AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [Les Princes Déchus] Anagnorisis

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Altiom d'Ydril
Humain
avatar

Nombre de messages : 608
Âge : 24
Date d'inscription : 28/08/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 32
Niveau Magique : Eveillé / Néophyte.
MessageSujet: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Mar 4 Aoû 2015 - 9:19



Les Princes Déchus

Interlude : Anagnorisis

Fin de la quatrième ennéade du mois de Bàrkios vernal
de la huitième année du onzième cycle.
Jaspe et calcédoine. Deux gemmes hypnotiques qu'il ne quittait plus des yeux. Deux gemmes qu'il apprenait à chérir plus que tout au monde. Deux gemmes que son cœur ne pouvait plus renier ni ses pensées chasser désormais, qui dans chaque moment d'égarement venaient s'immiscer sans effort entre ses incessants tourments, lui faire oublier ses démons, l'éloigner et le perdre un instant dans leur quiétude. Qui chaque nuit muaient ses noirs songes en fantasmes chastes et lascifs, vifs et langoureux, doux et brûlants. Deux gemmes qu'il dardait en coin d’œillades inavouées, l'air de rien, captant parfois leurs reflets pleins de promesses à la faveur d'une timide éclaircie, d'un rai incertain venu percer les volutes accablantes de ce purgatoire de bout du monde.
- Tes yeux Aedis, soufflait l'archonte, allongé nu tout contre sa compagne, jamais je n'les oublierai. Ni dans la vie, ni dans la mort. Front contre front, la parcourant du bout du nez, effleurant sa gorge, frôlant sa joue, yeux clos, laissant son odeur l'envahir, l'amant apposa ses lèvres sur les siennes, glissant avec la langueur d'une goutte de rosée sur ses pétales ourlés, sa tête entre ses mains, son torse contre ses seins.
- Une Zurthane m'contait un jour une légende de sa terre, reprenait le vadrouillard en jouant avec les mèches blondes de s'amie. Deux couleurs pour deux esprits, une porte pour chaque âme. Selon les siens, ceux aux yeux vairons abritent en leur sein un génie attiré à la naissance par la jouvence d'une vie nouvelle, comme le phalène par l'éclat d'un brandon, capturé dans le corps de son hôte jusqu'à sa mort. Certains leur apportent chance et félicité tout au long de leur vie, d'autres furieux de s'être fait piéger ainsi désastre et infortune. Troquant un regard songeur pour son habituel sourire mutin, le loustic enchaîna : et eeem.. j'n'ai pas vraiment eu l'temps d'entendre la suite. J'la soupçonne d'm'avoir susurré ses vieilles fables à l'oreille dans l'seul but d'me traîner jusque dans sa couche la drôlesse ! Et fatalement.. ça a marché. M'enfin, doit y avoir un fond d'vérité dans toute c't'histoire. Fête de village improvisée et pendaison surprise à Sigamar, p'tite soirée aux oignons avec Vavar dans les bois d'Dyriet, jartée d'la Tarènià, une bande d'parjures enragés aux miches et, Ô scoumoune ultime, te v'là maint'nant embarquée à mes côtés ! lutinait-il les pattes levées en s'extirpant impudemment de sous les chaudes peaux de bête, un petit rictus faussement coupable accroché au museau. L'hydre à l'air, voilà qu'il se mettait à déambuler dans tout son tref, farfouillant à droite à gauche sous quelque fatras de brassards et cuissards, gantelets et solerets, cartes de campagne et autres tas de rouleaux froissés.
- Ah-HAH ! jubila finalement l'arsouille en mal de casse-pattes, tenant bien haut une fiasque miraculeusement rescapée de ses quotidiennes péripéties avinées - quoique à peu près aussi entamée que lui. J'savais qu'elle traînait que'que part dans l'coin la bougresse. Saisissant ladite bougresse main au cul et poigne au goulot, non sans rappeler les échansons royaux de Diantra - ou Halvdan aux prises avec trois puterelles estréventines -, le madré put déclamer tout son saoul : vicomtesse, accordez-moi l'honneur de présenter à votre illustre et sérénissime seigneurie ce millésime historique, régal inégalé des caves drossoises, produit des lointaines et exotiques terres mecanes.. ouuu em nelenites, 'truc du genre : UN FOND D'QUINA ! Arômes intacts, cont'nu.. beaucoup moins, maaais, point d'tracas, toujours suffisant pour c'te nuitée ! Édifiante trouvaille que son bouteiller exhibitionniste de service lui exposait maintenant sous tous les angles d'un geste sûr et précis, le tout avec la moue solennelle de rigueur s'il vous plaît. Bon allez, elle va pas s'boire toute seule ! acheva-t-il prosaïquement en revenant se couler sous les fourrures de fanuël. Portant le litron aux lèvres de sa douce, il la laissa savourer une courte lampée avant de l'embrasser à pleine bouche, goûtant au nectar à travers elle, mêlant leurs salives, leurs corps, leurs cœurs, leurs cris bientôt, s'abandonnant l'un à l'autre et laissant derrière eux ce monde indigne de leur idylle.
¤Fin de la zic¤

La mine basse, l'air patibulaire et l’œil bovin, le Sanglier des Wandres lorgnait la tente du patron en renâclant des naseaux. Faisant grelinter ses dés comme un forcené, il les envoya tout soudain valser sur l'échiquier d'un coup de patte rageur.
- MORDIEUX ÇA R'COMMENCE ! Par les trois bites en feu d'Othar j'tiens plus !
- Qué encara ? s'enquit un Rico en plein calcul des points.
- TOUS LES SOIRS C'PAREIL ! Mais écoute-moi ça ! Et vas-y qu'ça gueule et vas-y qu'ça couine et vas-y qu'ça gémisse tout c'que ça sait ! Sont bien mignardes vos parties d'dringuet mais merde elles valent pas une belle paire d'miches bien dodues ! cancornait l'animal à tout-va.
- Mais va donc aux putes Halv' tu nous f'ras d'l'air ! le rembarra élégamment Ollvar.
- C'est ça, une jolie Drossoise bien fessue, a'c deux grosses mamelles qu'j'puisse y fourrer la tronche pour pu entend' l'aut' braqu'mard sur pattes et sa dévergoigneuse d'bâtarde PAH !
- Basta Alvdain ! Sount toun arcont e ta vicoumtéssé, tu lé'our doy's lé réspéct. E tu lé counnay's coumme moy, es pas soun djénré d'abandounnér ses fraires dé galèré pour aller sé prélassér dins la prémièré cambrada cossue vénue. A réfusé ses quartiérs ao bourg pour èstre près dé ses troupés.
- HAH ! Un poil trop près ouais, on entend la moind' claque qu'y lui fout au cul à sa broute-mousse !
- Un còp pas dos, perpara tas desencusas o te pari mon ferret (Une fois pas deux, présente tes excuses ou je te présente mon fer.), gronda le capitaine, main au pommeau.
- Hohoho l'patois qui r'ssort, j'crois qu'j'vous l'ai contrarié les gars, gouailla l'autre faraud, les babines étirées d'une oreille à l'autre. Une vraie duchesse dis. Va donc t'faire enculer par un frakar ça t'décoinc'ra du fion. C'en fut trop ! L'écume aux lèvres et les yeux fous, le suderon furibond défourailla prêt à fondre et le fendre !, trois vigoureuses paires de bras venant l'empoigner in extremis.
- Doucement Rico, HO ! Gardes-en pour les noirauds, t'f'rais qu'leur alléger la tâche.
- Bah tiens en causant d'alléger, j'vais aller m'vider les noyaux. Z'êtes tous d'bien bonne compagnie mais j'ai du cuissot d'paltonière à attendrir mes bons. Et sans plus s'épancher, notre galant malandrin s'en fut vers le bourg.
- Porcàs. (Gros porc.)
- Eh il est comme il est, on peut pas tous défend' l'honneur et la vertu. Et j'nous vois mal nous passer d'un taré pareil sur l'champ d'bataille !
- Alours qu'oun y viénné préstémént, gardér l'armé ao fourrao mé déviént plus difficilé tchaqué djour qui passé.
- Ha ! J'ai cru comprend' ouais. Avec un regard fuyant qu'on ne lui connaissait guère, le vieux condottiere ajouta presque timidement : t'sais.. il a pas tort r'marque, tu t'prendrais une ou deux catins histoire d'te passer les nerfs à l'occase.. Oh l'erreur. Plantant sèchement sa lame en terre et posant le menton sur son pommeau, en agrémentant le tout d'un regard à faire se compisser un régiment complet de gardes velteriens, Rico fit comprendre à son camarade que la discussion était close.

