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 Les maudits. (Nakor)

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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeDim 10 Fév 2019 - 18:03

Hiver, Panahos, huitième ennéade de Verimios, an onze, onzième cycle.


En franchissant les portes de la cour de l’Aurore pour la seconde fois, la daedhel se remémorait, des ennéades auparavant, son premier passage. La situation avait bien changé, autrefois à cheval et en quête d’espoir, aujourd’hui à pied et annonciatrice de bien tristes nouvelles.
T’sisra ne put se résigner à entrer dans la tour dès son arrivée. Il fallait de toute manière qu’elle attende que le Soleil déclinant termine sa course et disparaisse derrière l’horizon. Elle alla s’installer contre le mur d’enceinte, sans un mot ni un signe pour aucun des mages qu’elle avait croisé sur son chemin.
La noirelfe se demandait comment tout ceci avait pu partir en vrille à ce point, car de toute leur imposante troupe d’aventuriers, ils n’avaient été que quatre à en réchapper. Peut-être d’autres avaient-ils réussi à fuir après tout ? Rien n’était moins sûr, cependant, elle aimait à le penser. Quand bien même elle savait pertinnement qu'elle se mentait à elle-même.

Le froid enserrant sa gorge s’estompait enfin. C’était le signe que le Soleil avait disparu de l’horizon. La daedhel se redressa et, traversant la cour en direction de l’entrée de la tour, son regard accrocha une forme humanoïde solitaire sur le rempart opposé. Ce chapeau pointu, elle était certaine de le reconnaître. Sans perdre un instant, la noiraude changea de trajectoire, optant pour les escaliers qu’elle grimpa deux à deux.
Arrivée en haut, plus aucun doute n’était possible, c’était bien lui. Elle s’approcha du vieil archimage et vint se planter à ses côtés pour observer le lointain. Les étoiles luisaient timidement dans un ciel sombre que la lune avait à peine commencé à escalader.

- Bonsoir Nakor. Commença la drow sans quitter des yeux l’horizon. J’aurais aimé vous revoir dans des conditions plus favorables, mais je crains d’être porteuse de mauvaises nouvelles. Nous n’étions pas loin d’une trentaine à atteindre les Portes de la Mort, et nous n’avons été que quatre à en réchapper. Jennad, je sais qu’il faisait partie de votre guilde… Souffla-t-elle en tournant enfin le regard vers le vieux barbu. Il n’a pas survécu. Je suis désolé. Et nous avons rencontré Shematt sur le chemin, un autre mage de chez vous, lui fait partie des survivants, avec Cécilie, Grimeldha une vieille runiste rencontrée aussi sur le chemin, et moi-même.

La daedhel marqua une courte pause, de quoi laisser le temps au mage de digérer l’information, avant de reprendre aussitôt.

- Dunrael et Haldren n’étaient pas avec nous, aux Portes de la Mort. J’espère qu’ils vont bien, l’un comme l’autre, où qu’ils soient. Quant à vous Nakor, je suis bien heureuse que vous ne soyez pas venu, car… Nous l’avons vue. Tyra, la Gardienne des Souffles.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeLun 11 Fév 2019 - 22:13

Nakor avait été informé par son secrétaire personnel qu'une elfe noire était arrivé au château et qu'elle avait déjà séjourné voilà quelques temps à l'Aurore. La description faite ressemblait en effet à une drow particulièrement intéressante et dans le même temps, qui venait appeler à la mémoire du sorcier, des souvenirs particulier. Un repas un peu fou, des gens étranges ayant des but cachés et surtout, des retours d'informations qui avaient manqué de faire entrer le vieux sorcier dans une rage colossale. Le château tout entier avait tremblé sous le coup de la puissante aura de l'archimage.

"Et elle n'a rien dit Eric?
- Non Grande Puissance du Ciel, elle n'a rien dit du tout, a refusé l'aide des palefreniers et ...
- Et quoi espèce d'imbécile heureux? Combien de fois vous ai-je dis d'arrêter de m'appeler par des noms insupportables?
- Pas encore assez de fois Empereur des mondes.
- Foutez moi le camp!"

S'emporta le vieux fou avant que son secrétaire parte en courant du bureau. Il n'avait donc même pas finit sa phrase et Nakor avait de nombreux livres à lire et de papiers à remplir. Ainsi, le Magistère du Firmament décida de laisser libre cours à T'sisra Do'ath. Elle n'était pas dangereuse et si elle n'avait pas envie de parler, le temps viendrait. D'autant que la longue barbe blanche avait plusieurs questions à poser. Mais le travail lui prit beaucoup de temps et quand il leva ses vieux yeux des parchemins, il était tard, très tard. La nuit était venue!

"Le temps passe follement vite quand on s'amuse hein!"

Il se leva d'un bond, s'étira longuement puis se saisit de son bâton et alla prendre l'air. Ce fut sans réfléchir à rien qu'il arpenta les couloirs, les artères et les pièces de son château. Il trouva quelques magiciens encore à réviser leurs sortilèges, penchés sur des vieux livres. D'autres, endormis sur leurs chaises, qui n'avaient pas prit peine de rejoindre leur chambrine. C'est donc avec un large sourire de vieux papy gâteau qu'il sortit sur les remparts du Firmament et s'arrêta sous les étoiles pour observer, à plein poumon, la beauté de la nature. Il ressentit alors une présence et s'assura du coin de l'oeil que ce n'était pas un danger. Il lui sembla alors reconnaître de loin cette elfe noire qu'il pensait être leur invité du moment. Il ne bougea pas mais lui rendit son bonsoir

"Bonsoir T'sisra."

Le maître des lieux lui donna toute l'attention nécessaire, lui aussi, les yeux plantés dans le ciel. Le ton fut vite donné et Nakor quitta la contemplation du ciel pour planter un regard interrogateur et navré, puis de plus en plus triste. Son incapacité à prendre la parole permit à T'sisra de finir son discours en évoquant notamment les survivants, les morts et ceux qui étaient partit de leur mission avant et dont elle n'avait plus de nouvelle. L'esprit du sorcier était en ébullition, il revoyait de nombreuses images, des souvenirs passés en compagnie du membre de sa guilde, et c'était une tristesse non feinte et étreignait le coeur du Magistère du Firmament. Il ne put alors se retenir de poser sur l'avant bras de son interlocutrice, sa vieille main gauche, tremblante

"Merci pour ces tristes nouvelles T'sisra. Il me sera alors permit d'organiser une cérémonie d'adieu pour Jennad ... Paix éternelle à son âme de lumière ... "

Et il resta là, ravalant sa salive pour penser encore un peu à son ami. C'est ensuite avec gravité qu'il parla

"Je suis touché par votre venu ici T'sisra ... vous ne me deviez rien et pourtant, vous avez pris la peine de revenir après ce qui a dû être un lourd voyage. Vous étiez parti en nombre et seulement quatre en sont revenus ... même trois de ceux que j'ai pu rencontrer ici même ... oui, un lourd voyage ... d'autant plus si, à vous entendre, vous avez rencontré la terrible déesse."

Et, comme le bon archimage humain qu'il était, Nakor avait besoin de marcher pour parler tout en réfléchissant. Il invita alors T'sisra à le suivre et créa autour d'eux, une bulle d'air compressée, empêchant leurs paroles de s'envoler vers des oreilles inopportunes.

"J'ai une horde de question en tête et je ne sais par où commencer ... comment allez-vous? On ne revient jamais indemne d'une rencontre avec la terrible déesse. Vous avez l'air entière et avec encore assez de coeur pour porter les nouvelles jusqu'à ceux de droit. Racontez-moi tout je vous en prie. Comment de puissants magiciens ont pu périr alors qu'une femme comme Cécilie a survécu?"

Et laissant un temps de silence qui aurait pu faire croire à l'elfe noire que son tour de parler était venu, le magicien reprit

"Oui ... cette Cécilie. Je ne vous cacherai pas que j'ai reçu, depuis le haut de ma tour, des nouvelles d'Haldren ... des nouvelles que je n'ai pas aimé!"

