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 [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.

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T'sisra Do'ath
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MessageSujet: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeDim 21 Avr 2019 - 4:35

Hiver, Tariho, septième ennéade de Karfias, an douze, onzième cycle.


Les premiers rayons du soleil dardaient à l'horizon et tiraient la campagne soltarii de sa torpeur matinale. La daedhel, à l’ombre d’un des bosquets éloignés des routes empruntées par les pèlerins depuis plusieurs jours désormais, grignotaient les provisions que lui avait récemment amenées Orso. De son campement de fortune, elle pouvait au moins distinguer les toits des habitations de Bellogno. Et le jeune homme, quant à lui, devait très certainement se prélasser dans un des bons lits de l’auberge, bien moins inquiet de la suite des événements que ne pouvait l’être la noiraude.
Car la journée n’avait pas commencé, qu’elle en avait le ventre déjà noué et peinait à avaler son déjeuner déjà bien frugal. Le grand jour était enfin arrivé, elle l’avait espéré autant que craint, voire plus car la dernière fois cela avait été une hécatombe. Cependant, il faudrait encore attendre toute la journée que le soleil ne décline pour s’approcher du village, et son acolyte devait absolument retrouver Ansèlme afin qu’ils puissent se rencontrer à nouveau.

Orso, la tête en vrac et les yeux à peine ouverts, avait daigné sortir de sa chambre pour somnoler au-dessus de son déjeuner. Il savait bien que ce jour était important, mais comme à son habitude, le jeune soltarii prenait les choses avec une légèreté et distance dont lui seul était capable.
Un peu moins d’une heure plus tard, le voilà qui mettait enfin le pied dehors. Il s’avançait vers la place, où des hommes frappaient le bois à grand renfort de maillets. L’on y érigeait une petite estrade sous l’œil expert d’un homme d’Église; le prêtre du village très certainement. Et lui aussi devait avoir le ventre noué, sachant que ce soir se tiendrait la veillée qui marquerait la fin du pèlerinage, ici même, au sein de Bellogno.

- Viens donc m’aider l’jeunot !

Orso se retrouva la seconde suivante avec une caisse de cierges dans les bras. L’homme lui fit signe de lui emboîter le pas, tandis que ce dernier s’emparait d’une autre caisse. Tous deux rejoignirent les ouvriers qui s’attelaient à la construction de l’estrade pour y déposer leurs cagettes. L’homme était un fermier et s’était porté volontaire pour aider l’Église. Il y voyait là un moyen de parfaire son pèlerinage, car il avait eu un fils emporté par le grand hiver, depuis lors la religion avait pris plus d’importance dans sa vie.
Aussi, tous deux passèrent le reste de la journée à se raconter des histoires et des rumeurs, des anecdotes et des contes venus d’ailleurs, tout en participant à l’organisation de la veillée.

Le soir venu, Bellogno était noir de monde. Orso naviguait entre des péquenauds autant que des bourgeois, et si ce matin encore il prenait les choses à la légère, à mesure que le soleil disparaissait à l’horizon plus il se demandait comment sa comparse allait s’en sortir face à cette foule de péninsulaires. Tous ici n'était pas forcément aussi ouvert d'esprit que lui. Il continua de fendre la foule en direction d'un viel et vénérable homme qu’il pensait avoir reconnu, autant par sa stature écornée par l'âge que par les paladins qui le suivaient : Ansèlme.

- B’soir ! J'suis bien content de vous voir, c'est que j'espérais vous trouver. Notre amie... En commun... Elle est pas loin !
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeDim 28 Avr 2019 - 8:47

Anselme le Vieux

Anselme sentait, en ce jour plus que jamais auparavant, le poids des ans sur ses épaules.

On l’avait fait haut-prêtre en pariant sur sa mort rapide et, vexé, il avait promis à la Déesse de la servir « vingt années et plus » ; il savait, depuis qu’il avait posé son regard sur Son Vaisseau, que la Voilée ne le laisserait pas partir avant qu’il eût tenu parole.

Le regard qu’il darda sur Orso quand ce dernier vint l’interpeller trahissait toute la fatigue qu’il pouvait ressentir tandis que se dessinait enfin la conclusion du pélerinage qu’il avait organisé au pied levé, en quelques jours à peine, et auquel il avait pris part contre l’avis de ses amis, conseillers et médecins.

