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 Griffon et le Griffon [Griffon]

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Ernest de Missède
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MessageSujet: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeMar 28 Jan 2020 - 20:39



Kÿrianos de la cinquième ennéade du mois de Bàrkios
– An 17:XI

Au cœur du bois de Brambrun du fief éthinien de Grateloup sis le prieuré de Notre-DameDieu d'Hautecombe. La communauté de religieux était dirigée depuis des lustres par une sainte locale, la prêtresse néerite Archipiade. D'un âge inconnu mais à l'apparence surannée, la vieille femme n'avait pour autant rien d'une baderne. Bien au contraire, sa gouverne du prieuré était marquée d'un entregent ferme et naturel, et si elle était percluse de goutte au point de ne plus pouvoir se mouvoir, ses ordres et ses prières pérégrinaient but à but sans empêchement aucun. Le baron de Missède avait été surpris d'apprendre que la prêtresse eut survécu aux années de sa disparition ; elle ne manqua pas de lui rappeler qu'elle avait mis en terre maints suzerain du Rocher avant lui. La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, elle le reçut dans le cloître. Un petit jardin entouré d'arcades qui recelait d'une histoire toute fascinante. En effet, le cloître en question n'était accessible qu'au prieur et au seigneur du Rocher. Il symbolisait l'union étroite qui devait les lier et renvoyait à un passé difficile. On racontait qu’Hautecombe avait, jadis, abrité un ordre religieux puissants dont les fanatiques avaient causé nombre soucis aux suzerains d’Ethin. Certains historiens du Rocher allaient même jusqu’à considérer ces évènements comme la cause principale de la ferveur religieuse moindre qui caractérisait la seigneurie en comparaison à ces terres sœurs de la baronnie.



Revenant d'Edelys, Ernest avait fait le choix de venir jusqu'à Hautecombe pour deux raisons. La première était qu'il souhaitait y recevoir un invité de marque. La deuxième : restaurer l'Ordre de Saint-Sang.



La veille au matin, une lettre était arrivée à la capitale du Royaume. Adressée au marquis de Langehack, elle notifiait sobrement Son Excellence du retour du baron de Missède et de son invitation à le rencontrer le jour suivant. Le gras de la lettre s'attachait à inclure les informations nécessaires à trouver le lieu de rencontre. En effet, le Griffon avait décidé de rencontrer son suzerain, non pas à Missède, ni au Rocher, mais bien à Hautecombe. « En partance de Diantra, suivez la Route d'Or à travers les plaines du Bronent et ce jusqu'à la Ferté-Edelys. De là, prenez l'est en direction du bac d'Evonan où vous traverserez le Garnaad. Le fief d'Ethin se tient sur l'autre rive. Par les replis montueux des collines et des vallons du sud de la seigneurie, continuez de chevaucher est jusqu'au bois de Brambrun. Le baron de Missède vous rencontrera au prieuré de Notre-DameDieu d'Hautecombe. »





Comment ça se profile ? demanda Roland de Valmu, un point d'anxiété dans la voix.
S'il ne traite pas le marquis d'hérétique, on s'en sortira bien, répondit Alden de Béjarry, rejoignant Roland aux portes du domaine d'Hautecombe.
Revoir nos attentes à la baisse : stratégie nécessaire, nul doute. Où est-il ?
Aux écuries.
Roland arqua un sourcil.
Il les quitte ?
Non, il les vide.
Ernest vide les écuries ? s'alarma Roland. Où est le palefrenier ?
Il n'est plus. Apparemment, le palefrenier était un hérétique.
Un cor retentit dans le bois de Brambrun, annonçant l'arrivée imminente du marquis.




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MessageSujet: Re: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeMer 29 Jan 2020 - 1:07

Rares avaient été les nouvelles qui avaient tant surpris le marquis durant sa vie somme toute bien entamée. Il n’en crut pas ses oreilles lorsqu’on lui annonça qu’il avait reçu une lettre du baron de Missède.

