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 Elle est d'ailleurs

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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Elle est d'ailleurs   Mer 1 Mar 2017 - 17:33

Début de la 4ème ennéade de Bàrkios, 9ème année du 11ème cycle.


« Il avait été un prince de sa race avant que d'être l'esclave d'une autre. Il vivait ainsi que tous les Eternels, dans l'abondance de ce grand verger qu'est Anaëh, la fille aînée de la vieille déesse. Quand il avait faim, la Terre-mère lui offrait les fruits bons et les viandes délicates, quand il avait soif, il buvait le vin des raisins et l'eau des ruisseaux. Il marchait sous la frondaison des arbres millénaires et sur leur mousse aussi douce que les plumes d'oie il dormait. Il était d'une nature heureuse comme le sont tous les elfes arpentant le jardin de leur mère, il n'avait entendu que le chant harmonieux d'Anaëh et ignorait tout du poison d'Aduram, qui le rendrait fou. Parfois il errait près de l'immense Oliya, mais la déesse-fleuve cachait pudiquement les échos torturés de la forêt maudite. Ce ne furent pas ses oreilles qui l'attirèrent par delà les frontières de son peuple, non, ce sont ses yeux qui furent séduits. Une femme, dans les méandres d'Oliya, captura son regard et l'emporta loin des siens. Hypnotisé par cette enfant des dragons, il abandonna les chênes, les chants, les fruits et les viandes délicates. Il rejoignit les empires orientaux, lui qui fut prince, et devint esclave.

Les âmes des Eternels ne sont pas comme les nôtres, je t'ai appris ça, mon fils. Créées par la Dame, la Mère du Monde, elles restent attachées à ce monde et elle. Elles errent entre les arbres, se reposent près des eaux et des tertres, écoutent les échos des landes et des sources. Les halles du guerrier aveugle, les eaux souterraines de la reine des enfers, les cieux de celle des étoiles sont des destinations qu'ils connaissent indifféremment de leur vivant et qu'ils oublient quand ils deviennent des spectres. Les elfes s'imprègnent entièrement de l'harmonie de la terre, à laquelle ils sont enchaînés.

Ainsi Cëadon troqua l'Hymne de la vieille déesse pour l'agitation des termitières levantiques. Il marcha entre les brasiers des guerres comme il avait erré dans les hêtraies primordiales. Autrefois libre, il servit des serpents ; les bubons des pestiférés furent ses fruits bons, les dépouilles des morts devinrent ses viandes délicates. Il se gorgea du tapage entêtant des citées ophidiennes avec une soif sans mesure. Enivré mais jamais étanché, il devint comme eux, pire qu'eux.

Il dévoya sa science des astres, excella dans la malfaisance et ses rites noirs éblouirent les tyrans mêmes qui l'avaient corrompu. Mais les serpents trouvèrent des seigneurs plus cruels qu'eux, et les Daedhel emportèrent les dieux dragons dans leurs cavernes après avoir détruit leurs autels sanglants. Le sorcier vaincu se réfugia dans l'Aduram et sa folie grandit d'autant. Il rejoignit les autres liches, asservit les maudits qui maraudaient dans ses forêts, bref il ajouta sa pierre à l'édifice de ce monde infernal. Il devint Porte-la-Peste, prince et esclave d'Aduram. »

L'histoire finie, Gaston sauta du muret en ruine sur lequel il était assis et tendit son gobelet de chasse-démon, une potion rougeâtre de millepertuis, à son fils Hubert. Les hommes qui faisaient cercle autour de ce feu burent eux aussi du breuvage. La nuit, qui tombait vite dans l'Aduram, encerclait depuis une heure la colline sur laquelle campaient les Odélians. La veillée était terminée, il fallait dormir. Le millepertuis aiderait à cela, ses vertus apaisantes éloigneraient les cauchemars que les génies de ces bois pouvaient provoquer. Gaston, pendant que le sommeil étreignait ses gens, vagabonda entre les feux pour s'entretenir avec les hommes astreints au guet et les cénobites qui les accueillaient pour la nuitée. Il embrassait d'un regard sans émotion la cinquantaine d'hommes affalés, Etherniens et Odélians, qui constituaient son équipage. Ses yeux accrochèrent un instant un de ses veneurs, qu'un monstre qu'on n'avait pas su identifier, avait durement frappé. Il gisait dans l'inconscience plus qu'il ne dormait, celui-ci. Il conjura Arcam de retenir ses fièvres et ses rêves sombres loin de ce malheureux, sans trop y croire.

