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 Un rude retour chez soi | Clémence et Andran

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Andran Straggen
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MessageSujet: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMar 17 Déc 2019 - 16:56

Oglicos 7 de la Première Ennéade de Bàrkios,
Second mois d'automne de l'An XVII du Onzième Cycle,
Cantharel, Marquisat de Sainte-Berthilde,
avec Clémence HADJAOUI.


Lourd, pesant, oppressant… les mots ne manquaient plus pour décrire le voyage du retour. De Diantra à Cantharel, ni Andran, ni Clémence n’avait cherché à rompre ce silence lourd qui les animait depuis leur dispute. Préférant éviter les maladresses et les pleurs, le chevalier ne voulait pas précipiter le déclin de cette relation. Il était toujours amoureux, et perdre Clémence serait un véritable coup de massue sur son cœur. Il était prêt à tout pour reconquérir sa belle, mais il avait besoin d’attendre le retour chez lui. Ses amis pourraient l’aider à reprendre confiance, et il avait évidemment besoin d’un cadre fixe.

Ils arrivèrent à Cantharel dans le milieu d’une journée ternie par les nuages sombres du ciel. Ce retour dans ses terres natales soulageait Andran, qui avait longtemps souhaité revoir ses frères d’armes, notamment depuis sa dispute. Néanmoins, ces retrouvailles ne suffisaient pas à voiler ces tragiques bévues à Diantra. Sa mine demeurait sombre, et celle de Clémence ne devait pas être bien gaie non plus. L’Inquisiteur ne pouvait pas mentir, et il ne savait même pas le faire. Nombre de ses amis avaient compris que quelque chose clochait rien qu'en voyant sa mine basse. Andran passa tout de même de longues minutes avec ses frères d’armes, écoutant les nouvelles et récits des uns et des autres. Certains d’entre eux n’étaient pas présents, mais une bonne moitié était avec lui. Pour une fois, il se sentit à l’aise, et plus détendu. Il pouvait enfin oublier ne serait-ce que quelques minutes sa dispute avec Clémence.

« Andran. Nous sommes tous heureux que tu sois revenu, mais je dois te rappeler tes obligations à Eyroles. » dit finalement Reold, d'un ton neutre, après quelques minutes passées à discuter.
« Oh, oui… Je n'y songeais plus. Spahi doit s'inquiéter de ne pas recevoir de courrier depuis mon départ. » commenta Andran, qui serait sûrement heureux de revoir son ami.
« Cela n'a pas empêché le p'tit Royce de nous harceler de courrier. » ajouta Korm, ironiquement las.
« C’est vrai. Je partirai demain, le temps de se reposer un petit peu. La mer saura sûrement apaiser mes tourments. »
« Que s’est-il passé ? J'ai croisé Clémence tout à l'heure, et elle avait une mine délétère ! Et nous voyons tous très bien que tu ne vas pas mieux. »
« Nous nous sommes… disputés, avec Clémence. J’ai eu des mots… durs à son égard. Pour ne pas dire infâmes. »
« Rien ne t'oblige à en parler, mais… nous serons là si tu en as besoin. »
« Merci, mes frères. »
« Nous ne sommes pas toujours de bon conseil, surtout pour ce qui est d'une jeune femme qui vient de si loin, mais nous ferons de notre mieux. Cela dit, ne t'en sens pas obligé. Tout le monde a droit à son jardin secret, surtout en ce qui concerne les femmes. Mieux vaut te laisser seul avec Reold d'ailleurs. »

Les chevaliers quittèrent tour à tour la grande salle à manger. Seuls restèrent Reold et Kolgrim : ceux qui avaient suivi leur relation depuis le début en somme. Avec une lueur d’hésitation, Andran finit par raconter le déroulement de la soirée de son début jusqu’à son terme, puis le lendemain qui a suivi. Il n’omit aucun détail, ni la tenue de Clémence qui la gênait, ni le baiser avec la langue, ni les histoires qu’elle lui avait raconté… et encore moins son coup de colère répondant brutalement à sa maladresse. Il évoqua même le lendemain où ils avaient pu échanger calmement, sans pour autant arranger la situation.

« Hé beh… rappelles-moi de ne jamais chercher le conflit avec toi… Bon sang, qu’est-ce qui t’a pris ?! » s'exclama Reold sur le ton du reproche.
« Je n’aime pas me sentir attaqué dans ce que je suis. Tout est allé si vite… j'ai complètement perdu le contrôle. » répondit honteusement Andran.
« Et depuis, vous ne vous êtes pas reparlé ? Heureusement qu'Elise est là… ou pas d'ailleurs. » commenta Kolgrim, qui était resté silencieux jusqu'à maintenant.
« Elle n'a pas la langue dans sa poche. Si Clémence croit que votre relation touche à sa fin, Elise le fera savoir. » souligna Reold.
« Sans parler de ma relation… Clémence pourra certainement trouver du réconfort dans les bras de son amie. » ajouta l'inquisiteur, qui fixait le sol en priant silencieusement de ne pas entendre des mots qu'il n'est pas prêt à subir.
« Parler de cela vous fera du bien à tous les deux, surtout si vous savez où sont vos torts… pour peu que le sien équivaut au tien. »
« Proposes-lui de te suivre jusqu'à Eyroles. Si elle accepte, c'est un autre motif d'espoir. Elle a bien procédé à sa nomination ? »
« Oui… on s'est disputé la veille de ce jour. Je crois qu'il faut que je trouve un lieu propice à une discussion importante. »
« Et vite ! Plus tu laisses le temps filer, plus l'espoir s'éteint. »

Andran soupira longuement. Ce n'était pourtant pas la première fois qu'il était en froid avec Clémence. Certes, jusqu'à maintenant ce n'était que des malentendus qui n'arrêteraient pas des adolescents, mais ils étaient toujours passés outre. Le chevalier était toujours amoureux, et il ne voulait pas s'abandonner au désespoir de perdre Clémence sans tout mettre en œuvre pour la reconquérir. Mais, cette fois-ci, il ne demanda pas conseil à ses frères d'armes. Il voulait se débrouiller seul, parce que lui seul devait obtenir le pardon de sa belle. Fini, le temps où Andran se comportait comme un enfant, demandant conseil à tout-va pour obtenir des réponses. Désormais, il était temps de se comporter comme un homme : s'il l'aimait, il lui incombait alors de prendre le taureau par les cornes.

« Vous avez raison… comme souvent. Je trouverai bien un lieu où je pourrai lui parler à cœur ouvert. »
« Ne te précipites pas non plus, Andran. Le moindre faux pas sera le dernier. »

Sur ce dernier conseil, l'inquisiteur de l'Ordre se leva, et se dirigea à tâtons vers la chambre qu'il avait donné à Clémence. Nul doute qu'elle s'était réfugiée dans ce seul endroit où elle était tranquille. C'est dans cette pièce qu'elle discutait souvent avec son amie, ou même avec Andran lorsque le sujet était plus intime, ou pas d'ailleurs. Clémence avait appris à lire et à écrire dans la chambre de l'Inquisiteur, et partageait probablement des moments agréables avec Elise.
Une fois devant la porte, le chevalier se retrouva paralysé par la peur. Il n'osait plus lui adresser la parole, et même lui proposer de la suivre devenait difficile, car il ne voulait pas laisser croire que tout cela ne lui faisait aucun mal. Bien sûr que cette situation était douloureuse, et heureusement qu'elle l'était. Il avait toujours été là pour apaiser la jeune femme, pourquoi ne pouvait-il pas y parvenir à nouveau ? Trêve de questions lorsqu'il toqua doucement à la porte de la chambre de Clémence.
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Sauveur Hadjaoui
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeVen 3 Jan 2020 - 21:35

La porte de la chambrée s'ouvrit, mais pas sur la silhouette à laquelle le chevalier s'attendait. A la place de la douce Clémence se trouvait une brunette qui, le découvrant, posa une main sur sa hanche et lui adressa un regard fort peu chaleureux. Il n'en fallait pas plus pour comprendre que l'estrevine lui avait tout raconté, de gré ou de force, et que la servante s'en était fait son idée. Après tout, elle avait accueillit son amie dès son arrivée et n'avait pas tardé à déceler que quelque chose s'était passé. Elle avait donc entraîné la métisse à l'abri des oreilles indiscrètes et, pendant que les hommes fêtaient leurs retrouvailles, elles faisaient les leurs.

-Elle n'est pas là. Dit-elle un peu sèchement avant même qu'il n'ait posé la moindre question.

Derrière la jeune femme, le lit était défait. Elise était visiblement en train d'y mettre des draps propres en prévision de la nuit. Andran pouvait bien entrer, il ne saurait trouver sa bien-aimée. Elle n'était ni au bureau, ni derrière le paravent et pas non plus devant l'armoire. La malle était grande ouverte et vide de son contenu, n'attendant plus qu'on vienne en débarrasser la chambre. Cependant, l'absence de Clémence inquièterait sans doute l'Inquisiteur et elle finirait par lui indiquer où la trouver...

-Elle est allé dire bonjour en cuisine. Fit-elle sans donner plus de détails.

Il n'en faudrait certainement pas davantage pour que le chevalier prenne congé et se rende auprès d'elle ou de Markus ou qui savait-elle encore ? Néanmoins, elle ne pouvait le laisser s'en aller sans lui avoir exposé le fond de sa pensée au préalable. C'était plus fort qu'elle...

-Andran ? Appela-t-elle alors qu'il avait déjà fait quelques pas pour s'éloigner en direction de la sortie du dortoir.

Elise avait eu milles pensées qui l'avaient traversée tandis que son amie lui comptait toute l'histoire. Le regard surpris mais surtout un brin contrarié lorsqu'elle l'avait repoussé sans le vouloir. La sortie jusqu'à ce village en proie aux attaques d'un ours. Cette soirée fatidique, la nuit qui avait suivi, la conversation qui aurait dû les réconcilier mais qui n'avait fait qu'empirer les choses. Clémence avait admis qu'elle s'était peut-être mal exprimée mais cela n'expliquait pas toutes les réactions et paroles qu'il avait eu à son encontre. Aucune d'elles ne comprenaient comment il en était venu à faire de telles conclusions, à ressasser des sujets pourtant clos depuis des ennéades...

-Si vous pensez vraiment ce que vous lui avez dit... Alors c'est que vous ne la connaissez pas.

Elle le fixa un instant avant de finalement retourner dans la chambre, fermant la porte derrière elle. Elle s'était imaginée presque lui sauter à la gorge pour déverser sur lui ses quatre vérités mais cela n'aurait fait que les emmêler les unes aux autres. Finalement, alors qu'elle l'avait devant elle, elle avait réalisé que cette simple phrase résumait tout. Chaque argument qu'il avait avancé contre Clémence, cette dernière avait pu les détourner en les replaçant dans leur contexte et en rappelant le sens profond de ses actes. Elise ignorait s'il avait compris la leçon, son amie était trop tendre pour se montrer directe. Elle, en revanche, savait être incisive. Et c'était son objectif en lui lançant une telle vérité pour le laisser ensuite y réfléchir par lui-même.



******************



Hans avait été ravi de voir apparaître Clémence sur le pas de la porte de sa cuisine. Il l'avait accueilli à bras ouverts, évitant soigneusement de la toucher ou de l'approcher de trop près malgré son enthousiasme. Il appréciait beaucoup cette enfant discrète mais si gentille et serviable. C'était une disciple des plus agréables, et travailleuses qui plus est ! Il avait rarement eu un apprenti aussi efficace et attentif qu'elle, raison pour laquelle il n'en avait plus eu depuis longtemps d'ailleurs.
L'homme s'enquit du voyage, mais sur un plan beaucoup moins personnel que ne l'avait fait Elise. Il n'avait que rarement quitté Sainte-Berthilde et moins encore son marquisat. Il était curieux de découvrir ce que l'estrevine avait pensé des villes qu'elle avait traversé. Ils se mirent donc à parler paysage, architecture et artisanat. Bien vite, la jeune femme s'était sentie gênée de demeurer simplement assise là sur le banc de la cuisine. Alors, elle s'était levée, avait retroussé ses manches et avait commencé à imiter les gestes du cuisinier qui garnissait trois moules à tarte pour le dîner. Et, tout en cuisinant, ils avaient continué à bavarder, du voyage mais aussi de ce qu'il s'était passé ici en son absence. La conversation était légère et très plaisante. Elle fit un peu oublier à Clémence ce pénible voyage de retour et le froid qui régnait entre Andran et elle. Elle sourit même en apprenant la dernière boulette qu'Elise avait faite et qui lui avait valu la colère d'Hans. Ce n'était là rien de grave et cela lui rappelait la simplicité que la vie pouvait avoir parfois. Elle avait l'impression d'entendre Cléore râler après la maladresse de Sauveur...

Un bruit et un mouvement attirèrent l'attention de l'estrevine à l'entrée de la cuisine. Elle tourna son visage souriant et ému vers le nouveau venu et son expression de paisible bonheur s'effaça en découvrant qu'il s'agissait d'Andran. Elle baissa des yeux troublés, retournant à sa tâche alors qu'elle oubliait déjà la chaleur qui venait de l'envahir en se remémorant une scène du passé.
Cet instant semblait terminé...
Hans sembla remarquer le changement d'attitude de la métisse et son regard fit un aller-retour entre les deux jeunes gens. Il n'eut pas besoin de détails pour comprendre et leur offrit de lui-même une occasion de demeurer seuls quelques instants. L'air de rien, il saisit le cageot qui se trouvait près de lui sur la table.

-Je pense que nous avons assez de pommes. Je vais ramener ça à la réserve. Dit-il de manière très spontanée.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeDim 5 Jan 2020 - 16:00

Andran fut surpris, sans réellement l'être, de voir Elise lui ouvrir la porte. Lui qui aurait souhaité attendre avant de faire face à sa franchise incisive, il fut fort peu aisé de devoir les affronter à peine rentrer. Tant pis. Il valait mieux les entendre maintenant plutôt que de détaler pour retarder l'inévitable. Or, étonnamment, la jeune femme lui annonça simplement que Clémence était partie revoir Hans en cuisine. Andran avait supposé que les deux amies avaient déjà discuté, mais, si c'était le cas, elles avaient donc été rapides.

Remerciant Elise d'un signe de tête, il s'empressa de prendre congé pour éviter que la jeune employée n'ait dans l'idée de dire ses quatre vérités au chevalier. Il idéalisait à peu près ce qu'elle dirait, donc il ne ressentait pas nécessairement le besoin de les entendre. Elle finit par lui glisser quelques mots alors qu'il s'éloignait d'elle, suffisant à lui faire comprendre qu'elle n'appréciait pas son comportement. Logique. Mais ces mots firent écho dans son esprit. Suffisamment pour qu'il comprenne quelque chose.

Andran ne répondit rien. Il n'avait pas le cœur à se battre avec elle, d'autant plus qu'il n'arriverait pas à avoir le dernier mot et que cela n'aurait aucun sens. Il encaissa ces quelques mots sans broncher et repartit vers les cuisines. Le chevalier arriva alors que Clémence et Hans discutaient sereinement du voyage. Il contempla la jeune femme étirer quelques sourires détendus devant ce moment agréable. Ce retour était bénéfique, il le voyait.
Cependant, l'humeur changea rapidement lorsque la jeune métisse aperçut son protecteur. Hans ne prit pas de temps à trouver un moyen de les laisser seuls. Il ramassa une caisse pleine de fruits, et laissèrent le couple en froid dans l'intimité. Andran lui adressa un sourire gratifiant avant de faire quelque pas vers sa chérie.

« Clémence, je suis venu vous prévenir que, demain, je reprendrai la route. Je me dois d'assurer mes fonctions à Eyroles, parce que cela fait deux mois que je ne m'y suis pas rendu et que mon bras droit m'y attend. Je suis venu vous proposer de m'y accompagner. »

Le chevalier peinait à soutenir le regard de Clémence, d'autant plus qu'il avait encore les mots de Kolgrim en tête. Si elle acceptait, il aurait peut-être une occasion d'obtenir son pardon. À défaut, il pourrait dire adieu à l'amour de sa vie. Mais il n'avait pas envie de supplier l'aide de ses amis. Pour une fois, il avait envie de se débrouiller tout seul, car c'était à lui, et à lui seul de se rattraper. Bon sang, il n'était plus un enfant !

« Je pourrais vous présenter la ville dans laquelle j'ai grandi, mais je comprendrai bien que vous préfériez rester ici après ce long voyage. La géographie ne fait pas partie de ce que je vous ai enseigné le plus, mais Eyroles borde l'Océan d'Eris, à l'Ouest du Marquisat. »

Un sourire enfantin se figura sur son visage, allégeant son cœur et son humeur. Andran ne faisait pas preuve de froideur ni de dédain, comme ce fut souvent le cas durant le voyage. Il s'exprimait avec une certaine douceur, pour ne pas froisser la belle qui n'avait probablement pas envie de partager un moment avec lui après tout ce qu'il s'est passé. Il serait pourtant ravi de présenter Clémence à Spahi, son ami qui l'attendait de pied ferme à Eyroles. Cela leur ferait peut-être du bien de voir d'autres visages.

