait que la famille de son jeune compagnon pouvait y être passé.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Jeu 9 Aoû 2018 - 16:06


J'avais pu me ressaisir grâce aux mots d'Hecil, il aurait pu être une nouvelle illusion mais ce qu'il racontait semblait au moins nouveau, et pas directement tiré de mes souvenirs. Nous étions maintenant à Malereg, comme nous l'avions laissée avant le rituel. Hecil m'encourageait à chercher des détails qui n'avaient rien à faire là, mais je n'avais pas énormément d'espoirs. Mon temps passé en ville avait était mouvementé, et s'il y avait une chose que je n'avais pas faite c'était repérer les lieux. Aussi, et je venais à peine de m'en rendre compte, je pouvais déjà apercevoir plusieurs versions de Raemben autour de nous deux, parlant à d'autres versions de moi. C'était probablement logique que les souvenirs les plus récents soient aussi présents mais je ne souhaitais pas m'éterniser ici.
Jet de dés:
 

Toutes les versions de Raemben étaient cependant trop absorbées dans leurs discussions pour être intéressées par moi ou par Hecil, et j'entrainais ce dernier loin de Malereg en lui attrapant le bras. Hecil m'avait expliqué les règles de ce monde fictif assez clairement et c'était à moi de mener la danse si je voulais pouvoir retrouver ce que je cherchais. Mon premier plan était de me déplacer dans la forêt pour voir les influences principales de mes souvenirs, logiquement, si j'avais passé du temps en Anaëh mes expériences récentes de la forêt devraient être mélangées à des expériences plus anciennes, même si je ne pouvais pas trop deviner l'influence d'Hecil sur ce que nous voyions.
Jet de dés:
 

Notre trajectoire était à peu près une ligne droite dans l'Anaëh, et après un certain temps qu'il était impossible de mesurer, je m'arrêtai et lança un regard vers Hecil qui m'avait suivi.

- On a vu un peu de la forêt déjà, j'ai remarqué qu'il y avait deux versions, une dépourvue de détails précis avec des arbres beaucoup trop grands, et une beaucoup plus précise avec des arbres de taille plus raisonnable, je soupçonne que mes souvenirs exagèrent leur taille parce que j'en ai moins l'habitude que vous. Et de ces forêts démesurées, je ne reconnais que trois variantes, une petite forêt en Péninsule agrandie, la clairière dans laquelle j'ai atterri pour ma première fois en Anaëh, et le chemin que j'ai arpenté entre Linaëh et Malereg. C'est bizarre, mais je pense que je n'ai pas connu l'Anaëh en dehors de ces trois occasions, ça ne semble pas possible...

Je restai pensif un instant, sans idée précise de ce que je devais faire maintenant, mais la réponse était évidente, on allait avoir du mal à démêler mes souvenirs de ceux d'Hecil tant que nous restions parmi les elfes, il fallait trouver un endroit où j'étais le seul à m'être rendu, et possiblement un des endroits qu'on pourrait relier à mon passé. Il n'y avait que la Péninsule et la demeure des Thaelaf.

- Nous devons nous rendre en Péninsule, c'est là qu'est la clé. N'y a-t'il pas un moyen plus rapide que la marche pour nous y rendre?

Hecil m'apprit que simplement penser à un lieu assez fort pouvait nous y emmener, et c'est ce que je fis après avoir fermé les yeux, m'imaginant la chambre d'Eiva qui était un des lieux où j'avais passé le plus de temps de son vivant, à moitié pour la revoir, même si je savais qu'elle ne serait que souvenirs et pas réelle.
Jet de dés:
 

Seulement, lorsque je m'étais concentré sur le lieu, j'y avais vu Eiva, et me concentrant sur elle, je n'y avais pas vu son visage heureux, ses yeux pleins de vie et un sourire qui illuminait son visage, mais des traits tirés et une mine déconfite. Le visage que j'apercevais à travers la fenêtre de sa chambre lorsqu'un duel allait y avoir lieu. Lorsque j'ouvris les yeux, je n'étais pas dans une chambre, mais dans la boue d'une arène non entretenue, et là les mots d'Hecil me revinrent, j'allais croiser mes peurs et démons intérieurs. Au lieu d'un paysan effrayé, j'étais en face d'une bête de muscles, comme je l'avais toujours redouté... Pour une fois, le duel allait être déséquilibré, mais pas en ma faveur. Regardant mes mains, je voyais des armes, mes armes, deux épées courtes, et si Hecil ne me sortait pas de ce mauvais pas, j'allais probablement devoir finir le combat.


Dernière édition par Eraïos le Dim 19 Aoû 2018 - 12:18, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Ven 10 Aoû 2018 - 12:20

L'Anaëh ne semblait pas pouvoir leur apporter de réponses, ce qui constituait une première surprise mais également un indice intéressant car il y avait donc dorénavant une probabilité non négligeable qu'Eraïos n'y ait donc quasiment jamais vécu. Après tout cela ne présentait rien d'impossible, car même si la majeure partie des elfes demeuraient sous les frondaisons de la Mère, d'autres vivaient en Ithri'Vaan voire en Péninsule. Sur la demande du jeune elfe, les deux voyageurs psychiques se concentrèrent donc sur la demeure des Thaelaf.

Haldren n'ayant bien entendu aucun souvenir de ces lieux, il se contenta de s'accrocher aux souvenirs résiduels qui émanaient de son compagnon et atterrit sur un chemin de ronde dominant une cour boueuse qui paraissait avoir pour vocation de servir d'arène de duel. A sa grande surprise, il y vit Eraïos faire face à une sorte de colosse qui devait peser trois fois son poids, et qui malgré cette masse maniait avec une agilité déconcertante une lourde hache de guerre à deux lames. L'aura chaotique qui entourait le géant indiquait assez clairement sa nature : non pas un souvenir issu de la vie de l'elfe en ces lieux, mais un cauchemar que son esprit n'arrivait plus à canaliser correctement.

Agir ? Intervenir ? L'archimage connaissait bien les règles du rituel et savait qu'utiliser directement son art arcanique au beau milieu des souvenirs d'un autre fragiliserait l'ensemble de l'édifice mental. De tels agissements ne devaient constituer que des solutions de dernier recours lorsque toutes les autres pistes seraient épuisées. Par contre, il demeurait dans les possibilités d'Haldren d'ajouter un élément à cette scène ; un élément issu de ses propres souvenirs et dont la nature ne serait pas trop déroutante pour l'esprit d'Eraïos. Or justement il venait de trouver un ajout qui pourrait faire pencher la balance du bon côté lors de ce combat à venir.