En effet, il avait été question de coup de poignards, d'un Karkal abyssal venu des profondeurs du monde et de la mythologie drow et d'encore d'autres sombres détails. Si T'sisra mentait sur certains points, Nakor en aurait une petite idée. Et pendant qu'il marchait, il avait encore en tête les dernières paroles qu'il avait échangeait avec Jennad.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeMar 12 Fév 2019 - 0:20

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La daedhel avait fait silence pour accompagner la peine, bien évidemment partagée, du vieil homme. Si elle avait eu l’occasion de faire son deuil sur le chemin du retour, ce n’était pas son cas à lui. Cependant, et sans surprise, la curiosité de l’homme l’emporta bien vite sur le reste. Il avait une « horde » de questions, elle s’en doutait. En revanche, il y a bien un point qui la surprit, lui faisant hausser un sourcil lorsque Nakor évoqua avoir eu vent de certaines choses de la part d’Haldren. La discussion promettait d’être intéressante, ça ne faisait aucun doute.
Mais d’abord, Tyra.

- Je suis entière, oui. Ce que la déesse m’a pris ne se voit pas. Commença la drow avec un sourire en coin. Tout le jour, une sensation de froid désagréable enserre ma gorge et aucun son ne franchit mes lèvres. Pas une parole, pas un murmure ni même un cri. Rien. Il n’y qu’à la lueur de la Lune que ce froid étrange et immuable ne se dissipe, et ainsi, comme en ce moment même, je retrouve ma voix. Expliquait-elle en croisant les bras, appuyant la hanche contre le rempart et rivant ses mires dans celles de l’archimage. À vrai dire, le Royaume des Souffles était fermé, jusqu’à ce que nous atteignions les Portes de la Mort. Pour l'heure, tout ce que j’en retire, c’est l’assurance que mon âme est vouée à errance éternelle, ce qui ne m’a pas particulièrement étonnée compte tenu de l’état de ma foi. Fit-elle dans un léger rire lourd d’ironie. Mais que voulez-vous, c’est ainsi. Et malgré tout, le tableau n'étant pas tout noir, le Royaume des Souffles est rouvert temporairement, sans compter que j'ai la possibilité de le faire rouvrir définitivement. Encore faut-il que je réussisse son défi, et j'y travaille.

La daedhel marqua une courte pause avant de reprendre, plus sérieusement.

- Concernant la malédiction que je dois supporter, c’est parce que j’ai tenté de lui donner une autre vision des choses quant à la relation « divino-mortelle ». Une autre voie, à mon sens, plus consensuelle et bénéfique pour tout le monde. Pour les hommes et leurs âmes comme pour leur déesse. Je suppose avoir pu… « Toucher une corde sensible », comme on dit, puisqu’elle m’a mis au défi de réussir là où, jusqu’à aujourd’hui, les choses n’ont pas fonctionné comme elle l’entendait.

T’sisra jeta un œil par-dessus son épaule, observant le lointain. Il était temps d’aborder la question la plus épineuse de la soirée, cependant elle n’allait pas abattre toutes ses cartes sur la table en une seule manche. La daedhel aussi était très intéressée par ce revirement de situation; curieuse de ce que le transfuge elfico-drow avait rapporté à son vieil ami.

- Il y a bien d’autres choses à dire évidemment. Fit-elle en regardant le vieux barbu dans les yeux. En tous les cas, je suis heureuse de savoir qu’Haldren est en seul morceau et encore capable de donner des nouvelles. Mais avant d’aller plus loin, je suis bien intriguée par ce qu’il vous a dit concernant ce voyage et cette troupe. Quelle est sa version des faits ? Que vous a-t-il dit sur son altercation avec Cécilie ? Et qu'a-t-il expliqué concernant les Portes de la Mort ? Demanda T'sisra avant de dresser l'index. Car voyez-vous, la situation est bien plus complexe qu'il n'y paraît.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeMar 12 Fév 2019 - 18:38

La déesse n'avait donc pas laissé repartir les survivants sans leur prendre quelque chose. T'sisra subissait elle aussi une malédiction qui éteignait sa voix en enserrant sa gorge de la froide main maudite de la divinité mortifère. Le magicien ne put s'empêcher d'arquer son sourcil gauche en ouvrant grand son oeil droit. La tête du barbu se tourna lentement vers son interlocutrice et dit simplement, en marmonnant dans sa toison soyeuse

"Une malédiction ... "

L'elfe noire donna de plus amples précisions sur la raison pour laquelle plus aucun son ne sortait de sa bouche. Elle avait donné une leçon à la terrible déesse. Cela amusa le vieillard qui ne pu s'empêcher de sourire derrière sa lourde moustache. Quel effroyable culot il fallait avoir ... un culot au moins aussi grand si ce n'est bien plus grand encore que celui du vieillard lui-même. Une sorte de douce sympathie s'installa dans le coeur du magicien à l'égard de cette drôle d'aventurière. Il lâcha alors

"Et bien ... au moins, vous avez une tâche à accomplir pour vous débarrasser de cette malédiction vous ... ce n'est pas le cas de tout le monde!"

Nakor roula des yeux et bouda quelques instants dans son coin. Il n'ajouta rien pour le moment, se doutant qu'il avait éveillé la curiosité de la drow, il s'amusa presque à attendre de voir comment tourner la discussion. Mais voilà qu'elle parlait d'Haldren et de Cécilie. Cela lui fit bouillir le sang et il planta un regard froid et dur sur sa compagne du moment. Il était rarement aussi sérieux et énervé en même temps. Sa voix s'amplifia légèrement à force de parler

"Sa version des faits? Parce qu'il peut y avoir plusieurs versions des faits lorsqu'une jeune femme plante un couteau dans le dos d'un magicien qu'elle redoute pour des raisons idiotes? Il peut y avoir plusieurs versions des faits quand on met volontairement en danger la vie d'un être qui vous accompagne le long d'un chemin dangereux, pour vous aider, en lui plantant une lame aiguisée dans le dos? Je suis extrêmement curieux de savoir quelle version allez-vous réussir à trouver pour m'expliquer comment malencontreusement, une dague est venue se planter dans le dos de mon ami archimage Haldren, et pourquoi, à l'autre bout du poignard, se trouvait la main de Cécilie!"

Se rendant compte qu'il était en train de s'emporter, le vieux bougon souffla longuement et se calma. Il bascula en langue drow afin de dire la chose suivante :

"Veuillez m'excuser T'sisra quand la vie de mes amis est en danger, je perds un peu le contrôle de moi-même."

Il prit alors une grande inspiration et lança son va-tout sur le champ, afin de se faire légèrement pardonner sans doute

"Haldren m'a informé par courrier qu'il vous a accompagné sur le chemin des piliers de la mort et que, sans crier garde ni savoir pourquoi, Cécilie lui a planté un couteau dans le dos au beau milieu d'une altercation où il cherchait à prendre votre défense. Dois-je vous avouer que si j'avais croisé Cécilie à ce moment là, elle n'aurait pas eu le temps de s'expliquer ... non vraiment pas non ... Mais Haldren ne s'est pas arrêté là. Des rumeurs sont revenues à ses oreilles et aux miennes. Qu'avez-vous donc libéré T'sisra? Qu'est-ce que Cécilie est allé chercher aux abords des piliers de la mort? Quel était le véritable but de toute cette folle histoire?"

Nakor était inquisiteur, il avait en effet, une et une seule version des faits à propos du Karkal des abysses drows, mais c'était une version très convaincante et qui collait parfaitement. La drow allait-elle le convaincre? Il allait vite le savoir.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeMar 12 Fév 2019 - 23:11

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T’sisra, toujours appuyée contre le rempart fixait le vieil homme dans les yeux sans ciller. Le voilà qui, une fois de plus, s’agaçait et bougonnait. Comme la première fois, il réagissait avec peut-être trop de passion sur des choses pourtant évidentes. Aussi, elle le laissa continuer sans rien dire, se contentant de ne pas ciller, ni bouger, les bras croisés. La daedhel ne lui en tenait pas rigueur non plus, elle attendait simplement la suite. Et cette suite vint. De nouvelles questions.

- C’est une évidence qu’il y a plusieurs versions des faits. Vous ne savez ni pourquoi ni dans quelles circonstances Haldren a été poignardé. Tout ce que vous avez, c'est son témoignage. Et par vos questions accusatrices, j’en déduis qu’Haldren vous a expliqué son point de vue sur ce qu’il s’est déroulé aux Portes de la Mort.

Elle marqua un temps d’arrêt, secouée d’un léger rire. Il avait encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir se prendre pour véritable elfe celui-là.