« Maël me fait une blague? » Demanda-t-il à Gabriel qui haussa les épaules, il n’en savait pas plus que son suzerain. « Va voir s’il est toujours avec Théo. » Le châtelain de Bone hocha la tête avant de déguerpir pour obéir. Ensuite on tendit ladite lettre à Griffon et cette fois il n’en crut pas ses yeux. Il la relut plusieurs fois pour être certain de ne pas s’être trompé avant de finalement la poser et terminer sa coupe de vin. L’invitation ne tombait pas mal, loin de là, en effet ça lui permettait de pouvoir se sortir la tête des préparatifs du mariage de son fils avec la nordienne mais c’était pour le moins inattendu. Inattendu mais, comme dit précédemment, loin d’être malvenu. Gabriel fut de retour avec Maël de Missède et Théodoric de Langehack et le père de ce dernier leva la tête de sa missive pour les accueillir. En voyant ce qui était le baron de Missède il y avait encore quelques jours, un sourire apparut sur les lèvres du marquis.

« Maël, j’ai une excellente nouvelle pour toi si ce que dit cette lettre est vraie : ton père, Ernest de Missède, est revenu après de longues années d’absence. Je vais aller à sa rencontre demain et pourrais donc personnellement juger de la véracité de l’information qui m’est présentée. »

« Pourquoi c’est à toi de te déplacer ? Tu es son suzerain. » Demanda Théodoric avec un air sceptique sur le visage.

« Parce que je suis curieux et que je n’ai pas envie qu’il fasse le voyage jusqu’à la capitale. » Il prit soin de passer sous silence que prendre des vacances pour arrêter de penser au mariage lui ferait du bien, ce n’était pas vraiment quelque chose à dire devant le fiancé. « Et puis il ne sera mon vassal qu’une fois qu’il m’aura juré fidélité, s’il s’agit bel et bien d’Ernest de Missède, son fils fut à Langehack pour l’hommage mais lui non. Pour le moment le baron de Missède se trouve à côté de toi, pas à Hautecombe. Je pars sous peu, vous êtes libre de m’accompagner. »

La lendemain, lettre en main, Griffon partit de la capitale avec une suite de seigneurs et chevaliers langecins et missédois, ces derniers étant tout aussi curieux de voir si oui ou non leur ancien baron était bel et bien de retour. Les instructions furent scrupuleusement suivis même si ce ne fut pas nécessaire étant donné que les missédois en question connaissaient tout de même leur pays et bien que lesdites instructions étaient très claires, ils aidèrent tout de même à ne pas se perdre. Le marquis n’était pas en arme, il portait une tenue de voyage, ce qui le changeait également de ses riches vêtements de cours, du moins de la cour royale car à Langehack il faisait preuve de plus de modération, de tempérance mais auprès du roi et du reste du royaume il se devait d’afficher à tous la richesse du marquisat. Ainsi il ne portait pour ce rendez-vous qu’une lame au fourreau, lui-même rattaché à un ceinturon d’arme qui contrastait avec ses atours mais porter l’épée était bien là le privilège de la noblesse et il comptait bien en profiter. Lorsque le cortège de Griffon arriva finalement au prieuré il arrêta sa monture devant les deux hommes visiblement là pour l’accueillir mais il ne mit pas pied à terre tout de suite.

« Mes seigneur. » Les salua-t-il d’un hochement de tête avant de le faire verbalement. « Bien le bonjour, j’ai cru comprendre qu’Ernest de Missède m’attends en ces lieux. »

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MessageSujet: Re: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeMer 29 Jan 2020 - 23:01



Roland de Valmu et Alden de Béjarry inclinèrent la tête. La suite du marquis offrait aux Vertueux un florilège de têtes connues requérant une série de salutations. Néanmoins, les deux hommes se raidirent à la vue qu'un visage en particulier manquait à l'appel. Ils n'eurent guère besoin d'échanger mot pour s'entendre sur le fait que l'entrevue serait en passe de se compliquer outre mesure.  
C'est là la vérité même, Votre Excellence, dit Roland. Le baron de Missède nous est revenu à l'Elenwënas de l'ennéade passée, après sept années de captivité en Estrevent. Le félon, Enrico di Montecale, se trouva à la manœuvre du complot qui donna lieu à l'enlèvement de Son Honneur. Nous remercions la DameDieu qui, dans sa miséricorde, nous béni du retour de notre suzerain.
Si Votre Excellence veuille bien nous suivre, dit Alden. Nous irons trouver le baron du même pas.
Passant les portes du prieuré, les invités furent menés à la grande cour et décombrés de leurs montures. Ceci fait, Alden et Roland, non sans une once de fébrilité dans leur démarche, accompagnèrent le marquis et ses hommes en direction des écuries.