Un feu les dévorait. Un feu qui ne cessait d'enfler, toujours plus inapaisable, toujours plus irrésistible. Un feu qu'ils s'évertuaient à étouffer le jour, à éteindre la nuit, un feu que leurs réticences comme leurs ardeurs ne faisaient qu'alimenter.
- Encore. Un feu qui consumait tout de leurs êtres. Transi, murmurant, le regard tremblant d'intensité, Altiom avait laissé choir les masques, oublié les pitreries, effacé les sourires en coin. Encore. Quelque chose prenait empire sur lui, une peur panique, une terreur. Une impression soudaine, comme s'il était infiniment seul, comme s'il allait la perdre, elle aussi, comme si elle allait lui échapper, là, maintenant. Comme si elle n'était qu'un doux songe, une créature fantasmée, une apparition évanescente. Un bonheur trop réel pour durer. Encore. Il avait déjà tant perdu, vu tant d'êtres chers, de rêves et de joies lui être arrachés, il lui fallait la sentir encore, la vivre et s'enivrer d'elle, qu'elle le noie, qu'elle le submerge ! Qu'il oublie toutes choses et qu'il ne reste plus qu'elle, seule, à la fin. Encore. Ce n'était plus un murmure déjà. Une cassure dans sa voix, la façon dont ses mains se crispaient dans son dos, dont ses bras l'enserraient sans ne pouvoir plus la lâcher, la force de ses étreintes, le désespoir de ses élans. Encore. Comme un animal, une bête hantant ces bois, il la prenait, la soulevait, l'enlaçait, la léchait, l'embrassait, la baisait avec une fougue sauvage, une passion servile. Encore ! Comme si l'Aduram même érodait son humanité, comme si sa Symphonie dissonante transpirait à travers lui, comme s'ils étaient tous deux réduits à leurs plus bas instincts, leurs pulsions les plus primaires. Encore ! Comme s'ils n'étaient plus que l'amant et l'amante, l'homme et la femme, le mâle et la femelle. Encore ! Plus qu'un seul être, plus que l'union de ces deux forces immémoriales. Encore ! Jamais il n'avait ressenti un aussi pur désir, une sensation aussi simple et naturelle. ENCORE ! Ils s'offraient ce que le monde n'avait jamais su leur donner, ce qu'il n'avait eu de cesse de leur prendre. Un peu de tendresse, et d'amour.
Les heures étaient passées, les lunes s'étaient levées. Dehors, on indiquait à une lointaine voyageuse un grand pavillon double, écru et bariolé de carreaux rouge. Alors soulevant un pan de toile, la silhouette d'or et d'argent apparut sous l'auvent crénelé, comme une vision onirique, tirant brutalement le couple extasié de sa transe animale. Et il la reconnut. Et, lui d'entre tous, ne put dire un mot.


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Lun 6 Nov 2017 - 13:11, édité 3 fois (Raison : liens zic morts + balises chrono listenonrepeat qui faisaient de la chiasse)
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Eliwa
Elfe
avatar

Nombre de messages : 1679
Âge : 21
Date d'inscription : 10/08/2011

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 140 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Jeu 10 Sep 2015 - 19:35


Le rythme qu'elle leur avait imposé les avait exténués. Si bien que lorsqu'ils mirent pied à terre, Alayda plus que ses deux gardes, vacillèrent légèrement. Leurs jambes, engourdies par le fait d'avoir gardé la même position trop longtemps, tremblèrent désagréablement le temps que leurs muscles se détendent. L'humaine du s'asseoir au bout de quelques secondes, ses cuisses ne la portant plus. Ils étaient à quelques mètres de La Dross, et sans surprise, des soldats vinrent à leur rencontre. Après qu'elle leur eut expliqué la situation, on les escorta à l'intérieur de la cité, où on lui indiqua la tente de celui qu'elle était venue chercher. Mais elle ne voulu s'y rendre sur le champs, elle devait avant tout s'assurer que ses montures, et plus particulièrement Amarthluin, n'allaient pas être malmenées. Avec les soldats, humains qui plus est, on ne savait jamais. Ils n'avaient pas cette douceur propre aux elfes envers les animaux, et ils avaient tendance à les traiter plus comme du bétail que comme de véritables êtres à part entière. Et cela, Eliwa ne le permettrait pas, pas pour son propre compagnon de voyage, pas pour celui qui avait sillonné le continent avec elle, et qui avait maintes et maintes fois repoussé ses limites pour échapper à la mort. Quand elle fut rassurée quand à son sort, elle rejoignit Alayda, qui peinait à reprendre le contrôle de ses membres. Elle lui avait décidément demandé beaucoup, et l'elfe prenait, à cet instant, pleinement conscience des efforts qu'elle avait fourni pour elle. On l'avait assise sur une sorte de tabouret, sous le couvert d'une toile, là où une sorte de lit était comme entreposé. Avec précaution, elle l'amena à s'y allonger, le temps qu'elle soulage les spasmes qui faisaient parfois trembler ses jambes.

Ôtant son pantalon, elle prit une sorte d'huile, à base de plante, qu'elle avait emmené avec elle, et entreprit de masser lentement, mais en profondeur, ses cuisses et ses mollets. Elle sentait l'humaine tendue. Peut-être estimait-elle qu'elles n'étaient pas assez proches pour ce genre de contact, mais peu importait. Alayda était là pour prendre soin de sa fille, si jamais il arrivait quelque chose à Eliwa, alors il aurait été complètement déraisonnable de ne pas prendre soin d'elle. D'ailleurs, Mîrmae était actuellement dans les bras d'un des gardes, mais l'elfe craignait que ce dernier ne finisse par la laisser tomber, ou par la blesser, sans le faire exprès. Il fallait dire qu'il était assez maladroit, et qu'il avait du mal à la tenir naturellement. Alors quand celle aux cheveux de feu reprit pleinement possession de ses moyens, elle arracha presque sa fille à l'eunuque, et après l'avoir serré un instant contre elle, elle la lui tendit. Restant un instant assise, à contempler celle à qui elle avait donné la vie, celle qui faisait désormais chaque jour son bonheur, celle pour qui elle donnerait sans hésiter sa vie, elle finit par lâcher un soupir. Ses yeux croisèrent ceux d'Alayda, et cette dernière lui offrit un sourire qui se voulait sans aucun doute réconfortant. Son hésitation devait être palpable, puisqu'elle ajouta, d'une voix douce :

 - Ne t'inquiète pas. Je m'occupe d'elle. Va le voir. Après tout, tu es ici pour ça.