Se concentrant, il incanta et appela à lui un souvenir vieux de maints siècles.


jet de dés:
 

Juste devant Eraïos apparut sur le sol une épée longue dont la lame brillait d'une surprenante couleur mordorée. La garde ornée de joyaux en aurait déjà fait l'arme d'un duc ou d'un roi, mais sa vraie valeur venait du métal dans lequel elle se trouvait forgée.

Le morgarium...

Cet alliage mythique des dawis du Zagazorn, dont le secret de fabrication se transmettait uniquement de maître-forgeron en maître-forgeron, constituait le summum de l'art métallurgique sur Miradelphia. Une arme en morgarium tranchait plus efficacement que le meilleur des scalpels en se jouant des cottes de mailles comme d'un simple pourpoint, tout en offrant une résistance et une puissance d'arrêt équivalente à celle d'un rhinocéros en rut sous mauvais acide.

On murmurait d'ailleurs que la couronne royale de Garmin le Vengeur était forgée en morgarium et venait récemment d'être retrouvée dans les ruines de Kirgan, après avoir victorieusement résisté à un séjour de plusieurs années dans de la lave en fusion (ceci est exact, voire ici pour les détails : http://miradelphia.forumpro.fr/t20742-la-couronne-du-grand-roi).

Le colosse comme Eraïos restèrent un instant suspicieux face à cette lame de toute beauté apparue de nulle part.


Utilises cette arme ! cria Haldren à destination de son compère.

Restait à espérer que l'esprit de l'elfe et ses souvenirs accepteraient correctement cette modification de l'histoire, modification qui se révélait somme toute modérée. Après tout, une épée de grande qualité pouvait surprendre dans une petite bourgade péninsulaire, mais en terme de construction logique de la narration du souvenir cela ne créait pas d'incohérence inacceptable.


jet de dés:
 

Fort heureusement l'intervention de l'archimage ne semblait pas avoir perturbé les souvenirs au sein desquels ils se trouvaient et aucun effet notoire n'apparut.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Lun 13 Aoû 2018 - 18:20


L'aide que me fournit Hecil semblait dérisoire au premier regard. Une arme, rien qu'une arme, alors que j'en avais déjà deux entre les mains. Et pire encore, la lame de cette épée était beaucoup trop longue pour que je sache m'en servir aussi bien que mes épées courtes. Après une inspection un peu plus poussée, je me rendais compte que l'arme n'était pas comme les autres. Une garde ouvragée à l'ornement encore plus outrageux que ce que j'avais pu voir dans les armureries des Thaelaf qui me laissait penser qu'elle appartenait à quelqu'un de renom, mais ce qui m'attirait le plus était le fait que sa lame brillait plus qu'une lame devait briller. L'injonction d'Hecil ne me fit pas hésiter plus longtemps pour ramasser l'arme et lâcher une de mes lames courtes.

Seulement, j'avais déjà perdu trop de temps, et la brute, elle, n'avait pas attendu pour se ruer sur moi. L'arène était assez grande pour que j'aie le temps de voir venir la charge, mais je ne voulais pas y faire face directement, j'allais tenter une nouvelle téléportation, mais cette fois juste derrière mon adversaire, pour finir le combat rapidement. Levant mes armes devant moi en protection, je fermai les yeux et…

Jet de dés:
 

…les ouvris. Le dos du colosse était bien en vue, mais j'étais beaucoup trop loin pour faire quoi que ce soit. Je ne pouvais plus retarder le début du combat et l'excitation commençait déjà à monter. Alors que je n'avais plus d'autres recours, j'étais déjà sur lui le temps qu'il se retourne, le privant de l'avantage d'une charge. Le colosse était plus grand et plus fort que moi, mais ce n'était pas si important, j'étais beaucoup plus rapide que lui. J'avais décidé de faire un pari osé, l'homme était clairement issu de mes peurs, et plus je le craignais plus il serait puissant, donc l'idée était de désacraliser le combat, et pour la première fois de ma vie, je n'allais pas ôter la vie d'un malheureux mais me donner en spectacle. Une foule en délire apparut soudainement, comme si invoquée par mon pari.

Le sauvage essayait de me fracasser de sa hache. Des vivats étaient lancés à chaque fois qu'un coup pleuvait, alors que je me contentais pour le moment d'esquisser un pas de côté pour les esquiver. Je n'avais pas totalement confiance en mon arme et évitai de parer jusque là pour voir l'arme disparaître comme une simple illusion. Mais lorsque je ne pus esquiver un coup, mes deux armes croisées devant moi allaient encaisser le choc. La lame courte se brisa, et un fragment de métal allait se ficher dans mon bras gauche, provoquant une douleur que je ne pensais possible alors que j'étais dans mon esprit. L'autre lame était totalement indemne, et semblait même briller plus fort encore de son reflet rougeâtre. Lorsque je réalisai qu'il y avait une encoche dans le manche de la hache énorme de mon adversaire, tout devint plus clair, cette arme était un miracle. Je passai à l'offensive, entrant dans une sorte de transe.

***

Un coup sur le manche, un pas de côté… deuxième coup, encore un autre… un poing qui me frappe le ventre et m'envoie bouler en arrière… je me relève, un nouveau coup sur le manche, un craquement… le colosse frappe directement sur le sol après un autre pas de côté, la hache se casse en deux… il ramasse la tête de la hache… essaie de m'attraper avec… je me lèche le pourtour des lèvres, goûte le sang du dernier coup, passe à la vitesse supérieure… il s'essouffle, doit bouger plus maintenant que son arme est plus courte… il se repositionne mal, j'attrape son bras avec la lame, l'entaillant jusqu'à l'os… un deuxième coup… l'avant-bras tombe… la foule rugit… le colosse ne s'arrête pas… le bras tombe… l'illusion de la peur hésite, et bondit à nouveau… le deuxième bras tombe… la foule en délire… l'odeur du sang… une jambe… il git, face contre terre, remuant… je positionne la lame contre sa nuque… appuie un coup sec… la foule hurle, rit, pleure, me craint… je lève les bras, la victoire est là… un regard vers la tribune du noble… Thaelaf avec un grand sourire… la transe meurtrière arrive à son terme…

***

Il me fallut quelques minutes pour me remettre de mes émotions, je ne savais si j'aurais pu naturellement reproduire ce combat ou s'il était à expliquer intégralement avec mon pari, mais avec un grand sourire que je n'avais cessé d'arborer alors que les illusions scandaient mon nom, j'adressai Hecil.

- Je me serais bien passé de ça, mais… c'est fait… La prochaine destination, le noble propriétaire de ces terres, on va éviter les téléportations si ça ne vous dérange pas. Je… Nous allons croiser des choses qui peuvent me perturber ici, s'il faut me bousculer un peu pour que j'avance n'hésitez pas, tout n'est qu'illusion de toute façon.