Ernest se tenait en haut d'un tas de fumier qu'il fouissait vigoureusement, une fourche à la main.
Votre Honneur, Son Excellence le Marquis Griffon de Langehack ! s'exclama Alden.
Le baron se retourna.  
Votre Excellence, fit Ernest en courbant l'échine. Mes excuses de vous recevoir ainsi. Le missèdois planta sitôt sa fourche et entreprit de descendre du monticule de merde. Vous comprenez, on n'est jamais mieux servi que par... Le baron perdit rapidement l'équilibre, glissa, et finit à genoux à deux pas des pieds du marquis. Erf. Hum. Eh bien, tant que j'y suis, reprit-il en essuyant sommairement la mouscaille qui couvrait ses mains avant de les tendre jointes vers son suzerain. J'affirme et jure allégeance au marquis Griffon de Langehack, et aux lois du Langecin ; j'affirme et jure que je défendrai les intérêts de mon suzerain contre tout ennemi sur ses terres et au-delà ; que je lèverai mes armées en son nom et conformément aux statuts et ordonnances du royaume ; que j'effectuerai loyalement les fonctions qui me seront assignées ; j'affirme et jure que j'engage ma fidélité librement et sans réserve. Ainsi, aidez-moi DameDieu !




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MessageSujet: Re: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeJeu 30 Jan 2020 - 1:18


Griffon hocha la tête à la confirmation du message qu’on lui avait envoyé, ainsi ce n’était pas une blague et la nouvelle était aussi belle qu’inespérée. Le marquis mit enfin pied à terre en écoutant la suite et lorsqu’il fut enfin descendu de sa monture il se signa.

« Puisse-t-Elle nous guider. » Il hocha à nouveau la tête avant de suivre Alden tandis que sa suite descendit également, Théodoric prit la bride du destrier de son père et la suite de ce dernier lui emboita le pas. Ce fut avec une certaine surprise qu’il se rendit compte qu’on l’amenait aux écuries plutôt que d’y mener seulement les bêtes, l’odeur trahissant, désagréablement, l’endroit bien avant qu’il ne soit visible. La surprise fut renouvelée en voyant l’ancien baron sur un tas de fumier, une scène qui était somme toute assez rare dans toute la péninsule et particulièrement à Langehack, que les nordiens pataugent dans la merde ne l’étonnait pas, après tout ils ne savaient pas faire grand-chose d’autre, mais pour un seigneur missédois, surtout le seigneur de Missède, c’était incongru. Avant d’être annoncé le marquis se racla la gorge en se demandant s’il ne s’agissait pas d’une mauvaise farce et, peu importait la réponse en réalité, pourquoi faisait-il ça ?

« Alors c’était vrai. » La remarque pouvait sembler absurde, inutile, mais c’était ce qui se trouvait sur les lèvres de tous les suderons qui avaient accompagné le marquis alors que tous le monde observait Ernest planter fièrement sa fourche. « J’admets que je ne m’attendais pas à vous voir ainsi... » Griffon s’élança pour rattraper le malchanceux mais il n’en eut pas le temps et lorsqu’il lui attrapa un bras, le missédois avait déjà un genoux en terre. Enfin pas tout à fait en terre et les botes du marquis étaient sans doute bonnes pour passer un long moment à être récurée. Toutefois c’est en voyant les mains jointes de son futur vassal que Griffon ne put retenir un éclat de rire.

« Comment puis-je douter de votre loyauté maintenant ? » Il se retourna ensuite pour demander quelque chose sur lequel s’asseoir, on lui apporta un tabouret, ce qui agrandit le sourire du marquis. Une fois assis il retrouva le sérieux solennelle de circonstance puis il attendit la venue d’un prêtre néerite avec le livre saint de la DameDieu pour prendre les mains du baron dans les siennes et les serrer. « Moi, Griffon de Langehack, marquis de Langehack au nom de notre très bon et très pentien roy Bohémond, puisse la DameDieu le guider, accepte l’hommage d’Ernest de Missède et jure sous le regard des dieux de toujours le défendre et de toujours lui accorder justice. » Le marquis lâcha les mains de son nouveau vassal puis il attrapa une poignée de terre, s’il n’y avait que de la terre, là était bien la question, avant de la déposée dans les mains du baron puis il referma lesdites mains. « Vous voilà désormais baron de Missède à la place de votre fils par la grâce et la volonté de la DameDieu, puissiez-vous me servir, servir le royaume et servir le divin aussi bien que vous vous servez vous-même. » Que ce soit la formulation ou le sourire, Griffon n’avait pas pu s’en empêcher. « Votre honneur, j’espère que vous me pardonnerez si je ne vous embrasse qu’une fois que vous vous serez débarbouillé. »
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MessageSujet: Re: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeLun 3 Fév 2020 - 21:05




Ernest resta gracieusement immobile, à un genou bas, le temps que le marquis fasse sa part du serment. Se tenant non loin, Alden détaillait son suzerain, ses yeux clos, son échine courbe, et ses lèvres remuantes, comme s'il cherchait à deviner ce que ce dernier cachait derrière tel déploiement de paillasserie. Roland aussi examinait la scène d'un air circonspect. Et tous deux durent se rendre à l'évidence qu'il leur était désormais impossible de présumer des choix et intentions de l'ami qui leur était revenu. Une chose leur était sûre : l'ancien Ernest aurait été mortifié par un tel tableau. Mais ils furent bientôt interrompus dans leur raisonnement. La mention de ce fils qu'Ernest n'avait jamais rencontré fut prononcée et les hommes liges du baron redoublèrent d'attention à l'égard de leur suzerain, s'attendant au pire. Il n'en fut rien néanmoins et, contre toute attente, le missèdois se releva avec calme et en silence. Sur ces entrefaites, un page avait accouru pour décrasser son visage. Les yeux virulents de vert du baron se plongèrent dans ceux du marquis, accompagnés d'un air solennel entaché, sous certains angles seulement, d'un sourire contenu et indéfinissable.



Le baiser de paix fut finalement échangé et si l'apparence du baron avait été quelque peu purgée du fumier, l'odeur ne manqua pas de marquer l'embrassade. Alden et Roland échangèrent alors un regard entendu ; toute cette mise en scène était donc à dessein.
Votre Excellence, dit Ernest, une fois la cérémonie du serment achevée. Je vois que votre fils s'est joint à votre suite. Le baron s'inclina en salutation à Théodoric de Langehack. Force est de constater que mon fils ne vous a pas accompagné. Peut-être pourriez-vous m'en donner les raisons au cours d'une promenade autour du prieuré ?
En quittant les écuries, le marquis et son vassal se dirigèrent vers les portes du domaine et commencèrent à marcher à travers le bois de Brambrun. Ernest, les mains jointes derrière le dos, le port altier, et une lueur dans le regard, écoutait attentivement les dires de son suzerain.




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MessageSujet: Re: Griffon et le Griffon [Griffon]   Griffon et le Griffon [Griffon] I_icon_minitimeMer 12 Fév 2020 - 18:05




Ce n’était qu’une formalité, un baiser, mais pourtant les formalités pouvaient avoir leur importance, surtout celle-ci. Alors malgré l’odeur il fut échangé tout de même, ce qui ne dérangea pas plus que ça le marquis, lui qui était né et avait grandis dans un marais, il n’était pas à ça près. Surtout que contrairement à d’autres il n’avait pas passé toute sa vie à la cour et, par conséquent, n’avait pas développé comme d’autres avaient pu le faire, ce dégout prononcé pour tout ce qui est ne sent pas la rose ou salis les beaux atours ; surtout que la guerre et le métier des armes dans son ensemble, habitues souvent à ce genre de choses. Ce fut avec une certaine surprise que Griffon se retourna vers son fils lorsque ce dernier fut mentionné par le nouveau baron de Missède. Théodoric salua Ernest en retour, la main nonchalamment posée sur le pommeau de son épée, le jeune homme ne bougea cependant pas, surpris tout autant que son père de l’attention qui lui était portée. Le marquis haussa un sourcil en se retournant vers le baron avant de finalement se lever.

« Non en effet et ce sera avec plaisir que je vous dirais pourquoi, d’ailleurs j’ai grand besoin de me dégourdir les jambes après une telle chevauchée et j’espère que vous accepterez d’aller prier avec moi à notre retour. Je présume que nos montures et ma suite sera prise en charge pendant ce temps. »

Griffon suivit donc le baron qui, contrairement à lui, connaissait les lieux. Il ne prit pas la parole avant un certain temps, préférant à la place profiter des bois et, surtout, comme promis, se dégourdir les jambes. C’était un en droit qui, sans doute, était propice à la chasse et il hésita à le faire remarquer à son nouveau vassal, sans doute le savait-il déjà et puis, à quoi bon, après tout il s’agissait du bois d’un prieuré et en bon laïc pieux qu’il était, le marquis ne préférait pas marcher sur les plates-bandes du clergé.