Il était vrai qu'elle était venue spécialement pour lui. Qu'elle était ici pour le voir, et rien d'autre. Mais devait-elle réellement y aller maintenant ? Devait-elle aller à sa rencontre, pour lui présenter sa fille ? Au fond d'elle même, elle savait pertinemment qu'elle le devait. Elle savait qu'elle n'avait pas le choix, pas après avoir eu tant de mal à le trouver, pas en étant si proche du but. Alors, dans un élan de courage, elle se leva de son séant et prit la direction de la tente qu'on lui avait indiqué comme étant celle d'Altiom. Absorbée par ce qu'elle allait bien pouvoir dire, elle ne senti presque pas le contact de sa louve contre sa cuisse, et ce fut machinalement qu'elle enfouit ses doigts dans le pelage de son cou. La savoir à ses côtés la rassura certainement, mais elle appréhendait tout de même la réaction du géniteur de sa fille. Ne prenant même pas la peine de s'annoncer, elle souleva le pan de toile servant de porte. Après tout, que pouvaient-ils bien avoir à se cacher ? Et lors, l'ironie du destin s'évertua à lui répondre. Aussi clairement et simplement qu'elle n'aurait jamais pu l'imaginer.

Un instant, le temps s'arrêta. Un instant, elle crut défaillir. Son cœur et son esprit ne furent plus. Elle ne fut plus. Puis elle reprit ses esprits. Et lors, sa poitrine se serra si fort qu'elle crut qu'elle n'allait pouvoir s'en remettre. Elle crut que la souffrance qu'elle ressentait à cet instant ne s'en irait jamais. Elle essaya un instant d'être objective, elle essaya un instant de ne pas laisser ses sentiments l'emporter sur la raison, mais elle ne put. Elle avait été bien naïve de penser que ce qu'ils avaient vécus, que ce qu'ils avaient éprouvés, ce qu'ils avaient fini par concevoir, leur attribuaient un statut spécial, que cela avait créé une sorte de lien. Tandis qu'elle se démenait pour le retrouver, tandis qu'elle faisait preuve de la plus grande patience, et de la plus grande persévérance, pour réunir leur famille, lui se prélassait avec une autre. Lui donnant ce qui lui avait tant manqué, lui offrant ce dont elle avait eu besoin, et ce dont elle avait du se priver. Sa gorge s'était nouée, et les larmes avaient afflué sans qu'elle s'en rende compte. Lorsque l'une d'entre elles perla sur sa joue, elle ravala sa salive de rage, et essuya ses yeux violemment. Lui restait là, stoïque, face à elle. Pas un mot ne sortait de sa bouche. Pas un son. Immobile, elle ne savait que faire. Tandis que son corps restait droit, sa tête haute, tout s'effondrait en elle. Tout ce pour quoi elle s'était battue ces dernières ennéades venait de tout bonnement lui échapper. Pire. Cela n'avait jamais existé. Elle aurait tout le temps de se blâmer par la suite, et elle savait très bien qu'elle le ferait. Mais elle devait agir. C'était ce qu'elle devait faire, là, maintenant. Dire quelque chose, faire quelque chose, peu importait. Elle le devait. Mais ses lèvres ne purent s'ouvrir, sa langue ne put s'arracher à son palais pour formuler quoique ce fut. Ses iris azurs restaient comme paralysés face à ceux émeraudes de l'elfe. Ils devaient sans aucun doute transpirer de colère, de peine, et de déception. Elle n'en avait cure. Ses talons se décollèrent enfin du sol, et elle tourna vivement le dos à Altiom. Ses pas la menèrent automatiquement jusqu'à la tente où elle avait laissé sa fille, et elle lâcha, aussi froidement qu'elle le put :

 - On y va.

Elle pouvait lire l'incompréhension dans les yeux d'Alayda, et lorsqu'elle essaya de prendre la parole, elle l'arrêta brusquement. Cela ne valait pas une discussion. Cela n'avait pas lieu d'être. Puisque tout ceci n'était qu'une erreur immense. Quelque chose qui n'aurait jamais du exister. Jamais.
Revenir en haut Aller en bas
Aedis Galace
En attente de validation..
avatar

Nombre de messages : 672
Âge : 22
Date d'inscription : 27/12/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 34 ans
Niveau Magique : Non-Initié
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Mar 8 Déc 2015 - 2:40

Aedis se sentait bien. Épanouie. Il lui suffisait de se replonger dans ses pensées quelques secondes, de fermer les yeux plus d'un instant, et elle se rendait compte que les choses n'avaient cessées d'aller de mieux en mieux. Évidemment, les événements récents n'avaient pas été les plus joyeux, mais… Elle se sentait à sa place. Elle n'avait pas besoin de mentir, pas besoin de se faire appeler par un autre nom… Même si, à vrai dire, cela lui manquait parfois un peu : pendant des années, elle s'était habituée à se retourner en entendant un nom masculin, et là, elle sursautait encore, parfois, quand on l'appelait par son nom de naissance. Mais globalement, elle se sentait acceptée, et foncièrement heureuse. Armes à la main la journée, entourée d'hommes de confiance, de guerriers -de frères.
Et, pour couronner le tout, espèce de cerise sur le gâteau qui lui avait permis d'arriver là et rendait ses nuits aussi belles que ses jours, il y avait Altiom. Qui la traitait comme rarement on l'avait traitée avant ; sa relation avec Nikolaï, par exemple… Il avait toujours été correct avec elle, mais elle ne s'était jamais sentie à sa place. A cause de ses propres mensonges ou à cause du sentiment qu'elle avait d'être inférieure au chevalier bleu ? Elle l'ignorait, mais elle était satisfaite qu'aujourd'hui, elle n'ait plus honte d'être qui elle était.

Pour être sincère, ce genre de pensées, elle ne les avait pas en ce moment même. En ce moment même, elle était focalisée sur tout à fait autre chose, comme la douceur de la peau de son amant, contrastant avec la violence de leurs mouvements. Ils se raccrochaient l'un à l'autre, comme pour s'assurer que leur dernière nuit soit la plus belle. Sans promesse d'une prochaine fois, juste un espoir que les choses allaient bien se passer, ils n'avaient plus que ça pour se soutenir. L'énergie du désespoir, pourrait-on dire… Peau contre peau, sueur glissant le long des courbes, le long des muscles... Les gémissements s'échappaient comme des volutes entre les lèvres entrouvertes des deux compagnons de lutte ; luttaient entre eux ou luttaient contre le monde, ou peut-être les deux. Qu'importait, au final, qu'il y ait une suite : il y avait un maintenant, et c'était bien assez pour ne plus se poser de question. Oscillant entre mots doux et griffures, entre caresses et morsures, ils faisaient se dérouler la nuit, tendre et rude à la fois. Oubliant presque les angoisses et la peur. Presque.
Et alors qu'Aedis s'était retrouvée assise sur les jambes d'Altiom, lui enserrant le corps entre ses cuisses,  sa tête calée sur l'épaule de celui-ci, un bruissement de tissu et un courant d'air frais la sortirent de sa transe. Elle aurait pu passer outre, si le visage de son amant ne s'était pas figé dans une expression hébétée ; elle tourna son visage pour apercevoir une elfe aux cheveux blonds, qui fixait le couple avec des yeux dans lesquels se mêlaient stupéfaction et colère. La sylvaine, sans dire mot, fit volte-face, et disparut pour laisser place au pan de la tente, qui ondoya encore quelques instants, seul signe de l'intrusion.