Je traversai la cour, et encore une fois, je reconnaissais des visages, un peu comme à Malereg, où j'avais pu trouver plusieurs versions de Raemben. Ici une petite Eiva jouait avec un petit elfe complètement stoïque, là un maître d'armes hurlait des insultes à un jeune elfe en sueur, et au loin, Eiva quittait la demeure, chevauchant un cheval de l'écurie de la demeure. C'était la dernière fois que je l'avais vue avec des jambes fonctionnelles, et mon cœur se serra. Je voulus lui crier de ne pas y aller, de rester avec moi, mais je n'en étais pas capable. Pas parce que c'était futile et que mon bon sens m'en empêchait, mais parce qu'aucun son ne sortait, comme dans un cauchemar où la seule réaction disponible était de trembler sur place. Je fermai les yeux, baissai la tête, me la pris entre les deux mains, et claquai deux fois, avant de relever la tête comme si rien ne s'était passé.

Après avoir croisé une deuxième petite Eiva dans les couloirs, c'était seulement la deuxième illusion après le colosse à s'intéresser à moi, mais elle ne dit rien, et décida uniquement de s'agriper à ma jambe. Comme dans l'ancien temps, je ne dis rien, la laissa faire, et continuai mon chemin. Elle ne quitta pas mes jambes jusqu'à ce qu'elle disparut à l'ouverture du bureau de Thaelaf. La cacophonie visuelle et  qui y régnait était horrible. Il n'y avait pas moins que vingt-sept versions de Thaelaf – et sept générations de Thaelaf – qui parlaient, alors que vingt-sept versions de moi-même écoutaient, ainsi que quelques autres personnes moins définies. Ce n'était pas étonnant que ce lieu soit aussi peuplé cependant, chaque présence ici était synonyme d'événement important dans ma jeune vie, et j'en cherchais une en particulier. Me plaçant à l'endroit exact où je m'étais tenu en arrivant en Péninsule, avant même que je ne parle la langue des lieux, une discussion entre Thaelaf et un de ses amis.

- Hecil, je ne sais pas si vous êtes capable de ça, mais j'aimerais pouvoir isoler la discussion qui a eu lieu lorsque j'étais placé à cet endroit exact. Thaelaf, le premier noble – qui portait une moustache fournie – devrait être assis à son bureau alors qu'un homme de très petite taille se trouve à la porte, et c'est avec la version la plus jeune de moi-même, si on peut apprendre quelque chose ici, c'est dans ce souvenir.

***

Si Hecil pouvait exaucer son vœu, Eraïos apprendrait que le petit homme avait été responsable de l'achat du petit elfe en Ithri'Vaan dans une vente d'esclaves aux enchères, et il donnerait assez de détails pour éventuellement la localiser. Les deux elfes pourraient peut-être s'y rendre en suivant.


Dernière édition par Eraïos le Dim 19 Aoû 2018 - 12:17, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 14 Aoû 2018 - 12:00


Le combat fut de toute beauté et Haldren se fit mentalement la réflexion qu'EraIos aurait pu embrasser une carrière de gladiateur dans les arènes de Thaar si sa voie avait été différente. Bénéficiant d'une arme d'excellente qualité, le jeune elfe en fit intelligemment usage à son avantage pour démolir coup après coup la lourde hache de la brute et au final découper sans pitié son adversaire comme un boucher débitant une carcasse à l'étal. De la violence ! Du sang ! Du muscle ! Encore, encore, criait le public fictif !

Le cauchemar ayant été victorieusement banni, les deux elfes marchèrent jusqu'au bureau du seigneur de Thaelaf où les attendaient pas moins d'une vingtaine d'humains parlant tous en même temps. Capharnaüm causé par la longévité d'Eraïos qui avait vu se succéder les seigneurs les uns après les autres, et dont la mémoire embrouillait l'ensemble au point de rendre tout discours incompréhensible. Suite à une demande de son compagnon, l'archimage se concentra pour isoler le souvenir précis qui les intéressait, action assez malaisée car il ignorait à peu près tout de cette seigneurie ou de ses occupants ainsi que du contexte. Allait-il relever avec succès le défi ?


jet de dés:
 

Les nombreux seigneurs de Thaelaf se dissipèrent, n'en laissant qu'un seul d'âge mûr et qui toisait dédaigneusement un homme de très petite taille faisant des courbettes obséquieuses devant le bureau. Aucune trace par contre du jeune Eraïos mais le souvenir pouvait être incomplet dans la mesure où l'elfe nouvellement arrivé en Péninsule n'avait pas du ouvrir la bouche lors de cet entretien. Néanmoins cela surprit quelque peu Haldren qui s'interrogea sur un souvenir recréé de manière incomplète... mais la discussion entre les deux hommes coupa net sa réflexion.

Le Puy d'Elda, tu dis ? Ne me mens pas, canaille !
Oui monseigneur, l'Elda. Foi d'Endor Kern je vous le garantis, mes contacts là-bas ne m'auraient pas menti sur son origine.

L'image se dissipa sans qu'ils puissent en apprendre plus. L'Elda ? Eraïos serait donc natif de l'Elda ? Ce n'était pas impossible en soit, des elfes esclaves vivaient effectivement là-bas et pouvant avoir donné naissance au jeune compagnon de l'archimage. Cela expliquerait ses origines obscures, car si ses parents avaient réussi à l'arracher à l'emprise des drows, ils auraient sans nul doute veiller à l'envoyer aussi loin à l'Ouest que possible, en Péninsule. Mais une telle hypothèse laissait donc deviner que les parents d'Eraïos croupissaient probablement dans les terrifiantes geôles du Puy.

jet de dés:
 

Alors qu'Haldren s'apprêtait à commenter la scène qu'il venait de vivre, une douleur pointa sous son crâne. Le fragile équilibre des sortilèges qu'il utilisait pour maintenir "réel" les souvenirs d'Eraïos venait de frémir. Rien d'alarmant dans l'immédiat et l'ensemble tenait encore solidement mais le temps commençait à leur être compté pour mener à bien leur enquête s'ils voulaient éviter des ennuis plus sérieux pour leur santé mentale.

Merde, le rituel commence à faiblir... il... il y a eu comme une incohérence. Nous devons nous hâter. Quelle piste prenons-nous ? Nous pouvons nous tenter d'en apprendre plus sur Endor Kern qui n'est pas natif d'Elda puisqu'il est humain, probablement vient-il d'Ithri'Vaan. Ou alors nous pouvons nous rendre directement au Puy d'Elda et y chercher tes souvenirs de ta naissance là-bas.