« Pour être tout à fait honnête avec vous, j'aimerais sincèrement que vous m'accompagniez, malgré nos différends. Si vous le désirez, vous avez un peu de temps pour y songer, je ne nécessite pas une décision sur le champ. »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMar 7 Jan 2020 - 20:12


Clémence ne put suivre Hans des yeux tandis qu'il sortait car cela l'aurait contrainte à croiser le regard d'Andran une seconde fois. Ses oreilles seules l'entendirent s'éloigner jusqu'à ce que ses pas s'évanouissent au loin. Elle aurait préféré qu'il reste, quitte à se faire discret pour ne pas les déranger outre mesure. Mais il préférait ne pas se mêler de leurs histoires même involontairement et elle ne pouvait que le comprendre. La situation était gênante même pour elle, alors pour une personne extérieure... Elle retint un frisson tandis que le chevalier s'approchait d'elle. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés seuls. Elle n'avait pas peur de lui mais cela lui était inconfortable depuis cette fameuse soirée. Elle continua de disposer les pommes sur la pâte sablée afin de finir sa tarte, l'écoutant malgré tout lui expliquer la raison de sa présence.

-Demain. Déjà ?...

C'était tôt... Il était à peine arrivé qu'il devait repartir. Il ne prendrait même pas le temps de se reposer un peu avant de retourner sur les routes. Elle ignorait où se trouvaient Eyroles exactement, elle ne connaissait de ce pays que les villes dont Andran lui avait donné le nom car, jusqu'ici, on s'était bien gardé de lui donner la moindre information sur ce qui lui aurait permis de s'orienter et de retrouver le chemin pour rentrer en Ithri'Vaan ou au moins se mettre à l'abri dans une région qui accepterait bien mieux une femme à la peau métisse voulant se libérer de l'esclavage. Elle ignorait donc combien de temps durerait ce nouveau trajet, comprenant néanmoins que les obligations de l'Inquisiteur lui imposaient de repartir. Et c'était là que se révélait la véritable raison de la présence du chevalier auprès d'elle. Il voulait qu'elle le suive encore. Qu'elle se rende dans un endroit inconnu, au milieu d'autres chevaliers qu'elle ne connaissait pas et où il aurait bien plus d'obligations donc bien moins de temps pour veiller à ce qu'il ne lui arrive rien.
La première réponse de Clémence aurait été de refuser. Elle avait besoin de temps, seule, loin de lui et loin de nouvelles angoisses. Cela lui avait pris du temps mais elle se sentait, sinon à l'aise, au moins en sécurité dans le quartier général de l'Ordre. Mais c'était sans compter sur la volonté d'Andran qui tenta d'appuyer son invitation par quelques paroles supplémentaires. Cela semblait lui tenir à cœur. Elle comprit alors qu'il avait toujours des sentiments pour elle et ne perdait pas espoir de la reconquérir. Les choses étaient moins claires en ce qui la concernait. Elle n'était plus sûre de ce qu'elle voulait à son sujet. L'affection était encore là mais devait-elle lui laisser une nouvelle chance ? Ils avaient déjà eu tant de déboires et la déclaration de leur amour n'avait fait que rendre ces derniers plus difficiles à vivre... Frappée d'indécision, elle ne savait pas quoi répondre dans l'immédiat et eut un sourire nerveux lorsqu'il lui annonça qu'elle avait le temps pour lui donner sa réponse.

-Le temps ? D'ici demain ? Fit-elle gentiment remarquer.

Un voyage ne se décidait pas à la dernière minute. Elle devait refaire ses bagages, il faudrait prévoir des vivres pour elle, sans oublier que le départ se ferait dès le lever du jour... Autant dire qu'elle n'avait que quelques heures tout au plus, ce qui était bien peu vu l'état dans lequel elle se trouvait. Elle croyait se souvenir qu'il était plus haut gradé à Eyroles qu'ici. Là-bas, tous les chevaliers étaient sous son commandement... Et elle n'en connaissait aucun.

-Et que dirons vos hommes si vous laissez votre chambre à une étrangère sans moyens ? Demanda-t-elle plus pour gagner du temps que par soucis de l'image qu'Andran renverrait s'il devait dormir au milieu de ses subordonnés. Cela dit, cela lui permettrait également de se renseigner sur ce qui l'attendait si elle décidait de l'accompagner.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMer 8 Jan 2020 - 18:03

« Hélas… Je crois que Spahi a assez attendu de mes nouvelles ainsi… je lui dois bien cela. »

Le bougre était jeune, mais il était d'une maturité et d'une gentillesse qu'Andran adorait. Malgré l'absence de son commandant, nul doute qu'il s'est parfaitement acquitté de ses tâches. Le chevalier avait entièrement confiance en son ami pour faire ce qu'il fallait lorsqu'il le fallait. Et puis, revoir la ville de son enfance lui ferait le plus grand bien. Le port, la mer, ses amis… Andran était habitué à tous ces allers-retours de Cantharel à Eyroles. Deux-trois jours par voyage n'étaient pas grand chose, d'autant plus que c'était lors de l'un deux qu'il avait rencontré cette femme avec qui il connut toute sorte d'émotions. Colère, rancœur, amour, compassion, tristesse, bonheur… Aujourd'hui, elle ne représentait qu'un amour perdu du fait d'un coup de colère ridicule et déplacé. Il s'était peut-être condamné lui-même à la solitude, même s'il avait peut-être une infime chance que Clémence lui pardonne ses déboires. Il ne voulait pas se résigner sans avoir essayer.

« Je… Oui… Ce n'est pas beaucoup, je sais bien. »

Il aurait préféré attendre un ou deux jours de plus, mais Andran savait qu'il devait y retourner au plus vite, et il n'avait pas envie que Reold ne s'agace. Ce dernier était son ami certes, mais également son supérieur, et il faisait parfaitement la part des choses. Généralement, avant ses longues absences, l'Inquisiteur se chargeait de donner les directives à suivre jusqu'à son retour. Cette fois-ci, Clémence était entrée dans sa vie, et il lui avait accordé beaucoup de temps, entre sa promesse et ses sentiments naissants pour elle. Puis, ils étaient partis à Diantra avec les Marquis. Le fait est qu'il en avait dédaigné Eyroles, même s'il ne s'était heureusement pas tourné les pouces pendant ces deux mois.
Quelques ennéades plus tôt, il aurait été ravi de présenter sa ville à sa chérie. Néanmoins, la situation avait changé et s'était tendue entre les deux, et Andran s'était montré incapable d'arranger les choses depuis ce fameux jour. Clémence était parfois difficile à appréhender, du fait de son douloureux passé. Elle était unique, et c'est ce que le nordien avait toujours aimé. La belle s'était construit des barrières pour ne s'attacher à personne, de peur que ce ne soit pas réciproque. Mais, si elle ne l'aimait vraiment plus ? Comment le saurait-il, elle qui aurait sûrement peur qu'il entre dans une nouvelle colère noire ? S'il s'énervait pour une simple maladresse, alors comment réagirait-il s'il apprenait que Clémence ne voudra pas lui pardonner ?

Ceci étant, sa première réaction devant la question de Clémence fut de froncer les sourcils. Andran était partagé entre la surprise, l'interrogation et l'incompréhension. Que voulait-elle lui faire comprendre ? Cherchait-elle à le provoquer ? Si Andran était expressif, nul doute qu'un bon nombre de gestes auraient traduits son incompréhension. Il réussit à demeurer de marbre, se demandant où était le piège dans la question.

« Depuis quand vous êtes une étrangère sans moyens ? Je vous ai déjà dit que je ne vous abandonnerai pas, malgré cette dispute. Cette erreur, je l'ai déjà commise, et je n'ai pas l'intention de la reproduire. »

Des erreurs, encore et encore… il avait parfois l'impression de n'avoir commis que des erreurs depuis le début de leur relation. Sa seule réussite fut le soir de leur baiser… où tout le monde l'avait aidé : Reold, Kolgrim, et même Elise. Et plusieurs fois, ces mêmes personnes avaient prodigué plusieurs conseils pour que le chevalier séduise la belle Clémence, et ils les avaient également aidé à s'ouvrir à l'autre lorsqu'ils n'y arrivaient pas. Seul face à sa bien-aimée, Andran était comme un enfant tétanisé devant ses pires terreurs. L'homme expérimenté qu'il était disparaissait aussitôt qu'il faisait face à ses sentiments. À Diantra, il avait complètement perdu le contrôle. Quoi qu'il advienne de leur relation, il aura au moins compris cela.

« Si une simple dispute effaçait mes souvenirs et mes sentiments, je n'aimerais plus personne dans ce bas-monde. Je n'ai jamais souhaité vous balayer de ma vie comme une vulgaire trainée pour ce qu'il s'est passé. Vous valez mieux que cela. Et quoi qu'il advienne dans un futur proche, vous ne serez plus jamais une étrangère. Vous êtes tout, sauf cela. »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeJeu 9 Jan 2020 - 21:25

-Ce n'était pas ce que je voulais dire... Dit-elle à mi-voix.

Encore une fois, Andran cherchait des sous-entendus là où il n'y en avait pas. Elle ne tentait pas de lui faire passer un message en particulier, elle ne pensait pas qu'elle n'était plus rien pour lui à cause des mots qu'ils avaient échangé et elle n'avait pas de doutes quant au fait qu'il tienne la promesse qu'il lui avait faite. Il ramenait tout à lui alors qu'il ne faisait pas partie de son propos.

-Je sais ce que je représente pour vous... même aujourd'hui. Et je sais que vous ne m'abandonnerez jamais.

L'Inquisiteur avait ses défauts... Il faisait des interprétations là où il n'y avait pas lieu d'en faire. Il avait la rancune tenace. Il pouvait s'emporter assez vite. Mais c'était un homme de parole et à ses yeux trahir un serment, c'était se parjurer devant Othar lui-même. Jamais il ne ferait cela. Par respect et amour pour les Dieux et aussi pour sa propre conscience. La vie d'une personne était entre ses mains, elle dépendait entièrement de lui. Quand bien même elle pourrait lui briser le cœur, la laisser à son propre sort dans cette contrée reviendrait à la condamner à mort et à voir son Souffle errer à tout jamais dans les limbes de ses propres remords.
Clémence releva le regard vers Andran, délaissant enfin sa tarte.

-Quoi que vous fassiez, je suis une étrangère pour les autres. Cela se voit sur ma peau, s'entend dans ma voix... Personne ne peut changer ça...

Certes, elle avait adopté la religion locale. Certes, elle avait choisi un nom de ce pays. Mais pouvait-on dire qu'elle était une péninsulaire pour autant ? Elle n'était pas née ici, elle ne comprenait pas encore toutes les coutumes de ce pays, elle devait atténuer la coloration de son teint en évitant les vêtements clairs. A cause de tout cela, et du fait des superstitions, elle ne pouvait circuler librement en dehors de l'enceinte de l'Ordre. C'était bien la preuve que, pour tout autre que lui, elle n'était pas d'ici.

-Et, sans vous, je ne pourrais même pas survenir à mes propres besoins... Personne ne ferait travailler une étrangère ici. Donc... Je suis sans moyen. C'est ainsi. Dit-elle en essayant de lui adresser un sourire.

C'était assez honteux, il fallait bien l'avouer. Vivre aux dépends d'un autre, ce n'était pas ce qu'elle avait espéré faire de sa vie. Cependant, elle n'avait pas d'autre choix si elle voulait survivre et s'en était fait une raison. Au moins, elle était libre.

-Il n'y avait rien d'autre à comprendre, Andran. Je voulais surtout savoir quelles étaient vos conditions de vie là-bas. Est-ce que c'est... comme ici ?
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeVen 10 Jan 2020 - 15:22

Une nouvelle fois, Clémence essaya d'expliquer qu'elle ne cherchait pas à parler de lui, mais du regard des autres. Que ce soit vrai ou non, Andran demeura dubitatif. Dans le fond, elle n'avait pas tort, et il le savait et c'est pour cela qu'il ne sut formuler une quelconque réponse. Cependant, s'il y avait bien une poignée d'hommes qui ne concevaient pas Clémence comme une vulgaire étrangère, c'était bien l'Ordre. Tous n'étaient pas les plus avenants et bienveillants, mais la plupart lui témoignaient la base des règles de bienséance.

Andran soupira longuement en détournant le regard. Elle avait raison sur cet autre point : sans lui, elle serait toujours une esclave. Certes, aujourd'hui, l'Ordre ne l'abandonnerait pas si l'inquisiteur venait à disparaître ou périr, mais, là encore, c'est parce qu'il l'aurait voulu. Il ne pouvait rien y faire : seul le temps lui permettrait de s'intégrer un tant soit peu. Mais, aussi longtemps que cela prendra, son protecteur sera présent pour elle.
Le chevalier n'appréciait pas ressentir cette impression que Clémence ne dépendait que de lui. Mais le pire n'était pas qu'elle reposait essentiellement sur lui. Le pire, était que, pour cela aussi, il ne savait pas quoi faire pour y remédier. La laisser seule, mettant alors en danger sa vie, alors même qu'ils sont en froid ? La confier à un autre homme, et alors réveiller en elle ses pires peurs ? Il le ferait sûrement, s'il n'y avait aucun risque de perdre Clémence de quelques atroces manières qui soient.

« Je suis désolé… vous méritez mieux que cela… j'aimerais pouvoir faire mieux. » se lamenta Andran, qui baissa le regard en faisant quelques pas sur le côté.

Peut-être ne cherchait-elle pas à lui faire un quelconque reproche, finalement. Néanmoins, il comprenait bien que ce n'était pas la belle vie. Et, maintenant que leur relation amoureuse était en suspend, ce qui était sûrement sa profonde source de bonheur, Clémence devait se sentir misérable, seule et malheureuse. Peut-être même lui disait-elle ceci car son cœur n'était pas allégé par l'amour que son chevalier avait envers elle jusqu'à cette soirée à Diantra. Andran savait qu'il n'était pas le plus malheureux dans cette histoire, mais il songeait déjà à réagir. Fort heureusement, il n'avait jamais eu l'indécence d'ignorer le mal-être de la belle estreventine. Elise avait été présente pour le lui rappeler, et son ton sec fut assez clair. Clémence souffrait parce qu'il avait mal agi.

« Pour répondre à votre question… hé bien, Eyroles est une ville portuaire, donc il est plus probable que les habitants aperçoivent des navires issus de l'Estrevent, donc manœuvrés par des marins qui vous ressemblent. Peut-être vous regarderont-ils avec un regard différent. Pour ce qui est du sanctuaire de l'Ordre, nous ne sommes que quatre chevaliers accompagnés d'un trésorier et d'un intendant, l'endroit étant plus petit. Et… il n'y a pas de personnel employé pour le ménage et la cuisine… » Cette dernière remarque fit glousser le nordien, qui se souvenait encore des plats infects que chaque chevalier, lui compris, concoctait pour les autres. « Pour six personnes, nous pouvons nous permettre de tout faire nous-même, et je veillerai à ce que personne ne profite de vous pour ne pas faire ses tâches ménagères. Ceci étant… il n'y a qu'un dortoir pour nous tous mais… Nous trouverons un moyen, je vous le promets. »

Andran ne souhaitait pas qu'elle refuse de venir à Eyroles pour ce simple obstacle, d'autant plus qu'il a toujours pris soin de son intimité. Il savait pertinemment qu'elle ne pourrait pas dormir dans la même salle que quatre hommes, même s'ils n'étaient pas du genre à s'en prendre aux femmes impunément, ni même à les séduire de manière déplacée comme Hermann s'y était osé au départ. À l'époque, il n'était au courant de rien, donc Andran ne lui avait jamais fait de reproches. Et depuis que ses sentiments s'étaient révélés, le jeune homme avait cessé ses avances. L'inquisiteur ne savait pas ce qu'avaient appris ses hommes de Clémence, car Reold n'a pas dû cacher grand chose en envoyant des nouvelles en lieu et place de son ami. Nul doute qu'ils avaient appris qu'elle était la chérie d'Andran, et qu'elle avait un passé douloureux, sans évoquer trop de détails.

« En vous proposant de m'accompagner, j'ai pensé que le cadre différent d'Eyroles nous… serait agréable. La mer, les plages à moitié rocailleuses, le bruit de la marée un soir calme, la brise sur votre visage lorsque vous naviguez… » Andran se perdit dans d'agréables souvenirs qu'il avait vécu dans la ville de son enfance. Il paraissait détendu et heureux, comme si rien ne s'était passé entre lui et sa protégée. « Nos voyages, s'ils ne se sont pas tous achevés sur une bonne note, nous ont toujours permis de sortir de cette routine, n'est-ce pas ? À défaut d'avoir un compagnon parfait, vous pourriez au moins profiter des panoramas qui s'offrent à vous et découvrir de nouveaux endroits ? »
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Sauveur Hadjaoui
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeSam 11 Jan 2020 - 14:20

Là où Clémence était jusque là persuadée que l'accompagner encore une fois et alors qu'elle avait besoin de prendre du recul n'était pas une bonne idée, Andran sut lui apporter de bons arguments. Moins de racisme, de beaux paysages... Il semblait espérer que tout était encore possible entre eux et que ce changement de contexte leur serait bénéfique. Elle ne savait plus, n'était plus sûre de rien... Leur retour à Sainte-Berthilde semblait lui avoir donné envie de réparer ses erreurs alors qu'il n'avait encore rien fait en ce sens depuis ce fameux soir. S'il lui avait donné l'impression que tout relevait de la responsabilité de sa compagne à Diantra, il était si différent aujourd'hui... Qu'avait-il compris ? Pourquoi avait-il changé d'avis ? D'attitude ?

-D'accord... Finit-elle par répondre à mi-voix alors qu'elle était revenue tout à la confection de sa tarte. Elle n'était pas persuadée de prendre la bonne décision mais elle était prête à lui accorder le bénéfice du doute. Je termine et j'irais préparer mes affaires.