- Nous avons été pris à parti par des mercenaires sur la route. Ils poursuivaient deux esclaves en fuites. J’ai offert mes économies, autrement dit la quasi-totalité de ma fortune, pour qu’ils puissent continuer leur fuite et leur vie je ne sais où. Cependant, ce n’était pas du goût votre ami Haldren. Puisque ces esclaves lui appartenaient. Expliqua-t-elle avec un sourire ironique. Haldren, faisant preuve d’une morale « exemplaire », ironisa-t-elle à nouveau en insistant sur le mot, a décidé d’agir directement sur l’esprit d’un des fuyards pour le faire rentrer dans le rang. Tout en refusant que je lui offre deux fois le prix de ses esclaves, afin que je puisse leur rendre la liberté. C’est là que nous avons commencé à nous engueuler, tous ensemble. Tout le monde était outré par l’attitude d’Haldren, qui s’est contenté de tous nous envoyer bouler et d’affirmer sa position d’esclavagiste. À ce moment-là, je lui ai fait remarquer que ses yeux, l’espace d’un instant, étaient redevenus rouges. Parce qu’en plus, le bougre se prenait pour un elfe et se permettait d'agir ainsi, tel un véritable drow. C’était pathétique. Ensuite, les mercenaires ont attaqué.

T’sisra agitait doucement la main, sans rentrer dans le détail du combat. Elle se contentait d’expliquer vaguement comment les choses s’étaient déroulées. Comment un autre mercenaire péninsulaire et ses hommes s’étaient joints à eux, comment leurs agresseurs avaient été mis en déroute et comment Shematt s’était retrouvé à leurs côtés.

- Et c’est là que nous en venons au point le plus intéressant. Rappelez-vous qu’en Péninsule l’esclavage est prohibé. Ce qui a motivé d’autant plus la méfiance de Cécilie. Et lorsqu’Haldren à tenter d’invoquer je ne sais quoi… Cécilie m’a affirmé avoir pris peur, et étant aveugle, elle a tenté de se défendre en frappant au hasard pour se soustraire à sa poigne, et a effectivement blessé Haldren. Il a ensuite disparu dans la foulée. Conclut-elle en haussant les épaules. Je ne comprends pas pourquoi elle a attaqué un allié alors que nous devions nous battre contre de véritables ennemis. Du moins, à ce moment-là, je ne me l’expliquais pas encore.

La nécromancienne frissonnait au souvenir de ses interactions avec la missédoise. Son air devint grave et sérieux, et quand bien même aucune oreille indiscrète ne pouvait percevoir quoique ce soit ici, elle baissa tout de même d’un ton.

- Plusieurs fois, j’ai dû m’appliquer à soigner Cécilie. Et il y a une force magique que je ne connais pas en elle, et qui ne lui appartient même pas. Je l’avais déjà ressentie ici même, avant notre départ. J’ai fait le rapprochement une fois aux piliers. Ce n’est pas elle qui agit de manière irraisonnée, je pense qu’une présence la rend malade ou empoisonne son esprit. Peut-être un cas de possession ? Ce serait plus qu’étrange, mais… Pourquoi pas après tout. La seule chose que je suis en mesure d’affirmer, c’est qu’elle va avoir besoin d’aide.

La daedhel poussa un long soupir et se pinça l’arrête nasale. Il fallait revenir sur la finalité de tout ceci, puisque les informations qu’avaient Nakor étaient complètement erronées.

- Quant à vos interrogations, qui sous-entendent déjà votre positionnement sur la question, je vais y répondre. Mais avant toute chose, comment des rumeurs auraient pu vous parvenir sachant que les survivants de ce drame sont au nombre de quatre, et que nous venons à peine de rejoindre la civilisation, mh ? Je vais vous dire ce qui se passe moi. Haldren n’a entendu aucune rumeur, c’est son côté drow et vengeur qui a pris le dessus. Parce que s’il avait été présent aux Portes de la Mort, il aurait su pour quelles raisons Tyra a libéré le Karkal Abyssal. Et il saurait aussi pourquoi le Karkal n'est pas un danger pour le reste du monde. Quant au but de ce voyage, il a toujours été de tenter de rouvrir les portes du Royaumes des Souffles. Et Cécilie n’avait aucun autre plan en tête. En revanche, je soupçonne Haldren d’avoir très mal digéré l’attaque qu’il a subie et cherche un moyen de se venger. Notamment en racontant n’importe quoi, peut-être à lui-même, et surtout à vous visiblement. Une fois de plus, c’est pathétique. Je peux comprendre sa colère, je ne défends pas l’acte de Cécilie. Mais rien ne justifie de tirer des conclusions si hâtives et de propager des informations infondées parce qu’on est agacé ou blessé dans sa chair ou son ego.

Elle s’empressa d’ajouter, tout en secouant la tête de désarroi.

- Lorsque Shematt sera rentré, vous pourrez toujours lui demander. Il vous dira la même chose que moi. Je crains qu’Haldren ait tiré des conclusions trop rapidement, ou bien qu’il ait voulu se venger. Je ne dis pas qu'il l'a forcément fait consciemment non plus, mais son ego ayant été aussi blessé que sa chair, cela a pu largement affecter son appréciation des choses. Libre à vous réviser votre jugement, ou vous enfoncer dans le témoignage peu fiable d'un seul. Enfin… C’est regrettable, mais c’est ainsi. Dites-moi plutôt, qu’entendiez-vous par « vous pouvez vous débarrasser de cette malédiction » et « ce qui n’est pas le cas de tout le monde » ? Demanda la noirelfe en mimant les guillemets.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeDim 17 Fév 2019 - 10:02

Nakor écouta avec attention la jeune drow démarrer son discours. Elle aussi, prenait un ton péremptoire et assurait que son seul point de vu était le bon. Il continua donc de passer sa main gauche le long de sa barbe soyeuse et se permit de réfléchir autant que d'écouter. Si les explications d'Haldren étaient simplistes, celles de T'sisra l'étaient tout autant. Un désaccord fort sur le comportement d'un compagnon de route ne justifie en rien qu'un poignard vienne se planter dans le dos d'un autre. En tant qu'ancien archimage drow, Haldren avait passé plusieurs siècles dans les profondeurs du Puys et y avait développé tout ce qu'un drow pouvait développer de pire. Notamment sa condition de maître esclavagiste. Il avait besoin de cobaye pour ses expériences et de serviteurs dans la position qu'il occupait là bas. C'était une position évidemment détestable et Nakor avait été ennemi de ce magicien de malheur à de nombreuses reprises. Ils s'étaient affrontés, prêt l'un et l'autre à tuer pour que la cause qu'ils défendaient respectivement l'emporte. Mais il avait aussi été obligé d'unir ses forces au drow à la longue perruque blanche. Et les rares fois où c'était arrivé, l'un et l'autre avaient su se contenir et respecter l'entraide qui se créait, même si ce n'était qu'un cours instant. Et bien sur, jamais le Magistère n'avait tenté de le tuer, à ce moment là. C'était une évidence pour le vieillard, mais une évidence qui semblait ne pas être partagé. Ainsi, à la fin du discours de la drow, le sorcier ne pu s'empêcher de rire un peu.

"Et vous T'sisra, êtes vous une drow pleine et entière? Car alors, il serait surprenant de vous voir aider une humaine à plusieurs reprises, la soigner et prendre sa défense n'est ce pas? Pourrait-on alors vous prêter de surprenantes intentions?"

Nakor avança alors ses deux mains, paumes ouvertes, comme pour empêcher toutes remarques et continua

"Je vous rassure, je ne pense pas à mal. Je voulais simplement vous rappeler qu'il est difficile d'accuser un serpent d'être venimeux. Haldren a été un archimage drow de première catégorie pendant prés d'un cycle d'existence elfique. Une évolution ne peut donc pas se faire si catégoriquement d'un seul coup. Je vous l'accorde, l'esclavagisme est une chose que nous détestons férocement en Péninsule, en tant qu'humains libres. La vassalité est différente de l'esclavagisme et je le combats de toutes mes forces depuis très longtemps. J'ai d'ailleurs moi-même été un ennemi mortel d'Haldren Baenfere pendant longtemps. Mais il m'est arrivé aussi de devoir unir mes forces aux siennes et comme d'un commun accord, ni l'un ni l'autre n'a tenté de se tuer. Si les explications de ce magicien sont orientées et simplistes, les vôtres le sont tout autant. Ne trouvez-vous pas un peu simple de dire que par perte de contrôle non voulu, un poignard s'est malencontreusement retrouvé dans le dos d'un compagnon de route?"