Pressé, Haldren aurait tenté directement le Puy mais la décision en revenait à Eraïos, qui jouait beaucoup plus gros dans cette partie et devait donc effectuer lui-même des choix aussi structurants.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 14 Aoû 2018 - 14:06


Je ne voulais pas écouter Hecil, ce qu'il disait était impossible. Je ne pouvais venir du Puy, c'était la pire chose que je pouvais entendre… Mes parents seraient morts… ou en captivité, inaccessibles. Non, je n'acceptais pas cette réponse, je ne pouvais me fier à ce que je venais d'entendre, on ne savait même pas de quoi l'homme parlait, on ne savait même pas quand avait eu lieu la conversation, et il n'était pas devant le bureau ce jour là, il était à la porte, derrière moi ! Hecil parlait d'une perturbation dans le souvenir, peut-être qu'elle était la cause du mauvais positionnement des protagonistes de la discussion, mais comment pouvait-on faire confiance à ce que nous voyions ?

- C'est impossible… c'est impossible… Vous parlez vous-même d'une incohérence… C'est bien l'homme en question, mais je ne peux faire confiance à ce que je viens de voir. Trop de choses sont incorrectes, il était derrière moi et… Thaelaf n'était pas aussi en colère, il avait même un sourire, il était heureux, il ne me détestait pas encore et venait de recevoir son elfe.

Je redevins pensif un moment, essayant de me ressaisir, la frustration était grande et j'avais l'impression de louper quelque chose. J'avais rencontré cet homme plus d'une fois en ces lieux, peut-être qu'Hecil pourrait faire quelque chose de plus précis s'il arrivait à collecter assez d'informations.

- Je n'ai d'autre choix que de vous demander de continuer sur la piste que représente cet homme, cette conversation ne nous a pas avancé et je ne peux me baser sur elle seule, qu'importe le temps qu'il nous reste et les risques que je prends. Je pense l'avoir rencontré plusieurs fois, voir d'autres versions de lui peut peut-être confirmer si on peut faire confiance à celui que l'on a vu.

J'amenai Hecil tour à tour là où des souvenirs que je pensais avoir oublié s'éveillaient. Là dans une salle à manger, où il se trouvait assis à une table et mangeait de manière peu ragoûtante, avec du jus dégoulinant sur son menton, là sur un cheval sortant de l'écurie, quittant le manoir, et là me portant ce que je pensais être un paquet à bout de bras en montant les marches menant vers l'entrée du manoir.

Jet de dés:
 

- Là, regardez, il avait une cicatrice dans le cou quand on l'a vu tout à l'heure, elle n'est plus là, elle a dû lui être infligée entre deux passages. Et… ce n'est pas un paquet… c'est moi qu'il tient, c'est le premier jour, c'est lui qui m'a amené ici...

Une nouvelle pause. Je paraissais probablement calme à ce moment là, mais je craignais ce que nous allions découvrir. J'avais la confirmation que l'homme qui parlait du Puy était le même que celui qui m'avait amené ici, ce que je pensais impossible se rapprochait du possible, et à ce moment là, Raemben, l'Anaëh et mes parents "rebelles" s'éloignaient de seconde en seconde. Mais il était idiot de paniquer avant les réponses, et j'adressai Hecil avec l'espoir que mes doutes ne s'avèrent pas.

- Vous pensez que cela peut vous suffir à trouver le bon dans le bureau ?


Dernière édition par Eraïos le Dim 19 Aoû 2018 - 12:16, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 14 Aoû 2018 - 14:45


Eraïos tentait-il simplement de nier l'inévitable en refusant d'accepter le souvenir qu'Haldren avait retrouvé profondément enfoui dans sa mémoire ? Ou bien venait-il de mettre le doigt sur quelque chose d'important en signalant la présence d'une cicatrice sur certains souvenirs alors qu'elle paraissait absente dans d'autres cas ? Cette observation ingénieuse fit comprendre à l'archimage que plusieurs souvenirs du marchand thaari s'embrouillait dans la mémoire et qu'il lui fallait retourner à ses recherches en espérant cette fois-ci obtenir de meilleurs résultats.

jet de dés:
 

De nouveau le seigneur de Thaelaf apparut en compagnie du petit marchand. Mais cette fois-ci un enfant elfe les accompagnait, enfant qu'ils n'eurent pas de mal à reconnaître comme étant Eraïos lui-même. De plus aucune cicatrice n'ornait le cou du marchand, indiquant clairement que ce souvenir se trouvait antérieur de plusieurs années au premier qu'ils avaient visionnés. Bingo ! Cette fois-ci ils se trouvaient sur la piste de la vérité et ce fut avec une grande attention qu'ils écoutèrent les quelques paroles des humains que l'esprit d'Eraïos avait enregistré à l'époque sans les comprendre. Mais désormais qu'il maîtrisait la langue humaine, le contenu de cette conversation devenait pour lui aussi clair que de l'eau de source.

Ainsi donc ce petit elfe vient d'Ithri'Vaan ? Pas d'Anaëh ?
Ses parents ont quitté les leurs voilà bien longtemps de ce que j'en sais. J'ignore pourquoi car leur arrivée remonte à bien avant ma naissance, mon père affirmait les avoir toujours connu lorsqu'ils se rendaient à Thaar pour affaires.
Surprenant. En tout cas tu as bien travaillé Endor, je saurai de nouveau faire appel à toi.
Votre verbe est mon ordre, déclama pompeusement le marchand tout en se retirant avec forces courbettes tandis que le seigneur faisait gentiment signe au petit elfe de venir le rejoindre. Mais déjà leurs silhouettes s'estompaient alors que le souvenir se dissipait. Enthousiaste, Haldren flanqua une grande claque sur l'épaule de son compagnon.

Thaar ! Tu viens de Thaar, ou plutôt des environs puisque le marchand affirme que tes parents y venaient pour affaire. Je suppose que c'est notre prochaine étape ?