La réponse sembla satisfaire le chevalier, le contraire aurait été surprenant. Il la laissa donc et s'en alla, probablement pour organiser leur voyage. Clémence ne resta pas seule bien longtemps. C'était à croire qu'Hans attendait que la voie soit libre pour revenir. Il entra donc après quelques instants, accompagné d'Elise qui se dirigea droit vers son amie d'un pas pressé.

-Tu vas bien ? S'enquit-la brune. Qu'est-ce qu'il voulait ?

Au diable la discrétion, la jeune femme oubliait tout pour s'assurer que l'estrevine ne souffrait pas de son entretien avec son ancien compagnon. Elle savait qu'Andran ne lui ferait jamais de mal volontairement mais leur dernière discussion avait été si brutale qu'elle était en droit de s'inquiéter.

-Il m'a proposée de l'accompagner à Eyroles.
-Quelque chose me dit que tu as dit oui...
-Il pense que ça peut nous faire du bien...
-Je rêve ou tu envisages sérieusement de lui redonner une chance ?
-Je ne sais pas... Peut-être que nous avons simplement besoin de nous accorder... Ou peut-être que nous ne nous comprendrons jamais vraiment. Je ne pourrais pas le savoir si je n'y vais pas.
-Hm... Répondit la servante d'une air dubitatif. Je te trouve bien gentille avec lui.
-Toutes les femmes ne peuvent pas avoir ton caractère de cochon. Répliqua Hans avec ironie. La pique eut au moins le mérite de faire sourire Clémence tandis qu'Elise lui répondit d'une grimace. Allez, la journée n'est pas finie et tu as encore des choses à faire.
-J'y vais, j'y vais ! Ronchonna la brune en s'éloignant.

L'estrevine et le cuisinier échangèrent un regard amusé par l'attitude de la jeune femme. Certains pouvaient voir son caractère comme un défaut mais, dans le fond, elle avait bon cœur et cherchait simplement à protéger ceux qu'elle aimait. Lorsqu'elle fut sortie, l'homme se dirigea vers une étagère de la pièce. Il y prit un épais livre et s'approcha de Clémence.

-Si tu vas à Eyroles, tu auras besoin de ça. Dit-il en posant l'ouvrage près d'elle. La couverture était usée et aucun titre n'apparaissait sur le cuir.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Un livre de recettes. Je sais comment ils cuisinent là-bas et tu en auras bien besoin pour relever le niveau !

Clémence releva vers Hans un regard plein de gratitude accompagné d'un sourire sincère.

-Merci. Je vous le ramènerai.
-Pas la peine, je te l'offre. Puis, devant le regard surpris de la jeune femme, il ajouta en jouant le faux orgueilleux. C'est pour les débutants, je n'en ai plus besoin ! Puis il s'éloigna en direction de four afin d'y remettre du bois pour la cuisson des tartes, laissant l'estrevine à la fois touchée et amusée. Se saisissant d'un torchon, elle essuya ses mains avant de se pencher sur le livre et de commencer à en feuilleter les pages.
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Andran Straggen
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeDim 12 Jan 2020 - 14:07

Clémence avait fini par se décider, acceptant d'accompagner Andran jusqu'à Eyroles. Ouf ! Quel soulagement ! Il craignait sincèrement d'essuyer un refus qui aurait probablement sonné le glas de leur relation amoureuse. L'espoir demeurait toujours, et cela suffit à le soulager. Il avait désormais le droit d'envisager obtenir son pardon. Aucune facilité ne sera de mise, mais ce n'était pas ça qui gênerait le chevalier. Il était déterminé à reconquérir Clémence, et ne la laisserait pas filer sans tout mettre en œuvre pour la convaincre.

« Merci » laissa-t-il échapper dans un soupir détendu.

Il quitta alors les cuisines, heureux comme un enfant à qui on offre le plus beau des cadeaux, et laissa Clémence à la tarte que Hans avait commencé à confectionner, rejoignant ses frères d'armes dehors. La séance d'entraînement de l'après-midi avait été annulée, du fait de la pluie qui s'annonçait de plus en plus. La température n'étant pas des plus désagréables, plusieurs chevaliers profitaient des derniers coups de vent avant de se terrer à l'intérieur du bâtiment. Il retrouva Reold, Kolgrim, Korm et Lodavik qui échangeaient quelques mots jusqu'à apercevoir leur inquisiteur les rejoindre.

« Tu as l'air d'aller mieux, mon cher. » constata Korm qui adressa une tape à l'épaule dans un sourire.
« Clémence a accepté de m'accompagner jusqu'à Eyroles, même si j'ai dû insisté. »
« Il fallait s'y attendre. Elle a souffert, et elle souffre encore. » prévint Kolgrim, qui avait plus rapidement cerné Clémence qu'Andran lui-même.
« C'est ce que j'ai fini par comprendre… Mais j'étais bien trop égoïste pour m'en rendre compte. »
« Cesses donc de ressasser le passé, sinon, tu vas commettre une nouvelle erreur. » conseilla Lodavik.
« Et elle n'a certainement pas besoin de cela. Clémence est trop fragile pour que tu lui brises deux fois le cœur en aussi peu de temps. » dit Reold d'un ton sec.
« Et la prochaine sera dévastatrice, oui… il faut que je cesse de me comporter comme un gamin… et que je règle mes problèmes seul. Je finirai bien par trouver quelque chose. »

Andran connaissait Eyroles comme sa poche, et la ville regorgeait de jolis endroits où il pourrait amener Clémence pour discuter calmement, sans que personne ne vienne les troubler. Pour la première fois, ni Reold, ni Kolgrim, ni personne ne sera présent pour aider le chevalier à reconquérir sa belle. C'était peut-être la raison pour laquelle le lendemain de cette soirée fut si difficile. Seul face à ce couac, il s'était retrouvé perdu, incapable de communiquer et terrifié par la peur d'aggraver la situation… ce qu'il avait fini par faire. Maintenant qu'il avait recouvré son calme et que le temps avait apaisé sa rancune, il devait réagir sans plus tarder, au risque de perdre Clémence à tout jamais. Et il devait y parvenir seul, car il n'était pas un enfant mais bien un homme responsable et adulte.
Le sujet qu'était Clémence finit par céder sa place à d'autres choses plus légères dans cette discussion entre chevaliers. Andran recouvra sourire et chaleur, oubliant quelques minutes ses problèmes et la difficulté qu'il allait endurer pour qu'elle lui revienne. Les hommes rentrèrent à l'intérieur lorsque la pluie finit par abattre ses premières gouttes sur Cantharel, et l'inquisiteur s'éloigna pour préparer ses affaires, pour le peu qu'il avait dérangé. Ce ne fut pas bien long.