« Dans ce cas, guide-moi à elle, » lui ordonna-t-il sans prendre la peine de le saluer. S’il savait, sa fonction l’obligeant, faire montre d’autorité quand les circonstances le lui demandaient, il avait ici vaguement conscience de son manque de civilité. L’anxiété des événements à venir l’empêcha cependant de le reconnaître. D’un geste, il demanda à ses suivants de ne pas lui suivre, puis il emboîta le pas de son jeune et bavard guide, le cœur lourd.



Dernière édition par Mémoire le Sam 22 Juin 2019 - 11:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeMar 30 Avr 2019 - 16:26

Hiver, Tariho, septième ennéade de Karfias, an douze, onzième cycle.

Le jeune homme fit signe à l’ancêtre de lui emboîter le pas. Le bougre le menait vers l’arrière de la taverne du village, alors que les rayons du soleil s’éteignaient un à un derrière l’horizon. Orso lui racontait des choses qui n’intéressaient pour ainsi dire que lui-même, il était là question de rencontres à Bellogno, de nouvelles amitiés et de serveuses aux arguments physiques indéniables. Autrement dit, des sujets de discussion qui n’étaient plus de l’âge d’Ansèlme et très surtout loin de ses préoccupations du jour.
En passant l’angle de la bâtisse, ils débouchèrent une dans une arrière cour insalubre où les attendait la daedhel encapuchonnée. L'endroit sentait mauvais, puisqu'on y jetait souvent les pots de chambres et tout ce qui avait pourri.

- Je suis heureuse de vous voir Ansèlme, si vous saviez ! Lança-t-elle sans pouvoir dissimuler le sourire qui se dessinait sur ses lèvres.

La daedhel sentait son ventre se dénouer un peu, au vu de la situation, la présence du haut-prêtre était apaisante. En revanche, elle n’en menait pas large pour autant. Elle avait vu des choses qui donnerait des cauchemars à tous ces gens pour des années, mais ce soir c'est elle qui avait la peur au ventre.

- Comment allez-vous ? Vous semblez fatigué. Je peux, peut-être, faire quelque chose ?

Sans même reprendre son souffle, elle continua sur un ton plat, qui pourtant trahissait bien de son appréhension.

- Orso m’a aidé à traduire ce que je souhaitais raconter ce soir, mais si vous avez un conseil, je suis preneuse. Je ne vais pas vous mentir… Mon estomac est un inextricable sac de nœuds.
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeMer 8 Mai 2019 - 21:18

Anselme le Vieux

À la voir sourire quand il s’approcha, Anselme eut presque du mal à la reconnaître. Ils ne s’étaient plus vus depuis cette fameuse soirée où Orso l’avait conduit jusqu’à elle ; c’était le jeune homme qui, par la suite, leur avait servi d’intermédiaire. Pour leurs retrouvailles, il ne s’attendait pas à trouver dans ses traits tirés par la fatigue et l’anxiété une forme de candeur dont il n’avait pas eu l’occasion d’être témoin avant.

Après tout, nous sommes dans le même bateau, songea-t-il et son trait d’esprit, pour fumeux qu’il fût, lui arracha un rictus amusé.

Il allait pour répondre quelque chose, mais la Do’ath ne lui en laissa guère l’opportunité. Déjà, elle commentait sa mine, s’inquiétant de le voir voûté par la fatigue. Il était en train de lever sa sénestre, quelques mots rassurants sur le bord des lèvres, mais une fois de plus elle le coupa pour lui confier ses craintes. Il laissa donc retomber son bras le long de son corps, haussa ses sourcils broussailleux et attendit quelques secondes afin de s’assurer qu’elle n’avait pas une dernière chose à ajouter.

Quand il fut à peu près certain qu’elle en avait fini, il poussa un léger soupir et commença à caresser pensivement sa barbe.

« T’sisra, la salua-t-il et ses lippes se tordirent en un fin sourire tandis qu’il posait son regard sur elle, je ne pensais pas vous retrouver dans cet état… » Il coula un regard dans la direction de la foule qui commençait à se masser non loin d’eux. « Pourtant, qui ne le serait pas à votre place ? »

Il lui était si simple d’oublier que la femme en face de lui était une daedhelle, à qui les croyances populaires prêtaient un sang noir et des croyances abjectes. Anselme était vieux, ce n’était un mystère pour personne ; il avait passé sa vie à craindre les Puysards. T’sisra n’était en rien comme les monstres qu’on lui avait dépeints.