Le magicien marqua un petit temps d'arrêt puis se tourna pour observer le ciel parsemé d'étoiles avant de continuer

"Je vous l'accorde, le seul point de vu décrit dans le courrier que j'ai reçu n'explique pas tout. Mais votre explication ne me satisfait pas non plus. J'imagine qu'Haldren comme Cécilie mentent autant qu'ils disent la vérité. L'essentiel est que, finalement, aucun des deux n'est mort par la faute de l'autre. Je décide donc de trancher au centre!"

Nakor haussa les épaules, avec un regard autant interrogatif qu'amusé.

"Ce que vous dîtes à propos de Cécilie est dans tous les cas, inquiétant! Elle peut cacher un double jeu, utiliser une magie qui la dépasse ou être contrôlée par quelqu'un qui n'aurait alors rien à envier à l'esclavagisme d'Haldren. Et si, par dessus le marché, elle a alors été un instrument pour aborder la déesse de la mort ... et bien cela fait froid dans le dos. Quand au Karkal abyssal, je vous rappelle tout de même ma chère, que le désert Zurthan possède bien plus d'yeux et d'oreilles que vous ne pouvez vous en douter. Les descriptions sont sommaires et sans le courrier d'Haldren, je n'aurai jamais pu reconnaître dans d'éventuelles descriptions, le monstre de la mythologie drow. Et vous dîtes qu'il n'est dangereux pour personne? Vous m'en voyez surpris! Je discuterai avec Shematt plus longuement à son retour avant de trancher définitivement sur cette question. Cela me donnera un troisième point de vu, n'en prenez pas ombrage."

Et il resta là, silencieux, avant de se décider à répondre à propos de la malédiction.

"Les malédictions ... il faut croire que les dieux s'amusent beaucoup ces derniers temps avec ça. Peu après votre départ de ma guilde, j'ai reçu un courrier d'un puissant ami archimage elfe, Loethwil de l'Aduram. Il souhaitait faire une tentative un peu désespérée : apaiser la Dissonance. Ce mal qui frappe la forêt depuis longtemps déjà et qui perturbe la toile dans laquelle évoluent les elfes sylvains. Nous avons réunis un petit groupe et nous sommes partis en plein coeur de la terrible Aduram. Nous avons marché longtemps et affronté de nombreux adversaires ... des plus anodins aux plus terribles. Et nous avons finis par trouver différents grands Gardiens, très anciens, très puissants ... oui! A plusieurs reprises, nous aurions pu mourir. Ma magie a été un rempart contre notre mort."

Nakor passa sous silence les moments où Loethwil fut totalement possédé par ces esprits de la forêt et qu'il fut, finalement, le plus dangereux ennemi qu'il avait eut à combattre. La magie du vieillard avait fait son office et parvint à peine et de justesse, à contenir l'effroyable pouvoir de l'elfe colossal.

"Le dernier Gardien que nous avons affronté fut une réminiscence d'Unvan le terrible, un ancien chef de guerre humain qui, il y a sept mille ans, affronta les elfes et causa un charnier monumental. J'ai fini par convaincre ce souvenir horrible que les humains avaient évolués depuis et que, même si ce n'était qu'une petite évolution, les deux peuples, humain et sylvain, n'étaient plus des ennemis. Depuis, des alliances avaient vu le jour et différentes unions existaient. Moi-même, je suis ami avec différents sylvains ... enfin bref ... je ne sais pas ce que j'ai fais ou dit et qui a causé cela mais une tempête de noirceur s'est levée après la mort du Gardien et a fondu sur moi pour faire apparaître sur mon torse une marque maudite. Une sorte de main griffue. Et voilà que depuis, dés que je m'approche de trop prés d'un elfe, il se met à me détester cordialement. Ce n'est pas très pratique pour le magicien pèlerin que je suis, ami des peuples et maître d'une guilde multiraciale!"

Nakor souffla longuement et resta là, un petit rictus sur les lèvres. Elle était la première personne en dehors d'une poignée de gens, à savoir cela.
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T'sisra Do'ath
Drow
T'sisra Do'ath

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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeDim 17 Fév 2019 - 19:43

Hiver, Panahos, huitième ennéade de Verimios, an onze, onzième cycle.


Ce fut d’abord la perplexité qui apparut sur le visage de T’sisra, puis elle arqua un sourcil si haut qu’il aurait presque pu tomber au sol. Elle fit néanmoins l’effort de se retenir de ne pas rire, car le vieil homme venait d’établir une chose aussi préoccupante que certaine à présent : Il vivait à côté de ses pompes.

- Nakor, est-ce que vous le faites exprès ou... Vous ne comprenez vraiment pas ? Demanda la drow, toujours un peu interloquée. Je suis vraiment désolée de vous dire ça ainsi, mais vous avez beau savoir des choses, vous n’êtes pas sage pour deux sous. Vous dites qu’il est difficile d’accuser un serpent d’être venimeux, et je suis bien d’accord. C’est la raison pour laquelle je vous ai expliqué que je me demande dans quelle mesure Haldren ne se ment pas à lui-même sans s’en rendre compte ou s’il a consciemment raconté n’importe quoi. Et votre conseil est aussi valable pour Cécilie, que vous aviez d’ores et déjà jugée, puisque comme vous l’avez dit, vous ne l’auriez pas laissée s’expliquer si vous l’aviez croisée. Rétorqua-t-elle en opinant du chef. Ensuite, à aucun moment, je ne justifie le geste de Cécilie, je ne le cautionne pas et je vous l'ai dit. Je cherche uniquement à trouver une explication cohérente. Parce que si vous aviez vu Cécilie, avant qu’elle nous fausse compagnie, vous sauriez qu’elle ne joue pas un double jeu. Sa peau est parsemée d’écritures d’une langue qui m’est inconnue, sans compter cette sorte de présence magique qui possède… Sa propre volonté. Je pense qu’elle empoisonne l’esprit de la noblionne. Mais je ne suis sûre de rien, mes connaissances sont limitées sur ce sujet.

La daedhel secouait la tête, observant l’archimage sans être capable de se dire s’il était simplement fou ou non.

- Quant au Karkal, il est apparu aux Portes de la Mort. Entre la Faille et Nisétis, dans les Terres Stériles. Et donc très, très loin du Désert Zurthan. Alors non, les oreilles zurthanes n’ont pas encore eu le temps d’aller se faire une idée de la chose. D’autant que c’est en plein territoire drow, et même le Puy ne doit pas encore savoir ce qui se passe à l’heure actuelle. Et pour ce qui est de la légende du Karkal, seuls les drows connaissent son existence. C’est une légende très peu répandue, même au Puy, et ceux qui adhérent à cette croyance sont rares puisqu’elle ne concerne qu’une famille de puysard. Autrement dit, il ne reste qu’une personne pour avoir pu propager la rumeur aussi vite, et que ça vous plaise ou non, c’est Haldren.

T’sisra secoua la tête pour soulever une dernière question concernant la conclusion du vieux mage, une interrogation importante puisqu’elle lui semblait irréalisable au vu de la malédiction évoquée.

- Et… Je viens de vous dire d’aller voir Shematt dès qu’il sera rentré Nakor, pourquoi donc voudriez vous que j’en prenne ombrage ? Elle marqua une pause. Vous ne comprenez donc pas ? Je ne vous demande pas de me croire sur parole, ni de croire Haldren ou même Shematt. Si je vous ai dit d’aller le voir, c’est pour avoir d’autres opinions, d’autres points de vue afin que vous puissiez forger le vôtre. À aucun moment je n’affirme exprimer une vérité universelle. Et c’est bien là, la première partie de votre problème à vous Nakor, vous croyez dur comme fer parler d’or et de vrai. Mais vous êtes à côté de vos pompes. Conclut la drow avec un air dépité. Et ça fait lien avec votre malédiction. Par ailleurs, comme vous semblez l’ignorer puisque vous comptiez discuter avec Shematt… C’est un sang-mêlé. Il y a des fortes chances pour qu’il se mette à vous haïr au premier regard.

