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 L'écho de Sol'Dorn

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Phar'roos
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MessageSujet: L'écho de Sol'Dorn   Ven 22 Juil 2016 - 16:08

      Sous la chaleur de l’été, Naelis semblait se baigner dans l’Olienne pour s’y rafraîchir ; conformément au vœu de Glenn Hereon, le port était à présent florissant, et la cité déployait de très nombreux pontons dans la crique qui s’ouvrait sur la mer. Des bateaux multicolores, certains frappés du sceau bleu d’Ydril, d’autres blasonnés du vert d’Aphel, venaient ouvrir leurs flancs sur les quais de la cité blanche ; on approvisionnait, on achalandait. Il s’élevait de tous les abords du port un grand bruit de chariots qu’on remplit, de pièces qu’on échange, et de grains qu’on soupèse. C’était un petit bourgeon marchand sur la côte estréventine, qui prospérait sous la veille vigilante de sa garde ; des avisos aux fanions blancs patrouillaient le long du port, observaient l’argent aller et venir, entre les mains d’ici et celles d’ailleurs.

      Une clochette se fit entendre au loin ; un nouveau navire s’avançait vers les quais de Naelis. Le vent chaud du milieu de journée fit voleter son drapeau : c’était une soierie précieuse, teinte dans un ocre vif. Celui-là venait de Thaar : le navire portait, gravé sur ses flancs ronds, l’emblème d’un prince marchand. Quelques mines se renfrognèrent sur les quais, quelques gardes tinrent plus fermement leurs arcs ; la côte Est, l’Ithri’Vaan mêlé aux Sombres, s’ouvrait difficilement au commerce naelisien. Les denrées étaient pourtant bonnes, et l’or valait bien l’or ; mais les plaies de Ruven demeuraient à vif, et Naelis grondait à voir le teint inhumain, et la peau veinée de bronze, des marchands en provenance des provinces sombres.

      Le navire avait-il perçu la réticence du royaume blanc ? Toujours est-il qu’il dériva en un long arc de cercle, filant en parallèle de la côte, ignorant tous les pontons. Enfin il réduisit sa voilure, sur l’avant tout d’abord, puis il abaissa la toile sur l’ensemble de ses mâts. Alors il s’immobilisa, à bonne distance encore des quais de Naelis ; et il demeura là, ballotté par les flots.

      Une imposante caravelle péninsulaire voguait sur cette voie ; on vit le pilote virer son gouvernail pour contourner le navire oriental, qui gênait le passage des bateaux dans le port. L’homme, avec un fort accent de Nelen, grommela ses injures à l’encontre des marchands thaaris ; puis il pâlit, et se tut. Sur le pont du navire de l’Est, au milieu des marins au sang-mêlé, une imposante silhouette était apparue : c’était un Drow, à la peau noire, de ce jais bleuté qu’on ne trouvait que dans les maisons pures du Puy. Il portait un lourd tabard gris, bariolé de runes étranges, de marques énigmatiques ; on ne lui voyait aucune arme. Il avança de son pas pesant le long du navire, jusqu’à apercevoir la cité de Naelis dans son ensemble ; et il se tint là, dressé face à la ville, à humer l’air qu’exhalait ces terres tenues par les Hommes.
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Glinaina
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MessageSujet: Re: L'écho de Sol'Dorn   Mer 27 Juil 2016 - 21:17

"Adabhapa tevava bviiiiiiiih !
- Bva bvohda...
- Abapapaba !
- Baaaaaaaaah. Mayadida.
- Piiiiiiiiiiiiaaaa !"

J'éclatais de rire face à la situation quelque peu amusante : mes deux enfants, Ehleria et Aldarian, en pleine conversation de bébés. C'était adorable, incompréhensible, touchant... enfin tout ce qu'une mère adorant ses enfants pouvait penser de leurs babillages. Leur nourrice, avec qui je discutais à ce moment-là, eut un sourire attendri. J'hésitais dire quelque chose, puis je me décidais vite fait à ne pas briser la magie de ce moment. Je devais avouer que même si je l'appréciais, je n'étais pas la plus à l'aise avec Shaana, une mère originaire de la région. Elle passait pratiquement toutes ses journées avec mes enfants alors que je passais le plus clair de mon temps à traverser le royaume, recueillir des doléances, discuter en Conseil et gérer Naelis du mieux que je le pouvais. Je l'enviais. C'était triste à dire, mais je regrettais de ne pas pouvoir plus m'occuper de la chair de ma cher, du sang d'une elfe et d'un homme.

Je regardais encore les deux bambins discuter tout en recherchant le contact entre eux, pensive. Je remarquais déjà qu'Ehleria grandissait plus vite que son frère jumeau et je m'inquiétais quelque peu. Etait-ce normal, cela pouvait-il être dû au fait que deux demi-elfes n'avaient pas forcément le même taux de sang elfique dans les veines ? Je n'en savais rien. J'avais parlé de ce sujet de préoccupation à ma famille dans une lettre, mais je n'avais pas encore reçu de réponse. Tout ne s'était pas rétabli aux frontières d'Anaëh... même si les plus grosses batailles semblaient être passées.

*Toc toc toc*

"Entrez !"

Un Chevalier de Naelis ouvrit la porte de mes appartements, laissant entrer l'un des membres du conseil. Je l'accueillis d'un signe de tête respectueux, signe auquel il répondit par une courte révérence. Vu la tête qu'il faisait, j'avais l'impression qu'il s'était passé quelque chose d'inquiétant...

"Que se passe-t-il ?
- Une ambassade de Thaar, ma reine. Après quelques... discussions nous les avons laissés accoster au port, mais en attendant de savoir si vous acceptiez de les recevoir ils ont ordre de rester sur leur navire.
- Et je suppose qu'au port le fait qu'un bâteau thaari ait accosté porte de nombreuses personnes sur les nerfs ?
- Cela va sans dire...
- Très bien ! Je vais y aller alors, cela calmera certainement les plus belliqueux. La discussion commence fort...
- Vous...
- J'y vais, n'y voyez là aucune objection possible. De là nous verrons ce que nous ferons. Qui est l'ambassadeur, exactement ? Et vous a-t-il dit pourquoi il est venu ?"

Le conseiller me donna toutes les informations qu'il avait. Tout en l'écoutant je me levais, faisant attention à ne pas tremper au passage l'une des manches de ma longue robe bleu-ciel dans un verre. En effet, aujourd'hui je m'étais habillée en "femme", portant une robe aux manches assez fines mais assez longues pour cacher les maudites traces noires qui maculaient encore le haut de mon corps telles des tatouages étranges. Pour une fois, je n'étais pas habillée en guerrière... cela allait me changer, notamment pour de la diplomatie ; j'avais fini par remarquer que les gens faisaient plus attention à une femme habillée en "homme" que lorsqu'elle était en robe, fait que je trouvais absolument stupide. Enfin... j'allais donc à nouveau quitter mes chers enfants pour retrouver ma chère et tendre politique.

~~~~~~~~

En effet, au port, la tension était plus palpable qu'à l'accoutumée. Entourée de plusieurs chevaliers ainsi que de deux conseillers, je descendis de cheval après que les curieux se soient décidés à retourner à leurs affaires. Les gens me regardaient et me reconnaissaient, en plus avec une couronne sur la tête. Tout en avançant de quelques pas en direction du navire étranger, j'ordonnais :

"Il semblerait que des personnes soient venues me parler ? Hé bien laissez-les venir ! Depuis quand laisse-t-on ainsi les gens à la porte ?"

Ils avaient pris une décision, j'en étais venue à l'idée que ce n'était pas la meilleure. J'étais venue pour appaiser les conflits qui pourraient naître sur le port, maintenant aux invités surprise de venir me parler... comme ils l'avaient eux-mêmes demandé.
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Phar'roos
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MessageSujet: Re: L'écho de Sol'Dorn   Dim 7 Aoû 2016 - 20:52

      L’irruption de la reine interrompit soudain le grand dérangement qui avait saisi les quais depuis bientôt une heure. Alentour, partout, s’étalaient les mines renfrognées des Naelisiens. Leurs regards noirs ne savaient plus sur quelle cible s’abattre, ils doutaient de ce qui leur répugnait le plus : l’arrogant drapeau ocre d’un prince-marchand thaari, les dos blancs zébrés de rouges des esclaves Humains enchaînés aux rames du navire, ou bien encore les lourdes cales remplies d’épices orientales qui allaient bientôt submerger le marché de la ville. Pourtant leurs œillades les plus terribles, ces Naelisiens les réservaient à la figure noire, austère et rude, du puissant Drow qui se campait sans crainte face à eux. Entre lui et la foule, c’était un amas de gardes et de soldats. D’une part ils retenaient la foule, de l’autre ils entouraient la silhouette longue et sinueuse d’un personnage à la peau tannée, aux vêtements bigarrés, comme il n’en pouvait venir que de Thaar. Un tabard couleur miel, et une vaste coiffe à plumeau, distinguaient ce sang-mêlé comme le capitaine du navire venu de l’Est.

      « Ma Reine ! s’exclama ce capitaine d’une voix onctueuse, riche d’un soulagement à peine feint. Quelle honte pour un marin comme moi, venu simplement livrer ici les épices qu’un prince-marchand lui confia à Thaar, de voir le bouleversement que cause mon accostage dans votre radieuse cité blanche. »

      Le visage du capitaine était aussi souple et plastique que le reste de son corps. Sa bouche parvenait à articuler délicatement toutes les syllabes, bercées d’une pointe d’accent oriental, tandis même que ses lèvres semblaient ne jamais abandonner leur sourire rayonnant ; l’homme état versé dans l’art de plaire. Ce n’était que lorsqu’il se retournait, par instants, pour jauger le Sombre dressé sur le pont de son navire, que son sourire se flétrissait très brièvement.

      « Noble suzeraine, reprit le capitaine, c’est sans redouter le trouble que sa venue jetterait sur vos quais, que j’ai accepté d’embarquer à Thaar ce marchand établi en Ys. Il m’a dit rechercher ici les plus belles poteries qui … »

      Le capitaine se coupa dans sa phrase. Un grondement, un feulement presque, rauque et bestial, avait vibré dans l’air. On se tourna vers le Drow, qui enfin semblait prendre vie : il rejeta en arrière ses longues capes, étira en avant ses jambes puissantes, et – sans un regard pour les soldats et leurs piques brandies – il posa le pied sur le quai de Naelis.

      « Assez, gronda le Sombre, et c’était presque effrayant d’entendre ce puissant rejeton d’Elda, ce natif des volcans lointains, lui dont les oreilles effilées portaient haut le mépris de sa race pour le monde des Hommes, soudain utiliser la langue de ces derniers. De la même voix caverneuse, avec les inflexions gutturales de celui qui emploie une langue aux trois quarts oubliée de lui, le Drow ajouta : On ne ment pas à une Reine. »

      Il tourna sa figure de rapace, veinée de bronze et de jais, teintée de reflets de cendre, vers Glinaina. Devant la Dame de Naelis, ostensiblement couronnée, il eut un bref abaissement de la tête ; l’espace d’une seconde à peine, mais suffisamment perceptible pour que tous comprennent ce qu’il en coûtait à un être aussi fier, de plier devant un pouvoir qu’il devait tenir pour si méprisable.

      « Je suis Ilphrin Noqu’th, grand-prêtre de la féconde Leetha. C’est sous la protection de Phar’roos, la matrone de Sol’Dorn, que j’accoste ici. »

      Dans la confusion que déclenchèrent ces paroles, le capitaine fut le plus bondissant ; il avait soudain saisi comment ce faux marchand d’Ys l’avait roulé. Le marin dut percevoir en une fraction de seconde le péril dans lequel il s’était jeté, à introduire ainsi, dans le cœur de Naelis, un Sombre béni par le pouvoir de Sol’Dorn. Aussitôt il bondit en arrière, vers le Drow, comme pour le saisir. Mais son geste ne fut pas assez vif : il n’avait pas encore atteint le grand-prêtre, que celui-ci avait déjà craché quelques mots de magie obscure.

      Une flamme, soudain, noire comme de l’huile, jaillit dans la paume du grand-prêtre.
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Glinaina
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MessageSujet: Re: L'écho de Sol'Dorn   Mer 17 Aoû 2016 - 20:23

Comment voulait-il, même s'il n'était que simple capitaine marchand, que sa venue ne soit pas accueillie avec bienveillance ? Certes, les Naelisiens étaient en ce jour prompts à facilement déverser leur haine sur les représentants du navire étranger. Mais d'un autre côté, oser venir avec le drapeau thaari n'était pas la meilleure idée qu'une personne pouvait avoir : Thaar, cité où se trouvaient encore nombre de drows ; Thaar, cité où l'esclavagisme était plus que légal ; Thaar... une ennemie des valeurs qu'avait pu retrouver Naelis suite à sa prise par la Compagnie du Centaure que je représentais à l'instant présent. Alors même si ce n'était que pour quelques épices... Quoi qu'il en soit, je laissais parler le marin afin qu'il m'explique clairement de quoi tout cela en retournait. Je devais avouer que cela m'agaçait un peu d'avoir quitté mes enfants pour un marchand d'épices, mais il était également de mon devoir de calmer la population si je le pouvais - parfois avoir une force armée sur place était loin d'être suffisant. De plus, je n'étais pas de ces femmes à tomber sous le charme des beaux sourires. En bonne guerrière, même, cela m'énervait plus qu'autre chose. Enfin... la situation devint intéressante lorsqu'il me présenta un marchand qui le coupa net dans ses dires.

"Assez. On ne ment pas à une Reine."

Mon regard se porta alors sur le drow qui s'était jusque là tenu en retrait. Tout en lui me laissait comprendre que ce n'était pas un être né en Ithri'Vaan mais plutôt un natif du Puy, que ce soit sa posture, son mépris évident pour ceux qui l'entouraient ou bien sa peau si caractéristique. Un comme je devrais en haïr. Un qui était comme ceux qui m'avaient torturée tout au long de ma vie, que ce soit pour une expérience liée au culte de la maudite Kiel Elghinn ou bien pour faire flancher le moral de ceux que je considérais comme mes frères. Un qui pourtant ne put voir aucune émotion traverser mon visage jusqu'à ce qu'il ait terminé de parler.

"Je suis Ilphrin Noqu’th, grand-prêtre de la féconde Leetha. C’est sous la protection de Phar’roos, la matrone de Sol’Dorn, que j’accoste ici."

Mon coeur manqua un battement. Un envoyé de Sol'Dorn, grand-prêtre de la déesse drow des nuisances ?! Mais quelle peste m'envoyait donc cette Phar'roos ? La peur n'eut pas le temps de sortir de mes entrailles que déjà le capitaine de navire marchand, comprenant - du moins en partie - dans quel pétrin un s'était mis en prenant sur son vaisseau ce sombre, se rua sur le grand-prêtre. Pauvre fou. Savait-il seulement qui était la déesse dont il venait de parler ? Ce qu'une quelconque action était capable d'engendrer, que ce soit pour lui ou pour tous ceux qui étaient présents sur les quais voire même dans la cité ? D'un mouvement brusque, remarquant la magie née dans la main du sombre que du coin de l'oeil, je profitais que l'idiot reculé l'un de ses bras pour lui attraper le poignet et profiter de la force qu'il n'avait pas encore pu accumuler dans le bras pour tirer un coup sec en arrière pour le déséquilibrer voire le faire tomber. Tout autour de moi je sentis la tension monter, les chevaliers prêts à réagir, raison pour laquelle j'arrêtais de bouger. Enfin, je me redressais plutôt, doucement et en espérant ne pas laisser percevoir la colère brulante qui montait en moi.

"Leetha Orbb'Tor... Sol'Dorn n'aurait pas pu envoyer meilleur représentant religieux, à ce que je vois. Et veuillez arrêter votre magie, je ne veux pas de cela ici."

Ma voix était autoritaire et ne demandait aucunement à être contestée. Que ce haut-prêtre jette ne serait-ce qu'un seul sort ici et sa mort était assurée. Je regardais dans les yeux cet inconnu venu au nom de cette cité considérée ici comme pire que Thaar. J'avais envie qu'il reparte immédiatement, mais malheureusement le poids politique que sa protection lui valait me l'interdisait sous peine de risquer pire que sa propre présence. Et lui avait déjà pu lors de ce court échange remarquer que je n'étais le genre de femme selon la noblesse humaine, que j'avais des réflexes militaires et détail qui ne lui avait certainement pas échappé, que je connaissais le nom entier de sa déesse et sûrement ce à quoi elle était liée alors que j'étais une elfe vivant en territoire humain. En somme, d'une manière ou d'une autre, je m'étais forcément renseignée. Que cela lui plaise ou non, je ne lui demandais aucunement son avis. Peut-être cela lui fera-t-il un sujet d'étonnement. Enfin... je fis signe aux chevaliers et gardes d'éloigner les curieux et de faire en sorte qu'ils retournent à leurs activités habituelles. Trop de monde était dangereux. Je ne repris la parole qu'une fois la foule s'étant un minimum écartée, après avoir jeté un oeil au capitaine encore vivant qui ne savait plus où se mettre. Je me demandais s'il avait seulement conscience que je venais de lui sauver la vie...

"Pour quelle raison êtes-vous venu jusqu'à Naelis, Grand-Prêtre Ilphrin Noqu’th ?"

Il n'avait pas besoin de faire long. Juste me dire s'il était spécialement venu spécialement me voir ou non, si cela relevait de la politique me suffisait pour prendre ma prochaine décision.
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Phar'roos
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MessageSujet: Re: L'écho de Sol'Dorn   Mer 26 Oct 2016 - 13:41

      Lorsque la Reine prononça le nom de la déesse féconde, la flamme noire dans le poing d’Ilphrin crépita vivement. Le Grand-Prêtre pouvait humer l’empreinte grouillante de Leetha sur toute la contrée alentour. Il percevait, dans l’enceinte des murs blancs et au-delà, le gigotement vain de milliers de vies méprisables – et, éparses, quelques existences Sombres dignes de souci. Il n’y avait pas jusqu’au profil de la Reine, dressée devant lui, qui n’exhalait pas un peu d’essence du Puy ; des mains de Drows avaient dû s’attarder sur la chair de cette Elfe-là.

      Mais l’heure était à la discussion. Ilphrin jeta un dernier regard mauvais au capitaine imbécile, puis il étouffa l’obscure magie au creux de sa main. Un silence trouble s’était abattu sur les quais, où ne retombaient jamais vraiment les murmures suspicieux, ni le cliquetis des armes qu’on tient prêtes. Derrière le cordon des gardes, les curieux continuaient à trépigner sur les pontons de bois. Des rires étouffés n’allaient pas tarder à s’y mêler, puisque le Grand-Prêtre déclara :

      « Je ne suis pas venu pour déclencher une nouvelle guerre, Reine de Naelis. »

      Et ceci fut pourtant dit, sans qu’Ilphrin n’abandonne l’évident mépris qui tordait tout son visage, comme il s’adressait à des Hommes, menés par une Elfe.

      « J’ai été envoyé, poursuivit Ilphrin de sa voix rauque, pour visiter les Sombres qui vivent encore ici. Malgré les guerres, et malgré les bandits venus du Nord, tous nos frères n’ont pas été chassés de ces terres. Je sais qu’ils vivent encore, dans la misère et la boue – »

      Le Grand-Prêtre s’arrêta net. Ses lèvres violacées s’étaient retroussées sur ses dents, comme des babines. On aurait dit qu’il ravalait quelques paroles, que sa posture de diplomate ici lui interdisait de laisser échapper. Après un instant, il reprit, plus doucement, presque à regret.

      « Tu apprendras que Phar’roos renonce à demander réparation pour tout cela. Mais Sol’Dorn ne se désintéresse pas de ces Sombres perdus à l’Ouest, et la féconde Leetha conserve un œil sur tous ses enfants. Voilà ma requête, Reine : commande à tous les Sombres, qui vivent encore sur ces terres, de venir me trouver. Que je note les noms, complète les lignées, recense les disparus. »

      Ilphrin n’accordait plus un regard au reste des Naelisiens, ses prunelles étaient rivées dans les yeux de la Reine. Quel humain aurait pu mesurer l’ampleur des effets d’une guerre dans un peuple d’immortels, riche de dynasties millénaires, mais porteur de peu d’enfants ? Toutefois, elle, la souveraine, son atroce sang d’Elfe devait lui faire comprendre tout cela. La requête était, entre eux deux, au-delà du grouillement éphémère des vies d’Hommes.
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