Aedis savait qui elle était. Altiom lui avait parlé d'elle, et de leurs aventures… Les bois d'Aduram, entre autres… Mais que venait-elle faire ici ? Et pourquoi avait-elle l'air si… Mal à l'aise ? Non, le mot n'était pas assez fort pour décrire l'état de l'elfe. Hébétée, la semi-elfe se tourna vers Altiom. Scrutant un instant son visage, elle secoua le sien, et se recula. Rapidement, elle prit quelques affaires qui étaient posées non loin de là, et s'habilla, alors que ses pensées tournaient encore sans qu'elle puisse trouver réponse à ses questions. Cette visite semblait assez grave, et la jeune femme se doutait qu'elle avait un lien assez étroit avec la relation qu'elle avait eu Altiom. Aedis jeta à nouveau un coup d’œil à l'homme : lui avait-il caché quelque chose ? La situation ne correspondait pas vraiment à ce qu'il lui avait raconté de l'elfe. Elle ne lui avait pas semblé du genre à s'émouvoir d'une relation, quelle qu'elle soit ; alors soit quelque chose avait radicalement changé, soit elle avait vraiment mal compris ce que lui avait raconté Altiom.
Une fois qu'elle fut présentable -c'est-à-dire suffisamment habillée pour passer devant les hommes sans qu'il n'y ai de discussions particulières à le sujet, ou des remarques déplacées murmurées- elle sortit de la tente, se dirigeant vers l'endroit où était allée l'elfe. Ce n'était pas à elle d'intervenir directement, elle n'était pas vraiment concernée… Mais elle ne voulait pas non plus qu'on parle d'elle quand elle n'était pas là : elle attendit donc qu'Altiom entre dans la tente où ils étaient en premier, observant pour l'instant la situation en retrait…
Revenir en haut Aller en bas
http://www.xmen-first-class.com/t838-aedis-darrek-finiii
Altiom d'Ydril
Humain
avatar

Nombre de messages : 608
Âge : 24
Date d'inscription : 28/08/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 32
Niveau Magique : Eveillé / Néophyte.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Ven 8 Jan 2016 - 14:18

Émeraudes. Deux gemmes hypnotiques qui l'avaient quitté à tout jamais. Le silence avait parlé, le moment était passé. Altiom aurait voulu hurler toutes les explications du monde, la supplier d'écouter, lui conter tout de ces derniers mois, tout de ces trahisons, de ces abandons, de cette solitude, de ces doutes, de ces geôles qui l'avaient rongé, de ces morts qui l'avaient changé. Lui hurler de simplement rester là, quelques instants, seulement attendre un peu. Mais ses yeux l'avaient fait pour lui, et ils n'avaient pas hurlé assez fort.
Le moment était passé, la vision déjà s'était estompée. Aedis à son tour vint saisir son regard, mais à son amante non plus il ne sut répondre. Encore en elle, il la sentit se retirer sans plus y penser, sans plus ressentir cet abandon d'il y a quelques secondes, cette évidence. Il l'aimait, elle. Il les aimait toutes deux, voilà tout ce qui importait. Pourquoi cela ne pouvait-il suffire ? Pourquoi les choses ne pouvaient être si simples, pourquoi Eliwa ne pouvait-elle l'accepter ? Le monde n'était-il pas assez dur, la mort si prompte à vous trouver, pour qu'elle rajoute à sa peine, pour qu'elle le meurtrisse d'une faute qui ne vivait que dans son regard ? N'avait-il pas assez souffert, lui aussi, n'avait-il pas assez sacrifié pour avoir le droit d'être en colère ? Et pourtant la tristesse seule parvenait encore à percer son cœur. Voilà qui tranchait tous ses questionnements : tout cela était futile. Il aimait Eliwa comme il aimait Aedis, comme il avait aimé et aimerait toutes les femmes qui croiseraient son chemin. C'était tout ce qui importait en ce monde, tout ce que qui que ce soit puisse espérer. Bientôt sa carcasse, sa viande pourrissante, sa face décharnée, ses orbites vides, son cœur mort, tout cela croupirait dans la fange d'Amblère ou de quelque autre cité de ce monde, il n'avait plus de temps que pour aimer. Au diable la rage, la rancœur, le regret, la peur !
Levé d'un bond, il se joignit à sa vicomtesse dénudée, passant braies et broigne qui traînaient par-là, tendant machinalement la main pour se saisir de sa fiasque mais.. hésitant tout à coup, se sentant presque le courage de la délaisser cette fois-ci, de ne pas la porter à ses lèvres, comme insufflé d'une force qui l'avait quitté voilà bien des mois. Alors détournant ses doigts, il vint les glisser entre ceux de s'amie, paume contre paume, un sourire serein étirant ses traits fatigués. Elle était tout ce dont il avait besoin.


Deux paires de billes contrites accueillirent le couple dans l'air gelé de la nuit. Remballant dés et plateaux, le duo de drilles s'échangea une brève œillade.
- Là-bas, désigna l'occhio d'un signe de tête, sobre et respectueux.
- Marrit airòl, marrida enta è ? (Mauvais endroit, mauvais moment hein ?) Contrairement à d'autres semblait-il. Soit, ce n'était pas le rôle des capitaines que de s'immiscer dans les affaires de cœur de leur seigneur et maître, mais après tant d'épreuves, d'enculades karmiques et autres beuveries improvisées à dos de canassons, toute cette malemaisnie d'expatriés turbulents ne tenait-elle pas plus d'une grande famille unie et solidaire que de l'usuelle bande de reîtres enragés ? Bah ! Et puis après tout Rico s'était toujours révélé être une incorrigible fouinasse lorsqu'il s'agissait de ces affaires de coucheries campagnardes aux doux relents d'amour courtois, une incartade de plus ou de moins ! Pourtant l'archonte s'en fut sans même un regard pour son vieux frère. Traversant le campement d'un pas résigné, mécanique, sa face de marbre, impavide, l'homme n'était que passions et douleurs dévorantes, l'âme ébranlée sous les vents rageurs d'une tempête intérieure ; car si son esprit se savait innocent son cœur refusait toute raison. Et pressé par ses doutes, par la peur d'être abandonné de nouveau, sentant que quelque chose lui échappait, le voilà qui louvoyait entre les braseros, les gens d'armes, les tournebroches, les râteliers étincelants, les porcelets crépitants, les fûts entassés, entre les rires, les clameurs et les chants, entre les éclats de joie et de légèreté. Et puis tout soudain, se figeait devant la tente indiquée. Esquissant un pas craintif, la main sur ce pan de toile qui lui sembla plus pesant qu'une herse de fer massive, il tourna la tête vers celle qui jamais ne l'avait délaissé, comme pour y puiser encore un peu de cette confiance qui lui manquait tant. Et les yeux clos, entra.

À qui était ce visage jadis aimé que la rage rendait étranger ? Des silhouettes informes, insignifiantes, chancelant dans la lueur d'une maigre chandelle, tout autour se mouvaient comme dans un songe. Un mauvais songe. Et elle, elle le toisait. Son regard incertain trahissait ses gestes sûrs. Mais elle allait partir, encore. Et lui resterait seul, encore. Il n'était plus qu'un enfant devant elle, qui se sentait si démuni, si nu.
- Tu pars. Ces mots donnèrent vie à ses peurs. Trop tangibles, trop réels. T'ai-je jamais caché quoi que ce soit Eliwa ? Ai-je jamais cherché à te faire souffrir ? Pas à pas, l'ancien amant s'approchait. Me reproches-tu de t'avoir menti, alors que je n'pouvais même te parler ? Me reproches-tu de t'avoir trahie, alors que je n'pouvais même t'embrasser ? Me reproches-tu d'avoir aimé. Et tandis que mourait sa voix naissait une autre. Des gémissements brefs et chantants, là sur sa droite, dans les bras de cette femme. Empaquetée dans quelque linge, une petite bouille rosie par la rude nuit d'au-dehors vint planter ses deux gemmes émeraudes en ses azurs. Alors quelque chose le frappa. Sans qu'il l'accepte. Sans qu'il en saisisse vraiment toute la portée, s'évertuant à refouler pareille pensée. Tout se tut en lui.
- Lili. Je n'ose comprendre.