« Je ne pense pas avoir quelque chose à vous dire qui rende votre tâche plus facile… » ajouta-t-il avec un regard désolé. Ce n’était pas qu’il n’avait rien à dire ; simplement, ses réflexions ne pouvaient qu’apporter un peu plus de confusion à son interlocutrice. « Vous avez bien amené la fiole ? »

Il savait sa question stupide, mais n’avait pas pu s’empêcher de la poser tout de même.

« Dans tous les cas, n’ayez aucune crainte, se sentit-il obligé d’ajouter. Nos paladins ont reçu comme instruction de vous protéger. »



Dernière édition par Mémoire le Sam 22 Juin 2019 - 11:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeSam 11 Mai 2019 - 3:17

Hiver, Tariho, septième ennéade de Karfias, an douze, onzième cycle.

Les paladins avaient ainsi reçu l'ordre de la protéger. Elle ne savait dire si cela se voulait rassurant, ou au contraire très inquiétant. Dans l’idéal, elle espérait réellement qu’il n’y ait aucun heurt, aucun mouvement de panique ou quoique ce soit d’autres qui puisse blesser quelqu’un. Et de toute manière, si les choses se déroulaient comme elle le prévoyait, les paladins comme la foule auront leur attention tournée vers une entité autrement plus impressionnante qu’une simple drow de passage.

- Ne vous en faites pas, la fiole ne me quitte jamais. Confirma-t-elle dans un sourire. Jamais.

T’sisra prit une profonde inspiration, son regard suivant celui du haut-prêtre en direction de la foule qui s’amassait à quelques mètres de là, en direction du centre de Bellogno. L’astre diurne s’étant couché, l’heure était à la veillée. Certains des jeunes pupilles commençaient d’ores et déjà à distribuer des cierges dans les rangs des pèlerins, les discussions quant au déroulement de sa soirée se faisait à voix basse. La foule semblait bourdonner dans le calme.

- T’as bien le papelard ? Intervint Orso en tapotant l’épaule de sa comparse en guise de réconfort. Tu l'as pas oublié mon papelard ?

- Je l’ai, je l’ai. Répondit la drow en extirpant un bout de papier sale de sa besace, bien usé et sûrement gratté plusieurs fois déjà. Mh… Au cas où j’ai un trou, fit-elle à Ansèlme en soupesant le bout de vélin, c’est phonétique, mais je devrais m’en sortir. La noiraude marqua un temps d’arrêt et tira un peu plus sur sa capuche, se sentant bien à l’abri sous le confort de l'anonymat. L’acuité visuelle nocturne des Hommes et la pénombre joueront en ma faveur, au moins quelques instants, je l’espère. Enfin… Il est temps de se lancer.

Et sur ces mots, fendant la foule sans faire de vague, ils se faufilèrent jusqu’à l’estrade trônant au milieu de la place. Orso s’était planté aux côtés d’un des paladins proche des marches de bois que la noiraude venait d’emprunter à la suite d’Ansèlme.

Depuis l’estrade, il lui sembla que le sol se dérobait sous ses pieds, et pourtant, elle entendait bel et bien les planches grincer sous son poids à chaque pas. Depuis le couvert de son capuchon, elle observait toutes ces silhouettes qui s’étaient tues à la vue du plus haut représentant du dogme. Jetant un œil à l’homme d’église, elle attendait, en déglutissant avec difficulté, un signe ou bien l’absence d’indication pour commencer son office. Elle espérait pouvoir commencer sans traîner, tant que la foule était encore calme.
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeSam 22 Juin 2019 - 11:48

Anselme le Vieux

« La pénombre… et le désamour que nourrit la Voilée à l’égard feu », compléta Anselme en esquissant malgré lui un sourire amusé. Pendant des années, Ses prêtres avaient eu tendance à négliger ce fait, mais quelques mots sibyllins de la gardienne avait suffit à les convaincre que le confort d’un foyer ne valait pas de risquer Son ire. Aussi, il n’y avait ce soir-là à Bellogno ni torches ni braseros pour écarter les voiles sombres de la nuit qui s’annonçait. Anselme n’ignorait pas que l’oreille attentive qu’il prêtait à la Noblegriffon n’était pas du goût de tous à Soltariel. Personne n’oubliait les torts que la Serramiroise avait causé par le passé et les rumeurs qui avaient couru à son sujet quelques années plus tôt. On l’avait déclarée déchue, désavouée par la Voilée même. De cette période troublée, le haut-prêtre ne savait que penser… mais ce qui s’était passé à Diantra ne lui laissait aucun doute sur la réalité du statut de la gardienne.

