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 En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]

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Arthur
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MessageSujet: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Dim 9 Sep 2018 - 10:54

1ère ennéade de Favriüs, An 11

Un oiseau de mauvais augure m’apporta, peu avant les festivités célébrant le passage de l’été à l’automne, un message qui avait fait un très long voyage à travers le réseau de mes connaissances… D’Ancenis, rédigé de la main d’un homme de confiance à qui j’avais confié la gestion des biens qu’il me restait en quittant la Péninsule, mis à la disposition, au confort et au service de mon ancien intendant et de sa famille, il avait traversé l’Olienne pour parvenir à Thaar, circulant à travers les méandres de la cité, jusque dans les couloirs du palais des Lythandas, dans les mains de la Princesse-Marchande. De là, il s’était envolé jusqu’à Naelis et finalement, jusqu’en la Cité Blanche pour me parvenir.
Me parvenir pour m’annoncer le déclin de mon ancien intendant, loyal serviteur de ma famille et ami, Jonas. Ces mots m’arrachèrent sans peine à mes leçons, et je m’excusais auprès de Lùthon en lui annonçant que je devais partir, et bien que nous ne percevions pas cette fatalité inévitable qu’est la mort de la même manière, il comprit et accepta sans broncher, non sans me donner, à moi et Monarth, quelques instructions.
Ainsi, à l’aube, après l’avoir reçu, je quittais la Cité Blanche.
 
Le monde s’était réduit, énormément réduit... Les distances s’effaçaient et les détails se confondaient et se mêlaient… Un océan de verdure laissa sa place à un plus petit dont émanait, même d’ici, si haut dans le ciel, une plus sinistre atmosphère sans toutefois nous affecter.
Une longue journée de vol, durant laquelle nous fîmes quelques courtes pauses pour que je me dégourdissent des jambes moins gênées par la fraîcheur et les vents qui ne m’affectaient plus que par une position assise maintenant des heures durant.
Une demi-journée en tout et pour tout pour parcourir une distance folle qui séparait la Cité Blanche des vallées de l’Ancenois… Je prenais toute la mesure de ce que me permettait Zéphyr à ce sujet et osait à peine en effleurer le champ des possibles qui s’ouvrait, mais je compris, plus que jamais je compris qu’il était facile de ne posséder aucune attache à la terre quand ses ailes réduisent à ce point l’espace… Plus il grandit, et plus les cieux de l’Ithri’Vaan lui parurent certainement étroit… Il contemplait des montagnes au loin mais néanmoins si proche.
Il allait me falloir réviser dans les grandes longueurs la carte mentale que j’avais du continent… Elle n’avait pour nous plus grand sens en ce qui concernait le temps.
 
Nous établîmes notre camp de fortune dans une bâtisse en ruine, dans les hauteurs, non loin de Néris, mais surtout non loin du village plus bas dans lequel Jonas et sa compagne s’étaient installés pour couler paisiblement leurs vieux jours. La guerre récente, je devais l’apprendre, les avait quelque peu secouer, sans être pour autant responsable de l’aggravation de son état… l’âge, tout simplement lui pesait et Tyra l’appelait à elle avec de plus en plus d’insistance.
 
Tu as été formidable aujourd’hui, je vais te laisser profiter de ce que ces terres peuvent t’offrir.
 
J’accompagnais ma pensée de l’image des montagnes autant que des plages à l’est mais aussi des bétails et gibiers qui composaient son terrain de chasse des prochains jours. Sur ces mots, je dormis et méditais – pratique à laquelle je me consacrais avec de plus en plus d’assiduité – et me mit en route tôt le lendemain matin, bien avant l’aube.
 
Sous couvert de l’obscurité et d’un large capuchon, je pénétrais le village sans y attirer trop d’attention, et n’eut pas de mal à trouver la demeure endeuillée.
Je frappais à la porte, et un homme d’une trentaine d’années, un neveu  plus ou moins lointain certainement, m’ouvrit et me découvrant, eut une expression difficile à déchiffrer, entre l’interrogation, la surprise, la peur… Au milieu de tout cela, il distingua à peine ma petite touche, mais elle eut l’effet désiré et l’apaisa.
La maison n’était pas bien grande, et je perçus à travers l’entrebâillement de la porte plusieurs autres têtes attirées par la soudaine agitation. Mais elle vint, quelque peu irritée d’un tel réveil, en une pareille journée.
« Qu’est-ce qu’y s’passe ici ? Qui êtes v… » Elle s’interrompit, mais il n’y avait que de la surprise, elle cherchait, et je vis l’étincelle dans son regard quand elle me reconnu, malgré mes traits rajeunis et mes écailles. « Maître Arthur… Est-ce bien vous ? Comment… ? » Elle était déboussolée mais je lui souris avec chaleur avant de lui répondre. « C’est une longue histoire… Est-ce que je peux entrer ? » Je la vis soudain taper sur le dos de l’homme qui m’avait ouvert, qui revint à lui, secouer par la vieille dame. « Bouge de là, imbécile, laisse le entrer au lieu de rester planter devant la porte. » Il s’écarta distraitement et nous pûmes nous installer à une table, non sans attirer l’attention des quelques personnes qu’elle hébergeait.
 
« Je crois comprendre que j’arrive trop tard… »
« Oui, j’en suis navré… Un prêtre est venu chercher sa dépouille hier pour le préparer… Nous allons retourner en Erac pour qu’il repose auprès des siens. » C’était un long voyage, pour son âge, qu’elle entreprenait… Et je compris un peu après qu’elle quittait l’Ancenois pour ne plus y revenir, et que les parents suspendus à notre conversation et à mes traits étranges étaient là aussi bien pour rendre hommage et célébrer la vie de Jonas que pour aider leur vieille tante à faire ses bagages.
Elle m’examina aussi bien que le permettait ses yeux fatigués. « Comment se fait-il que… ? »
 
Je ne répondis pas tout de suite, mais les deux jours suivants, je consacrais l’essentiel du temps avec elle, à lui conter mes voyages en lui épargnant les plus sombres aspects, aidant les siens à terminer les préparatifs quand elle se reposait. J’attirais les regards des autres villageois, mais n’y accorda aucune attention… J’étais une curiosité pour certains, un monstre pour d’autres mais même les plus hostiles n’eurent pas le courage de venir chercher querelle, je n’étais pas surpris et me contentait de vaquer à mes tâches improvisées.
Quand revint le prêtre, ma présence lui inspira la méfiance, néanmoins, il dit, sous-couvert d’innocence. « Nous devons être prudent sur la route, il paraît qu’une espèce de wyvern blanche rôde et s’attaque aux bétails. » C’était à moi qu’il s’adressait, de façon indirecte… Supposait-il un lien quelconque entre cette créature et l’homme-lézard blanc qu’il avait devant lui ? Quoiqu’il en soit, il était temps, pour moi aussi, de me remettre en marche… Zéphyr avait capté l’attention des paysans qui ne manqueraient pas de s’en plaindre aux seigneurs, qui sans doute s’emploieraient à chasser la menace.

« Je vais devoir vous quitter. » Dis-je à la vieille femme. « Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi et ma famille… » Je m’inclinais respectueusement, malgré la différence de rang qui habitait toujours son esprit, mais qui avait depuis des années quitté le mien. « Merci d’être revenu pour lui… » Sur ce, nous nous dîmes adieu, car nous savions l’un comme l’autre que nous n’aurions plus l’occasion de nous revoir, et je me remis en route.


***


Le Dragon Blanc s’était en effet fait remarqué… Ce long voyage l’avait affamé et il lui fallait bien se nourrir chaque jour pour retrouver les forces nécessaires au retour. Il chassa, donc, dans les rares pâtures de la seigneurie de Néris.  
En trois jours, plusieurs paysans le virent fondre sur leur troupeau, tétanisant leurs bêtes d’un cri avant de s’attaquer à des béliers bien gras, mais ne semblant pas vouloir la confrontation avec les humains. Chaque fois que l’un d’eux s’approcha un peu trop, il s’empara de sa proie gisante et s’envola avec, vers les montagnes, à l’ouest du château des oliviers.
Au second jour, un paysan eut le courage d’en suivre la direction, et découvrit les cadavres en proie à la charogne non loin des ruines de la bâtisse, dans les hauteurs. Prenant ses jambes à son cou dès qu’il entendit les premiers lointains battements d’ailes, il ajouta son témoignage et sa plainte à celle des autres victimes qui avaient été témoin des attaques sur leurs animaux.

Un lézard volant « géant », plus grand qu’un cheval, d’un blanc éclatant, très rapide. Certains, qui connaissaient ces créatures évoquèrent une wyvern – quoique le blanc ne colle pas, mais ce pouvait bien être une variété rare… D’autres, peut-être plus perspicace, parmi ceux qui propagèrent la rumeur qui naquit aussitôt, firent l’écho d’une histoire vieille de plus de deux ans, d’une créature semblable apparu en Alonnan, vaguement aperçu dans les Monts Corbeaux, mais surtout de Gilles de Montclair, prétendu Hérault du Dragon, de sa rencontre avec un « Dragon Blanc »… Et du côté de Berdes, des marins racontaient il y a plusieurs mois qu’un dragon blanc survola par deux fois Thaar, quand d’autres prétendirent l’avoir transporté, lui et un homme, jusqu’au joyau de l’Estrévent.

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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Mer 12 Sep 2018 - 21:04

Les pas du chevalier martelaient les dalles froides du couloir menant à la sortie du château.
Ce matin, Sangarah fût appelé à la demande de son père. Ce dernier avait reçu plusieurs hommes, très tôt, après qu'on l'ai prévenu d'une histoire à peine croyable. Ancré dans son fauteuil en bois massif, dans la salle de réception, Faraj avait écouté incrédule les deux paysans venus le prévenir. Ils disaient avoir vu un monstre, à la forme d'un serpent ailé, aussi grand qu'un cheval de trait. A la fois affolés et épuisés, les deux plaignants durent s'y reprendre à deux fois pour décrire ce qu'ils avaient vu. Ils disaient avoir perdu plusieurs bêtes parmi les troupeaux de moutons qu'ils gardaient, de l'autre coté du fleuve, et parler au nom d'autres bergers attaqués également. Croyant d'abord à un ramassis de bêtises, le Seigneur ne pu toutefois se résoudre à simplement renvoyer ces deux désespérés. De plus, l'un d'eux assurait pouvoir indiquer la cache de la wyverne, qu'il prétendait avoir pister courageusement.
C'est ainsi que Sangarah dû accourir pour entendre à son tour, de ses oreilles le récit des bergers. Un garde à la barbe grise avait tiqué, une fois que le père et le fils s'étaient regardés, perplexe, et que les deux victimes patientaient à l'extérieur de la salle. On fit envoyer chercher un bouquin, dans la bibliothèque du château, et un dessin fût tendu en guise d'illustration.
- Ce qu'ils ont décrit à tout l'air de ressembler à ça... proposa le garde.
S'ensuivit un court débat, qui convainquit peut Sangarah et le châtelain. Pourtant, il fallait agir et faire taire la rumeur qui se répandait déjà, ainsi que la menace d'un prédateur visant les troupeaux en pâture.
- Assure-toi qu'on te voit régler le problème. Que deux hommes hallucinent est une chose. Que toute la population panique est bien plus regrettable, décida Faraj.

Dans la coure, Sangarah avisa les deux bergers et rassembla une équipée pour le départ. Vingt chevaliers montés prirent les armes et traversèrent la ville sous le battement des sabots ferrés et les regards de la foule. A l'évidence, le bruit avait couru, et tous comprenaient qu'il s'agirait là d'une battue.

La mi-journée bien passée, le contingent trouva enfin le site. Sur le flanc des premier pics, au sud du pays, une vieille bâtisse ébranlée fit office de repère au guide du jour.
- C'est là, Messire, il y en avait plein par-terre... des carcasses dévorées, souffla le berger sans trop élever la voix. L'homme regardait en l'air et tout autour, comme s'il s'attendait encore à entendre le battement d'ailes du dragon blanc.
Sangarah mit pieds à terre, tandis que plusieurs cavaliers l'imitèrent pour se déployer autour des ruines un peu plus hautes. Elles étaient là. Sanagarah pu constater qu'il s'agissait bien de cadavres de bétail. La laine éparpillée ne faisait pas de doute. Toutefois, impossible pour lui de reconnaître autre type de morsures que celles d'un énorme prédateur, tel qu'un ours ou celles d'une meute de grands loups gris. Un détail pourtant ne manqua pas de le frapper.
- Vous pouvez m'affirmer que l'attaque à eu lieu dans la plaine ? Demanda-t-il au berger.
- Pour sûr, Messire, la-bas, fit l'homme en pointant du doigt le nord. Il se lança dans une explication précise du parcours de son cheptel, mais Sangarah n'écouta pas la fin. Il s'agissait là d'une distance extrême pour qu'un loup ou un ours ne traîne ses proies jusqu'ici.

Cinq chevaliers arpentaient la zone, cherchant les empruntes sur le sol, pendant que la plupart stationnaient en arrière, quand l'un d'eux décida de pénétrer la bâtisse.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Dim 23 Sep 2018 - 14:01

Accordons nous quelques instants pour nous attarder sur l'endroit, quand bien même il était finalement dépourvu du moindre intérêt...

La bâtisse avait été, près d'un siècle plus tôt, la demeure d'un noble que certains excès et le sort avaient criblés de dettes et finalement privés de fortunes. Il s'en était allé à la ville et cessé d'entretenir son héritage familiale, abandonnant ce dernier à la charogne. D'abord les créanciers vinrent y prélever tout ce qui, à leurs yeux, avaient suffisamment de valeurs, puis se furent les curieux autant que les voyageurs qui prirent leurs parts... Et en tout instant, le temps s'employa à dégrader l'endroit délaissé avec un soin tel qu'aucune volonté ne voulu se l'approprier.
L'endroit devint un lieu hanté pour les uns, un abri pour les autres.
Dire qu'autrefois sur ces fondations s'élevèrent tour à tour motte castrale et tour de guet, dans un temps où il fallait se prémunir contre toute incursion venant du sud... La paix et la stabilité, autant que la nécessité de faire des économies bénéficia au château des oliviers et déjà une première fois, l'endroit fut abandonné...

Mais achevons là cette parenthèse et revenons à nos chevaliers venus bravement en quête de la créature. Ils découvrirent des pièces ou vidés, ou dont l’ancien mobiliers étaient dans un piètre état... Les escaliers menant à l'étage s'étaient effondrés en partie, de même que le plafond, par endroit. Ça n'était donc pas une progression facile qui les amena dans l'ancienne modeste salle de réception.
Là, le temps, les vents et les pluies avaient usé la charpente et éventré assez largement le toit, et la pièce offrait un vaste espace vide, que la nature s'était réappropriée.

Dans un coin de la pièce, à l'abri d'éventuelles intempéries gisait les restes d'un feu qui ne devait pas avoir plus de deux ou trois jours, et non loin, une vaste zone de verdure était aplatie. Et, légèrement dissimulée se trouvait une grande sacoche de bonne facture en cuir d'hanglyosi, contenant des herbes et soigneusement emballé des fruits inconnus de la région, puisque provenant d'Anaëh. S'y trouvait également un carnet où se succédait des notes codées indéchiffrables et des croquis et des plans, d'une cité, d'une région, de quelques lieux auxquels semblaient associés des glyphes nisétiens.

Nulle trace encore de la créature... Mais plus bas, dans la vallée, un son puissant retentit, comme dans certains témoignages. Le Blanc avait une nouvelle fois fait une victime et ne tarderait plus à la rapporter.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Jeu 11 Oct 2018 - 18:58

L'homme retira son heaume afin d'y voir plus clair. La ruine lézardée par la flore locale portait encore les signes d'une belle demeure, pour qui en connaissait. Adhemar mit donc un pied devant l'autre avec précaution, à l'affût d'un bruit trahissant une éventuelle présence. Quand un bois pourrie vint à craquer derrière lui, ce dernier se retourna en sursaut, pour reconnaître un camarade un peu plus maladroit l'ayant suivit à l'intérieur.
- Silence ! Lui siffla-t-il d'une voix feutrée.
Les deux chevaliers continuèrent ainsi leur inspection, au rez-de-chaussé comme à l'étage, jusqu'à trouver la fameuse sacoche.

Dehors, Sangarah avait posé genou à terre, bravant l'odeur de la carcasse pour en examiner de plus près les os brisés. Mais ses connaissances en la matière restant limités, il pouvait tout à fait concevoir qu'un gros loup puisse broyer ainsi le squelette d'une brebis.
Adhemar et son compère revinrent enfin, et il se releva.
- Messire, il semble qu'un voyageur ait récemment trouvé refuge en ces lieux. Et il aurait oublié ceci, annonça-t-il en brandissant le sac en cuir.
Si la zone souillée avait de quoi rebuter tout intrus, voila qu'un ou plusieurs individus y aurait pourtant campé... Sangarah se saisit de la sacoche, qu'il ouvrit aussitôt. A l'intérieur, il y reconnu d'abord les fruits, qu'il avait déjà vu et goûté à Berdès pour savoir qu'ils n'étaient pas de l'ancenois. Pour les écrits, cependant, le fils de Néris resta dubitatif.
- Il me parait fort étonnant que la personne à qui cela appartient ait poursuivit sa route en les oubliant ici, déclara-t-il.
- Peut-être a-t-elle dû s'enfuir à l'arrivée du... de la chose ? Proposa Adhemar. Ou alors... poursuivit-il en suspens, les yeux rivés sur les cadavres gisants autour d'eux. Y avait-il un corps humain qu'ils n'avaient pas remarqué ?

Un cris de bête méconnaissable leur parvint soudain de la vallée, figeant leurs réflexions. Les deux bergers se crispèrent, et l'un d'eux prit immédiatement Sangarah à témoin.
- C'est ça ! La bête, c'est elle, Messire !
Ce son méconnaissable, tous venaient de l'entendre. Et cette fois, le scepticisme se transforma. A peine eurent-ils le temps de se regarder, les yeux écarquillés, que Sanagarah confia la sacoche à Adhemar, avant de se précipiter vers sa monture dont il saisit les reines sans la monter.
- A couvert en amont ! Nous allons l'attendre ! Ordonna-t-il à la volée.
Comme un seul homme, l'unité toute entière obtempéra, emmenant les chevaux le plus haut possible sous les arbres, dépassant la bâtisse. Dès lors que ces derniers furent attachés et bien cachés, les chevaliers se positionnèrent sur une ligne, dans les fourrés, gardant à vue l'endroit où ils se trouvaient quelques minutes plus tôt.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Ven 12 Oct 2018 - 11:16

Il s’écoula encore plusieurs minutes avant qu’une forme ne se détache dans le ciel, encore un peu plus et les battements puissants qu’exigea le transport d’un poids supplémentaire parvinrent aux oreilles des curieux tapi dans leurs fourrées.
Le Blanc apparut, une nouvelle proie morte entre les pattes, point de bétail portant préjudice à qui que ce soit cette fois, mais un simple chevreuil qui s’était laissé surprendre en dehors du bois, non loin de là. Il suspendit quelques instants son vol pour la laisser choir brutalement et se posa à proximité, tout en douceur, avant de s’étirer comme le ferait un félin et de se rapprocher de sa proie pour l’entamer… Mais avant d’y fourrer le museau, il s’arrêta, soudain plus alerte. Un détail néanmoins pouvait attirer l’œil, au-delà de l’apparition surprenante d’une créature qui avait peu à voir avec une wyvern, sinon qu’elle était incontestablement reptilienne… Sur le dos, de la base du cou jusqu’au elle se trouvait un harnachement de cuir, comme une espèce de selle, ça n’était pas une créature totalement sauvage qu’ils avaient sous les yeux.

Il huma l’air, attentivement, et y décela quelque chose d’inhabituelle… Des humains aux fortes odeurs de bêtes, comme ceux qui l’avaient interrompu les jours précédents, des chevaux, et tout cela ne remontait pas à très longtemps, elles étaient encore fortes et alimentaient sa prudence. Il se mit à scruter les environs, posant partout ses yeux laiteux au sein desquels brillaient une faible lueur d’émeraude. Son être parut se tendre, et l’air s’alourdit brusquement, comme avant l’orage, et parut quelques gerbes étincelantes et éphémères autour de lui, tandis qu’il montrait légèrement les crocs, laissant échapper un grognement.
Les humains ne le perçurent peut-être pas suffisamment, mais le vent se mit à tourner aux alentours, et si ils furent un temps à l’abri de ses sens, leurs odeurs lui parvinrent dès qu’il vint de leur dos. Alors le dragon se tourna précisément vers les fourrées et poussa un cri qui semblait plus un avertissement qu’une menace – tout du moins, c’est une sensation qui put naître, vacillante, dans l’esprit des humains cachés là.

Non loin, mais pas encore tout à fait là, j’approchais, je perçus son avertissement, et mon esprit tendant vers le sien, je le priais de faire son possible pour que les choses ne dégénèrent pas… Mais cette bâtisse était devenue, l’espace de ces quelques jours un territoire qu’il entendait défendre contre les intrus… Et les humains sont si prompts à la menace et la violence quand ils sont confrontés à l’inconnu… J’accélérais ma course tandis Monarth prenant son envol pour jouer les éclaireurs.

(Prochain post de ma part, Arthur fera certainement son apparition, à voir selon ta réponse, mais je voulais te laisser interagir avec les traces tout d’abord, puis ici à la confrontation avec le dragon lui-même)
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Lun 15 Oct 2018 - 11:04

Tapis derrières les branchages et les feuilles rousses, les hommes de Néris eurent le temps de se raffermir. S'ils étaient partis des hauts murs avec l'idée d'une battue presque routinière, le son qu'ils avaient tous entendu dénotait un sérieux soudain attirant toute leur attention.
- Vous croyez que ces bergers ont dit vrai ? Chuchota Adhemar à la droite de Sangarah.
- Je crois... que nos croyances tiennent véritablement à peu de choses.
Adhemar lui jeta un œil interrogateur, et serra son poing autour du pommeau de son épée.

La bête ailée surgit enfin. Etait-ce son blanc éclatant, ou la luminosité céleste qui écrasèrent la vue des chevaliers ? L'envergure du dragon le fit paraître plus grand encore que la description qu'ils en avaient. Sa proie s'écrasa au sol, et ce dernier se posa avec légèreté. Quelques uns parmi l'équipée ne purent réprimer un mouvement nerveux, et Sangarah se figea quant il observa la créature humer l'air. Ses traits majestueux pourtant n'occultaient rien de la menace réelle que représentait à cet instant la présence d'un tel prédateur, si proche. Quand le reptilien se mit à grogner, Sangarah hésita. Devaient-ils tous se jeter sur lui avant que le doute ne les pétrifie ? "Pas plus grand qu'un cheval" se répéta mentalement le chevalier. "Qui crache peut-être du feu" lui vint ensuite à l'esprit. Et la bête les fixa, avec un cris qui fit hennir les chevaux cachés plus haut.  Sangarah tourna discrètement son regard vers les hommes qui l'accompagnaient, les jaugeant furtivement, puis remit toute son attention sur la blanche créature. Les voyait-elle vraiment, ou était-elle guidée par son odorat ? Il fallait se décider.
Doucement, le chevalier de Néris tira son épée. Mais la lame n'était pas encore totalement sortie, que le dragon reprit son envole. C'est ce moment que Sangarah choisit pour s'adresser aux siens à voix basse.
- Restez cachés, et attendez mon signal !
A ces mots, il se redressa et émergea des feuillages, alors qu' Adhemar réprimait sa surprise de le voir s'avancer seul.

Sangarah fit quelques pas à découvert, prudent, le regard rivé en l'air et l'arme au clair. Une prière accompagna sa marche lente, alors que les grandes ailes claquaient au-dessus de sa tête.
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Lun 15 Oct 2018 - 21:40

Quelle était la vérité de l'instant ? Ce qui sera raconté, voir chanté n'a que peu d'importance, mais qu'est-ce qui amena ce chevalier à se comporter de la sorte ? Un sursaut de bravoure, de folie, l'une et l'autre se confondant aisément ? Ou bien un audacieux pari, se reposant sur l'attitude décrite jusqu'à lors, d'une créature impressionnante, certes, mais qui semblait s'épargner un contact prolongé avec les humains ? Croyait-il que le Blanc se retirerait comme il l'avait fait jusqu'à lors ? Possible mais maladroit pour qui se tenait dans le repaire choisit par ce dernier, tout particulièrement l'épée à la main.

Si le Blanc s'envola à nouveau, décrivant des cercles autour des ruines plutôt que de foudroyer simplement l'imprudent, c'était en grande partie mon fait, mon esprit auprès de celui du dragon, l’apaisant, sollicitant de sa part retenue et patience tandis que j'approchais, aussi rapidement que le permettait une économie nécessaire pour palier aux éventuels problèmes qui se présenteraient, autant qu'un besoin d'imaginer l'esquisse d'un rôle nouveau.

Le dragon se posa à nouveau, à distance raisonnable du chevalier, sans le quitter des yeux, mais surtout au plus proche de ma direction, de telle sorte qu'aucun de ces humains ne puissent s'interposer entre nous si l'envie leur prenait de le faire. Lorsque j'apparus derrière lui, le visage encore dissimulé par une capuche, le comportement du dragon trahit, ou indiqua plutôt immédiatement notre lien... Il n'y réagit pas, demeurant fixer sur celui qui continuait de le menacer d'une épée tirée au clair.

A haute voix, avec un accent qui mêlait des sonorités thaarie et elfique couvrant totalement les restes de mes origines, je m'adressais au chevalier. « Rengaine cette épée, chevalier ! » Ça n'était pas une supplique dans l'intonation, mais un conseil, une vive recommandation. Puis, m'approchant, je finissais à proximité d'un dragon qui réagit finalement à ma présence, tournant sa gueule vers moi tandis que je portais ma main à son flanc, pour le rassurer... à haute voix, à l'attention réellement du chevalier, et des hommes encore dissimulés. « Il va être raisonnable et la ranger, j'en suis sûr. » avant d'en venir directement au chevalier « N'est-ce pas ? Tu es assez malin pour ne pas l'obliger à répondre à la menace que tu brandis, et tes compagnons également, c'est juste ? »

Je demeurais dissimulé, même si un regard pointilleux pouvait distinguer une peau blanche, et les reflets bronze et or des fines écailles, sur les mains, le bas du visage qui n'était pas totalement couvert, auprès d'un Blanc qui restait sur ses gardes, prêt à réagir, mes mots accentuant la recommandation qui dissimulait une menace sous-jacente.
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Mar 16 Oct 2018 - 18:29

Sa lente marche n'avait sans doute pas durée aussi longtemps que le chevalier se le représentait, mais des mouvements contradictoires l'avaient assaillie plusieurs fois. Les appels étouffés d'Adhemar étaient morts dans son dos, pour les entendre une fois arrêté, près de la bâtisse. Sangarah allait à la rencontre d'un dragon. Cette bête incroyable pouvait certainement le balayer sur l'instant, et cette soudaine idée emballa son cœur. Pourtant, le blanc prédateur s'était envolé à nouveau, au lieu de débusquer les chevaliers qu'il avait repéré. Son cri avait sonné comme le grognement d'un molosse gardant une entrée. Et celui-ci reculait.
C'est quand le dragon se posa encore, assez loin, que l'étrange intuition du chevalier se précisa dans son esprit: la crainte était probablement partagée. Du moins, cette idée le rassurait un peu.
C'est là qu'un homme apparu à son tour. Bien que son visage demeurait caché, sa démarche n'était pas à celle d'une femme. Sangarah remarqua immédiatement la proximité avec la bête, sans pour autant le détendre d'un pouce. A l'injonction de l'homme, Sangarah réalisa qu'il comprimait littéralement son pommeau des deux mains, la lame en évidence. Si sa folie l'avait poussé à se présenter seul, il n'en demeurait pourtant pas assez fou pour y aller désarmé. L'accent de l'encapuchonné lui fit lien avec la sacoche trouvée dans la ruine.
D'abord totalement ignorant de la demande, Sangarah réalisa que l'homme et la bête "s'apprivoisaient". Comme un cheval dangereux car stressé, l'étranger rassura sa monture d'une caresse sur le flanc. Et c'est seulement là que le chevalier comprit que le cuir que portait l'animal était en fait une scelle.
La seconde interpellation du mystérieux individu, cette fois le piqua. Comment celui-la, à peine arrivé, avait-il repéré aussi rapidement le reste du contingent ?

Cela faisait bien trop d'étrangetés d'un seul coup pour que Sangarah ait l'esprit le plus lucide.
Il baissa sa pointe vers le sol, tout en gardant la prise de son épée à sa droite.
- Je crois que même un imbécile saurait reconnaître la plus grande menace en ces lieux, lui rétorqua le nérissois, sans se départir de sa méfiance. Si vingt flèches ne l'arrêtent pas et que je doive finir comme ces carcasses, désigna-t-il du menton, par Néera, je tâcherai de lui rester sur l'estomac.
Sa tirade lancée le rasséréna comme s'il s'était jeté dans une eau pas si gelée.

- Qu'êtes-vous venu faire dans l'ancenois, mis à part massacrer le bétail ?
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Mar 16 Oct 2018 - 20:59

« C'est alors qu'il me faut m'interroger sur ce qui te rend plus aveugle qu'un imbécile... » Ça n'était peut-être pas les bons mots, mais je ne souhaitais pas mettre des gants avec l'imprudent. « Il n'a point cherché querelle auprès des tiens, même à cet instant, il s'est appliqué à maintenir une distance, mais toujours, tu t'avances, brandissant la menace de l'acier, poussant ce que tu dois entrevoir comme un avantage sur lui... » Derrière la capuche, se dessina un sourire amusé alors que je voyais se dessiner une pensée. « Crois-tu l'effrayer, chevalier ? Si je puis te donner un conseil, point de trop gros pari sur cette idée si elle t'est venue, il t'en coûterait. »

Je m'écartais du dragon, la manière dont je me déplaçais, lentement, presque à la manière d'un prédateur qui, face à une proie au aboi s'évertuait à ne pas susciter une réaction trop virulente. Ne le quittant pas des yeux, sans pour autant porter la main à l'une de mes armes – qui n'étaient clairement pas de facture péninsulaire.

« Je te laisse une dernière chance, chevalier. » J'étais soudain plus dur avec lui, presque autoritaire. « Rengaine cette épée, ne sacrifie pas ta vie et celle de tes compagnons dans un combat que tu pourrais éviter, contre celui qui n'est pas un ennemi. » Et j'éprouvais, avec une certaine nostalgie, le besoin de lui rappeler les enseignements de la Damedieu. « Conseils et possibilités de Choix, tu t'efforceras d'apporter », enseigne-t-on aux prêtres... Conseil te fut donné, maintenant, choisis ! » Et le dragon se fit l'écho de ma pensée et de l'autorité que j'affirmais, un souffle porté par un cri, l'air vibrant avec intensité tout autour du jeune chevalier.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Jeu 18 Oct 2018 - 18:55

Les palabres de l'étranger agacèrent d'abord le protecteur de Néris. Au lieux de répondre à une question évidente, pour quiconque avait provoqué tel rencontre, l'étrange dragonnier à la face cachée se permettait insulte, menaces et leçons de conduite. La colère s'ensuivit, silencieuse et étouffée, crispant sa mâchoire et ses poings.
- Si ta bête n'a point cherché querelle, elle l'a pourtant bien trouvé et allant attaquer nos bergers. Et lorsqu'une attaque survient sur nos terres, même venue du ciel, l'agresseur ne peut plus prétendre être la victime. Ma menace est la réponse, ne transforme pas la réalité, voyageur.

Ceci lui était évident, et il peinait à imaginer que cet individu ne le comprenne pas. Toutefois, la réalité était aussi celle d'un rapport de force qui plaçait pour le moment le chevalier en position trop vulnérable pour se faire entendre. Ses hommes toujours dissimulés, gardaient eux, une meilleure marge de manœuvre.

Sangarah planta son épée dans le sol, et écarta symboliquement les mains, à hauteur de taille.
- A ton tour de choisir ta réponse, voyageur.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Sam 20 Oct 2018 - 9:40

L'agacement puis la colère, même étouffée restaient perceptible, d'autant qu'elles étaient l'une et l'autre prévisible. Les mots et l'attitude du dragonnier leurs donnaient naissance et les alimentaient assurément, et seule une voix de la raison face à la curieuse paire qu'il avait devant lui le retenait encore certainement. Qu'importe les mots précédents, il ne souhaitait pas mourir si il pouvait s'épargner cette peine... Et probablement à contrecœur, il céda, et c'était bien là tout ce qui comptait. Si l'évidence lui dictait que l'attitude du dragonnier n'était pas compréhensible, il n'était pas concevable pour ce dernier de répondre sous la menace de l'acier, avant même que n'entre toutes les autres considérations.

Il écouta, un léger sourire sur le visage en entendant des mots attendus, car si il ne l'avait pas sciemment provoqué, cette première confrontation entre l'être qu'il devenait et cet écho de ce qu'il put être dans une autre vie était désirée car inévitable pour celui qui n'avait aucune intention de vivre caché comme ceux qui le précédèrent.
Quand le chevalier planta son épée, l'air environnant semblant se détendre en même temps que le dragon et son dragonnier, son attention néanmoins toujours portée sur les fourrées, les vents favorisant toujours son odorat.

« Bien ! Je n'aime guère discuter quand on me menace, tu peux le comprendre, j'imagine. » dit le dragonnier accueillant avec une certaine légèreté le geste d'apaisement, finalement, du jeune chevalier. En guise de prémices à la réponse qu'il attendait, en retour, il commença par porter ses mains à sa capuche, la relevant pour dévoiler son visage, libérant dans la continuité de son geste sa longue chevelure blanche, découvrant un instant des oreilles effilées – quoique moins longue qu'un authentique elfe, suggérant une nature hybride – avant de porter son regard dont l'éclat d'émeraude d'antan avait gagné en intensité, mise en valeur par les fines écailles élégantes à l'aspect de nacre et aux reflets d'or et de bronze qui en dessinait les contours, se poursuivant pour renforcer le contour de la mâchoire et s’achevant dans le cou, surlignant également l'ancienne balafre qui courait, du front jusqu'à la joue gauche. Là où il n'y avait pas d'écailles, la peau était d'une blancheur évoquant celle du dragon qui se tenait non loin de là.
Si les elfes avaient fini par s'habituer à cette curiosité, qu'en serait-il des hommes ? Il n'attendit pas de le savoir pour répondre, néanmoins, à sa manière.

« Ma bête... » Il s'interrompit et soupira. « Que ce mot peut être réducteur, enfin... » Il savait, mais devait jouer un autre rôle, d'autant qu'il ne partageait plus cette vision étroite qui faisait d'un dragon une bête, au même titre que pouvait l'être une chèvre. « Mon compagnon est un dragon, chevalier, ses ancêtres parcouraient ce ciel et cette terre bien avant que les humains ne s'y épanouissent et n'en viennent à dire que ce qui y vit est leur... » Mon ton suggérait plus encore que les mots ma désapprobation quant à cette prétention. « Cette conviction est la vôtre, mais n'exigez pas de lui qu'il s'y conforme, il n'a pas à le faire. » Et dans son regard se lisait le fait que lui non plus. « Je lui ai transmis la volonté d'épargner ceux de ton espèce, dans la mesure du possible, ce qui te vaut d'être encore en vie, mais je ne lui demanderais pas de respecter vos fausses croyances. » Il souhaitait balayer en même temps l'idée qu'il ait pu susciter de la crainte chez le Blanc... Un grand nombre le pouvait, mais un seul pouvait être écarté d'un souffle. « Cette réponse te convient-elle, chevalier ? L'acceptes-tu, ou vas-tu continuer de te présenter comme face à un bandit et à un loup dont tu mènerais la chasse ? »

De son côté, le Blanc commençait à s'impatienter... Il avait à proximité sa nouvelle proie, mais ces gêneurs l'avaient interrompu avant qu'il n'ait pu l'apprécier. Cette pensée parvient à son compagnon qui s'efforçait encore de l'apaiser et de le faire patienter.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Dim 21 Oct 2018 - 20:25

La réponse du voyageur arriva d'abord par le geste, et cette dernière fut des plus... surprenante. Sangarah pu enfin détailler la face du personnage. Or, s'il ne su identifier l'origine de ses oreilles atypiques, le chevalier cru d'abord distinguer une parure là où des écailles couvraient une partie de son visage pâle. Le nérissois plissa les yeux, sans chercher à dissimuler son ressenti. Il se demandait bien de quel monde pouvait venir ce type.

Il écouta ensuite la déclaration de l'étranger, s'efforçant de comprendre sa position. On lui présentait donc la un véritable dragon, prédateur légitime qui n'avait à répondre de personne, hormis de son "compagnon" ici présent. C'est ce que Sangarah comprit, croisant les bras sur sa poitrine, et prenant un instant de réflexion. Il se donna le temps d'assimiler comme il le pouvait, tâchant de mettre de l'ordre dans ses idées. Ses pensées lui arrachèrent même un rire aussi bref que nerveux, avant de porter une main à son menton.

- Tu lui a transmis ? Reprit-il en accentuent le dernier mot. Un geste de la main annula presque aussitôt la question. Tu dis pouvoir lui demander de ne point attaquer d'humain, mais tu refuses de lui interdire le massacre de bétail ?

- Quand le chien mord, je te concède que ce dernier n'est peut-être pas responsable. Mais c'est alors son maître qui l'est. Ici, ton dragon agit certes par instinct, mais tu es alors tenu responsable de ses actes, car tu affirme toi-même pouvoir l'influencer.

Le chevalier affichait un ton mesuré, tout en gardant sa pleine conviction. On ne pourrait lui faire croire qu'il était légitime de prendre ainsi la vie de ces moutons.

- Sache que les bergers qui élèvent ces animaux en vivent, et font vivre leur famille. Ceci n'est pas une croyance, c'est la réalité. Et je suis moi, garant de leur intégrité. Alors si je consent à ne point chasser ton dragon, malgré la menace évidente qu'il constitue au moins pour eux, tu devras payer ses forfaits en indemnisant les bergers.

Sangarah recroisa ses bras, droit comme un I.
- Ceci te parait-il plus juste, voyageur ?

Le chevalier faisait la preuve d'une patience et d'une compréhension que nul autre derrière lui n'aurait certainement su égaler. Encore moins son père resté à Néris.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Lun 29 Oct 2018 - 20:30

Les échanges s’éternisaient déjà trop pour convaincre le dragon d’y accorder toute son attention… Le goût du sang et la frustration d’avoir été interrompu avant d’avoir pu apprécier sa dernière proie s’imposa bientôt et il se détourna du chevalier, de ses semblables encore cachés, laissant cette partie au dragonnier. Ils l’avaient dérangés mais ne constituaient pas pour lui une menace, ne méritaient pas tant d’attention, même si ils le comparaient à un vulgaire animal.

C’est ainsi qu’il se mit en mouvement, se détournant et n’accordant plus qu’une maigre attention à ces humains pour se diriger vers la dépouille du chevreuil qu’il ne tarda pas à saisir avant de déployer ses ailes et s’éloigner avec pour un peu plus de tranquillité.
Sérieusement ?
Ils m’ennuient et j’ai faim.
L’impérieux appétit du dragon s’imposa dans l’esprit du dragonnier, mettant un terme à toute discussion.
Reste sur tes gardes.
Évidemment !
Pourtant, il n’y eut plus momentanément que le plaisir de satisfaire sa faim, et Arthur soupira en secouant la tête dans ce qui dût paraître une scène incompréhensible pour le chevalier de Néris qui redevint néanmoins le centre d’intérêt du dragonnier qui se remit en tête les mots de ce dernier.

“Quelques bêtes ne font pas un massacre, autrement, il vous faudrait vous recueillir devant vos assiettes à chaque banquet, pleurant ces victimes offertes à vos appétits.” Ironisa-t-il, doutant que le chevalier ait jamais accordé la moindre prière ou même remercié la viande dans son assiette de son sacrifice pour qu’il puisse satisfaire sa faim.

“Mais j’imagine que pour le reste, cela doit être juste… D’un certain point de vue.” Qu’il ne partageait pas, ou en l’occurrence plus. Dans une autre vie, il aurait davantage accordé de justesse au chevalier, mais ça n’était plus le cas, d’autant qu’il plaçait un dragon et un chien au même niveau, suggérant qu’il devait exister une semblable relation. “Un point de vue limité.” Un point de vue qui plaçait l’humain et ses prétentions au sommet…

“Ce que tu dis être une réalité ne l’est que pour vous autres, humains… A ses yeux, il n’existe aucune distinction entre le bétail et le gibier, les deux constituent des proies évoluant sur ce vaste monde qui constitue son terrain de chasse. Telle est sa réalité… En quoi la tienne serait-elle plus légitime ? Parce que tu le considères comme un animal domestiqué ? Inférieur à toi comme le serait un chien ? La réalité, mon garçon… C’est que je me moque de ton consentement, que je m’efforce de te raisonner que pour t’épargner, toi et ceux qui t’accompagnent, car tel est le serment que je fis dans une autre vie, tandis qu’une pensée vous sépare d’être une gêne dont il faut se débarrasser.” Ça n’était pas une véritable menace dans la bouche du dragonnier, une simple énonciation.

“Je suis venu de très loin pour rendre un dernier hommage à un vieil ami, épargne moi de devoir salir cet instant, je te prie. Tu n’auras pas la justice que tu appelles de tes voeux, mais la vie sauve et la quiétude bientôt retrouvé pour tes bergers une fois que nous aurons quitté la région… C’est un bon compromis, non ?” Il ne souhaitait pas le combat, mais ne capitulerait pas, ne consentirait pas à la moindre prétention de ces humains…
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Sam 3 Nov 2018 - 12:30

Si le chevalier pouvait paraître prétentieux, pour celui qui méprisait le mode de vie d'une population qui n'avait jamais pu voyager plus loin que sur les plateaux gangrenés de coupes gorges de l'ancenois, c'est qu'il avait bel et bien fermé une partie de son esprit pour pouvoir en ouvrir une autre. "Un point de vue limité", en somme.
L'air plutôt neutre que le nérissois avait fait l'effort d'afficher après le dépôt de son arme, se transforma hélas, en un froncement de sourcils plein de déception et de rancœur.

- Tu n'écoute pas, voyageur, à défaut même d'obéir. Je ne blâme plus ton dragon, car j'ai entendu ton explication. C'est toi que j'accuse.

Sangarah tachait de ne par perdre le file, malgré la rencontre impensable et la rhétorique de l'étranger parlant à la place d'un dragon comme s'ils étaient la même personne.

- Ce n'est pas moi qui suis venu perturber ton voyage. C'est la quiétude de ces bergers, de mon peuple, que ton dragon est venue déranger. Alors tu nous a trouvé sur ta route. Si tu n'es point capable de respecter cette règle élémentaire, il ne fallait pas fouler cette terre. Il y a eu des dommages, aussi minimes que tu les considère. Comme tu le soulignes, c'est une question de point de vue, et du miens, ils sont assez graves pour en attendre réparation. La bienséance aurait au moins voulu que tu te renseignes à la fois sur ce qui t'es permis ici, et sur le montant des réparations que je te propose. Car tu te trouve en la châtellenie de Néris, régie par des lois pour quiconque y pose le pieds ou le museau.

Sangarah saisit le pommeau de son épée et la délogea d'un mouvement souple.

- Or, tu nous chies littéralement des menaces à la gueule, et ceci, je ne puis le permettre.

D'un geste, une partie de la troupe de chevaliers émergea des fourrés et se déploya immédiatement. Mais avant que tous les hommes ne prennent position, Sangarah devança la fuite possible du voyageur en s'élançant vers lui.
Le dragon était partie pique-niquer ailleurs, et ceci constituait l'ouverture parfaite. Le chevalier ne voulait pas pourfendre le dragonnier, mais s'en saisir fermement pour l'instant et le forcer à marcher vers les ruines à proximité. S'il se laissait faire, nul violence physique à son encontre. Mais s'il résistait, un coup de lame dans le mollet ne se ferait pas prier.
S'il comptait bien, ce dernier pourrait dénombrer une quinzaine d'homme en arme venir entourer le binôme et couvrir leur retraite dans la bâtisse.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Sam 3 Nov 2018 - 13:20

L’ignorance a un prix que ces chevaliers allaient découvrir…

Pour l’heure, le jeune chevalier avait apparemment atteint son seuil de tolérance et décida d’engager le combat, en même temps que se déploya la petite troupe qui l’accompagnait. Évidemment, Arthur ne resta pas là sans rien faire, mais ne tira pas sa propre lame et ne bougea pas, il n’était pas en forme suffisante pour se permettre un combat de ce genre, mais son esprit se tendit jusqu’au dragon.

Ne les attaque pas encore, contente toi de leur rendre la vie un peu plus… compliqué, l’occasion se présentera plus tard.

Le dragon décolla, et sembla décrire une trajectoire qui l’éloignait… Pour mieux fondre sur l’endroit où les hommes avaient laissé leurs chevaux. Un bruit terrible, comparable au tonnerre secoua l’air et les arbres, provoquant également la fuite des montures, montures que le dragon poursuivit pour s’assurer de leur rapide évacuation. La route allait être longue… Surtout avec un dragon rôdant dans les parages.

“A voir ce que coûtera ton incapacité à le permettre…”

Il afficha un air énigmatique, suggérant que la partie n’était pas encore terminée.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Mar 6 Nov 2018 - 18:11

Les chevaliers se raidirent à la vision du dragon en vol. Sur leur garde, mais disciplinés, ils ne quittèrent pas la bête des yeux, jusqu'à la voir s'éloigner. Sangarah, tenant le bras de l'étranger en passant dans son dos se tint prêt à glisser sa lame sous le menton de l'homme aux oreilles pointues.
Tandis que le hénissement des chevaux retentit depuis le bois, l'épéiste obligea à avancer vers la bâtisse.
- Silence, et avances.

La distance fût courte, heureusement. Une fois les deux hommes à couvert de la vieille demeure, le reste du contingent suivit rapidement, trop content de ne pas rester dehors, à la merci des griffes du serpent volant.
Enjambant les débris sur leur passage, Sangarah choisit le flanc de l'escalier abîmé comme destination finale. Il ordonna qu'on amène une chaise, ou ce qui pouvait servir à poser son fessier dessus, puis la posa la, devant le dragonnier.
- Assieds-toi, ou restes debout, ça m'est égale.

Les chevaliers se postèrent de sorte à couvrir les orifices principaux de la bâtisse. Mais l'endroit qui concentra le plus de vigilance fût le seul assez grand pour permettre à un cheval de stationner: l'ancienne salle de réception à l'herbe aplanie. Sans s'exposer, l'un des hommes chargea son arbalète et fixa la brèche dans le toit.
A ce stade, personne ne savait encore que le voyageur pouvait communiquer mentalement avec le dragon. Du moins, Sangarah ne pouvait vraiment le concevoir, malgrès les paroles équivoques de son interlocuteur.

Il rengaina son épée, mais toisait toujours l'étrange individu d'un regard noir.
- Tu t'imagines peut-être qu'un chevalier ancenois se plierait à de telles menaces et provocations ? Reprit-il comme s'ils avaient à peine été coupé.

Sangarah s'avança plus prêt, face à l'homme aux écailles qu'il pu cette fois détailler sans faillir. Le chevalier écarta les mains, pour les lui montrer désarmées, avant de fermer les poings.
- Es-tu sûr de pouvoir m'insulter ainsi, voyageur ? lui tint-il la mâchoire serrée.


Hrp:
 
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Mar 6 Nov 2018 - 19:21

Le dragonnier n’offrit aucune résistance manifeste, observant la petite troupe, son regard s’arrêtant sur l’un d’eux qui semblait avoir mis la main sur sa sacoche et sur ses précieuses notes… Et c’est ce qui le contraria le plus. Il n’était pas question d’envisager un plan où il repassait en catimini pour les récupérer plus tard.
Il choisit de s’asseoir, pour l’heure, il n’avait plus l’intention de faire le fier. Il n’était pas en mauvaise posture, pas vraiment, mais il jugea que ne pas offrir matière à alimenter le feu qui semblait brûler dans le chef de la petite troupe.

“ J’ai tenté de te raisonner, chevalier, tu t’es obstiné à croire que tu peux me soumettre à la justice des hommes… Cette certitude est une erreur qui te coûtera peut-être, et tu entraînes ces hommes avec toi. “ Il observa les hommes, songeur.

Ils n’ont pas l’intention de bouger, pour l’heure… Reste à proximité mais sois discret.

Il en revint au jeune chevalier. “ C’est ta rigidité qui m’a contraint à la menace, j’espérais un sursaut de bon sens, mais tu poursuis ta marche en avant, résolument. “ Ça n’était sûrement pas la bonne approche, mais si il n’avait pas l’intention de physiquement résister, il n’avait pas l’intention de capituler devant cette brute. Et soudain, un souvenir lui revint, et il détailla le visage du jeune homme avec l’expression de celui qui prend conscience d’une chose. “ Oh… Ça y est, ça me revient ! “ Il se donna une tape sur le front. “ Quel idiot j’ai été ! Si je m’étais souvenu plus tôt, j’aurais opté pour une autre approche. “

Il revint soudainement et braqua son regard d’émeraude sur le chevalier. “ Tu es Sangarah, fils de Faraj… Je me souviens ce tournoi… Comment oublier la violence que tu as abattu sur ton adversaire. “ C’était une brute, dur de déterminer si il s’était assagi avec le temps, mais une chose devenait certaine… Le rapport de force n’était pas la meilleure des options, la menace non plus, à laquelle il était évident qu’il allait répondre de front. Néanmoins, il se souvenait à présent, pas de grand chose, mais peu pouvait suffire.

Mais sur l’instant, il se tut, pour réfléchir d’une part, mais également pour laisser le temps à Sangarah de digérer une vérité nouvelle… L’homme-dragon qui se tenait devant lui le connaissait, tout du moins fut-il quelques années plus tôt en Ancenis, assistant à ce tournoi… Nourrir la curiosité pour lui permettre d’effacer l’hostilité n’était pas une mauvaise manière d’aborder le problème.
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Dim 18 Nov 2018 - 21:16

Il n'avait pas manqué grand chose pour que le chevalier punisse le dragonnier d'une bonne correction. Par principe, Sangarah ne pouvait en accepter d'avantage. Il avait ressenti une véritable provocation, là où il estimait avoir fait un effort de patience et de compréhension considérable pour le volcan qui frémissait en lui.
A la première réponse du voyageur, qui gardait un calme olympien malgrés la tension évidente, Sangarah se pencha, l'index pointé en avant pour cracher une ultime justification.
- Et puis quoi encore... gronda-t-il, avant d'être coupé par l'attitude du dragonnier en réflexion.

L'homme affirma soudain le connaitre, ou du moins le reconnaître. Piqué, Sangarah suspendit sa réponse brûlante en plein hélant. Il se redressa, s'éloignant du visage écaillé qu'il avait pris en joug. Il lança machinalement un regard en arrière, croisant celui d'Adhémar, qui chercha à détailler l'étranger avec plus d'attention.
Sangarah savait de quel tournoi l'homme parlait. Il en avait gardé une cicatrice indélébile sur la tempe. Un combat qui avait failli lui coûter la vie, et pourtant, c'est l'écho de sa propre fureur qui s'était propagé ce jour la au-dela de l'assistance. Il n'avait encore été qu'un gamin, et c'est ce que Sangarah s'était convaincu de croire pour expliquer les regards qui l'avaient poursuivi longtemps.
Mais ici, si l'homme au dragon avait tous les atours d'un étranger bien étrange, le chevalier nérissois se surpris à l'imaginer dans le publique. Il n'était pas donné à n'importe quel vagabond d'y être invité.
Il renifla, comme s'il ravalait une partie de sa rage, aussi subitement qu'elle l'avait submergé.

- Je me suis endormi avant les applaudissements, balança-t-il amèrement, parfaitement conscient que ce ne fût qu'un silence pesant qui scella le duel.
Et toi, qui es-tu donc alors ? Renchérit-il d'un geste désinvolte.

Sangarah ne pu voir derrière son épaule, le regard scrutateur d'Adhémar s'éclairer d'une étrange lueur.
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Arthur
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Ven 23 Nov 2018 - 16:27


La plus simple des questions peut devenir délicate pour peu qu’on y applique le bon traitement – ou le mauvais, mais ceci n’est qu’une histoire de perspective. Pour celui qui voulait épargner que ses choix ne ternissent l’ouvrage de ses honorables ancêtres, la seule demande d’un nom était un problème.
Il voulut mentir, deux mots elfiques pouvaient parfaitement faire l’illusion pour détourner l’attention, mais sa situation, si il voulait s’épargner le combat – convaincu qu’il était qu’il pouvait encore l’éviter – exigeait qu’il nourrisse la curiosité du jeune chevalier dont il avait effectivement retrouvé le nom.
Et le jeune homme lui parut un peu… amer. Ça n’était guère étonnant, en y pensant. La défaite elle-même n’était qu’un détail, qu’il se soit relevé après un tel choc et il aurait reçu une acclamation – il avait lui-même connu une telle situation lors du tournoi royal qui marqua la fin de la Révolte des Barons -, mais il n’avait pas su réfréner sa rancœur et avait présenté un visage d’où était absent l’honneur et la courtoisie attendues lors d’un tournoi.
Mais il avait finalement été fait chevalier, et il était très probable qu’il ait à son actif quelques succès plus honorable, ignorés d’un homme qui avait choisi l’exil fort peu de temps après ce fameux tournoi.

« En effet, l’aspirant-chevalier s’était certainement endormi avant les applaudissements. » Pour laisser la place à une brute enragée. « Et je suppose qu’il s’est réveillé depuis, n’est-ce pas ? » C’est en jetant un œil à Adhémar qu’il posa la question, en voulant voir si ce dernier pouvait saisir le sous-entendu, avant d’en revenir à Sangarah.

« Je n’ai pas de nom à t’offrir, chevalier, je le crains. » Il fallait qu’il explique, qu’il tente d’en appeler à la fibre honorable de celui qu’il avait devant lui. « Celui que j’ai possédé, j’y ai renoncé à l’instant où mon regard s’est posé sur le dragon, pour que mes choix ne pèsent pas sur le souvenir de mes ancêtres. » Il fallait le justifier pour qu’il comprenne et pour qu’il accepte ce qui pourrait paraître une requête, non pour lui-même, mais pour l’illustres ancêtres dont le temps était achevé depuis de nombreuses années, des siècles. « Aussi, quoique vous puissiez deviner, » Et il porta son attention sur un Adhémar dont le visage trahissait toujours un soupçon fort, ce qui n’était pas impossible… Ses traits s’étaient affinés pour lui restituer un visage – et un corps – plus jeune, ses oreilles s’étaient allongées, et iris émeraude avait un éclat plus vif qu’autrefois, mais ignorez ces quelques détails et les écailles – dont certaines dessinaient toujours sa balafre – et il n’était pas impossible de retrouver des traits appartenant à l’ancien baron. « oubliez le aussitôt. »

« Tu peux m’appeler Arthur. »
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Sangarah d'Orneyad
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MessageSujet: Re: En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]   Ven 23 Nov 2018 - 20:32

Ce type entretenait un mystère qui, au vue de sa relation privilégiée avec les écailles, ne pouvait que pousser ses interlocuteurs à chercher d'avantage. Adhémar ne saurait affirmer quoi que ce soit en cette heure. Pourtant, son esprit fouillait avec frénésie le lien avec cet homme. Sangarah, de son coté, demeurait plus neutre. Il n'aurait pu reconnaître l'ancien Baron physiquement, ne l'ayant probablement jamais vu ailleurs que ce seul jour d'affrontement, au nom de son grand-père. Les émotions qui l'avaient alors assaillies avaient terminé de brouiller tout souvenir assez précis du visage qu'il avait dû saluer par simple protocole.
Mais Adhémar, son aîné de plusieurs années, avait meilleure mémoire. Et surtout, il n'avait jamais quitté Abriel, vassal du Baron d'Ancenis.

Sangarah ne jugea pas l'homme au dragon, à cet instant. Il choisit même de le croire sincère, et pudique, plus que calculateur. D'ailleurs, l'héritier de Néris n'avait pas questionné l'identité du voyageur afin de retrouver sa trace. Mais celui-là pouvait aussi le penser.
C'est lorsque le dragonnier finit par donner un prénom, qu'Adhémar s'approcha à hauteur de Sangarah.
- Sire... Fit-il à voix basse, mais tout à fait audible sous la voûte de pierre froide, avec une main venant se poser sur son bras.
Les deux hommes s'éloignèrent, tandis que deux autres, le heaume encore vissé sur leur tête, vinrent se planter devant le dragonnier.

S'ensuivit une discussion assez feutrée pour tenir à l'écart des oreilles humaines, dont seuls l'intensité des chuchotements et l'expression des visages pouvaient constituer des pistes de compréhension.
- J'ai l'impression de le connaitre. Je ne saurais en être certain, mais son visage...
- Cet étranger ?
- En est-il vraiment ? N'a-t-il pas prétendu venir visiter un ami ?
- Il a prétendu bien des choses, comme savoir manœuvrer un dragon par l'esprit.
- Il t'a reconnu. Il était présent au tournoi. Et il dit se prénommer Arthur, insista-t-il.
Toujours dubitatif, Sangarah tourna son regard vers le dragonnier, avant de fixer son compère, les sourcils froncés.
- Qu'insinues-tu ?

Les deux chevaliers parlèrent encore, jetant tour à tour de bref mais lourds regards à leur invité, avant de revenir face à lui.

- Arthur, hum ? Sangarah tendit la sacoche qu'ils avaient trouvé ici même, et qu'ils savaient lui appartenir. Nous ne cherchons pas à te dévoiler, si ton choix est de tourner le dos à ton passé.
Il lâcha le sac à ses pieds, s'appliquant à ne pas le faire de trop haut. Ou peut-être protèges-tu quelqu'un.
Ils savaient tous deux qu'Arthur de Melasinir avait disparu volontairement, à l'époque, pour éviter un bain de sang dans l'ancenois*.
- Lors de ce tournoi, tu sais sans doute que je combattais pour mon grand-père, Abriel de Néris. Et lui servait un Arthur, présent biensur ce jour là.
Alors que Sangarah parlait franchement, Adhémar, à son coté ne manquait pas un seul signe du faciès du dragonnier.
- Abriel était prêt à défendre Son Honneur de Melasinir contre ses opposants. Et mon père, et moi-même. Et je suis convaincu qu'aujourd'hui encore, Abriel aurait trouvé ça juste.
Ses yeux se perdirent un bref instant dans le vague, comme s'il en avait perdu le contrôle une seconde.
- Je porte le nom de mon père, non celui de Néris, et pourtant, je crois que mes choix pèsent aussi sur celui de mon ancêtre Abriel. Nos liens et leur héritage ne se résument sans doute pas à un nom.
Son visage n'était plus aussi dur à présent. Il ne se voulait pas juge, mais relatait ses convictions.
- Peut-être es-tu lié à cet Arthur la. Adhémar acquiesça doucement. Peut-être est-il un parent que tu souhaites préserver. Ou peut-être nous trompons-nous.
Mais au nom d'un ancêtre qui m'est chers, je suis prêt à pardonner les méfaits. Ou plutôt, accepter,
précisa-t-il.


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En Ancenois apparut le Dragon Blanc endeuillé [Libre]
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