Question purement rhétorique, bien entendu il leur fallait se rendre sans plus tarder à Thaar et profiter du temps que le rituel leur accordait encore pour glaner autant d'informations que possibles. Sans doute serait-ce plus compliqué car la cité constituait un mélange absolument considérable de cultures et de populations, mais les elfes n'y étaient malgré tout pas légions et l'espoir pouvait de nouveau faire briller les yeux d'Eraïos. Jamais de toute sa quête il n'avait autant approché de la vérité... un échec maintenant serait fort cruel.

jet de dés:
 

Cette fois-ci le rituel résista sans difficulté et obéit aux consignes mentales de l'archimage et d'un claquement de doigt ils se retrouvèrent dans la grande cité portuaire d'Ithri'Vaan, au niveau des docks. Tout en regardant autour de lui, Haldren constata avec embarras que certains souvenirs devaient provenir de son propre esprit car il reconnaissait parfaitement des lieux dans un état fort récent. Rien d'étonnant à cela au vu du nombre de fois où lui-même s'était rendu en Ithri'Vaan, toutefois il fallait espérer qu'ils ne croiseraient pas un Haldren drow au détour d'une rue !
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 14 Aoû 2018 - 19:45


Thaar… C'était bien mieux que le Puy, mais toujours pas rassurant. J'avais du mal à être aussi enthousiaste qu'Hecil l'était, car cela restait un endroit où être au mauvais endroit au mauvais moment pouvait vous voir perdre la vie. Ou c'était ce que j'en avais entendu, de la part de Péninsulaires qui y avaient rarement mis les pieds. Mais un des invités d'Eiva, un voyageur originaire de la ville, du temps où nous recevions des savants pour les écouter longuement, la décrivait comme une cité aussi magnifique qu'elle était dangereuse. Les craintes que j'avais eu en entendant le nom du Puy était toujours bien présentes, l'esclavagisme était une des raisons qui pouvait expliquer ma présence très loin de ce lieu, quel parent enverrait volontairement un enfant loin d'eux ?

L'Anaëh, également, n'était plus une ennemie, plus une menace, si je pouvais me fier à ces mots que je venais d'entendre, et je n'avais pas le choix. Quelles que soient les raisons qui avaient poussé mes parents à quitter l'immense forêt, elles avaient plusieurs décennies d'avance sur moi au moins. Lorsque je sortirai de ce rituel, mon regard des elfes serait changé, et je chercherais probablement à expliquer les faits d'un Raemben logiquement, et non de manière irrationnelle en pensant à une trahison. J'avais déjà gagné ça, si je sortais indemne de cette affaire, le droit de considérer cette culture du point de vue de l'étranger, et non du point de vue de l'enfant d'exilés.

Une nouvelle téléportation – bien pratique et dont j'aurais du mal à imaginer l'absence à mon retour dans le monde réel – nous mena à Thaar. Je m'attendais à un lieu probablement indéfini, il y avait peu de chances qu'Hecil nous mène directement sur mes souvenirs, après tout. Mais ce que je vis défia tout ce que je pouvais imaginer. Une tornade de couleurs, de sons, et d'odeurs venait de m'accueillir, et je ne savais déjà plus où donner de la tête. Des foules plus grandes que je n'avais jamais imaginé se mouvaient avec une fluidité déconcertante. Aux quais des voiles que je ne pouvais reconnaître nous surplombaient, éclairées par un soleil qui embrasait le ciel.

- Mhhh… Hecil, vous connaissez très bien la ville, n'est-ce-pas ? Comment puis-je retrouver quoi que ce soit dans cet endroit si remuant ?

Je ne pus m'empêcher de sourire après cette remarque, Hecil n'y était pas pour grand-chose, et la même superposition de souvenirs que nous avions vécu à Malereg se trouvait devant nous. J'avais fui le problème, à raison, la première fois, en m'échappant là où j'étais le seul à m'être rendu, mais je ne pouvais en faire de même cette fois, c'était trop important. La mine assombrie, j'essayais d'imaginer quoi faire pour régler la question. Je n'avais pas de résurgence de souvenirs, ceux là étaient beaucoup trop profonds, et je ne pouvais pas me fier à la taille des arbres, en plus de ça, le calme n'était certainement pas au rendez vous. Ma seule idée était sombre et déprimante, et partait du principe que seul l'esclavagisme avait pu me faire voyager de la sorte, elle nous demanderait de visiter tous les marchés d'esclaves, cherchant un couple très particulier, le petit homme de la Péninsule et un bambin elfique.

- Je n'imagine aucune raison de faire un voyage entre Thaar et la Péninsule escorté par un marchand autre qu'une vente. Je suis preneur d'idées, mais je pense que notre meilleure chance est malheureusement de visiter les fameux marchés aux esclaves.

Intérieurement, j'espérais qu'Hecil n'allait pas savoir me mener jusqu'à ces marchés, cela rendrait une fouille beaucoup plus aisée, je saurais directement si j'avais vécu une telle scène ou non, mais cela me rassurerait également, si j'étais réellement un esclave, me rendre compte que mon compagnon de l'esprit pratiquait lui-même ces transactions de personnes vivantes… ce n'était pas quelque chose que je voulais, alors qu'il avait un accès direct à mon esprit et autant d'armes à son service que de souvenirs s'il me voulait du mal. Je repensai un moment à ce combat dans l'arène, il pouvait même me convoiter pour ce spectacle.

J'effaçai très vite ces pensées, je ne pouvais être parasité pendant une quête si importante, surtout que dans un tel monde, n'importe quelle rêverie pouvait se matérialiser en un clin d'œil.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Jeu 16 Aoû 2018 - 9:02

Les marchés d'esclaves ? Oui l'idée paraissait bonne et le petit elfe devait très probablement y être passé puisqu'on imaginait mal ses parents le confier de leur plein gré à un marchand thaari peu recommandable dans le but de l'envoyer jusque dans la lointaine Péninsule au milieu de parfaits inconnus. Tels des chiens de chasse remontant la piste du gibier, il leur fallait espérer trouver le marché où la vente avait pu avoir lieu, ce qui ne serait pas simple au vu de la forte activité économique qu'engendrait le commerce de chair humaine. Concentrant son art, Haldren fouilla toute la zone à la recherche de stigmates permettant d'identifier le passage d'Eraïos.

jet de dés:
 

Raté. La quantité de souvenirs se trouvait trop importante pour réussir à y identifier l'unique fois où le petit elfe s'était retrouvé en ces lieux. C'était encore pire que rechercher une aiguille dans une botte de foin. Par contre Haldren réussit à isoler un écho fugitif d'Endor Khern dans l'un des marchés de la périphérie de la cité où apparemment le trafiquant avait eu ses habitudes. Rien d'étonnant car les marchands d'esclaves et leurs acheteurs entretenaient généralement des liens suivis et se retrouvaient à intervalles réguliers aux mêmes endroits. A défaut de mieux ce serait un bon endroit pour continuer leur quête de vérité.