Loin de partager ses réflexions, la Do’ath se mit en mouvement ; il pouvait aisément comprendre pourquoi et ne chercha pas à retarder plus encore le dénoument de cette étrange épopée qui était la sienne. Il lui emboîta donc le pas, s’arrêtant cependant au pied de l’estrade pour laisser la scène toute entière à T’sisra. Leurs regards se croisèrent et il esquissa un sourire.

Le moment est venue, petite, de lever le voile sur les jeux étranges de la Voilée, songea-t-il avant de se tourner vers l’audience de la daedhelle. Il se racla la gorge, puis alpagua la foule et c’était comme si le poids des années glissaient de ses épaules. « En cette nuit particulière où s’achève notre pèlerinage, Tyra nous bénit de la présence de l’une de Ses servantes, énonça-t-il avec force. Sur Son ordre, elle a voyagé des confins du monde connu pour nous rejoindre ce soir. »

Ses mots, enrubannés des mystères et des secrets qu’il n’avait pas lui-même décryptés, agitèrent ses ouailles… qui finirent pourtant par se réfugier dans un silence pesant, non sans darder comme un seul mortel des prunelles lourdes de leurs questions vers la gardienne de Sa fiole.

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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeJeu 1 Aoû 2019 - 8:03

Hiver, Tariho, septième ennéade de Karfias, an douze, onzième cycle.

Ansèlme avait attisé la curiosité de la foule en quelques mots seulement. La daedhelle n'en n'avait pas compris un seul, puisque, ne maniant que très peu la langue des hommes, ou ce patois suderon, elle n’aurait su le dire, cela rendait les choses encore plus difficiles. En revanche, elle constatait à quel point le Haut-Prêtre n'avait besoin d'aucune divinité pour accomplir des miracles : La foule s’était faite silencieuse.
Déjà T’sisra sentait ses jambes lui faire défaut face à tous ces suderons dont les mires étaient braquées sur elle. Son ventre noué lui semblait devenir une boule compacte et assez lourde pour lui peser sur les poumons, si bien qu’aucun son n’avait franchi ses lèvres alors qu’elle essayait pourtant bien d’articuler. D’une main tremblotante, elle levait le bout de vélin sur lequel son comparse avait inscrit la traduction phonétique de ce qu’elle souhaitait dire aux ouailles du Haut-Prêtre. La noiraude avait pourtant déjà vécu des situations bien plus périlleuses, pourtant, elle était terrifiée.

- B-bonsoir… Finit-elle par lâcher avant de se racler la gorge et plisser les yeux pour discerner au mieux l’écriture en pattes de mouches d’Orso. Je... Bonsoir.

La daedhel prit une profonde inspiration, bien décidée à se lancer. De toutes les manières, ce qu’elle s’apprêtait à dire lui semblait être la meilleure des solutions. Bien qu’en premier lieu elle avait eu l’intention de déballer tout ce qu’elle avait appris concernant la situation des Souffles, la noiraude avait préféré faire machine arrière. Une entrée pareille en la matière aurait été comme leur mettre un couteau sous la gorge, et elle souhaitait que leur foi soit sincère et non motivée par la crainte. Ainsi, avec un accent à couper au couteau, la noirelfe se lança enfin.

- Il y a maintenant un peu plus d’un an, après avoir été témoin d’un phénomène de hantise, j’ai entrepris un voyage qui m’a menée jusqu’aux confins des terres stériles. Je n’ai pas été seule très longtemps, car d’autres avaient été mis sur cette voie par des événements presque similaires. Ensembles, nous avons rallié un lieu par delà le désert Zurthan que l’on appelle « Portes de la Mort ». La noiraude marqua une courte pause, levant les yeux de son texte pour jeter un œil aux silhouettes composant la foule toujours silencieuse. Nombreux et confiants au départ, nous n’étions plus que quatre au retour. Ce que nous avons vu, entendu et compris, certains l’ont payé au prix fort.

T’sisra jeta un œil à Ansèlme, elle serrait la fiole dans son poing. Bientôt, elle l’espérait, la déesse devra tenir sa promesse.