La soirée se termina doucement par un repas partagé entre tous les Marcheurs Austères, et qui s'acheva par la délicieuse tarte que Clémence et Hans avaient préparé pour le diner. Plusieurs acclamations émanèrent de certains Marcheurs à destination des deux cuisiniers pour ce très bon repas. Andran partagea quelques jeux et petites discussions avec ses compagnons avant de les quitter relativement tôt pour se coucher. Il trouva difficilement le sommeil, son esprit scindé entre l'excitation et la crainte. Les prochains jours seront des plus importants pour lui.

~~~~~~~~~~

Le lendemain matin, Andran se tira rapidement de son lit pour se préparer à partir à Eyroles. Il se lava rapidement, puis se vêtit de vêtements simples, délaissant sa cuirasse et ses épaulières pour ne conserver que ses brassards, son heaume et ses jambières. Il avait encore en mémoire la jeune femme regrettant de poser la main sur un plastron froid et lourd, lors de leur promenade à Erac. Une telle armure ne laissait pas de place au romantisme, ce dont il avait cruellement besoin à l'heure actuelle. Le contexte n'était pas le même, certes, mais le chevalier voulait avoir toutes les chances de son côté. Alors tuniques, manteaux, capes, gants et compagnie feront largement l'affaire. Il partagea un repas simple avec Clémence avant de partir sans attendre pour Eyroles, sans oublier de saluer ceux qui étaient levés avant leur départ.

Une fois sur la route, le silence était toujours de mise entre Andran et sa protégée. Les rues de Cantharel, ainsi que ses alentours, n'étaient sûrement pas propices à des discussions aussi importantes, d'où cette préférence du chevalier que d'attendre le calme des plaines qui bordent les routes, loin de toute oreille indiscrète ou curieuse. Mais, en ville ou en campagne, le nordien se retrouvait dans la peur de mal faire, et il ne voulait pas la blesser… pas une nouvelle fois. Ainsi, le trajet demeura froid jusqu'à leur arrivée à Châteauvieux, en fin d'après-midi. Andran était habitué à son architecture, ses rues et son activité, donc il ne pensait pas y passer beaucoup de temps. Pourtant, une fois à l'intérieur des murs de la cité, Andran rompit enfin le silence, trouvant un endroit où il pourrait s'exprimer à cœur ouvert.

« Oh… Clémence… je… j'aimerais vous emmener quelque part. »

Sans y attacher quelques informations supplémentaires, Andran dévia de son chemin prévu pour l'emmener à un endroit qu'il garda secret. Il demeura silencieux mais celui-ci fut beaucoup moins innocent que les précédents. Il interrompit la marche alors qu'ils étaient arrivés là où le chevalier voulait emmener sa protégée. Ils mirent pied à terre et parcoururent quelques derniers pas qui les séparaient du bâtiment à pied. Il s'agissait tout simplement du Temple de Néera de la cité, cet endroit dans lequel Andran avait accepté, non sans hésitation, de garder la jeune femme sous son aile. Fixant l'édifice, il étira un sourire, se remémorant de tout ce qui s'était passé entre les deux, ici, à Châteauvieux. Cet endroit qui ne lui était pourtant si peu familier il y a encore quelques mois… Aujourd'hui, il le voyait comme un symbole : celui de son amour. Il n'avait pas encore perdu.

« Vous vous souvenez de cet endroit ? » demanda-t-il en posant le regard sur Clémence. « C'est ici que… tout a commencé… entre vous et moi. Les choses ont beaucoup évolué depuis… » Il baissa le regard, cherchant les mots qu'il voulait lui adresser. « J'ai accepté de vous garder auprès de moi et de vous protéger, et je vous ai emmené au marché, où je vous avais offert une rose blanche pour vous procurer du réconfort, et nous avons passé la nuit dans une auberge. C'est alors que vous m'avez confié votre passé et votre confiance, et j'ai fait le serment de vous protéger du mal… je pense que je n'ai jamais été aussi chevaleresque avec vous que ce jour là. »

Andran étira un léger sourire qui s'estompa rapidement. Il avait lutté contre son corps pour ne pas verser une seule larme devant la jeune femme en pleurs, racontant son douloureux passé, afin de paraître fort. Un calvaire qui n'avait pas duré que quelques jours aux mains d'une bande de brigands, mais toute une vie. Son devoir lui interdisait de lui tourner le dos, et surtout après avoir appris la vérité. Malgré tout ce qui s'était passé entre les deux, il n'avait jamais regretté cette décision.

« Je ne savais pas trop quoi faire, alors je vous ai amené dans le sanctuaire de l'Ordre, dans l'espoir de trouver une solution par la suite. Puis Reold m'avait proposé de vous y faire travailler pour éviter que votre présence ne soit désapprouvée et j'ai accepté, tout en veillant à ce que vous ne manquiez de rien, à ce que personne ne vous fasse du mal, et j'ai cherché à vous connaître pour que vous ne soyez pas seule dans toutes ces épreuves que vous aviez à affronter. Et puis je… je suis tombé amoureux, et je ne cherchais plus nécessairement à vous connaître, mais à vous plaire et à vous séduire. J'ai fait du mieux que j'ai pu mais… je ne suis pas le meilleur séducteur, ni le meilleur amant… comme vous avez pu le constater. »

La mine détendue du noble face à ses souvenirs devint sombre et triste, alors qu'il repensait à ce voyage à Diantra, et l'issue désastreuse qu'elle avait connu. Celle-ci fut beaucoup plus difficile que tous ces autres froids que se sont partagés les deux amants. L'amour était une chose qu'aucun des deux ne connaissait bien, et elle avait cette peur des hommes qui pouvait rejaillir à n'importe quel moment. Andran, quant à lui, craignait toujours de commettre le geste de trop qui réveillerait cette peur.
Pourtant, aussi unique et spéciale soit Clémence, il n'avait aimé qu'elle. Leur relation avait avancé à sa manière, et à son rythme, mais cela n'avait jamais eu raison de leurs sentiments respectifs. En vérité, cette relation amoureuse était si unique en son genre que c'est ce qui en faisait tout son charme. Il préférait cent fois une femme comme l'était Clémence, quitte à devoir faire attention à chaque mot et chaque geste, plutôt qu'une femme lambda, trop classique pour apporter ce dont son cœur avait besoin.

« Je suis sincèrement désolé… pour tout ce qui arrivé à Diantra et… par la suite. J'ai honte d'avoir ainsi ignoré vos souffrances, vos sentiments, alors que je vous avais promis de les apaiser. En restant passif, je me suis montré égoïste et immature, alors que vous souffriez nettement plus que moi. Je regrette… Je vous ai déshonoré, vous, et ma propre promesse… » Il baissa à nouveau le regard, honteux et misérable. La jeune femme avait toutes les raisons de le rejeter et même de le détester, et il venait d'en donner un bon nombre. L'espoir était probablement encore plus mince qu'il ne le croyait. « Je… je vous aime Clémence… je ne veux pas que tout cela se termine ainsi… pas à cause d'une réaction stupide et puérile et… pas non plus sans avoir confessé ce qui me pèse sur le cœur. » Ce dernier battait à la chamade, le chevalier trop inquiet pour rester impassible. Il se pinça les lèvres à plusieurs reprises et déglutissait difficilement sa salive. Il ne soutenait le regard de Clémence que quelques secondes avant de l'abandonner pour regarder le sol et le bâtiment. « Je sais pertinemment que je ne suis pas l'homme parfait, bien au contraire, que je pourrais faire mieux et que j'ai tant à apprendre mais… je veux parcourir tout ce chemin à vos côtés, et vous prouver que je peux me montrer digne de vous. Je veux le faire, Clémence, parce que… vous m'êtes trop importante pour que je puisse me résoudre à vous perdre… »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeLun 13 Jan 2020 - 21:14

La journée avait commencé comme toutes les précédentes... Clémence s'était levée avant les premières lueurs du jour. Elle s'était apprêtée afin de disposer les dernières affaires dont elle avait besoin dans sa malle. Puis elle était allé manger un peu avant le départ. Le repas avec Andran s'était déroulé comme à l'accoutumé : en silence, l'un et l'autre évitant que leurs regards ne se croisent. L'estrevine avait beau être fragile, elle se refusait à ce que ce soit elle qui fasse le premier pas vers lui. Elle avait reconnu la seule faute qu'elle avait peut-être commise dans la conversation qui les avait mené là mais lui n'en avait admis qu'une seule. Il était d'accord pour dire qu'il s'était emporté mais il n'avait ensuite fait que l'accabler de tous les maux que leur relation avait rencontré. Elle souffrait de cette situation mais ce n'était pas à elle de lui faire comprendre ce qu'il avait mal fait...

Sur la route, une fois encore, pas un mot... Seul le son des sabots de leurs montures sur la route venait rompre le silence. Tantôt de pierre, tantôt de terre, les voies qu'ils empruntaient semblaient presque plus longues et interminables que celles qu'ils avaient parcouru pour se rendre à Diantra. Au cours de ce trajet, il n'y avait rien pour passer le temps et rendre la situation moins inconfortable. Pas de discussions parmi leurs voisins, pas de cheval capricieux en train d'agacer son cavalier, pas de chant pour essayer de faire taire l'ennui des voyageurs... Il n'y avait ici que le paysage automnal qui défilait à une lenteur exténuante. Le vent de la veille soufflait encore, certes plus faiblement mais apportant avec lui l'air glacé du Nord. Clémence frissonna plus d'une fois, refermant sa cape sur elle, mais jamais elle ne s'en plaignit. Elle avait l'habitude de la vie de nomade : se déplacer presque chaque jour, supporter le temps qu'il soit favorable ou non et trouver un nouvel endroit où dormir le jour suivant.
Alors qu'elle ne comptait plus les heures passées sur le dos de Sessiz, l'estrevine demeurait le regard perdu dans le vague. Finalement, la silhouette d'un bâtiment à proximité attira son attention et elle releva les yeux. Ils s'apprêtaient à passer les porte d'une ville. Elle observa l'arche qui marquait l'entrée ainsi que la rue derrière mais elle n'eut aucune réaction d'abord. Puis, une fois passés les murs de la cité, la métisse fronça légèrement les sourcils. Cet endroit lui rappelait vaguement quelque chose mais elle n'était plus certaine de savoir quoi. Elle avait tant de fois parcouru le Nord de la Péninsule qu'elle avait toute les peines du monde à se rappeler quand elle s'était rendue ici. Finalement, Andran mit pieds à terre et elle l'imita sans comprendre. Elle le suivit jusqu'à ce qu'il s'arrête.

-Vous vous souvenez de cet endroit ?

Clémence tourna son regard vers le bâtiment devant lequel ils se tenaient. Ses yeux s'écarquillèrent alors légèrement tandis qu'elle réalisait où ils se trouvaient. Comment pouvait-elle oublier le nom de cette ville ? La première dont elle ait foulé le sol en tant que femme libre. Celle où elle avait reçu le premier cadeau qu'on lui ait offert depuis longtemps. Celle où elle avait accepté pour la première fois de s'épancher sur l'épaule de quelqu'un qui lui prêtait une oreille attentive et bienveillante. Celle où se concentrait toutes les promesses que le chevalier lui avait faite.
Mais alors qu'elle comprenait seulement, la voix d'Andran s'éleva et il parla plus qu'il ne l'avait fait au cours des ennéades passées. Elle l'écouta avec attention, son regard ne quittant pas le sien, au contraire de celui de l'Inquisiteur qui ne cessait de s'en aller quérir le sol. Il s'excusait enfin... Pour tout, même si, de ses torts, il ne cita que le silence qu'il lui avait offert depuis Diantra. Même s'il marqua plusieurs pauses, elle ne chercha à l'interrompre à aucun moment, le laissant énoncer tout ce qu'il avait sur le cœur. Et il avait beaucoup à dire...

Finalement, le silence revint et demeura un petit moment. Durant de longues secondes, Clémence ne prononça pas un mot. Son regard avait enfin quitté l'Inquisiteur et elle semblait réfléchir à ce qu'elle pensait de tout ceci et à la réponse qu'elle allait lui apporter. Il avait fait un grand pas en avant. Il avait dit tout ce qu'elle pouvait espérer de lui. Cependant, elle n'était pas pleinement satisfaite et cherchait à comprendre pourquoi. Peut-être parce que, d'une part, il lui avait fallu bien trop longtemps à ses yeux pour réaliser tout ceci et agir enfin. D'autre part, elle ne pouvait que se demander pour quelle raison il sautait le pas maintenant... le lendemain de leur passage par Sainte-Berthilde. Mais il y avait plus encore que cela...

-Pourquoi ?... Commença-t-elle d'une voix éraillée car elle n'avait pas prononcé un mot depuis la veille. Puis elle releva les yeux vers lui, cherchant son regard. Pourquoi avoir cru que j'avais l'impression de me sentir encore asservie avec vous ? Pourquoi avoir pensé que je pourrais vous reprocher d'être chevalier ? Je ne me l'explique pas...

Ses réactions sur ces sujets et les a-priori qu'il avait exposé ce jour-là semblaient sortir de nulle part. Elle n'avait rien fait, rien dit qui pourrait le lui laisser entendre, bien au contraire. Elle le lui avait fait savoir à Diantra mais, à présent, elle voulait comprendre. Maintenant qu'il avait eu le temps d'y réfléchir, serait-il capable de lui exprimer ce qui l'avait conduit à ces conclusions erronées ?
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Andran Straggen
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMar 14 Jan 2020 - 11:39

Après ce monologue difficile à formuler, et sans cesse ternie par son hésitation, Andran devait maintenant faire face à la réaction de Clémence. S'il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui saute au cou en le couvrant de baiser, il ne s'attendait pas plus à une réaction impassible de la jeune femme. Elle qui avait tant versé de larmes à cause de lui… Cela dit, une chance de pardon lui suffisait amplement. Et, cette question qu'elle lui avait déjà posé à Diantra revint sur le tapis. Cette question qu'il avait détesté, esquivé, et rendu encore plus idiot. Une nouvelle fois, le chevalier baissa le regard au sol, craignant que la vérité ne soit pas du tout bonne à entendre, et ce surtout après tout ce temps.

« C'est moi qui l'avait, cette impression… »  révéla-t-il en se mordant la langue. « En reposant presque exclusivement sur moi, j'ai toujours cru que… à la seule différence que je prenais soin de vous, vous aviez l'impression d'être mon esclave, et moi-même l'impression d'être un nouveau maître. »

Dans sa colère irraisonnée et sa rancune, Andran avait perdu toute lucidité et n'était pas parvenu ou n'avait pas voulu comprendre Clémence, alors même qu'il avait l'occasion rêvée de lui faire part de ses interrogations. Pire encore, il avait rejeté sur elle ses propres doutes. La jeune femme avait été écœurée et abattue en entendant de telles accusations, pourtant, la veille, elle avait eu des mots qui n'avaient que réveiller ce qui avait toujours troublé le chevalier. Avait-elle été vraiment heureuse avec lui ? Se sentait-elle l'amante d'un chevalier ? Tant de questions dont Andran n'attendait d'avoir qu'une réponse claire, qu'elle soit positive ou non. Il releva le regard sur la jeune femme, elle qui le fixait de ses jolis yeux. Au moins, elle l'avait écouté sans dédain, moquerie ou interruption.

« Je n'ai jamais osé vous l'avouer… ni avant, ni pendant, ni après cette soirée… mais vos mots, hier soir, ont relancé mes doutes. C'était stupide de ma part de vous cacher cela si longtemps… j'avais peur de votre réaction, de vous blesser en vous posant une telle question, pourtant… votre bonheur m'importe plus que tout. »

Difficile d'imaginer un guerrier assez brave pour sonner la charge seul sur un groupe de quatre brigands bien équipés, mais qui ne trouve même pas le courage de confesser ce qui lui pèse à sa chère et tendre, n'est-ce pas ? Clémence était la seule femme avec qui il avait une relation aussi avancée, et elle était très bien placée pour savoir qu'il n'avait pas envers elle cette aisance qu'il avait avec une lame à la main. Mais Andran était novice, pas stupide. Il était un adulte responsable qui savait s'interroger, et Néera sait à quel point cela arrive souvent. Cela lui avait pris du temps, mais il avait fini par comprendre qu'il se comportait comme un bébé. La seule bonne nouvelle dans tout cela, c'est qu'il avait compris cela seul. Il n'avait plus besoin de Reold ou de Kolgrim pour arranger la situation, il en était persuadé.

« Je n'ai eu cesse de mal agir depuis ce soir à Diantra et même avant à plusieurs moments… j'en ai assez d'être lâche, tremblant et bête à votre égard, car cela ne fait que détruire notre relation. Dans ma colère et ma rancune irraisonnées, j'ai choisi de nier mes torts, mais je ne veux pas attendre que mon orgueil et ma stupidité vous éloigne de plus en plus de moi à chaque jour qui défile… du moins pas tant que je vous aimerai. Vous ne méritez pas une telle cruauté… »

Les mots étaient trop simples, et il le savait. Andran ne cherchait pas à obtenir un baiser de la jeune femme, ni quoi que ce soit du même genre. Il voulait une seule opportunité de pouvoir faire ses preuves, de changer, de se comporter comme un amant digne et sincère. Facile à dire, certes, mais relativement facile à faire également, s'il aimait vraiment cette femme. Sur ce point, il n'y avait pas de doute. Mais, est-ce que Clémence aimait encore suffisamment le chevalier pour lui pardonner et laisser une chance à leur relation ?

« Je ne veux pas simplement m'en excuser car ce serait trop facile, vous le savez aussi bien que moi, même si cette situation me pèse, car je déteste vous faire souffrir. »  Il arrivait toujours à soutenir le regard de Clémence, car le temps des doutes, des mensonges et des craintes était terminé. Il fallait qu'elle ressente la sincérité du chevalier, celle qu'il avait eu ici-même, à Châteauvieux. « Mais je veux changer, repartir sur une base saine, pour vous, parce que je vous aime et parce que je vous dois bien cela, après tout ce que vous avez fait pour moi et pour que notre amour soit possible. Ce ne serait qu'un juste retour des choses que je fasse quelques efforts. »
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Sauveur Hadjaoui
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeDim 19 Jan 2020 - 21:27

-C'est que vous ne savez pas ce que c'est que d'être esclave. Répondit-elle aux doutes du chevalier quant à ce qu'elle pouvait ressentir en vivant à ses côtés. Même si elle lui en avait déjà parlé, il ne semblait pas comprendre ce qu'elle avait vécu et la situation qui avait été la sienne durant toutes ces années de servage. Être esclave, c'est... n'être pas mieux considéré qu'un objet... Quelque chose dont on peut disposer à sa guise... Et dont on ne se soucie ni de l'avis, ni des sentiments... Parce qu'il n'en avait pas.

Et, sur la fin, c'était l'illusion qu'elle voulait donner. Car sa souffrance ne faisait que rendre son état jubilatoire pour ses maîtres. Ils aimaient le fait qu'elle soit à leur entière disposition et qu'elle n'ait pas son mot à dire sur le sujet. Se débattre ou s'opposer à eux ne servait à rien d'autre qu'à les amuser et rendre son calvaire plus jouissif pour eux. Alors, elle avait cessé de se battre. Non pas parce qu'elle le voulait mais parce qu'il le fallait. Et elle avait levé ce mur entre le monde et elle afin d'en souffrir le moins possible. Ce mur qu'elle avait fait s'écrouler pour lui et qui la rendait plus vulnérable... Et donc plus aisément sujette à la souffrance morale.
Mais ce n'était pas ainsi qu'il la traitait, lui.

-Vous me demandez toujours mon avis. Vous vous souciez de savoir si je vais bien. Et quand je me blesse, vous me soignez... Non pas parce que je vous suis utile mais parce que vous me portez un réel intérêt. Depuis que je vous ai rencontré, j'ai retrouvé une sensation que j'avais oublié depuis longtemps... Celle d'être une personne. Et pas un meuble, un corps ou un phénomène de foire.

Voilà ce à quoi se résumait sa vie avant lui... Trois définitions, et aucune n'était plus enviable que l'autre. Car aucune d'elles ne faisait de l'estrevine une humaine...

-Alors oui, je fais le ménage et la cuisine pour les Marcheurs Austères mais c'est la moindre des choses après avoir été acceptée sous leur toit. Et oui, je dépends entièrement de vous parce que, sans vous, je n'ai plus aucune protection dans un pays qui ne veut pas de moi... Mais c'est vous qui vous me l'avez proposé et j'avais le choix de l'accepter ou non.

Puisqu'il voulait revenir sur leur passé commun, elle ferait de même. C'était ici qu'il lui avait offert de la protéger mais il semblait avoir oublié qu'elle avait une alternative : celle de demeurer au Temple, parmi les prêtres de Néera. Elle avait eu à décider entre une vie et une autre. Et finalement, qu'avaient-elles de si différentes ? Au Temple, elle aurait probablement travaillé aussi, pour les mêmes raisons qu'elle travaillait dans l'Ordre à Sainte Berthilde. Et elle aurait été dépendante du culte tout autant qu'elle dépendait d'Andran à présent. Qu'il s'agisse d'une entité ou d'une personne, quelle différence cela faisait-il en fin de compte ? D'autant que, si l'Inquisiteur venait à disparaître, les Marcheurs Austères ne l'abandonneraient certainement pas, par solidarité avec leur frère d'arme.
Finalement, cela revenait au même. La seule différence, c'était qu'elle l'avait choisi, lui. Sans même savoir où cela les conduirait. Sans pouvoir imaginer qu'ils noueraient des liens bien plus forts que ceux qui unissaient un protecteur et sa protégée... Et elle n'avait pas eu à le regretter, jusqu'à Diantra...

Le silence s'installa à nouveau après que l'Inquisiteur ait reconnu ses torts. Non seulement ceux de cette soirée mais aussi auparavant. Elle imaginait qu'il parlait d'Erac et de la façon dont il avait accueilli son rejet involontaire durant leur baiser. Mais aussi de lorsqu'elle avait voulu l'éloigner de lui après les menaces de Markus sans qu'il n'intègre le fait qu'elle ne cherchait qu'à le protéger. Tous ces épisodes de leur histoire où, certes, elle s'y était peut-être mal prise, mais où il refusait de voir les bonnes intentions qui se cachaient derrière ou bien ces peurs incontrôlées dont elle lui avait pourtant fait part... Il lui promit de s'améliorer et ce fut à son tour de détourner les yeux. Devait-elle le croire ? Devait-elle lui accorder de nouveau sa confiance ? Ou tout simplement lui donner une chance de la regagner et de lui remettre son cœur pour la seconde fois ? Il venait de reconnaître ce qu'elle avait fait pour que ce "eux" existe... Comprenait-il qu'elle avait affronté ses pires démons chaque jour pour lui et qu'il avait tout balayé d'un revers de main en seulement quelques instants ?
Mais les mots étaient bien jolis. Elle avait effectivement besoin qu'il lui prouve qu'il était capable de changer. Cette fois, ce serait à lui de montrer qu'il tenait à cette relation au point de prendre sur lui pour qu'elle puisse vivre. Elise lui dirait probablement qu'elle était trop gentille... Mais elle ne pouvait pas renoncer à ce chemin qu'elle avait parcouru pour lui, ni tourner le dos à cette nouvelle promesse qu'il lui faisait. Il avait tenu la première après tout...

-Eh bien... Seul le temps nous le dira. Finit-elle par répondre.

Elle posa sur lui un regard plutôt mitigé. D'un côté, elle espérait qu'il y parvienne mais elle ne pouvait s'empêcher de redouter qu'il retombe dans ses travers et qu'ils traversent bientôt une nouvelle crise dont leur relation ne se relèverait pas cette fois. Cependant, elle était prête à lui accorder une dernière chance pour y parvenir.
Sans plus rien ajouter, Clémence se détourna de lui, entraînant Sessiz à sa suite. La journée touchait à sa fin et il n'était sans doute plus question pour eux de reprendre la route. Elle se souvenait quelle direction ils avaient prise en quittant le Temple pour se rendre à l'auberge et, entre le voyage et cette conversation, elle avait besoin de repos...
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMer 22 Jan 2020 - 14:49

Enfin, depuis cette dispute à Diantra, Clémence et Andran discutaient calmement, sainement. Pas de crise, pas de larmes, pas d’interruption de la parole de l’autre. Simplement deux personnes qui cherchent à se comprendre, dont le manque était la cause du froid qui les animait depuis toutes ces ennéades. Le chevalier, par essence et par son sang, n’avait jamais été esclave. De plus, dans le Nord, ce sujet franchissait quasiment les limites de la légalité, certains fiefs l’interdisant complètement. Avant Clémence, il n’avait jamais rencontré d’esclaves. Il avait côtoyé des pauvres, des miséreux, des fermiers. Quelque soit leur mode de vie, ils étaient libres, avec tout le lot d’illusions que cela donnait. Mais le Choix existe réellement, aussi limité pouvait-il être.

Le récit que faisait Clémence de son ancienne vie était effroyable, suscitant toujours les frissons parcourant le dos du noble. Elle avait déjà décrit son ancienne condition, mais les mots ne suffisaient pas toujours pour un homme qui n’a jamais aperçu une telle situation de ses yeux, et qui a toujours vécu dans un certain luxe. Tout ce qu’Andran savait, c’est qu’elle avait assez souffert pour qu’il se décide à la protéger, et que ce sont ces choses qu’il a choisi de combattre.
Finalement, il n’était pas un maître esclavagiste. Il ne l’a jamais souhaité, d’ailleurs. L’Ordre s’apparente plus à un employeur, car il offre logis, nourriture et hygiène en échange du travail fourni par la belle étrangère. Et puis, Andran lui avait offert certains biens, comme Sessiz. Peut-être méritait-elle mieux aux yeux d’un noble paré d’une belle armure de plates, mais aux yeux d’une esclave, cette vie valait sûrement bien plus que la précédente. S’il devait se réjouir de la reconnaissance de Clémence, il n’en ressentit que de l’amertume envers lui-même. Encore une fois, il se sentait idiot d’avoir ainsi tout gâché.

« Alors, vous ne vous êtes jamais sentie esclave avec moi ? »  demanda-t-il, connaissant pertinemment la réponse. Il avait besoin de le dire à voix haute, car ce doute le hantait depuis longtemps. S’il avait su que le lui confesser honnêtement aurait mené à une telle réponse, il aurait agi différemment. « Je pensais réellement que vous poser la question vous aurait courroucé, autant aujourd’hui qu’un autre jour. Je n’aurais pas dû vous le cacher aussi longtemps. »

Andran avait peut-être en main la morale de cette histoire : il pouvait parler à cœur ouvert à Clémence. Si lui n’avait pas eu la maturité, la patience ou l’intelligence d’entendre quelques mots de travers, elle avait ces vertus lui permettant d’écouter les doutes du chevalier, y répondre et les lever sans hurler. Désormais, il savait qu’il pouvait plus facilement perdre Clémence en la craignant plutôt qu'en faisant preuve d’un semblant de courage.
Alors que le silence se suspendait aux lèvres de Clémence quant à savoir ce qu’elle souhaitait, Andran s’animait l’esprit pour savoir ce qu’il pouvait faire et organiser dans l’hypothèse dans laquelle elle accepterait de lui laisser une seconde chance. Lorsqu’elle accepta, son esprit et son cœur relâchèrent d’un coup cette pression lui donnant presque l’impression de léviter au dessus du sol marbré de la route.

« Du temps, je ne demande rien de plus. »

Le temps était la seule chose dont il avait besoin pour parvenir à obtenir son pardon. Maintenant, il avait toutes les cartes en main pour ne pas la perdre et reconquérir son cœur. Même si l’enjeu était de taille, il voulait y parvenir sans l’aide de personne. Peut-être que le souvenir du Temple avait eu un certain effet, parce que la tristesse de Clémence ne pouvait pas effacer les épreuves qu’ils avaient traversées ensemble, ni ses souvenirs qui composaient leur relation. Alors que Clémence tourna les talons, Andran l'interpella pour lui adresser quelques derniers mots dont il ressentait le besoin de les exprimer.

« Merci, Clémence. Pour votre honnêteté, votre écoute et votre loyauté. Après tout ce qu'il s'est passé, vous auriez été en droit de m'ignorer, de me rejeter. Vous ne l'avez pas fait, et cela m'a fait du bien de pouvoir me libérer de ce fardeau. »

Sur ces paroles, Andran se saisit doucement de la main de la jeune femme pour l'embrasser. Ces gestes de tendresse lui avaient tant manqué, car cela faisait longtemps qu'il n'avait pas eu un quelconque contact physique avec Clémence. Pourtant, cela lui procura une agréable sensation. Puis il devança la jeune femme sur le chemin menant à l'auberge la plus proche. La nuit approchait à grand pas, et ils ne pouvaient pas reprendre la route. Une nouvelle fois, le protecteur et sa protégée devront se reposer dans la ville de Châteauvieux avant de repartir. D'une certaine manière, cela permettrait à Andran de s'apaiser l'esprit et de se calmer. Si Clémence était prête à lui pardonner, il ne devait pas non plus se précipiter et la brusquer.

Après cette nuit dans l'auberge qu'ils avaient déjà côtoyé il y a près de deux mois, Andran et Clémence reprirent la route vers Eyroles. Il ne restait que deux jours à tirer de ce voyage avant de pouvoir se poser pour au moins quelques ennéades. Fort heureusement, il n'y avait aucun convoi pour ralentir l'allure, et ils pouvaient se déplacer plus rapidement sur la route. L'atmosphère du voyage fut plus détendue, moins froide. Andran fut plus chaleureux et avenant, et Clémence ne repoussait pas ses approches. Mais le chevalier préférait attendre d'arriver et de se poser en ville pour pouvoir obtenir son pardon par des gestes plus significatifs.


~~~~~~~~

Tariho 9 de la Première Ennéade de Bàrkios,
Second mois d'automne de l'An XVII du Onzième Cycle,
Eyroles, Marquisat de Sainte-Berthilde.

La ville portuaire d'Eyroles se révélait enfin, par ses remparts et les navires, au loin, voguant sur l'océan pour s'amarrer au port. Ses imposants remparts n'échapperaient même pas à un aveugle, au même titre que les bruits issus du port n'échapperaient pas à l'oreille d'un sourd. Si les marchands venaient de partout pour le commerce maritime, cela n'enlevait en rien à Eyroles son caractère rugueux commun à toutes les villes du Nord. Le raffinement n'est pas le fort du Nord, et Clémence s'en était sûrement douté après son voyage à Diantra.

« Nous sommes arrivés à destination. Voici Eyroles, la ville où j'ai grandi. »

Andran adorait cette ville. Même si Cantharel abritait ses amis, son Ordre et nombre d'autres personnes qu'il apprécie, et qu'il y passait beaucoup de temps. Eyroles demeurait cette ville dans laquelle il se sentait chez lui. De trop nombreux souvenirs, tant douloureux qu'agréables, s'attachaient en ces lieux. Des souvenirs dont il en avait confié quelques uns à Clémence, lors de leurs nombreuses sorties.
Les deux avancèrent doucement, profitant du panorama qui s'offrait à eux : une ville cerclée de plaines, devançant un vaste océan. Pour Clémence qui ne venait d'une région littorale, cela pouvait lui être agréable de voir une telle étendue d'eau et découvrir de nouveaux paysages. La plupart des côtes étaient rocailleuses, mais cela n'enlevait en rien le plaisir de se détendre devant les vagues secouant la mer.

Andran emmena Clémence jusqu'au sanctuaire de son Ordre en ces lieux. Il valait mieux prendre un peu de repos avant de l'emmener ou que ce soit, et puis il y avait ses hommes qui vivaient ici également. Certes, ils n'étaient pas nombreux, mais cela n'y changeait rien, il pouvait au moins leur présenter Clémence, celle qui, aux dernières informations qu'ils ont reçus, était toujours sa compagne. Une fois devant la porte des écuries, le chevalier constata que les portes étaient toutes verrouillées. Personne n'était au Sanctuaire.

« Je ne m'attendais pas réellement à un tel accueil… Et je n'emmène jamais mes clés à Cantharel. » soupira le chevalier.
« Encore une chance que je ne me sois pas absenté bien longtemps. » dit une voix, derrière eux, qui était familière à Andran.

Derrière eux, un jeune homme s'approchait d'eux. Il était brun, assez grand et plutôt svelte. Considérant sa tenue vestimentaire et sa démarche, il s'agissait d'un noble. Andran étira son plus beau sourire en voyant son ami Spahi s'approcher. Le jeune garçon était également son second, le bras droit, et ne retint pas un sourire en renvoyant son commandant. Les deux partagèrent une chaleureuse accolade, avant de s'intéresser à Clémence.

« Vous devez être Clémence ? Je suis Sire Spahi Royce, pour vous servir. » se présenta le jeune homme en s'inclinant gracieusement. « J'ai beaucoup entendu parlé de vous, ces derniers temps. Je suis enchanté d'enfin faire votre rencontre. »
« Spahi est mon ami, et également mon bras droit. Je suis ravi de pouvoir vous le présenter, car il compte beaucoup pour moi. »
« À ce propos, laissez-moi donc vous ouvrir les portes. Nous règlerons l'affaire des chambres une fois que vous aurez posé vos fesses sur une chaise ! »

Le jeune homme était souriant et appréciable, comme il l'était toujours. Clémence ne lui suscitait ni méfiance ni dédain, et il préférait se montrer agréable à son égard. Nul doute que Reold lui avait révélé certaines informations : ses origines, son ancienne vie, sa relation avec Andran… Tant qu'il ne se montrerait pas trop ostentatoire et irrespectueux, Clémence n'avait pas de raison de se méfier de lui. Spahi était un garçon incroyablement altruiste et ouvert d'esprit, qui savait se tenir et se montrer courtois. Ce dernier déverrouilla en premier les écuries, puis enchaîna sur les portes donnant sur la salle à manger, qui faisait office d'une pièce d'accueil. Spahi aida même Clémence et Andran à ranger leurs affaires, avant de leur servir de quoi boire.

« Pour les chambres, j'ai pensé à installer des paravents ou des tapisseries pour que Clémence puisse garder une certaine intimité. Évidemment, le mieux serait de lui donner le lit à l'extrémité d'une pièce, et pour nous deux de prendre l'autre côté. C'est à vous de voir. »
« Attends… tu veux dire que les autres ne sont pas à Eyroles ? »
« Ah ! Ils n'ont pas résisté à l'appel des flots et de la brise claquant les voiles des mâts d'une caraque ! Ils sont en mer, afin de traquer un navire de pirates. Ils sont partis il y'a quatre jours. »

Andran demeura partagé entre l'étonnement et une certaine forme de soulagement. D'une part, il n'y aurait aucun problèmes de lits, et personne n'aurait à dormir dans la cuisine, l'entrepôt ou les écuries. De l'autre, le commandant, bien qu'heureux de revoir Spahi, n'aurait pas lésiné sur le fait de revoir ses autres frères d'armes. Dans l'ensemble, il ressentait tout de même l'impression d'avoir choisi le pire moment pour revenir, puisqu'il n'y avait pas grand chose à gérer. Spahi s'absenta de nouveau afin de trouver de quoi satisfaire Clémence pour les chambres, permettant à Andran de se retrouver seul avec sa bien-aimée. Il lui adressa un doux sourire.

« Je comprendrai parfaitement que vous ne souhaitiez pas partager la même chambre que nous. Spahi ne sait pas tout de votre passé, puisque Reold n'a fait part que de ce qu'il sait lui-même. C'est pour cela qu'il ne se pose même pas la question. Vous n'avez pas à vous y contraindre. »  dit-il en fixant la jeune femme. « Dans tous les cas, je serai ravi de vous faire visiter la ville et ses alentours quand vous le désirerez. »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMar 28 Jan 2020 - 11:38


Le voyage s'était poursuivi, un peu moins lourd qu'auparavant mais toujours aussi gênant. Andran n'avait rien tenté de plus depuis ce baiser sur sa main à Châteauvieux et cela convenait très bien à la jeune femme. Il était vrai qu'ils avaient déjà été plus proches que cela mais elle ne voulait qu'il croit que tout était gagné parce qu'elle avait accepté qu'il tente de la reconquérir. Elle l'aimait encore mais elle avait besoin de s'assurer qu'il changerait vraiment avant d'accepter de lui remettre son cœur à nouveau et cela prendrait du temps.

Clémence pénétra pour la première fois dans la cité d'Eyroles et découvrit un paysage bien différent de ce qu'elle avait connu. La troupe lui avait toujours évité l'échappatoire que représentait les ports aussi n'en avait-elle jamais vu de ses propres yeux. Les embruns salés lui parvenaient avec discrétion, de même que le bruissement des vagues. Il y avait un peu plus de vent que dans les terres et elle était bien contente de toujours porter son foulard sur la tête sans quoi sa chevelure volerait autour d'elle. Elle sursauta presque alors qu'une voix retentit derrière eux après qu'ils aient trouvé porte close. A la façon que les deux hommes eurent de se saluer, elle comprit sans mal de qui il s'agissait et les présentations furent presque superflues. Lorsque le nouveau venu lui dit savoir qui elle était, elle baissa les yeux, un peu gênée. Qu'avait-il entendu exactement ? Que savait-il d'elle ? De sa relation avec Andran ? Mettrait-il les pieds dans le plat alors que tous les deux traversaient une période difficile dont ils ignoraient encore si leur amour s'en relèverait ? Il était trop tôt pour le dire.
L'estrevine fit une rapide révérence comme l'Inquisiteur le lui avait appris. Puis elle emboîta le pas aux deux hommes et entra dans cet autre repère des chevaliers de l'Ordre des Marcheurs Austères. Du peu qu'elle put en voir, c'était un endroit bien plus modeste. Il n'était pas étonnant que ces hommes se débrouillent sans assistance domestique pour entretenir les lieux. Cependant, Clémence devrait bien se rendre utile afin de mériter sa résidence parmi eux...

Tandis que les deux amis discutaient, la jeune métisse scella ses lèvres, ne cherchant aucunement à intervenir dans leur conversation. Elle se contenta d'écouter tout en observant autour d'elle. Bien vite, la question des chambres se posa et elle entendit la proposition de Spahi. Elle ne dit rien mais Andran avait visiblement perçu son trouble car, dès qu'ils furent seuls, il se pencha vers elle pour s'enquérir de son avis.

-Je... serais plus rassurée avec une porte que je peux fermer mais... Vous serez là. Et puis... Personne ne passera derrière le rideau ?

Clémence posa sur son protecteur un regard sans équivoque. La question n'attendait pas de réponse. Elle savait qu'elle pouvait avoir confiance en lui. Il n'entrerait pas dans cet espace qui lui servirait de chambre sans son accord et il ne permettrait pas non plus que quiconque se le permette. Elle serait probablement en sûreté mais elle devrait fournir un effort pour parvenir à endurer cette situation. Elle allait dormir, se changer et se laver dans la même pièce que plusieurs hommes, simplement séparée d'eux par un bout de tissu ou de tapisserie. Elle aurait très certainement à cœur de s'assurer qu'il n'y aurait aucun interstice par lequel on pourrait la voir, même avec une bougie allumée de son côté.
Finalement, elle esquissa un sourire timide pour lui signifier qu'elle acceptait de tenter l'expérience de cette organisation, tout aussi inconfortable fut-elle pour elle. Les hommes n'étaient que deux pour l'instant, dont un seul qu'elle ne connaissait pas. Elle espérait parvenir à dormir ainsi avant le retour des autres membres de l'Ordre à Eyroles. Cependant, elle se garderait bien de rappeler à Andran qu'elle n'était encore jamais parvenu à fermer l’œil en partageant la même chambre que lui. Elle craignait qu'il ne s'en soit pas encore rendu compte et qu'il ne le prenne une fois de plus pour lui.

Quant à sa proposition de visiter les environs, elle ne sembla pas tout à fait emballée.

-J'aimerais prendre le temps de m'installer et me reposer un peu avant...

Ils avaient fait beaucoup de route ces derniers temps. Sainte-Berthilde n'était au final devenu guère mieux qu'une simple étape sur leur trajet puisqu'ils n'y avaient passé qu'une seule nuit. C'était même pire étant donné que Clémence y avait posé ses bagages en pensant qu'il s'agissait de la fin de leur voyage... Elle ne se sentait pas le courage de ressortir pour se promener le jour-même de leur arrivée. Elle avait besoin de repos, certes, mais aussi de prendre quelques points de repères dans ce nouveau lieu où elle allait devoir résider pour une durée encore indéterminée et où elle ne connaissait personne.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeSam 1 Fév 2020 - 1:29

« Oui, je me doutais bien que vous préféreriez vous reposer pour aujourd'hui. Je voulais simplement vous dire que nous pourrions prévoir cela pour les prochains jours. »

Sans attendre de réponse, Andran arqua un sourire bienveillant à Clémence, puis la laissa seule pour aider Spahi à trouver de quoi séparer la chambre en deux parties. Le jeune homme avait déjà retourné l'entrepôt pour dégoter toute sorte de tapisserie pouvant satisfaire la jeune femme. Finalement, les deux chevaliers trouvèrent d'épaisses tapisseries sombres qui feront sûrement l'affaire. Pendant que Spahi partit les installer, Andran denicha lavabo, petits bancs et autres meubles pour que Clémence ait droit à un minimum de confort. Finalement, la jeune femme avait un coin à elle, même si ce n'était pas le luxe de la chambre personnelle de l'Inquisiteur.

La journée s'acheva sur l'installation de cette “chambre dans la chambre” pour Clémence, et par des discussions diverses et variées entre les trois personnes, ou au moins entre Spahi et Andran. Le jeune garçon était curieux et se montrait agréable à l'égard de la protégée de son ami. Surtout, il avait la décence de ne pas la contraindre à lui répondre lorsqu'il dépassait le cadre de l'intimité ou de l'indiscrétion, ce que l'inquisiteur appréciait énormément. De toute façon, il devait sûrement savoir que le passé de la jeune femme était à éviter.

Après avoir pris un léger repas et procrastiné durant la soirée, le petit groupe partit se coucher. Comme prévu, les deux hommes prirent les lits les plus éloignés des tapisseries séparant le lit de la jeune femme des leurs. Quand les autres reviendront, Andran supposait prendre le lit le plus proche de sa protégée, car, à défaut d’être son amoureux, il sera toujours son bouclier. Dans le pire des cas, il pourrait trouver un autre logement pour elle. Quoi qu'il en soit, ce problème sera réglé en temps voulu.

« Si quoi que ce soit vous dérange, n'hésitez pas à me réveiller. » lui avait dit Andran, avant de la laisser seule pour la nuit.


~~~~~~~~

Le lendemain, Andran se réveilla avant l'aube, après une nuit assez agitée. Il avait peiné à trouver le sommeil, anxieux à l'idée de discuter seul avec Clémence, aussi bien parce qu'ils n'avaient pas eu de conversation longue et sérieuse depuis le drame à Diantra que parce que le moindre faux pas sera fatal. En se levant et après s'être habillé et lavé, il trouva Spahi dans la salle à manger. Il mettait déjà la table pour le petit déjeuner. Ce garçon avait le don pour se lever très tôt, et il s'étonna d'ailleurs de voir son ami qui, lui, se levait toujours pile à l'aube.

« Impossible de trouver le sommeil. » se justifia Andran, alors même que Spahi ne lui avait pas posé la question.
« Qu'est-ce qui te tracasse à ce point pour que tu n’arrives pas à dormir ? »
« Je n’osais pas te le dire devant elle, mais maintenant, j’ai l’opportunité de t’en parler. Nous sommes en froid avec Clémence. Nous nous sommes disputés il y a quelques ennéades, lors de notre voyage à Diantra, et je cherche à obtenir son pardon pour mes… mots durs, après qu'elle en ait eu maladroitement à mon égard. »
« Oh, je vois. Les fameux quiproquos mentionnés dans les lettres de Meister Reold. Ce sont des choses qui arrivent, surtout quand… Hum, les deux personnes s’opposent sur beaucoup de choses, et je ne parle pas que de couleur de peau. Mais Clémence n'a pas l'air d'être ce genre de mégère irascible fermée au raisonnable. Crois-moi, c'est une très bonne chose. »

Spahi était jeune, et lui qui aimait la compagnie des femmes, il savait séduire et comprendre celles-ci. Sa différence avec les coureurs de jupons était qu’il n'en faisait pas une malsaine collection, et s'en vantait encore moins. Il faisait preuve de tact, de finesse, et surtout de courtoisie et de respect. Ses relations duraient un certain temps, et ce même après être passé à l’acte, bien qu’il était contraint à conserver un minimum de discrétion. Alors, quand il lui disait quelque chose, Andran pouvait au moins le croire, au plus le prendre en compte. Ceci étant, Clémence n’était pas tout à fait comme les autres femmes. Elle a subi des douleurs dont le jeune homme ne soupçonne même pas l’existence, et qui pourtant avaient leur importance pour son frère d’armes ainé. Toutes ces spécificités l’avaient charmés et l’attiraient toujours, mais elles l’effrayaient tout autant puisqu’il ne voulait pas se montrer brusque ou maladroit… ce qu’il n’avait cessé de faire ces derniers temps.

« Je crois que le temps s’annonce agréable, pour aujourd’hui. Ciel bleu, température assez douce… comme un signe des Dieux que je devrais prendre les devants aujourd’hui. »
« Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Tant que tu parles avec ton cœur et non pas avec ton sexe ou même trop avec ta tête, tu n’as aucune raison d’échouer. »
« Oui, c’est ce que j’ai fini par comprendre. Si le beau temps perdure, j’ai peut-être un endroit en tête où je pourrais l’emmener. »
« Ne suis-je qu’un trouble-fête à vos yeux ? … Bah ! Je plaisante ! De toute façon, Hermann m’a définitivement dégouté de la vie intime des autres. Il se met à raconter ses galipettes à table maintenant… quelle horreur. » Spahi accompagna cette dernière remarque d'un geste de dégout, en réponse duquel Andran esquissa un sourire.
« Oh, ce n’est pas ce qui me tracasse avec Clémence... Tu me connais, je n'aime pas aller trop vite en besogne et nous préférons tous les deux prendre notre temps. »
« Et c’est très bien comme ça. Une femme aime savoir qu’elle n’est pas simplement un objet de désir sexuel, enfin… j’exclus celle qui cherche exclusivement des relations sexuelles mais j’ai bien l’impression que ta chère n’en fait pas partie. Tu vois, finalement, sans expérience, tu as compris comment elle réfléchissait. Tu as juste besoin d’un peu d’assurance et de courage, mais cela viendra avec le temps. A ce sujet, mon père me répétait toujours un adage : si tu aimes vraiment une femme, cela se lira sur ton visage et inversement. »

Les mots du jeune homme eurent l’effet escompté : Andran se sentait rassuré, soulagé, et confiant. Spahi connaissait trop bien son ami, et savait comment lui redonner le moral lorsque celui-ci était dans les chaussettes. Il connaissait également tous les secrets de son Commandant, y compris sa conception de l’amour avec une seule femme qu’il ne cesserait jamais d’aimer. Peut-être était-ce Clémence, mais ce n’était pas à lui d’en juger ou d’en décider. Spahi avait néanmoins remarqué que la belle n’avait rien d’une femme ordinaire à bien des égards aux yeux de son ami. Il n’avait pas connaissance de toute leur histoire, certes, mais il n’était pas aveugle.

« Je ne peux pas dire que cet adage nous anime depuis quelques temps, mais c’est l’objectif. De toute façon, je n’ai plus rien à perdre. »

Lorsque l’intéressée fut tirée de sa torpeur et qu’elle entra dans la salle à manger, les deux chevaliers la saluèrent, lui proposant de s’asseoir à leurs côtés pour partager le petit-déjeuner. Ils en profitèrent pour clore la conversation à son sujet, en priant silencieusement qu’elle n’ait rien entendu. Aussitôt, l’anxiété du chevalier refit surface pour nouer son estomac. Cela ne l’empêcha pas de se montrer serviable et agréable, mais, pour ce qui est de lui proposer de lui faire découvrir un endroit sentimentalement très important pour lui, l’affaire était rudement plus difficile. À nouveau, il avait peur d'essuyer un refus.

« Vous avez bien dormi ? » lui demanda-t-il alors, préférant s’inquiéter de ce qui pouvait la terrifier. « Nous pouvons encore arranger certaines choses si vous en avez besoin. »
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Sauveur Hadjaoui
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeSam 1 Fév 2020 - 19:42


C'était un espace plutôt confortable finalement. Presque autant que sa chambre à Sainte Berthilde. La seule différence, c'était qu'ici les murs ne la protégeaient que de la vue des autres. Elle avait son propre lit ainsi qu'un espace de toilette. Sa malle faisait office d'armoire mais aussi de table de chevet. C'était spartiate mais c'était bien mieux que la cage pour animaux dans laquelle on l'enfermait autrefois. Alors, bien sûr, lorsqu'on lui demanda si cela lui convenait, la réponse ne s'était pas faite pas attendre.

Allongée sous la couverture, les yeux de Clémence passaient en revue tous les détails qui se trouvaient à sa portée, que ce soit les dessins des tapisseries, la petite fêlure dans le lavabo, le coin de tissu qui dépassait de sa malle... Elle ignorait depuis combien de temps elle était ainsi. C'était à peine si elle était parvenue à dormir. Ses paupières étaient lourdes. Pourtant, elle n'arrivait pas à les fermer. Elle entendait plus loin les respirations et les mouvements de ses deux colocataires et le sommeil l'avait fuit. Elle avait beau savoir qu'Andran était parmi eux, cela ne suffit pas. Le seule moment où elle parvint enfin à s'endormir, ce fut lorsqu'elle entendit une puis deux séries de pas quitter le dortoir.

Peu à peu, le jour s'était fait dans la pièce. Le vent de la veille avait apparemment chassé les nuages et le pâle soleil d'automne perçait par les interstices des volets. Le petit coin de l'estrevine avait été installé de manière à ce qu'elle jouisse d'une fenêtre pour ne pas avoir toujours besoin d'une bougie pour s'éclairer et aérer sa "chambre" de temps à autre. Cependant, Clémence n'avait pas profité du spectacle. Elle n'avait dormi qu'une heure et son corps avait fait son possible pour tenter d'en tirer profit. Elle se redressa sur sa couche avec une lourdeur qu'elle n'avait plus connu depuis longtemps. Elle passa une main sur son visage mais elle devait vite se rendre à l'évidence : ce ne serait pas suffisant. Alors elle se leva et, vérifiant qu'elle était toujours seule, elle se lava en vitesse pour se rafraîchir et se réveiller. Puis elle s'habilla et sortit.
Observant ces lieux qui lui étaient encore inconnus, Clémence progressait lentement. Elle avait déjà fait le chemin de l'entrée jusqu'à la salle à manger puis jusqu'au dortoir donc elle ne craignait pas de se perdre mais elle tentait de s'imprégner de l'endroit où elle passerait les prochains jours, les prochaines ennéades... Peut-être les prochains mois. C'était petit... Elle peinait à s'imaginer la vie ici avec une poignée d'hommes supplémentaires.

Les pas de l'estrevine s'arrêtèrent devant la porte du réfectoire d'où des vois s'échappaient. Elle eut un instant de réflexion avant de repousser le battant en même temps que ses peurs. Les deux chevaliers se trouvaient là, apparemment en train de discuter et elle ne put que supposer qu'il s'agissait des affaires de l'Ordre. Elle n'eut cependant pas le temps de demander si elle dérangeait que tous deux la saluèrent et l'invitèrent à les rejoindre. Si elle n'avait pas dormi, il fallait qu'elle mange pour tenir durant les heures qui la mèneraient jusqu'au soir. Alors elle vint s'asseoir, préférant le côté d'Andran à celui de l'homme dont elle ne connaissait encore que le nom. A la question de l'Inquisiteur, elle ne répondit pas vraiment. Tout juste eut-elle un sourire timide lorsqu'il lui offrit d'améliorer son installation. Si elle appréciait l'offre, elle ne voyait pas comment cela serait possible. Il n'y avait guère d'autre endroit où l'installer dans le bâtiment et ils avaient déjà fait tout ce qu'ils pouvaient pour lui créer une chambre plus que convenable. Demander davantage serait exagéré à ses yeux...

-Ça va, merci. Finit-elle par dire pour appuyer sa réponse silencieuse.

La belle était fatiguée mais cela restait assez discret pour le moment. Sur l'invitation de Spahi, elle prit une tranche de pain déjà découpée et y disposa un peu de confiture de groseille achetée sur le marché la veille. La table était sommairement garnie. Cela changeait des repas préparés par Hans et, en même temps, elle trouvait cela presque triste. Cet endroit était si silencieux contrairement à Sainte Berthilde ou dans les campements des hommes du Marquis. Elle n'avait plus connu pareil calme depuis qu'elle avait rencontré Andran. Finalement, elle décida de briser une telle quiétude car elle venait à presque la déranger.

-Alors... Comment... les choses se déroulent ici ? A quoi ressemblent vos journées ? S'intéressa-t-elle.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeLun 3 Fév 2020 - 14:20

Andran savait pertinemment que ce petit coin dans les dortoirs n'était pas du luxe et que Clémence n'avait jamais eu à dormir dans la même chambre que deux autres hommes, même ceux dont elle n'avait rien à craindre. Elle avait été contrainte d'affronter une telle épreuve alors qu'elle aurait sûrement préféré s'y préparer un peu plus et l'affronter délibérément. Peut-être était-ce un mal pour un bien, une nouvelle étape pour vaincre ses peurs ? Mais, que ces expérience soient bénéfiques ou non, Andran n'appréciait lui imposer un défi de la sorte, même s'il se montrait protecteur et compatissant pour qu'elle sache qu'il sera toujours présent pour l'aider.

Clémence avait commencé à manger son petit-déjeuner. La salle était dominée par un silence assommant pour les deux arrivants qui avaient pris l'habitude du bruit qui animait le sanctuaire de Cantharel. Andran appréciait les silences, lui qui était plus introverti et solitaire que la plupart de ses frères d'armes. Il était plus aisé dans la solitude, et ses récentes bévues avec Clémence le prouvent bien, lui qui avait accumulé les maladresses. Fort heureusement, il savait se montrer plus charismatique et bien-aisé avec d'autres personnes… celles des catégories qu'il avait pour habitude de côtoyer.

« Hé bien, cela ne diffère pas tant que cela de ce que vous avez pu voir à Cantharel. Nous nous entraînons, mangeons correctement et j'en passe. La petite différence est que nous faisons tout nous-même : ménage, cuisine… » répondit Andran, en même temps que Spahi pouffait à sa dernière remarque.

En effet, le manque de personnel pour ces tâches se faisaient cruellement ressentir. Autant, pour le linge, cela demeurait correct, autant pour le reste… c'était une autre histoire, et surtout pour la cuisine. Mais les chevaliers étaient débrouillards et savaient se contenter du minimum et rien ne les empêchait de s'en amuser et de passer du bon temps ensemble. Et puis, le logis était trop petit, pour l'instant, pour accueillir cuisiniers, femme de ménages et autres employés dans les locaux. Ce n'est pas comme si l'atmosphère était invivable.

« Ceci dit, il y a ici des activités que Cantharel ne connait pas. Le port en est un bel exemple, et l'océan également. Des ilots tranquilles bordent nos côtes, accessibles par de petits voiliers. » ajouta Andran, qui adorait la navigation.
« Oui, et nos missions en sont souvent plus diverses. Prenez l'exemple de nos frères partis chasser les pirates. Nos quêtes nous mènent parfois à bord d'un navire pour prendre la mer. » intervint Spahi, toujours animé par la bonne humeur.
« À ce propos, si vous n'êtes toujours pas contre l'idée de découvrir certains endroits, il y en a un qui j'aimerais vous montrer plus tard dans la matinée, après notre entraînement… si cela ne vous dérange point. »

Peut-être se montrait-il trop impatient, trop pressant, mais la très mauvaise nuit du chevalier lui avait donné une curieuse idée. Il n'avait pas envie de se vautrer dans les incessantes demandes de pardons sans conviction qui ne rimaient à rien. Andran voulait charger droit devant, balayant doutes et craintes une bonne fois pour toute comme une charge de chevaliers balayant un bataillon d'infanterie. Chaque seconde l'éloignait un peu plus de sa chérie : il devait agir rapidement. Pour ce faire, il pensait que se trouver dans un endroit qu'il appréciait énormément suffirait à lui donner confiance et sérénité.

À son grand bonheur, Clémence accepta sa proposition. Pourquoi l'aurait-elle rejeté puisqu'elle avait accepté de lui laisser sa chance ? Sa belle protégée ne semblait pas être ce genre de femmes à jouer avec le cœur des autres. Andran n'avait pas à craindre qu'elle ne le roule dans la farine pour mettre à l'épreuve ses limites. Cela n'apporterait rien à personne, hormis frustration et colère, et nul doute qu'elle n'avait pas besoin d'une nouvelle démonstration pour s'en assurer.
À la fin du repas, Andran partit s'entraîner avec son unique compagnon, promettant à la jeune femme qu'il se libérerait suffisamment tôt pour lui consacrer assez de temps afin de pouvoir discuter ensemble et profiter du nouveau cadre qu'offre Eyroles. Les passes d'armes qu'échangeaient Spahi et son ami ressemblaient aux retrouvailles d'un maître et de son ancien élève : l'un jaugeant l'autre pour s'assurer qu'ils avaient continué de progresser. L'entraînement dura moins d'une heure, le jeune homme se montrant compréhensif et bénissant Andran pour qu'il réussisse à reconquérir le cœur de celle qu'il aimait.

Le chevalier partit alors se laver rapidement puis se changer pour se montrer plus présentable qu'un homme qui s'en vient d'un effort physique intense. Une fois prêt, il chercha Clémence qui devait l'attendre depuis quelques temps déjà, bien que l'impatience n'est pas ce qui l'animait depuis tout ce temps. Lui adressant un sourire détendu, Andran la guida alors jusqu'à l'écurie, puis ils prirent le chemin de la sortie de la ville pour se diriger vers la côte nord. Après quelques minutes de marche, semée d'une montée vertigineuse vers le sommet d'une falaise, ils arrivèrent à destination. Là, un arbre culminait du bord d'une falaise rocheuse dont la hauteur offrait une vue extraordinaire sur la mer et l'horizon. L'arbre qui trônait ici offrait de l'ombre face au soleil, et le seul bruit de la marée et de la nature offrait une douce sensation de paix et de tranquillité. Le chevalier s'approcha du bord, balayant le panorama de son regard, heureux de revoir cet endroit si cher à son cœur.

« Quand j'étais plus jeune, ma tutrice m'avait amené ici un jour pendant lequel j'étais agité et tourmenté. Elle m'avait elle-même avoué que cet endroit lui permettait de se détendre lorsqu'elle manquait de moral. Depuis, je viens souvent ici quand… j'ai des besoins de solitude, de calme, de détends… » dit le chevalier en conviant d'un geste Clémence à s'approcher pour qu'elle puisse observer le paysage. « J'ai toujours trouvé cette vue magnifique, elle m'a toujours permis de me libérer des tracas du quotidien, et également de m'endeuiller de mes proches qui ne sont plus de ce monde pour m'épauler. »

Andran étira un léger sourire en repensant à cette femme qui l'avait choyée pendant des années et qui avait aujourd'hui disparu, et à tant d'autres en qui il était redevable. Mais, il n'avait pas envie de s'attarder sur cet évènement, car ce n'était même pas le point où il souhaitait en venir. Certes, il était toujours marqué par son décès, mais, peu à peu, Clémence avait étonnamment réussi à la remplacer, alors même que leur relation n'était pas du tout similaire. Une présence féminine se montrait toujours agréable : une femme ne pense pas comme un homme, et leur caractère était appréciable dans bien des situations.

« Je… Vous n'auriez pas, de votre côté, des endroits, quels qu'ils soient, dont vous vous souviendrez toujours ? Un lieu légué par vos parents, par exemple ? Ou même un lieu que vous auriez pu découvrir avec … vos frères ? »

Andran n'avait plus peur de rien. Il se souvenait très bien que le sujet sur lequel il avait explosé de colère était celui de la famille… celle de Clémence en particulier, même si ce n'était pas réellement la cause de ce désastre. Le sujet aurait pu être autre sans que le résultat ne change. Peu importe, désormais. Le chevalier était conscient qu'il était en train d'aborder un sujet qui avait suscité sa colère, et, si l'on veut être honnête, il agissait délibérément. Il souhaitait que cette petite heure de conversation qu'ils avaient devant eux s'annonce comme le prolongement de celle qu'ils avaient eu à Diantra… le prolongement qui aurait dû avoir lieu pour que, cette fois-ci, leur discussion se termine telle qu'elle aurait dû s'achever quelques ennéades plus tôt, comme pour effacer cette tâche noire et sale sur un parchemin proprement écrit.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeJeu 6 Fév 2020 - 19:34


Clémence observait le paysage. Elle n'avait vu la mer qu'une seule fois auparavant : lorsqu'on l'avait fait voyager d'Ithri'Vaan jusqu'ici. Ensuite, elle n'avait plus eu l'occasion de l'approcher. Dix-huit ans plus tard, elle redécouvrait cette odeur pourtant différente de celle qu'elle avait sentie sur le bateau dont on recouvrait sans arrêt le pont de poix... L'air était plus frais, plus pur, plus doux. Les embruns salés ne demeuraient pas un excellent souvenir... Mais elle n'avait jamais observé de côtes telles que celles-ci. L'herbe verte recouvrait une colline qui s'arrêtait net sur une falaise blanche. L'arbre qui les abritait du soleil se trouvait si près du vide que c'était à se demander comment il avait pu pousser ici. L'eau s'étendait à perte de vue, s'assombrissant en s'approchant de l'horizon. Ses reflets argentés contrastaient avec la profondeur de son bleu. Un bleu qui lui rappelait les yeux de Nadea.

La voix d'Andran la coupa dans sa contemplation mais elle ne se tourna pas vers lui. Elle se contenta de baisser les yeux avant de les lever de nouveau vers l'océan. Il avait voulu la mener jusqu'à un endroit important pour lui. Un endroit où il aurait bien eu besoin de se retrouver seul après les ennéades qui venaient de s'écouler. Cependant, il avait choisi de l'y conduire aussi et elle ne se l'expliquait pas vraiment. Alors elle l'écouta sans prononcer un mot avant que ne revienne le silence.
A la question de l'Inquisiteur, Clémence le regarda enfin. Alors c'était pour cela ? Il voulait la relancer sur une conversation plus légère ? Quelque chose en lien avec sa famille ? Jusque là, le sujet lui avait toujours apporté beaucoup de joie. Mais, désormais, elle craignait que s'en approcher serait s'approcher de la possibilité de le voir s'emporter à nouveau. Aussi, elle hésita quelques instants, le regard perdu entre l'herbe devant elle et l'océan au loin. Et puis...

-La maison était toujours très agitée. C'était difficile de se retrouver seule avec six frères et sœurs et quatre parents. Mais il y avait un endroit où c'était possible. Elle se tourna vers Andran. L'arbre au pied duquel Courtois m'a trouvée avec les deux chevilles tordues. Dit-elle avec un sourire amusé, contrit et nostalgique.

Elle lui avait déjà parlé de cet endroit. De ce moment où elle avait compris que son frère, qui lui faisait si peur, n'était pas méchant en fin de compte. Elle reporta son regard sur le paysage et poursuivit. Cette fois, leur sujet de conversation ne la rassurait pas et il pouvait lire l'appréhension dans son regard. Mais s'il avait voulu qu'elle lui parle de cela, c'était sans doute pour une bonne raison. Alors elle avait laissé sa confiance en lui faire taire ses craintes pour lui permettre de se prêter à l'exercice qu'il lui proposait. Il lui avait promis de changer après tout...

-Je montais dans ses branches. Les arbres ne perdent pas leurs feuilles en Ithri'Vaan, il y fait bien moins froid. J'étais donc toujours cachée. Je profitais du calme en écoutant le bruissement du vent dans les branches. C'était mon repère à moi... Même si tout le monde savait où me trouver. Ajouta-t-elle, à demi amusée. Mais on ne venait jamais me déranger sans raisons. Aimé est monté s'asseoir à côté de moi une fois où j'étais triste. Nous avons passé un long moment à regarder les champs autour de nous. Nous ne nous sommes pas parlé, il savait que le fait qu'il soit là me suffisait. Il a un instinct très sûr pour ces choses-là... Conclut-elle, plongée dans son souvenir.

Elle n'était plus tout à fait sûre de la raison de sa tristesse ce jour-là. Un chagrin d'enfant qui apprenait la rudesse de la vie alors qu'elle était plongée dans le bonheur jusque là. Rien de très grave, juste une leçon à apprendre. Elle s'était sentie épaulée par la simple présence de son frère qui avait su parfaitement quoi dire ce jour-là. A savoir : rien. Il l'avait juste prise dans ses bras au bout d'un moment et elle ne l'avait pas rejeté car il l'avait fait pile quand il le fallait.
Clémence se tira soudainement de son songe, se tournant avec hésitation vers Andran.

-Comment... Comment s'appelle cet océan ?

A la réponse du chevalier, elle fronça brièvement les sourcils. Cela ne lui disait rien. Ce n'était certainement pas par là qu'elle était arrivée mais elle n'aurait pas été capable de dire dans quelle direction se trouvait son pays d'origine. Si elle connaissait le nom de cette terre, elle ignorait ce que signifiait réellement le mot "péninsule". Elle ne pouvait donc pas se douter qu'elle était à l'autre bout du monde en passant par la mer. De toute façon, ici ou ailleurs, elle serait toujours bien trop loin de chez elle quoi qu'il arrive.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeSam 8 Fév 2020 - 20:27

Andran fut prit d'une vague de soulagement lorsque Clémence évoqua son passé et répondit à ses questions. Après leur dispute à Diantra, elle aurait pu préféré ne plus parler de sa famille, car elle n'avait certainement pas la volonté de voir son protecteur exploser de colère une nouvelle fois pour deux mots de travers. Les yeux perdus à travers l'horizon, il écoutait sa belle raconter ses souvenirs, se remémorant lui-même du premier souvenir qu'elle lui avait confié : le jour durant lequel Courtois, son frère, était venu la chercher et l'avait emmené dans leur domaine à bout de bras. Les liens du sang entre Hadjaoui étaient si puissants que cela lui rappelait presque les liens de l'honneur qui l'unissait à ses frères d'armes. À de très nombreuses reprises, ses frères avaient été présents pour l'épauler, et lui l'était tout autant pour porter assistance aux siens. Ils avaient beau être très différents les uns des autres, ils étaient tous solidaires.

Le noble laissa la jeune femme exposer son souvenir, comme s'il était un enfant à qui on lisait une histoire avant de dormir. Ses souvenirs d'enfants n'avaient pas tous été aussi niais ou gais, même s'il avait pu partagé d'incroyables moments avec ceux qui formaient sa nouvelle famille. Un page et écuyer n'avait pas toujours droit à ces moments d'oisiveté et de naïveté que tout enfant aimerait s'offrir ne serait-ce que quelques minutes. Andran étant un homme habituellement solitaire et introverti, il comprenait toujours ces personnes qui aimaient être seules de temps à autre. Rester à l'écart de tout et de tous procurait beaucoup de bien, surtout lorsque l'on était triste. Alors, il pouvait comprendre cette volonté de la jeune femme, même enfant, de vouloir s'isoler du reste de sa famille.

« Il s'agit de l'Océan Eris, il s'étend depuis les grandes montagnes du Nord, où siège le royaume des Nains, jusqu'au Sud du Royaume Péninsulaire. Personne ne sait ce qui se trouve, par delà l'Ouest. Il existe une île, au Sud-Ouest d'ici, mais elle est jonchée de pirates. Il s'agit de l'Île de Meca. Cet océan est souvent froid et agité, même les jours d'été, mais cela n'empêche pas les marchands du monde entier de venir jusqu'ici. »

Andran s'était déjà demandé si l'Océan avait une limite, quelle qu'elle soit. Si jamais un fou s'était osé à en savoir plus, il n'était jamais revenu des flots. Les dangers étaient nombreux, entre les tempêtes, les pirates, la logistique et les maladies. Il suffisait qu'un matelot n'attrape une mauvaise maladie pour que l'expédition tourne au désastre. Cela devait être bien difficile d'explorer une telle étendue d'eau, d'autant plus que l'absence complète de terre pouvait vite décourager n'importe quel explorateur. C'était l'une des raisons pour lesquelles le nordien ne souhaitait pas prendre part à une telle expédition. Les principales raisons étant son statut de chevalier, il avait donc des personnes à protéger, et, de cette première raison découlait la seconde : Clémence. Il devait la protéger, certes, mais il la chérissait beaucoup trop pour s'éloigner d'elle, surtout en ces temps où leur relation n'était pas au beau fixe.

« Il m'est souvent arrivé de prendre la mer à bord d'un navire quel que soit sa catégorie. Je ne suis jamais allé vers la Mer Olienne et au delà, mais cela m'a permis de découvrir un autre mode de vie, d'autres personnes et… un autre moyen de se déplacer. Les meilleurs instants sont les nuits étoilées, lorsque les matelots sont au lit et que l'on peut se retrouver seul sur le pont. Ainsi, seul le bruit agréable du bateau fendant les eaux se fait entendre alors que je peux garder les yeux rivés sur les étoiles brillantes. »

Le chevalier, adouci par ses souvenirs, s'interrompit sur ce dernier mot, laissant sa place au silence accompagné des bruits de la nature. Les vagues bruyantes se déferlant sur les rochers, au pied de la falaise, ainsi que cette légère brise fraiche agitant les branches de l'arbre qui culminait depuis cette hauteur. Il connaissait cet endroit depuis sa jeunesse, et pourtant, il demeurait l'un de ceux dont il ne pouvait s'empêcher de revoir. Peut-être était-ce sa vie d'homme côtier qui voulait cela, néanmoins il appréciait la simple vue de la mer, et la navigation était devenue une réelle passion. À Cantharel, Andran n'avait plus qu'à se contenter de lacs ou d'étangs, comme celui cerclant l'îlot sur lequel il avait embrassé Clémence pour la première fois. Hormis celui-ci, du fait de la puissance de son souvenir, aucun ne vaudrait cet endroit où ils se tenaient à cet instant. Il était rare qu'un endroit métisse avec autant de réussite l'herbe, la mer, la roche, l'air et un arbre. Il était presque regrettable que la falaise ne soit pas plus haute encore. Andran recula d'un pas, puis posa enfin son regard sur sa belle protégée.

« Vous êtes la seule personne que j'ai amené ici depuis que je connais cet endroit. Pour être honnête, personne ne sait que je passe du temps ici, lorsque j'ai des envies de solitude. Pas même Spahi, dont je suis pourtant très proche. » avoua le chevalier, qui esquissa l'ombre d'un sourire en pensant aux manières par lesquelles il esquivait les questions de son ami. « Quand j'étais plus jeune, j'étais un garçon très solitaire et réservé. J'avais toujours cette impression que, hormis avec certaines personnes, j'étais toujours mieux seul, loin des autres. Avec l'Ordre, j'ai fini par m'ouvrir à autrui, et, après vous avoir rencontré, je me suis ouvert à l'amour. »

Il était temps, auraient dit certains de ses frères d'armes. À trente-huit ans, la plupart des hommes de la noblesse avaient déjà des enfants et même des petits-enfants. Cependant, Andran ne voulait pas d'une femme qu'il n'aime et ne désire pas, quand bien même elle soit belle, gironde et intelligente. Alors, par la force des choses, il avait attendu, même si cette attente avait duré des dizaines d'années et que ce fut très long. Suffisamment long pour que le chevalier puisse espérer reconquérir Clémence pour ne pas avoir à attendre vingt années de plus. Il y a bien un moment où il aimerait posséder son domaine, et où il y fonderait une famille. Quel genre d'homme n'y songeait pas ?

« Est-ce que… comment dirais-je… une famille nombreuse, comme la votre, fut… est-ce que vos parents parvenaient à accorder du temps à chacun d'entre vous ? Est-ce que ce fut aisé pour vous tous de partager des moments ensemble ? »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeVen 14 Fév 2020 - 9:22

Andran était resté simplement attentif à ses paroles tandis qu'elle évoquait son passé estrevin. Cette fois, nul reproche, nulle crise, nulle colère ne vint entacher la discussion qu'ils étaient en train de mener ensemble. Cependant, une fois ne suffisait pas pour faire une généralité. Tout se passait bien pour le moment mais une seule expérience n'effacerait pas Diantra et ce qui l'avait suivi. Elle demeurait toujours sur ses gardes quant à ses réactions.
Le chevalier répondit à sa question, lui fournissant bien plus d'éléments que ce qu'elle avait demandé. Elle peinait à se figurer tout ceci : le royaume des Nains, l'île des pirates, cet océan d'un côté de la Péninsule et la mer de l'autre... En vérité, tout cela soulevait plus de questions encore. Cela signifiait-il que l'on pouvait faire le tour du pays en bateau ? Ou bien qu'il était tout en longueur, raccordant deux terres l'une à l'autre ? Elle ne connaissait rien à la géographie et les points cardinaux ne lui parlaient pas vraiment. Elle n'avait jamais eu à se demander quelle direction prendre, se contentant de suivre la troupe ou l'Inquisiteur...

Le goût d'Andran pour la navigation se ressentait dans ses paroles. Malheureusement, ses mots ne faisaient pas écho dans l'esprit de la jeune femme. Son expérience à elle avec les bateaux avait été très différente. Et puis, plus récemment, ce petit passage en barque ne lui avait pas donné envie de poursuivre dans cette voie. Elle avait manifestement peur de tomber à l'eau, comme toute personne ne sachant pas nager et qui ne voit plus le fond.
Elle l'écouta parler de sa jeunesse et du fait qu'elle était la seule à connaître cet endroit. Voulait-il lui montrer qu'elle comptait à ce point à ses yeux qu'il était capable de tout lui montrer de lui ? Au point de la laisser entrer dans ce petit univers qui n'appartenait qu'à lui ? Elle ne pouvait nier que cela la touchait quelque part. C'était une façon de lui témoigner sa confiance et de lui montrer à quel point il voulait l'intégrer dans sa vie. Certes, il s'était déjà confié à elle mais, jusque là, elle n'en avait jamais su plus sur lui que Reold, Kolgrim ou même Spahi. Maintenant, ce n'était plus vrai...

La question du chevalier surprit un peu Clémence même si elle n'en devinait pas la portée. Elle-même n'avait jamais songé à fonder une famille et, aujourd'hui encore, ne l'envisageait pas. Ce n'était pas qu'elle ne le voulait pas ou qu'elle n'avait jamais pu concevoir qu'Andran demeure à ses côtés jusqu'à la fin. C'était tout simplement qu'elle n'avait jamais eu le loisir de se projeter dans l'avenir. Elle vivait dans l'instant présent, mettant hier de côté et sans se soucier de demain et se son lot d'aléas. Alors, à ses yeux, l'interrogation de l'Inquisiteur était tout à fait innocente et elle y répondit sans réaliser ce qu'il avait en tête en demandant cela.

-Eh bien... J'avais trois mamans. Et, puisque Modeste n'est née qu'après que nous ayons tous été séparé, nous étions sept enfants. Sans compter mon père qui avait nos terres à gérer, cela faisait un peu plus de deux enfants chacune. Mais elle s'occupaient toutes de nous et, en fonction de ce dont nous avions besoin, ce n'était pas la même que nous allions voir. Nadea était la plus patiente quand nous étions malades. Bahiya savait apaiser nos cœurs quand ils étaient en proie à la peur, à la tristesse ou à la colère. Cléore aimait faire des activités avec nous comme la cuisine, du dessin, de l'argile. Mon père était un homme de la terre. Il nous emmenait au champ et nous apprenait à nous occuper du potager. Et puis, entre nous, nous avons plus ou moins d'affinité les uns avec les autres. Pourtant nous aimions partager des moments avec chacun. Les seuls fois de la journée où nous nous retrouvions tous ensemble, c'était au moment des repas. C'était la chose à ne pas manquer pour nous.

Clémence garda à nouveau le silence tandis que ses pensées s'éloignaient subitement de la conversation en cours. Soudain, elle se demandait comment les choses se passeraient aujourd'hui entre eux. Ils étaient tous devenus adultes et vivraient sans doute sous des toits différents. Comment parviendraient-ils à se voir de manière suivie et régulière ? Certains avaient peut-être fait leur vie à des endroits différents les uns des autres. Comment pourraient-ils conserver leurs liens ? Elle n'avait pas de doutes quant au fait qu'ils y arriveraient et ses frères et sœurs le faisaient peut-être déjà, loin là-bas, en Ithri'Vaan. Elle se demandait simplement comment ils procédaient.
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Andran Straggen
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeDim 23 Fév 2020 - 22:20

« Ce n'est pas si différent de l'ordre, finalement. » remarqua Andran, le visage s'animant d'un rictus amusé. « Le moment du repas est celui qui nous unit tous dans une bonne ambiance, quelles que soient nos affinités. »

Andran savait très bien que les liens tant de l'amitié que de la famille se tissaient au fil du temps. Si lui n'avait pas connu de problème d'intégration au sein de son ordre, surtout parce qu'ils étaient peu à l'époque, ce n'était pas la même rengaine pour les plus jeunes. Et ce sera d'autant plus difficile pour les prochaines recrues, qui devront s'intégrer dans un groupe d'une vingtaine de chevaliers soudés et unis. Mais, ces difficultés s'estompent assez rapidement, et aucun ne s'est jamais retrouvé exclu de la sorte.

« Enfin, je suppose que dans une famille telle que la vôtre, l'humeur générale est moins criarde et… “masculine”, si vous voyez ce que je veux dire… »

Les repas de l'Ordre s'animaient souvent de cris de joies, de blagues parfois grasses, de rires aux éclats et de récits en tout genre autour de la chevalerie et du combat. Même s'il ne connaissait rien de la famille de Clémence, le chevalier n'imaginait pas l'un de ses frères ou son père raconter une blague osée dans un rire bien gras, une coupe de vin à la main. D'un autre côté, Andran n'avait de famille que ses frères d'armes, et il n'avait que peu de souvenirs de ses repas avec sa famille de sang. Depuis qu'il avait rencontré Clémence, il avait songé à revoir son frère, mais il n'avait jamais passé le pas, incapable d'imaginer ce qu'il lui dirait. Il ne sait même pas à quoi ressemble Reynard aujourd'hui.

Dans une atmosphère bien plus détendue et agréable que ces dernières ennéades, Andran et Clémence partagèrent ce moment quelques heures de plus, discutant toujours de leur famille et leurs souvenirs respectifs, dans cet endroit paisible. Comme quoi, le chevalier avait raison d'y attacher de l'importance, puisqu'il symbolisera peut-être le nouveau départ de sa relation avec la jeune femme. Au moins, ils auront pu discuter calmement et sereinement, ce qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps. Quoi qu'il advienne à l'avenir, cet instant à deux était un début prometteur. Et, cette fois-ci, il n'aura pas piqué de colère, ni émis des reproches ou des doutes à l'égard de sa protégée. Il profita de cet instant, laissant de côté ses doutes et ses erreurs, comme s'il ré-apprenait à connaître Clémence.

Lorsque le crépuscule approchait à son rythme, le chevalier et sa protégée décidèrent alors de rentrer. Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin, et cette journée n'échappait pas à la règle. Animé par son sourire et sa bienveillance habituels, Spahi les accueillit chaleureusement, se doutant bien que la sortie de son ami ne fut pas un échec car personne n'avait la mine ténébreuse. Ils partagèrent un léger repas et un dernier instant de détente avant d'aller enfin se coucher.


~~~~~~

La nuit fut beaucoup moins agité pour Andran, qui se leva à l'aube. Il était plus détendu que la matinée précédente, ce que Spahi ne manqua pas de constater, lui qui s'était une nouvelle fois levé avant l'aube. Rien n'échappait à ce jeune homme qui connaissait trop bien celui qu'il secondait depuis quelques temps. Ceci dit, il n'était guère difficile de faire la différence entre l'inquisiteur qui était anxieux hier, et celui qui se montrait plus détendu et confiant aujourd'hui.

« Bon alors, tu me la racontes, ta sortie ? » demanda Spahi, d'un air excité et empressant.
« Hé bien… on a juste un peu discuté, loin des oreilles indiscrètes et du tumulte de la cité. Cela nous a fait du bien, mais ce n'est que le début. »
« Certes, certes. Néanmoins, pour penser à la suite, il valait mieux ne pas louper ton coup. Tu as une idée, pour la suite ? »
« Non, hélas. »
« Tu n'as qu'à l'emmener sur une barque et écumer un peu le rivage ? »
« Elle a peur de l'eau… Même si je la sais capable de faire des efforts, je n'ai pas envie de lui imposer cela. Bah, ne t'en fais pas, je trouverai bien quelque chose. »

Andran aida son compagnon à mettre la table avant de s'asseoir pour discuter de cette sortie entre le chevalier et sa protégée. Ils en discutèrent jusqu'à ce que la principale intéressée s'extirpa de sa torpeur pour les rejoindre.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeJeu 27 Fév 2020 - 18:21

Cette fois, leur discussion dura plus longtemps et se termina sans accrochage ni haussement de ton. L'humeur était certes moins belle que lors de leur dernier échange -avant qu'il ne dérape- mais il fallait a minima concéder à Andran les efforts qu'il déployait pour tenter de renouer le dialogue entre eux. Après des ennéades de silence, c'était un bon début auquel Clémence avait eu la délicatesse de participer, jouant le jeu des questions et des réponses malgré une certaine méfiance qui demeurait alors qu'elle craignait encore qu'il ne s'emporte pour un mot de travers.
Il faudrait du temps, elle le lui avait bien dit. Tout comme il lui avait fallu faire preuve de patience et de persévérance pour qu'elle lui accorde sa confiance et son cœur une première fois, il devrait faire montre de ces mêmes qualités aujourd'hui. Mais il ne devait pas la trahir encore, sans quoi il la perdrait pour toujours. Et il n'était pas nécessaire d'être devin pour se rendre compte que le chevalier en avait pleinement conscience.

Le chemin du retour fut malgré tout un peu plus léger que l'aller. Ces quelques heures avait permis à Clémence de constater la volonté d'Andran de bien faire. Mieux encore, il voulait se rattraper des erreurs qu'il avait commise. Elle appréhendait un peu moins ses réactions et le regardait en se disant que, peut-être, il parviendrait à changer. Mais seul l'avenir le lui dirait.

La soirée fut chargée pour la jeune femme. Les repas ici n'étaient pas aussi doux en bouche que ceux préparés par Hans. Elle s'évertua donc à non seulement préparer le dîner mais aussi quelques douceurs pour le lendemain matin. Cependant, cela ne représentait en rien une contrainte pour elle. Elle s'était découvert un goût certain pour la cuisine. C'était un art qui lui était pratiquement inconnu jusque là et elle appréciait de passer du temps aux fourneaux pour ensuite observer les visages de ceux qui dégustaient ses plats. Même sans expérience, il s'avérait qu'elle n'était pas mauvaise cuisinière et possédait un instinct sûr en la matière.
Elle se coucha, exténuée tant par son activité de la soirée que par sa longue et si délicate conversation, l'air du large qui lui avait fouetté le visage des heures durant et la fatigue emmagasinée depuis un moment déjà. Cette fois-ci, elle dormit, mais bien mal. Le moindre bruit la réveillait presque en sursaut, sa tête était lourde et douloureuse et il faisait un peu froid dans son petit recoin. Un fin filet d'air s'immisçait à la jointure des fenêtres. Rien d'anormal en soit mais les tentures qui l'entouraient bloquaient tout apport possible de chaleur provenant du feu dans l'âtre. Ainsi, il faisait nettement plus frais dans sa pseudo chambre que dans le reste de la pièce.

Lorsque Clémence ouvrit les yeux, le jour était là depuis longtemps. Elle avait entendu les chevaliers se lever et s'était rendormie à chaque fois, ses yeux se refermant dans l'instant. Avec difficulté, elle s'assit sur le rebord du lit. Un frisson la parcourut en retirant les couvertures. Un long frisson qui ne semblait pas vouloir s'en aller. Elle se mit péniblement debout et enfila sa robe. Elle se passa un peu d'eau sur le visage, attacha deux mèches de cheveux de ses tempes à l'arrière de sa tête et sortit de derrière les tapisseries. Elle sentit aussitôt la différence de température entre le dortoir et son espace mais elle ne réalisa pas tout à fait... Son esprit était perdu dans les brumes, de même que son regard était embué. Elle cligna des yeux quelques fois pour rendre un peu de netteté à sa vision puis prit la direction de la salle à manger.
Comme elle s'y attendait, les deux hommes étaient là, attablés. Ils avaient sorti tout ce qu'il fallait pour le petit déjeuner et n'avaient certainement pas oublié les petites pâtisseries confectionnées la veille. Elle ne manqua d'ailleurs pas de remarquer qu'il en manquait plus d'une... Elle étira un discret sourire amusé.

-J'en conclue que c'est bon. Dit-elle en se joignant à eux.

Elle s'assit une nouvelle fois aux côtés d'Andran et en saisit une qu'elle croqua à peine pour la goûter. Cette fois, ces gestes et ses petits yeux la trahissaient sans doute. Elle était fatiguée. Si on lui parla, elle n'entendit pas tout de suite ou ne comprit les mots qu'après une seconde. Elle répondait en essayant de paraître intellectuellement active mais même Spahi serait capable de voir qu'elle n'était pas en pleine possession de ses facultés. Elle manquait cruellement d'un véritable sommeil réparateur et sa tête lui faisait mal. La lumière du jour automnal suffisait à la déranger, le son d'une cuillère rencontrant le chemin d'un verre lui perça presque le tympan et une simple conversation provoquait des vibrations de toutes les parois de son crâne. Elle avait l'impression que cette masse perchée au sommet de son cou était si lourde qu'elle pouvait à tout instant venir frapper la table en bois sans qu'elle ne puisse la retenir. Son état était si criard qu'on ne tarda pas à le lui faire remarquer...

-Désolée... Je... En fait je n'ai pas faim. Avoua-t-elle en reposant devant elle la pâtisserie à peine entamée. Je crois que je ferais mieux de retourner m'allonger. Dit-elle d'un air désolé.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeMar 10 Mar 2020 - 13:03

Andran, ravi de revoir sa protégée, qui plus est de bonne humeur, perdit rapidement le sourire lorsqu'il posa les yeux sur elle. Son ami Spahi demeura tellement impassible qu'il pensa alors que sa vision lui jouait des tours. Mais, ce ne fut point le cas. Clémence avait les cernes creusées, le visage palot et elle semblait aussi épuisée qu'une vagabond qui ne dormait que quelques heures par nuit durant ses pérégrinations.

« Vous semblez épuisée. » commenta-t-il lorsqu'elle s'assit à table aux côtés des deux hommes.

Peut-être aurait-il du attendre quelques jours de plus avant de quitter Cantharel pour Eyroles, notamment après son long voyage depuis Diantra. Le fait est que Clémence n'avait dormi qu'une seule fois dans un lit depuis qu'elle a quitté la capitale. Pour autant, cela n'expliquait pas qu'elle soit moribonde et faible à ce point, d'autant plus qu'elle avait connu une vie nomade jusqu'à leur rencontre. Andran posa alors doucement sa main sur le front de sa protégée, dénichant alors un second problème.

« Et… je crois bien que vous êtes tombée malade… Vous devriez, en effet, aller vous recoucher, couvrez-vous bien, et de notre côté, nous allons préparer de quoi vous soigner un peu. »

Le chevalier masquait au mieux sa gêne et son dépit. Il avait tant souhaité pouvoir obtenir son pardon ici-même, à Eyroles, et la situation virait au drame maintenant que Clémence allait être clouée au lit pour plusieurs jours. D'un autre côté, il pouvait, même dans cette situation, lui prouver qu'il savait se montrer attentionné. Cela ne serait pas sans rappeler ce jour où elle avait frôlé la mort lorsqu'elle avait choisie de subir la chute d'une poutre à la place de son protecteur. Andran avait alors passé beaucoup de temps à son chevet, au temple de Néera. C'était d'ailleurs ce jour-là qu'il avait définitivement compris qu'il serait dévasté s'il venait à perdre Clémence.

Aidé par Spahi, Andran prépara un grog composé de menthe, de miel, de citron et d'un peu d'alcool pour Clémence, qui était partie se recoucher. Tandis que le commandant rejoignit sa chère et tendre pour lui apporter la boisson et de quoi picorer un morceau, le jeune Spahi partit chez un alchimiste afin de trouver des mixtures pouvant soigner la jeune femme. Dans son lit, Clémence était patraque et peinait à garder les yeux ouverts. Le chevalier posa la tasse et quelques pâtisseries sur la table de chevet. Il reposa sa main sur le front de la jeune femme pour reprendre sa température. Pas de doute, elle était bel et bien malade.

« Buvez cette boisson bien chaude, et essayez de manger quelque chose. » dit-il d'un ton doux et qui se voulait réconfortant. Tout à coup, il fronça les sourcils. Quelque chose le gênait. Il se leva, écarta les bras comme pour ressentir une puissance envahir son corps, demeura ainsi quelques secondes avant de s'exclamer. « Il fait un froid d'hiver dans cette pièce ! Les tapisseries vous isolent complètement de la chaleur du feu. » Il soupira d'un air las et dépité. « Je crois bien que nous devrons ré-agencer cet endroit. »

Ce que craignait Andran allait bel et bien devoir arriver. Il savait très bien que tout cela n'avait rien de confortable, d'autant plus que Clémence devait subir l'épreuve de dormir à proximité de deux hommes. Il valait mieux ne pas imaginer la situation si tout le monde était au Sanctuaire. Autant la maladie pouvait simplement justifier le déménagement des autres hommes, autant les problèmes intimes de Clémence pourraient ne pas y parvenir aussi bien. Il fallait vite trouver une solution viable. Même si Spahi n'avait rien d'un homme malveillant ou impitoyable, il n'avait sûrement pas une folle envie de changer ainsi ses habitudes de vie.

« Je crois qu'il vaudra mieux que vous restiez seule ici, au moins jusqu'à votre rétablissement. Ensuite, je verrai avec Spahi, et avec les autres si jamais ils reviennent dans les prochains jours. En attendant, je vais détacher les tapisseries. Nous trouverons une solution pour le coucher si besoin est, mais je ne peux vous laisser dans ce froid. »
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeSam 14 Mar 2020 - 21:28

Clémence avait protesté mais cela n'avait servi à rien. Andran retira les tentures puis avait fait déménager Spahi dans une autre pièce. Elle aurait bien été incapable de dire laquelle car les heures qui suivirent ne furent bientôt plus qu'un immense flou artistique pour l'estrevine. La fatigue l'emporta bien vite et elle dormit longuement mais bien mal. Sa tête était douloureuse et son corps devint bientôt brûlant. Venant simplement s'assurer que tout allait bien, l'Inquisiteur la réveilla sans le vouloir. Elle sursauta et fut prise d'un instant de panique. Lorsqu'elle comprit qu'il ne s'agissait que de lui, elle s'apaisa aussitôt et laissa son corps choir lourdement sur le matelas, ayant usé de toutes les forces qu'elle avait pour se redresser subitement.

Plus tard, son esprit troublé commença à divaguer. Échangeant quelques mots avec le chevalier, elle formula des phrases bien étranges, parlant d'un papillon qui volait à travers la pièce ou du païm qui ruminait dans un coin... Si ses visions étaient innocentes au début, elles finirent par devenir bien plus effrayantes au fil des minutes qui suivirent. Sa fièvre avait atteint un stade critique si bien qu'elle transpirait et tremblait en même temps. Elle revécut des moments de son passé, évoquant régulièrement les mêmes noms, suppliant qu'on la laisse, refusant d'entrer dans la cage... Elle parla même dans sa langue et ses fantômes semblaient tout à fait capables de la comprendre et de lui répondre. Si quelqu'un l'agrippa dans le monde réel, elle s'était alors défendu contre lui mais avec si peu de force qu'elle n'était parvenu à rien. De toute façon, c'était don délire qu'elle affrontait et non pas réalité.
Lorsque la fièvre tomba enfin, Clémence ouvrit des yeux fatigués. La première chose qu'elle parvint à voir, ce fut ses mains solidement agrippées à un bout de tissu. Elle lâcha prise et réalisa qu'il s'agissait d'une chemise... Essayant d'empêcher sa tête de partir en arrière, elle releva les yeux avec difficulté pour voir le visage de l'homme contre lequel elle était blottie et dont les bras l'enserraient avec force et douceur. Sans surprise, elle découvrit les traits d'Andran penchés sur elle. Elle libéra alors un soupir soulagé et fatigué tandis qu'elle laissait sa joue se poser dans le creux de son épaule. Elle s'endormit aussitôt, épuisée par la maladie dont le pire était désormais passé.

Durant la journée qui suivit, Clémence dormit, se réveillant à peine pour boire et avaler une bouchée de ce que l'Inquisiteur avait laissé à sa portée. Elle semblait malgré tout plus paisible alors que son sommeil s'était enfin fait plus réparateur. Elle sombrait même si profondément qu'elle ne se réveilla pas une fois tandis qu'une ombre passait de temps à autre pour s'assurer qu'elle allait bien. La couverture fut même remise en place, cachant l'épaule que sa chemise en nuit avait laissé apparaître, dévoilant au passage un dessin sur l'omoplate de la jeune femme. Il s'agissait d'un tatouage plutôt ancien qui n'avait pas de forme particulière et qui tenait plutôt lieu de marque que de décoration. Pour quelqu'un qui connaîtrait l'histoire de la métisse, il serait aisé de comprendre de quoi il s'agissait.
Ce fut finalement après une demie journée de sommeil supplémentaire que Clémence eut sa première interaction avec le monde des vivants. Ouvrant les yeux, elle discerna une silhouette floue près d'elle. Elle cligna mollement des paupières à plus d'une occasion afin d'éclaircir sa vision. Elle n'eut pas la force de sourire à Andran mais c'était un peu normal. Elle n'avait pratiquement rien mangé depuis trois jours. Cela dit, elle n'avait aucune conscience du temps qui s'était écoulé...

-Vous êtes là depuis longtemps ? Demanda-t-elle d'une voix enrouée par la fatigue.
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MessageSujet: Re: Un rude retour chez soi | Clémence et Andran   Un rude retour chez soi | Clémence et Andran I_icon_minitimeDim 22 Mar 2020 - 19:48

Au retour de Spahi transportant plusieurs sachets d'herbes qui aideraient Clémence à se rétablir, Andran lui exposa la situation sans tarder. Le jeune homme était compréhensif, et l'inquisiteur le savait bien. Il avait confiance en lui, et il ne craignait pas ses désapprobations. Ceci étant, il redoutait de plus en plus le retour de leurs frères d'armes partis en mer. Par conséquent, et au moins temporairement, les deux chevaliers s'avaient improvisés des lits devant la cheminée de la salle à manger. De toute manière, l'intimité de Clémence était aussi importante qu'éviter qu'elle ne contamine son protecteur et son ami.

Les jours qui suivirent furent d'une étrangeté sans nom. Étranges et terrifiants à certains égards. Andran et Spahi avaient assisté à des accès de folie de la part de Clémence, qui devenait impertinente, ne reconnaissant même plus celui qui était à ses côtés depuis plusieurs ennéades. Les deux nobles n'avaient jamais vu de crises pareilles, et ils étaient demeurés cois devant ces problèmes. Mais, au fil du temps, la folie de Clémence devenait de plus en plus terrifiante : elle luisait de sueur, criant presque de terreur comme si elle apercevait des spectres, et prononçait des phrases qui n'avaient plus de lien avec la réalité.
Face à la peur de Clémence, Andran n'avait toujours eu qu'une seule réponse : la tendresse. Il prenait sa tête à pleine main, la serrait dans ses bras, lui essuyait le front ou replaçait quelques mèches de ses cheveux. La plupart du temps, elle n'était pas réceptive, et elle en était parfois venu à résister du peu de force qu'elle avait. À force, c'était le chevalier lui-même qui était effrayé. Impuissant, il voyait la femme qu'il aimait délirer complètement, ce qui ne lui était jamais arrivé depuis qu'il la connaissait.

Fort heureusement, grâce à Néera, ces crises s'apaisèrent, et Clémence, toujours affaiblie, prenait la voie de la guérison. Les chevaliers avaient continué de lui apporter infusions et nourriture pour qu'elle se nourrisse, mais c'est bien Andran qui passait beaucoup de temps à son chevet. Spahi préférait les laisser en intimité, mais s'il avait assisté à certaines crises de la jeune femme. Paradoxalement, le mal de Clémence leur avait permis de passer plus de temps ensemble également. Même dans cette situation, où le jeune garçon ne connaissait même pas la jeune femme, il n'avait pas rechigné à lui venir en aide et à se montrer compatissant. Andran savait pourquoi il aimait tant son bras droit.

Dans l'après-midi de ce qui semblait être le jour de la fin de sa maladie, Clémence se réveilla et semblait, pour une fois depuis quelques jours, consciente. Lorsqu'elle lui demanda s'il était présent depuis longtemps, Andran ne put retenir un rire niais. Elle savait pourtant très bien que, lorsqu'elle était blessée ou malade, il passait le clair de son temps à ses côtés en priant qu'elle guérisse.

« Pas tant que cela… nous avons pris notre repas il y a moins d'une heure, avec Spahi. Et puis, quand vous dormez, je préfère vous laisser seule. » répondit-il dans un sourire bienveillant.

Andran ne savait pas vraiment si elle avait conscience de ce qui lui était arrivé, mais, cela importait peu. Rien ne saurait remplacer son soulagement de voir sa chérie guérie de tout mal. Il donnerait tout pour ne pas revoir Clémence dans un tel état de fièvre et de folie.

« Néanmoins, j'évite de m'éloigner trop longtemps, de peur que votre état n'empire au fil du temps. Ces derniers jours ont été éprouvants. Je suis ravi de savoir que vos maux sont passés… ce n'était pas agréable de vous voir ainsi. »
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