La nécromancienne laissa échapper un léger rire en secouant la tête. L’ironie de cette histoire était incroyable, si on lui avait dit que cela arriverait un jour, elle ne l’aurait pas cru.

- Donc, pour résumer votre histoire… C’est « votre » magie qui a évité une mort certaine à votre groupe. Fit la noirelfe en mimant les guillemets avec les doigts. Et vous avez convaincu un Gardien, ou une sorte d’Eäla de l’Aduram, que les hommes et les elfes étaient désormais copains comme cochons. Et en retour vous avez hérité d’une malédiction qui vous empêche d’approcher des elfes. J’ai l’impression que la forêt maudite vous a donné une leçon d’humilité exemplaire.

T’sisra se laissa aller à un long soupir. Non, ça ne faisait plus l’ombre d’un doute, cet homme vivait dans une réalité autre que celle du monde. Ou alors, il faisait preuve d’un déni à toute épreuve. La daedhel se frappa le front. Évidemment !

- Nakor, vous savez, si vous continuez comme ça, vous allez marquer l’Histoire. Et pas en bien. Vous allez rester dans les mémoires des peuples comme l’Archimage de Déni. Vous dispensez des conseils sans même les suivre, vous proférez des choses qui n’existent que dans votre imagination et vous les présentez comme des vérités. Nakor, être vieux et puissant n’est pas un gage de sagesse. Souligna la noiraude en dressant l’index pour continuer sur sa lancée. Je connais l’histoire des drows, je sais qui est Unvan. Je sais aussi que les elfes et les hommes sont deux peuples qui, au pire, se regardent en chiens de faïence, ou au mieux, se contentent de s’ignorer. Il n’y a pas d’alliances ni d’unions qui tiennent, jamais les elfes et les hommes n’ont combattu côte à côte. Et je n’ose pas imaginer ce qui se passera si les péninsulaires tentent d’étendre leur territoire, ou si les elfes décident qu’il est temps de faire retrouver à l’Anaëh ses frontières originelles.

T’sisra se pinçait l’arrête nasale. Nakor lui semblait finalement être un enfant coincé dans un corps fripé.

- Votre vision du monde est tellement manichéenne. Il n'y a que le Bien et le Mal. Souvenez-vous de votre réaction, il y a plusieurs ennéades lorsque j’ai évoqué la nécromancie. Vous avez dit avoir passé votre vie à la combattre et vous vous êtes brusquement énervé. Cependant, la nécromancie n’est pas un mal. C’est un outil, tout comme avec une épée l’on peut choisir de protéger et défendre ou alors attaquer et agresser. Je vais même vous dire, j’ai connu des élémentalistes capables de choses bien pires que des nécromanciens, des manipulateurs des éléments avec une liste de victimes longue comme le bras. Commença par expliquer la drow, rassemblant certains souvenirs de sa vie au Puy. Ce n'est pas la discipline qui fait du praticien un mage noir, ce sont ses actes. Et bien, pour le reste, c’est pareil. Ni les hommes, ni les elfes ne sont le Bien, pas plus que les drows ne sont le Mal. Si vous savez d’où viennent les drows, alors devriez aussi savoir une chose Nakor, c’est que si leur visage est aussi hideusement guerrier et violent, c’est parce qu’il n’est que le reflet de celui des hommes. Car pour eux, le Mal avec un grand « M », ce sont bel et bien les Hommes. Ce sont eux qui sont venus sur leurs terres, qui ont détruit le Linoïn, massacré et violé les elfes qui y vivaient en paix. En réponse, ces elfes ont combattu avec une ardeur et une violence rarement égalée. Et leurs frères les ont chassés par peur de cette violence, ainsi, pour les elfes d’Anaëh comme pour les drows, si les Hommes n’avaient jamais existé, tout ceci ne serait pas arrivé. Le Bien et le Mal ne sont que des points de vue. Et vous avez choisi le vôtre, vous l’avez jeté au visage d’une forêt maudite qui, comme les drows, ne demandaient qu’une chose, c’est d’être comprise.

La noiraude secouait la tête. Et elle n’était pas en colère ou agacée, simplement attristée. Comment quelqu’un qui se prétendait aussi sage pouvait passer à côté d’une chose aussi évidente ?

- Pensez-vous réellement que les elfes apprécieraient ce que vous avancez ? Si c’est le cas, vous êtes dans l’erreur. Mais ce n’est pas grave Nakor. T’sisra posa une main sur l’avant-bras du vieux mage. C’est par l’erreur qu’on progresse et qu’on apprend. Si l’on ne se trompe jamais, on ne progresse pas. Il vous faut faire preuve d’humilité et reconnaître que rien n’est tout blanc ou tout noir. J’ai vu un Eäla, deux à vrai dire. Et je peux vous garantir que la forêt vit et ressent des choses. En jetant au visage du Linoïn, comme vous l’avez fait, de telles absurdités, vous l’avez blessée. La véritable question qui se pose aujourd’hui Nakor, ce n’est pas de savoir si vous comprenez, mais de savoir si vous allez accepter de bien vouloir comprendre.

Son regard plongea dans celui du vieil homme, elle l'appréciait malgré tout. C'est pourquoi elle n'y allait pas par quatre chemins, il ne devait pas entendre ce qu'il voulait mais ce dont il avait besoin.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeLun 18 Fév 2019 - 14:31

Le magicien fit l'effort d'écouter la drow jusqu'au bout, sans l'arrêter, ni même tenter d'argumenter. Elle était lancée, qu'elle aille jusqu'au bout. Tout à la fin, sous les airs de maîtresse d'école de T'sisra, le vieux fou se racla un peu la gorge avant de lui-même se lancer. Pour une fois que quelqu'un lui demandait des explications plus poussées ou tout du moins ne partait pas juste après avoir donné sa leçon elfique, il allait enfin pouvoir faire valoir le point de vu humain de cette histoire.

"T'sisra ... je ne sais par où commencer."

Il décida donc de se mettre à marcher afin de s'aider à structurer sa pensée en même temps qu'il parlait.

"Dans un premier temps, je n'ai absolument jamais prétendu être sage. Jamais! Et auprès de personne. Parce que je suis un humain vieux et barbu, manipulant la magie, on me prête une apparence de sagesse. Vous ne savez rien de ma longue vie d'homme, vous ne savez rien non plus de ce que je peux vivre du fait de cette éternité qui dure plus que de raison dans le corps de quelqu'un qui, à la base, n'est fait pour vivre qu'un peu moins d'une centaine d'année. Mon humeur est changeante, je m'emporte autant que je m'attendris et les épreuves que j'ai traversé font de moi celui que je suis aujourd'hui : un insupportable empêcheur de tourner en rond qui met son nez partout et surtout, dans les affaires qui ne le regardent pas en ayant un avis à chaque fois."

Le magicien parlait sans colère, sans amertume, il prenait simplement le temps d'expliquer son discours et son point de vu.

"Commençons par Cécilie et cette affaire de poignard dans le dos. Dés l'accueil de cette noble de Missède, j'ai offert sans retenu, le gîte et le couvert à une troupe d'aventurier dont je ne savais rien. Une troupe bien iconoclaste. Et qu'a fait Cécilie devant des choses nouvelles pour elle : elle s'est comportée comme une rustre. Dès là, et bien je suis franc : elle avait perdu toute ma sympathie. Je ne l'aime pas, c'est ainsi. Mais cela n'est pas grave, cela ne veut pas dire que je cherche dorénavant à la tuer. Etait-elle déjà sous l'emprise d'une malédiction? Du contrôle d'une magie qui la dépasse ou d'un lien avec un quelconque culte? Je n'en sais rien. Et je n'ai fais que vous confirmer ce que je pense réellement : je ne lui aurai pas ouvert la porte si elle était revenue. Mes mots dépassent ma pensée bien souvent et si vous avez cru que je l'aurai tué à sa simple vu, vous vous trompez. Je ne suis pas un monstre. Un vieux fou imbécile oui, mais pas un meurtrier de sang froid. Je vous ai simplement dit que l'explication qui consiste à dire qu'elle ne l'a pas fait exprès ne me convient pas non plus. Même pris dans la panique. Et je persiste et signe : si elle a besoin d'aide, ce n'est pas ici qu'elle la trouvera. Pas parce que je ne veux pas l'aider, je vous arrête tout de suite ou parce que je l'ai mal jugé. Non, mais si une magie supérieure à ses propres capacités, contrôle son esprit, je pense que toute tentative mineure d'incursion ne ferait qu'empirer les choses voir détruire le peu d'esprit qui lui reste. Ici, au milieu d'un château rempli de magicien, j'imagine le pire, autant pour elle que pour les autres. Ce n'est donc pas ici qu'elle trouvera réponse à ses questions. Il faut qu'elle se tourne vers le culte de la déesse de la vie ou vers des mages spécialistes de l'esprit, capables de manipulation ... et ça ... vous savez où les trouver T'sisra n'est-ce pas? Chez les drow!"