- Je suis venue jusqu’ici afin de restaurer ce qui s’est abîmé. Je vous épargnerais les sermons et les conseils que vous avez, peut-être, l’habitude d’entendre. Je vais simplement vous montrer. Mais avant, et afin de célébrer la fin de ce pèlerinage, j’aimerais que nous prenions un instant, rien qu’un, et que nous rendions un hommage à ceux qui nous ont quittés. L’intention était sincère, en ce moment même, la noirelfe en avait l’envie. Nous avons, pour la plupart d’entre nous, connus une année très difficile, nous avons perdu un parent, un frère, une sœur, un enfant ou même un ami, que ce soit dans les guerres et les conflits récents, à cause de la maladie ou durant ce grand hiver qui de mémoire d’Homme n’a jamais eu d’égal. Croyez-moi, ce soir, c’est à eux qu’il faut penser.

Son plaidoyer terminé, la drow, comme tous les autres, rendait hommage aux défunts par son silence. Elle qui, il y a encore quelques mois, n’avait jamais perdus d’êtres chers, elle ne pouvait s’empêcher de repenser aux visages de ses compagnons de voyages disparus. Qu’importe si elle s’était fourvoyée aujourd’hui, car elle n’avait plus de chemin à parcourir désormais. Relevant les yeux sur la foule silencieuse, elle distinguait dans la pénombre quelques visages méditatifs au premier rang, des regards lourds de peine et des proches qui semblaient se soutenir les uns les autres. Nul doute qu’ils avaient tous eu leur lot de chagrin ces dernières années. L’Amour est aussi douloureux qu’agréable. Tout le monde en veut, tout le monde en souffre, même les dieux.

Avec un dernier regard pour Ansèlme, elle desserra le poing. Il était temps de faire table rase du passé et des torts de chacun.

- Oubliez leurs erreurs, marmonnait la daedhel en observant la fiole, ils oublieront les griefs qu’ils ont à votre encontre. Ayez foi en eux, ils feront de même pour vous. Il est grand temps de restaurer ensemble ce qui a été abîmé. Tenez votre promesse et venez à leur rencontre, Tyra.

D’un geste fatigué, la noiraude laissa la fiole lui filer entre les doigts. Des yeux, elle suivait son inexorable chute qui la briserait contre le plancher de l’estrade.
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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeDim 24 Nov 2019 - 16:22

Anselme le Vieux

Les premières paroles de la Do’ath laissèrent perplexes ceux qui étaient venus l’écouter. Elle parlait de contes et de légendes, des confins du monde et d’autres lieux qu’ils ne connaissaient pas ; ses mots étaient ceux d’une barde, mais sa voix celle d’une étrangère et son intonation empreinte de doutes. Son histoire était celle d’une compagnie de héros, mais leurs exploits demeuraient brumeux. Devaient-ils la remercier ? L’acclamer ? Ces questions agitèrent la foule, comme un frisson la peau un crépuscule d’hiver. Les uns se tournaient vers les autres, les lèvres lourdes de leurs interrogations communes.

Entendant cela, Anselme émit un claquement de langue réprobateur, sans qu’il fut clair pour ceux qui l’entendirent comme pour lui à qui il le destinait. De la logorrhée de la daedhelle, le vieux prêtre n’avait cure ; c’était la fiole qui l’obsédait. Plusieurs fois, il avait caressé l’idée de s’en saisir pour lui-même et son culte, sans plus de considération pour sa gardienne. Quelques sagesses glanées au fil des ans l’en avaient empêché, mais jusqu’au dernier moment les litanies du Prisonnier l’avaient tenu éveillé jusque tard après que le soleil se fût retiré. Encore en cet instant où la lune avait trouvé son chemin jusqu’au sommet du ciel, un Chant le poussait à mettre fin à cette mascarade et se saisir de ce don de la Voilée.

« Montre-leur, » souffla-t-il dans les poils hirsutes de sa barde. Et le haut-prêtre d’ajouter, plus faiblement encore : « Montre-moi. » La Do’ath choisit ce moment-là pour chercher son regard et le visage qu’il lui offrit était fermé. Il en nourrit quelque culpabilité, mais tandis que la daedhelle parlait, le vieux Suderon avait l’impression qu’il était celui qui progressait à tâtons au bord d’un précipice. C’était là un sentiment étrange que de se découvrir suspendu aux actions d’une autre, surtout cette autre. S’il s’était découvert une affection étrange pour cette pèlerine d’un genre étrange, il ne pouvait oublier ni d’où elle venait, ni le sang que ses veines charriaient. Ce monde est étrange, avait-il un soir songé en se remémorant sa rencontre avec la mercenaire, ce qui est noir se déguise parfois sous des traits clairs et ce qui est clair se laisse par trop souvent charmer par des promesses bien noires…

Un nouveau sentiment étrange s’abattit sur la Grand-Place de Bellogno lorsque T’sisra évoqua « ce qui avait été brisé », sans s’embarrasser de plus de détails. Des atermoiements de la Voilée, Ses prêtres n’avaient que peu fait état ; Anselme, cette fois, ne réagit cependant pas, car s’il savait ce qu’il devait à la daedhelle et ses compagnons, il savait aussi que jamais il ne louerait leurs exploits. Il n’avait que l’oubli à leur offrir et c’était un opprobre bien injuste pour qui avait sauvé le repos des Souffles.

Troublés, les Pentiens se plièrent pourtant à l’injonction de recueillement qui leur était formulé, encouragé sans doute par l’attitude des prêtres qui les avaient accompagnés sur les routes boueuses et froides du duché. Ils avaient été nombreux à participer à ce pèlerinage étrange, à commencer par le premier d’entre eux. Sa santé l’avait empêché de se mêler aux communs, mais Anselme avait tenu à marcher en tête de cortège au moins une fois par jour. La fiole… ! songea Anselme tandis qu’autour de lui, les Souffles des pèlerins se tournaient vers les voies de Son royaume. Il ne vit pas leurs épaules se relâcher, pas plus qu’il ne s’intéressa à la mélancolie qui trouvait son chemin jusqu’à leurs traits. Il ne pensait qu’au miracle incarné qu’était cet objet d’un autre monde que la Do’ath transportait ; dans quelques secondes, la daedhelle la briserait.

T’sisra darda sur lui des prunelles résolus et il retint son souffle.

Elle tendit le poing dans sa direction et il lutta contre le Chant du Prisonnier qui le poussait à accourir pour recevoir dans ses mains jointes ce qui jamais ne lui avait été destiné.

Elle desserra les doigts et la lumière de la lune se refléta sur la surface lisse et étrange de l’artefact.

Tandis que la terre de l’Aînée appelait à elle la fiole de la Voilée, le haut-prêtre se souvint d’une discussion qu’il avait eu avec Son Instrument, quelques jours après que la gardienne eût pris ses quartiers dans les tréfonds du grand temple de Soltariel. « Ses promesses sont des leçons qui, enrubannées pour flatter les Chants que le Prisonnier fredonne à nos Souffles, toujours nous apprennent à nous en méfier. » Qu’avait promis Tyra à la daedhelle T’sisra Do’ath ? De galvaniser la foi de ceux qui ne croient plus, se remémora-t-il et son cœur manqua un battement. Et le haut-prêtre, pendant la fraction d’instant qui le séparait de la destruction de la fiole, de se demander quelle leçon cette promesse-ci cachait.

Katalina Noblegriffon

Son cœur était lourd et si ses joues étaient sèches, son Souffle pleurait, car elle savait ce qu’Anselme le Vieux ignorait.

Telle une Spectre de la Voilée, Katalina Noblegriffon s’était introduite jusqu’au cœur de la veillée de Bellogno. Silencieuse dans une foule bruissant de rumeurs et de murmures, elle avait tendu l’oreille aux mots de celle qui, comme elle, était une gardienne de Tyra. Elle s’était demandé si elle avait un jour était si naïve, car elle avait cru déceler dans la voix de la daedhelle et malgré la peur et malgré l’angoisse une candeur surprenante. T’sisra Do’ath avait risqué sa vie dans les terres stériles, jusque dans les limites de Son royaume ; elle avait été témoin de Sa puissance et il semblait à la gardienne que la noirelfe s’attendait à ce que les protégés de l’Enfant vécussent semblable expérience.

Il n’en serait rien.

Au moment où la fiole qui obsédait tant le haut-prêtre Suderon se rompit, les échos de ses compagnons pleurant les amours qu’ils avaient perdues devaient peut-être l’induire en erreur, d’autant que, obéissant aux commandements de sa maîtresse, Katalina invoqua Ses dons ; les larmes, plutôt que de se répandre au sol, s’envolèrent vers le ciel et se multiplièrent et se divisèrent et dansèrent au rythme des suppliques qui envahissaient la Grand-Place. Cette mise en scène étrange arracha aux badauds des cris plein de stupeur, mais elle ne dura qu’un temps bien court ; la magie, très vite, déserta Bellogno.

Alors, Katalina s’avança et son pas était lourd comme les regrets qui étouffaient son cœur. Elle se fraya un chemin jusqu’à l’estrade, jusqu’à Anselme et jusqu’à T’sisra et à cette dernière, elle dit ces quelques mots : « Aux ordres de la Voilée, tu as obéis avec diligence ; autour de toi, tu as réuni des croyants égarés, tu leur as parlé et à ceux qui ne croyaient plus, à ceux qui doutaient, à ceux qui lui refusaient ce qui lui revenait de droit, à eux et à eux seuls elle est apparue ainsi que tu le voulais.

» Ils ne douteront plus, désormais, ajouta-t-elle avec une douceur dérangeante, car ils n’ont plus le Choix. Leurs Souffles sont avec Elle ; d’eux, ils ne restent plus que la Foi que tu voulais leur insuffler. »

Ils étaient quelques dizaines derrière elle qui pleuraient, extatiques et euphoriques, le cœur gonflé de joie après ce qu’ils avaient vu. La gardienne doutait qu’ils pussent survivre plus de quelques jours dans cet état, car rien ne pourrait plus jamais les rassasier.

Pour T’sisra, c’était comme si la Voilée se présentait devant elle une seconde fois.

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T'sisra Do'ath
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T'sisra Do'ath

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MessageSujet: Re: [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas.   [An XII] Le chemin de le foi ne requiert que le premier pas. I_icon_minitimeMar 3 Déc 2019 - 2:10

Hiver, Tariho, septième ennéade de Karfias, an douze, onzième cycle.


Ses yeux suivirent les larmes s’envolant dans le ciel nocturne. Dans l’air planait une sensation qu’il lui semblait déjà connaître, pareille à son souvenir des Portes de la Mort. Ça n’avait duré qu’un instant, très court. Trop peut-être, puisqu’elle ne la voyait nulle part. Tout du moins jusqu’à ce qu’elle l’alpague, là, fendant la foule dans sa direction.

« La Voilée », « à eux seuls elle est apparue ». Pourtant celle-là, qu’elle avait vu aux Portes de la Mort était bien ici devant elle, au milieu de tous. Et pourtant, on lui annonçait que seuls les fidèles avaient vu la déesse. Ce qui ne laissait plus qu’une question valable : « À qui avait-elle à faire ? ».
La noirelfe secoua la tête, l’air un brin déçue. Non pas d’avoir le sentiment d’avoir été flouée sur l’identité de son interlocutrice, mais plus par l’incompréhension de sa position.

- Si elle pense que je voulais leur insuffler une quelconque foi, elle se trompe. Je souhaitais simplement qu’elle, tout comme eux, se tendent la main. Le pardon peut raviver la foi, c’est tout ce que j’avançais. Confia-t-elle avec un regard pour Ansèlme qui lui semblait ne plus savoir où il était. J’espère que… Que les choses iront mieux désormais.

Se fendant d’un sourire sous sa capuche, elle recula d’un pas pour se détacher de Katalina et des prêtres. Orso lui faisait des signes depuis l’escalier permettant de monter sur l’estrade.

- Faut pas qu’on tarde, tout le monde est bien trop occupé pour s’attarder sur ton cas.

Le jeune homme avait raison, au vu de la stupéfaction de la populace et de la curiosité des uns quant à la réaction des autres, le moment était propice à la sortie discrète.

- Transmettez mes adieux à Ansèlme, dites lui que… J’ai été très heureuse de le rencontrer. Et, je vous en prie, faites comme si je n’avais jamais été là, ou faites en sorte qu’on m’oublie. Que le Culte reprenne tout ceci à son compte, ce sera mieux pour tout le monde.

Orso se mit à tirer la daedhelle par le bras, qui lui emboîta le pas sans opposer de résistance. Passant sous le nez de l’un des paladins plus occupé à essayer de réaliser ce qui venait de se passer qu’à les surveiller, les deux aventuriers s’engouffrèrent dans l’une des ruelles de Bellogno pour mieux s’enfoncer dans la nuit et disparaître.
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