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Mar 19 Jan 2016 - 12:56, édité 1 fois (Raison : EAURTEAUGRAF)
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Eliwa
Elfe
avatar

Nombre de messages : 1679
Âge : 21
Date d'inscription : 10/08/2011

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 140 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Mar 12 Jan 2016 - 0:40


La colère de l'impuissance avait envahi son visage, et elle pouvait se lire sans peine dans ses yeux. Alayda allait lui donner sa fille lorsqu'il souleva le pan de la tente. Elle fut d'abord légèrement surprise de le voir, pensant qu'il ne l'aurait pas suivi, pensant qu'il n'aurait pas tenté de s'expliquer, puis la tristesse revint, soudainement. Des larmes faillirent gonfler ses yeux, et un sanglot étouffer sa gorge. Mais elle se retint. Elle ne pleurerait pas là, pas maintenant, pas face à sa fille. Ni face à lui. Mais il lui posait des questions, encore et encore. Comme si elle avait toutes les réponses, comme si elle n'était pas prise dans ce tourbillon d'émotions destructrices. Elle savait qu'elle allait tout de même devoir répondre, qu'elle allait devoir dire quelque chose. Elle n'en avait pas envie elle n'en avait pas la force. Sifflant légèrement, elle rappela sa louve à ses côtés. Elle avait besoin d'elle, besoin d'un soutien pour ne pas s'effondrer. Garder la face, alors qu'on lui demandait déjà tant. Dans son esprit, les questions tournaient, encore et encore, sans qu'elle ne trouve réellement d'échappatoire. Alors, elle décida de prendre la parole. De prendre la parole face à ce déferlement de reproches et d'évidences. Son ton était toujours aussi froid, et elle s'en étonna légèrement.

 - Rien. Je ne te reproche rien.

Pas encore, en tous cas. Cela viendrait sûrement, et plus vite qu'elle ne le pensait. Mais pour l'instant, elle ne lui avait encore rien reproché. Elle n'avait fait que partir, sans dire un mot. Elle n'avait fait que traverser l'Aduram, qu'écumé les bordels et les tavernes de Thaar, jusqu'à ce qu'elle trouve ne serait-ce qu'un minuscule indice sur sa position. Elle n'avait fait que mettre leur fille au monde, alors qu'elle ne savait même pas qu'elle était enceinte. Elle n'avait que douté encore et encore de la légitimité de son enfant, et pensé maintes fois à ce qu'elle devait faire sans jamais réellement s'être décidé. Rien. Elle ne lui reprochait rien. Il n'avait rien fait après tout. Rien qui ne méritait d'être relevé, d'être étudié, et d'être jugé. Tout ceci n'était que le produit de sa naïveté et de ses illusions. Elle avait pensé, elle avait cru, elle s'était trompé. Elle avait prié maintes et maintes fois Kÿria de les réunir, et aujourd'hui, elle regrettait tant. Elle regrettait d'avoir demandé une telle chose, d'avoir imaginé ne serait-ce qu'une seconde que tout ceci puisse être une bonne idée. Elle regrettait tellement que son ventre se contracta violemment, et que des spasmes presque incontrôlables contractèrent son estomac à intervalle régulier. Elle dut faire un effort surhumain pour ne pas se plier en deux et rendre le peu de choses qu'elle avait ingurgité les jours précédents. Elle avait honte d'elle même, et rendre là les restes de ses maigres repas n'arrangerait pas la chose, loin de là.

Jusque là, elle n'avait pas remarqué les pas qu'il avait fait, elle n'avait pas remarqué que la distance entre eux s'était réduite au fur et à mesure qu'il posait ses questions. Mais cela la frappa de plein lorsqu'il posa les yeux sur Mîrmae. Et qu'il l'interrogea à propos. La première chose qu'elle voulut faire fut de le repousser. Loin. Loin d'elle, loin de sa fille, loin d'eux. Sa main s'était portée naturellement sur sa cuisse, là où elle savait une lame dormir. Elle n'alla pas jusqu'à la dégainer, s'arrêtant à temps, mais elle laissa tout de même ses doigts reposer dessus. Elle savait qu'il n'était pas un danger, elle savait qu'il ne lui ferait sans doute pas de mal. Mais elle n'en était pas forcément certaine, et malheureusement, elle avait pris l'habitude d'être assez agressive lorsqu'il s'agissait de son enfant. Sûrement parce qu'elle avait passé beaucoup de temps à Thaar, et parce que là bas, elle devait se montrer menaçante. Elle ne devait pas douter un instant, sans quoi elle se savait perdue. Serrant la mâchoire, elle réfléchit un instant à ce qu'elle allait lui dire, avant d'ouvrir à nouveau la bouche.  

 - Ma fille. Ta fille. Notre fille. Je crois que tu as assez bien compris.

Cette idée, elle la lui asséna comme elle lui avait été assénée. Elle la lui balança sans aucun préavis, sans fioriture, sans détour. C'était cela et pas autre chose. Il avait une fille. Au même titre qu'elle. Et cela ne pouvait être nié. Il pouvait toujours être transpercé de part en part par la surprise, l'angoisse, la haine, ou la joie, ce ne serait rien, absolument rien, comparé à ce qu'elle avait vécu. Son expérience, elle ne pouvait la lui faire vivre, d'une part parce que c'était impossible, et d'autre part parce que malgré tout, elle ne voulait lui imposer tant de douleur et de souffrance. Finalement, elle osa détourner le regard du visage de celui qui avait été son amant, et elle posa ses yeux sur son enfant. Tendant les bras à Alyada, cette dernière ne se fit pas prier pour la lui remettre, avant de filer dans un coin de la tente, loin de cette Eliwa qu'elle ne reconnaissait pas. Un instant, toute haine, toute colère, tout tristesse s'effaça de son visage, pour laisser place à une admiration sans borne, et à une joie des plus simples. Le fait de la tenir contre elle l'apaisa. Mais bien vite, elle dut revenir à la réalité, et lorsqu'elle parla à nouveau, un tremblement empli de tristesse et de résignation transparut dans sa voix.

 - J'ai cru t'aimer, Altiom. J'ai cru pouvoir te donner, j'ai cru pouvoir t'apporter ce qui te manquait. J'ai cru vouloir former une famille, j'ai cru vouloir te voir vieillir. J'ai cru vouloir mourir. Je pensais que tu étais cette personne, celle que j'ai cherché toute ma vie. Je pense que je me suis trompée. Oui, je me suis trompée. Parce que cette personne c'est elle. Je pense que je devrais te remercier, pour ce cadeau. Mais je ne me sens pas reconnaissante. Cela se voit, j'imagine.

Un silence vint accueillir cette déclaration. Elle n'avait pas fini, mais il lui était douloureux d'évoquer ses faiblesses. D'évoquer ce qu'elle venait juste de perdre. Une idée à laquelle elle ne s'était pas tout à fait faite, à laquelle elle n'avait pas eu le temps de réfléchir. Une décision qu'elle n'avait pas encore remise en cause.