Et oui, aussi fou qu'il n'y paraisse, si elle souffrait véritablement d'une possession, c'était vers un culte ou vers des mages comme Haldren qu'il fallait se tourner. Or, planter un poignard dans le dos de celui vers qui vous vous tourniez ensuite pour demander de l'aide n'était pas spécialement compatible. Surtout avec Haldren. Ici à la guilde du Firmament, Nakor ne disposait pas de magiciens maîtres dans l’art mental, pas à un niveau suffisamment élevé en tout cas pour venir correctement en aide à cette petite idiote sans faire plus de dégâts qu’autre chose.

"Je ne m'excuse donc pas de ne pas apprécier Cécilie et de ne pas pouvoir lui fournir l'aide dont elle aurait besoin. Je discuterai tout de même avec Shematt à son retour, pour avoir un point de vu différencié et ainsi me faire une meilleure idée, peut-être, de ce qu'il s'est produit. Je ne vous accuse de rien et il était inutile d'y voir une nouvelle source de mon orgueil hautain. Vous me présentez une explication qui vient en contrer une autre, je vous disais simplement qu'il me manquait encore des informations pour déceler le fin mot de l’histoire dans tout cela. Haldren et Cécilie se mentent sans doute à eux-mêmes en l'ignorant et personne ici, ni vous ni moi, n'en est responsable. Mais permettez moi tout de même d'avoir la folle idée de penser que, lorsque quelqu'un parle pour donner sa version des faits, il donne là ce qui lui semble être la réalité de ce qu'il a vécu. Ce n'est jamais rien d'autre qu'un point de vu personnel et je ne parle pas au nom de la vérité universelle, seulement des actes et du vécu. Quand à Shematt et ma malédiction, j'ai déjà pu expérimenter la discussion avec des sang-mêlés, je vous prie de ne pas m'imaginer totalement idiot. Et selon le niveau de contrôle de chacun, nous pouvons tout de même avoir une discussion sans qu'il ne tente de m'assassiner grâce à sa moitié non sylvaine."

Nakor ria un peu. En effet, Nehril qui était un sang mêlé, avait eu tout le long du voyage retour, un affreux rictus haineux sur le visage mais ils avaient tout de même pu échanger et jamais le guerrier n'avait sorti son épée en s'approchant trop dangereusement de la gorge du vieillard. Il y avait donc moyen d'imaginer une discussion avec Shematt sans se heurter à un mur opaque. Pour Cécilie, le vieux magicien espérait donc que T’sisra comprenne : il lui avait dit ne pas être convaincu par cette version. Voilà tout, il ne l’accusait pas de prétendre détenir une vérité universelle ou cautionner quoi que ce soit, mais il avait encore le droit d’émettre son point de vu lors d’une discussion, fusse-t-elle avec un drow, un elfe, un nain ou une fleur des bois ! S’il était accusé de croire parler vrai, il aurait pu, pour le coup, lui retourner le compliment mais il ne le fit pas. Il n’aimait simplement pas que l’on mette dans sa bouche, des extrapolations qui n’avaient pas lieu d’être. Ayant marqué une légère pause, il continua

"En ce qui concerne Haldren et les rumeurs du Karkal abyssal, il est donc à l’origine des rumeurs en plus de son message écrit. Très bien ! Il accuse Cécilie de l’avoir convoqué alors que ce n’est pas vrai et il cherche par là simplement à se venger. Très bien ! Elle ne sera pas la première à subir les pires rumeurs sans pouvoir rien y faire et quand je le rencontrerai, je lui dirai que ce n’est pas bien, qu’il doit prendre garde à ses propos et ses écrits, qu’il ferait mieux de vraiment se renseigner avant de diffuser sa parole partout autour de lui sans être certain de ses sources d’informations … il n’en reste pas moins que le Karkal abyssal n’est pas non plus un animal de compagnie. Vous dites qu’il n’est pas un danger pour le monde … et bien, espérons le ! Avouez tout de même qu’une jeune noble à l’esprit possédé, qui fait tout son possible pour aller jusqu’à la déesse de la mort et qui se voit être liée de prés ou de loin à la libération d’un monstre mythologique … cela fait un lien assez simple à croire et quiconque même présent, s’évertuant à dire le contraire, aura du mal à se faire entendre. Les histoires à sensation plaisent plus, surtout lorsqu’elles font peur ! Si ces rumeurs vont jusqu’à la Péninsule, la réputation de Cécilie est finie pour le restant de ses jours. Et vous aurez vous-même, bien du mal à convaincre quiconque que ce n’est pas vrai. Je sais de quoi je parle, j’ai eu pour réputation d’avoir moi-même tué l’ancien roi Trystan d’Erac de mes propres mains alors que c’était un ami d’une grande rareté tant notre lien était sincère et chaleureux malgré son statut de seigneur de la Péninsule."

Le sorcier savait à quel point, quand on se mêlait d’affaires aussi importantes, on prenait le risque d’un contre coup sévère. Il ne défendait pas Haldren et ses sottises, il l’avait longtemps combattu même, mais une bonne histoire restait une bonne histoire surtout si le camp qui en subissait l’impact n’avait que sa parole pour contre preuve. Lui-même avait été pendant plus de dix ans, la cible de rumeurs horribles et il l’était sans doute encore aujourd’hui. C’était ainsi et n’ayant pas été présent, Nakor ne pouvait rien dire qui irait pour ou contre. Il laissa donc cela de côté et se redressa un peu avant de terminer son long discours

"Vous dîtes une bêtise T’sisra. Parce qu’une fois de plus vous ignorez ce que j’ai vécu et vous n’analysez les choses que de votre point de vu d’éternelle. Je sais ce qu’il s’est passé dans le Linoin il y a sept mille ans … sept mille ans T’sisra. Même si la mémoire des elfes est grande et leurs émotions cuisantes, sept cycles reste une longue période même pour votre peuple et vos cousins. Alors imaginez ce que cela implique comme durée pour les humains ? Oui, à cette époque les hommes ont été les seuls responsables d’une affreuse scission qui, aujourd’hui encore, fait souffrir Miradelphia tout entier ! Oui, ils ont eu une conduite monstrueuse et aurait dû faire amende honorable voilà longtemps … oui … mais vous devez aussi comprendre que du point de vu humain, sept mille ans plus tard, les hommes et les femmes de ce monde ne se sentent absolument plus les responsables du charnier d’Unvan. Ils n’ont pas à porter le fardeau si lourd de leurs très lointain ancêtres, pas à s’en sentir coupable personnellement. Ils ne doivent pas oublier, ils doivent œuvrer pour que cela ne recommence plus c’est évident … mais ils n’en sont pas responsables ! Les humains vivent dans leur immédiateté et je fais de même. Je n’oublie pas le passé, mais je préfère aller de l’avant. Il y a une quinzaine d’année, j’étais là T’sisra, dans la même salle que les délégations naines, elfes et humaines. Le roi nain Garmin, l’elfe Rima-Marcil, envoyé du seigneur protecteur Dyarque de Lanthaloran, roi des elfes et Trystan d’Erac, roi de Diantra dans la même pièce, par l’entremise de certains dont je faisais parti. Suite à l’empoisonnement par les drows du lac d’Uraal et les innombrables pertes que cela a causé chez les sylvains, une alliance a vu le jour et sur le champ de bataille, face aux troupes drows et aux chaotiques, les nains, les humains et les elfes ont mené bataille. Ils ont versé leur sang ensemble contre un ennemi commun. J’y été aussi."

Nakor se perdit quelques instants dans ces souvenirs intenses avant de continuer, ses vieilles mains se mettant subitement à trembler, comme si son grand âge l’avait rattrapé.