« La raison est pourtant simple, votre Honneur, je n’ai pas amené votre fils parce que je voulais d’abord m’assurer que vous étiez bel et bien rentré, en bonne santé et que vous êtes toujours un bon croyant qui veut encore se battre pour le royaume et notre bon roy. Vous savez comment sont les enfants : les faux espoirs ont un effet si dévastateur sur eux ; maintenant qu’il est mon page, j’ai pu passer beaucoup de temps avec lui et j’ai appris à l’apprécier, c’est un enfant intelligent et je n’ai pas envie de lui faire du mal. »

Les deux hommes déambulaient parmi les bois particulièrement bien ordonnés des alentours du prieuré. Ernest restait attentif aux dires de son suzerain, tout autant qu'à ses gestes et son attitude. Ils ne se connaissaient pas ; tout du moins, le missèdois n'avait pas souvenir d'avoir jamais rencontré celui qui était devenu son suzerain au cours de ses années de captivité en Estrevent.
Votre prévenance vous honore, messire. Et j'entends dans vos mots l'assurance que vous comprendrez sans effort ma requête. Je souhaite rappeler mon fils à la cour de Missède. Il y a moins d'une ennéade, j'ignorais jusqu'à son existence. Rentré en mon pays, me voilà père, et ce pour la première fois de ma vie. Vous dites avoir appris à l'apprécier, il me faut apprendre à le connaître. Sans quoi, vous comprendrez, je ne saurais le reconnaitre comme mon héritier. Il doit devenir mon fils si je dois prendre l'habit de père. Après quoi, il pourra rentrer à votre cour et vous servir de page.
Le baron était encore jeune et la disparition de Cécilie supposait qu'un jour il se remarierait et aurait une descendance qu'il verrait grandir et façonnerait à son image. Ce fils qu'on lui imputait, lui, avait déjà été façonné par plus d'une main. Et Ernest n'avait aucune intention de reconnaitre comme sien un étranger qui pourrait tout aussi bien être un bâtard adultérin. Après un hochement de tête, Griffon arrêta de contempler les arbres qui peuplaient ce bois paisible, il retira finalement ses gants de voyage qu’il plaça entre sa hanche et son ceinturon d’arme avant de se racler la gorge.

« Je comprends tout à fait, c’est bien là le droit naturel d’un père même après une longue disparition et je n’ai pas besoin de prêtre pour savoir que ceci est bon et que, par conséquent, je suivrais le second enseignement de la DameDieu. Mais je me dois également de suivre une autre règle de Néera, puisse-t-elle nous accorder sa bénédiction, qui est la quatrième ; il me faudra donc demander a votre fils et son tuteur si cela leur convient, qui plus est il me faudrait trouver un nouveau page d’importance et d’intelligence au moins égale. Toutefois je vois une alternative : rejoignez Maël à ma cour, je compte étendre cette invitation au seigneur Baphragore de Merval afin que Langehack retrouve son unité. »

Ernest commença à tiquer sur les démonstrations dévotieuses du marquis. Ne sachant trop bien s'il était dans sa plus profonde nature de s'en remettre à la Providence de la DameDieu pour prendre ses décisions, ou s'il cherchait à lui faire montre de piété publique. Quoi qu'il en fût, le baron décida présentement de s'abstenir de tout jugement et de prendre son suzerain au mot. S'il était aussi fervent qu'il l'affectait, les deux hommes allaient sûrement s'entendre.

Je n'ai aucun doute quant au fait que vous puissiez lui trouver un remplacement. Et je me félicite de l'attachement et de la considération que vous semblez éprouver à son égard. Par ailleurs, sachez qu'il retournera à votre cours bien assez vite. Ce retour à Missède n'a vocation qu'à être temporaire. Néanmoins, il est mon souhait de l'avoir à mes côtés pour les Comices Agricoles d'Ethin l'ennéade prochaine. Les missèdois ont besoin de voir leur suzerain et sa famille, ou ce qu'il en reste, unie et présente en un seul lieu. Je m'en vais rencontrer le Régent de Sa Majesté à Diantra dans quelques jours. Il me semble donc opportun d'y retrouver Maël et nous rentrerons ensemble à Missède.