 - Non, je pense que je devrais plutôt dégainer cette lame qui me brûle depuis tout à l'heure. Je devrais le faire, pour elle. Pour la famille que tu viens de lui enlever, le père que tu viens de faire disparaître. Je devrais te haïr à sa place, je devrais te donner ce que j'aurais voulu donner à mon père. Je ne voulais pas ça pour elle, non, je ne voulais pas. Il semble que je n'ai pas le choix. Je...

Une larme coula sur sa joue, et elle l'écrasa violemment. Une autre suivit cependant, comme pour la défier, comme pour lui faire comprendre qu'elle n'avait aucun contrôle. De rage, elle serra sa mâchoire tout en effaçant celle qui avait tout de même osé couler le long de sa joue. Son corps se mit alors à trembler sans qu'elle ne puisse rien y faire, et elle voulut hurler. L'envie se fit si pressente qu'elle sentit ses poumons, son estomac, puis sa gorge la brûler. Sa langue, collée à son palais, refusait de laisser jaillir ne serait-ce qu'un gémissement étouffé. Mais si elle put se retenir, Aralaurë ne le put, et un geignement long et plaintif s'éleva dans le silence. Elle n'eut pas le courage de la faire taire, pas le courage de lui ordonner quoi que ce soit.

 - J'ai perdu, Altiom... J'ai perdu. J'abandonne.

Ce fut les seuls mots qu'elle put prononcer. Les seuls qui purent franchir ses lèvres avant qu'elle ne s'écroule. Elle tomba à genoux, aux pieds de celui qu'elle était venu chercher, serrant sa fille contre sa poitrine. La grosse tête de sa louve vint s'écraser contre sa joue, essuyant au passage une larme qui avait réussi à s'échapper. Elle pouvait entendre une sorte de ronronnement rauque, qui semblait provenir du ventre de l'animal. Mais elle n'y fit pas attention. Tout ce qui importait à cet instant, était qu'elle avait perdu. Elle abandonnait.
Revenir en haut Aller en bas
Altiom d'Ydril
Humain
avatar

Nombre de messages : 608
Âge : 24
Date d'inscription : 28/08/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 32
Niveau Magique : Eveillé / Néophyte.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Dim 22 Mai 2016 - 15:02

Sa fille. Une bâtarde, de condition comme de race. Pas même un mâle apte à perpétuer sa lignée. Une nuisance trois fois indigne que quiconque, du plus grand empereur au dernier des hobereaux, aurait reniée sur-le-champ d'un rire froid comme la mort. Mais pas Altiom. Il n'eut que le temps de sentir s'engouffrer en lui un vent, une vague, irrépressible, sentir une tempête balayer en un instant toute cette noirceur qui lui dévorait l'âme depuis Diantra. Et puis doucement s'apaiser, et se changer en une brise des mers du sud, réchauffée par son soleil d'Ydril, celui des soirs d'été. Alors le terrifiant vide en lui fut comblé. Et la colère, et la vengeance, et la guerre, tout cela s'en était allé. Et il ne fut plus qu'un père.
- J'ai cru t'aimer, Altiom. Un père accablé. J'ai cru pouvoir te donner, j'ai cru pouvoir t'apporter ce qui te manquait. J'ai cru vouloir former une famille, j'ai cru vouloir te voir vieillir. J'ai cru vouloir mourir. Mis au supplice par celle qu'il avait trahie sans jamais savoir, sans jamais comprendre tout ce qu'il avait été pour elle. Je pensais que tu étais cette personne, celle que j'ai cherchée toute ma vie. Je pense que je me suis trompée. Oui, je me suis trompée. Parce que cette personne c'est elle. Je pense que je devrais te remercier, pour ce cadeau. Chaque mot le perçait comme un millier de lances. Comme un millier de cris d'un millier de frères qu'il avait abandonnés comme il avait abandonné sa terre. Mais je ne me sens pas reconnaissante. Cela se voit, j'imagine. Elle se tut. Mais avec sa voix ne moururent pas les tourments de l'archonte. Eux continueraient d'hurler en lui, résonner en d'éternels échos depuis les profondeurs de son esprit, jusqu'à ses dernières heures.
- Non, je pense que je devrais plutôt dégainer cette lame qui me brûle depuis tout à l'heure.
- Liwa ? souffla-t-il, perdu. Ces mots, de sa bouche, cela n'avait pas de sens. Elle.. voulait le tuer ? Il n'aurait jamais pu ressentir autre chose au monde que de l'amour pour elle, jamais désiré autre chose que son bonheur, jamais pu ne serait-ce qu'envisager lui faire le moindre mal, comment pouvait-elle vouloir détruire quelque chose d'aussi pur ?
- Je devrais le faire, pour elle. Pour la famille que tu viens de lui enlever, le père que tu viens de faire disparaître. Je devrais te haïr à sa place, je devrais te donner ce que j'aurais voulu donner à mon père. Je ne voulais pas ça pour elle, non, je ne voulais pas. Il semble que je n'ai pas le choix. Je...
- ALORS FRAPPE ! explosa-t-il tout soudain, écartant les bras de part et d'autre en avançant vers elle. Je t'ai donné mon corps et mon cœur déjà, PRENDS MA VIE SI C'EST LÀ TON DÉSIR ! Sa voix grondant comme un tonnerre pourtant n'abritait nulle colère, et si dans ses yeux naissait un orage, n'y siégeait aucune rage ; rien qu'une pluie brouillant le ciel de ses iris pour noyer la terre de ses joues.
- J'ai perdu, Altiom... J'ai perdu. J'abandonne. Et à ces mots l'immortelle s'effondra. Alors franchissant le dernier pas qui les séparait encore, il se laissa choir à son tour.
- Moi je ne t'abandonne pas. Et de ses bras les enserra toutes. Mîrmae, Eliwa, Aralaurë même. Ni toi ni elle. Posant les yeux sur sa descendance, il ne put contenir une seule autre seconde toutes ces forces et ces instincts ancestraux qui bouillonnaient en son sein, et sa voix grave et tremblante emplit alors la nuit : ma fille, pour toi je reprendrai la terre de mes aïeux, je t'en fais le serment devant les Cinq. Je me ferai duc, je me ferai roy ! Je t'érigerai un empire à la sueur de mon front, au sang de mon corps, à la pointe de ma lame, un empire tel qu'on n'en a point vu depuis les roys-dragons de l'ancien temps, qui ne connaîtra nul égal, nul rival, et de cet empire tu seras l'héritière. Je te forgerai une couronne que n'oserait porter un dieu, j'y enchâsserai mille et mille joyaux encore ! De par le monde entier je mènerai tout un ost pour te les rapporter, des plus purs diamants que j'arracherai des entrailles de l'Elda aux saphirs des Hautes Terres, que l'on dit fragments des cieux nocturnes, cachés au cœur des montagnes par Othar tant il les convoitait, et s'il le faut je défierai le Père des Cimes lui-même ! Je.. Haletant, il s'arrêta alors. Voilà ma promesse Eliwa : je vais retourner en mon pays, je le purgerai de tout danger, de tout parjure, de toute cette engeance de basse extrace qui y pullule désormais. Et lorsqu’enfin mes terres seront sûres, lorsqu'elles seront dignes d'elle, je reviendrai pour ma fille. Tu seras libre de l'accompagner, libre de vivre parmi les miens un jour, un an, ou tout un pan de ton existence d'Éternelle. Et tu choisiras l'heure de votre départ, d'un moment à l'autre, sans me consulter ni même me faire tes adieux si c'est là ton souhait. Mais je veux que ma fille voie la terre de son père. Je veux qu'elle voie ce grand océan, la mère de toutes les mers, qui s'étend jusqu'au bout du monde et qu'elle sache qu'à jamais l'Ydril sera une part d'elle.


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Dim 9 Juil 2017 - 13:25, édité 3 fois (Raison : EAURTEAUGRAF + lien zic mort)
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Eliwa
Elfe
avatar

Nombre de messages : 1679
Âge : 21
Date d'inscription : 10/08/2011

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 140 ans
Niveau Magique : Non-Initié.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Jeu 2 Juin 2016 - 16:30


Aralaurë gémissait, en continu. Laissant une plainte sourde envahir la tente, comme pleurant pour l'elfe qu'elle accompagnait constamment. Elles étaient devenues comme une meute, à elle deux. Que Mîrmae avait agrandi. Elle savait toute l'affection qu'elle lui portait, elle savait qu'elle était bien plus qu'une simple compagnie, ou un divertissement. Elle était ce qu'elle avait de plus constant, dans sa vie, de plus stable. Elle était sans cesse à ses côtés, sans cesse entrain de se battre. Elles avaient entre elles cette loyauté indéfinissable, ce sentiment d'unité si fort qu'il ne pouvait être brisé, qu'elle savait ce qu'elle serait capable de faire pour elle. Aujourd'hui, elle exprimait sa peine. Comme pour la soulager, comme pour lui enlever un poids qu'elle ne pouvait se permettre de lâcher. Pas maintenant, pas ici. Pas en face de celui qu'elle était venue trouver. Elle avait légèrement tremblé quand elle avait senti ses bras se refermer sur elles. Un frisson avait parcouru son dos à une vitesse folle, son contact ravivant des souvenirs qu'elle n'osait évoquer. Il avait hurlé. Parce qu'elle l'avait peiné, si fortement qu'elle l'avait un instant regretté. Avait-elle réellement le droit de le faire souffrir ainsi ? Parce qu'il l'avait oublié, parce qu'il l'avait laissé seule, sans réellement se soucier de son sort ? Parce qu'il ne savait pas s'il la reverrait un jour, parce qu'il avait préféré ne pas se soucier d'elle ? Non, elle n'en avait pas le droit, elle le savait. Mais ce qui lui donnait le droit était la situation dans laquelle il avait mis leur enfant. Leur enfant dont elle n'avait eu connaissance qu'au jour de sa naissance, son enfant qu'elle avait du violemment apprendre à chérir, à protéger, à élever. Elle avait subitement du réarranger son avenir, faire des plans sur plusieurs mois, sur plusieurs années, se démener pour essayer de prévoir un futur qui ne serait pas fait d'incertitudes et d'absence de lendemain. Elle ne voulait pas le frapper. Elle ne voulait pas le blesser physiquement, elle ne voulait pas se battre. Elle voulait seulement qu'il comprenne. Qu'il sache. Et s'il ne pouvait plus réellement changer la donne, elle se devait de l'impliquer un minimum.

Sa gorge était nouée, il lui était impossible de parler. Son cœur s'emballait parfois, se comprimait tantôt. Il battait de manière totalement anarchique, chose qu'elle avait du mal à expliquer. Sa fille ne disait mot contre son sein, mais elle savait que cela ne saurait tarder. Que d'être ainsi comprimée entre eux, que de sentir cette tension indescriptible serait bientôt plus qu'elle ne pouvait le supporter. Quelque part, elle s'en voulait de lui imposer une telle épreuve, à cet instant elle aurait voulu fuir, partir, l'emmener loin de tout ça, loin de cette peine et de cette colère. Loin de tout ce qui pourrait l'influencer d'une manière ou d'une autre. Dans un environnement sain, joyeux, propice à un développement correct. Mais elle était tétanisée, incapable de bouger. Seulement capable d'écouter. Ecouter ce qu'on voulait lui dire, écouter et se taire. Ecouter les promesses, les rêves, les espoirs. Sans réellement y croire, sans oser réagir avant qu'il n'ait fini. Ne pouvant interrompre son discours, n'en ayant pas la force. L'implication qu'il mettait dans ses mots, les sentiments qu'il ne cachait aucunement, la laissaient quelque peu perplexe, mais jamais son cœur ne se gonfla, jamais ses yeux ne se tarirent et jamais la déception, la tristesse et la peine ne quittèrent son visage. Elle mordait nerveusement ses lèvres, comme pour les empêcher de trembler, comme pour essayer de retrouver un semblant de contrôle sur elle même. Il voulait lui construire un empire. Lui donner des terres, en péninsule. La faire héritière, alors qu'elle était issue d'une relation hors mariage. Alors qu'elle n'avait que peu de chances d'être reconnue, d'être appréciée à sa juste valeur. Il voulait l'emprisonner là bas, quelque part au milieu des humains. Lui donner une place dont elle n'aurait peut-être pas voulu, une place qui ne lui revenait pas forcément. Seulement parce qu'elle était de sang. Seulement parce qu'elle était sa fille. Mais le pire n'était pas là, non. Le pire était la suite.

Un soubresaut la secoua brusquement, la sortant partiellement de sa torpeur. Elle brisa leur étreinte, se relevant soudainement. Ses jambes tremblaient, mais elle n'en avait que faire. Elle ne le remarqua même pas. Reculant autant qu'elle le pouvait, soit d'un ridicule pas, sa mâchoire se contracta et ses yeux s'agrandirent l'espace d'un instant. L'expression de la rage dans toute sa splendeur investit son visage l'espace de quelques secondes. Il reviendrait pour sa fille. Il reviendrait lui prendre Mîrmae, parce qu'elle était sa chaire, parce qu'elle était son sang. Il reviendrait pour lui retirer ce qu'elle chérissait par dessus tout, ce pour quoi elle donnerait sa vie. La seule chose qui avait de l'importance pour elle, le seul être qu'elle estimait plus qu'elle, qu'elle jugeait plus importante que sa propre existence. Il n'avait pas le droit, il ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas imaginer un instant qu'il puisse la lui retirer, se l'approprier. Qu'il puisse avoir le droit de le faire. Elle sentait toujours sa dague contre sa cuisse. Pouvait imaginer la fraîcheur de la lame sur sa peau, à travers sa chaire, à travers ses organes. Entendre les os craquer, son souffle s'accélérer. Son coeur battre à tout rompre et ses muscles se tendre. Soufflant péniblement, elle s'obligea à fermer les yeux, à se calmer. Ne rien faire d'insensé, qu'elle pourrait regretter.

 - Tu veux ? Tu veux. Comment peux-tu vouloir ?

Son visage était marqué par le dégoût, la peur et la tristesse. Elle n'aimait pas la position dans laquelle il la mettait, n'aimait pas la façon dont il la faisait parler. Ce qu'il faisait ressortir en elle, ce qu'elle savait enfoui mais qu'elle espérait ne jamais avoir à utiliser, à montrer. Cette rancoeur qu'elle ne pouvait surmonter, cette haine qu'elle n'arrivait pas à faire taire. Cette absence d'amour, ce vide qui la consumaient de l'intérieur. Il avait ouvert le gouffre dans lequel elle avait tant peur de tomber, dont elle savait ne pouvoir revenir.

 - Tu m'as abandonnée à l'instant où nous nous sommes quitté. Tu m'as abandonnée dès lors que l'idée de me revoir un jour peut-être a été effacée de ton esprit. A partir de ce moment, je n'ai plus été qu'une femme que tu as potentiellement aimé dans ta vie, une femme qui n'y a fait qu'un bref passage, une pause plus ou moins longue. Qui a partagé une partie de ton passé avec toi, mais qui n’apparaissait aucunement dans ton futur. Alors ne me dis pas que tu ne m'abandonnes pas, Altiom. Tu l'as déjà fait.

Elle tremblait entièrement désormais. Tant et si bien qu'Alayda se précipita vers elle, contre toute attente, pour attraper Mîrmae. De peur qu'elle ne lui glisse des bras, qu'elle n'échappe à son contrôle et qu'elle la blesse irrémédiablement, au mieux. L'elfe ne s'en formalisa pas sur l'instant, laissant celle à la chevelure de feu jouer le rôle qu'on lui avait attribué.

 - Son destin ne te regarde pas. Ne te regarde plus. Tu as choisi, bien malgré moi, tu as choisi. Je ne crois pas qu'il y ait de retour en arrière, de...

Les mots avaient du mal à s'enchaîner. Tantôt la colère prenait le dessus, tantôt la tristesse la submergeait si violemment qu'elle ne savait comment la chasser. Des relents d'acides commencèrent bientôt à remonter le long de son œsophage, comme pour l'aider à purger ce qui ne devait pas être, ce qui ne devait pas rester.

 - Tu ne peux pas me l'enlever. Sous prétexte qu'elle est ta fille, sous prétexte que ton sang coule dans ses veines, TU NE PEUX PAS !

Sa gorge lui faisait mal. Beaucoup trop mal. Sauf qu'elle n'avait pas fini, sauf qu'elle ne pouvait pas s'arrêter, pas maintenant. Elle devait continuer, elle devait s'imposer. Lui dire, le faire reculer. Faisant un pas un avant, comblant presque la distance entre eux, elle reprit.

 - Si tu la veux Altiom. Si tu la veux, il va falloir beaucoup plus que des promesses. Beaucoup plus qu'une simple envie, un simple désir. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais elle est tout. Tout ce qui me reste. Alors si sincèrement, au fond de ton coeur, tu la veux à tes côtés, il faudra me passer sur le corps. Parce que jamais je ne la laisserai partir loin de moi. Et jamais je ne survivrai en Péninsule. Réfléchis, Altiom. Réfléchis bien, parce qu'il n'y aura pas de retour possible.

A ses yeux, il était devenu celui qui voulait lui enlever sa fille. Celui qu'elle avait aimé, celui qu'elle avait chéri et cherché à travers tout Miradelphia n'était plus. Elle n'arrivait plus à imposer ces sentiments à son coeur, elle n'arrivait plus à voir ce qu'elle voyait encore quelques heures auparavant. Et elle sut à cet instant qu'il l'avait fait basculer. Qu'elle était devenue celle qu'elle avait tant peur de devenir. Emplie de haine et de rancoeur. Déterminée à le tuer s'il osait ne serait-ce qu'effleurer son enfant.
Revenir en haut Aller en bas
Altiom d'Ydril
Humain
avatar

Nombre de messages : 608
Âge : 24
Date d'inscription : 28/08/2010

Personnage
.: MANUSCRIT :.:
Âge : 32
Niveau Magique : Eveillé / Néophyte.
MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   Jeu 21 Sep 2017 - 9:44

Cases noires, cases blanches. Le coup était joué depuis des lustres, tous savaient déjà qui sortirait vainqueur du dringuet. Pourtant le dénouement se faisait attendre.
- Ma.. i entendi pas-res, se pòt pas pèrd cinquanta soberians cadun. (J'y comprends rien, c'est pas possible on perd cinquante souverains chacun.)
- Beh fatalement, a'c l'aut' corniaud qui s'barre en plein milieu.
- Qué alavetz, recomença ? (Alors quoi, on r'commence ?)
- Non non.. ma foi on va essayer d'continuer la partie comme ça, tant pis si ça fait trois Cycles qu'elle dure, tant pis si tout l'monde perd. Qu'on termine au moins.

Sa faille. Leur faille. Aucun n'en sortirait indemne. Née de leur union, elle serait leur perte. Son père ne l'avait envisagée, sa mère ressentie tout d'abord, pourtant la voilà, bien réelle, qui les faisait déborder d'amour, de peine, de peur l'un envers l'autre. Des enfants, impuissants devant leur création ; chacun la voulait, chacun la reconnaissait, envers et contre tous les dogmes, les normes, les lois établies en leurs royaumes, mais ils restaient incapables de s'accorder, se détruiraient bientôt, et elle avec. En ce jour ou un autre.
- Son destin ne te regarde pas. Ne te regarde plus. Tu as choisi, bien malgré moi, tu as choisi. Je ne crois pas qu'il y ait de retour en arrière, de...
- CHOISI ? Avait-elle seulement idée de ce qu'il avait sacrifié pour parvenir jusqu'ici ? AI-JE CHOISI DE VOIR MON MONDE S'ÉCROULER ? AI-JE CHOISI D'ÊTRE TRAHI PAR MES PROPRES VASSAUX ? AI-JE CHOISI DE CROUPIR DES MOIS DURANT DANS LES GEÔLES D'UN ROYAUME POUR LEQUEL J'AURAIS DONNÉ JUSQU'À MA VIE ? QU'AI-JE JAMAIS CHOISI ELIWA, DANS TOUTE MON EXISTENCE ? AI-JE CHOISI MON RANG, AI-JE CHOISI DE T'AIMER ? AI-JE CHOISI D'ÊTRE LE PÈRE DE NOTRE FILLE ? POURTANT JE SUIS CE QUE JE SUIS. HÉRITIER, ET AMANT, ET PÈRE. ET JUSQU'À MON DERNIER SOUFFLE JE DÉFENDRAI TOUT CELA !
- Tu ne peux pas me l'enlever. Sous prétexte qu'elle est ta fille, sous prétexte que ton sang coule dans ses veines, TU NE PEUX PAS ! Devant son avancée, il resta impavide, immuable. Mais ébranlé au plus profond de son être. Si tu la veux Altiom. Si tu la veux, il va falloir beaucoup plus que des promesses. Il ne reconnaissait plus celle qu'il avait aimée. Beaucoup plus qu'une simple envie, un simple désir. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais elle est tout. Tout ce qui me reste. À ses yeux, en son cœur, elle commençait à devenir quelqu'un d'autre. Alors si sincèrement, au fond de ton cœur, tu la veux à tes côtés, il faudra me passer sur le corps. Quelque chose d'autre. Parce que jamais je ne la laisserai partir loin de moi. Et jamais je ne survivrai en Péninsule. Réfléchis, Altiom. Réfléchis bien, parce qu'il n'y aura pas de retour possible. Où était-elle, celle qu'il avait connue, perdue dans ce corps lointain, derrière ces yeux glacés ? Où étaient sa vie, sa chaleur, sa joie simple, où était ce monde hors du monde qu'ils avaient façonné ensemble, celui où rien du véritable n'avait de prise ?
De ses mâchoires closes ne parvint à s'extirper qu'une ultime sentence.

- J'ai été un père absent pour ma terre, je ne le serai pas pour ma fille.


Dernière édition par Altiom d'Ydril le Jeu 21 Sep 2017 - 10:16, édité 1 fois (Raison : EAURTEAUGRAF)
Revenir en haut Aller en bas
En ligne
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Les Princes Déchus] Anagnorisis   

Revenir en haut Aller en bas
 
[Les Princes Déchus] Anagnorisis
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» cour des rois déchus
» présentation d'armée
» Prochainement : Nouvelles figurines peaux vertes .
» Aznan Lauréano le déchus
» Baalzébuth, Ange Déchu du Séraphin

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Miradelphia :: Ithri'Vaan ~ CENTRE :: La Forêt d'Aduram :: La Dross (Ville de brigand)-
Sauter vers: