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 [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]

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Estiam Faerin
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MessageSujet: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Ven 6 Nov 2015 - 2:27

Place Tyral
Fin de la seconde ennéade de Verimios,
Huitième année du onzième cycle

Epargnés par la malédiction de Tari. Race immortelle. Piégée dans sa propre éternité. Vous les elfes, vous prenez votre temps pour vivre, et parce que les ennéades ne sont pour vous pas une denrée rare, échappez à la course à la mort que se livrent les mortels. Enfants de la Prime Déesse, premier peuple de Miradelphia, pensiez-vous que cette éternité que l’on vous envie tant serait source de votre propre colère ? L’âge amène la sagesse et la sagesse amène la science. La science amène la connaissance, la connaissance amène la liberté. C’est ainsi que tu penses et c’est ainsi que tu vis. C’est ce qui résonne en ton cœur lorsque tu t’instruis, mais aucune araignée ne tisse la même toile, et ainsi les traits du schéma que tu suis leurs sont inconnus.
Le temps amène sagesse, mais il crée aussi les traditions, et elles, creusent lentement l’être jusqu’à atteindre la moelle. Une fois l’os ouvert et faible, elles s’y glissent doucement, et remplacent insidieusement les forces d’avant. Chez un peuple aussi longévif, l’instruction était loin d’être suffisante à l’ancrage de forte traditions. Une fois les mâchoires de l’Ouroboros refermées sur les dernières écailles de sa queue, alors quelque chose mourait chez celui qui tente de se convaincre d’avoir tout vu par peur de devoir aller chasser l’inaccessible. Et alors une vie déjà lente s’enlisait un peu plus, pour finalement de plus ressembler qu’à un éternel recommencement. Une vie où le nouveau est du déjà vu et où l’expérience semble chose à jamais acquise.
Ainsi fonctionnait l’Académie. Transmettant des savoirs millénaires, des pratiques devenues depuis bien longtemps paroles d’évangile. L’Académie au cœur même d’Alëandir et pourtant si loin de tout. Toutes les peines du monde, tu avais eu toutes les peines du monde à essayer de leur faire entendre raison. Tu t’étais échiné à tenter de leur faire comprendre qu’il y avait bien plus au monde que l’Anaëh. Tu te tuais à leur hurler qu’il n’y aurait peut-être bientôt tout dans ce monde sauf l’Anaëh. Les Drows sont à vos portes et vos forces sont faibles. L’ennemi menace de briser vos rempart et de vous effacer, mais embourbé dans une immuable tradition, ou trop fier pour reconnaître la détresse ; prêt au nom du savoir à sacrifier le temple même qui les rassembles, les mages de l’Académie refusent de prendre part à une guerre qui les concerne pourtant déjà. Grand mal sur toi, piètre orateur, qui n’aura su convaincre le public de t’accorder son oreille. Tu ne peux que tendre la tienne et espérer. Tu ne peux que vouloir croire aux racontars qui diffusent en secret et te laisser convaincre que celui qui vient après toi ait la langue plus agile et l’influence plus grande. Prie la Déesse que la voix d’Anorn les ramène à la raison.

***

Ta peau d’or reflète les rayons des aurores. D’abord seul, puis en petit comité, c’est presque anxieux que tu comptes les arrivées. Les yeux plongés dans ceux de l’orateur en signe de soutien, lui vouant un regard bienveillant qu’il ne te rendra jamais, tu attends. Qu’il jette le premier mot. Que les autres suivent en cascade. Que ceux aujourd’hui rassemblés puisque les heures en avaient tant amenés entendent la vérité. Pris d’empathie pour celui qui doit toucher les foules, tu lui prends l’angoisse à la gorge espérant l’en libérer. Tu fais tien un discours que lui aura prononcé.

 Il sait l’horreur du front.
 Il sait la violence des batailles.
 Il sait les désillusions que vivent les apprentis héros.
 Et il est triste, comme toi tu es triste, de devoir appeler ces gens à l’aide.
 Mais vous savez l’urgence de la situation.
 Vous savez l’importance du sacrifice.

Les ombres des ruelles ont pris mages et civils. La place s’est libérée plus vite qu’elle ne s’est emplie. L’émotion pourtant y est restée. Le devoir les a frappés, et la peur les a pris à la gorge. Le pavé vibre encore du pas chancelant de sorciers ramenés à la dure réalité et le vent peine à chasser le parfum des sueurs froides. Seul à nouveau à la place des spectateurs, tu cherches de plus belle le regard d’un futur interlocuteur. Aura-t-il su te distinguer des fuyards dès le départ ? Saurait-il deviner quels visages lui ramèneront les ennéades ? Voilà de grandes questions. Et toi qui as souvent défié la sainte tradition, tu penses pouvoir y répondre. Peut-être te tromperais-tu, et tu en serais heureux, mais tu as assez connu le désaccord et la timidité pour aujourd’hui les reconnaître.
Tu te lèves, regard compatissant. Ton éternel et doux sourire reprenant tes lèvres avant d’interrompre le départ d’un Sylvain dont tu n’as que trop entendu le nom. Avec l’innocence d’un enfant, excluant les salutations, ce sont de terribles mots que tu lui annonces.

- Estimons-nous chanceux si le dixième joint le front. Les mages elfes ne sont pas des guerriers. L’Académie éloigne ses enfants du danger à tout prix, et ça tu le sais aussi bien que moi Anorn.

Irrévérencieux, et même familier, c’est l’une des libertés que tu t’autorisais avec ta famille des cités. Non tu ne le connais pas, et lui non plus ne sait rien de toi, mais les murs ont des oreilles plus longues encore que les vôtres, et ta curiosité comme ta mémoire ne connaissent point de limites. Pour quelques saisons seulement vous avez partagé la vie de l’Académie, mais comme pour beaucoup d’autres il aura suffi jadis à ton oreille d’enfant d’entendre susurrer son nom pour l’adopter. En tant qu’enfant des Noss tu avais besoin d’un clan, et c’est des mages de l’académie, qu’ils furent de chair et d’os ou de vent et d’images que tu l’as constitué.
Tu ne le connais pas, et maintes fois tes idées se sont opposées à celles de l’établissement qui vous a « présentés ».  Mais son discours vous aura rapprochés. Cet inconnu, tu t’introduis à lui comme à un ami de longue date.

- Estiam. Souviens-toi de ce nom, que le front ne l’emporte pas dans l’oubli.

Ainsi tu lui prouvais savoir l’horreur qui vous attends, mais tu lui disais aussi ton espoir. La mémoire de ton nom encore vivante, c’était le peuple Sylvain encore vivant.


Dernière édition par Estiam Faerin le Jeu 12 Nov 2015 - 0:10, édité 1 fois
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Mer 11 Nov 2015 - 23:13


Anorn espérait avoir assez bien parlé pour qu'on prenne au moins le temps de repenser à ses mots. Il voulait qu'on réfléchisse sincèrement à ce qu'il avait dit, à ce qu'il avait demandé. Il quitta rapidement la place, une fois son discours terminé, et les elfes dispersés. Ses gardes le regardaient du coin de l'oeil, il pouvait les sentir. Il n'appréciait pas réellement la chose, parce qu'il estimait pouvoir se défendre sans l'aide de personne, si jamais on essayait de lui faire du mal. Mais il n'eut pas le temps d'aller plus avant dans sa réflexion puisqu'un elfe fit irruption, et se permit de commenter les paroles qui venaient d'être prononcées. Surpris, Anorn ne tourna d'abord pas la tête, pensant qu'il s'agissait très certainement d'une erreur, ou d'une rapide remarque sans autre objectif que de lui ancrer en tête que la tâche à laquelle il s'était attelé était ardue. Mais cela ne dura pas, puisqu'on finit par l'interpeller par le prénom qu'utilisaient ses connaissances, et ses proches.

 - Excusez-moi, nous nous sommes déjà rencontrés ? Si c'est le cas, je suis affreusement désolé, je ne vous reconnais pas.

Il savait très bien qu'il ne l'avait pas déjà rencontré. Il n'oubliait pas facilement les visages, ni même les comportements. Et il aurait particulièrement noté celui-ci, puisqu'il l'agaçait au plus haut point. Il avait horreur de ceux qui se permettaient une familiarité et une proximité outrageante avec des inconnus. Il trouvait cela malpolis, et complètement déplacé. Il ne sut réellement s'il lui répondait, ou s'il continuait sur sa lancée, toujours fut-il qu'il lui donna son prénom. Et il ne lui disait rien. Il n'avait pas rencontré d'Estiam dans sa vie, il n'avait pas rencontré cet Estiam, il en était certain. Il lui demandait de se souvenir de son nom. De se souvenir. N'était-ce pas ce à quoi excellaient ses semblables ? Se souvenir ?

 - N'ayez crainte, ma mémoire est intacte. Je ne saurais vous oublier. Surtout si vous faites partie de ceux qui m'accompagneront au Front. Quant aux autres, quant au nombre... Je ne m'estimerai pas chanceux, si plus d'un dixième, comme vous le dites, répondent à mon appel. Je les jugerai courageux, emplis de bon sens, certes. Mais je ne me sentirai pas chanceux, non. La chance n'a rien à voir là dedans.

On ne pouvait sentir dans sa voix qu'il était agacé, qu'il avait envie de fuir cette conversation qu'il ne jugeait pas pertinente, et peu intéressante. On venait lui asséner des phrases qu'on portait en vérité absolue, on venait lui affirmer des choses, sans même se préoccuper de s'introduire avant, sans se préoccuper d'une quelconque politesse, ou de quelconques manières sociales. Il avait parlé de l'Académie, jugeant bon de la critiquer à ses côtés, comme s'il ne pouvait qu'être d'accord, comme s'il ne pouvait qu'acquiescer à ses propos. Mais ce n'était pas le cas. Il n'avait aucune envie de l'approuver sur ce point, ni sur aucun d'autre.

 - L'Académie éloigne ses étudiants de la guerre autant que possible, oui. Elle cherche à les protéger de ses horreurs, et grand bien lui en fasse. Si elle n'envoie aucun d'eux là bas, si elle ne leur force pas la main, c'est d'abord et avant tout parce qu'elle a vocation à l'éducation. Non au combat. Ceux qui sont entre ses murs, ceux qui vivent en son sein, ne sont pas destinés à devenir des guerrier. Ils ne sont pas formés pour devenir des armes. Ils sont d'abord et avant tout des étudiants. Ils y sont parce qu'ils aiment la culture, et le savoir. Et l'Académie ne l'oublie pas. Elle porte l'apprentissage, l'évolution des connaissances, à un rang bien plus important que tout le reste. Peut-être vais-je me répéter. Mais elle ne forge pas des guerriers. Elle forge des érudits.

Un instant, il pensa à Aldartha. Lui qui avait toujours défendu le savoir et la sagesse, lui qui avait fait de la connaissance, et de la transmission de celle ci, le but ultime de sa vie. Il aurait été tellement plus sec, beaucoup moins agréable, radical au possible. Certainement parce qu'il était moins diplomate que lui, moins soucieux des relations sociales, et des convenances. Peut-être n'aurait-il pas été gêné par les manières affreuse d'Estiam. Peut-être, il n'en était pas certain. Après tout, ils avaient été élevés ensemble, et souvent ce qui importunait Anorn l'importunait aussi. Alors finalement, il n'aurait peut-être pas apprécié. Et de ne pas savoir lui manqua un instant. Il aurait su, s'il avait été là. Il aurait su, s'il avait été à ses côtés.

 - Mais je suppose que ce n'est pas uniquement pour discuter des choix de l'Académie que vous m'avez abordé, je me trompe ? Dites moi ce qui vous a poussé à venir me parler ainsi, en pleine rue. Et si je trouve cela assez intéressant, peut-être pourrions nous aller en discuter dans un endroit plus approprié ?

