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 Une nouvelle vie difficile [Arthur]

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Wyman
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MessageSujet: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Dim 12 Nov 2017 - 19:12

 « C'est pas ça l'important Wyman. La seule chose qui compte, quand tu fais quelque chose, c'est de savoir pourquoi tu le fais. La violence, le mensonge, la trahison peuvent être bénéfiques s'ils servent une cause plus grande. »

 « Tu dis ça comme si le poison que tu fabriques et revends aux bandits de la région servait à défendre la veuve et l'orphelin. »

Mère éclata de rire, dévoilant sa bouche presque entièrement dépourvue de chicots, avant de planter son regard quasiment aveugle dans celui du jeune homme.

 « La différence entre toi et moi, c'est que moi je n'essaie pas de me persuader que je suis une bonne personne. Je sais parfaitement qui je suis et je l'assume totalement. Je ne cherche pas à être un parangon de justice comme les héros des comptines avec lesquelles tu t'abrutis chaque jour. »

Wyman pesta et quitta la chaumière, vexé. Ces « comptines », comme elle les appelait, n'avaient rien d'enfantin et étaient toutes porteuses d'une morale dissimulée que l'esprit commun ne peut saisir. Certaines s'inspirent même de monarques encore en vie dont elles critiquent les décisions en utilisant quelques images subtiles. Mais ça Mère ne pouvait pas le comprendre, le seul bouquin qu'elle lisait était son vieux grimoire puant qui lui servait à confectionner des philtres en tout genre.

 « Moi je n'essaie pas de me persuader que je suis une bonne personne. »

Le comédien revint à la réalité. Il n'était plus dans les bois de l'Aduram mais dans une auberge de Thaar, assis devant un âtre brûlant, une bouteille de vin posée sur sa table.

Les paroles de Mère résonnait plus que jamais dans son esprit aujourd'hui, car depuis son arrivée en ville, Wyman ne vivait que grâce au vol à la tire. Il aurait pu trouver une troupe de comédien et vivre des dons des badauds avec eux, ou s'installer en tant qu'apothicaire pour revendre baumes et lotions à qui en avait besoin, mais non, encore une fois le jeune homme avait choisi la facilité. Piquer des bourses c'est simple quand on sait y faire, mais est-ce la seule raison pour laquelle il le fait ? Au fond de lui, quand il séparait une personne de son or, il éprouvait une certaine délectation à s'imaginer le désarroi de cette personne, à concevoir son désespoir. Même s'il rechignait à se l'avouer, Wyman faisait ça autant par appât du gain que par sadisme.

Ce conflit intérieur le minait depuis son arrivée en ville, où il s'était rendu compte que seul et sans l'aide des autres, il agissait avec un mauvais fond.

 « Tant pis pour ces idiots, c'est pas mon problème s'ils sont tous faciles à berner. », lâcha-t-il en levant sa bouteille de vin vers la cheminée comme pour porter un toast. L'alcool commençait à lui monter à la tête et il buvait jusqu'à l'ivresse tous les soir depuis qu'il était venu à Thaar.

Deux grands et épais gaillards entrèrent dans l'auberge. L'air patibulaire et leurs gueules couvertes de cicatrices, ils restèrent un moment à l'entrée en scrutant la pièce d'un œil mauvais à la recherche de quelque chose, ou quelqu'un. L'un des deux mit un coup de coude à l'autre avant de pointer le doigt vers la cheminée. Ni une, ni deux, les deux malabars furent sur Wyman en un instant.

 « Tu croyais qu'on allait pas te r'trouver hein ? Tu crois qu'c'est aussi simple d'voler la bourse des passants ? T'sais au moins qui t'as volé cet après-midi, hein ? »

Celui qui avait parlé empoigna le jeune homme par le col avant de le soulever du sol sans que ce dernier ne cherche à se défendre.

 « Nan j'en sais rien et j'vous emmerde, toi et ton pote avec vos gueules plus dégueulasses qu'une bite de lépreux. Retournez lécher les couilles de votre maître et laissez-moi boire mon vin que j'ai payé grâce à votre paye. »

Wyman ricana, et les deux gaillards se mirent à rire aussi.

 « T'as de la chance d'être qu'un gamin mon gars, ton insolence t'aurais coûté la vie si t'avais quelques années de plus. »

Des rires, à nouveaux, puis des coups, violents, secs, destructeurs. Dans la gueule, dans le ventre, la tête contre la table, un coup de pied dans les couilles. En quelques secondes le comédien s'était retrouvé à terre, la figure en sang, en se tordant se douleur.

 « Si on te reprend à voler dans le quartier, c'est plus avec nos poings qu'on t'éclatera la gueule. »

Ils s'en allèrent comme ils étaient venus et ni les clients ni le patron n'étaient intervenus. Même après le départ des deux brutes, les gens firent comme si de rien n'était alors que Wyman restait au sol, le sang giclant de son arcade sourcilière se mélangeant au vin de la bouteille qui s'était brisée au sol durant la correction. Il restait là, allongé, les yeux perdus dans les flammes de l'âtre.

 « J'espère que t'es bien morte Mère, et qu'il existe rien après la mort pour pas que tu me vois dans cet état là. Pour sûr que tu te foutrais bien de ma gueule, hein Mère... »

Sa méchanceté latente n'était pas la seule chose qu'il ne s'avouait pas. Cette vieille carne était la personne qui s'était le plus approchée du rôle de mère dans cette longue succession de pertes qu'était la vie de Wyman. Et son départ lui avait fendu le cœur plus qu'il ne voulait le reconnaître.
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Arthur
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Lun 13 Nov 2017 - 20:48

La scène qui se déroula n'était guère surprenante, c'est sans doute la raison pour laquelle personne ne bougea, au-delà des physiques imposants des brutes venues corriger ou inculquer une leçon à un jeune homme qui, jusqu'au moment de leur arrivée, semblait avoir à cœur de boire jusqu'à plus soif... Il était plus que courant que les hommes règlent par eux-même leur compte, et même les puissants de Thaar n'hésitaient pas à employer et à s'attirer les services des meilleures épées-louées dans leurs gardes à ces fins.
De toute évidence, ce garçon était un voleur qui s'était attiré les foudres de la mauvaise personne, par appât du gain, ignorance, ou les deux, ce qui serait la pire des combinaisons dans ce genre d'activité. Enfin, cela lui servirait peut-être de leçons, de même que l'indifférence qu'on témoigna à son sort.

Arthur et Eärnil, tous deux présents, ne bougèrent pas davantage pensant le passage à tabac, moins encore après les accusations et l'arrogante provocation qu'il offrit en réponse, et attendirent que les deux hommes se soient éclipsés pour se regarder et s'accorder, dans un échange silencieux, sur la conduite à avoir à ce sujet.
Là-dessus, Arthur se leva de table et se dirigea vers l'endroit où gisait encore le jeune homme en sang, assez pitoyable, et maudissant sa mère, pour ce qu'il en comprit, mais qu'importe. Il s'approcha, se pencha et le saisit par les aisselles, accompagnant son geste par des paroles visant à le remotiver un peu.

« Allez mon grand, tu t'es suffisamment rendu ridicule comme ça. »

Oui, il n'allait pas le prendre en pitié, il n'était pas une victime, mais bon, la correction qu'il venait de prendre avait valeur de sanction, inutile de l'accabler davantage sur le moment. Relevé, il le conduisit à sa table, qui représentait très certainement l'un des tableaux les plus étonnants qu'ait pu voir le jeune homme.
Eärnil, sang-mêlé dont les ignorants pouvaient parfaitement confondre avec un authentique elfe, tant il était marqué par ces origines là, à travers sa taille, toutefois aussi svelte et léger que les éternels habitants d'Anaëh, et si peu par le caractère humain, seulement dans les traits du visage, plus brut, des oreilles moins étirées et plus arrondis, dissimulée sous une longue chevelure, toujours assis, le regardait, l'air neutre, de ses yeux d'un bleu azur.
Mais moins que ce personnage, c'était ce qui se trouvait sur la table elle-même qui pouvait attirer l'attention. Outre des assiettes de l'un et de l'autre contenant des plats qui n'avaient assurément pas été préparé ici, puis qu’exclusivement composés de plantes et produits provenant d'Anaëh, ce qui était étrange en soi, ce sont surtout les deux dräkes posés, le fixant également avec un mélange de curiosité et de méfiance. Deux dragons miniatures, d'une quinzaine de centimètres de long pour plus d'une vingtaine d'envergure, l'un possédant des écailles dorées sur le dos et bronze sur le ventre, l'autre offrait une large variété de bleu harmonieusement répartie, un bol contenant encore plusieurs morceaux de fruits découpés pour eux.
Dégageant du pied une chaise, il déposa le jeune homme, avec un minimum de soin, mais il n'avait pas forcément l'intention d'être trop tendre avec ce qui restait, à priori, un voleur, avant de reprendre sa place et de lui poser un gobelet devant lui, contenant vraisemblablement de l'eau.

« Bois, ça ne va pas te faire de mal. »

Pour l'heure, le chevalier était le seul à parler, le sang-mêlé observant autant le jeune homme que son compagnon. Quant aux autres, si ils avaient accompagnés du regard la récupération, ils semblaient être retournés à leur repas. Ces deux-là représentaient trop d'excentricité à eux-seuls pour accorder la moindre attention à ce geste.

« Alors, c'est quoi ta petite histoire, crapule ? Pas celle qui t'a obtenu l'hostilité de ces deux gaillards, celle-ci je peux facilement la deviner. Tu t'amuses à voler à droite, à gauche, sans te demander qui tu allèges de leurs bourses, et dans le tas, il y a eu la mauvaise personne, et voilà le résultat. Non, j'aimerais savoir ce qui t'a conduit à le faire. » Il n'y avait pas d'hostilité, ni même de jugement, pas même dans le terme de « crapule », bien qu'il espérait le provoquer et susciter une réaction, il énonçait tout cela comme de simples faits, quoique semblant s'en amuser, il paraissait tout de même intéressé.

« Tu crois qu'il mérite l'intérêt que tu lui portes ? » l'interrogea Eärnil, entrant dans le jeu du chevalier, avec une attitude qui laissait croire qu'il faisait comme si il n'était pas là.

« Ça, j'en sais rien, c'est à lui de le dire... Alors, crapule, tu penses mériter qu'on s'intéresse à ton sort ou qu'on te laisse agoniser et ivre dans un coin ? » C'était gros, mais bon, c'était le jeu. Il n'avait pas l'intention de le laisser partir comme ça, c'était contre ses principes, et il avait, fort heureusement, un compagnon guérisseur à la table, pour le remettre sur pied. Il aurait fait sa part, et si cet idiot l'était suffisamment pour recommencer et insister, on le retrouverait certainement dans une ruelle, mort, parce qu'il se sera frotté à plus gros qu'il ne le devait.
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Lun 13 Nov 2017 - 21:36

Pris de vertiges assommants, et les yeux à moitié clos, Wyman ne réalisa pas immédiatement qu'on venait de le remettre sur pied pour l'installer à une table. Ses oreilles sifflaient tant qu'il ne s'entendait même plus penser et son regard hagard tituba d'un coin à l'autre de la table tandis que le sang coulait un peu moins de son arcade alors qu'il en dégoulinait encore un peu de sa chevelure hirsute.

 « Bois, ça ne va pas te faire de mal. »

L'homme qui l'avait ramassé par-terre lui offrit un gobelet d'eau. De l'eau. Comme si le comédien n'avait pas assez connu le calvaire durant cette soirée, voilà qu'on lui proposait maintenant de boire un bon coup de flotte après avoir pris la branlée du siècle. Pfeuh, les gens n'ont vraiment plus aucune manière aujourd'hui.

« Alors, c'est quoi ta petite histoire, crapule ? Pas celle qui t'a obtenu l'hostilité de ces deux gaillards, celle-ci je peux facilement la deviner. Tu t'amuses à voler à droite, à gauche, sans te demander qui tu allèges de leurs bourses, et dans le tas, il y a eu la mauvaise personne, et voilà le résultat. Non, j'aimerais savoir ce qui t'a conduit à le faire. »

Wyman attrapa le verre et s'en renversa le contenu sur le visage et dans les cheveux avant de s'ébrouer comme un sauvage. Sa face tuméfiée n'était plus écarlate à cause du sang, mais verte ou noire à cause des coups reçus, ce qui, sur ses traits féminins, n'évoquait pas la plus poétique des visions. Il bascula ensuite ses cheveux d'un côté pour finalement les essorer mèches après mèches, déclenchant une cascade de vin mêlé de sang qui ruissela sur le sol. Tout ça pendant que les deux étrangers le qualifiaient copieusement de crapule histoire de susciter un sursaut de fierté chez le jeune homme qui feignait de ne pas les écouter.

Enfin, quand il eurent tous terminé, eux de parler et lui de se sécher les bouclettes, il planta son regard vert-jaune dans celui de l'homme qui lui avait proposé le gobelet.

 « De une, je t'ai rien demandé, alors tu me demandes rien. Si tu veux un spectacle t'attends que je remonte sur les tréteaux parce qu'en ce moment je suis en repos, même si ça en a pas l'air. De deux, si t'attends de moi une parole amicale t'as plutôt intérêt à ramener du vin parce que c'est pas avec ton misérable gobelet d'eau que j'vais me détendre. Et de trois, y'a rien de plus ridicule que des hommes faits qui jouent les cadors pour impressionner un garçon qui a même pas la moitié de leur âge. Vous faites les beaux avec vos rats qui mangent dans vos assiettes mais j'ai connu des gaillards bien plus charismatiques que vous alors qu'ils avaient pas un chicot. »

Il se passa une main dans les cheveux pour les remettre en arrière alors qu'un sourire espiègle vint illuminer son visage.

 « Alors vous feriez mieux d'apporter du vin et de prouver que vous êtes des gars intéressants si vous voulez connaître l'histoire d'un bâtard devenu comédien devenu apothicaire devenu voleur. »

Si Wyman était déjà de nature arrogante et fière, il l'était démesurément plus quand il se sentait humilié ou pris de haut. En d'autres circonstances, il n'aurait pas hésité à insulter les deux étrangers mais il avait eu son quota de branlées ce soir, et ces pauvres bougres n'avaient pas franchement l'air d'être malhonnêtes, ils étaient même intrigants avec leurs deux bestioles ailées, mais ça Wyman ne leur ferait pas le plaisir de l'admettre.
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Arthur
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Lun 13 Nov 2017 - 22:45

« Je te l'avais dis, Arthur, il n'en vaut pas la peine... »

Difficile de dire si le sang-mêlé continuait de jouer le moindre jeu où si il était déjà fatigué de l'attitude du garçon. Arthur devait bien admettre que dans le genre, ce dernier se comportait de la pire des manières, et la curiosité laisserait rapidement place à la lassitude.
Ce qu'il comprit des manières du gamin, c'est qu'il n'avait pas encore assez prit pour mettre de côté sa stupide fierté et son arrogance malvenue, l'amenant à insulter la seule personne qui s'était un peu soucié de son état... Un état tel qu'il ne pouvait pas la ramener sans paraître ridicule. Alors il allait lui donner une dernière chance, d'une certaine façon, qui n'allait pas lui plaire, mais lorsqu'on était aussi pourrit, on ne pouvait pas s'attendre à un traitement de faveur.

Sans prévenir, après un soupir d'ennui, Arthur faucha l'un des pieds de la chaise sur laquelle était assit le jeune homme, la faisant basculer en arrière, et lui avec, provoquant un énorme bruit sourd dans la chute, ce qui concentra une attention déjà acquise par l'attitude du jeune homme.
Il se releva et se pencha vers lui, le fixant avec dureté de ses yeux émeraudes.

« Cesse ta comédie, tu n'es pas crédible, gamin, et garde pour toi ta stupide fierté, elle ne t'apportera rien de bon en l'état, tu en as conscience, ou bien es-tu trop stupide ou arrogant pour t'en rendre compte ? »

Il le choppa par le col et le traîna jusqu'au feu où il l'avait récupéré, sans plus un regard à son attention. Il n'en supporterait pas davantage si ce gamin restait dans le même registre, aussi décida t-il de lui offrir cette seconde chance.

« Décide, gamin... Si tu veux être seul, continue sur ta lancée, satisfais de ta fierté qui causera ta perte plus tôt que tu ne le penses, car tu n'as pas les moyens de l'entretenir mais la bêtise de le croire. Ou bien tu te remets en question, tu cesses de te considérer en si haute estime, et tu réfléchis à la valeur d'une main tendue dans ta situation... »

Il avait le choix, Arthur ne lui forcerait pas la main, mais il ne subirait pas davantage les enfantillages et l'arrogante suffisance de ce garçon. Il retourna vers sa table, redressa la chaise après avoir fait un signe d'excuse au tenancier et se réinstalla.

« Tu perds ton temps. »

« C'est pas comme si j'en manquais... Il y a toujours une petite chance pour que ça ne soit pas le cas. Il me semble moins bête qu'il en a l'air... Juste trop fier et trop alcoolisé pour l'être dans les actes, et puis, il ne m'en aura pas tant coûté. »

« Bon, d'ici à ce qu'il se décide, reprenons notre leçon gastronomique du jour ! »

Car c'était là l'objet de leur présence ensemble, faire découvrir et habituer un humain aux mets d'Anaëh, ce qui n'était pas une mince affaire alors qu'il vivait et se nourrissait de la chasse depuis de nombreuses années. Et à première vue, ça n'était pas gagné !
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Mar 14 Nov 2017 - 21:05

Le cul dans la même flaque où il gisait quelques instants plus tôt, et le col une nouvelle fois fripé , Wyman attendait là, hagard, les yeux dans le vide. Même si la correction qu'il avait reçu l'avait quelque peu désaoulé, les vapeurs d'alcool restaient très présentes et le rendaient mauvais, d'autant plus qu'il venait de subir une humiliation comme il n'en avait jamais vécu auparavant. La colère montait en lui à tel point qu'il en serra les dents de rage un bref instant avant de grimacer, tout son visage lui faisait affreusement mal. C'est là qu'il se rendit compte de l'état pitoyable dans lequel il se trouvait, les habits ruinés de tâches de sang ou de vin, la gueule enflée. Même les clients ne lui prêtaient presque plus d'attention, certains se contentant de soupirer d'exaspération avant d'en revenir à leurs petites affaires.

Pourquoi ? Pourquoi fallait-il toujours qu'il agisse de la sorte ? Qu'est-ce que son attitude lui avait apporté de bien ? Rien, absolument rien. D'aussi loin qu'il se souvienne, Wyman n'a jamais vraiment eu d'amis. Gallot l'avait recueilli parce qu'il était dévoré de remords, et il l'avait ensuite gardé pour son esprit vif et ses traits féminins qui lui permettaient de jouer des femmes sur scène. Mère l'avait pris sous son aile parce qu'elle était vieille et qu'elle avait besoin d'un assistant avec un peu de jugeote. Ces gens là l'avaient nourri et blanchi pendant des années en subissant son caractère ingrat et son air supérieur, alors qu'au final, sans les autres, Wyman n'était rien. Il avait toujours vécu au crochet de quelqu'un, et voilà qu'aujourd'hui, enfin seul et autonome, il n'arrivait pas à se débrouiller aussi bien qu'il le pensait, forcé à commettre des vols de bas-étage pour survivre. Pas de quoi jouer son fier.

Le comédien lâcha un soupir et se releva doucement pour ensuite se diriger à la table où il fut invité il y a un instant.

 « Je... », commença-t-il difficilement,  « Désolé d'avoir agis comme un gamin pourri gâté. On ne crache pas sur une main tendue. »

Il aurait pu leur dire que s'il en était arrivé là c'est parce qu'il n'avait pas eu une vie facile. Ou que l'alcool lui avait fait dépasser les bornes. Ou encore que son arrivée à Thaar et la mort de Mère le chamboulaient. Même si c'était la vérité, Wyman ne se cherchait pas d'excuse, il s'était comporté comme un malpropre, point.

 « Je m'appelle Wyman, et si vous ne voulez plus de moi à votre table je comprendrai et disparaîtrai de cette auberge où j'en ai largement assez fait. », lança-t-il simplement.

Il n'y avait plus aucune lueur d'arrogance dans ses yeux vert-jaune, juste une sorte de tristesse désolée et honteuse qui, couplée à ses lèvres fines qui se tordaient en une moue blasée, donnait l'impression d'avoir devant soi un gamin qui venait de casser son cadeau d'anniversaire.
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Mar 21 Nov 2017 - 10:31

Difficile de dire combien de longs instants s’étaient succédés avant qu’il ne réapparaisse, abattu, pour autant qu’on puisse distinguer quoique ce soit sur son visage amoché, son attitude générale trahissait un changement manifeste et positif, pour les autres et pour lui-même, il le comprendrait.
Durant ces instants, ils avaient poursuivis leurs expériences, appréciant ces plats qu’avaient permis les relations du sang-mêlé. C’était une autre part de la préparation qu’il réservait à l’humain, au-delà des manières, coutumes, traditions à avoir à l’esprit, de la lecture depuis peu, une autre nécessité puisqu’il ne pourrait plus chasser ou se procurer le produit de la chasse d’un autre. Ça n’était pas forcément à son goût, mais la nécessité était souveraine… Pour son prochain voyage autant que les suivants, si il s’avérait exact qu’il gagnerait en longévité avec le Lien, puisqu’il ne manquerait pas de s’égarer avec des êtres éternels si il l’était lui-même dans une certaine mesure… On ne peut vivre et survivre dans un monde si soumis au temps et à la mort lorsqu’on ne l’est pas soi-même, lui avait expliqué Eärnil, quel que soit ses intentions et ses désirs, d’ailleurs… Même ceux qui ont les plus grandes ambitions, si ils réussissent, sont condamnés à l’ennui. C’est pourquoi les elfes vivaient en prenant le temps de faire les choses, non pas seulement par souci de bien faire, encore moins car ils ne pouvaient faire autrement, mais parce qu’ils en avaient la possibilité, justement.

Mais revenons à l’instant présent et à ce jeune homme qui, toujours dans un piteux état, avait changé d’attitude pour se représenter à la table, plus humble qu’il ne l’avait été quelques instants plus tôt. D’un geste, Arthur l’invita à s’installer, après un regard entendu au sang-mêlé qui d’un simple hochement de tête offrit son accord, et il commanda immédiatement une portion du bouillon chaud qui contribuait en partie à l’atmosphère de l’endroit, et il resservit un verre d’eau dans le gobelet dont il s’était servi pour s’asperger le visage.

« C’est pour boire, cette fois. » Il disait cela avec une certaine légèreté, avant d’en venir aux présentations. « Je m’appelle Arthur, voici Eärnil, et les deux auxquelles tu dois des excuses pour les avoir traité de rats, ce sont Monarth pour le bronze et or, Itarillë pour la bleue, ce sont des dräkes… Ils ne sont pas courants en Péninsule » Car son accent trahissait, tout comme le sien – qui était plus spécifiquement marqué par ses origines eracienne – qu’il était originaire de cette partie du monde. « mais ne les sous-estime pas, ce ne sont pas des créatures ordinaires. » Il avait dit cela sans chercher à l’accabler, c’était plus par amusement, et pour contenter la gronde qui sommeillait, il en était certain, chez les deux lézards dont l’aspect distendu de leur ventre et leur apathie générale trahissait le fait qu’ils étaient repus et bons pour une sieste digestive… et qu’ils n’avaient, de fait, pas même fait attention aux mots du garçon.

« Alors, Wyman, bâtard devenu comédien, apothicaire, voleur et finalement ivrogne… » Il avait beau ne pas avoir réagi ni fait de remarque sur l’instant, il avait tout de même relevé cette curieuse présentation qui trahissait, soit une incertitude, soit un parcours chaotique, auquel il ajouta une dernière étape. Il avait prononcé cela tout en y pensant, nullement impressionné. « C’est quoi la petite histoire ? » Non qu’il s’en soucia réellement, mais il avait envie de donner un coup de main, à minima des conseils pour survivre, et ce qu’il devait éviter pour s’épargner la condamnation à mort, ou pire, à l’esclavage. Mais pour traiter un problème, il valait mieux en comprendre la racine… Le problème étant qu’il se laissait aller à une consommation excessive, négligeait toute prudence et se montrait arrogant alors qu’il devait faire profil bas.
Et à aucun moment, Arthur ne condamnait le fait de voler pour survivre, conscient qu’ici autant que dans toutes les grandes cités, c’était une voie comme une autre pour s’en sortir, et surtout pas la plus facile.

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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Mar 21 Nov 2017 - 21:10

Finalement l'invitation tenait toujours, et Wyman s'installa à leurs côtés sans plus de cérémonie. Celui qui l'avait traîné jusqu'à sa table pour ensuite le renvoyer au coin du feu s'appelait donc Arthur, il fit la présentation des autres membres du groupes, animaux compris, après lui avoir offert un autre verre d'eau.

 « Vous-y êtes né aussi n'est-ce pas ? J'espère que les raisons qui vous ont poussé à quitter la Péninsule sont moins... pénibles que les miennes. » répondit-il quand son hôte devina ses origines, lui-aussi trahi par son accent. Il n'avait pas croisé de péninsulaire depuis un moment, et les rares qu'il avait pu voir n'étaient que des brigands brutaux qui n'avaient pas grande conversation.  « Désolé les petits. » lança-t-il alors aux deux dräkes qui, s'ils n'avaient peut-être pas entendu l'affront au départ, n'écoutèrent pas plus les excuses. Mais au moins c'était fait.

 « Est-ce qu'on peut appeler ça une histoire ? » Il haussa les épaules en buvant son verre. Pourquoi de parfaits étrangers voulaient connaître sa vie ? Quel genre de curiosité ou d'ennui pouvait les conduire à s'intéresser à un pauvre gamin qui venait de se faire rouer de coups il y a encore un instant. ? D'ordinaire, ce genre de gars là, les miséreux, les faibles, Wyman les regardait de haut et ne s'arrêtait pas pour apprendre à les connaître puisque pour lui la médiocrité n'avait aucune excuse. Sauf qu'aujourd'hui, il était le gars dans le caniveaux.  « Une histoire ça a un début et une fin, y'a des personnages constants, un héros, des péripéties puis un dénouement. Moi, j'ai juste l'impression d'avoir vécu plusieurs vies sans avoir  été moi-même. Il fallait jouer la comédie pour survivre, alors j'ai joué la comédie. Fabriquer des poisons ou des élixirs, je savais pas faire mais j'ai appris, parce que j'avais pas le choix. J'avais jamais volé qui que ce soit avant mon arrivée ici. Et devinez quoi, maintenant me voilà voleur. » Il regarda le fond de son verre d'eau en regrettant qu'il ne s'agisse pas de vin.
 « Survivre, ce n'est pas vivre. Mon histoire est encore pire que celle du Roi en guenilles mais bon, si vous insistez... »

Il balaya machinalement la table d'un revers de la manche et soupira avant de commencer.

 « Mon père serait un noble qui aurait engrossé une servante de taverne la veille de son mariage. Pour ne pas le compromettre, il a fait disparaître cette femme, ma mère donc, dès lors qu'il apprit qu'elle avait donné naissance à un fils. Il ne m'a jamais retrouvé, et moi non plus d'ailleurs, je n'ai pas la moindre idée de qui il peut être. Pour compliquer les choses, je ne sais même pas d'où je viens précisément, j'ai été recueilli par une troupe de comédiens et, d'aussi longtemps que je m'en souvienne, j'ai toujours été sur les routes. Alors pour retrouver le paternel, et jouer au bâtard béni qui, après moult péripéties, retrouve son honneur et son castel, ça risque d'être compliqué. De toute manière, j'y refoutrai jamais un pied dans ce pays de malheur... »

Il pesta et marmonna des choses incompréhensibles alors qu'il serrait les dents de colère.

 « Désolé, mais la suite je peux pas la raconter sans vin, alors faudra vous contenter de ça pour l'instant. » Ce n'était nullement pour quémander une autre boisson qu'il fit cette remarque, mais le prochain chapitre de sa vie était par trop douloureux, humiliant et révoltant qu'il ne pouvait y replonger sans ivresse. Il reposa sa mâchoire colorée sur son poing avant de reprendre d'un ton évasif.  « Enfin voilà. Rien de très passionnant en somme, n'est-ce pas ? »
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Arthur
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Mer 22 Nov 2017 - 11:50

« Alors nous n’aurons pas la suite. » Il n’encouragerait pas la consommation d’une boisson qui semblait faire partie intégrante du problème de ce garçon. Mais il n’était pas déçu, ce qu’il avait dit en disait déjà long, ce qui précéda cette introduction plus que cette dernière d’ailleurs. Son temps comme comédien ne lui avait-il pas apprit l’une des importantes leçons que véhiculaient ces histoires… Et c’est peut-être ce dont il avait besoin pour se reprendre en main… On ne pouvait être si jeune et déjà abattu.

« Pour te répondre en toute franchise. J’y suis né, j’ai joui de cette existence dont tu as été privé par ta bâtardise, j’ai côtoyé les sommets, conseillé des ducs et des rois, acquis des titres et des terres jusqu’à ce qu’un décès et les sombres présages d’une guerre inévitable ne me poussent à renoncer à tout ce que j’avais pu acquérir. » Il énonçait cela comme des faits, sans aucune trace d’émotion, n’invitant nullement à le plaindre, seulement à en prendre connaissance, et poursuivit. « Si il m’en a coûté, l’existence que je mène désormais ne me laisse aucun regret et seules mes pertes les plus chères m’empêchent de m’en réjouir. »

Il s’était davantage dévoilé pour faire comprendre que ce qui peut sembler une déchéance parait une opportunité si l’on s’en saisit comme une chance, non comme un malheur immuable. Lui s’était élevé davantage que ne pourrait jamais le souhaiter le jeune garçon, lui avait tout perdu, et pourtant, il se tenait là, sans regret, refusant de s’en réjouir que par respect envers les personnes qu’il avait perdu pour en arriver là.

« Quand tu possèdes assez de recul, l’existence parait comme une succession d’histoires ou d’étapes plus ou moins nombreuses et longues… Chacune possède un début et une fin, des personnages récurrents, un héros qui varie plus ou moins et un dénouement, heureux ou malheureux. » Il reprenait l’image qu’il avait utilisé, puisqu’il semblait que son passé de comédien l’ait plus influencé que les autres quant à la manière de voir et considérer le monde et sa propre vie, et il enchaina de la même façon. « Tu n’es pas différent des personnages des autres histoires, même celle qui conte les aventures des héros les plus glorieux… Car la bravoure ou le courage, sur lequel se repose le caractère héroïque de ces personnages, ne peut naître qu’à l’ombre d’une adversité dont ils doivent se défaire et surpasser, plus elle oppose de résistance, plus elle parait insurmontable, plus grande est la bravoure, le courage et la volonté qu’il fallut pour la dépasser. »

Ces idées, ramenées à l’individu, même le plus simple, banalisait la notion de héros sans toutefois leurs retirer leurs rôles moralisateurs. La bravoure, le courage et la volonté, et le sentiment triomphal ne sont pas l’apanage des chevaliers et des héros de légendes, pas davantage celui des grands de ce monde, qui achètent aux bardes les chansons qui les glorifieront.

« Survivre n’est pas vivre, c’est vrai… Mais vivre n’est pas une fin en soi, c’est seulement l’un des deux chemins possibles. » L’un des deux choix conférés par la Déesse, du moins, c’était ainsi qu’il considéra les choses, un jour, dans ses réflexions sur cette notion. « C’est un confort, un cocon rassurant qui promet des lendemain au moins identique, sinon meilleur, sans trop d’effort. Mais c’est également une cage dans laquelle on s’enferme et qu’on a du mal à quitter, dont on devient dépendant jusqu’à se satisfaire d’être un prisonnier. » Il n’y avait rien de rabaissant, rien que le constat et le raisonnement issue de ses réflexions. C’était un choix, avec ses bénéfices et ses inconvénients, qu’il fallait accepter. « Survivre est un combat, il ne promet rien pour l’avenir et exige des efforts et une adaptation de tous les instants condamnant sans indulgence ceux qui s’en montrent incapable, mais il apporte une liberté à ceux qui en sont capable, que certains esprits recherchent sans le savoir. »

Au vue des mots précédents, Arthur semblait avoir fait son choix.

« Si tu ne te satisfais de ta survie, considère la tout de même comme une réussite, tu as été éprouvé et tu t’en es tiré là où d’autres auraient renoncé, d’une façon ou d’une autre. Et si tu es lasse de devoir survivre, fais les bons choix... Tu ne peux pas être un voleur et prétendre à la facilité tout en exigeant l’assurance et la certitude de ce que les jours suivants t’apporteront. »
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Mer 22 Nov 2017 - 12:39

L’homme avait parlé avec sagesse, et Wyman l’avait écouté avec attention. Il était déjà passé par ces réflexions, mais avoir un interlocuteur qui pouvait le comprendre était une nouveauté.
« Je sais tout ceci. » Nulle pointe d’orgueil dans sa voix, au contraire, elle semblait teintée de dépit et d’hésitations. « Le problème, c’est que j’ai un choix à faire, et je ne peux pas voir plus loin que celui-ci. J’ai déjà tant perdu que reprendre le chemin du commencement m’apparaît comme insoutenable. Alors je choisis la facilité et je commets des vols. Une facilité qui l’est de moins en moins, d’ailleurs. »

La correction d’aujourd’hui ne serait ni la dernière ni la plus grave s’il s’obstinait à suivre cette voie.
« Je n’ai pas vraiment de but, ni d’idéal, et je n’ai que faire de la morale, méchanceté ou bonté sont des principes qui me laissent froid. J’essaie, quand je le peux, d’agir avec honneur et de tenir ma parole mais pas par conviction, seulement par éducation. Si la liberté est une bénédiction, trop de liberté peut-être exactement le contraire. Je ne sais que faire en vérité, je me sens totalement perdu. » Il avait planté ses yeux dans ceux d’Arthur pour appuyer sa détresse, avant d’ajouter :

« Je ne suis pas en train de me plaindre, et si la mort devait venir me cueillir demain je n’en aurai cure, vous avez dû le remarquer quand ces deux brutes sont venues me tabasser. Mais errer sans but commence à devenir insupportable, je sais pertinemment quand je m’apprête à faire une erreur et pourtant je la fais quand même, par frisson. Les héros ont une quête, une mission. Ma seule mission à moi c’est de voler assez pour m’enivrer le soir et à quelle fin ? Je dois recommencer le lendemain… »
Sauver une princesse d’une créature malfaisante, libérer un royaume d’un tyran sanguinaire, voilà des idéaux qui donnaient envie de se dépasser, de tout donner voire de tout perdre pour réussir. Mais la vie de tous les jours s’avérait beaucoup plus grise et morne que celle vécue par les personnages de fables.

« Vous qui avez tout acquis et tout perdu, qu’est-ce qui vous anime aujourd’hui ? Quelle excitation vous pousse à continuer, encore et encore ? » lui demanda-t-il alors. Wyman n’avait jamais rien possédé, il avait vécu grâce aux autres, Gallot, Mère, et n’avait jamais connu ni la richesse ni la gloire, sans oublier le fait que, contrairement à Arthur, il n’avait pas non plus côtoyé les puissants de ce monde, au mieux avait-il rencontré quelques bandits influents dans leurs petites régions, mais sans plus.
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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Sam 25 Nov 2017 - 5:44

« Je n'ai acquis que ce que je pouvais espérer obtenir comme noble de la Péninsule, davantage que la plupart obtiendront finalement, c'est vrai, mais prétendre que les titres, les honneurs et la terre suffisent, c'est réduire l'importance de tout le reste. » Il avait écouté les lamentations, si l'on peut dire, de Wyman en silence, il n'y avait qu'une réponse à lui donner, qu'il n'apprécierait peut-être pas, mais pourtant, c'était la seule qui lui venait. Mais puisqu'il semblait vouloir essayer de comprendre comment Arthur tenait, alors que lui n'y parvenait pas, pourtant plus jeune, Arthur lui offrirait une réponse complète. « Les Cinq ne m'offrirent jamais le plaisir d'être père, de perpétuer mon nom et mes valeurs. Ils ne m'accordèrent pas non plus tout ce que je ne soupçonnais pas alors désirer un jour. » Il réduisait à peu de choses l'importance de ce qui faisait pourtant couler tant de sang, déchirait des grandes familles et pleurer des larmes du deuil les plus petites.« En fin de compte, j'ai peu acquis, moins encore qui ne soit réellement indispensable. » Un noble de la Péninsule l'aurait certainement considéré comme un fou, la plupart des hommes considérés raisonnables et communs aussi, d'ailleurs. Car il tenait le discours d'un homme pour qui la propriété et la fortune n'avaient aucune espèce de valeurs, finalement.

« Et j'ai perdu tant, oui, mais pas l'essentiel, cette vie que tu dénigres et à laquelle tu sembles attacher si peu d'intérêt est ce que nous possédons de plus précieux, tant que nous la préservons, une myriade de possibilité s'offre à nous, mais si nous y renonçons, il ne reste que le néant et ce domaine sinistre, où n'est conservé que la mémoire mais où rien de nouveau ne naît, et où se prélassent les dieux des morts. » Il répondait ainsi, en passant, aux mots du jeune homme qui « n'avait cure » que la mort le cueille. Il usa de mots qu'il avait lu pour décrire le royaume des morts, s'en amusant un instant avant de continuer.

« Ce qui m'anime, Wyman, c'est cette myriade de possibilité et l’opportunité de choisir, sans attache, sans responsabilité ni obligation d'être quelqu'un, quelque part pour d'autres. Ce qui me pousse, c'est que j'ai vu combien le monde était vaste, je ne parle pas seulement des terres mais de ceux qui les peuplent. J'ai vécu si longtemps dans ce petit coin de terre qu'est la Péninsule, satisfait car ignorant, retenu par les autres, par des futilités que je considérais indispensable. » Mais qui ne l'était manifestement plus à ses yeux. « Quand je me suis exilé, privé de tant et incapable de revenir sur mes pas, j'ai d'abord voulu reproduire un semblant de confort familier et rassurant, mais ces terres au delà des murs... Chargées de mystères, hantées et imprégnées des histoires et des légendes plus ancienne que la Péninsule, habitées par des hommes incomparable à ceux que j'avais connu, tout cela m'a happé. » C'était une façon déguisée de parler de son intérêt pour les dragons et sa recherche dans laquelle il espérait retrouver Leirn et Roxane, qui l'amena sur les ruines de l'empire Nisétien et à vivre au sein d'une tribu abritant une dragonnière qu'il connaissait. « Aujourd'hui, je ne supporte plus les villes, j’étouffe entre ces murs qui m'empêchent de contempler le monde qui s'étend à l'horizon, ces hautes maisons et ces palais immenses qui prétendent me priver de ce ciel s'étendant à l'infini... » C'était là l'homme qui parlait, un homme influencé par un dragon qui s'épanouissait dans un ciel qu'il pouvait parcourir et soumettre à l'envie. « Je veux voir de nouvelles choses... Apprécier ce vaste monde de mes propres yeux et y rencontrer des individus dont je ne peux deviner les pensées... » Car il connaissait trop les hommes de sa propre région d'origine pour se satisfaire encore de leurs propres limites... Il en resta là pour ce qui le concernait, mais offrit un dernier sujet de réflexion au jeune homme. « En toute franchise, tu ne trouveras aucune réponse à tes questions avec moi, car elle n'existe certainement pas encore. Un jour, sur ta route, tu la croiseras et elle s'imposera comme une évidence... Tout du moins, si tu vis encore, libre de tes choix, d'ici là. »

Dans un coin de l'auberge, alors que les repas touchaient à leurs fins sur la plupart des tables, s'installa un trio de musiciens qui prit la décision d'animer cette soirée à leur manière, ce à quoi la salle sembla répondre avec un vive enthousiasme qui réveilla les deux lézards de leur torpeur, particulièrement Itarillë quand les premières notes firent vibrer l'air. Ils choisirent à dessein des balades que leur public pourrait accompagner en frappant dans leurs mains, en tapant du pied ou chanter en un chœur improvisé, entrecoupé par des mélodies plus complexe où la chanteuse captiva l'assemblée, accompagnée de ses compères.
Durant ce temps consacré à la musique, Arthur se désintéressa du jeune homme, attiré comme les autres par la musique, s'y donnant à cœur joie, et par-dessus le chœur s'éleva souvent le chant plus pur et clair des deux dräkes, ce qui ne manqua pas d'attirer des regards sans interrompre la prestation. Ces deux-là chantaient, à leurs manières, surtout Itarillë depuis qu'elle et Eärnil vivaient entourés d'artistes, et elle avait apprit à Monarth qui s'y investit vraiment. Les chants en olyan s’enchaînèrent, célébrant la mer et ses marins, ou s'inspirant de chants anciens dont on disait que le vent continuait de les porter au sud, faisant s'animer les fantômes de Nisétis, ou bien des nouvelles, une en particulier évoquant la bénédiction de la mer ayant apporté à l'Est un vent nouveau revenu du fond des âges. Et pendant un moment, la salle ne cessa de vibrer, contrastant avec le calme relatif des instants qui s'étaient éclipsés.

« Il ne t'écoutera plus tant qu'ils n'auront pas fini. » glissa, doucement, avec un accent marqué par son métissage, des mots péninsulaires prononcés non seulement avec l'accent d'olyan mais également des notes venus d'ailleurs, reste de ses racines qui se perdaient dans les bois d'Anaëh. « En attendant, tu permets... » et sans attendre de réponse, le sang-mêlé porta le bout de ses doigts vers le visage du jeune homme, une main vers sa poitrine, et il ferma quelques instants les yeux. Ainsi, et alors que tous se concentraient sur la musique, de petites étincelles se mouvant comme animer d'une vie propre sautèrent des mains au visage, et dansèrent sur les plaies et les zones boursouflées, les léchant, provoquant un picotement qui n'était pas forcément agréable mais pas douloureux. La magie agit, et si la douleur, elle, mettrait davantage de temps à se dissiper, le jeune homme retrouverait forme humaine. Puis d'autres sautèrent de l'autre main vers la poitrine, ignorant l'existence de quelques tissus que ce soit et errant sur et sous la peau. « La douleur sera encore présente, alors vas-y doucement, mais cela devrait t'aider à t'en remettre. » Eärnil n'avait pas de franche sympathie pour cet humain, mais c'était un geste qu'il pouvait faire pour Arthur, puisque ce dernier semblait vouloir donner un coup de main à cette jeune âme en peine.


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MessageSujet: Re: Une nouvelle vie difficile [Arthur]   Lun 11 Déc 2017 - 20:41

Mouais. Tout ça, c’était de bien bonnes paroles, avec une bonne morale, une bonne ouverture d’esprit et de bons enseignements. Mais elles sonnèrent creux dans le cœur du comédien. Le bien, le mal, l’amour, la liberté, tout ça il en avait franchement rien à faire, pis ce laïus sur les autres, qu’est ce qu’il ont de particulier les autres ? Les hommes sont partout les mêmes, la couleur de leurs peaux peut changer, ils peuvent s’habiller différemment ou prier d’autres dieux, ils n’en désirent pas moins tous la même chose. Les gens sont d’une redondance effroyable. Et cet Arthur l’était encore plus, avec son air supérieur, paternel, moralisateur et donneur de leçons. Il jouait le fier avec ses deux rats à écailles et son beau discours, à vouloir impressionner un gamin en le prenant de haut. Plutôt crever que de ressembler à un type pareil.

Mais au moins, il lui avait fait réaliser une chose. Wyman s’était rendu compte qu’il n’arriverait à rien en essayant de comprendre les autres, en leur demandant conseil voire en suivant leurs enseignements. Sa vie n’aurait rien d’ordinaire et se finirait dans un torrent de rage, un tumulte de haine à provoquer passions et malheurs et certainement pas paisiblement. Qu’on crache sur sa tombe ou qu’on chante sa vie en complaintes, il s’en fichait bien. Tout ce qui comptait à présent, et tout ce qui avait toujours compté au final, il s’en rendait compte, c’était de provoquer quelque chose d’unique chez les autres. Que les bouseux comme les seigneurs aient l’estomac retourné devant ses actes, le cœur essoufflé par sa beauté ou les poings serrés de colère face à ses crimes. Jouer le bon et le méchant, l’odieux et l’adorable, le monstre et le héros, comme quand il montait sur les tréteaux. À présent il comprenait.

La vie du jeune homme sera un jeu à lourdes conséquences. Finis les petits vols, les crimes sans importance, finis les actes de charité insignifiants, la bonté gratuite inutile. Chacun de ses actes brillera d’un éclat cristallin ou sera aussi noir qu’une nuit sans lune. Finies, les demi-mesures.

Arthur se tourna pour écouter les musiciens sans que Wyman n’ait le temps de formuler une réponse, en attendait-il une d’ailleurs ? Il n’y avait pas grand-chose à dire, cet homme s’écoutait parler et coupait court à la discussion dès la première note chantée, preuve qu’il ne parlait que pour impressionner les autres sans se soucier de prendre part à un quelconque dialogue. Le comédien avait assez joué le faire-valoir, il commença à se lever pour partir quand le compagnon d’Arthur lui adressa la parole avant de tendre une main faire son visage. Ses joues dégonflèrent et sa peau se détendit, laissant le jeune homme assez impressionné qui porta une main à sa figure comme pour sentir si sa tête était toujours là. Elle l’était, et la douleur aussi, drôle de numéro.

 « Merci messire. Vous remercierez cet homme, il a l’air trop absorbé par les saltimbanques, je n’ose le déranger pour le saluer. Cette soirée fut riche en enseignements. »

Se levant finalement, Wyman s’inclina légèrement, le visage plus dur et plus fermé qu’il y a quelques minutes. Ses traits semblaient résolus, et dans son regard brillait une étrange lueur.
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