Au vrai, il parcourait pour l'amour de la chose les ruines de l'édifice qui couronnait autrefois d'une puissante enceinte le sommet de ce mamelon. L'écho de la vie nocturne des forêts alentours enveloppait l'obscurité d'une cacophonie discrète. Ceux qui connaissaient Aduram chérissaient cette chanson tranquillisante ; le silence au contraire grondait des menaces. Les odeurs tourbeuses des vallées avoisinantes remontaient légèrement jusqu'aux murs rongés par le vieux lierres et les chèvrefeuilles, dont les senteurs, malgré la froidure de cette fin d'automne, dominaient l'air ambiant. Les ermites qui vivaient ici n'avaient jamais dérangé la nature qui s'était emparé du lieu des centaines d'années auparavant. La seule trace de civilisation résidait en une hutte courtaude, en torchis, que les saints hommes avaient accoté à un pan des ruines. Ni poule, ni chèvre, ni cochon, ni potager. Gaston se surprit à envier la vie dénuée qu'ils avaient adopté dans ce désert. L'atmosphère mystique de ces futaies enchantées faisait impression sur chaque être qui se risquait sur les sentiers d'Aduram. Et cette impression s'était amplifiée sur Gaston depuis qu'il avait entendu le chant du Barde ici même, lors de la Malenuit. Sa mélopée résonnait encore aujourd'hui dans les frissons et les sons qui surgissaient de la région, étouffée mais présente pour qui écoutait vraiment.

La tradition odéliane voulait qu'on se perde dans une vieille forêt elfe avant d'être adoubé par un chevalier. Dens avait Hedda, Prademont et Odelia avaient le Pélanchon, mais Assar et ceux qui voulaient honnêtement honorer cette coutume choisissaient les sous-bois d'Aduram. Ici seulement l'errance devenait initiatique. On y côtoyait avec acuité les Êtres de la terre-mère et les chasseurs, comme Othar et Unvan qui les avaient pourchassé des millénaires de cela. L'obscurité de la canopée laissait apercevoir la reine et son autre-monde, le chœur des Premiers Nés hantant l'ancien Linoïn murmuraient l'ode à la folie d'Arcamenel. Seulement après ce périple pouvait-on revenir à la civilisation et devenir un protecteur de Néera digne de ce nom.

Son père l'avait fait, ses frères l'avaient fait, Gaston l'avait fait, il était donc naturel que son fils et son neveu le fassent aussi. Mais hélas l'expédition n'avait pas qu'un objectif religieux. Si les vassaux de Gaston couraient les bois, c'était pour qu'ils se familiarisent avec les chemins, les rivières et les collines qu'ils devront bientôt garder. Ils venaient rencontrer les rares habitants, les rôdeurs, les bandits, les parias qui y erraient et voir où seraient dressés les tours et les forts du marquisat. Odélian devait contrôler ces solitudes au risque de subir le même sort qu'Oesgard et être envahi par une nouvelle invasion étrangère. La première horde drow avait été repoussée par le royaume coalisé de Trystan, la deuxième n'avait été qu'une expédition sans lendemain de capitaines d'aventure et de fous de dieux, mais qui sait à quoi ressemblerait la troisième ? Entre la Péninsule déchirée par les guerres de succession et des elfes plus mystérieux que jamais, Odélian ne pouvait se reposer que sur elle-même pour parer aux menaces extérieures.

Gaston croyait que c'était son honneur et son devoir d'homme des marches que de mettre des yeux dans ces forêts et des garnisons pour verrouiller les vallées qui mèneraient les armées ennemies jusqu'à son royaume. Cependant, l'idée d'égratigner Aduram ne lui plaisait point. Les augures des devins avaient été maigres et difficiles d'accès, comme à chaque fois, mais les dieux semblaient s'être opposés à ce que l'expédition fut lancée au premier mois d'automne. La Siriliya paraissait depuis longtemps avoir servi de frontière naturelle à la Péninsule, voire surnaturelle. Les légendes parlaient d'hommes qui bâtirent des royaumes et fondèrent des cités sur l'autre rive, mais ce n'était que des légendes, et ces mortels moururent sous les coups des elfes fous qui vivaient encore dans leur ancien royaume. Mais les choses avaient changé, les Odélians n'avaient plus si peur, et le peuple craignaient plus les razzias des Daedhels que les fantômes de leurs ancêtres qui sommeillaient dans les mangroves d'Aduram. Si tu ne vas pas à Aduram, Aduram viendra à toi, était le refrain à la mode. Et pourtant, les voix des cinq divins étaient confuses, les signes troubles ; les drows, enfin, étaient déjà bien loin de ces vieux bois.

Mais pourquoi pas ? L'échec d'Oesgard n'avait pas calmé l'ambition de Gaston. Si les colons odélians ne s'installaient pas par-delà les monts d'or, ils éliraient domicile dans le bassin siriliyan. Comme ses frères auparavant, il agrandirait les possessions de la marche. Et puis, pourquoi ne pas faire d'une pierre deux coups ? Le delta du fleuve était à deux pas. A quelques heures de marche, la garnison missédoise d'Isgaard contrôlait la région. Depuis la capture puis le suicide d'Oschide par Godfroy de Saint-Aimé, sa duchesse de femme la veuve Méliane et tous ses anciens fidèles avaient fait de ce siège maritime une affaire d'honneur. Des flottes langecines et missédoises coalisées s'échinaient depuis des ennéades à razzier les côtes olysséennes et à empêcher tout mouvement de leurs bateaux. Grand bien leur fasse !

J'y trouverai bien mon compte, se dit Gaston. Dans quelques jours, des dizaines de centaines d'hommes seraient à sa disposition à la ville d'Etherna, pour l'adoubement de son fils et une vaste revue militaire. Et Missède qui ne se souciait que du Berthildois... L'occasion était rêvée. Il massacrerait dans une courte chevauchée les pillards à qui les suderons avaient donné terres et pardon, ils feraient pleuvoir une grêle d'acier sur le mur d'Isgaard, échelleraient le château, ils passeraient tous ces traîtres au fil de l'épée.

Gaston vit le visage de Guillaume. Ses rêveries éveillées s'estompèrent et les souvenirs de la séance d'Odélia lui revinrent. Dans la pénombre crépusculaire, le masque du marquis s'éroda l'ombre d'une seconde. Comment pourrait-il s'atteler aux ennemis extérieurs quand au sein même de son marquisat, la nature des Etherniens revenait au galop. Trois hommes, trois avaient remis en cause leur suzerain. La veille, ces chiens avaient juré devant les dieux d'être ses hommes envers et contre tout. Gaston s'interrogea amèrement si c'était leur sang ou le climat de leur terre qui poussait ces nobles à toujours incliner vers la rébellion et la traîtrise. Les visages de tous ces seigneurs qui avaient refusé son invitation lui revinrent un à un. Serpents bifides, sans parole, tourne-casaque. Les mots lui manquèrent pour Caerlyn, à qui il avait proposé le plus grand honneur qu'il pouvait concéder, la baronnie d'Etherna elle-même. Ce vieillard, non content de faire le tiède, même lorsque Gaston insista, avait persisté dans la défiance en prenant congé de lui quand il lui avait demandé de se joindre à cette chasse. Arcam le possède, se dit-il, pour cracher sur un pareil morceau, qui était à sa maison trois ans auparavant.

« Que penses-tu de tout ça, Guillaume ? » Gaston, sans autre forme de cérémonie, engagea la conversation avec son vassal en désignant d'un geste lent les côtes boisées qui les environnaient. « Crois-tu qu'il faille domestiquer cet enfer avant qu'il ne déverse une autre de ses vomissures sur le royaume, ou bien es-tu de ceux qui pensent qu'elles sont des terres qui doivent être laissées aux spectres et aux monstres ? »


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Maélyne de Lourmel
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MessageSujet: Re: Elle est d'ailleurs   Sam 11 Mar 2017 - 17:43


Guillaume de Clairssac
#0099ff


En route vers l’Aduram, au grand jamais Guillaume n’a autant voulu faire demi-tour. Ses voyages vers l’Estrévent l’ont conduit à emprunter la route des sables, déjà fort dangereuse alors qu’elle ne faisait que longer la forêt. Mais y pénétrer comme le voudrait le Marquis et y chasse je-ne-sais-quoi ne rendait pas notre blondinet super jouasse.

Adossé contre un arbre, à aucun moment Guillaume n’avait ouvert ses lippes si ce n’est que pour prévenir les Etherniens de ne toucher à rien tant les plantes elles-mêmes pouvaient se montrer mortelles. Il leurs avaient conseillé de ramasser que du bois mort se trouvant au sol après avoir vérifié qu’aucune autre plante ou quelconque champignon n’y avait élu domicile. Depuis, il s’était enfermé dans un mutisme alors que tous ses autres sens étaient aux aguets. Quel ne fut pas sa surprise d’être sorti de cet état par le marquis lui-même, de plus, celui-ci semblait vouloir connaître son avis sur la potentielle domestication de la forêt.


« Je suis effectivement de cet avis Seigneur Marquis. Tout simplement car je sais ce que cette forêt peut réserver. Il n’y a pas que des abominations, des elfes mages fous ou des brigands. La végétation elle-même semble vouloir notre mort à chaque respiration qu’on se permet d’avoir en son sein. D’autres ont essayé avant vous et ils ont tous échoués. Le Roi de Naélis lui-même est revenu en son castel, plongé dans un profond coma après avoir essayé de débarder pour obtenir du simple bois pour ses cheminées. Cette forêt est maudite et est la propriété de bon nombre de choses mortelles pour nous, les hommes. » Il fit une légère pause avant de continuer.

« Toutefois, vos ambitions sont louables. Protéger ses terres d’une potentielle nouvelle attaque drow est compréhensible. Mais je n’aurais pas entreprit une domestication de l’Aduram pour autant. La faiblesse d’Amblère était d’avoir une cité se trouvant sur les deux rives de la Sirilya, ce n’est le cas d’aucune cité Odélianne. Votre Marquisat bénéficie donc de la meilleure défense qu’il soit face à cette race maudite ; un fleuve. Ils ne naviguent pas, et ils ne savent point nager. J’aurais donc entreprit la mise en place d’un système de surveillance accrue des ponts, la mise en place d’éventuelles tours de défense ainsi que des feux d’alarmes. » Guillaume se rendit compte qu’il s’était lancé dans un discours. Il se reprit alors, puis annonça une dernière chose : « Enfin… ce n’est que mon humble avis, seigneur Marquis, loin de moi l'idée de vous influencer dans vos décisions. »


Dernière édition par Maélyne de Lourmel le Ven 19 Mai 2017 - 20:46, édité 1 fois
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Gaston Berdevin
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MessageSujet: Re: Elle est d'ailleurs   Lun 24 Avr 2017 - 21:28




Guillaume fit preuve dans ses dernières paroles d’une circonspection qui tira un sourire au marquis. En posant sa main sur l’épaule du seigneur de Seram, il voulut le rassurer : « Je ne m’accompagne pas de mes vassaux pour qu’ils me lèchent le cul, Guillaume, mais précisément pour qu’ils influencent mes décisions. Conseille-moi toujours honnêtement, même si ce que tu as à dire est amer. »
« Et tu as raison, cette décision ne peut pas être prise à la légère. Nous sommes ici pour cela, pour décider ce qu’il est bon de faire en pleine connaissance de cause. Il y a plusieurs jours de cela, des elfes m’ont informé de leur désir de parlementer avec nous, je crois qu’il serait sage d’entendre ce qu’ils ont à dire à propos de cette Anaëh mort-vivante avant d’engager nos forces dans cette entreprise. »
A contre-cœur, il n’insista pas sur l’idée de cette ambassade. Il préférait voir la réaction de Guillaume à un tel projet en espérant déceler de l’enthousiasme. Envoyer en émissaire le frère de Jérôme de Clairssac serait un expédient commode pour le lier encore à sa maison tout en l’éloignant de la baronnie d’Etherna.

Il ne voulait pas parler politique aujourd’hui de toute façon. Les augures d’un poulet sacré le lui avaient interdit, et puis le spectacle de cette forêt, faussement calme, l’encourageait plutôt à la contemplation qu’aux soucis plus terrestres.
« Est-ce la première fois que tu mets les pieds sur ce sol maudit ? »


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