Certes, sa conditions n'était pas des plus sympathiques. Mais elle était sincère. Si cela n'attisait pas sa curiosité, s'il ne considérait pas devoir s'étendre sur le sujet, alors il ne resterait pas plus longtemps à ses côtés. Il n'avait pas vraiment de temps à perdre, pas avec le Haut Conseil qui se profilait, pas avec son départ assez proche pour le Front. Il avait tant à préparer, qu'il ne prenait plus tant de gants avec ceux qui l'importunaient.

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Estiam Faerin
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Jeu 12 Nov 2015 - 11:37

Qui es-tu donc à ses yeux pour ainsi lui adresser la parole ? Personne en réalité. Les elfes sont élevés à ignorer les bruits qui courent, et ainsi peu d’entre eux ont comme toi posé l’oreille au mur. Moins encore partagent ta façon de choisir à qui offrir ton attachement. Rares, voire inexistants sont les habitants des cités capables d’aimer une chose aussi abstraite qu’un nom. Tu possèdes ce trait qui les agace, ce qu’ils appellent sauvagerie, mais qui n’est en réalité que les restes de spontanéité que les Noss ont entrepris de cultiver. Même âgé, tu restes pour eux un enfant, toi que la maladie de l’ennui ne saurait atteindre. Que leurs répliques gardent de leur piquant, tu connais ta condition. Tu ne saurais t’insurger d’un comportement qui bien qu’à tes yeux illégitime, n’en est pas moins justifié.

- Ah…Veuillez excuser mes manières. Je me suis fait la mauvaise habitude de m’éprendre de fantômes. Non pas que vous ne soyez pas de ce monde… mais j’ai eu maintes fois l’occasion d’entendre flotter votre nom durant mes études à Alëandir, et comme beaucoup d’autres je l’aurai assimilé à celui de mes camarades.

Le langage soutenu ne te sied guère, et ton aise habituelle a vite disparu lorsque tu tentes de lui subtiliser ses expressions. Peut-être verrait-il ta tentative de rédemption, ou alors croirait-il que tu n’es qu’un plaisantin cherchant à le tourner en ridicule. Tu ne peux qu’essayer de ton visage et de tes mimiques, d’exprimer dans quelle détresse te mets la ponctuation citadine. De paroles pincées il continue cependant de s’exprimer, te jugeant peut-être malgré ton inopportune vivacité, digne d’une quelconque tentative de diplomatie. Même agacé par tes remarques, il prend la peine de défendre l’académie qui vous a vus grandir, d’arguments soigneusement choisis. C’est cette promesse de savoir qui t’as conservé entre les bras de l’Institution si longtemps. C’est parce qu’il n’existe rien en ce monde qui n’attise pas ta curiosité que l’académie est devenue ton second foyer. C’est pourtant la même raison qui t’a poussé à la quitter.

L’Académie est l’incarnation même de ce que reprochent les autres peuples aux elfes. Un corps que les cycles ne sauraient abîmer, mais que les saisons passant ne sauraient changer. Les elfes s’évertuent à vivre dans le passé, à renier le présent. Par manque de modestie ou par nostalgie de leur gloire passée, ils se laissent menacer par le traditionalisme. Le temple même du savoir ferme les yeux à l’étranger, et ainsi, celui qui s’enferme entre les murs de l’Académie ne réalise même pas l’étendue de ses lacunes. Par-delà l’Anaëh sont tapies d’autres cultures, elles aussi porteuses de connaissances à partager. Tu as eu le cran de partir les explorer. Qu’il te voie comme opposé à l’érudition, et alors là tu t’offusquerais.
Ni lui, ni toi ne le réaliserez, mais si seulement ta fougue était moins prononcée, alors d’entre lui et son frère tu serais le compromis parfait. Une soif de tout savoir partagée avec l’un ; une affinité à la magie faisant écho à l’autre ; des débuts compliqués comme il en avait connu ; un acharnement aussi poussé que celui de son frère. Peut-être Anornedellon se serait-il pris de sympathie pour toi s’il avait pu le voir. Le tempérament révolté et l’incorrigible envie de nouveauté, ils n’étaient qu’à toi, et ils étaient aveuglants.

- Elle protège ses enfants et c’est tout à son honneur, mais est-ce là la bonne façon ? Les temps sont sombres, et de bien des manières. Le savoir vaut-il d’être accumulé, s’il n’y a plus âme qui vive pour le transmettre ? Il n’est pas question de créer des guerriers, seulement, il faut que les érudits cessent de nier que la protection de notre sagesse est aussi de leur responsabilité. La magie est tant puissance que beauté, et s’il est idéal que la majorité n’ait pas besoin de les conjuguer, les temps ont rendu nécessaire d’y dédier une pincée. Si nous ne sommes que si peu d’âmes à prendre les armes, c’est que les elfes n’ont pas su cultiver la combativité. Nombreux sont ceux au tempérament guerrier dont la valeur est ensommeillée. Estimez courageuses les âmes dévouées. Remerciez la chance de les avoir réveillées.

Et voilà que malgré toi tu réitérais un discours qui allait à l’encontre même des valeurs de votre société. Chez les elfes, ne combat que qui est volontaire. Chez les elfes, ne serait-ce qu’éveiller quiconque n’en a pas expressément fait le souhait aux armes est malvenu. Chez les elfes, la foi en la Prime Déesse vient parfois effacer le sens du devoir. L’Anaëh pour tous. La forêt les protégera, comme elle l’a toujours fait. Kÿria a bien trop gâté ses enfants, elle a travaillé à leur place, et voilà maintenant qu’ils n’ont plus le courage de se lever pour défendre ce qu’elle leur a offert. Le voile a vu la forêt ramper à leurs pieds. Les racines se sont insinuées dans les cités. L’Anaëh a brisé les barrières, comme les elfes devraient apprendre à le faire. Que cité et sylve ne fassent plus qu’un. Que le corps entier vienne lutter contre la maladie que représente les sombres. Une tentative de réunifier. Une plainte de l’Anaëh. Un avertissement du danger qui plane. Voilà ce qu’a été à tes yeux le voile.

- Celui que l’on appelait le plus grand des mages n’était-il pas tant érudit que guerrier ?

Une phrase une seule, qui aura suffi à faire disparaître l’indignation au profit de l’émotion. C’est toujours sous la menace des larmes que tu évoques le défunt Caranthir. Un mage qui plus que d’inspirer l’admiration, aura su te comprendre par-delà ton tempérament.
Mais tu reprends tes esprits, et ravale tes regrets, car la perte d’un homme n’est de votre conversation pas le sujet.

- Dites moi ce qui vous a poussé à venir me parler ainsi, en pleine rue.

La nostalgie. La curiosité. Une certaine sympathie pour un personnage dont le nom seul avait forcé ton respect. Et surtout, un fort sentiment de responsabilité. Des noms des seigneurs de guerre, seuls deux trouvent écho à ton oreille. Le Mage et la Louve ont tous deux acquis leur place dans ton passé. Seulement il t’était bien plus facile de te rapprocher du premier.

- Je suis né parmi les Noss.

Et il l’aurait deviné. Les elfes des forêts sont bien plus belliqueux que leurs cousins des cités. Les Noss vivent par et pour l’Anaëh, et sont élevés à l’aimer et à la protéger. Dire que vous pourriez tuer pout un arbre n’est que peu exagéré. Si les sylvains entre eux voient naître tant d’animosités, c’est parce qu’aux yeux de certains, les autres, face à leur mère ont fermé yeux et oreilles. Ils ont choisi de l’abandonner.

- J’ai vécu un temps dans les cités.

Et tu en auras vu la magnificence. L’équilibre presque parfait entre civilisation et nature qui maintient la structure de ces joyaux dans la forêt. Le rassemblement des elfes en grandes communautés. L’occasion d’échanger avec le grand nombre, de partager, de s’écouter. L’occasion d’entendre, d’apprendre, et de se défendre. Là où les sauvages ne manquaient pas en combativité, le nombre des citadins leur assurait pérennité.

- On aborde une époque où les deux camps ne peuvent se permettre d’air sans s’écouter. Peut-être pourrais-je aider à les réconcilier.

Et maintenant tu n’as plus qu’à espérer que de ce seigneur-protecteur, qu’il ne soit pas de ceux qui voient en les habitants des profondeurs de l’Anaëh une peste qui mériterait d’être exterminée.
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Lun 23 Nov 2015 - 0:05


Ainsi donc, il se sentait intime. Il disait l'avoir assimilé à une connaissance, voire à un camarade. Mais Anorn n'avait jamais entendu le nom de l'elfe qui lui faisait face, peut-être parce qu'ils n'avaient pas étudié en même temps, peut-être parce qu'ils n'avaient pas étudié la même chose. Toujours était-il que son nom n'avait aucun écho, ni proche ni lointain, dans sa mémoire. Et s'il ne comprenait pas réellement qu'on puisse ainsi l'aborder, dans de telles circonstances, il le concevait quelque peu. Si son nom avait résonné entre les murs de l'Académie, alors certains s'en seront certainement emparé contre son gré. Ce que semblait avoir fait, peut-être malgré lui, l'elfe qu'il avait en face de lui. Ce dernier lui répondit d'ailleurs quant à l'Académie, troquant ses paroles bien fermes, contre des arguments et des explications plus fines. Pour finir, comme il semblait en avoir l'habitude, par conseiller, voir même imposer, la gratitude qu'il serait selon lui bon de vouer à la chance. Chose qui ne plaisait pas vraiment à Anorn. Il finit par évoquer non sans mal Caranthir, comme ultime argument pour rallier à sa cause un elfe déjà convaincu. Il ne voyait pas réellement le but de ces constations. Il les avait déjà faites depuis un certains temps, et les entendre à nouveau aujourd'hui ne l'avançait en rien. Pourquoi s'encombrer d'une discussion qui ne lui apporterait rien ? Et qui n'apporterait rien à son interlocuteur ? Parce qu'il était certain de cela, il était certain que quoiqu'il dise, quoi qu'il avance comme argument, il ne serait pas écouté. On lui conseillerait encore ces choses qui lui paraissaient bien futiles, on lui assénerait des vérités, des conclusions. Sans jamais se remettre en question. Sans jamais ouvrir le dialogue. Puisqu'il semblait avoir cette fâcheuse manie de jamais vouloir avoir tort. Mais heureusement, vient la réponse à sa question. L'unique sujet qui pourrait le faire rester un peu plus longtemps. Voilà qu'il se réclame des Noss. Et se dit prêt à vouloir aider dans la quête d'une potentielle paix. Si le regard, et la posture d'Anorn ne changent absolument pas, son ton semble légèrement plus doux. Moins courroucé.

 - Quittons l'agitation des rues, si tu le veux bien. Je connais un endroit plus calme, où nous pourrons discuter convenablement.

Il l'invita à le suivre, puis emprunta une série de ruelles, toutes plus étroites les unes que les autres. Il pensait un temps aimer ces endroits, là où la pierre, omniprésente, oppresse les passants, et les rend avide d'air libre, et de soleil. Mais finalement, il avait compris qu'il n'était pas différent des autres, et qu'il les aimait parce qu'elles lui donnaient cette avidité, cette envie pressante de se retrouver à nouveau libre, à nouveau dehors. Ses gardes lui avaient d'ailleurs jeté un regard noir, quand il s'était engouffré dans ce dédale, mais il n'y avait prêté que peu d'attention. Au bout de quelques minutes, ils se retrouvèrent presque à l'extérieur de la ville, loin de l'agitation du centre, à la lisière d'Anaëh. Une clairière, qui aujourd'hui n'appartenait plus qu'à la Déesse Mère, leur offrait l'intimité, et le calme, dont ils auraient besoin. Une source s'écoulait lentement dans un petit lac, et au bord de l'eau, les plantes recouvraient lentement deux vestiges d'assises, en pierre. Anorn invita Estiam à s’asseoir, et n'attendit pas réellement de voir s'il répondait à sa proposition, avant de faire de même.

 - Bien. Je pense qu'il sera plus agréable pour nous de parler ici. Tu te doutes que ce que tu m'as dit m'a intéressé, aussi je passerai là dessus. J'aimerais cependant revenir sur ta dernière réflexion. Tu dis que tu pourrais peut-être aider à réconcilier les elfes des Noss et les citadins. Entends-tu par là qu'une réconciliation est possible, pour toi ? Peut-être même, as-tu déjà réfléchi à la question du comment ?

Certes, Anorn avait été intéressé par le fait qu'il soit originaire d'une Noss. Il n'avait pas oublié la légère confrontation qu'il avait eu avec un de ses protecteur à ce sujet, au dernier conseil qu'il avait réuni, même s'il l'avait jusque là relégué au second plan. Il était assez compliqué pour lui d'y penser, voire même de chercher des solutions à ce sujet, en ce moment, mais si on venait lui servir une argumentation, et une idée qui tenait la route, sur un plateau d'argent, alors il ne pouvait se permettre de refuser. Peut-être n'était-ce pas du tout cela, peut-être qu'il avait juste cherché à attirer son attention, le temps d'un instant. Mais il en doutait fortement. Il devait avoir une idée en tête, pour lui avoir balancé cela de but en blanc. Ne serait-ce qu'une ébauche. Anorn hésita à reprendre la parole, pour l'aider à développer un raisonnement cohérent, mais il n'en fit rien. Après tout, il n'avait pas l'air d'en avoir besoin. Et s'il lui donnait une occasion de parler, s'il lui donnait une occasion d'être écouté, ce n'était pas pour la lui retirer de suite. Si le silence se faisait trop long, il serait toujours temps pour lui de le briser.

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Estiam Faerin : Bah j'ai très envie d'Anorn mais j'essaie d'être réaliste quand même

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Ven 27 Nov 2015 - 17:24

Fais-donc use d’autant de formules de politesse que te l’autorisent tes capacités mentales, cela ne changera rien aux sensations de ton interlocuteur. Te voilà revenu aux premiers temps. Te revoilà enfant de la forêt face au gratin des villes. Tu n’as pas eu leur méticuleuse éducation. D’ailleurs, tu n’en as jamais voulu, et tu n’en voudras jamais. S’abandonner soi-même pour faire plaisir aux autres est quelque chose qui t’es impensable. Ta franchise presque agressive en rebutera plus d’un, mais c’est quelque chose qui te définit. Qu’elle te desserve auprès de lui comme elle l’a fait auprès de bien d’autres, tu continueras de dire exactement ce que tu penses jusqu’à ce que l’on décide de te stopper.

Tu hoches légèrement de la tête, signe que tu acceptais la proposition de ton comparse, et lorsque finalement il se met finalement en branle, tu ne te fais pas prier pour lui emboîter le pas, rapidement à ton tour suivi par des gardes que tu n’auras même pas salué tant ils faisaient plus figure de statues que d’êtres vivants. Les regards noirs qu’ils lançaient à leur protégé, supposément pour le choix de route pour le moins spécial qu’il avait fait, étaient tout à fait réels. Aussi oppressé que tu puisses l’être par les murs de pierre qui vous enfermaient, chaque pas en avant devenait plus agréable que le précédent. Vous approchiez de la lisière de l’Anaëh, chaque pas donnait un peu plus de force à la mélodie de la Prime-Forêt, bâillonnée par la ville. Et si le dernier ne donnait pas l’occasion d’à nouveau entendre les chants de l’Eäla dans toute leur grandeur, il permettait à une oreille attentive d’en discerner les notes les plus perçantes.

Suivant l’invitation d’Anorndellon, tu prends place sur une des assises. Lorsque la discussion est finalement relancée, tu laisses planer un instant le silence, trop occupé à profiter de l’atmosphère des lieux. Les clapotis de l’eau, par-dessus les murmures d’harmonie de la Symphonie inspirent un calme à en faire oublier la gravité du sujet que vous étiez venu aborder.

- Plus que possible. Nécessaire
La fracture entre les Ornedhels et Taedhels est beaucoup plus mince que ce que l’on pourrait croire. Les tensions entre les deux camps sont plus souvent dues à des quiproquos et autres malentendus qu’à une réelle mésentente.
Depuis la création des cités, beaucoup de Noss ont vu dans le comportement des Taedhels une trahison envers la Prime Déesse… alors que Kÿria n’a jamais quitté le cœur des elfes de pierre. Problème étant, les elfes de pierre ont répondu aux accusations, non pas en prouvant à leurs confrères restés en forêt leur respect toujours présent pour la Déesse, mais en s’éloignant de leurs accusateurs, et ce faisant, pour certains, en s’éloignant de l’Anaëh.
Les elfes de pierre ont longtemps été culpabilisés par les Noss, et en retour les Noss sont devenus de simples sauvages aux yeux des elfes de pierre.


Exactement comme tu ne dois être qu’un simple sauvage dans un beau déguisement aux yeux d’Anorn.

- Les elfes de pierre ont tant stigmatisé ceux des Noss qu’ils en sont venu à éliminer dans leurs comportements les traits qui pourraient les faire ressembler aux sauvages. L’érudition est venue remplacer les instincts plutôt que les compléter, et les murs ont lentement brisé la mélodie de la Symphonie. En réponse, les Noss ont préféré s’en prendre aux Taedhels qu’ils considéraient maintenant impossibles à raisonner, et le cercle vicieux s’est lancé.

Citer des faits… citer des hypothèses… pourquoi ? Pour finalement apporter une ébauche de solution.

- Particulièrement en des temps aussi durs, il est temps de se rappeler que nous sommes tous des enfants de Kÿria. C’est de là qu’est né le problème, c’est ainsi seulement qu’il mourra. Toute tragique qu’elle soit, la guerre reste une occasion à tous de prouver leur dévotion en l’Anaëh, et de regagner une forme d’unité.

Et peut-être que se retrouver forcés de coopérer permettra aux deux partis d’abandonner cette stupide discrimination comportementale.
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Sam 28 Nov 2015 - 16:06


Assis, les yeux perdus dans l'eau, Anorn écoute. On lui dit que la fracture ne serait essentiellement du qu'à des quiproquos, des malentendus, non une réelle mésentente. Que l'érudition a remplacé l'instinct chez les elfes de pierre, et que les murs les ont gardés trop longtemps loin de la Symphonie, l'estompant, voire l'effaçant, dans le cœur des habitants des cités. Et on conclue par le fait que la guerre puisse être cette catharsis dont le peuple a besoin. Parce qu'elle prouvera la dévotion de chacun à Anaëh. Il y a bien des points sur lequel il n'est pas d'accord, des points qui le rendent sceptique, et le feraient presque sourire tant ils lui semblent simple. Certes les hostilités sont parties de malentendus. Certes ils ont été à l'origine de cette malheureuse dissociation. Mais aujourd'hui, ils se sont transformé en haine, en réels désaccords, en divergences profondes. Elles ont poussé chacun des elfes à s'associer à l'un ou à l'autre, à se démarquer au possible du groupe auquel ils jugeaient ne pas appartenir. Et il faudra, selon lui, bien plus qu'une guerre, bien plus qu'un discours, qu'une démonstration du dévouement de chacun envers Anaëh, pour que le peuple revienne à la raison, et cesse d'ainsi détruire.

 - Alors tu penses que les Noss verront en l'armée la représentation des citadins, et reconnaîtront l'engagement qu'ils ont envers l'Oeuvre de la Mère ? Que ceux des cités se rendront compte que ceux des forêts ne sont pas des sauvages, et qu'il veulent tout autant qu'eux protéger la Prime Forêt ? Nous sommes tous des enfants de Kÿria, certes. Mais la haine qui a grandit dans le cœur de chacun, qui est venu se loger au plus profond de certain esprit, ne s'effacera pas face à un peu de bon sens et une union temporaire. Je ne le pense pas, en tout cas. La guerre est dangereuse, elle donnera l'impression d'unité, sans qu'elle ne soit forcément réelle. Sans que nous ayons obligatoirement gelé ce différent. Je crains qu'il ne reprenne de plus bel une fois les combats terminés. Je crains que si nous réussissons à repousser les drows, ceux que la guerre aura réussi à rendre fou ne poursuivent pas les sombres, mais qu'ils se retournent contre leur propre peuple.

C'était une de ces choses qu'Anorn espérait pouvoir éviter, une des choses qu'il craignait le plus voir arriver. Il savait l'horreur qu'était le champ de bataille, et pire que tout, il savait les conséquences qu'il avait sur les esprits. Il craignait ceux qui ne pourraient se relever, ceux qui ne pourraient revenir. Ceux qui sombreraient dans le folie, et deviendraient alors dangereux. ''Relâcher une seconde horde d'Exilé sur le monde pour pacifier Anaëh ne sera pas une option. '' Les mots d'Halyalindë résonnèrent alors dans son esprit. Ce ne serait de toute évidence pas une option. Mais ils ne pourront éviter ces elfes, ils ne pourront simplement fermer les yeux sur leur existence, les refouler à l'irréel, à l'impossible.

 - Tout ceci serait bien plus simple si la guerre pouvait partiellement guérir nos blessures. Et je l'espérerais bien, si je ne pensais pas cela impossible. Mais peut-être voudriez développer à ce sujet, accorder plus d'explications, plus de détails, à votre théorie ? Je suis certainement mal placé pour savoir, finalement. Je suis né dans les cités, j'ai grandi dans les cités, et je n'ai pas réellement eu de contact avec les noss, si ce n'est comme tout un chacun entre les murs.

Estiam ne l'agaçait plus tant, et si l'expression de son visage n'avait absolument pas changé, ce dernier pouvait sans aucun doute ressentir que l'elfe ne nourrissait plus de l'antipathie à son égard. S'il savait qu'ils ne seraient jamais proches, que jamais ils n'auraient une discussion pour se divertir, il l'acceptait cependant temporairement dans son espace, sans chercher à le repousser au plus vite. Et avant de reprendre la parole, il s'ouvrit au flux, se laissant doucement envahir par la douce énergie qui l'entourait alors. Ici, elle semblait plus vive, plus concentrée, qu'en centre ville. Plus lumineuse, peut-être. Son focalisateur se mit à scintiller légèrement, et il pu sentir de la chaleur s'en dégager, chauffant doucement le milieu de son sternum. Cette dernière emplit bientôt tout son corps, et il pu alors sentir ce qu'il aimait à appeler l'empreinte d'Estiam. Tournant alors la tête vers lui, il passa rapidement en revue son corps, de la tête au pied, comme s'il le voyait d'une toute nouvelle manière. Comme s'il explorait l'intérieur de son organisme, à la recherche d'une anomalie, d'une lésion, d'une fracture. Cela ne dura qu'un instant, mais ce fut assez pour qu'Anorn finisse par enfin le regarder dans les yeux, et reprenne la parole :

 - Je vous sais mage, puisque vous êtes venu à moi en tant que tel. Et il est vrai que vous présentez une certaine ouverture au flux, une certaine réceptivité, qui est loin d'être celle d'un novice. Dans quelle branche avez-vous été appelé ? Si cela n'est pas indiscret, bien sûr. Si ce n'est que de la curiosité mal placée, alors arrêtez moi tout de suite, je m'en excuse.

Il lui avait dit vouloir le rejoindre au front, mais ne lui avait en aucun cas précisé son domaine. Non pas que cela ait une importance capitale. Mais comme il le lui avait plus ou moins dit, il s'agissait de curiosité. Tout simplement. Parce que tout ce qui touchait de près ou de loin à la magie suscitait sa curiosité. Et parce qu'il sentait chez lui une certaine puissance, qui n'était pas celle d'un novice, loin de là. Pour ces derniers, il était plutôt aisé de deviner leur domaine de prédilection, ils se sentaient plus à l'aise dans certaines situations, dans certains endroits. Il étaient plus réceptif quand on parlait de choses en rapport avec leur voie. Et plus les années passaient, plus Anorn pouvait le deviner à leur empreinte. Mais cela s'estompait bien rapidement quand on devenait plus expérimenté. Cela devenait plus difficile à deviner, dès que le mage acquérait ne serait-ce qu'un peu de subtilité, et d'habileté.

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Sam 28 Nov 2015 - 21:07

À raisonnement simpliste, complexité d’exécution. Anorn énonçait un point pénible de vérité. Ce qui est né de malentendus a maturé en des mésententes allant du simple agacement jusqu’à la haine la plus profonde. Il est bien difficile de prédire les pensées d’une race doué d’intellect. Il existe plus d’esprits différents parmi vous que de visages, et l’étincelle qui allume le foyer de la cheminée des uns peut tout aussi bien incendier la demeure des autres. C’est une longue bataille intérieure qui s’annonce pour regagner la paix. Mais qui ne tente rien n’obtient jamais rien.

- L’union guerrière ne suffira pas je le sais bien, mais peut-être peu-t-on s’en servir comme l’étincelle qui lancera la machine. Cela fait bien longtemps que notre peuple est rongé par la maladie, mais nous avons la chance d’avoir l’éternité pour guérir. Qu’à travers leurs armées les Taedhels montrent leur amour pour la Déesse, et un pas sera fait. Que touchés par ce pas les chasseurs Noss apaisent leurs courroux et ce sera un deuxième pas. Que libérés de la peur des flèches des forêts les citadins soient prêts à accepter la présence des Ornedhels en sera un autre. Accorder son respect est la meilleure manière d’en obtenir.

Tu prends un instant pour peser le poids de tes mots. Ce que voit l’Homme d’Espérance n’est pas toujours ce qu’accepte l’Homme de science. Tu ne parles qu’au nom des Noss que tu as pu côtoyer, élargissant ta culture à celle des autres clans de l’Anaëh. Tu t’appuies sur votre base commune, mais 1000 ans n’auront pas été assez pour observer chacun des individus de ton peuple. Il existe des groupuscules qui n’ont pas l’ouverture d’esprit du tien. Il en est même qui se sont noyés dans la haine au point de donner la mort sous le simple prétexte de l’appartenance à une cité. Ceux-là, il serait tâche ardue de les regagner.

- Restaurer une confiance perdue il y a déjà bien des cycles ne sera pas un effort que l’on pourra compter en nombre de saisons. Peut-être le cycle-même ne seront pas une assez grande mesure. Mais la situation n’évoluera jamais sans qu’un premier pas ne soit fait. La guerre ne pourra pas guérir nos blessures, seulement, elle en ouvrira de plus grandes encore sur les flancs de chacun d’entre nous. Rassemblés dans la souffrance, sans autre choix que de s’allier ou mourir, j’ose espérer que nous saurons faire le bon choix. Le voile a su amorcer le mariage entre le bois et la pierre. À nous maintenant de suivre son exemple.

La guerre vous lacèrera le corps comme l’esprit, et certains n’y tiendront plus. L’odeur du sang prendra l’âme de beaucoup de vos confrères, et leur fera perdre la tête lorsqu’elle repose encore sur leurs épaules. Ceux-là font peur à Anorn, mais tu ne t’en inquiètes guère. Tu considères aujourd’hui la leçon comme sue. Le temps laisse fleurir ce que l’on a semé. L’Exil cultive la folie que la douleur a fait germer. Lorsque la situation semble impossible, vous ne pouvez plus que remettre votre confiance en l’Anaëh.

- Seule l’Anaëh saura nous préserver de l’autodestruction. C’est pourquoi nous ne pouvons pas laisser les Drows l’empoisonner. J’ai confiance en notre mère. Elle saura nous protéger si nous la protégeons en retour. Nous nous sommes attiré les foudres des Exilés du Linoïn parce que nous les avons chassé du sein de leur mère.
Je doute que la guerre elle seule crée assez de fous pour nous mener à la destruction.


L’atmosphère s’allège étrangement au fur et à mesure que votre discussion se fait plus pesante. Tu gagnes en détachement, et lui gagne en respect. Là où ta présence l’aurait de premier abord rebuté, il a appris à t’accepter. Et en t’acceptant il a éteint le malaise que tu nourrissais face à lui. Il t’accepte, il ne t’aime pas, mais vous n’aviez pas besoin d’amour pour cohabiter. Le respect. À lui seul suffit.

Tu souris. En quelques instants, vous veniez de faire parfaite illustration de ta théorie.

Et avec le respect venait l’intérêt. Les énergies s’agitaient autour de vous. Pas besoin du scintillement du focaliseur de ton vis-à-vis pour comprendre qu’il venait de s’y ouvrir. Les flux traversent ton corps, il inspecte tes entrailles d’un œil averti. Mage de vie. La question suivant l’action n’était pas bien difficile à anticiper, c’est donc naturellement que tu t’es levé pour y répondre comme tu ne pouvais le faire avec des mots.
Le saphir tinte à ton oreille, tu te laisses, volontairement cette fois, traverser par les flux. Ton corps entier s’assouplit lorsque suivie d’abord de tes bras, puis de ton buste, tes mains se laissent aller à de graciles arabesques. De tes mouvements naît l’oiseau de feu, prenant puissamment son envol dans la clairière. Le rapace stoppe sa course pour observer les eaux du lac, ses ailes flamboyantes se reflétant dans les eaux frémissantes au-dessus desquelles il décrivait de lents cercles. Et alors pour le rejoindre la surface s’élève, en une multitude de cordons sculptés si précisément, qu’ils semblaient aussi vivants que les appendices qu’ils imitaient. L’oiseau danse entre les fouets, évitant soigneusement la moindre goutte, se rapprochant à chaque virage un peu plus de la surface, jusqu’à finalement y plonger, mettant fin au spectacle auquel tu avais donné naissance.

La voilà ta magie. Une magie respirant tes racines sauvages. Celle qui modèle les éléments à l’image du vivant.

- Les éléments du physique se sont ouverts à moi. J’ai tissé le plus rapidement des affinités avec l’eau. La Terre est venue seconde, et le feu ne m’accompagne que depuis quelques siècles. Si je dois en croire ce qu’il se disait à l’Académie durant ma jeunesse, vous êtes un formidable mage de la vie. Me trompe-je ?

Peut-être cette démonstration était-elle superflue. Tu n’avais rien à prouver. D’autant plus face à un elfe si peu impressionnable… mais tu ne cherchais à rien prouver. Ta magie est une partie de toi que tu prends plaisir à laisser s’exprimer, tant elle sait te dévoiler plus que tu ne saurais le faire en mot. Tu n’avais là que profité d’une occasion de te présenter à ta façon. Lorsque vos plaisirs ne font pas de mal, il n’y a point de honte à faire ce que l’on aime.
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Mar 8 Déc 2015 - 21:13


A la question qu'il avait posée, on lui répondit par une démonstration. Il usait de ses talents pour pour ne pas user de mots. Il aurait pu reprendre la parole sans rien ajouter de plus à ce sujet, mais il précisa tout de même comment cela s'était passé pour lui. Dans quel ordre les éléments s'étaient présentés à lui, et quel était celui qu'il affectionnait tout particulièrement. Lui n'avait jamais senti l'appel de l'eau, de la terre, du feu ou de l'air. Lui n'avait senti que l'appel du corps, de la vie. Peut-être un peu de l'esprit, mais il n'avait pas encore cherché à explorer cette voie. Il avait d'abord cherché l'excellence, la perfection, dans sa branche, ce pendant longtemps, avant de se rendre compte qu'il ne pourrait jamais l'obtenir. Parce que cela n'existait pas. Alors, quand on flatta son ego, Anorn esquissa un très léger sourire. D'une part il le mettait sur une sorte de pied d'estale qu'il ne pensait pas tant méritait, et d'autre part il lui rappelait que son nom n'était pas inconnu à l'Académie, qu'il était resté dans les murs même après son départ.

 - Je suis flatté d'entendre de telles choses de la part d'un inconnu, mais je dois dire que ce n'est pas à raison. Je ne me qualifierais pas de mage formidable, j'ai seulement beaucoup d'expérience, beaucoup d'années d'étude derrière moi, voire même de siècles, j'ai donc certes atteint un certain niveau. Tu comprendras que je ne peux faire preuve de mes talents comme tu viens de le faire magnifiquement à l'instant, mais il est vrai que je suis un ''mage de la vie''. Je n'aime pas ce terme, il est à mon goût très réducteur, et très injuste pour nous. Je pense que nous ne pratiquons pas la magie, mais qu'elle nous pratique. Que nous ne sommes que les êtres à travers lesquels le flux s'exprime, à travers lesquels l'énergie première de l'Ouvre de la Mère prend forme et couleur. Mais je ne sais si cela t'intéresse réellement, je ne pense pas que tu sois ici pour parler de cela en premier lieu.

Anorn aimait beaucoup parler magie. Il aimait discuter de chaque chose, de l'interprétation de chacun à propos de cette dernière, du ressenti propre à tous et pourtant si personnel qu'on pouvait avoir du flux. Mais il n'avait que très peu l'occasion de le faire, la seule personne qui aurait pu autant partager avec lui au quotidien n'avait plus la capacité physique de le faire. Voire même morale. Chose à laquelle il ne préférait pas penser. Alors, comme si ses mots n'avaient pas existé, comme s'ils étaient insignifiants et dérangeants, comme s'ils n'appartenaient pas à cette conversation, il embraya à nouveau sur le sujet de départ :

 - Puisque tu es ici avec moi aujourd'hui, j'aimerais te raconter un peu plus la guerre. Je ne sais si tu as vécu celle du lac d'Uraal, je ne sais si tu étais présent lors de ce douloureux pan de l'Histoire. Mais comme tu le sais déjà, j'y étais. Et puisque tu comptes m'accompagner au Front, j'aimerais que tu en saches un peu plus que ce que j'ai déjà pu dire à ce sujet. Tu ne m'as pas l'air d'être idiot, loin de là, et même s'il est évident que nous sommes fondamentalement différent, s'il est évident que nous avons une éducation radicalement différente, nous avons au moins en commun le goût du savoir et de l'érudition. Alors si tu me le permets, j'aimerais te raconter. Te raconter ce que j'ai vu là-bas, ce que j'ai appris là-bas. Si cela ne t'intéresse pas, tu es libre de partir maintenant, ou de changer de sujet, je te blâmerais pas. Mais je pense que c'est quelque chose d'important, au moins pour parce que c'est une chose que tu ne connais pas, et que tu ne pourras connaître autrement, ni un autre jour, au mieux parce que cela pourra peut-être t'aider, voire même te sauver la vie un jour.

S'il n'estimait pas Estiam comme il pouvait estimer d'autres de ses frères, il était tout de même un de ses frères, un fils de la Mère au même titre que tout un chacun. Et il se devait de lui communiquer son savoir, il le devait parce qu'il acceptait de le suivre presque aveuglément, parce qu'il lui avait fait confiance, et parce qu'il croyait ne serait-ce qu'un minimum en ses idéaux. Le priver de ses connaissances était peut-être le mener à la perte. Il ne connaissait pas le futur, et il préférait assurer le coup. Après tout, n'était-il pas ne serait-ce qu'un minimum responsable de ceux qu'il allait entraîner avec lui en Ardamir ? Certes ils prendraient eux mêmes leurs décisions. Certes ils étaient assez grands, pour la plupart, pour veiller sur eux mêmes. Mais il resterait tout de même celui à l'origine de leur choix, celui qui leur aura demandé de prendre une telle décision. Peut-être n'auraient-ils jamais pensé à une telle chose s'il n'avait pas été là pour leur rappeler, peut-être n'auraient-ils jamais rejoint l'armée s'il n'avait pas tenu son discours. Sûrement, même. Et lui était là, en face de lui, ventant ses talents, prononçant son nom comme s'il signifiait quelque chose d'important, quelque chose de grand. S'il avait été plus jeune, il aurait certainement été pris d'un vertige. Mais au lieu de cela, il se contenta d'attendre la réponse de son interlocuteur, en laissant machinalement le flux gommer puis retracer les rides de sa main, comme un autre jouerait avec ses cheveux, ou se tournerait les pouces.

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Mar 8 Déc 2015 - 23:40


Plus une politesse qu’une véritable interrogation, autant une question qu’un sincère compliment, tes dires n’en sont pas moins réfutés par un aîné restant en tous instant fort de contenance. Dans un discours qu’il semble avoir rôdé depuis bien des siècles, il vante l’expérience plutôt que le talent… mais dans l’excellence, les deux notions ne sauraient avancer sans se prendre la main, et l’excellence est bel et bien ce qu’il a atteint. Incapable de faire démonstration de ses capacités disait-il, et pourtant il avait été le premier à se dévoiler. Peut-être un non-initié serait-il resté aveugle aux mouvements créés par Anorndellon, mais tu l’avais bien senti te sonder, lire en tes entrailles avec une aisance déconcertante. Le mage dans sa grande humilité ne faisait que souligner à quel point ces exigeantes pratiques ne lui étaient que futilité. L’expression de votre magie suffit à vous caractériser. La tienne est sauvage et flamboyante. La sienne est discrète et puissante.

- Et ici, sans réellement vous contredire votre analyse, je ne saurais entièrement m’y soumettre. Je partage en effet votre avis quant à notre nature. Nous ne sommes que des catalyseurs, des réceptacles à travers lesquelles l’Oeuvre prend consistance ; mais nos affinités plus ou moins grandes avec ses différentes formes sont les seules choses qu’elle nous impose. Nous ne pratiquons pas, mais nous ne subissons pas non plus. Je vois dans l’énergie un don fait à qui saura s’en saisir. Une chance de se rapprocher de notre mère, et de devenir à notre tour créateurs.

Ni dominance ni soumission, la magie est à tes yeux l’image parfaite de l’union entre les créateurs et leurs créatures. L’Art est la plus grande de tes passions, et tu pourrais parler des heures de la vision que tu en as. Et malgré les flammes brûlant dans tes iris solaires lorsque tu fais ta déclaration, tu tiens en grand respect les interprétations de ton vis-à-vis. Parce que trop de sorciers pensent avoir droit au pouvoir. Trop de mages pensent les flux leur appartenir. Trop de personnes pensent l’art à leur entier service. Les flux se plient à la volonté de qui sait les manipuler, c’est un fait, mais qui sait les manipuler sait aussi à quel point les énergies sont sauvages. Et qui les a déjà manipulées sait ce qu’il faut donner pour obtenir.

Tu reprends place sur l’assise de pierre, attendant de la part de ton hôte qu’il vienne te rendre l’argument, et plonge plus profond dans un débat qui n’a en réalité aucune véritable réponse. Tu vois dans les infimes mouvements des traits impassibles d’Anorn l’amour qu’il porte à l’Art. Mais avec l’amour son regard porte une tristesse dont tu ne connais pas les origines, fardeau dont tu n’as pas droit de réclamer l’histoire. Le souvenir aura vite fait de chasser l’entrain, et de rappeler ce pour quoi tu es réellement venu. Pas ta condition d’érudit, mais ton destin en tant que futur mage de guerre.

- Je n’ai connu que le contrecoup de la bataille d’Uraal. C’est d’ailleurs la mort de Caranthir qui m’a fait réaliser mon importance en tant que Gardien de l’Anaëh. Ce n’est que durant les années de l’après-bataille que je me suis tristement résolu à faire de mon art mon épée et mon bouclier.
Je ne sais de la bataille que les tristes accords qu’elle a semé dans la mélodie durant les années qui l’ont suivi.
C’est avec gratitude que j’accueille votre savoir Anorndellon. Puisse-t-il un jour me préserver.


Il était en ce jour trop tard hélas, pour souhaiter à ce conte de ne pas trouver utilité car le sang avait déjà commencé à couler. À nouveau élève attentif face à ton aîné, c’est à la fois avec crainte et impatience que tu l’écoutais.
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Lun 28 Déc 2015 - 0:27


Devenir à son tour créateur. N'était-ce pas là une envie bien grande, un désir bien peu réalisable ? Prétendre à la création à travers la manipulation du flux était une chose assez démesurée. Du moins aux yeux d'Anorn. S'il pouvait rendre la vie, ou la retirer à n'importe qui, il n'était pour autant pas un créateur ou un destructeur à ses yeux. Il n'avait pas le droit de décider de qui devait vivre et de qui devait mourir. Il ne pouvait faire revenir quelqu'un de l'agonie, et ne pouvait ôter le souffle à un bien portant. Parce qu'il n'était pas en droit de décider, parce que le flux n'était destiné à servir ses intérêts, et ses envies. Mais cela, peut-être qu'il était le seul à le penser. Certes ils ne subissaient pas, certes ils n'étaient pas de simples pantins. Parce que s'ils l'étaient, alors leur conscience s'en serait allée, elle aurait déserté leur corps depuis longtemps. S'ils n'étaient que des moyens d'expressions, leur être aurait disparu en grande partie. Parce qu'Elle n'en aurait pas eu besoin. Mais s'ils ne subissaient pas, ils n'étaient pas non plus des créateurs. Peut-être des transformateurs, à la rigueur. De ceux qui réussissaient à modeler le flux, à l'exprimer de telle sorte qu'il soit visible, utile, réel, pour tout un chacun. Et s'il pouvait voir avec joie les flammes danser dans les pupilles d'Estiam lorsqu'il lui donna son point de vue, cela ne put le détourner du sujet principal de la conversation. Parce que sa magie y était liée si fortement, parce que parler ainsi lui rappelait tant de choses, tant d'instant de doute et d'incertitude. De questions quant à la manière d'utiliser sa magie, quant à la limite entre le bien et le mal, entre l'altruisme et l'égoïsme. Il avait fini par y répondre, tant bien que mal, au fil des siècles, mais la certitude d'avoir fait les bons choix n'était cependant pas omniprésente. Il gardait toujours en tête la possibilité qu'il n'ait pas compris entièrement la chose, qu'il n'ait pas compris ce qu'il fallait.

A l'évocation de la perte de Caranthir, Anorn ne put s'empêcher de détourner le regard un bref instant. A cette époque, il n'était pas bien vieux, et s'il n'avait alors pas les capacités nécessaires pour lui venir en aide, il se sentait toujours assez mal lorsqu'on en parlait. Cela avait d'ailleurs beaucoup affecté Aldartha, au moins le pensait-il. Seulement il ne s'attarda pas dessus, et revint bien vite au sujet principal de la conversation. Estiam disait avoir pris conscience que l'Art devait être ses armes, et qu'il devait servir à sa défense. S'il tiqua légèrement à ce propos, il n'en dit cependant rien. Il n'avait pas forcément envie de relancer le débat à ce sujet, parce qu'il ne voulait pas traîner à lui raconter. Il était toujours délicat de se souvenir de ce genre de choses, et si aujourd'hui il proposait de le faire, il n'en aurait peut-être plus envie demain. Alors quand il accepta finalement de l'écouter, il parla :

 - Qu'il puisse vous réserver un jour est aussi mon souhait, évidemment. C'est pour cela que je m'efforcerai de faire au mieux. Je pense qu'il y a une chose que je dois vous dire avant tout, Estiam. Cela peut paraître vide de sens, ou au contraire, trop libre d'interprétation, mais ça n'en reste pas moins vrai. La guerre change un homme. Elle le change vraiment, profondément, et d'une manière si violente que le changement en devient la plupart du temps irréversible. Je ne vous dis pas cela pour vous effrayer, mais parce que je pense que vous pouvez le comprendre sans pour autant revenir sur votre décision. Votre choix de m'accompagner jusqu'au Front, votre choix de défendre l'Oeuvre de la Déesse Mère au prix de n'importe quel sacrifice, me semble bien trop évident pour vous pour que je puisse vous en détourner. Mais si vous pensez trouver satisfaction, gloire et bien être lorsque tout ceci sera fini, laissez moi vous dire que ce n'est pas le cas. Lorsqu'on se lance là dedans, lorsqu'on décide de participer à une telle chose, on ne peut savoir ce qui nous attend. D'une parce que personne ne nous en parle vraiment, et de deux parce que c'est différent pour chacun d'entre nous. Je ne pourrai donc parler que pour moi, ce que j'ai vécu, ce que j'ai enduré. Et je n'étais pas réellement au milieu des combats.

Il n'y était pas, mais à son avis, les mouroirs étaient tout aussi horrible que les champs de bataille. C'était deux choses différente, deux expériences qu'on ne pouvait sans doute comparer. Mais les deux étaient insupportables, inacceptables.

 - Vous savez que je suis un mage de la vie, vous devez donc vous douter fortement que je n'y étais évidemment pas. A cette époque, je n'avais pas la moitié du savoir que j'ai aujourd'hui, même si je n'étais déjà pas mauvais. On m'a donc attribué une place de soigneur. J'étais placé dans ce que j'appelle les mouroirs, et je mon but alors était de sauver le plus d'elfe possible. De rentabiliser mon temps passé avec chaque blessé, de les trier par ordre de priorité, et surtout, d'abandonner ceux qui ne pouvaient être guéri. Ceux qui demanderaient trop d'énergie, trop de temps, trop de technique. Je pense que c'est une des choses qui m'a le plus révolté, à l'époque. Je ne comprenais pas qu'on puisse ainsi choisir une vie parmi les autres, qu'on puisse laisser derrière nous un frère, ou une sœur, sans même essayer d'au moins adoucir ses derniers  moments. A vrai dire, nous n'en avions pas le temps, le nombre de blessé était beaucoup trop grand, les effectifs très réduits. L'Académie n'a alors envoyé aucun mage, aucun apprenti, aucun de ses élèves elle même pour améliorer la situation. Nous n'étions que des volontaires, et malheureusement, nous n'étions pas assez. Guérir était devenu machinal, je restais presque en permanence ouvert au Flux, je ne me refermais que de rare fois, lorsque la fatigue envahissait mon corps et mon esprit, et me poussait à prendre un peu de repos.

Anorn fit une légère pause avant de reprendre. Cet état de semie conscience n'avait pas été des plus agréable pour lui, parce qu'aujourd'hui, il savait très bien comment éviter la chose.

 - Pendant cette période, je n'étais pas au meilleur de ma forme, je ne dormais presque pas, ne m'alimentais que lorsqu'on me le demandait, je passais en fait le plus clair de mon temps auprès des blessés. J'étais dans une sorte de brouillard, une fatigue constante et harassante, qui ne voulait s'en aller, qui ne pouvait s'en aller. Les décisions que je prenais étaient devenues machinales, soigner nos frères et nos sœurs, un réflexe. Une partie de moi s'était enfouie au plus profond de mon esprit, et n'avait pas la force, ni l'envie de revenir. Je pense qu'en faisant cela, j'ai essayé de me protéger de ce que je voyais chaque jour. Cette sorte de transe m'aider à rester actif, et plus ou moins efficace. Parce que si je n'étais pas confronté directement au champs de bataille, aux sombres, au combat, je prenais pleinement conscience de tout ses ravages. J'étais témoin des conséquences affreuses que la guerre peut avoir sur un peuple. Voir souffrir les siens est une chose qu'il est difficile de surmonter. Et si je ne considérais pas encore ces elfes comme mon peuple, je les considérais tout de même comme mes frères, et comme mes sœurs. Ils étaient, et sont toujours, une partie de moi, une partie de ma famille. Les perdre a été plus douloureux que je ne le pensais. Les voir souffrir a été une véritable torture. Si je vous parais trop modeste sur mes talents dans l'Art, c'est en partie parce que j'ai longtemps regretté de n'avoir pas pu tous les sauver. J'ai regretté de n'avoir pas assez su, de n'avoir pas assez pu. Je n'y étais pas préparé je pense. J'étais aussi lus jeune que vous l'êtes aujourd'hui, et peut-être l'aurez vous deviné, mais on ne peut pas sauver tout le monde. C'est impossible. Certains d'entre nous doivent mourir pour que d'autres puissent vivre. Il est important que vous gardiez cela en tête Estiam.

C'était peut-être la chose qu'il aurait voulu entendre avant d'aller là bas, avant de descendre dans les mouroirs, avant de frôler Tari. C'était peut-être les mots qui lui avaient manqué.

 - Pour ce qui est du terrain, reprit-il, je ne peux rien t'apporter je pense. Je n'ai jamais été moi même là bas, et si j'y vais cette fois, ce sera la toute première. Mais nous ne sommes sans doute plus si innocents et fragiles que je pouvais l'être lors de la bataille du lac d'Uraal. Les circonstances seront différentes, et je pense malgré tout que nous sommes préparés à affronter ce genre d'événements. Non ?

Cette dernière interrogation signifia à Estiam qu'il lui redonnait la parole, et surtout qu'il avait l'opportunité, s'il voulait, d'en discuter plus en détails. S'il ne la saisissait pas maintenant, alors elle disparaîtrait pour de bon. Parce qu'il n'aimait pas revenir sur le sujet, surtout face à quelqu'un connaissant déjà l'histoire.

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Jeu 31 Déc 2015 - 17:15

Il est souvent répété que l’esprit est incapable de se dessiner une image d’un événement qu’il n’a jamais lui-même connu, et pourtant. Les avertissements d’Anorndellon sonnaient comme une mélodie déjà mainte fois jouée. Peut-être simplement parce qu’elle l’était, parce que tous ceux qui avaient connu la guerre jouaient la même. Ou peut-être parce que ce qu’il te décrivait était l’image même que tu t’étais depuis le départ fait de ce que à quoi ressembleraient les affrontements. La mort sonnant aux portes de tes congénères, de tes amis et de ta famille. La Symphonie s’emportant dans des arias mortels, insufflant la rage dans le cœur de ceux capables de l’entendre, leur faisant perdre la raison pour un temps, à la manière de l’Aduram. L’Anaëh cherchant à se protéger à tout prix… au prix de vos vies. Si vous réussissiez, ce ne serait pas cher payer.
Cela fait bien longtemps que la vie t’aura appris que l’on ne peut avoir le meilleur des deux mondes. Tu as passé des siècles entiers à tenter d’emboîter les joyaux des deux cultures pour obtenir le bijou parfait, sans jamais réussir. Le fait même que dans ta dénomination le nom de ton père n’emboîtait jamais celui de ta mère en était témoignage direct. On ne peut jamais tout obtenir. La guerre en était le plus funeste des témoignages, parce que durant la guerre, ce sont les âmes qui servaient de monnaie de change. Il n’y aurait jamais assez de guérisseurs dans les rangs pour sauvegarder l’intégrité de tous les guerriers mortellement blessés. Tu es trop bien placé pour ignorer la philosophie de l’Académie d’Alëandir quand à ses mages, et s’il n’est pas bien ardu d’y trouver des failles, il est presque impossible d’en nier la légitimité. Heureusement qu’Anorn est fort, car il est une rareté. Déjà puissant dans le temps, il l’est encore plus aujourd’hui, et de ce fait, plus de poids encore repose sur ses épaules. Anorn est l’amant d’un peuple, et en tant que tel, il ne saurait se résoudre à en laisser partir un seul membre. Si seulement il suffisait de dévotion…
En temps de guerre, certains devaient être laissés pour compte pour que d’autres puissent vivre. On laissait s’effriter la toiture pour que les piliers tiennent un jour de plus. Ce sont les porteurs que l’on privilégiait. Les grands. Révoltant, bien sûr que cela pouvait être à première vue, surtout dans un peuple qui accorde la même importance à chaque vie. Mais cette égalité était justement la motivation derrière un tel système. Si le pilier s’effondrait, alors il emportait avec lui la bâtisse entière. Avec la perte d’un pilier, c’étaient plusieurs autres vies qui risquaient de disparaître. L’Abandon, aussi horrible fusse-t-il était la meilleure manœuvre. Pour la guerre, comme pour la vie.
La douleur des pertes, lorsque l’on s’en impose la responsabilité peut traverser les siècles. Ton expérience avec Caranthir ne te l’aura que trop bien appris, mais la mort est dans l’ordre des choses.

- J’entends ce que tu me dis, et peut-être l’image ne m’est-elle pas assez forte car je ne l’ai pas vue de mes yeux ; mais je dois bien avouer ne pas en avoir attendu moins de la guerre. Peut-être ces mots feront-ils de moi un monstre à tes yeux… mais je considère la mort, même chez nous les immortels, et même dans d’aussi atroces conditions, comme étant dans l’ordre des choses.
Vivre dans la forêt, c’est être constamment exposé à la mort. L’Anaëh regorge de puissants prédateurs dont nous faisons partie en tant que Noss. J’ai appris à accepter le fait que lorsque se croisent les routes de deux grands prédateurs, souvent la mort viendra juger de celui qui a le droit de continuer de marcher.
L’armée Drow est un prédateur d’une ampleur sans précédent, et il a déjà engagé la lutte. La mettre à mort est notre seul espoir de survivre. Je sais que même dans la victoire il y aura des pertes, je sais que l’on ne peut sauver tous ceux qui se seront donnés. Je sais que choisir entre deux vies est un cruel dilemme, car toute vie à la même valeur… mais je sais aussi que sur certaines vies en reposent d’autres.


Tu lèves la tête vers lui, plonge ton regard profond dans le sien, presque provocateur.

- Je suis sûr que tu réalises toi-même, qu’entre ta vie et celle d’un soldat, le choix sera bien vite fait.

L’humilité d’Anorn et son désir de justice sont à des lieues de l’aveugler. Révolté contre les pratiques perpétrées en temps de bataille, il devait sans doute en voir la nécessité.

- Sur ta vie repose celle de dizaines… peut-être de centaines de guerriers, et pour cela on ne peut se permettre de te perdre. Il en est ainsi.

Entre elfes des cités et Noss, voilà une autre divergence. Là où ceux des forêts acceptaient la mort car faisaient quotidiennement face au danger, ceux des villes, ayant si longtemps cherché la protection des murs, voyaient dans la mort un bien plus grand tabou. Voilà pourquoi vous êtes des monstres aux yeux de certains, car chez vous le sacrifice est monnaie courante, pour peu qu’il ne soit pas vain.

- À te répéter des choses contre lesquelles tu t'es déjà révolté... tu affiches un triste sourire, baissant la tête, la mine coupable Je fais une bien piètre compagnie.
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Jeu 7 Jan 2016 - 15:40


Entendre que sa vie serait toujours privilégiée par rapport à celle d'un soldat le fit légèrement soulever le coin de ses lèvres. La réponse d'Estiam l'amusait. Peut-être était-ce de sa faute s'il n'avait pas entendu l'entièreté de son message, peut-être s'était-il mal exprimé. Mais il n'y avait aucune raison de lui répéter de telles choses, aucune raison de lui asséner ce qu'il savait être la vérité. Pourquoi le faisait-il alors ? Pensait-il qu'il était toujours cet elfe qui s'était révolté contre une méthode bien peu juste ? Il ne l'était plus, et cela était certainement clair. Alors que faisait-il, avait-il besoin d'une quelconque confirmation ? Certainement. Sans ça, il ne voyait pas l'intérêt de lui imposer ainsi ce qu'il savait déjà. S'il lui avait transmis les idées, les avis, les combats, de celui qu'il avait été, ce n'était que pour marquer plus encore la différence avec celui qu'il était maintenant. Aujourd'hui, il comprenait parfaitement l'importance de sauver un elfe plutôt qu'un autre. L'importance de garder à leurs côtés un archimage plutôt qu'un soldat. Un commandant, plutôt qu'un civil. Un Roi, plutôt qu'un protecteur. Parce que cela était devenu évident. Parce qu'il avait été entraîné à réfléchir ainsi, et si au début, cela lui avait paru absurde, il savait maintenant que ça ne l'était pas. Depuis qu'il était entré dans la politique, son regard sur les autres, sur lui même, avait changé. Il n'avait plus les mêmes priorités, plus les mêmes lignes de conduite, les mêmes convictions. Cela était peut-être une chose qu'on ne pouvait expliquer, qu'on ne pouvait comprendre tant qu'on ne l'avait pas vécu. Mais c'était un fait. Devenir Seigneur Protecteur de la Quatrième Saison l'avait changé. Il avait évolué, et n'était plus celui qu'il était il y avait de cela trois siècles.  

 - La mort est dans l'ordre des choses, cela ne fait aucun doute. Je n'ai jamais remis cela en cause, et je ne le ferai jamais. Si nous devions disserter à propos du panthéon, alors je dirais qu'à mon humble avis, Tari a autant sa place que Kÿria. Mais nous ne sommes pas ici pour parler religion, n'est-ce pas ? J'aimerais juste que vous ne vous mépreniez pas quant à mes propos. Je vous raconte mon expérience, mes craintes, et mes convictions, pour que vous compreniez à quel point tout ceci change un homme. Profondément. Irréversiblement. Aujourd'hui il est évident que je comprends l'importance de la vie de certains par rapport à d'autres. Si je devais reprendre votre exemple, je comprends qu'on favorise ma vie à celle d'un autre. Cela n'est que pure logique, pure stratégie. Si nous nous retrouvons avec des soldats, mais sans personne pour les fédérer, sans personnes pour les diriger, alors quel intérêt ? Avec le pouvoir vient les responsabilités, et nous ne pouvons y soustraire. Nous ne pouvons simplement les balayer parce que nous pensons que chaque vie a autant d'importance. C'est une chose qui est jolie, sur le papier. Pleine de bon sens, et de bonnes intentions. Mais en réalité, je ne suis pas sans savoir qu'il en va tout autrement.

Ce n'était pas un sujet des plus gais, mais ils avaient démarré sur une note bien sombre, de toutes façons. S'il aspirait maintenant à quelque chose de plus léger, il n'avait cependant pas à interrompre la discussion seulement parce qu'il en avait envie. Cela était des plus malpolis, et si l'envie de le faire tout de même, à la vue des manières un peu rudes de son interlocuteur, le prit un instant, il renonça rapidement. Ce n'était pas parce qu'Estiam se permettait tant de familiarité, faisait fi des conventions et de toute politesse qu'il devait faire de même.

 - Vous n'êtes pas une piètre compagnie. Peut-être un peu rude, très direct, et peu soucieux des convenances, mais votre compagnie ne m'est pas pour autant insupportable. Je n'ai pas l'habitude de rencontrer des personnes telles que vous. Sûrement parce que je ne trouve pas le temps, ou parce que je ne me promène pas assez en dehors de ma zone de confort disons. Je devrais sans doute, cela pourrait s'avérer fructueux. Est-ce dans vos habitudes d'aborder les gens ainsi ?  

Certainement. C'était sans doute dans ses habitudes, mais il voulait en être certain. Et il voulait aussi oublier un instant le sujet de leur discussion. Le Front, les sombres, Uraal. Il était bien assez douloureux d'en parler ainsi, pour en revenir toujours aux mêmes conclusions, pour qu'il prolonge la chose. Estiam pouvait sans doute sentir cet inconfort, parce qu'il ne faisait rien pour le cacher. Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi lui cacherait-il les répercutions de ses réminiscences, trois cent après cela ? Il n'en avait pas l'utilité, parce que celui qui se tenait à ses côtés serait sans aucun doute un atout majeur dans l'affrontement à venir. Et retenir quoi que ce soit à propos de ce qu'il avait vécu, de ce qu'il avait éprouvé et éprouvait encore, pourrait peut-être lui être préjudiciable. Chose qu'il ne voulait pas.

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Ven 8 Jan 2016 - 0:04

C’était il y a plus de 300 ans. Celui qui s’était autrefois rebellé n’est plus le même homme. Depuis la guerre, et en partie à cause de la guerre, Anorn avait bien changé. Sa manière même de s’exprimer laissait entendre dès le départ que ce contre quoi il s’était au départ insurgé, il en comprenait aujourd’hui les fondements au point de faire paraître cette bien sombre discussion comme n’étant au finale que pure trivialité. Ce qu’il t’a conté ne sont que sentiments passés, expériences d’un autre temps, sensations d’une personne qui n’existe aujourd’hui qu’à moitié. Une partie d’Anorndellon est morte là-bas, laissant en lui un vide que sa nouvelle place de protecteur aura rapidement comblé de nouvelles conventions, de nouvelles responsabilités, et de nouvelles convictions.
Le Protecteur de la Quatrième Saison et toi partagez une vision du monde bien plus proche que vous ne pourriez l’imaginer, et les prochains événements risquent d’encore un peu vous rapprocher. Un pas après l’autre à pas de fourmis, trouvant lentement mais sûrement terrain d’entente même là où vos esprits divergent, c’est ainsi que les liens se renforcent. C’est ainsi que le Sorcier équilibriste et l’Archimage citadin pourraient apprendre à s’entendre. C’est ainsi peut-être, à plus grande échelle, qu’un jour seront calmées les tensions entre ceux de pierre et ceux de bois. Sans véritable accomplissement, puisque tu n’avais réussi à créer qu’une très maigre barrière entre tes dires et tes pensées et que le tutoiement était revenu plus vite encore que tu ne l’avais chassé, tu avais tout de même fait un effort, qui tu l’espères ne sera pas passé inaperçu aux yeux d’Anorndellon. Le sien, il faudrait que l’on t’aveugle et t’assourdisse pour que tu ne le remarques pas.
Il a eu bien des occasions de mettre fin à votre entrevue, mais a veillé à la tirer jusqu’à pouvoir clairement observer quel en serait le dénouement. Tu l’as agacé autant qu’il a pu te vexer, mais voilà qu’il en venait à te justifier… si c’est bien ce qu’il faisait. La critique était franche, directe et brutale, adressée sans les arabesques que l’on attendrait en général d’un politique. Elle était directe au point de t’en arracher un sourire, soutenu par la remise en question qui venait juste après, et finalement transformé en un véritable, bien que discret, rire lorsqu’il finit par poser sa question.

- Et bien à vrai dire, aborder les gens n’est pas dans mes habitudes. En réalité, je suis rarement celui qui fait le premier pas, mais il est vrai que lorsque je le fais j’ai tendance à sauter à pieds joints. Après tout, il ne sert à mon avis pas à grand-chose de se dissimuler sa véritable nature aux personnes avec qui l’on interagit. Certains comportements peuvent être préjudiciables c’est vrai, mais il est encore moins plaisant de les découvrir seulement après avoir tissé des liens avec une personne que l’on a longtemps pris pour une autre.

Tout direct que tu sois lors de tes premières rencontres, il est vrai que tu n’as que rarement été celui qui abordait, et plus rarement encore lorsqu’il ne s’agissait que de trivialités. Tu es volontairement allé à la rencontre de mages et d’érudits lorsque des questions te taraudaient l’esprit. Tu as abordé les détenteurs de marchés Estréventins lorsque durant ton séjour chez les hommes tu as eu besoin d’argent et c’est toi qui t’es présenté au forgeron qui as accepté de répondre à ta requête. Les autres auront souvent étés mis sur ta route par le destin. Ton cœur a été plus souvent conquis que conquérant. La Dame Protectrice d’Ardamir, tu l’as connue il y a bien longtemps. La druidesse qui t’as rappelé qui tu étais s’est approchée sans que tu aies à la héler. C’est leur légende qui t’as amené à te rapprocher des Wen’Doril… et le reste n’étaient que famille clanique, magique ou de sang.

- Pas que je cherche à dire que tous les citadins semblent faux, mais le masque impassible est une barrière que beaucoup de Noss, et moi y compris trouvent bien inutile. Il faut dire que pour un peuple habitué à connaître les humeurs de la forêt elle-même, se retrouver obligés de décoder celles de nos propres frère devient vite… ennuyeux.

Déshumanisant. Voilà le mot parfait pour qualifier certains comportements des Taledhels. S’il on ne s’intéressait pas réellement à eux, alors ils semblaient agir comme des automates sans émotions, survivant plutôt que vivants, et s’ils n’étaient pas vivants, alors il n’y avait aucun mal à les tuer.
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Lun 11 Jan 2016 - 23:13


Dissimuler sa vraie nature. A ses yeux, la politesse et la bienséance ne servait donc qu'à ça. Cacher la personne que l'on était réellement derrière un masque universel, qui nous préservait en quelques sortes de tout jugement, de toute critique. Mais c'était loin d'être cela, bien loin d'être qu'une hypocrisie passagère, qui permettait de dissimuler une personnalité trop forte, trop étrangère à celle de l'autre. Avec un peu de pratique, on discernait facilement le fonctionnement de chacun, et on pouvait sans peine cerner une personne ne serait-ce qu'à sa façon de parler. Les politesses d'usage n'étaient pas inutiles, loin de là. Elles révélaient même bien plus qu'une approche ordinaire. Encore fallait-il qu'on y soit habitué. S'il venait d'une Noss, il n'était pas étonnant qu'il préfère rentrer directement dans le vif du sujet, plutôt que d'alourdir son discours de manières et d'obligeances. Il en venait même à dire que leurs interactions étaient ennuyeuses. La leur peut-être ? Les humeurs de la forêt, selon ses paroles, n'étaient pas si difficiles à décrypter, pas si ennuyantes. Anorn trouva cela dommage un instant, parce qu'Estiam avait passé un certain temps à l'Académie, dans la Cité d'Alëandir, mais il n'était tout de même pas capable d'avoir un jugement objectif. Il hésita un instant à mettre fin à leur conversation, mais cela n'aurait pas été bien. Il avait droit à une réponse, avant qu'il ne s'en aille, tout simplement. Après tout, si leur conversation était ennuyante, tout ceci n'était qu'une perte de temps.

 - Tout ceci n'est que question d'habitudes, et de coutumes. La politesse n'est absolument pas quelque chose d'hypocrite, nous ne nous cachons pas derrière un masque. Peut-être est-ce l'impression que nous donnons pour quiconque n'a pas les codes, mais ce n'est pas le cas. Je pensais qu'après tant de temps passé entre les murs, vous l'auriez compris. Certes je ne peux comprendre le lien qui vous unisse, vous elfes des noss, à Anaëh. Je ne peux comprendre l'étendue de vos ressentis, et de votre relation avec l'Oeuvre de la Mère. Je ne me permets pas pour autant de vous exclure, de vous considérer comme des sauvages, ou comme des êtres que je ne pourrai jamais comprendre. Il va de soit que nous nous exprimons tous différemment, et qu'il est certes de mise chez nous d'essayer d'entretenir de bonnes relations avec tout un chacun. Mais au lieu de rejeter cette idée en bloc, pourquoi ne pas essayer d'apprendre ? Je vous l'ai dit, avec des codes, et un peu de bonne volonté, cela devient enfantin. Ce que vous trouvez inutile est notre façon de nous exprimer, d’interagir entre nous.De quel droit vous permettez vous de juger cela ? Il n'est pas dans mes habitudes de parler ainsi, mais il me semble que je dois être honnête.  

Etre honnête. Il l'avait toujours été, mais cette fois, il sentait qu'il avait plus de mal à s'exprimer. Certainement parce que les paroles d'Estiam avaient soulevé un problème majeur, quelque chose face à laquelle il ne savait que faire. Et l'agacement pouvait alors rapidement prendre le dessus afin de dicter ses mots. Chose qu'il ne voulait pas.

 - Je trouve cela assez décevant d'entendre de telles choses de votre part. Vous qui êtes entre les deux, vous qui pouvez comparer mieux que quiconque les différences culturelles. Vous entendre dire que les cités ne sont pas capables de s'exprimer correctement, que leurs us et coutumes sont inutiles, leur conversation ennuyantes, cela ne me fait pas plaisir, je pense que vous les comprendrez. Chacun apporte quelque chose de différent, et refuser de se plier à une certaine bienséance est un choix, dénigrer ouvertement ceux qui ont choisi de l'utiliser me paraît totalement déplacé.

Il savait ses paroles assez froides, son ton plutôt tranchant, peu aimable. Mais il n'avait pas envie de faire autrement, il n'avait pas besoin de faire autrement. Essayer d'arrondir les angles, essayer d'être moins catégorique n'aurait eu aucune utilité aussi, si ce n'était rendre son discours totalement contradictoire.

 - A moins que vous ne vouliez rajouter quelque chose d'intéressant, je vais devoir mettre fin à cette discussion. Echanger avec vous a été plutôt enrichissant je dois dire, je ne doute pas que nous nous reverrons.

S'il ne le retenait pas, alors il s'en irait simplement, sans oublier de le saluer sobrement. Même le strict nécessaire devrais l'ennuyer, alors il ne se répandrait pas en paroles qui lui sembleraient futiles.

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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Mar 12 Jan 2016 - 0:26

T’étais-tu mal exprimé, peut-être… sûrement même. Loin d’être aussi agile de tes mots que ton comparse, préférant envoyer des vérités brutes plutôt que d’essayer de broder des fils trop grossiers de toute façon pour être travaillés. Ce que tu dis, c’est ce que tu penses, mais malheureusement, ce que tu dis reste ouvert à l’interprétation. Analyser ce qui n’a pas besoin de l’être est souvent source de conflit, l’interprétation d’Anorn de tes mots viendra appuyer cette théorie. Il fronce les sourcils, te forçant à arquer les tiens, et c’est entre la surprise et le choc que tu accueilles des remarques plus cinglantes encore que ce dont tu l’aurais imaginé capable, cet homme si doué pour souligner sa propre pensée.
Si l’irritation qui l’anime ne te fait pas plaisir, tu apprécies pleinement son honnêteté. Au moins n’aura-t-il pas conservé cette rancœur jusqu’à ce qu’elle murisse, puis pourrisse, laissant à tout jamais embourbée dans la fange la relation possiblement cordiale que vous pourriez entretenir.
C’est vrai tu as vécu entre les deux, tu as connu bien assez les deux peuples pour en accepter les usages. Tu sais décoder jusqu’à un certain point, bien que tu aies fait le choix de ne pas mettre en pratique, une grande majorité des coutumes de la ville. Tu es parfaitement placé pour ne pas stigmatiser l’un ou l’autre, savoir apprécier ce qu’apportent les deux fronts… mais aussi en reconnaître ce que tu penses être des failles. Ta condition te permet de choisir des Noss ou des Cités ce qui correspond le mieux à ton explosive personnalité, et la politique du visage de glace et de la langue de bois n’en fait pas partie… comme elles n’étaient pas toutes les deux présentes chez Anorn, ni chez tous les Taledhels. Malheureusement, il faut bien l’avouer, ceux jouant de fausse neutralité sont une grande majorité.

- Excuses-moi si mes mots ont pu te vexer, mais jamais je ne me suis insurgé contre les politesses. Bien que j’aie choisi, et cela me concerne, en grande partie de ne pas m’y attacher, je tiens en grand respect celui qui pour la bienséance fera l’effort de s’y soumettre. Problème étant, sous couvert de bienséance sont souvent tus des conflits qui grandissent plutôt que d’être réglés, des haines illégitimes et des questions importantes. Certains, comme vous, dans le respect des coutumes sauront clairement exprimer leurs opinions, d’autres, pour ne pas prendre le risque de frustrer leur vis-à-vis vont se cacher derrière plus de fioritures que de nécessaires, pour ne finalement révéler le fruit maudit qu’une fois fermenté et vieilli.

Ce serait mentir que de dire que tu as su garder ton calme tout du long de ta tirade. Le sujet te tiens à cœur, car il t’a été source de profondes frustrations durant ta jeunesse. Tu te retiens de te lever et de te laisser aller à un langage corporel trop expensif, par politesse justement, mais tes yeux embrumés, ta mâchoire serrée et ton cœur battant suffisent tu l’espères, à traduire l’entièreté de tes ressentis.

- Je les connais les codes, en grande majorité, et c’est bien parce que je les ai trop souvent vus mal utilisés qu’aujourd’hui vous ne me voyez pas tous les respecter. Ma place en tant que rejeton de deux cultures me permet autant d’accepter que de critiquer, elle me permet tant de pointer du doigt ce que les cités ont à reprocher aux Noss que ce que les Noss ont à reprocher aux cités, et n’est-ce pas ce que je viens de faire ?

Avais-tu explicitement jugé ennuyeux les moindres paroles de tes frères de pierre ? Non. Tu n’avais fait que dire qu’ainsi pensaient les Noss en majorité. Ne t’étais-tu pas inclus parmi ceux qui ne comprenaient pas leur jeu de faciès, oui, et tu ne manquerais pas de l’expliquer.

- S’il y a une chose et une seule que je trouve inutile dans la culture citadine, c’est bel et bien le jeu de faciès qui sert à beaucoup de cachette. L’émotion passe par les yeux autant que par les mots, par les plis du visage autant que par les menus mouvements de nos oreilles. À moins d’être forcé d’user de dissimulation, dans quel cas la manœuvre est justifiée, pourquoi ne pas laisser celui auquel vous parler lire sur vos paupières autant que sur vos lèvres ? Il est des expressions du visage que le verbe ignore. Laissez à l’autre l’occasion de les lire, et de nombreux malentendus seront évités. L’interlocuteur n’est pas votre adversaire, alors pourquoi faire culture d’une attitude si… défensive ? C’est là soit le signe de ceux qui ne savent plus faire confiance, soit celui de ceux qui se mentent à eux-mêmes. Mon père est un citadin, et il n’est pas de ceux-là. Mon père m’a appris à sourire et à rire comme il m’a appris à laisser couler les larmes avant qu’elles ne deviennent assez lourdes pour creuser des sillons au travers de mon visage.

Les douleurs, les tristesses… tant de choses qui pouvaient creuser vos visages éternels… tant de choses que vos infaillibles mémoires souhaiteraient oublier. Les effacer de leur visage, c’était les effacer de leurs pensées. Et ses mots semblant toujours pleins d’honnêteté, Anorn te semblerait faire partie de ceux qui tentent désespérément d’oublier. Mais ce n’est pas à toi d’en juger.

- Peut-être t’ai-je semblé oublier mes racines citadines à la faveur de celles des forêts, mais après tout, n’es-tu pas bien mieux placé que moi pour savoir ce que les Taledhels reprochent à ma famille maternelle ? Je me plaindre des heures de la violence qui règne chez certains clans, d’à quel point ils sont capables d’être extrêmes. Je pourrais pleurer le fait qu’ils soient bien trop réfractaires au changement, que leur conservationnisme nuit au partage des savoirs… Mais ne penses-tu pas que je l’ai bien assez entendu des nôtres pour te penser l’ignorer ? Comme je sais avouer mes torts, et Kÿria sait combien j’en ai, comme je n’hésite pas à hurler aux autres ce que je pense en être chez eux.
J’ai énormément apprécié de vous parler Anorndellon. Vos mots ont le pouvoir de me sauver. Mais ne pensez-vous pas que j’aurais été encore plus touché, si votre discours avait eu différentes saveurs, aurais-je choisi de l’écouter les yeux ouverts ou fermés ?
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Anorn
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Mer 13 Jan 2016 - 22:37


On lui avait répondu assez vivement. Et ce n'était pas étonnant vu la manière dont il s'était exprimé. Il lui reprochait encore et encore de n'être pas assez expressif, de n'être pas assez ouvert aux autres physiquement. Il disait ne pas hésiter à pointer du doigt ce qu'il pensait être des défauts chez les autres. Ce qu'il pensait. C'était là toute la subtilité. Dans son discours, il n'avait pas cherché à nuancer ses propos en soulignant les siens, il n'avait cherché qu'à souligner ceux des autres. C'était là le problème. Il n'avait eu aucun tact, aucune considération pour son interlocuteur, ses propos n'avaient soufferts d'aucune formulation décente, d'aucune atténuation, ou même d'hésitation. Son visage avait beau être plus expressif que le sien, l'enchaînement de ses mots n'était pas aussi fluide qu'il devrait l'être, pas aussi élaboré qu'il l'aurait pu, pas aussi assuré et précis que celui de tant d'autres. Et pourtant, il ne s'était pas permis d'émettre une seule critique à ce propos, pas un seul mot déplacé, pas une seule remarque. Parce que cela ne le concernait pas. Parce qu'il était tel qu'il était, et qu'il n'avait aucun besoin de le changer, aucun besoin de le plier à ses désirs et à ses conventions. Mais il ne semblait pas le voir, il ne semblait pas le comprendre. Avoir le contrôle de ses expressions faciales était loin d'être un handicap, cela avait au contraire tout d'un atout.

 - Je n'ai pas cherché à vous toucher, Estiam. J'ai cherché à vous faire comprendre, à vous faire entendre ma version des faits. Je n'ai pas besoin de mettre d'émotions là-dedans, je n'ai pas besoin qu'on lise sur mon visage pour qu'on me comprenne. Mes mots sont largement suffisants, cela vous en déplaise. Je ne voulais justement pas que vous vous concentriez sur mes émotions, sur les expressions de mon visage, je ne voulais pas que vous cherchiez à les décoder. Cela ne vous aurait rien apporté. Si j'avais jugé mes expressions pertinentes, il va de soi que je n'aurais pas cherché à les contrôler. Mais peut-être est-ce quelque chose que vous ne pouvez pas comprendre, finalement. Quelque chose dont vous ne pensez pas avoir besoin, et c'est tout aussi bien pour vous. Sur ce, je vous salue Estiam, ce fut une agréable discussion. Que la mère veille sur vos pas.

Même si cette dernière phrase n'avait pas forcément de sens pour lui, elle en avait pour Anorn. Des jours sombres se profilaient pour eux, et il savait que beaucoup d'entre eux se raccrocheraient à leur foi, priant sans retenue la Déesse Mère de les guider sur la bonne voie. Estiam serait peut-être un de ceux là, il n'en savait rien. Ses deux gardes lui emboîtèrent le pas lorsqu'il se fondit à nouveau dans la foule des rues de la capitale. Il n'avait alors qu'une hâte, rejoindre Arwain.

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Estiam Faerin : Bah j'ai très envie d'Anorn mais j'essaie d'être réaliste quand même

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Estiam Faerin
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MessageSujet: Re: [Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]   Jeu 14 Jan 2016 - 1:16

Il est si ardu de soulever le moindre des traits de certains Talhedels, que les montagnes en comparaison semblent bien légères. Après tout, tu n’es pas face à un enfant dont tu essaies de corriger les tares. Tu n’es même pas face à un adulte dont tu essaies de redresser un tort avoué. C’est à un elfe ayant vécu plus d’un millénaire dans l’apologie de sa propre fermeture que tu t’adresses. Savoir s’éteindre est ici considéré comme un talent, et ta pauvre personne ne sera jamais d’aucun poids face à une convention déjà trop bien établie. C’est en apprenant à soi-disant contrôler leurs mimiques qu’en réalité ils perdaient pouvoir sur leur visage, car là où le proverbe ment, c’est qu’à trop combattre le naturel, plutôt que de le voir revenir plus fort, on finit par le perdre. Cet atout n’est que l’excuse de ceux dont le visage est à jamais figé, tu en es persuadé. Cet atout dont ils te croient dénué est pourtant une pratique dans laquelle tu leur es sûrement bien supérieur. Tu as été un chasseur. En tant que chasseur, perdre prise sur le moindre frémissement de peau, laisser le regard communiquer le moindre message à une potentielle proie, c’était la perdre. Le contrôle, tu l’as. Seulement tu n’en fais usage que lorsque nécessaire.
Il ne se trompe pas là-dessus. Tu aimerais le voir, tu aimerais comprendre… mais tu en es décidément incapable, et cela plus qu’autre chose te travaille l’esprit. Là où il se méprend, c’est sur la valeur de ses paroles. C’est l’habituation qui t’a conduit à prendre chacune de ses syllabes au sérieux. C’est parce que tu sais comment sont ceux des cités que tu as fait l’effort de comprendre, mais des mots à eux seuls ne font qu’un texte sans message. Que la guerre et toutes ses horreurs soient contées dans le moindre détail, si le conteur se détache de son histoire, alors il ne prêche que du vent. Le passé de celui qui semble ne pas l’avoir vécu n’est à l’oreille de celui qui l’entend que le simple rêve d’un automate.

Apprend-on à l’apprenti à forger et lui récitant quels seront ses travaux ?

Apprend-on aux jeunes étudiants la magie en la leur décrivant ?

Le mieux écrit des livres peut-il apprendre la vie à un enfant ?

Les émotions traduisent autant l’expérience que la projection. Sans émotion, rien n’est vérité et un discours sans vérité n’a aucune valeur aux yeux du receveur.
Voilà encore pourquoi la politique citadine était si longue à débattre. Sans le moindre indice quant à ce qui est vérité ou mensonge, passion ou intérêt passager, il est bien plus difficile de décider.
Tu le penses, tu l’as dit et tu le rediras. L’adversité est le seul moment où l’expression d’un visage est impertinente.
Mais ainsi est Anorndellon, et telles sont ses convictions, et dans le respect que tu lui dois, comme tu n’es point forcé de te plier aux siennes, il est libre de refuser les tiennes. Peut-être n’est-ce pas toi, mais lui qui ne comprends pas. Ou alors, peut-être n’y a-t-il rien à comprendre. C’est ainsi que vous êtes faits, et avez vécu, ce sont ces méthodes qui ont fait que vous êtes tous deux de ce monde après tant de saisons. Pourquoi changer lorsque la vie a prouvé vous deux approches fonctionnelles ? Restez chacun dans votre ligne, et tout irait bien fusse cela hors du meilleur des mondes.

- Kÿria puisse vous guider.

Tu t’inclines face au Seigneur-Protecteur sur le départ, la réflexion encore vive, mais le cœur allégé. Car en ce jour deux mondes s’étaient entrechoqués, mais aucun des deux ne fut écrasé. Et si l’un comme l’autre vous voyiez des failles dans l’être vous faisant face, chacun des arguments vous auront fait réfléchir. Tu mérites, si tu veux te faire entendre, tu le reconnais, de travailler ton élocution… tu espères seulement qu’Anorn saura avouer qu’il ne sert à rien d’ériger une forteresse pour se protéger de ses alliés.
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[Place Tyral] De funestes espoirs [PV Anorn]
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