"J’imagine ce que vous allez me dire … cela n’a été qu’une très brève union, qui ne compte même pas, très éphémère et sans suite … oui évidemment oui. Mais elle a quand même existé, elle est la preuve que nos peuples peuvent s’entendre, peuvent s’aider, que chez les humains aussi, on peut trouver des gens biens, qui ne veulent aucun mal aux autres races de ce monde. Il n’y a pas eu de grande guerre entre elfe et homme depuis très longtemps du point de vu humain. On peut en effet dire que cela tient du miracle car les hommes sont déjà trop occupé à se pourfendre les uns les autres pour leur propre pouvoir et on peut penser que si ce n’était pas le cas, ils auraient déjà attaqué les troupes elfiques … n’essayez pas de m’apprendre T’sisra à quel point mon peuple est faible et décadent. Pas parce que je ne veux pas l’entendre en me plaçant dans le déni … non … parce que depuis que je suis en âge de m’occuper d’autre chose que de moi-même, je parcours le monde des hommes et j’œuvre du mieux que je peux pour empêcher la folie et la soif de pouvoir des miens, de se répandre comme une maladie fortement contagieuse. Cela fait près de six cent ans que j’interviens auprès des petites gens comme des nobles … que je fais tout ce qui est en mon pouvoir et que j’échoue inlassablement … pas parce que je fais n’importe quoi, non … mais parce que les hommes sont ainsi fait : ambitieux, jaloux, impulsifs. On règle une situation, on ramène un peu de paix dans la Péninsule et là où l’on ne regarde plus, vient au monde un autre homme ou une autre femme qui va s’auto-alimenter en haine et finir par déchaîner les passions et la guerre pour voler le pouvoir à celui qui le détenait, les alliances vont se mettre en marche et c’est la Péninsule toute entière qui se retrouve à feu et à sang tous les dix ans au mieux. Pensez-vous que je l’ignore ? Pensez-vous que cela ne me ronge pas à chaque seconde qui passe ? Pensez-vous que … "

Et Nakor se tut car sa dernière remarque resta bloquée en travers de sa gorge, gagné par ses émotions. Il savait terriblement à quel point les humains étaient un danger pour eux-mêmes et par voie de conséquence, un danger pour les autres peuples. Que ce qui s’était produit il y a sept mille ans pouvait se reproduire un jour. Que ses propres enfants étaient morts dans des guerres internes aux hommes …  Mais il voulait tellement croire en la bonté et le cœur des hommes, il savait qu’ils étaient capables d’amitié, de lien et d’ouverture vers les autres. Il fallait simplement irrémédiablement se répéter et toujours recommencer cette tâche quasi infinie, assurer du lien, montrer au monde que c’était possible. Voilà ce qu’il avait voulu exprimer dans la forêt, voilà ce qu’il avait voulu dire à l’Eala ancien et voilà ce qu’il faisait chaque jour dans sa guilde : si les hommes sont coupables de beaucoup de choses, l’horreur commise dans la forêt il y a si longtemps humainement parlant n’était plus du fait des hommes d’aujourd’hui. Que cela soit un miracle ou non, les humains et les elfes ne s’opposaient plus, chacun s’occupant de ses affaires de son côté. Ils n’étaient pas de grands amis certes, mais n’étaient plus des ennemis farouches en opposition, que s’excuser ne changerait plus rien, au contraire, que cela sera presque un manque de respect de faire croire qu’on pouvait s’excuser pour une telle chose, si longtemps après. Mais si les drows avaient récemment fait payer un lourd tribut aux sylvains, c’était bien ce peuple là qui avait attaqué et pas les humains. Une notion complexe à exprimer en quelques mots, au beau milieu d’une bataille où ses amis risquaient de périr si rien n’était fait rapidement. Une bataille qui lui avait valu une malédiction dont il aura besoin de s’expier au cœur du monde elfe à n’en pas douter. Tentant de reprendre son calme, il respira longuement et souffla, avant que ses mains ne s’apaisent et qu’il termine

"Je ne dénigre rien dans la responsabilité des humains du passé, je ne cherche pas non plus à m’en dédouaner mais je préfère que la plaie se referme en espérant un jour meilleur. Insister trop régulièrement sur des épisodes lourds n’amène qu’une alimentation de la rancœur, de la tristesse et de la peur des autres. Cela pourrait finir par empêcher la création de ce lien pourtant tellement nécessaire afin que plus jamais cela ne se reproduise T’sisra."

Non, Nakor n’était rempli d’aucune certitude, bien au contraire, il savait sa tâche vouait à l’échec constant, il savait que les hommes continueraient de se battre entre eux pour le pouvoir, mais il considérait que dans sa position de marcheur du temps, il se devait d’être là, irrémédiablement et inlassablement afin de continuer, d’aider et de lier les gens pour qu’un jour peut-être enfin, la haine cesse le plus largement possible. Une utopie un peu folle de vieillard, mais il fallait bien quelqu’un pour tenter de la faire vivre plutôt que de laisser le monde sombrer sans cesse dans la folie.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeMar 19 Fév 2019 - 18:04

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Là était la véritable malédiction du vieil archimage. Son but utopique n’était qu’un rêve aussi candide qu'irréalisable, car les Hommes, au même titre que d’autres peuples, n’apprenaient rien en fin de compte. Ils ne tireraient jamais de leçons du passé, car la mémoire des Hommes se voulait malheureusement plus courte que celles des autres races. Leur mortalité les poussait à courir après les richesses et le pouvoir, à s’entretuer pour trois bouts de terrain et à s’adonner à d’autres bassesses pour des desseins bien éphémères. Bien évidemment, tous n’étaient pas ainsi, et il existait de bonnes personnes parmi eux, cependant ces petites gens se devaient généralement d’obéir à ceux qui causaient du tort.

Et face au vieux mage, qui n’avait pu terminer sa diatribe sous l’émotion, le cœur de la daedhel s’était serré. Les rêveurs devaient toujours supporter ce sentiment frustrant que la réalité leur jetait en plein visage. La noirelfe enlaça Nakor sans attendre, frottant doucement le dos du maître des lieux.

- Ce que vous venez de me dire, murmura la drow à son oreille, il faut que vous alliez le répéter mot pour mot aux elfes. C’est très certainement ce que l’Eäla qui vous a fait face aurait souhaité entendre. S'ils ne seront peut-être pas pleinement satisfaits de votre position, ils seront soulagés et heureux d'entendre ces mots. Ils ne cherchent pas de compassion, seulement de la compréhension.

La noirelfe desserra son étreinte et recula d’un pas, les yeux rivés dans ceux de Nakor.

- J’aime votre utopie, à vrai dire, je la partage en partie. J’aimerai voir un monde non pas seulement en paix, mais plutôt uni. Cependant, le pragmatisme ne me permet pas de me faire d’illusions. Avoua-t-elle dans un sourire triste. Quant à Cécilie, personne ne vous demande de l’apprécier. Je voulais simplement éclaircir un peu la situation. Sa réputation est désormais faite, puisqu’elle sera très bientôt entre les mains du plus grand nombre, mais si je peux l’aider à recouvrir son intégrité mentale, je le ferai. Il est évident qu’elle ne retrouvera jamais sa vie d’avant, ainsi vont les choses.

La noiraude haussa les épaules, ses pensées se tournaient vers l’archimage drow.

- Et Haldren… Quand bien même il aura fait du mal durant sa vie, je ne lui souhaite qu’une chose, c’est de trouver sa voie. J’espère qu’il finira par abandonner ses anciens principes et qu’il parviendra à épouser ceux des anëdhels. J’aime à penser qu’il saura saisir et mériter la chance qui lui a été offerte.

T’sisra resta silencieuse quelques instants, rivant ses mires vers le ciel étoilé. Elle s’assit sur le rempart et croisa les jambes.

- Je ne peux rester très longtemps. J’ai un bateau à prendre d’ici quelques jours, pour la Péninsule, et il ne m’attendra pas. Je tenais à vous annoncer le décès de Jennad, c'est désormais chose faite. Si vous souhaitez aborder autre chose, je suis toute ouïe, dans le cas contraire, je reprendrai ma route.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeMer 20 Fév 2019 - 21:07

Nakor avait vécu de nombreuses choses en un peu plus de six siècles, sa vie n'était même, finalement, qu'une succession de surprises et de moments absolument incroyables mais voilà une nouveauté à laquelle il ne s'attendait pas du tout. Là, sur ces vieux remparts, alors qu'il expliquait sa vision du monde, de la vie, ses échecs, ses craintes les plus obscures, une drow qu'il connaissait à peine le pris en émotion et le serra dans ses bras. Ne comprenant d'abord pas ce qu'il se passait, le vieillard senti les mains gentiment posées dans son dos et la sincérité de la démarche de T'sisra. Il rendit alors cette étreinte en serrant son interlocutrice quelques instants. Son esprit de magicien lui permettait de compartimenter un peu les choses et pendant qu'il gravait dans sa mémoire et sans le vouloir les propos de la drow, murmurés dans son oreille, il se remettait un peu de ses émotions. Il se posait intérieurement aussi la grande question qui lui était venu au moment de ce contact. Depuis combien de temps, quelqu'un ne l'avait-il prit dans ses bras ainsi? Peut-être plus personne depuis environ six cent ans. Celle qui s'était occupée de lui comme une mère lorsqu'il était encore jeune, après le décès de ses parents, était morte alors qu'il n'avait pas encore trente ans. Il avait désormais six cent trente huit ans et s'il avait serré dans ses bras de multiples jeunes gens pour les réconforter, personne ne l'avait fait en retour pour soutenir le vieillard usé qu'il était. Un léger sourire vint s'afficher sur le visage du vieux bonhomme pendant que T'sisra continuait de parler. Et c'est toujours étonné de ce qu'il venait de se produire, que le magicien hocha de la tête.

"Oui, en effet T'sisra, elle ne recouvrera jamais sa vie d'avant totalement. De telles aventures vous changent pour toujours. A elle d'abord et à son entourage proche aussi, de trouver le meilleur chemin à prendre maintenant. Plusieurs routes s'offrent à elle ... mais avec des amis comme vous, son spectre du possible reste large."

Nakor se mit à glousser tranquillement dans son coin. Il fut surpris par ce qu'il entendait enfin à propos d'Haldren, comme si en chaque drow, un tel chemin était espéré? Désiré? Idéalisé? Le temps qu'il y réfléchisse, elle prit place sur le rempart et invita le vieillard à poser ses dernières questions s'il en avait, avant qu'elle ne reprenne sa propre route de son côté. Nakor vint alors poser ses avant bras sur le rempart pour s'y appuyer.

"Je vous réitère mes remerciements T'sisra, pour Jennad et ... et pour tout le reste. Il me reste une question avant de vous libérer de ma compagnie oui."

Il se tourna alors vers elle avant d'assener la suite

"Une drow qui se lie à une troupe étrange pour les aider dans leur quête folle, une drow capable de tenir tête à la déesse de la mort au point qu'elle veuille lui couper la langue, une drow capable ensuite de s'émouvoir auprès d'un vieillard humain borné, une drow capable d'espérer pour les autres le mieux possible tout en adoptant une partie de ma vieille utopie ... c'est stupéfiant! Alors évidemment j'ai une question pour elle : que puis-je faire pour lui venir en aide?"

Nakor était sincère, il était plus que curieux de comprendre ce qu'avait vécu T'sisra pour en arriver à ce comportement si rare chez les gens de son peuple. Mais au delà de sa curiosité naturelle, le magicien se demandait s'il y avait quoi que ce soit qu'il puisse faire pour l'aider à vaincre la malédiction dont elle été frappée. La guerrière avait le droit de garder le silence sur sa vie et la suite d'événements qui l'avaient mené à être la drow qu'elle était, Nakor ne forçait jamais personne à se confier s'il n'en ressentait pas le besoin. Par contre, il avait véritablement envie de lui venir en aide si jamais les minces talents de sa guilde ou de lui-même pouvait y contribuer. Quelle incroyable soirée il venait de vivre!
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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeDim 3 Mar 2019 - 0:53

Hiver, Panahos, huitième ennéade de Verimios, an onze, onzième cycle.


- Vous ne me devez rien Nakor, et je ne voudrais pas vous embarquer dans des histoires… Compliquées. Surtout, lorsqu’elles touchent, comme vous l’aviez dit il y a plusieurs ennéades désormais, aux limites de vos pouvoirs. S’il vous arrivait quelque chose, je ne me le pardonnerai pas.

T’sisra se fendit d’un sourire amusé, et c’est les yeux rieurs qu’elle se redressa, allant poser une main sur l’épaule de Nakor.

- Et c’est un bien joli tableau que vous dressez là. Peut-être un peu trop tout de même. J’en connais certains qui vous chanteraient une toute autre chanson à mon sujet. Souffla-t-elle en pensant à certaines personnes qui avaient croisé sa route. Et ils auraient raison de le faire.

La daedhel haussa les épaules, elle se rappelait tout de ce qui s’était passé ici entre elle et Cécilie. La noiraude avait invité la noblionne à vagabonder dans son esprit sans opposer de résistance.

- La réalité est un peu plus nuancée, voire terne. Je l’avais expliqué à Cécilie, lors de mon premier passage à l’Aurore. Souligna-t-elle en se remémorant cette nuit dans un sourire. Je crois à la conciliation et à l’entente. Je lèverai ma lame pour défendre ceux qui en sont incapables et tendrai une main amicale à quiconque en éprouve le besoin. Cependant, face à la cruauté, j’opposerai l’horreur sans remords ni regret. Il faut un mal pour en combattre un autre, et c’est ce que j’ai choisi de faire.

Elle recula d’un pas, inclinant la tête en guise de salut.

- La vérité, c’est que j’ai été élevée pour la guerre, et que j’ai décidé de la faire à la lie de cette terre, à ces gens qui ne respectent ni la vie, ni le reste. Alors je ne peux me résoudre à vous demander quoique ce soit, car si par malheur il y avait des répercutions à votre encontre ou à celle de votre guilde… Je m’en voudrais. Vraiment.

Ses longues oreilles s’étaient abaissées sur la fin de sa tirade. L’Aurore n’était pas si loin de l’Itrhi’Vaan, et la nécromancienne savait des choses auxquelles sa tante ne souhaitait pas faire face. Et la garce avait des relations à Thaar. Mieux valait faire profil bas afin d’éviter des désagréments à son entourage, d’autant que pour quitter le désert Zurthan, elle avait dû rejoindre une des caravanes en partance du Puy. Son nom avait ainsi refait surface.

- Prenez soin de vous et des vôtres Nakor. J'espère sincèrement que vous parviendrez à vous défaire de votre malédiction et... Qu'un jour, lorsque ma vie sera un peu moins tumultueuse, nous puissions nous rencontrer à nouveau dans de plus joyeuses circonstances. Conclut T'sisra dans un sourire presque candide.
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MessageSujet: Re: Les maudits. (Nakor)   Les maudits. (Nakor) I_icon_minitimeDim 31 Mar 2019 - 20:10

La magicienne drow se livra un peu en donnant un début d'explication à ce qu'elle était, ce qu'elle avait surtout décidé d'être et finalement, Nakor y trouva de quoi sourire avec vigueur. Lui-même, alors allié absolu des forces de la lumière, avait passé sa vie à se battre sans jamais hésiter une seule seconde à entrer en guerre et à déchaîner des pouvoirs toujours plus grands aux fils des siècles. Il était persuadé que les forces du bien ne pouvaient pas se permettre d'être mollassonnes et faiblardes. Il leur fallait être ouverts, accueillants, avoir l'incroyable énergie que demande le pardon et la confiance mais ils ne devaient certainement pas être faibles. Il fallait savoir se défendre et surtout défendre les autres. Une image bien loin des poncifs habituels. Il posa alors gentiment sa main sur celle de T'sisra en la tapotant avant de prendre la parole très sérieusement

"Je vais m'y atteler du mieux que je peux, pour les miens et pour moi-même aussi. Merci pour votre sollicitude! Jusque là, je vous demande de faire attention à vous et nous prenons l'un l'autre un rendez-vous pour un avenir apaisé et favorable."

Nakor s'inclina et prit congés de sa compagne du moment. Il n'avait jamais spécialement aimé les au revoir qui durent trop longtemps. Une fois le temps venu de se séparer, il ne restait pas plus que nécessaire. En six cent trente huit ans, il en avait vécu des séparations, plus ou moins amicales. Ici, c'était bien une amie qu'il laissait repartir. Il devait faire organiser une cérémonie pour Jennad et voir si Alfirin était revenu de sa mission chez les elfes.
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