Le monde se brouilla de nouveau autour d'eux alors qu'ils se déplaçaient et l'instant d'après ils se retrouvèrent dans une vaste cour crasseuse où se traitaient des ventes d'esclaves. Des rangés de malheureux et malheureuses enchaînés gisait misérablement sous un vaste auvent, des brutes bâties comme des montagnes sur pattes venant les détacher pour les traîner jusqu'à une grande estrade où s'effectuerait la vente. Haldren connaissait fort bien le système qui s'apparentait aux enchères : le vendeur vantait sa marchandise et les acheteurs dans la foule proposaient leur prix. Ce système démontrait sa fiabilité depuis des siècles, assurant de copieux revenus à ceux qui s'y adonnaient. Pas de trace du petit Eraïos malheureusement, le bon souvenir semblait ne pas vouloir sortir de sa mémoire. Par contre ils croisèrent une instance d'Endor Khern se mêlant aux ventes tout en jaugeant les esclaves sous l'auvent de l’œil du maquignon expérimenté.


jet de dés:
 

Du coin de l’œil, Haldren se vit passer dans la rue en compagnie d'un marchand d'esclave local. Sans doute un souvenir de son passage en ce lieux lorsqu'il récupérait des cargaisons à envoyer en direction de l'Elda, à moins que le souvenir ne soit plus ancien et ne remonte à l'époque où il avait négocié l'achat de feu grégeois ? Il fallait remercier ce passage car le Haldren de l'époque avait croisé Endor Khern sans y prendre attention et cela leur permettait de ne pas perdre le fil. Dans tous les cas cela n'eut aucun impact négatif car Eraïos regardait de l'autre côté et le "Hecil drow" s'éloigna sans être remarqué du jeune elfe. Ouf, il avait eu chaud ! Néanmoins l'apparition d'un souvenir non souhaité prouvait que le sortilège commençait à lui échapper et que le temps leur était compté.

Il faut faire vite... le rituel tient encore mais les risques sont désormais très élevés. Réfléchis, Eraïos, regardes autour de toi et essayes de te rappeler si quelque chose te semble familier.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Dim 19 Aoû 2018 - 12:14


Voir Endor Khern ici ressemblait à la confirmation que, sans surprise, j'avais été vendu ici. Il n'y eut étrangement pas de choc, lorsque le rituel avait commencé, je n'avais aucune idée de ce à quoi je m'attendais, mais confronté à cette multitude de souvenirs, il était de plus en plus évident que l'issue allait être de cet acabit. Je savais que quelque part, un jour, je m'étais trouvé là, parmi ces âmes enchainées, vouées à servir un autre, là pour lui offrir un confort, là pour accomplir ses sombres desseins, là pour servir de trophée… Mais ces souvenirs n'étaient bizarrement probablement pas les miens, Hecil avait mis les pieds ici et probablement participé d'une manière ou d'une autre à ces ventes décadentes, mais ce n'était pas l'affaire actuelle, après tout, il avait décidé de m'aider et de se rendre à Thaar malgré les risques qu'il encourrait si je le reconnaissais.

S'il était toujours impossible d'estimer le temps passé depuis le début du rituel, l'immersion prolongée dans mes souvenirs me rendait plus sensible à tous les indices sensoriels que je recevais, et ces indices rendaient plus facile la capacité de se remémorer les événements oubliés. Les souvenirs qui avaient la majeure partie du temps gardé leur rôle de souvenirs et qui n'interagissaient pas avec les intrus qu'étaient Hecil et moi-même me laissèrent à nouveau tranquille lorsque je m'assis au centre de la cour et fermai les yeux.

Jet de dés:
 

***

Le petit marchand venait de poser les pieds dans la vaste cour où il espérait faire des affaires. Il savait ce qu'il venait chercher, il savait qui pourrait le lui procurer, et la somme qu'il fallait qu'il dépense. Contrairement à la majorité des affaires ici, celle-ci était déjà entièrement précisée et il ne serait en compétition avec personne. Dans un recoin, à l'ombre, un drow de taille et de carrure modeste sondait les environs du regard, et lorsqu'il aperçut Endor Khern, il s'activa, et d'un autre recoin sortirent un autre drow, et celui-ci était gigantesque, si gigantesque que le petit elfe dont il tenait la main ressemblait à un petit animal de compagnie de là où Endor se trouvait. Le visage de l'humain s'éclaira à la vue de celui qu'il était venu récupérer et s'approcha vivement de lui et du colosse.

- Je présume que c'est l'enfant que je suis venu chercher ? Question rhétorique, évidemment que c'était l'enfant en question, il y avait peu d'elfes en vente dans les environs, et encore moins de cet âge là. Vous l'avez trouvé où ?
- Qu'est ce que cela peut te faire ? Où est la somme convenue ?
- Ici, pardon. Sortant une bourse qui cliquetait à peine tellement elle était remplie, il lui tendit.
- On peut lui dire, il a fait un long chemin pour venir le récupérer. Le drow le moins disproportionné des deux venait de se rapprochait, pour participer à l'échange. On l'a trouvé à une journée ou deux au nord-est de Thaar, un petit village qu'on a réduit en cendres il y a une ennéade. On ne sait pas qui il est, ni qui étaient ses parents, et vu dans l'état dans lequel nous les avons laissé, personne ne viendra le chercher.

Les deux drows s'éloignèrent sans même prendre la peine de saluer l'humain, retournant à d'autres affaires de teneur probablement similaire. Endor n'avait pas l'habitude de faire affaire à des marchands de personnes, et rien que leur parler lui provoquait des frissons. Le seul truc qu'il savait, c'est que lui-même ne serait jamais victime, grâce à son physique ingrat et à son manque total d'utilité, il n'avait construit sa vie qu'autour du fait d'être tellement banal que personne ne voulait prêter attention à lui. Mais il devait maintenant à accompagner l'enfant jusqu'en Péninsule, et un long voyage les attendait. Se dirigeant vers le port, il se retrouva dans une galerie marchande dans une ruelle à moitié enterrée. En face d'un marchand d'épices, un elfe vendait des bibelots culturels, et Endor décida d'acheter celui qui brillait le moins, un petit pendentif représentant des branches enchevêtrées, au cours de la transaction il apprit le nom du marchand, Eraïos.

Endor se baissa pour se retrouver à la hauteur du petit elfe, et lui accrochant le pendentif au cou, il pointa son doigt vers celui qu'il allait baptiser.


- Eraïos. Puis se désignant le torse. Endor.

Avec un nom et un objet le raccrochant à son passé, son employeur allait probablement croire mettre la main sur un elfe d'un orphelinat ou assimilé, au lieu d'un simple esclave ramassé par des drows au détour d'un massacre. Il ne l'aurait jamais admis, mais il pensait aussi à l'enfant avec ce geste, en lui offrant l'illusion d'avoir un lien entre son passé et sa vie en captivité, si les souvenirs du massacre arrivaient à s'estomper un jour.

***

Jet de dés:
 

Ouvrant les yeux, je me redressai, et me dirigeai vers Hecil d'un pas vif. Plusieurs doutes avaient été confirmés par ces images, et mon esprit était en ébullition, mais j'arrivai à garder assez de calme pour ne pas oublier ce que j'avais entendu. Il fallait que je répète tout à quelqu'un qui pourrait comprendre ces mots, et Hecil était peut-être la seule personne à pouvoir m'aider, lui qui connaissait la ville et en connaissait probablement la langue. Je repoussai les conclusions qui se formaient toutes seules dans mon esprit et regardai Hecil tout en répétant les quelques mots que j'avais pu entendre.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Lun 20 Aoû 2018 - 15:09


Alors qu'Eraïos regardait avec une grande attention le souvenir entre Endor et les deux drows, l'esprit de l'archimage volait déjà vers la suite de leur périple mental. La piste avait été particulièrement difficile à suivre au début, mais de même qu'un bon chien de chasse la remonte de plus en plus aisément au fur et à mesure qu'il s'approche du gibier, les souvenirs déjà vécus facilitaient la synchronisation sur ceux plus anciens. Métaphoriquement, Haldren disposait désormais dans ses mains d'une bonne longueur de corde sur laquelle tirer pour aller au bout de cette histoire si toutefois aucun accroc n'apparaissait, comme par exemple le retour de l'ancien Haldren "drow" ou bien une déstabilisation globale du sortilège. A moins qu'un tel contretemps ne se produise, il lui serait assez aisé de retrouver le souvenir tant désiré et qui répondrait à la question initiale : d'où venait Eraïos ?

jet de dés:
 

Grâce aux Dieux, le rituel se tint admirablement bien sans qu'aucun craquement n'apparaisse ni qu'aucun intrus ne s'y immisce. Un sacré coup de chance estima Haldren qui n'aurait pas cru (pas plus que le narrateur d'ailleurs !) que le rituel réussirait aussi bien à résister à l'amas de souvenirs qu'il lui fallait traiter. Mais désormais qu'ils voyaient le bout du tunnel, une ultime mise en garde devait être levée car remonter plus loin encore dans le passé ne serait pas neutre pour le jeune elfe.

Eraïos, je te déconseille d'aller plus loin. Tu as entendu ces deux drows ? Remonter plus loin dans tes souvenirs ne peut qu'éveiller une profonde souffrance en toi, enfouie quasiment depuis ta naissance... or dans un rituel comme celui où nous nous trouvons, cette souffrance risque de te submerger et de te causer des traumatismes psychologiques que je ne saurai pas soigner.

Autant tenter de raisonner une souche ! Son compagnon pouvait être totalement borné et accepter tous les risques tant la soif de connaitre ses origines exigeait d'être apaisée. Haldren s'en inquiétait mais savait que le forcer à s'arrêter là constituerait également un acte d'une grande cruauté après tous les efforts consentis. Poussant un soupir de résignation et priant Kÿria de veiller sur son jeune protégé, l'archimage incanta afin de les projeter jusqu'à leur but.

jet de dés:
 

Le marché aux esclaves disparut alors que les deux elfes furent une nouvelle fois entourés par la brume qui indiquait le déplacement entre deux zones géographiques ou deux époques temporelles. Lorsqu'elle se dissipa, ils se retrouvèrent au beau milieu d'un petit village comme il en existait tant en Ithri'Vaan.

Le village était en feu et un groupe de drows y pourchassait sans pitié les habitants.
Revenir en haut Aller en bas
Eraïos
Elfe
avatar

Nombre de messages : 41
Âge : 25
Date d'inscription : 02/07/2018

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge :  174 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Ven 24 Aoû 2018 - 20:17


Un village. En Ithri'Vaan. Rasé. Et personne à qui je ne manquerait, telle était la réalité. "Les miens" en tant que concept avait perdu tout son sens. Je n'avais pas appartenu à une quelconque communauté avant d'être enlevé, j'avais été élevé par des parents aimants, dans une contrée relativement en paix, jusqu'au raid. L'Anaëh avait probablement tout oublié de mes parents, comme s'ils n'avaient jamais existé, les Thaelaf pensaient probablement recueillir un orphelin lorsqu'ils avaient en fait arraché un enfant à ses parents, et les drows habitués au massacre et à la recherche du profit n'avaient jamais douté, et même le pendentif, la seule chose que je pensais me raccrocher à mon passé, était un mensonge.

Je ne savais pas si Hecil avait réellement pensé pouvoir s'arrêter là, ou si la protestation n'était là que pour la forme, et pour me dire lorsque des problèmes surviendraient que j'avais voulu prendre le risque que sa responsabilité en était amoindrie. Quoi qu'il en était, je ne pouvais pas laisser les choses s'arrêter là. Voir le visage de ceux qui m'avaient mis au monde était accessible, m'arrêter maintenant était impossible, et je lui signifiai d'un mouvement de tête.

***

Bondissant d'un souvenir à l'autre, nous nous retrouvions au centre d'un village. La fumée de l'incendie qui faisait rage tout autour de nous obfusquait notre champ de vision, de moins en moins de formes mouvaient autour de nous et les quelques habitants survivants gisaient dans leur sang. Passant de forme affaissée en forme affaissée, j'en regardais leurs visages, d'elfes je ne vis trace, les humains eux étaient légion. La scène de mort et de désolation m'affectait peu, car même si je m'attendais à une fin similaire pour mes progéniteurs, ils n'étaient toujours pas là, et il restait une toute petite place pour l'espoir.

Un mouvement sur ma gauche attira mon attention, le colosse drow du précédent souvenir venait de sortir d'une des maisons incendiées, bientôt suivi du plus petit, tenant un enfant tétanisé dans ses bras. Il ne pleurait pas, il observait tout ce qui se passait, et c'est grâce à ça que je pouvais aujourd'hui voir ce qu'il s'était passé ce jour fatidique. La bâtisse se réduisait comme toutes les autres peu à peu en cendres, et j'imaginais que c'était ici que ma route se finirait, derrière ces battants défoncés derrière lesquels on pouvait voir des flammes. Sans réfléchir, je me ruai vers les flammes pour les traverser et me retrouver dans la petite maison.


C'est une scène de rêve et non de cauchemar comme attendu qui m'accueillit, la pièce à vivre était inondée de lumière, et trois formes étaient concentrées sur leurs activité. J'ignorai la plus petite qui jouait dans un coin pour observer les deux autres, qui semblaient préparer ensemble un repas. Je restai planté là, immobile, à les regarder, ne voyant que leur silhouette, de dos et en contre jour. Il ne faisait aucun doute que c'était eux que j'étais venu chercher, les deux avaient de longs cheveux d'un châtain rendu éclatant par les rais de soleil, et le contour de leurs oreilles pointues se dessinait dans la lumière. Telle une statue, je ne voulais surtout pas ruiner ce rêve, je voulais rester pour l'éternité ici, à observer les scènes quotidiennes de temps moins troublés. Aucun endroit n'était plus éloigné de la mort qu'ici. Du moins c'est ce que je pensais avant que la luminosité ne décroisse en quelques instants qui parurent une éternité et que le soleil ne disparaisse sous l'horizon.

***

La petite famille était restée figée et le rêve tourna au cauchemar lorsque la porte s'ouvrit avec fracas. Le colosse drow venait d'entrer, arme lourde à la main, une torche dans l'autre. Le petit elfe avait été dissimulé en un rien de temps mais ses deux parents n'eurent pas autant de chance, et malgré la menace que posait le gigantesque elfe noir, leur visage était resté impassible. Sans aucune résistance, le drow les abattit de deux coups, tout en lançant sa torche dans un coin de la cabane. Il ne prit que quelques secondes pour fouiller avant de ressortir, alors que le drow plus petit venait de le remplacer. Il ne mit que très peu de temps avant de trouver le petit elfe sous un tas de vêtement et de l'embarquer, mais la vie de ce petit elfe n'était pas ce qui m'intéressait, après tout je savais ce qu'il adviendrait de lui dans le siècle qui allait arriver, et ce n'était que du passé.

Jet de dés:
 

Je reportai mon attention sur mes deux parents, au sol. Ils n'étaient pas encore morts, et je me rapprochai d'eux d'un pas incertain. Le rêve avait bien eu lieu, mais il était définitivement terminé, et il était certain que le traumatisme vécu ici était trop fort pour que je ne puisse observer quelque autre souvenir. Et même si je le pouvais, la raison me poussait à croire que me perdre dans des souvenirs si vieux était dangereux, j'avais déjà failli rester coincé sur le spectacle anodin de mes parents quelques instants plus tôt. Mes deux parents étaient tombés côte à côte, et se tenaient désormais la main, alors qu'ils respiraient très difficilement. Ils pensaient probablement avoir sauvé leur enfant. Je détaillais leur visage pendant de longs moments, avant que l'un d'eux n'ouvre les yeux et me regarde, suivis de l'autre.

Ils ne regardaient pas à travers moi, comme la plupart des souvenirs que j'avais pu croiser, ils me regardaient directement. Tétanisé, je ne savais comment réagir, une partie de mon esprit me criait de les enlacer, une autre de fuir, mais mon corps décida de ne rien faire, alors que mes yeux s'emplissaient de larmes. A partir du moment où ils avaient commencé à interagir avec moi, ils n'étaient plus des souvenirs, mais un rêve inaccessible. Mon père prit sa respiration dans un râle d'agonie, et murmura quelque chose que je n'entendis pas intégralement.

- Le dernier… Aen'Tyril… ne nous oublie pas…

Après de rapides adieux silencieux, je pris finalement la fuite, cette combinaison de souvenirs et de rêves risquait de me capturer et Hecil m'avait suffisamment prévenu, le miracle qui s'était produit et qui m'avait permis d'arriver jusqu'à ces souvenirs là ne devait pas me pousser à chercher quelque chose d'autre que des réponses ici. Le réconfort devrait venir d'ailleurs, et du monde réel si je voulais continuer de vivre, pas de ce monde inventé.

***

Je me retrouvai désormais dans un village désert, les derniers incendies, les dernières vies, les derniers souvenirs, tout s'éteignait, et il ne restait plus qu'Hecil, qui avait dû me laisser seul face à mes souvenirs, et qui devait comprendre en voyant mon visage en pleurs que j'avais trouvé ce que j'étais venu chercher, et qu'il n'y avait aucune raison de continuer ce rituel.
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Haldren Umbarion
Ancien
Ancien
avatar

Nombre de messages : 1029
Âge : 118
Date d'inscription : 19/12/2009

Personnage
:.: MANUSCRIT :.:
Âge : ~1050 ans
Niveau Magique : Archimage.
MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   Mar 28 Aoû 2018 - 9:02

Haldren était demeuré en retrait durant l'attaque du village, ne suivant même pas Eraïos lorsque le jeune elfe entra dans la petite maison où avaient vécu ses parents. Ce moment d'intimité ne le concernait pas et il se serait senti un intrus de s'y mêler, quand bien même il ne s'agissait que d'un souvenir recréé par magie. Ainsi donc et malgré les difficultés, la vérité s'offrait enfin au grand jour : Eraïos ne venait en effet pas d'Anaëh mais de ce village perdu en Ithri'Vaan où des elfes ayant choisi de quitter leur forêt se retrouvaient. Une histoire banale se finissant dans un massacre par des esclavagistes drows... mais la banalité peut-être chérie lorsqu'elle sculpte le quotidien.

Eraïos fini par ressortir dans mot dire de la maison. QU'y avait-il vu ? Qu'y avait-il vécu ? L'archimage ne l'interrogea pas, se contentant dans lire dans son regard qu'il s'avérait inutile de pousser plus loin leurs recherches, que la pelote de laine se trouvait entièrement dévidée et qu'ils pouvaient mettre un terme à cette quête. Fermant les yeux, l'ancien Triumvir revint à la source du rituel, se raccrochant à l'image de sa propre demeure à Malereg pour les y ramener.

Le brouillard les enveloppa une dernière fois...


jet de dés:
 

Ils se retrouvèrent dans le salon de la maison d'Haldren, là où ils avaient entamé leur voyage. Le feu dans l'âtre finissait de s'éteindre par manque de combustible et les crampes qu'ils ressentaient dans leurs membres engourdis indiquaient que plusieurs heures venaient de s'écouler dans cette transe mystique les ayant amené à voyager jusqu'en de lointaines contrées. Une migraine naissante sous son crâne indiqua à Haldren que la magie allait désormais exiger son dû et que le contre-coup de fatigue provenant d'un rituel aussi compliqué l'obligerait à rester alité quelques jours pour se remettre. Trop de jeunes mages surestimaient leurs pouvoirs et oubliaient que l'art arcanique se répercutait également physiquement une fois le sortilège achevé.

Je ne sais où te porteront tes pas désormais, mon ami. Mais sache que tu seras toujours le bienvenu chez moi.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Deux elfes qui n'en sont pas [Eraïos]
Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses [Rochers maudits, Rang D, Qu'importe, Mine powa]
» Pourquoi une " race " plutot qu'une autre?
» Deux elfes meurent au marché....
» Deux elfes noir dans le quartier générale
» Aime-moi ou déteste-moi les deux sont en ma faveur.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: ANAËH :: Terres du Nord :: Terres de l'Epine Dorée :: Malereg (Cité)-
Sauter vers: