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 Apprivoisez le loup [Brohan]

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Maralina Irohivrah
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MessageSujet: Apprivoisez le loup [Brohan]   Mer 10 Oct 2018 - 20:13



Arkuisa, Ve ennéade de Favrius, An XI, Cycle XI
Palais Irohivrah, Thaar



«Je t’accompagne!» Une main arrêta brusquement sur son visage. «Non j’en ai marre! Fous-moi la paix Ulric! Je suis chez moi ici et tu n’as aucune autorité sur moi! Alors, retourne à tes occupations! » Maralina lui avait parlé d’un ton beaucoup plus dur qu’elle aurait voulu. Ulric était un de ses meilleurs gardes du corps avec Nehril et ce dernier avait prouvé maintes fois sa dévotion pour son employeur. Malheureusement sa dévotion devenait rapidement agressante pour la demi-elfe qui voulait simplement quelques instants de tranquillité dans son propre manoir. La Vaanie se retourna et entra dans les jardins en soupirant. Finalement cette tranquillité ô combien désirée!  La demi-elfe avait vraiment besoin d’un moment pour elle. Les derniers jours avaient été forts en émotion. Entre le retour d’Anaëh, son attaque dans la forêt d'Aduram, son retour à Thaar et l’accueil des Oesgardiens, elle n’avait pas eu un seul moment pour souffler. Qui plus est, elle pensait ne pas s’être totalement remise de l’enchantement que ce stupide d’elfe roux lui avait donné. Un mal de cœur constant la tourmentait, mais vu son entêtement, et surtout trop fière pour admettre ce qui s’était réellement passé dans cette forêt,  elle refusait catégoriquement de demander l’aide d’un guérisseur.  Après tout, ce n’était que de légères nausées et l’air frais lui ferait le plus grand bien.  Elle marcha silencieusement dans les jardins pendant de longues minutes, admirant la végétation colorée qui se trouvait devant elle et s’assit doucement sur un banc de pierre près d’un bosquet de rose jaune. Elle ferma les yeux et savoura le vent salin de Thaar qui caressait son visage.


La princesse fut alors sortie de ses pensées par le bruit d’armes qui s’entrechoquaient. Une bataille dans ses jardins? Les casernes n’étaient pas assez bonnes pour les besoins de ses soldats? Elle secoua la tête et se releva du banc ou elle venait de s’assoir pour aller dans l’aire centrale de ses jardins.  Une magnifique fontaine trônait fièrement au milieu d’une magnifique aire dégagée. Les murs de pierre blanche avaient été habilement camouflés par de nombreuses plantes grimpantes et de nombreuses fleurs colorées. Dans cette petite aire, on pouvait facilement oublier qu’on se promenait en plein milieu de Thaar. C’était une parfaite petite oasis de détente en plein milieu des jardins. Maralina tourna finalement pour entrer dans l’espace et s’arrêta net lorsqu’elle aperçut  Brohan qui s’entraînait avec un des chevaliers. La Vaanie avait tenté d’éviter les Oesgardiens ces deux derniers jours. Disons que leur première rencontre avait laissé un souvenir amer dans ses pensées et qu’elle avait plus ou moins envie de jouer avec le visage de marbre qu’était l’Oesgardien. « t'l'a pas vu v'nir hein? » Fridirick fit tournoyer son épée avec ce qui semblait être un air satisfait. N’importe lequel idiot aurait pu voir que ces deux-là s’entraînaient régulièrement au combat. Le chevalier eut un léger sourire lorsqu’il aperçut la princesse marchande se tenir debout non loin d’eux. Ce dernier tournoya légèrement pour que Brohan soit face à elle, ce dernier sembla se raidit lorsqu’il aperçut la Vaanie devant lui. Mais son adversaire profita de la distraction que venait de faire la princesse pour attaquer Brohan. Ce dernier para habilement le coup, et se redressa avant de tourner ses yeux grisâtres vers elle.


« Bonjour Maralina. Cet entrainement semble vous intéresser, souhaitez-vous échanger quelques coups ?» Lui demanda-t-elle d’une voix glaciale.


Son visage était toujours de marbre, comme si son expression glaciale ne quittait plus jamais son visage. La princesse marchande haussa les épaules en ayant un sourire amusé. Elle avança de quelques pas pour se trouver à quelques pas de Brohan avant de planter son regard dans le sien. « Bonjour, Brohan, pardonnez-moi de mon intrusion. Je ne faisais que passer et les bruits m’ont attiré. » Maralina lui sourit avant de diriger son regard vers l’adversaire de Brohan. Elle lui fit un discret signe de tête pour le saluer avant de retourner son regard dans celui de Brohan. Elle leva légèrement la tête, fière, comme pour se mettre au même niveau de Brohan, avant de lui répondre en souriant; «  Non merci, je ne souhaiterais pas heurter votre égo ou vous blesser. » Maralina était énormément confiante en ses habiletés à combattre. Après tout, elle avait eu les meilleurs professeurs que Thaar avait à offrir, et n’avait aucunement froid aux yeux.  La demi-elfe vint pour ouvrir la bouche, mais fut distrait par de bruits de pas étouffé qui arrivaient derrière elle. La Vaanie ne prit pas de chance et se retourna rapidement pour regarder à l’entrée du jardin qui osait venir déranger sa conversation.


Son esclave naine tourna finalement le mur et s’arrêta net en voyant sa maîtresse devant elle, totalement surprise. Comme si elle l’avait attrapé à faire quelques choses de mal. Maralina lui jeta un regard suspicieux avant de lui faire signe d’avancer. La naine baissa aussitôt son regard et s’approcha de sa maîtresse avec un plateau contenant deux verres d’eau en cristal ainsi qu’une cruche finement décorée rempli du même liquide translucide. Cette dernière la déposa sur le banc de pierre avant de se prosterner devant sa maîtresse avant de murmurer d’une voix incertaine, presque en bégayant; « Je..Je sss- suis désolée M-Maîtresse, je vais allez chercher un verre supplémentaire. » « Pas nécessaire. » Lui répondit-elle froidement. Elle la congédia de sa main gauche, pendant que cette dernière se releva pour partir en faisant de grand pas – ou du moins, ce que ses petites jambes potelées lui permettaient d’appeler grand. Elle arriva près du mur de marbre et s’arrêta avant de jeter un regard admiratif au Seigneur Oesgardien et de détaler le plus rapidement possible lorsqu’elle s’aperçut que sa maîtresse avait remarqué son manège. Le regard bleuté de la demi-elfe était toujours dirigé vers le mur d’où venait de disparaître la naine alors qu’elle demanda au Nordiens; « Elle vous dérange? On dirait qu’elle n’a pas été insensible à votre charme d’Oesgardien! » Le visage de marbre, Maralina se retourna et attrapa les deux verres finement décorés avant de les tendre un à Fridirick et à Brohan. Voyant que ce dernier ne réagissait pas elle soupira. La princesse avait remarqué son manège depuis son arrivée. Si elle comprenait le fait que la peur du poison l’habitait, jamais la princesse marchande n’aurait utilisé un moyen si lâche pour abattre ses ennemis et le seigneur Oesgardien n’était pas dans sa liste de personne à éliminer, du moins, pas pour l’instant. Elle porta le verre à ses lèvres et en but une gorgée avant de le redonner à Brohan. La Vaanie planta son regard bleuté dans celui grisâtre de son invité avant de lui dire; « Si j’avais voulu vous tuer Brohan, vous et vos hommes seriez déjà morts et pourtant vous voilà invité dans ma maison et en vie. » Maralina contourna le Nordiens sans un regard,  pour retourner près du couloir, prête à retourner à ses occupations lorsqu’elle se retourna légèrement vers les deux hommes. « Si votre entraînement est terminé, vous êtes le bienvenu si vous désirez profiter des jardins en ma présence. » La princesse avait dit cela par pure politesse, se doutant bien que l’Oesgardien refuserait probablement la compagnie de la demi-elfe qui avait si gentiment menacé il y a quelques jours.


Dernière édition par Maralina Irohivrah le Ven 12 Oct 2018 - 19:21, édité 1 fois
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Brohan Wulfekiin
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MessageSujet: Re: Apprivoisez le loup [Brohan]   Ven 12 Oct 2018 - 13:06

Apprivoiser le loup
Avec Maralina Irohivrah.

An 11 du Cycle 11, arkuisa de la cinquième ennéade
Thaar, les soieries, palais Irohivrah

Le soleil se lève sur Thaar, et avec lui les visiteurs venus d'une petite terres d'Oesgard. Cela fait quatre jours qu'ils sont arrivés à Thaar, bientôt deux ennéades qu'ils ont foulé de la botte les terres d'Ithri'Vaan, et il commencent seulement à s'accommoder au climat côtier. Cela fait deux jours qu'il sont accueillis en invités dans le palais thaari de la princesse-marchande d'Uldal'Rhiz, et les miliciens qui toujours gardent un oeil sur eux s'habituent encore à leurs pratique. Ils s'habituent au visage fermé du seigneur oesgardien qui jamais ne daigne leur montrer la moindre expression, pas même à leur maîtresse. Ils s'habituent aux regards pleins de dégoût du grand blond à la mine patibulaire. Ils s'habituent aux tentatives souvent vaines du jeunot pour les initier à un obscure jeu de hasard chaque fois qu'un moment de libre lui en donne l'occasion. Et ils s'habituent à l'accent étrange de leur patois, qu'aucun pourtant ne comprend malgré le fait que plusieurs parmi les miliciens parlent le péninsulaire. Et ils s'habituent au ton hautain, presque froid, sur lequel le noble péninsulaire s'adresse à eux, les rares fois où il leur adresse la parole.

Comme chaque matin les nordiens sortent de leurs appartement dès le levé du soleil. comme chaque matin ils se rende jusqu'à la salle à manger, où les esclaves s'affairent pour leur servir un rapide repas. La naine qui ne cesse de les guider et les servir semble s'être le plus vite familiarisée à leur présence : toujours souriante, toujours prompte à obéir aux ordres du seigneur invité comme s'ils venaient de sa maîtresse elle-même. A la voir ainsi tout faire pour satisfaire à ses désirs l'homme au visage de glace se complait à penser que la Princesse-Marchande ait alloué une esclave aussi dévoué à leur seul disposition, et ce malgré la méfiance qu'elle montre toujours à leur égard.

Le repas se termine et les nordiens retournent dans leurs appartements. Le seigneur s'arrête devant la porte et se tourne vers la naine qui les accompagne toujours, certainement dans l'attente les demandes des invités.
"Préparez-nous des vivres et à boire pour un voyage de plusieurs jours, pour une personne. Les dattes séchées que nous avons eue hier, mettez-en. Et nous voulons savoir s'il y a des bateaux en partance vers Naelis aujourd'hui même, avec de la place pour un passager."
L'esclave, toute sourire, fait un signe de tête pour montrer qu'elle a compris. Le noble se retourne pour rejoindre ses compagnons, et la naine s'enfonce dans les couloirs d'un pas aussi rapide qu'il lui en est possible.

"Sire Brohan..." Dit Fridrick, sur ce ton amusé qu'il n'ose prendre que lorsqu'ils sont seuls entre chevaliers. Et comme toujours, le concerné n'esquisse pas la moindre grimace.
"Aujourd'hui on va rester un peu, on sort pas. Seulement c'pas la permission les gars, j'ai des missions pour vous. Hartmod, Sigvard, z'allez vous balader, j'veux savoir où on peut aller, par où on peut sortir, où s'trouvent les appart'ments d'la princesse." Les deux hommes acquiescent d'un signe synchrone et le seigneur reprend. "Rolf..." Le concerné baisse les yeux, quelque peu gêné, sachant pertinemment qu'il n'échappera pas à une sanction pour son comportement et les incidents qu'il a causé depuis leur arrivée. "Entretien des équipements." Le grand chevalier souffle, soulagé. Il s'en sort plutôt bien. "Bjorn, c'toi qui va jouer l'messagers. Passes la missive à Osmund et dis que j'veux la septieme." Le bouru personnage grommelle dans sa barbe, comprenant qu'il ne participera pas à la chasse, mais accepte tout de même la mission. "Et Fridrick..."
"T'veux t'entraîner ?" Coupe le captaine des chevaliers, anticipant la demande.
"Oui."
"Ok p'tit sire, cette fois l'est temps que j't'en mette une !" Prévient le nordien, un sourire déterminé se dessinant sur son visage.


Plus tard dans la matinée
Jardins du palais Irohivrah

Les lames s'entrechoquent, se croisent, se dévient, et se repoussent. Dans une danse maîtrisée les deux hommes s'affrontent, échangeant des passes d'arme, faisant jeu égal. Une estoc, un contre, une feinte, et soudain un coup de poing. Le capitaine recule de deux pas, se massant la mâchoire.
"Joli coup ! C'est chez les sauvages que t'as appris ça ?" Dit-il en raillerie. Son adversaire se met en garde, mais le capitaine fait signe de patienter un moment. "Attends..."
Retirant son gant de cuir, le chevalier fait jouer les muscles de ses doigts.
"Ta blessure ?" S'enquiert le seigneur oesgardien.
"Ouai... Foutu drow !" Maugréé-t-il avant de remettre son gant.

Laissant souffler son compagnon d'arme, le noble se tourne vers l'esclave qui les observe depuis un moment.
"Vas nous chercher à boire." Lui ordonne-t-il d'un ton parfaitement neutre.
La naine fait une généreuse révérence en signe de respect, tel qu'on le lui a appris la veille. C'est Fridrick qui, un moment où il désirait s'amuser un peu, avait faint l'indignation face au comportement de l'esclave. Profitant de l'absence de son suzerain et prétextant qu'il était outrageant qu'une simple domestique ne montre pas à son seigneur le respect qui lui est dû, il lui avait inventé une référence ridicule en disant qu'elle devait être effectuée chaque fois que le noble nordien lui donnait un ordre. Voulant bien faire, sans doute pour ne pas créer d'incident à sa maîtresse, la crédule courte-jambes consenti sans mal à retenir l'originale courbette : d'abord joindre les mains devant sa poitrine puis s'incliner à angle droit, les jambes tendues, tout en écartant bien les deux bras par-dessus la tête. Pensant à une étrange coutume estréventine, le seigneur de Höginheim n'y prêtait pas attention.

La naine disparaît prestement derrière un mur du jardin et l'invité à la chevelure grisonnante se tourne vers son partenaire d'entraînement. Ce dernier, cachant tant bien que mal un sourire amusé, se remet subitement en garde.
"J'suis prêt. En garde ma biquette !"
Lâchant un imperceptible soupire le seigneur-chevalier se met lui aussi en garde, et le duel reprend. Une attaque déviée, un contre esquivé, une technique défaite, et un coup dans les flancs. Brohan porte une main à son flanc douloureux, le souffle coupé. Mais depuis quand Fridrick arrive-t-il à lever assez sa jambe sans perdre l'équilibre ? Se demande-t-il.
"T'l'a pas vu v'nir hein?" Jubile le capitaine en faisant des moulinets avec son épée.
C'est alors qu'il remarque la princesse-marchande qui les observe dans le dos de son suzerain, et son sourire réjouit devient malicieux. Il ne dit rien et l'affrontement reprend, aussi intense. Dans ses mouvements Frid' se contente cependant de bloquer et parer, reculant d'abord, puis allant de coté pour changer l'angle du combat. L'homme au visage de marbre n'a qu'une seconde d'inattention en remarquant la maîtresse de maison apparaître dans le champ périphérique de sa vision, une seconde suffisante pour permettre à son adversaire de tenter un contre subit. Les pas qu'il a entendu n'étaient donc pas ceux de la naine, songe le noble nordien, tandis qu'il pare le coup de son adversaire avant de le mettre à terre d'une habile prise.

Dos au sol le capitaine se remet de sa surprise, comprenant que cela marque la fin de l'entraînement, ce pendant que le seigneur se redresse et s'époussette. Le visage de marbre de ce dernier se tourne vers la spectatrice et de son ton sans émotion il engage la parole :
"Bonjour Maralina. Cet entraînement semble vous intéresser, souhaitez-vous échanger quelques coups ?"
Si la question n'est pas une blague, la princesse-marchande l'a prise en amusement. Elle hausse les épaules et se rapproche, souriant, pour s'arrêter à quelques pas des combattants. Le regard azuré de la thaari accroche celui grisé de l'oesgardien, et elle répond.
"Bonjour, Brohan, pardonnez-moi de mon intrusion. Je ne faisais que passer et les bruits m’ont attiré."
Ce n'est pas une réponse à sa question mais de courtoises politesses, qualité qui semble cruellement manquer au groupe de visiteurs oesgardiens. A cela s'ajoute une discrète salutation dirigée vers le capitaine qui s'est relevé et lui rend la pareille d'une courte révérence. La maîtresse de maison se redresse alors, fière rattrapant du haut de ses talons la taille de son vis à vis.
"Non merci, je ne souhaiterais pas heurter votre égo ou vous blesser." Ajoute-t-elle en réponse à la question du nordien, comme si elle cherchait à le froisser.
La thaari se pense-t-elle capable de le surpasser en combat, alors qu'elle cache encore un bleu découlant de son inefficacité à avoir voulu prendre le dessus sur lui deux jours plus tôt ? Le nordien ne relève pas l'insinuation, se contentant d'un simple "A votre aise." sans émotion.

C'est à ce moment que revient l'esclave aux courtes jambes, un plateau à la main. Cette dernière s'arrête net en voyant sa maîtresse, alors que celle-ci se retourne subitement. Le mouvement soudain de la jeune femme fait voler sa longue chevelure qui vient fouetter le visage de marbre de son invité. Ce dernier n'a pour réaction qu'un clignement instinctif des yeux, ne montrant pas sa contrariété d'avoir été ainsi attaqué sans vergogne.

Avec l'air d'un enfant que l'on a pris la main dans le sac, la petite esclave apporte les boissons demandées.
"Je..Je sss- suis désolée M-Maîtresse, je vais allez chercher un verre supplémentaire." Balbutie la pauvrette à sa maîtresse.
"Pas nécessaire." Répond sèchement cette dernière avant de la congédier d'un signe de la main.
La domestique s'en va sans demander son reste, se pressant de sa démarche bedonnante, et ne se retournant qu'une fois pour jeter un dernier regard brillant vers l'invité d'un autre monde avant de disparaître.
"Elle vous dérange ?" Demande la princesse-marchande, le regard toujours tourné ver le mur d'où vient de disparaître la naine. "On dirait qu’elle n’a pas été insensible à votre charme d’Oesgardien !" Ajoute-t-elle en commentaire.
"C'est une bonne servante." Répond simple l'oesgardien, ignorant le verre qui lui est tendu. "Nous sommes satisfaits que vous nous l'ayez attitré."
Pensant à ce que vient de dire la thaari Brohan se demande quelle en est la portée. S'il a bel est bien remarqué l'attention particulière que lui porte cette esclave il pensait jusque là que tout cela n'est que le fait de son éducation, ou plutôt de son dressage. Que cherche donc Maralina a obtenir en lui faisant ce commentaire ? Cherche-t-elle à jeter le seigneur oesgardien dans les bras de son esclave pour ensuite mieux se servir de lui ? Quel plan ridicule, s'il est avéré, car il n'a que faire d'une esclave, naine qui plus est.

Il sort finalement de ses pensées et prend en main le verre qui lui est à nouveau tendu. Il remarque une légère trace en portant le récipient à ses lèvres, ce qu'il trouve étrange car la naine a pour habitude de toujours leur apporter de la vaisselle propre. Qu'importe, se dit-il en posant sans le savoir ses lèvres là où se sont posées celles de Maralina quelques secondes plus tôt. Il vide goulûment son verre et pose son regard dans le bleuté des yeux de son hôtesse.
"Si j’avais voulu vous tuer Brohan, vous et vos hommes seriez déjà morts et pourtant vous voilà invité dans ma maison et en vie." Déclare-t-elle, passablement contrariée.
La vaani le contourne et il comprend subitement : ce sont les lèvres de la thaari qui ont fait cette trace sur le bord du délicat cristal. Sans doute a-t-elle pris son étourderie pour de la méfiance, et aura pensé qu'il craint encore d'être empoisonné. Et ce serait faire méprise. Car certes la confiance est loin d'être totale entre eux, mais la crainte de l'empoisonnement a été quelque peu atténuée par leur accord et le fait qu'il ne représente rien sinon un négligeable et provisoire partenaire d'affaires pour la princesse-marchande. Elle sait qu'elle ne gagnerait rien à attenter à sa vie, du moins la pense-t-il assez maligne pour le savoir.

Les deux nordiens regardent impassiblement l'estréventine passer à coté d'eux sans leur porter un regard, tel une princesse se pavanant en feignant ignorer les petites gens autour d'elle. Si les tenues vaporeuses qu'elle leur a montré jusque là ont pour effet d'émoustiller le commun des mâles péninsulaires, c'est avec dédain que ces deux-là l'observent passer. C'est tout juste si le capitaine songe à se procurer une robe de cette coupe pour l'offrir à son épouse, doutant en son fort intérieur que la concernée n'y soit sensible. D'autant qu'il lui serait embarrassant de demander à son beau-frère ici présent de l'aider à trouver un vêtement pour l'aider à égayer les nuits qu'il passe avec sa soeur. Quant au dit beau-frère, dont le visage de marbre ne s'est pas effrité, c'est avec un mélange d'intérêt curieux et de malice dissimulée qu'il observe la dame d'Uldal'Rihz.
"Si votre entraînement est terminé, vous êtes le bienvenu si vous désirez profiter des jardins en ma présence." Déclare-t-elle sur un ton détaché.
Les regards des deux nordiens se croisent.
"J'vais voir où c'est que Rolf en est." Annonce-t-il dans leur patois d'Oesgard.
"Nous acceptons votre proposition avec joie." Répond Brohan à la princesse-marchande, sur un ton insipide qui tranche avec le sens de ses propos.

Laissant son capitaine aller de son coté, le seigneur oesgardien rejoint la thaari de sa démarche altière. Se souvenant de ses vieux cours d'étiquette il s'arrête à son côté et lui présente son bras. Elle lui tend la main et il la pose délicatement sur son propre avant-bras, remarquant le bracelet finement ouvragé qui cache le bleu qu'il lui a fait.
"Je vous ai marqué." Plaisante-t-il, sur un ton si plat qu'il casserait toute boutade. "Oubliez." Se reprend-t-il. "Marchons."

Un silence pesant s'installe entre les deux promeneurs durant les quelques premières minutes de leur marche. L'homme au port altier s'efforce de maintenir le rythme de celle qui l'accompagne, la tête droite et le regard mobile. Les mondanités sont bien loin d'être son affaire et s'il pouvait s'en passer il le ferait volontiers. Il sait cependant qu'à présent, en tant que seigneur de Höginheim et pour mener à bien les objectifs qu'il s'est donné, il lui sera difficile d'y échapper. Il se dit donc que cette promenade est pour lui une occasion idéale à fin de se pratiquer.
"Maralina." Dit-il soudain, brisant le lourd silence installé. "C'est un beau palais. Différent de ce que nous trouvons à Oesgard. Il a dû coûter cher."
Le ton reste neutre et sa voix mesurée. Il ne regarde pas son interlocutrice, portant son regard devant lui tout en continuant de marcher. Les mondanités... Depuis longtemps elles sont sa bête noire, son point faible s'il en est un. Elles font sans doute partie des combats les plus durs qu'il aura à mener.

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Maralina Irohivrah
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MessageSujet: Re: Apprivoisez le loup [Brohan]   Ven 12 Oct 2018 - 20:15



«Nous acceptons votre proposition avec joie.»

Maralina ne put s’empêcher de cacher sa surprise lorsqu’elle entendit la réponse du seigneur oesgardien. Vraiment? Décidément, ce dernier sembla prendre un malin plaisir à ennuyer la princesse marchande. Le chevalier salua silencieusement son seigneur avant de tourner les talons pour retourner dans le palais tandis que l’homme au regard de glace avança rapidement vers Maralina. Il lui tendit le bras, et Maralina déposa doucement sa main dans la sienne. Il la prit délicatement et la posa sur son avant-bras avant de lâcher une blague des plus déplaisantes. «Je vous ai marqué.» La marque bleuté qu’avait laissé l’empreinte de ses mains sur le poignet délicat de la princesse marchande n’était définitivement pas matière pour les plaisanteries. Surtout que ce satané poignet la faisait toujours souffrir. Maralina espérait secrètement que le bleu disparaîtrait le plus rapidement possible . L’Oesgardien sembla se resaisir – soyons honnête, il  avait déjà peu de réactions – seules ses paroles laissaient deviner qu’il venait de se rendre compte qu’il avait poignardé l’ego de la princesse marchande sans le vouloir; «Oubliez…marchons.» Ils commencèrent à marcher dans les jardins, sans se dire un mot. C’était une rencontre des plus forcée à laquelle la princesse marchande n’eut jamais à endurer.


Au bout de quelques longues minutes, Brohan laissa s’échapper; «Maralina.» La princesse marchande se retourna vers l’Oesgardien alors que ce dernier venait de briser le lourd silence qu’il pesait entre eux. «C'est un beau palais. Différent de ce que nous trouvons à Oesgard. Il a dû coûter cher.» La princesse marchande ne put s’empêcher de secouer la tête en souriant. «Vous êtes tous pareil les péninsulaires, il n’y a que l’argent qui vous importe. Vous ne voyez pas au-delà de cela. » Elle retourna son regard pour regarder les nombreux bosquets de roses qui se dressaient lentement vers les deux êtres qui se promenaient, toujours sans lâcher la délicate étreinte qu’elle avait sur Brohan. Ce dernier resta muet comme une tombe, comme si la remarque ne l’avait pas atteint outre mesure. «Pour répondre à votre question Brohan, je n’en ai aucune idée. » Elle s’arrêta soudainement pour planter son regard dans le sien. «Ce domaine a été construit par mon grand-père il  y a quelques siècles alors que notre empire s’agrandissait.» Elle eut un sourire fier, avant de déposer sa main droite sur l’avant-bras de Brohan pour continuer leur promenade. « Mon Grand-Père était un homme d’affaires hors du commun, il est parti de rien et a bâti un solide réseau qui l’a rendu riche. Malheureusement, son fils… » Elle soupira légèrement «Autrement dit, mon père, n’avait pas le même sens des affaires. Le nom d’Irohivrah était craint et respecté avant que mon père prenne le contrôle des commerces familial lorsque mon grand-père est mort subitement et cela n’a malheureusement pas duré. » Les yeux azures de la princesse marchande sur durcirent alors qu’elle finissait sa phrase. L’aversion qu’elle avait pour son père, Kelas Irohivrah n’était en aucun cas un secret. Ce demi-elfe n’avait rien fait pour aider leurs noms et il était définitivement mieux mort. Leur nom avait trouvé la prestance d’antan grâce au génie commercial qu’était Mara, et elle était bien loin d’avoir atteint son but.


Elle fut sortie de ses pensées par Brohan qui prit finalement la parole : « Il n'a jamais aisé de vivre dans l'ombre d'un homme puissant. Il semble que vous ayez rattrapé les erreurs de votre père.» La Vaanie sourit, en effet, elle les avait rattrapés et avait même été plus loin que les deux hommes combinés. Après tout, son père avait refusé de lui donner les rênes de l’entreprise, et elle avait lancé ses propres commerces à l’aide de ses petites économies. Bon d’accord, lorsque l’on a la fibre commerciale dans le sang il semble plus aisé de prendre le contrôle et de construire un empire. Mais tout de même, elle n’avait hérité que de l’empire familial il y a quelques ennéades. Avec les parts qu’elle avait au départ, les parts qu’elle avait prises à Amshet et l’entreprise familiale dont elle avait hérité après la mort tragique de son père et de sa soeur ainée, elle était maintenant à la tête d’un monstre qui s’étendait du Puy jusqu’en péninsule. Ils continuèrent de marcher en silence alors que Brohan se décida à relancer la conversation; «Vous avez dit plusieurs siècles, mais vous faites si jeune. Du sang elfique coulerait-il dans vos veines ?» Maralina ne put s’empêcher de réprimander un sourire. «Et qu’allez-vous faire Brohan si je vous dis oui? Vouloir prendre ma vie comme votre chevalier à chaque fois qu’il pose son regard sur quiconque n’est pas humain?» Elle s’arrêta en lui lançant un regard amusé. La princesse marchande avait fort bien remarqué le regard que le blond lâchait à ses esclaves d’autre race que la sienne. L’Ithri’Vaan était reconnu pour être une terre plus ou moins accueillante, quiconque pouvait venir – peu importe sa race- et avoir du succès dans la principauté. Il fallait simplement être assez brillant pour y parvenir.  «Rolf a ses raisons, mais c'est un bon chevalier. Il ne causera pas de problème... Pas tant que vous nous traitez avec l'égard dont vous faites preuve jusqu'ici.»  Elle s’arrêta en lui jetant un air agacé. Réalisait-il à quel point ils étaient chanceux d’être encore en vie? Il l’avait menacé d’une dague pour voir sa réaction et  la tester – ou du moins c’était la conclusion à laquelle Mara en était venue. Elle alla répliquer lorsque Brohan continua; «Quant à moi... Eh bien peut-être devrai-je en effet prendre votre vie, avant que vous n'envoyiez vos troupes sur nos terres ?» Maralina s’approcha de lui, si près qu'elle n'était qu’à un souffle de lui. La princesse marchande planta son regard azur dans le sien en ayant un air défiant. « Alors, allez y mon seigneur, je suis là devant vous. Sans armes, une proie facile. Qu’es qui vous arrête?» Si le silence était pesant un peu plus tôt, l’ambiance était carrément étouffante pendant que la Vaanie provoquait l’Oesgardien. Elle n’avait aucunement peur de lui et savait pertinemment qu’il ne lui ferait rien et elle avait raison, il ne fit que soutenir son regard avant de répondre : «Vous êtes bien plus prédateur que proie, Maralina» La demi-elfe sourit et se recula d’un pas en ne lâchant toujours pas le regard de l’Oesgardien.  Le croyait-il vraiment? Ou avait-il simplement dit cela pour l’amadouer? Il ne s’arrêta pas là; «Mais même les prédateurs, parfois, ont besoin de s'entre-aidé»  La demi-elfe haussa un sourcil, légèrement surprise par la réponse de l’Oesgardien. Il venait de lui révéler qu’il avait besoin de quelques choses de plus. Peut-être que la chasse était un test, tout comme leur affrontement il y a quelques jours.


Le silence refit surface alors que la princesse Vaanie et le seigneur oesgardien se faisaient face, comme un affrontement silencieux. Maralina tentait de l’analyser, de comprendre ce seigneur sans expression. Il  lui cachait définitivement quelques choses et elle allait le découvrir qu’il le veuille ou non. Ce fut finalement le péninsulaire qui brisa le silence; «Votre filiation m'importe peu, tant que votre parole est respectée.» La princesse marchande ne put s’empêcher de rire. Un rire délicat, presque cristallin, malheureusement pour le Nordien il ne dura que quelques secondes. «Si vous vous êtes le moindrement renseigné sur moi, comme vous me l’avez si aimablement fait remarquer  il y a quelques jours vous devez savoir que je respecte toujours mes ententes.» Elle eut un moment de silence avant d’ajouter; «À moins que vous me donniez une raison de ne pas le respecter. » Son visage devint de marbre, si ce dernier osait trahir leur marché ou sa confiance, il devrait se cacher toute sa pauvre vie, car elle le retrouverait, et il ne risquerait pas d’apprécier le sort qu’elle réservait aux traîtres. La demi-elfe lui tourna le dos et alla s’asseoir sur un banc en pierre en face d’un bosquet de roses multicolores. Le parfum vibrant des fleurs lui chatouillait doucement les narines et calmant ses ardeurs. Elle leva le regard vers Brohan avant de répondre finalement à sa question  «Mon père était un demi-elfe et ma mère une elfe. Malheureusement, je n'ai pas eu le plaisir de la connaitre. La mort est venue la chercher alors qu'elle me donnait naissance.»  Son regard se voila légèrement alors qu’elle prononçait la dernière partie. Peut-être que si sa mère était en vie tout se serait passé différent? Pas qu’elle regrettait tout ce qu’elle avait fait jusqu’à présent…mais ne sait-on jamais. Brohan sembla remarquer le voile de tristesse et de questionnement qui semblait avoir envahi le regard de la Vaanie : « L'absence de votre mère vous est-elle pesante ?»  La demi-elfe se ressaisit avant de replonger son regard dans le sien. Elle secoua doucement la tête en faisant non. «Cela fait près d’un siècle Brohan.  Je crois au contraire que cela m’a motivée à devenir ce que  suis maintenant.» Elle mit ses mains à plat sur le banc, avant de tapoter doucement sur le banc de sa main droite, l’invitant ainsi à s’asseoir près d’elle. « Assez parlé de moi. Quelle est votre histoire? »
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Brohan Wulfekiin
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MessageSujet: Re: Apprivoisez le loup [Brohan]   Lun 15 Oct 2018 - 12:02


Les soieries de Thaar, aile des invités du palais Irohivrah

Le grand blond ronchonne, grommelant dans sa barbe tandis qu'il s'adonne à sa précieuse tâche. Nettoyer et graisser les cuirs, affûter les lames, ce n'est clairement pas la partie qu'il préfère dans son métier. Mais plus encore que la corvée qu'il se doit d'exécuter correctement, c'est ce pays qui l'horripile. Et ce palais dans lequel il est enfermé n'en est qu'une représentation réduite. Des elfes blancs, des elfes noirs, des nains, toutes ces vermines qui grouillent partout. Et ce n'est pas tout :  il a croisé nombre de ces sangs-mêlés, les résultats de la grande dépravation des estrévantins, la preuve s'il en fallait que même les humains de ce pays ne valent pas un pet de Bouzon. Y séjourner est une véritable torture pour lui et si ce n'était pas pour celui qui lui a donné une seconde chance jamais l'amblèrois n'y aurait posé le pied, à moins bien sûr que ce ne soit pour tous les exterminer. Néanmoins il va devoir prendre son mal en patience, ce qui est loin d'être facile pour lui, afin de ne pas contrarier le seigneur de Höginheim. Car s'il le perd lui, il le sait, il perdra son titre de chevalier, ses privilèges, et sa raison de vivre.

La porte des appartements s'ouvre sur le capitaine Fridrick, qui se porte toujours droit malgré l'entraînement qu'il vient de suivre.
"Hoy Rolf ! Pi t'en es où ?" Demande-t-il, jaugeant les piles de matériels.
"Les armes sont prêtes, y m'reste ces cuirs." Maugréé le blond un pointant une pile de gorgerins, canons d'avant-bras et spallières.
Le capitaine prend une des épées posée à coté du grand blond afin de l'examiner. Satisfait du travail de son compagnon d'arme il la repose à sa place.
"Bien ! Réveilles moi quand t'as fini." Conclue-t-il.
Le chevalier de corvée acquiesce d'un signe de tête et son capitaine s'en va s'allonger sur un fauteuil posé face à un grand tableau, fermant les yeux pour une petite sieste.


Les soieries de Thaar, jardins du palais Irohivrah

"Vous êtes tous pareil les péninsulaires, il n’y a que l’argent qui vous importe. Vous ne voyez pas au-delà de cela." Répond l'estrévantine, secouant la tête de droite à gauche.
Bien que le seigneur de Höginheim ne se sente pas concerné par cette remarque, il ne la relève pas. Certes l'aspect financier de la gestion d'un domaine ne lui est pas étranger, néanmoins le militaire ne songe en priorité qu'à la praticité. C'est que les guerres, comme celles menées par Oesgard ces dernières années, coûtent particulièrement cher. Pour autant, penser Brohan en homme vénal serait une erreur qu'il serait préférable de ne pas connaître. Et si la princesse-marchande d'Uldal'Rihz vient à la commettre, l'intéressé ne ferait rien pour l'en éloigner.

"Pour répondre à votre question Brohan, je n’en ai aucune idée." Déclare finalement la maîtresse de maison, s'arrêtant soudainement pour plonger son regard dans celui de l'étranger. "Ce domaine a été construit par mon grand-père il  y a quelques siècles alors que notre empire s’agrandissait." Avoue-t-elle.
Et à ces mots un détail intrigue l'oesgardien, sans que cela ne transparaisse sur son visage. A-t-il bien entendu "quelques siècles" ? Il n'est pas nécessaire d'être un fin érudit pour faire le calcul et deviner que deux générations humaines durent tout juste un siècle, une trentaine d'années de plus tout au plus en prenant en compte l'âge que paraît la thaari.

Sa rapide réflexion n'empêche toutefois pas le nordien de remarquer la fierté visible dans le sourire, le ton et le regard de sa vis à vis alors qu'elle mentionne son grand-père. Aussi insignifiante que cette information puisse paraître, elle peut aussi être une clé pour comprendre la personnalité de la princesse-marchande ; Car l'on cherche toujours à ressembler à ceux que l'on admire. Se renseigner sur la personne de cet aïeul paraît donc au seigneur Oesgardien être une idée intéressante, dans l'éventualité d'une collaboration plus longue.

Leurs regards se séparent et la promenade reprend, tout comme le discours de l'estrévantine.
"Mon Grand-Père était un homme d’affaires hors du commun, il est parti de rien et a bâti un solide réseau qui l’a rendu riche. Malheureusement, son fils… Autrement dit, mon père, n’avait pas le même sens des affaires. Le nom d’Irohivrah était craint et respecté avant que mon père prenne le contrôle des commerces familial lorsque mon grand-père est mort subitement et cela n’a malheureusement pas duré."
De ces informations le nordien en ressort la fierté de la princesse-marchande pour le sens des affaires de son grand-père, mais aussi l'aversion qu'elle ressent à l'égard de son géniteur. Qu'elle soit aussi sensible à l'esprit des affaires ne surprend pas le nordien, après tout elle est aussi marchande en plus de princesse, mais la relation qu'elle avait avec son père et la manière dont elle a redressé le cap réveillent sa curiosité.

"Il n'es jamais aisé de vivre dans l'ombre d'un homme puissant." Déclare l'oesgardien, ne désirant pas laisser le silence s'installer à nouveau.
"Il semble que vous ayez rattrapé les erreurs de votre père." Ajoute-t-il, songeant à sa propre histoire.
Car en matière de père faisant de mauvais choix, Brohan en a quelques notions. Non pas que le défunt était un mauvais seigneur de son vivant, loin de là, car il a su maintenir sa modeste seigneurie à flot malgré les guerres qui se sont succédées. Cela mis à part, le vieil homme avait fait des choix que Brohan trouvait contestable, et qu'il avait contesté.

Laissant le passé à sa juste place, le noble péninsulaire revient à une question qui lui est venu plus tôt dans la conversation :
"Vous avez dit plusieurs siècles, mais vous faites si jeune. Du sang elfique coulerait-il dans vos veines ?"
Des deux solutions qui lui sont venue à cette énigme, le seigneur oesgardien a opté pour la plus ordinaire. Car pour que le grand-père de cette femme à l'air si jeune ait vécu voilà plusieurs siècles plus tôt il faudrait soit que le sang d'une créature grande longévité comme les elfes coule dans ses veines, soit qu'elle ait eu recours à une obscure magie. Bien que les deux cas soient honnis des citoyens d'Oesgard, le nordien n'oublie pas que la pratique n'est pas un tabou en Estrévant.

"Et qu’allez-vous faire Brohan si je vous dis oui ? Vouloir prendre ma vie comme votre chevalier à chaque fois qu’il pose son regard sur quiconque n’est pas humain ?" Rétorque la thaari avec amusement, s'arrêtant pour faire face à son interlocuteur.
Naturellement le seigneur oesgardien n'a pas à réfléchir pour deviner auquel de ses chevalier la princesse fait référence. L'animosité du bougon blond envers les autres races que celle des humains transparaît aussi bien dans son comportement que sur son visage, et si ce n'était pour sa loyauté le châtelain ne l'aurait certainement pas choisi comme escorte.
"Rolf a ses raisons, mais c'est un bon chevalier. Il ne causera pas de problème." Se contente-t-il de répondre avec calme, soutenant de son regard perçant celui de la thaari. "Pas tant que vous nous traitez avec l'égard dont vous faites preuve jusqu'ici." Ajoute-t-il pour nuancer son propos.

"Alors, allez y mon seigneur, je suis là devant vous. Sans armes, une proie facile. Qu’es qui vous arrête ?" Provoque l'estrévantine après s'être avancé si proche que son souffle chatouille la peau de son invité.
Le parfum de la vaani imprègne les narines du nordien tandis que ce dernier reste de marbre. Il sont proche, en effet. Si proche qu'il pourrait planter ses crocs dans sa chair avant qu'elle n'ait pu esquisser le moindre mouvement. Si proche qu'il pourrait l'étouffer d'une étreinte mortelle. Cependant le chevalier n'est pas fou, il sait qu'elle n'est pas aussi vulnérable qu'elle pourrait le faire croire. Sitôt il aurait planté ses crocs que les miliciens surgiraient, alertés par les cris d'agonie de leur maîtresse. Et si ce n'est pas cela, les nordiens ne pourraient quitter Thaar sans que les autorités de la cité ne le poursuivent. Il en est indubitablement conscient, et elle le sait.
"Vous êtes bien plus prédateur que proie, Maralina." Lui répond-t-il sans même sourcilier d'un muscle.
"Mais même les prédateurs, parfois, ont besoin de s'entre aider." Ajoute-t-il alors que la thaari s'est éloignée d'un pas.
Cette dernière déclaration, entre conseil et information basique, semble intriguer la marchande. Peut-être y voit-elle les prémisses d'une prochaine négociation, et en ce sens elle n'aurait que partiellement raison.

Laissant l'interrogation en suspens le nordien ne dit plus un mot pendant un instant, gardant son regard plongé dans l'azur de celui de la thaari.
"Votre filiation m'importe peu, tant que votre parole est respectée." déclare-t-il soudain, répondant à une autre question restée en suspens.
Malgré son sérieux de la déclaration de l'oesgardien cette dernière fait rire le princesse-marchande. Un rire court, cristallin et mélodieux.
"Si vous vous êtes le moindrement renseigné sur moi, comme vous me l’avez si aimablement fait remarquer il y a quelques jours, vous devez savoir que je respecte toujours mes ententes." Fait remarquer la thaari,  avant d'ajouter : "A moins que vous me donniez une raison de ne pas le respecter."
A ces derniers mots le visage de l'estrévantine devient de marbre, un voile sombre traversant son regard. A le remarquer, l'oesgardien songe que la précision n'est pas anodine ; Elle lui prévient que s'il tente de la berner cela ne sera pas sans conséquence.

La thaari se retourne finalement pour lui tourner le dos, probablement pour lui cacher les émotions qui filtrent sur son visage. Elle se dirige de sa démarche chaloupée vers un banc de pierre sur lequel elle s'assoit. Puis, levant ses yeux bleus vers le nordien qui se tient aussi droit qu'un mât de drapeau, la thaari reprend la parole.
"Mon père était un demi-elfe et ma mère une elfe. Malheureusement, je n'ai pas eu le plaisir de la connaître. La mort est venue la chercher alors qu'elle me donnait naissance."
Un voile de tristesse passe dans le regard de Maralina alors que ses dernières paroles rappellent au nordien l'un des plus tristes moments qu'il ait vécu. Lui-même, alors qu'il était encore jeune chevalier, a été confronté à la mort en couche de son épouse. Certes l'histoire n'est pas aussi triste qu'elle pourrait apparaître car d'amour il n'y en avait pas pour ces deux êtres unis par convenances, du moins pour lui. Mais il y avait tout de même eu de l'affection, assez en tout cas pour qu'il regrette se mort comme celle d'une proche amie.

"L'absence de votre mère vous est-elle pesante ?" Demande-t-il, pensant à ses propres enfants qui ont grandi sans leur mère.
La question, plutôt que d'appuyer sur sa tristesse, semble avoir réveillé la princesse-marchande.
"Cela fait près d’un siècle Brohan. Je crois au contraire que cela m’a motivée à devenir ce que  suis maintenant." Assure la demi-elfe, révélant du fait que son âge est plus avancé que ce que suggère son apparence.
Seulement à moitié convaincu, le père qu'est Brohan continue de songer à ses deux premiers enfants et à l'éducation qu'il leur a apporté. Ou, plus exactement, que leurs tantes leur ont apporté à la place de leur mère. Au moins n'ont-ils pas grandi seuls.

"Assez parlé de moi. Quelle est votre histoire ?" Demande la thaari en l'invitant d'un geste à prendre place sur la bon.
"Notre histoire ?" Répète-t-il dans un soupir.
L'homme s'avance à un pas du banc, mais plutôt que d'y prendre place il reste debout et se tourne vers un buisson de roses d'un blanc éclatant. Il commence alors à raconter, d'un ton parfaitement monocorde.
"Une histoire classique, s'il en est. Nous avons grandi dans un château d'Oesgard, où l'on nous a préparé à reprendre le flambeau de notre lignée. Nous avons étudié l'histoire, la politique et l'étiquette, pour devenir un noble des plus respectés. Et lorsque le moment est venu, nous avons hérité des terres et des titres de notre père, que nous lèguerons ensuite à notre aîné lorsque ce dernier sera prêt à les assumer. Telle est la tradition."
Son discours terminé, le noble laisse passer un petit moment de flottement, observant du coin de l'oeil d'éventuelles réactions de son interlocutrice.

"Cela correspond-t-il à l'idée que vous vous faites de nous, Maralina ?" Demande-t-il soudain, la coupant dans son élan alors qu'elle s'apprête à ouvrir la bouche.
Se tournant vers la thaari l'oesgardien lance un simple "Non.", avant de lentement venir s'assoire à son côté.
"Notre histoire n'est pas celle de ces seigneurs qui se complaisent dans l'opulence et la médiocrité, au sud. Ceux que, en tant que princesse-marchande de Thaar, vous avez certainement déjà côtoyé." Il marque pause, se tournant vers Maralina afin de croiser son regard, puis reprend : "Nous avons grandi à Oesgard, c'est la seule réalité de cette histoire. Vous n'êtes pas sans connaître l'histoire d'Oesgard, et toutes les guerres qu'elle a mené ? Qu'elle a initié, pour certaines. Eh bien, nous n'avons pas été épargné par ces guerres. Vous nous appelez seigneur, cependant... Nous avons grandi dans les champs de bataille et les fortins, non dans un palais. Nous sommes chevalier, un homme de guerre, non un homme d'argent ou d'affaires politique."
Bien que le seigneur de Höginheim n'ait énoncé cette dernière information que pour amoindrir la portée de son véritable tire, il s'agit là en tout cas de ce que ses paires pensent de sa personne.

Plongeant son regard dans les yeux azurs de son hôtesse l'oesgardien demande alors : "Alors, Maralina. Etes-vous déçue de n'accueillir en vôtre demeure qu'un chevalier, et non un baron ou un autre noble de haut rang ?"
Pas déconcertée pour un sou, la demi-elfe hausse les épaules d'un air détaché.
"Et vous pensiez que je l’ignorais ? Je savais pertinemment quel était votre statut en vous accueillant. Votre titre m’importe peu, c’est grâce à votre détermination et votre culot que vous êtes ici." Déclare-t-elle.
"Nous sommes ravi de l'entendre." Affirme l'oesgardien, son regard grisé ne quittant pas celui de l'estrévantine.
D'un geste doux il pose une main sur celle de la thaari, la maintenant contre le banc.
"Et vous feriez bien de ne pas l'oubliez, ajout-t-il en rapprochant son visage de celui de sa vis à vis pour ne plus être qu'à quelques centimètres, car nous ne sommes pas les marchands avec lesquels vous avez l'habitude de traiter des affaires."
Ce n'est là pas une menace mais un avertissement, du même acabit que celui de la princesse-marchande un peu plus tôt, et il serait favorable à la sang-mêlée d'en saisir la portée car l'oesgardien en est avare.

Le nordien maintien le contact un moment avec sa vis à vis, autant celui de leur main que celui de leurs regards. Le silence revient l'air s'alourdit. Puis une brise vient caresser les bosquets de roses, et l'oesgardien se redresse.
"Ce jardin est magnifique." Reprend-t-il d'un ton naturel. "Est-il un héritage de votre grand-père ?"
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Maralina Irohivrah
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MessageSujet: Re: Apprivoisez le loup [Brohan]   Mar 16 Oct 2018 - 17:14


Elle l’avait invité à se joindre à elle sur le banc, mais il ne s’approcha pas d’elle tout de suite. Il fit face au bosquet de roses à leur côté et commença à raconter son histoire, d’une façon monocorde, comme si son histoire était monotone et peu importante; «Une histoire classique, s'il en est. Nous avons grandi dans un château d'Oesgard, où l'on nous a préparés à reprendre le flambeau de notre lignée. Nous avons étudié l'histoire, la politique et l'étiquette, pour devenir un noble des plus respectés. Et lorsque le moment est venu, nous avons hérité des terres et des titres de notre père, que nous lèguerons ensuite à notre aîné lorsque ce dernier sera prêt à les assumer. Telle est la tradition.» Cela sonnait faux. Il n’avait pas l’air d’un homme de pouvoir, il agissait tel un chevalier, des gestes calculés certes, mais qui devenaient légèrement roturiers. Il ne s’arrêta pas là : «Cela correspond-il à l'idée que vous vous faites de nous, Maralina ?» La demi-elfe s’apprêta à ouvrir la bouche, mais il l’interrompit brusquement avant de venir s’asseoir près d’elle et de continuer; «Notre histoire n'est pas celle de ces seigneurs qui se complaisent dans l'opulence et la médiocrité, au sud. Ceux que, en tant que princesse-marchande de Thaar, vous avez certainement déjà côtoyés.»


Brohan planta finalement son regard dans celui de  la princesse marchande. Cette dernière avait l’impression qu’une violente tempête s’était déclarée dans son esprit.  Les seigneurs du Sud… un goût amer vint emplir sa bouche, elle ferma les yeux pendant quelques discrètes secondes pour oublier ces douloureux souvenirs.  Et pourtant ce souvenir pas si lointain lui revenait en mémoire. Elle ferma les yeux et détourna le regard de Brohan, tentant d’oublier ces pénibles images  qu’avait laissées le Seigneur Langecin dans son esprit. Elle avait l’impression de se remémorer Griffon murmurer son nom, lui dire à quel point il la désirait et tout semblait enfoui dans le dernier souvenir qu’elle avait de lui. Celui où il partait au loin, sans rien dire, comme si les moments partagés ne valaient rien. Sans nouvelle de ce dernier depuis six ennéades déjà…  La princesse marchande n’avait pas compris le sentiment qui l’habitait alors qu’elle était avec cet homme si arrogant. Était-ce cela l’amour? Si c’était le cas, mieux valait tenter d’oublier ce sentiment merdique qui ne lui avait apporté rien de mieux que des maux de tête et une douloureuse sensation au cœur. Maralina secoua légèrement la tête et releva la tête pour croiser le regard de l’Oesgardien, reprenant un visage de marbre et écoutant ses dires; «Nous avons grandi à Oesgard, c'est la seule réalité de cette histoire. Vous n'êtes pas sans connaître l'histoire d'Oesgard, et toutes les guerres qu'elle a menées ? Qu'elle a initié, pour certaines. Eh bien, nous n'avons pas été épargnés par ces guerres. Vous nous appelez seigneur, cependant... Nous avons grandi dans les champs de bataille et les fortins, non dans un palais. Nous sommes chevalier, un homme de guerre, non un homme d'argent ou d'affaires politique.» Les guerres d’Oesgard, oui elle en avait entendu parler. De leurs supposées indépendances jusqu’à l’invasion des drows. Cette petite patrie courageuse qui avait tenté de tenir tête à la couronne. « Alors, Maralina. Êtes-vous déçue de n'accueillir en votre demeure qu'un chevalier, et non un baron ou un autre noble de haut rang ?» La princesse marchande eut un sourire amusé, être déçue? Non loin de là. Elle avait toujours su qu’il n’était pas qu’un simple seigneur. Il n’avait pas la même attitude que tous ceux qu’elle avait rencontrés auparavant. Brohan, malgré son air froid, semblait avoir une relation toute spéciale avec ses chevaliers. Ces derniers qui se joignaient à ses repas, la façon qu’il se parlait entre eux, il y avait une certaine complicité, discrète, mais pas invisible entre ces derniers. La demi-elfe était sûr que ce dernier  n’avait  pas été élevé à diriger, quoique peut-être que les guerres d’Oesgard furent plus violentes qu’elle l’ait imaginée. Maralina haussa les épaules, l’air légèrement détaché.


«Et vous pensiez que je l’ignorais ? Je savais pertinemment quel était votre statut en vous accueillant. Votre titre m’importe peu, c’est grâce à votre détermination et votre culot que vous êtes ici.» Et c’était vrai. Il l’avait impressionné. Une des rares personnes qui lui avait tenu tête et surtout qui l’avait menacé aussi ouvertement et qui avait la chance de respirer encore. Brohan dégageait une certaine énergie, et ce malgré l’air impassible qui ne quittait jamais son visage et la princesse marchande était curieuse d’en voir plus, au risque de sa propre vie. «Nous sommes ravis de l'entendre.» L’impossible se passa alors; Brohan déposa doucement sa main sur la sienne, la maintenant doucement sur le banc. Maralina ne put s’empêcher de cacher sa surprise, mais elle soutint tout de même le regard grisâtre du Nordien qui s’approchait de plus en plus du sien. «Et vous feriez bien de ne pas l'oublier, car nous ne sommes pas les marchands avec lesquels vous avez l'habitude de traiter des affaires.» Les deux êtres se défièrent à nouveau du regard, le lourd silence vint refaire son apparition et pourtant ils sont là, yeux dans les yeux, main dans la main, situation qui aurait pu paraître discutable.  Maralina reprit son visage de marbre en soutenant les yeux gris de l’Oesgardien. Venait-il juste de la menacer?  La Vaanie plissa légèrement les yeux, méfiante. Il y avait quelque chose qui clochait chez ce seigneur, il y avait des pièces qui ne s’alignaient pas. Maralina savait pertinemment que ce dernier avait une idée en tête, elle devait simplement découvrir qu’était le reste.


«Ce jardin est magnifique. Est-il un héritage de votre grand-père ?» Il avait dit cela d’une façon si naturelle,  comme si la menace qu’il avait formulée quelques minutes auparavant n’avait jamais existé. Emportée par la situation qui était surréaliste, la princesse marchande retourna son regard vers les rosiers en souriant. «Non de ma mère » dit-elle dans un murmure. «Mon père a toujours dit qu’elle adorait le jardin, qu’elle l’avait fait grandir à sa façon. J’ai le même type de jardins à Uldal’Rhiz, en son honneur. » Et c’était vrai. Elle avait fait bâtir les jardins exactement de la même façon que ceux du domaine familial. La demi-elfe n’avait jamais eu d’image féminine autour d’elle, sauf peut-être sa sœur ainée, qui la détestait plus que tout au monde. Leephina, quoi que d’une beauté hors du commun, n’avait pas su hérité du talent que sa cadette avait pour le monde des affaires et la mort de cette dernière par un mystérieux assassin il y a quelques ennéades à peine, ne l’avaient aucunement affecté. La demi-elfe reprit ses esprits et enleva doucement sa main de celle de Brohan. Pas que ce dernier ne l’intéressait pas, il était bel homme certes et si les circonstances avaient été différentes elle aurait probablement tenté de le séduire. Mais elle n’avait aucune envie de jouer à ce jeu avec lui à ce moment précis.  «J’ignore ce que vous avez en tête Brohan, mais je vous conseille de ne point jouer la carte de la séduction » dit-elle en désignant sa main. Si cela était une basse tentative de sa part pour l’amener à faire ce qu’il voulait, le Nordien avait lamentablement échoué. «Serait-ce si terrible qu'un chevalier d'Oesgarde vous courtise ?» lui demanda-t-il avec son visage impassible.


La princesse marchande mit sa main sur la joue de ce dernier pour l’attirer vers elle. Elle se pencha vers son oreille avant de lui murmurer; «Non en aucun cas. Mais soyons honnêtes, vous et moi savons que les Nordiens n’aiment pas les sang-mêlé. Alors pourquoi croirais-je que vous êtes honnête dans votre tentative?» Elle posa son front contre le sien, appréciant légèrement, sans vouloir l’avouer, le contact de l’Oesgardien contre elle. Ce dernier lui prit le menton de son index, et toujours en soutenant son regard lui répondit; «Les estrévantines sont elles toutes si dépravées qu'on nous les décrit ? Je vous l'ai déjà dit, Maralina. Votre filiation m'est égale.» Maralina sourit et s’éloigna de l’Oesgardien avant de se lever pour faire quelques pas dans le sentier, brisant ainsi la légère aura de séduction qui semblait se dégager d’eux. «Vous n’avez point répondu à ma question Brohan, mais pour répondre à la vôtre; qui sait? Peut-être aurez-vous la chance d’être surpris par l’une d’entre nous? Vous verrez alors tout ce que l’Estrévent a vous offrir.» Des pas vinrent interrompre la conversation, et la naine apparue près d’eux, avant de se prosterner au sol. «Pardonnez-moi Maîtresse, mais nous avons reçu les derniers rapports des comptoirs d’Uldal’Rhiz.» La princesse acquiesça avant de porter son regard sur Brohan; «Parfait, je les lirais dans mes appartements. Fais en sorte que du thé me soit apporté.» Cette dernière se releva avant de repartir en courant par où elle était venue. La demi-elfe fit un sourire charmeur à Brohan avant de s’exclamer; «Le devoir m’appelle. Au plaisir de continuer cette conversation et surtout, de vous revoir, mon seigneur. »

La demi-elfe lui tourna le dos pour reprendre sa marche en direction de ses appartements. Elle n’osait pas se l’avouer, mais elle était partagée entre la déception et le soulagement. Soulagement que la conversation n’ait été plus loin – mais tirailler par la curiosité de comment cette dernière aurait pu finir.



Plus tard ce soir-là




La nuit était déjà tombée sur Thaar et la princesse marchande n’avait pas sorti de ses appartements depuis qu’elle y avait mis les pieds un peu plus tôt dans la journée. Son esprit la tourmentait, lui rappelait des mauvais souvenirs et même les nombreux rapports qu’elle avait reçus n’avaient pu lui changer les idées.  Le soleil avait déjà bien entamé sa descente lorsqu’Ulric avait fait irruption dans les appartements de la princesse marchande. Bien que ce dernier avait toujours su se montrer discret et respecter les ordres, le fait que même Nehril ne fasse pas confiance aux Oesgardiens n’aidait définitivement pas son humeur. « Le pire dans tout cela, c’est qu’un de mes hommes m’a reporté que l’un d’entre eux à tenter d’entrer dans l’armurerie et les geôles aujourd’hui! T’imagines ce qui aurait pu arriver si on ne l’avait pas arrêter? Je te le dis Mara, moi et Nehril on ne leur fait pas confiance, ils planifient quelque chose! » La princesse marchande soupira en faisant une légère grimace, en portant la main à son ventre. Il fallait croire qu’elle ne s’était toujours pas remise du sort que l’elfe lui avait donné. Ulric sembla se rendre compte du malaise de son employeuse et eut un air inquiet. « Encore souffrante? Tu veux que j’appelle un médecin? » La demi-elfe secoua la tête et remit sa main sur le canapé en levant le regard fait son capitaine. « Non ça va. Qu’une crampe passagère, qui plus est je ne veux pas que l’on sache ce qu’il s’est passé lors de mon récent voyage. » Ulric soupira et s’assit près de la princesse marchande en lui prenant la main. « Je te l’avais dit que j’aurais dû t’accompagner…j’aurais pu te protéger! Tu n’aurais pas eu à passer par Aduram et surtout je n’aurais jamais laissé ce stupide elfe te lancer ce sort… » Maralina retira sa main de la douce poigne d’Ulric en lui répondant ; « Et tu serais probablement mort. Ulric, bien que j’apprécie tes conseils, je vais te dire la même chose que j’ai dite à Rayvan avant sa mort. Si tu doutes de mes décisions, vaut mieux que tu remettes ta démission sur-le-champ. » Bon remettre sa démission revenait à demander sa mort, car jamais la princesse marchande n’aurait laissé quelqu’un qui avait été aussi prêt d’elle se promener dans Thaar librement. Un plan pour que ce dernier ne vende des informations à ses ennemis. L’elfe secoua vivement la tête en répondant; « Jamais de la vie » Maralina plongea son regard dans le sien, avant de répondre d’un ton sec : « Alors, contente-toi de m’apporter toutes les informations que tu accumules sur eux. Plus nous en connaissons, mieux cela m’arrange. Je sais pertinemment qu’ils planifient quelque chose, mais j’ignore quoi. Alors, fais ton travail et laisse-moi faire le mien.»  Ulric se leva du canapé avant de se mettre à genou devant la demi-elfe, prenant sa main et donnant un doux baiser sur les longs doigts effilés de la Vaanie. « Aucun problème Votre Altesse, j’espère seulement qu’un jour vous oublierez ce Langecin et me donnerai ma chance à nouveau. » Maralina retira sa main et fit signe à ce dernier de partir et il s’activa rapidement en sortant des appartements de la demie-elfe.


Un long soupir vint s’échapper des lèvres de la Vaanie, la dernière chose dont elle avait envie était qu’on lui rappelle sa dernière conquête à Uldal’Rhiz. Elle prit le document qui se trouvait devant elle et tenta tant bien que mal de se concentrer sur les différentes transactions qu’un de ses commerces avait eues il y a quelque temps, mais sa tête n’y était définitivement pas. La demie-elfe déposa les documents sur sa table et prit sa tasse de thé avant d’aller ouvrir la porte qui donnait sur ses balcons. Un peu d’air frais – du moins ce que les Thaari appelaient frais- lui ferait le plus grand bien. La vue de ses balcons était époustouflante. On pouvait voir la ville s’étendre devant soi et le joyau brillait sous la lampe des torches qui éclairaient la ville. Vision que Maralina ne se tannait pas d’admirer. Des petits pas étouffés se firent entendre derrière elle et la princesse se retourna pour découvrir son esclave naine prosternée à ses pieds. « P-P-Pardonnez moi Votre Altesse, Sir Brohan est à votre porte, et il demande à vous voir immédiatement. » Définitivement ce dernier avait un art pour arriver au mauvais moment. Mara haussa les épaules et fit un mouvement de sa main droite, ce qui donna l’ordre silencieux à la naine de faire entrer l’invité. La Vaanie s’accota sur la rambarde en laissant le vent caressé doucement ses longues boucles noires. Elle entendit le pas sur et confiant de son invité derrière elle qui venait la rejoindre sur le balcon. « Bonsoir Brohan », dit-elle en se retournant. Un léger sourire amusé vint éclairer son visage. « Vous êtes venu pour continuer notre conversation et répondre à ma question? »
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