« Je vois, je présume que vous allez rester ici en attendant, malheureusement je ne peux pas me le permettre et je dois rentrer assez rapidement à la capitale mais sachez que j’y attendrais avec plaisir votre venue et que les bagages de votre fils seront prêtes pour votre départ à tous les deux. Qui plus est il s'agira-là de l'occasion rêvée pour pouvoir discuter avec l'autre grand seigneur langecin, Baphragore de Merval, du futur du marquisat, vu quece dernier est également à Diantra. »

Le chemin qu'ils empruntaient à travers les bois déboucha bientôt sur une sommière, délimitée par un rideau de charmille, comme une immense arche de verdure clairsemée de buissons. De longs rais de soleil traversaient la futaie et venaient chatoyer les baies bleues et vineuses des myrtilles, et les petites drupes veloutées d'un rose soutenu des framboisiers ; assurément les toutes dernières de la saison avant l'arrivée de l'hiver. Disséminées dans cet espace enchanteur, une douzaine de ruches à calotte étaient organisées autour d'une mare dormante, si parfaitement plane que la surface paraissait avoir la dureté d'un miroir. Deux religieux encapuchonnés de tulle s'affairaient à l'enruchage, en silence. Le temps d'un instant, le regard d'Ernest s'abîma dans le travail des clercs. Puis il se tourna vers le marquis, l'air on ne peut plus résolu. Ce dernier releva finalement la tête après avoir fini une rapide prière muette, remerciant ainsi le travail des prêtres qui dédiaient leur vie à la spiritualité, il se signa finalement avant de regarder à nouveau le baron dans les yeux. Un regard qui se focalisa à nouveau, Griffon sortant de ses pensées et introspection.

L'unité du Langecin a été ma priorité dès que je fus appelé à gouverner Missède. Dès lors, je ne puis qu'abonder dans votre sens, messire. Mais toute union suppose un partage, et le partage d'une histoire commune d'abord. Ainsi, il viendra un jour où il me faudra partager avec vous une sombre histoire ; celle dont seule une poignée d'hommes de notre pays ont été témoins ; sans elle vous ne seriez pas marquis aujourd'hui. Je ne puis vous la conter sans m'assurer que toutes les personnes impliquées soient en accord ; il en va d'un serment qui précède celui que je viens de vous rendre. Néanmoins, je répondrai présent à votre invitation et ma venue sera accompagnée de vérités que vous êtes en droit d'entendre.

« Je présume que vous voulez parler du sort de ma prédécesseur. Je dois dire que vous avez réussi à piquer ma curiosité mais j’ose espérer que vous n’avez brisé aucun serment car si c’est bel et bien le cas je me dois également de vous le dire : je suis obligé, en tant que néerite convaincu, de punir les parjures, bien qu’ils soient désormais mes loyaux serviteurs ; je ne peux souffrir d’attirer le courroux de la DameDieu sur Langehack. »

Oncques mais je ne serais parjure de mon vivant, messire ! s'offusqua le baron, un flot de sang empourprant son visage. Voilà une présomption bien inconvenante. Quant à vos obligations, elles sont celles de tout suzerain de ce royaume et j'ai moi-même, autrefois et naguère, eu à remplir les devoirs de cette charge et décoller des traîtres et infidèles. Outragé dans sa dignité par l'admonition du marquis, Ernest luttait visiblement contre lui-même pour garder son calme et respecter les bienséances. M'est avis qu'il est temps de rebrousser chemin vers le prieuré, messire, reprit-il en joignant le geste à la parole, se murant dans un silence pesant sur le sentier du retour. Griffon devait admettre qu’il ne s’était pas attendu à une réaction aussi violente bien qu’il aurait probablement dû toutefois il n’emboîta pas le pas au baron. Cependant il se tourna dans sa direction alors qu’il s’en allait, restant immobile.

« Je ne doute pas de votre intégrité et vous souhaites un bon retour, quant à moi je vais continuer ma promenade, je vous rejoindrais plus tard. » Dit-il sans hausser le ton, regardant le baron s’éloigner quelques instants avant de se tourner à nouveau et de continuer sa marche.


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