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 « Quoi de plus lucide que la peur ? »

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Vyl Thanat'Khor
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Vyl Thanat'Khor

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MessageSujet: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeSam 19 Sep 2009 - 14:26

Seredor remonta autour de son cou l’étole de laine que Mère lui avait prêtée. L’avènement de Vérimios avait sonné le règne de l’hiver, et, malgré le rempart de la haute futaie qui ceinturait la chaumière familiale, l’adolescent luttait contre la morsure du froid.

Déjà, le jour se voilait, et la cime des arbres disparaîtrait bientôt, engloutie dans la mer d’encre d’une nuit sans lune. Alors, la forêt s’abandonnerait à ses véritables maîtres, languide et dangereuse comme un marais. Seredor le savait depuis sa naissance : l’homme n’avait de mot à dire que lorsque la lumière embrasait les feuillages. Lorsque que le soleil se retirait, les loups assuraient leur emprise, et les bûcherons n’avaient plus qu’à barricader familles et bétails dans les bâtisses de rondins et de pierres.

Pourtant, ce soir là, demeurer auprès du feu avec ses frères lui avait paru insupportable. Dehors, les contrées humaines se déchiraient. Tous les hommes en parlaient qui rejoindraient l’ost tôt ou tard. Seredor s’était encore disputé avec Père : il voulait de toute la ferveur de son âme rejoindre les troupes de sa Seigneurie le Duc, Merwyn de Serramire, mais Père refusait qu’il parte à la guerre. Père prendrait les armes, lui, car il n’avait pas le choix. Faire autrement aurait été trahir son allégeance. Et il comptait sur Seredor pour veiller sur la famille en son absence. Pour reprendre la scierie si par malheur il ne revenait pas. Grand-Père avait passé l’âge de se battre, même s’il avait ressorti du fond de ses malles cette vieille arbalète dont il ne pouvait plus tendre la corde tant ses bras avaient été usés par le maniement quotidien, de l’aube au crépuscule, de la hache et de la scie.

L’injustice de son sort dévorait le cœur de Seredor, et pour se réchauffer, il ramassa le lourd bâton que Grand-Père avait dressé pour lui et chargea dans la pénombre un ennemi imaginaire. Grand-Père et lui partageaient les mêmes espérances : Seredor quitterait la maison au toit de chaume et chevaucherait au devant de sa gloire. Se contenter de sa condition de petit bourgeois, du statut douillet que lui conférait l’entreprise familiale, était au dessus de ses forces. Il fallait viser plus haut : embrasser la carrière des armes, s’élever par son courage, et un jour sans aucun doute, arborer ses propres armes sur un écu de fer. Grand-Père avait taillé ce bâton, renforcé à son extrémité par une lame de plomb, comme on forge une épée mythique, et il avait enseigné à son petit-fils les passes et les bottes apprises jadis sur les champs de bataille.

La rage contre Père étouffait Seredor qui ne pouvait plus se contenter de combattre des ombres. Il avait envie de frapper, de cogner, de laisser sa fureur sourdre et exploser. Alors il s’enfonça plus avant sous le sous-bois pour provoquer le tronc des chênes immenses. Le silence d’avant la nuit résonnait de ses coups d’estoc, et la sueur lui coulait dans le dos tant il s’adonnait sans frein au plaisir brutal de sa joute imaginaire.

Il s’arrêta soudain, sa main retenue par la force invisible de son instinct : autour de lui, la forêt s’était tue comme si toute vie avait fui. Pourtant, à cette heure du jour, le sous-bois pétillait encore de sève et de sang. La bise se faufila entre les arbres, caressant les cheveux blonds de l’adolescent, s’arrêtant un instant sur son visage glabre comme la main délicate d’une mère. Seredor baissa sa garde et s’enfonça encore plus avant sous les arbres enneigés, ses yeux tentant en vain de percer le mystère de l’ombre. Porté par sa curiosité insatiable, il se tendit en avant s’appuyant sur son bâton lesté et fut cueilli par la puissance suggestive d’un mirage.

Entre deux troncs, droit devant lui, l’univers vacilla, s’effondrant sur lui-même. Sur l’image nette des écorces centenaires, une autre se superposa lentement, faseillant comme un éclair de chaleur. Ses yeux s’accoutumant à la pénombre, Seredor la devina alors plus qu’il ne la vit : une femme aux formes pleines, fine et élancée ; une femme à la peau sombre et à la chevelure de neige, drapée dans une cape à capuche ; une femme aux yeux fulgurant de rubis, sourire cruel figé sur un visage dur à la sensualité dérangeante. L’ombre vomit cette femme qui émergeait de nulle part. Et Seredor comprit qu’il admirait une Draw. Il voulut prononcer le mot, mais ses lèvres demeurèrent scellées contre sa volonté. Un froid glacial s’insinua sous sa peau, comme si l’eau d’une source glacée se déversait soudain dans tout son corps. Une douleur stridente hurla à son cou, et il porta machinalement ses mains à sa gorge. Il sentit alors le sang chaud qui s’échappait en bouillonnant par la plaie béante jusqu’à l’os qui s’entrouvrait inexorablement. La peur le submergea, et il fit sous lui. Ses yeux s’embuèrent de ses dernières larmes et la lumière de sa vie se voila pendant qu’il tombait en avant, face contre terre. Emportant dans l’abîme l’image de la Drow rengainant avec indifférence un coutelas à lame courbe…

¤¤¤

Il fait froid ce soir.

Drapée dans ma cape, capuche relevée, immobile sous les arbres, je contemple cette chaumière à l’orée de la Plaine d’Atral, sur la rive ouest de la Sirilya. Sept Humains y vivent. Du moins, plus que six depuis que j’ai égorgé le plus vieux des enfants, un presque homme avec du duvet sous le nez…

Ils ne le savent pas encore là bas…

J’ai dans la bouche le goût de la merde des porcheries du Puy. Et au cœur, une fureur sans nulle autre pareille. Le passé resurgit tel un nauséabond remugle. Le Barra m’a envoyée loin dans les lignes ennemies. Sans d’autres instructions que cette phrase qui trotte dans ma tête : « Enfonce toi au plus profond, et porte la mort. Tue femmes, enfants, vieillards. Enfonce leur dans la gorge l’effroi et glace leur cœur. Frappe et disparaît. Que tes meurtres soient exemplaires. Qu’ils frappent les esprits. Quand j’aurai besoin de toi, je te ferai signe ». Pourquoi cette mise à l’écart ? Pourquoi cette condamnation à la solitude ? Les Draws partent en campagne et moi, je cours la forêt. Pas un seul ennemi à la mesure de mon art. Des paysans. Parfois, quelques aventuriers. Il y a des lunes que je n’ai pas rencontré l’un de mes semblables. Je erre comme un fantôme…

La cheminée de la bâtisse au toit de chaume fume abondamment.

Oh… Le père vient de sortir avec son fils. Le plus petit. Je saisis mon arc, encoche ma flèche. Dans un silence absolu, je bande mon arc et ajuste mon tir…


¤¤¤

Dristor caracolait dans les jambes de Père. Il aimait sentir sur la peau de sa petite main le contact de la large main de Père, dure et calleuse. Il se pressa contre l’homme à la haute stature. Une vie de labeur n’avait pas encore eu raison de ce colosse aux larges épaules et aux bras noueux. Les intempéries avaient tanné la peau mate de ce visage taillé à la serpe, empreint d’une sévère autorité. Père savait commander aux bûcherons qu’il payait. Mais il savait aussi se radoucir pour vendre aux marchands et aux compagnons poutres et planches produites dans sa scierie.

Ce soir, Père arborait sa mine des mauvais jours. Il avait prétexté la corvée de bois pour aller fureter à la recherche de son aîné. Ses paroles avaient dépassé ses pensées toute à l’heure. Père se reprochait de n’avoir pas su dire à Seredor combien il était fier de son courage et de la loyauté de son engagement à leur suzerain. Mais comment le faire sans encourager cet empressement de son fils à se jeter dans la mêlée sans retenue ? Seredor était trop jeune pour connaître la fureur de la guerre. Et celle qui s’annonçait et qui dresserait le frère contre le frère, le fils contre le père, serait des plus meurtrières.

Comment les Hommes avaient pu en arriver là ? S’entretuer alors que les massacres d’Alonna étaient encore dans toutes les mémoires ? S’entredéchirer alors que les Drows multipliaient encore les raids à la frontière ? Les égarements des Grands de ce Monde avaient précipité sur les routes des hordes de brigands dépenaillés qui menaçaient les hameaux. Nul ne pouvait plus cultiver son champ sans craindre d’être rançonné, battu, estropié ou pire. Bientôt, c’est l’économie toute entière qui s’écroulerait avec son cortège de famine et d’épidémies. Que deviendraient alors tous ces bougres que les combats priveraient d’un bras, d’une jambe, d’un œil ? Quel serait le sort de leur famille ? On verrait tôt ou tard fleurir les Grandes Compagnies, ces bandes de mendiants croûteux, qui sèmeraient bien vite derrière elles la maladie et la peur…

Dristor leva vers Père un regard admiratif. Le corps du géant exhalait une bienveillante chaleur, et lorsque la lumière du regard du fils rencontra l’eau du regard du père, la mine de l’homme s’embrasa d’un bonheur simple et profond comme la nuit. Dristor sourit timidement. Petit encore, il savait le prix de ces rares instants volés à la routine d’une vie vouée au travail et à la survie.

Père enserra la main de l’enfant entre ses doigts de fer et lui rendit ce sourire qui venait de faire exploser son cœur. Mais son esprit s’égarait déjà à la recherche de Seredor. L’adolescent était parti depuis trop longtemps et le ciel s’assombrissait de minute en minute.

Dristor partageait l’inquiétude de Père : ses yeux clairs fouillaient la clairière et le sous-bois, en vain. Son frère devait se laisser aller à quelque bouderie quelque part. Mais s’il n’y prenait pas garde, il serait bientôt la proie des loups. Et Dristor avait peur des loups. Leurs hurlements hantaient ses nuits, et il ne pouvait oublier les profondes entailles de leurs griffes sur les lourdes portes de la chaumière : les hommes, surtout les plus petits, sont si vulnérables…

Père se figea soudain. Un frisson titanesque venait de secouer tout son être. Dristor sentit la main du bûcheron relâcher son emprise sur la sienne. Incrédule, l’enfant leva les yeux et poussa un cri effroyable qui déchira le silence. Dristor lâcha Père et se recula, hurlant à pleins poumons. L’homme venait de porter la main à la poitrine. Une flèche avait transpercé son torse de colosse, ressortant entre ses deux omoplates.

¤¤¤

« Crie, petit homme ! Crie ! Tu es l’appeau qui aimante les oiseaux voués à mes flèches ! »

¤¤¤

Dristor aurait souhaité pouvoir s’enfuir, mais ses jambes ne lui répondaient plus, et son ventre noué le faisait souffrir. Il aurait aimé crier mais sa bouche demeurait hermétiquement close. L’ennemi avait pris forme à l’orée du sous-bois. Une ombre élégante, presque immobile qui semblait guetter son heure. Dristor hurlait et pleurait, jetant à chaque instant des regards terrorisés vers le cadavre de Père, étendu sur le ventre dans la neige glaciale que faisait fondre son sang noir.

Grand-Père sortit en trombe, Mère dans son sillage. Mais alors que Mère allait se précipiter vers lui pour le serrer dans ses bras, Dristor eut l’effroyable surprise de voir Grand-Père intimer à la femme l’ordre de se mettre à l’abri dans la chaumière.

«Enferme toi ma fille, et barricade portes et fenêtres… N’ouvre à personne d’autre qu’à moi ou aux hommes du Guet, s’ils passent… »

Grand-Père tenait sa vieille arbalète, et lançait vers la forêt des regards assassins.

En voyant le fer ensanglanté de la flèche qui perçait le dos de son fils, il avait compris. Le vieil homme avait levé les yeux et il avait croisé le regard étincelant de la Draw, calme et immobile.

Il avait compris que l’Archer tuerait l’enfant si quiconque tentait de le sauver. Dristor était l’appât. Pour le sauver des griffes de la Mort, il fallait tuer cette guerrière en priant qu’elle ne soit pas l’avant-garde d’un raid meurtrier.

Gagner du temps.

La nuit tombait maintenant, mais l’homme distinguait encore la silhouette de l’assassin, d’autant que la Draw avait rabattu sa capuche et que ses cheveux blancs dansaient maintenant dans la bise coupante.

Elle aurait pu l’abattre, mais elle était joueuse. Et il fallait profiter de cette chance qu’elle semblait vouloir leur offrir à tous de sauver leur peau.

L’aïeul arma l’arbalète dans un effort surhumain et il épaula. L’arme était lourde à son bras, et épuisé par ses efforts, il tremblait autant que Dristor qui hurlait encore. Grand-Père retint sa respiration pour ajuster son tir et s’effondra, une flèche en plein front.

Tout s’enchaîna très vite alors.

La silhouette, immobile jusqu’à cet instant, s’anima soudain. La fluidité animale de ses gestes émerveillait l’enfant malgré lui. La Drow l’effleura au passage sans lui prêter la moindre attention. Elle se pencha sur chacun des cadavres, récupérant méthodiquement les fers de ses flèches qu’elle prit le temps d’essuyer soigneusement. Elle déchira les chemises des deux hommes et les noua autour des flèches brisées qu’elle avait ramassées sur les corps. Puis d’un geste sûr, enfonça les fers dans le bois de la porte. Elle versa sur les lambeaux de tissu cloués au chambranle une poudre tirée de sa ceinture et battit son briquet de silex. Un feu vif embrasa les linges, mordant dans le bois sec de la porte, se propageant au chaume du toit. Et comme dans le pire des cauchemars, c’est la chaumière toute entière qui s’enflamma dans un craquement sinistre. La Drow recula alors de quelques pas, remisant son arc sur son dos, dégainant ses deux coutelas à la lame courbe. Elle adressa à Dristor un clin d’œil amusé, comme si cette furie entendait partager avec l’enfant terrorisé quelques farces cruelles. Il ne fallut pas attendre trop longtemps pour que la porte de la maison s’ouvre avec fracas, et que Mère se précipite à l’extérieur armée de l’épée de Père.

¤¤¤

Que cette femelle était admirable !

Telle une lionne des montagnes, elle jaillissait du brasier toutes griffes dehors pour protéger sa famille.

J’aurai pu la tuer tout de suite.

Mais je me contentai de parer. Jusqu’où irait cet insecte pour sauver sa progéniture ?

Personne n’avait appris à cette humaine à manier une épée. L’arme, de facture médiocre, était trop longue pour son bras. Elle devait tenir la poignée à deux mains, juste au dessus de la garde, ce qui entravait par trop l’amplitude de ses coups. A chaque attaque, elle pesait en avant, entraînée par le poids de l’épée et la puissance d’un geste mal maîtrisé.

Je m’étais cruellement trompée sur le compte de cette pauvresse. La beauté de sa charge m’avait induit en erreur, me laissant présager un engament prometteur. Mais elle aurait tout aussi bien m’assaillir avec un balai de paille ou une fourche !

Je jouais quelques instants encore avec elle.

Le temps coulait en ma faveur.

Les fumées devaient avoir déjà eu raison de la vieille et de la fillette que j’avais observées lorsqu’il faisait grand jour. On retrouverait leur corps carbonisé, recroquevillé, rapetissé, et tordu par les flammes sous les décombres de leur chaumière.

La lionne ne se battait plus maintenant que pour le dernier de ses lionceaux, mais elle n’en aurait jamais plus conscience.

A la dernière charge, je glissai d’un pas sur le côté, et d’un geste sec, tranchait sa tête à ras des épaules. Le corps sembla chercher à s’enfuir, enchaînant quelques piétinements maladroits avant de s’écrouler, misérable pantin, dans la neige de la cour. La tête, elle, roula, roula, roula encore, terminant sa course en butant contre le cadavre du plus jeune des mâles.

L’enfant hurlait.

Comme la bise de l’hiver, rien ne semblait pouvoir tarir son souffle.

Mais lorsqu’il comprit qu’il était seul avec moi, il cessa. Ses beaux yeux clairs scintillaient des flammes ocre et écarlates de l’incendie. J’y lisais un mélange de révérence, de peur, mais aussi de haine.

Tout autre que lui aurait pris ses jambes à son cou pour tenter de s’enfuir. Ce qui aurait excité mon désir de le tuer, bandant mon arc une fois encore.

Mais non ! Debout, minuscule et vulnérable, il me fixait sans chanceler. Même ses larmes avaient séché sur ses joues pleines d’avorton bien nourri.

J’essuyai la lame de mon coutelas dans les robes de la lionne, réfléchissant encore au sort que je réserverai à cet animal…


¤¤¤

Dristor devait se rappeler chaque jour de sa vie cette nuit de Vérimios, juste avant l’embrasement des Contrées Humaines dans une fratricide guerre civile. La Draw marcha sur lui, le coutelas qui lui avait servi à décapiter Mère au poing. La lame courbe étincelait dans les braises de l’incendie. Ajustant sa large capuche, elle se pencha sur lui, son nez effleurant le visage de l’enfant. Dristor se souviendrait. Elle sentait bon. Un mélange de mousse et de fragrances végétales, rehaussé par une pointe d’un parfum qu’il découvrirait un jour être celui de la Femme. Et lorsqu’elle parla, - dans la langue des Hommes, à sa plus grande stupéfaction -, Dristor ne put s’empêcher de s’avouer à lui-même que l’haleine de la Drow l’avait un instant enivré. Comment pouvait-il deviner qu’elle mâchait des feuilles de menthe séchées, non pas pour exhaler des senteurs délicates, mais pour se maintenir aux aguets des heures durant ? La Drow caressa ses cheveux, enroulant ses longs doigts dans les boucles blondes de sa chevelure défaite par l’humidité de l’hiver qui s’abattait sur la forêt toujours silencieuse. Et elle murmura à son oreille, avec un accent rauque, presque guttural.

« Je vais te laisser la vie sauve, petit d’homme… Souviens toi toute ta vie de cet instant. Nourris ta haine et ta colère en te rappelant chaque vie que j’ai prise. Rappelle toi que j’ai eu du plaisir à anéantir tout ce que tu aimais. Forge ta force dans le feu dévorant du dégoût que je t’inspire. Mais surtout, chante ! Chante mon nom ! Je suis Vyl Thanat’Khor, et je t’ai tout dérobé pour passer le temps, pour tromper mon ennui. Chante, et souviens toi de moi ! Peut-être un jour, si tu as chanté assez longtemps, seras-tu assez fort pour venir me défier et venger ton sang ! Sache que je l’espère de toute mon âme… »

Puis d’un coup sec qui arracha à l’enfant des larmes et des cris de douleur, la Drow lui trancha le talon d’Achille.

« Je te marque, petit d’homme… N’oublie jamais que ta haine est mienne… »

Dristor s’effondra sur le sol au milieu du carnage, hoquetant de douleur. Entre ses larmes, il vit la Drow s’enfoncer lentement dans la forêt, le laissant seul, livré au destin. Il comprit alors qu’elle l’avait changé pour toujours. Car déjà il ne craignait plus la meute qui hurlait au loin, et qui viendrait se repaître des restes de ceux qu’il avait le plus aimés. Une fleur germait dans son cœur. Magnifique et terrible…

« N’oublie jamais que ta haine est mienne… »
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Merwyn Séraphin
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeMar 22 Sep 2009 - 12:41

L’Etat de guerre avait été officiellement proclamé sur les terres du Duc de Serramire. L’armée avait été rassemblé et le fier Aegar, ami du Grand Nord, car c’était ainsi que l’on appelait cet allier en Serramire, avait envoyé des hommes aider ceux de Serramire à libérer la baronnie d’Oësgard. Ainsi donc nous pouvons voir des dizaines de milliers d’hommes se rassemblait aux différents point du duché et se joindre en cours de route, déjà onze milles hommes se trouvaient à la frontière d’Oësgard attendant que leurs camarades se joignent à eux. Les bourgades près de la frontière Oësgardiens étaient sans doute les mieux protégés et les patrouilles de la région bien plus présente que dans le reste du duché, ce qui ne veut pas dire aussi que l’autre parti était à l’abandon non. Merwyn n’écartait aucune possibilité d’attaque de la part des autres duchés, mais il avait confiance en Aegar qui assurera la défense de la frontière si une armée étrangère marcherait en direction de Serramire.

Ainsi donc des patrouilles étaient organisées. Ces patrouilles comptaient chacune à peu près une dizaine de soldats, elles avaient pour but de patrouiller dans les compagnes, contrôler les marchands et si jamais un accident survenait comme par exemple un raid oësgardiens, elles devaient sonner le cor et d’autres unités de patrouilles devaient leur répondre et aller les rejoindre sur le champ. Jusqu’à présent aucun accident n’était survenu, et les soldats de la garnison de Versimilia ne faisaient que voir le paysage sur le dos de leurs chevaux espérant voir quelque chose d’inhabituel pour la plupart, ou alors de voir seulement des fermiers en bonne santé pour leur commandant, le soldat Déseisten.

Et la chose inhabituelle survint dans lé pénombre du soir, un feu, pas n’importe quel feu. Un feu immense ayant presque la taille d’une maison. Le soldat Martin qui se trouvait à la droite du soldat Déseisten porta le cor à ses lèvres, mais le chef du petit groupe le lui fit baisser.

« - Allant d’abord voir si ce n’est pas accidentel avant de donner l’alerte.
- Bien mon commandant. »


Talonnant leurs chevaux à la robe marron pour la plupart. Les soldats du duc galopèrent jusqu’à cette ferme, qui ne s’était pas bien protégé apparemment. A la hauteur de la maison, Déseisten posa pied à terre et s’avança lentement. Devant le brasier se trouvait un petit garçon qui devait avoir dans les huit ans, il était assis en tailleur, sa jambe saignait et des larmes séchées avaient laissé leurs traces sur le visage du jeune garçon. Là, à ce moment, Martin sonna le cor et deux autres soldats commencèrent à éteindre le feu de la maison grâce aux sots d’eau du puits et deux autres allèrent abattre un arbre l’isolé et y allumer le feu pour donner la position aux autres soldats qui les rejoindront par la suite.

Les soldats étaient tombés sur une chaumière appartenant à un couple propriétaire d’une scierie ce qui fait qu’ils n’avaient pas beaucoup de richesse pour ainsi dire quasiment aucune. Et après que le feu de la chaumière fût éteint, un septième soldats pu découvrir la cachette des bijoux de la mère. Refermant la boite où était cachés la seule richesse de la famille, il l’a cacha pour la donner ensuite au petit garçon qui avait tant perdu. Mais pendant ce temps, les deux autres soldats et la seule femme de la patrouille se chargèrent d’enterrer les corps. Il y en avait quatre, celui d’un vieillard perforé, un grand bûcheron et un jeune homme à peine dans la fleur de l’âge mais le pire, c’était la femme. Décapité. Ambre, la femme de la compagnie, grogna de colère, pour elle, cela était l’œuvre d’un raid d’Hasseroi ! Mais Déseisten lui, avait une autre idée en tête qu’il ne fera pas tout de suite pars avant d’avoir interrogé le bonhomme dont le talon d’achille avait été gravement entaillé.

Déseisten s’agenouilla près de lui et le petit garçon tourna sa petite tête vers lui dont les yeux rouges ressortaient. Prenant une petite inspiration, le chef de la compagnie posa sa grosse main sur le genou du garçon, et lui demanda.

« - Ca va petit ? Nous allons appeler un guérisseur qui te soignera correctement.
Le petit garçon ne répondit pas à cette question, il demanda plutôt.
- Elle a tué mère et père, vous allez la tuer non ?
Déseisten surprit par l’utilisation du pronom elle au singulier vit ses craintes se renforçait sur la nature du malfaiteur.
- Qui ça Elle ? Tu peux me dire qui t’a attaqué ?
- Une femme à la peau noire comme le charbon. Elle était belle, mais méchante.»


Une drow. Et une drow en Serramire. Déseisten fit donner l’ordre de nourrir encore plus le feu, que la fumée soit parfaitement visible et essayer de rendre le feu tout aussi visible. Le cor sonna encore deux fois et au loin, un autre résonna. Ce qui voulait dire qu’une autre patrouille devait arriver sous peu, et le son venait de près de Parsette. Et si les hommes attendaient encore 10 min, la drow risquerait de se trouver à une dizaine de borne.

Ambre fut charger d’emmener le garçon à Versimilia où un mage pourra le soigner, de donner l’alerte et qu’un messager fasse parvenir cette information au duc. C’est donc ce qu’elle fit, voilà la compagnie réduite à plus que neuf soldats.

Déseisten demanda à ses hommes de faire des torches et de se préparer. Quelques minutes plus tard, la deuxième compagnie arriva avec deux chiens. Elle était commandée par une femme, Scarfet. Déseisten l’informa de la situation, une drow avait pénétré en Serramire, et qu’elle pouvait aussi bien être une éclaireuse qu’une stupide drow voulait voir du sang, mais quoi qu’il en soit, elle devait être capturé et emmené à Versimilia. Scarfet fit sentir la trace de la drow et les deux chiens se mirent à aboyer.

Montant sur leurs destriers, Déseisten et Scarfet crient ensemble « Mort aux drows » repris par les dix sept autres hommes avant que la compagnie ne se lance à la poursuite de la sombre, torche à la main et les deux chiens les menant au galop vers leurs proies. La chasse avait commencé, elle n’était plus loin.

[Voilà, j'espère que ça te va]
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Vyl Thanat'Khor
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeMar 22 Sep 2009 - 17:48

L’obscurité totale d’une nuit sans lune avait englouti jusqu’aux ombres de la haute Forêt d’Aduram. Et le froid de l’hiver mordait à pleines dents dans la campagne assoupie. Livrant Serramire au règne des prédateurs. Le petit gibier se terrait sous terre, ou dans les buissons d’épines. Les hardes de biches et de jeunes cerfs resserraient les rangs pour se protéger pendant que les grands mâles montaient la garde, sentinelles altières au puissant poitrail dont les bois se dressaient comme des lances meurtrières. Même les robustes cochons aux défenses dures comme la pierre fouissaient le sol pour disparaître. Car les meutes déferlaient entre les arbres, sonnant la charge de leurs hurlements lugubres qui déchiraient le silence et givraient les âmes.

Vyl Thanat’Khor filait droit devant elle. Sans étoile, elle se repérait aux signes qu’elle avait semés derrière elle en pénétrant en Serramire. Des indices insignifiants que les seuls soldats de la Dothka sauraient interpréter s’ils venaient à guider l’Armée des Sombres jusqu’au cœur des Contrées Humaines. Grisée par sa course, la bise s’accrochant dans ses cheveux, elle fonçait tête baissée vers la frontière de l’Oësgard.

La Drow ne pouvait s’empêcher de songer à l’enfant estropié qu’elle avait laissé derrière elle. Si les loups l’épargnaient ce soir, et qu’il ne se laissait pas happer tout entier par la mélancolie et la peur, il deviendrait un homme aussi fort que l’était son bûcheron de Père, aussi hargneux et furieux que son Aïeul, et aussi brave que sa folle de mère. Dans ses veines, coulerait le sang d’un Guerrier corrompu par le venin de la haine. Son traumatisme hanterait son sommeil jusqu’à la tombe. Chaque fois qu’il poserait par terre son pied mutilé, les aiguilles acérées du souvenir pénétreraient sa viande jusqu’à l’os. Et il se souviendrait. Il conserverait de Vyl l’image qu’elle donnait aujourd’hui dans la toute puissance de sa jeunesse. Et il l’emporterait avec lui dans son dernier voyage, faisant brûler haut la flamme rouge et immortelle de la Gloire des Drows.

Vyl soutenait un rythme élevé, et depuis la chaumière, elle avait déjà parcouru près de trois lieues sans ralentir. Elle savait pouvoir tenir la cadence jusqu’au matin, et elle ne faiblirait pas. Serramire grouillait de patrouilles. D’hommes gras et sales, suant comme des porcs dans leur cuirasse de fer blanc. Mais armés pour la guerre, et prêts à en découdre. La Drow n’oubliait pas qu’elle avait incendié la chaumière pour enfumer les trois truies. Malgré la densité de la futaie, les flammes ne tarderaient pas à donner l’alerte, et l’enfant parlerait. Elle entrerait alors en Oësgard en fanfare, avec la troupe à ses trousses. Chaque foulée supplémentaire jouait donc en sa faveur.

Des fantassins ne pouvaient espérer la rattraper. Les cendres rouges de la chaumière devaient encore fumer dans cette clairière plantée loin à mi chemin entre Versmilia et Parsette. Les petites garnisons ne pourraient faire la jonction qu’aux premières lueurs de l’aube. Ce qui limitait sérieusement le nombre des poursuivants potentiels, pour autant qu’on lance la chasse de nuit, et qu’on commette l’imprudence de dégarnir les rangs sur la frontière. Par contre, il fallait compter avec les cavaliers. Le terrain ne leur était certes pas favorable. Haute futaie, forêt dense pour peu qu’on s’écarte totalement des rares sentiers, piège mortel de la neige dissimulant les sangsues et les racines : impossible de pousser sa monture. Il faudrait aller au petit trop, et à cette vitesse, les poursuivants ne pouvaient espérer couvrir plus de trois à quatre lieues à l’heure, - trois de nuits, même avec des torches -, contre deux pour elle. Et puis, il y aurait peut être des chiens. Mais de ça, elle ne se souciait guère car elle avait déjà une idée en tête.

C’est alors que le cor retentit, loin derrière elle.

¤¤¤

Qu’espérais-je en jouant avec les gueux dans un pays en guerre ? Qu’on me laisse gambader en paix, de chaumière en chaumière ? Qu’on m’accorde sans contrepartie le privilège seigneurial de la chasse pour je saigne le troupeau à ma guise ? Il fallait bien s’attendre à ce que cette vermine se rebiffe et se lance à ma poursuite. Je le savais, en égorgeant le premier et en épargnant le dernier, que l’aube serait écarlate. J’en avais pleinement conscience, et je l’avais fait pourtant.

Maintenant, les cors raisonnaient et se répondaient, leur chant presque étouffé par la neige et la distance. Uriz m’en soit témoin ! Cette musique comblait mes espérances.

J’avais repéré les patrouilles, la plupart, montées. J’avais même hésité à m’amuser avec l’une d’entre elle pour voler un cheval. Mais la prudence m’avait dicté une cible plus aisée. Un plaisir plus épicé. Seule l’accomplissement de ma mission devait compter alors, et je n’avais jamais failli. L’enfant témoignerait que je m’étais acquittée de ma tâche avec application et rigueur. Jusqu’à allumer ce feu. Ce feu de détresse.

Mon destin était scellé. Il l’était depuis le jour où j’avais quitté le Puy sur ordres de mon Maître. Je n’avais plus qu’une seule et unique alternative : faire face et m’adapter. Affronter le matin avec au cœur le respect de ma Race. Et faucher toutes les vies que je pouvais prendre avant qu’on me chargeât de chaînes.

J’accélérais la cadence.

La nuit et la forêt étaient mes sœurs. Elles me protégeaient en leur sein. Je disparaissais sous les cheveux de l’une et le manteau de l’autre. Je me fondais dans le grand tout, ombre parmi les ombres. Et mon œil acéré perçait les ténèbres, guidant mon pied agile vers l’Oësgard. Je humais l’air glacial du soir et ricanais en songeant aux chiens qu’ils lâcheraient dans ma trace. Molosses pathétiques et bavant, plus puant encore que leurs Maîtres. Ils souffriraient à me pister dans la neige. La brûlure du gel les contraindrait à lever par trop la tête pour ne pas laisser sur le sol la peau baveuse de leur truffe morveuse. Ils perdraient le contact. Le retrouveraient. Et ainsi de suite, ralentissant ces aveugles qui chevauchaient des carnes terrorisées par les hurlements des loups.

J’avais toutes mes chances.

Mais devais-je véritablement m’en saisir, ou m’acquitter de ma tâche ?

¤¤¤

Sans ralentir sa foulée, Vyl Thanat’Khor saisit l’une de ses armes et s’entailla l’avant-bras gauche juste au dessus de son bracelet lacé. Une blessure superficielle, juste assez profonde pour que le sang perle.

Et tous les vingt pas, elle marqua sa piste.

Les chiens n’auraient aucun mal à la suivre, même nez en l’air.

Puis, plus loin, puisant dans les réserves de sa précieuse ceinture, elle remplaça le sang par un onguent rosâtre, souriant cruellement à sa mauvaise farce. La même substance que pour son Veldruk jadis. Ce dernier en avait crevé. Les chiens en crèveraient aussi…

Et, tenant la cadence, Vyl poussa en direction des hurlements des loups…
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Merwyn Séraphin
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeMer 23 Sep 2009 - 17:57

[C'est court, pas vraiment de chose à dire:)]

Le terrain de Serramire était connu pour être la plupart du temps plats, mais là, on montait de plus en plus et parfois les chevaux étaient obligés de ralentir la cadence alors que les chiens eux, arrivés parfaitement à s’adapter au terrain. L’un des soldats demanda à son camarde de lui tenir sa torche alors que lui sortait une flèche qu’il enflamma. Essayant de viser le plus haut point au ciel, il tira indiquant ainsi leur position aux autres escouades qui pourront les rejoindre après.

En tête de fil, Déseisten et Scarfet menaient la chasse en suivant les deux chiens qui pistaient la piste encore fraiche déterminait pour les cabots au flair acéré le chemin avec une bonne certitude. Les soldats levant leurs torches prenaient quant à eux soin à ne pas enflammer un arbre par inadvertance, même si cela aurait été une bonne idée pour faire sortir la drow de la forêt. Mais en conséquence, la forêt bordant Oësgard sera détruite et les habitants de la baronnie auront encore une dent de plus contre le duché.

On se contentait donc de galoper, trottiner parfois mais jamais les chevaux ne ralentissaient par feignardise ( ?). Comme si la rage de leurs maitres était partagée. Des maitres qui voulaient en découdre avec l’assassine. Rien que le fait qu’elle soit de race sombre était déjà un crime pour eux, mais si en plus elle tuait des humains en terre humaine dans leur maison … Vous devez bien imaginer leur colère, colère noire qui ne fait sans doute qu’affaiblir les chances de la tueuse de l’ombre. Puis un des chiens aboya, il venait de renifler du sang. Et du sang drow, appartenant à la sombre. Scarfet sur sa selle, continuer de suivre le chien réconforté de voir qu’il ne s’était pas trompé, mais quelque chose n’allait pas. La drow ne s’était pas blessé en tuant la famille, ce qui voulait dire qu’elle s’était entaillée bien après. Ce qui voulait dire qu’elle avait été attaqué dans la forêt, mais la scène n’avait présenté aucun signe de combat. Ce qui voulait donc dire que la drow s’était blessé volontairement, mais pourquoi ? Dans quel but ?

Scarfet le découvrit bien des minutes plus tard lorsqu’un chien renifla quelque chose au sol autre que du sang et qu’il tomba presque. Heureusement le deuxième chien ne renifla pas la substance et gémit presque pour son compagnon qui se mourrait. Déseisten sauta à terre et abrégea les souffrances du chien. Le deuxième chien poussa un deuxième hurlement alors qu’une deuxième flèche enflammai illumina un instant le ciel. La drow ne devait plus être très loin, cela faisait déjà près de trois heure qu’ils lui courraient après alors qu’ils étaient sur des chevaux contrairement à elle. Déseisten estima donc le temps qui séparait son groupe à la drow d’environ une heure.

Un peu plus loin, des loups hurlèrent. Et apparemment la tueuse courraient droit vers eux, pensait-elle vraiment que des loups attaqueraient une vingtaine d’hommes armés visible de loin ? Non, ils les contourneront et chercherons une proie plus facile, et plus accessible. Une personne solitaire qui courrait dans les bois, une personne à la peau sombre et dont le sang a déjà coulé.

Plus loin, deux loups solitaire, sans doute banni de leur meute suivaient Vyl tout en restant en retraite. Cela faisait déjà un bon moment qu’ils la regardaient et malgré leurs avertissements de tantôt cette « humaine à la peau noir comme la nuit » avait pénétré dans leurs terrains de chasse. Ce qui voulait dire qu’elle devenait une proie. Et les deux loups dont la meute se trouvait près d’Oësgard avait horriblement faim, déjà le plus grand, une femelle au pelage marron se mit au travers de la route de Vyl, et le deuxième juste derrière elle. La louve hurla et un peu plus loin, des centaines de mètre plus loin. Un chien frissonna au son, mais il continuait de courir dans cette direction, et ses maitres derrière lui, les loups venaient de trouver une proie et eux aussi se rajoutent à la chasse à présent.
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeMer 23 Sep 2009 - 23:14

Pas plus d’une heure d’avance…

J’avais parcouru plus de sept lieues, coudes au corps, sur terrain plat, mais j’affrontais maintenant les pentes glissantes des confins de Serramire. Sans ralentir le rythme, j’avais réduit ma foulée. Pour ne pas perdre en force et en détente, j’attaquais le sol enneigé de la pointe du pied. Je sentais mes mollets durcir à chaque pas. Chaque fibre de mes muscles se bandait comme la corde d’un arc. Mais je tenais bon, la fureur chevillée à l’âme.

Pas plus d’une heure d’avance…

Mes poursuivants se trouvaient à moins de deux lieues derrière moi. Un des chiens s'était tu, mais l'autre jappait et menait la troupe.

Je jubilais en songeant que si le relief de la frontière m’était hostile, il l’était tout autant aux chevaux engagés à ma poursuite. Progressant sur la pente, les chevaux devaient peiner, bondissant sur leurs postérieurs en esquivant les arbres, entre équilibre et déséquilibre. Les cavaliers avaient certainement ralenti la cadence.

J'entendais comme dans un murmure les larbins du Duc qui gueulaient, excités par leur chasse à courre.

Cette nuit, c'est le Drow qu'ils forçaient ! Pas le Cerf ! Ils pouvaient toujours rêver qu'à l'instar du grand gibier je verse une larme lorsque la meute fondant sur moi, ils sonneraient l’hallali !

J’étais bien décidée à vendre cher ma peau, quitte à charger dans le noir, armes au clair, tranchant les jarrets des chevaux de tête, semant la panique dans la troupe, et faisant choir les soldats qui rouleraient comme des barriques. Ils me tueraient, certes ! Mais bon nombre d’entre eux coucheraient là, sur ce versant de la colline, et ne rentreraient plus jamais chez eux.

Pas plus d’une heure d’avance, mais sur l’autre versant, c’était déjà l’Oësgard !

Gagner du temps.

Gagner du terrain.

Mettre une lieue encore entre eux et moi.

De l’autre côté, je ne courrai plus : je volerai presque, dévalant le coteau à pleine vitesse, alors que les chevaux, gênés par les arbres, devraient retenir leur course et ralentir dans l’obscurité.

Une chance à saisir encore, avant que de leur concéder l’accrochage !

Et si la fatigue me prenait en arrivant au sommet, il me suffirait de me retourner et de bander mon arc. J’y voyais comme en plein jour, alors qu’ils cheminaient dans le noir, gros vers blafards et aveugles. Malgré la futaie, j’en tuerai au moins deux avant qu’ils ne m’atteignent. Et si Uriz m’aidait, si Uriz me prenait en sa garde, il y avait toujours cette alternative folle : l'envie de mourir les armes à la main dans l’ivresse de la dernière charge…

Pourtant, les Dieux en décidèrent autrement. Et le Hasard, mon plus fidèle protecteur, dressa sur ma route une bien curieuse aubaine…

¤¤¤

Les loups avaient flairé le sang.

La meute avait retenu sa course pour éviter le cortège des hommes et des chevaux qui peinaient sur la pente abrupte. Elle rôdait sur la frontière, en avant de la troupe.

Les soldats de Serramire progressaient avec difficulté.

Le chien de tête, - celui qui avait miraculeusement survécu au poison -, avait senti la présence de ses cousins sauvages, silencieux et perfides, leur effluve chaud se mêlant à celle de la Drow qu’il pistait depuis des heures. Et déjà, il oubliait sa tâche, humant nerveusement le vent froid. Paralysé par son instinct face aux prédateurs en maraude.

Les chevaux tapaient du pied et encensaient, les yeux exorbités, l’écume à la bouche. Certains piaffaient, mettant à mal l’assiette de leur cavalier en dérapant sur les feuillages pourrissant et la neige fondue.

Parfois, un hurlement couvrait les cris d’encouragement des hommes. Vu leur nombre, les reîtres ne craignaient pas réellement une attaque des monstres tapis dans la nuit noire. Mais ils avaient à combattre le relief toujours plus accidenté, l’obscurité totale que la lumière de leurs torches transperçaient à peine tant la forêt restait dense, et le temps qui s’écoulait inexorablement. Le temps qui, pensaient-ils, jouait pour eux.

Une louve et son jeune, une bête robuste d’à peine un printemps, avaient abandonné la meute. La vieille femelle, rompue à toutes les traques, avait décelé les effluves d’une proie filant droit sur elle sous la frondaison. Pattes avant écartées, tête basse, elle se tenait immobile, fronçant le museau, dévoilant ses crocs jaunis.

Lorsque Vyl Thanat’Khor parut, ombre fugace d’abord, la matriarche gronda, hérissant son pelage brun et sale. L’échine dressée, les babines retroussées, l’œil injecté irisé comme du mercure, elle défiait la Drow qui lui faisait face. Sa progéniture aguerrie avait déjà contourné la guerrière, et se tapissait dans la neige, le ventre frôlant le sol, prête à bondir au moindre mouvement de l’aïeule…

¤¤¤

Louve, ma Sœur, tu te trompes de combat. Toi et moi sommes semblables, Filles de la Nuit, Enfants de la même Meute. Et te voilà qui te dresse devant moi. Qui me barre la route. Crois-tu que je n’ai pas senti la présence de ton fils sur mes talons ? Excité par l’affût, il a marqué le sol et mes narines sont emplies de sa pestilence de mâle. Il ne se tient déjà plus, submergé par ce mélange de crainte et de plaisir qui parfois vous prend juste avant le premier assaut. Et Toi, superbe et majestueuse, tu hésites maintenant. Parce qu’en moi, tu ne reconnais pas les fragrances de la peur. Tu viens juste de comprendre que je ne suis pas comme le faon qui tressaille en ta présence. Et la meute est loin devant pour te porter assistance, et achever promptement ta besogne…

¤¤¤

Que vaut un loup contre un Sargtlin de la Dothka ?

Ainsi pensait Vyl Thanat’Khor, et la rencontre subreptice avec l’animal prit soudain des allures de péripétie dérisoire.

La meute, pour autant qu'elle ose attaquer un individu jeune et vigoureux, aurait très certainement eu raison de la Drow. Peut-être la guerrière aurait-elle éclairci les rangs des prédateurs, mais elle aurait fini inévitablement la gorge ouverte et les vertèbres brisées. Mais deux bêtes isolées ne méritaient qu'on leur accordât la moindre importance…

L’immobilité.

Un maître mot lorsque le hasard vous livre à la cruauté animale.

Vyl savait que les loups, carnivores opportunistes et puissants, s’ils s’en prenaient à toutes les proies vivantes de bonne taille, redoutaient les humanoïdes. Car, si toutes les Races de Miradelphia craignaient d’instinct le prédateur, la peur que leur inspirait le loup était tout à fait réciproque. Et dans un affrontement fortuit avec l’animal, c’était bien la peur qui arbitrait le combat.

Le moindre geste brusque pouvait être interprété comme une attaque.

Ce fut donc avec d’infinies précautions que la guerrière porta sa main droite vers la garde de l’un de ses coutelas. Affermissant sa prise, elle entreprit de sortir lentement la lame du fourreau de cuir, ne la dégainant pas totalement, laissant son geste en suspend, coude dressé vers le ciel.

Alors seulement, Vyl Thanat’Khor provoqua l’attaque de la louve en reculant à pas rapides, brisant par la même occasion l’engagement du jeune tapi dans son dos. Comme la matriarche se jetait sur la Drow, le jeune, se sentant menacé par la charge inattendue de cette dernière, fit un écart qui le porta plusieurs pieds en arrière. La louve avait bondi dans un grondement, toute tendue vers la gorge de sa proie. Vyl, dans un seul mouvement circulaire, tira complètement son coutelas et l’abattit avec force sur la bête. Le choc fut si violent qu’elle dut lâcher son arme lorsque l’acier fracassa la tête de l’animal qui s’effondra dans un bruit mat.

Emportée par son élan, Vyl chuta en arrière et ne put esquiver l’attaque du jeune. Le loup planta profondément ses crocs dans le gras de son bras gauche pendant qu’elle roulait sur la pente. Vyl fut surprise de s’entendre crier tant la douleur fut vive. Mais le loup ne lâchait plus prise, la meurtrissant davantage. De sa main droite, la guerrière saisit le stylet caché dans sa cnémide et frappa. Elle frappa, frappa et frappa encore, perçant le pelage soyeux du jeune qui couinait. Jusqu’à le tuer. Et lorsqu’elle fut débarrassée de son agresseur, elle dégaina son second coutelas et, se relevant, dans une crise de rage qui confinait à la folie furieuse, elle réduisit le cadavre en charpie, éparpillant les viscères dans la neige dans un flot de sang chaud.

Puis la Drow ramassa ses armes.

Sa blessure profonde la lançait affreusement. Mais il n’était plus temps d’y songer. La mésaventure lui avait coûté quelques précieuses minutes. Et les hommes approchaient, là-bas, à moins d'une lieue et demie estimait-elle.

C’est alors qu’une idée folle germa dans son esprit…

¤¤¤

Des pieds à la tête, j’étais couverte du sang des deux animaux. L’odeur forte et musquée des deux loups m’enivrait presque. Je faisais alors le pari que le chien qui me pistait ne me différencierait plus des fauves qui couraient sur la frontière. Et pour assurer ma tactique, je prenais encore le temps de saigner la matriarche étendue dans la neige, le crâne fracassé par mon coutelas. Je lui tranchais la tête, rageuse encore, et comme je l’aurais fait pour un gibier, je prélevais une patte arrière. Tant pour emporter avec moi l’empreinte olfactive de la bête, que pour jouir d’un bon repas. Si les loups ne se mangent pas entre eux, les Drows n’ont pas ces élégances. Et je décidais de me repaître à la première occasion de la chair de cette Sœur si peu charitable.

Je faisais fi de la blessure de mon bras gauche. Tout juste la saupoudrais-je, pour l’hygiène, de l’une de mes mixtures, et me privant de l’un de mes bracelets que je glissais dans ma ceinture, je garrottais mon biceps blessé en usant du lacet qui le liait à mon avant-bras.

Nous n’étions pas encore au bout de la nuit. Et je n’étais pas tirée d’affaire.

Mais maintenant, je savais que je pouvais courir, louve parmi les loups. J’emportais avec moi l’odeur mêlée des deux prédateurs que j’avais étendus raides sur la terre gelée. Me préservant des Fils de la Nuit qui ne chassent pas les leurs. Et peut-être aussi des hommes lancés à mes basques...

Et comme j’y étais acculée, je décidais de mettre le feu à la forêt.

Je délaçais ma cuirasse, et déroulait la bande d’étoffe qui bandait ma poitrine pour protéger mes seins de la meurtrissure du cuir et de l’acier. Je déchirais des bandes que j’enroulais à la pointe de mes flèches. Et me servant de la même poudre qui m’avait permis d’incendier la chaumière en Serramire, j’enflammais les projectiles.

Choisissant soigneusement mes cibles, je fichais mes fers dans tous les résineux à portée de tir.

Et lorsque j’en eu terminé, je reprenais ma route à toutes jambes.

Pas plus d’une demie heure d’avance…

Pas plus d’une demie heure d’avance, mais la donne avait changé.

Le feu crépitait sur mes talons.

J’avais conscience que l’incendie que j’avais allumé n’embraserait pas la colline une nuit d’hiver. Mais les flammes sèmeraient le trouble. Les bêtes fuiraient de part et d'autre du brasier. Avec un peu de chance, les loups s'échapperaient en direction des soldats, emballant les montures. La fumée brouillerait les odeurs. Les arbres enflammés énerveraient les chevaux qui reculeraient dans la pente, refusant de monter plus haut malgré les coups de trique et d’éperons. Les soldats devraient contourner l’obstacle, mais sans piste, ils me perdraient tout à fait.

Et dans moins de deux heures, je serai en Oësgard.

Ou ailleurs…
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeVen 25 Sep 2009 - 19:08

Le chien s’arrêta un instant après avoir entendu le hurlement de cette louve. Cousine lointaine aux mâchoires acérés et redoutables, même s’il ne s’était jamais confronté à eux, il connaissait leur menace même s’il était rare de voir un loup s’aventurait en profondeur dans les plaines Serramiroise, se confronta à eux était toujours dangereux quand on est seul. Deux, trois grognements de la part du chien lorsque qu’il sentit la proximité des loups mais ce fût tout, et le chien de chasse continua de mener les hommes, ses maitres. Il sentait parfaitement la sombre et se demandait que serai sa récompense lorsque les humains la rattraperont.

Déseisten demanda à l’un de ses hommes de faire sonner une nouvelle le cor, afin de déstabiliser la drow en lui apprenant leur proximité mais aussi pour indiquer leur position aux autres unités qui devaient sans doute se trouver aux abords de la forêt ou, pour ceux que Ambre avait prévenu, en Oësgard même. Le Duc avait eu vent de cette mésaventure assez rapidement, étant donné qu’il séjournait à Versmilia pour préparer son siège de la cité rebelle. Et il fallait dire qu’il était assez fier des initiatives prisent par ses hommes et avait hâte de pouvoir interroger cette drow, qui s’était détaché des autres en venant inscrire son nom dans la mémoire du petit garçon de la chaumière.

Soudain, les chevaux s’arrêtèrent et le chien recula. Les hommes de Serramire venaient d’arriver au feu. Malgré les temps durs de l’hiver, ce feu nous barrer le passage. La drow avait allumé le feu derrière elle, et le chien gênait de la proximité du feu se mit derrière le cheval noir de Scarfet. Poltron. Les chevaux eux restant à l’écart n’afficher aucune peur visible pendant que Déseisten prenait une décision avec Scarfet.

« - Nous n’avons pas avec nous assez d’eau pour nous faire tous passé avec les chevaux.
- Le mieux est de contourner par l’est sinon le chien ne nous suivra jamais.»


A la tête d’une formation en triangle espacé, Déseisten menait la troupe alors que Scarfet était un peu en arrière. Voilà que la drow les avait obligés à ralentir une deuxième fois, une première fois avec le poison et la deuxième avec le feu.

La compagnie contourna le feu qui se propageai en longueur et essayer de retrouver la piste de l’elfe noire. Le chien ne sentait que la piste du loup et plus celle de la tueuse, et les hommes le virent par le fait qu’il renifler le sol sans s’avancer. Déseisten prit de nouveau la parole.

« - Nous avons perdu la piste de la drow, continuant de contourner le feu et d’arriver au point où la sombre a allumé le feu et nous continuerons tout droit. D’après moi, la drow se rend en Oësgard. Allez su ! »


Reprenant leur course, les hommes de Merwyn continuèrent à galoper ou à aller au pas. Alors que le chien trainait un peu, sans quitter le groupe mais sentant l’odeur du sang des loups et pour lui, c’était un mauvrais présage.
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Vyl Thanat'Khor
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeSam 26 Sep 2009 - 20:19

Contre toute attente, les grands arbres avaient flambé comme des torchères.

Le brasier, attisé par la bise cinglante, barrait la route aux hommes et aux chevaux. Dans la nuit noire, on pouvait apercevoir le halo de l’incendie jusqu’à Versmilia.

Sur l’autre versant de la colline, l’Oësgard envahi sommeillait encore. Allumé à mi-pente sur le coteau opposé, le feu ne serait pas visible de ce côté-là des Terres Humaines.

D’autant que la neige ne tarderait pas à tomber de nouveau, étouffant avant l’aube les derniers foyers allumés par Vyl Thanat’Khor.

La sombre avait repris sa course folle, et dévalait le coteau qui mourait dans la grand plaine oësgardienne.

Nul besoin de solliciter sa musculature déjà éprouvée par une longue course. Juste se laisser emporter par la pente, et assurer chacun de ses pas pour reconquérir à chaque foulée l’équilibre que l’élan pouvait briser à tout moment. Le plus délicat était d’oublier la douleur lancinante de son bras meurtri, réveillée à chaque martèlement de ses pieds sur le sol glacé.

Au premier instant de répit, il faudrait suturer cette vilaine plaie après avoir grillé les chairs corrompues. Les morsures se réparent moins bien que les coups d’épée, et Vyl rageait de s’être laissée surprendre par ces bêtes affamées. Ses seins libres frottaient douloureusement sur la cuirasse, et la Drow regrettait de n’avoir pas emporté avec elle des bandes supplémentaires. L’Assassin voyage léger et ne se soucie pas de confort tant que sa mission n’est pas accomplie. Peut-être en route croiserait-elle encore une maisonnette isolée, et irait-elle négocier à sa manière avec quelques villageoises de quoi préserver ses formes pleines de la rudesse de son équipement de soldat ?

Vyl réprimait mal ce petit rire intérieur qui lui soulevait les épaules, et qui l’eut rencontrée aurait été surpris de ce sourire moqueur qui illuminait son visage marqué par la fatigue.

Elle songeait, ironique, à ses poursuivants qui avaient sans aucun doute perdu sa trace. Les gardes serramirois n’avaient d’autre choix que de contourner l’incendie que le vent, qui soufflait nord-ouest en se brisant sur la colline, rabattait en direction de Ticlac. Pour la pourchasser encore, les soldats devaient faire une boucle vers l’est, se repérant aux feux du guet de Parsette, puis, les flammes loin derrière eux, piquer à l’est. A moins qu’ils ne prennent au plus court par le nord, remontant vers Versmilia. Mais dans les deux hypothèses, leur chien incapable de flairer la moindre piste, leur traque restait maintenant tributaire de leur capacité à retrouver des traces physiques de la Drow. Pour cela, ils auraient à remonter la pente jusqu’à l’origine de l’incendie. Et en pleine nuit, fouiller l’obscurité à la recherche du moindre indice avant de reprendre la route. Au bas mot, c’est trois heures qu’ils perdraient entre leur petite promenade et leurs conjectures sur la direction à prendre.

Chargée de faire le compte des troupes envoyées par Serramire et Sainte Berthilde en Oësgard, puis d’apprécier les forces restées stationnées pour assurer la défense du Marquisat du Duché, la Drow connaissait bien l’Oësgard pour l’avoir traversé quelques lunes auparavant, poussant jusqu’aux portes de Sorga, à la frontière avec la Baronnie d’Etherna.

Une grande plaine irriguée par de nombreuses rivières, des centaines de points d’eau, et une constellation de villages. A l’est, aux confins de la Baronnie, la capitale et son Bastion. Puis, encore la grande Forêt d’Aduram qui s’en allait mourir dans les eaux boueuses de l’Olyia, pour renaître sur l’autre rive en Anaeh.

Une contrée dévastée par la guerre, les jacqueries et les révoltes. Un pays livré aux malfrats et aux vagabonds, aux bandes de fanatiques. Une terre de désolation où les paysans, oubliés de leurs maîtres, crevaient la faim en regardant les friches de leur champ pourrir sous le vent et la neige. L’Oësgard figé par la peur et la froidure de l’hiver…

Elle savait donc pertinemment que l’envoi des troupes avait été concentré sur le Bastion où se terrait, dans une dernière résistance, l’invraisemblable Herménégildoricius de Tourmalin, surnommé le Baudrier d’Argent.

Tout ce qu’elle avait à craindre en Oësgard, donc, c’était les coupe-jarrets de tout poil qui fleurissaient dans la campagne, ou quelques sordides culs-terreux enragés par la famine.

A moins que Versmilia ait dépêché des estafettes pour informer l’armée de siège de sa présence sur le territoire. Mais quel fou ferait un tel cas d’un Drow isolé en temps de conflit ? S’ils étaient raisonnables, et s’ils tenaient un tant soit peu à leur vie, les soldats rebrousseraient chemin après s’être assurés que la meurtrière de la famille de Dristor n’était pas, comme on pouvait le craindre, l’éclaireur d’un raid plus charpenté…

Vyl savait surtout qu’il lui serait des plus aisés de semer ses poursuivants dans une contrée qu’un piéton traversait de part en part en à peine plus de trois jours. Rivières et mares seraient d’une aide précieuse pour brouiller sa piste. Elle cheminerait de nuit et se reposerait le jour. Elle trouverait refuge dans quelque chaumière en ruines. A moins qu’elle ne demande l’asile dans une cahute quelconque… Bien sûr, elle savait qu’elle ne pourrait se retenir de soulager quelques pâtres de leur misérable existence. Tout juste devrait elle prendre alors la précaution de ne pas signer ses crimes cette fois.

Aiguille en botte de foin !

Voilà ce qu’elle était devenue pour les porcs bouffis qui lui couraient aux trousses.

Forte de ses certitudes, la sombre qui venait d’atteindre le pied de la colline, se retourna pour vérifier que nul, homme ou animal, n’avait pu apercevoir sa silhouette qui se fondait dans la nuit.

Et ricanant de plus belle, croquant à pleines dents dans la viande sanguinolente de la louve pour faire taire la faim qui lui taraudait les entrailles, elle reprit sa course vers le nord-est en direction des rives de l’Olyia.

(« Quoi de plus lucide que la peur ? » Star3 prochain post en Oësgard)
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MessageSujet: Re: « Quoi de plus lucide que la peur ? »   « Quoi de plus lucide que la peur ? » I_icon_minitimeJeu 1 Oct 2009 - 12:32

C’était perdu ! Déseisten le savait et Scarfet avait du mal à le croire. La drow s’était échappé et était arrivé à les semer malgré le chien qui les accompagnait. Le petit groupe de soldats était remonté jusqu’à la source du feu en essayant de contraindre le chien à s’approcher pour qu’il retrouve la piste perdu, mais le pauvre ne sentait que les traces des loups qui avaient fui et se refuser d’avancer plus loin. Le groupe de soldats s’en alla donc droit vers Oësgard, s’ils ne pouvaient plus rattraper la drow, ils pouvaient au moins alerter les villages alentours et les fermes isoler.

Le groupe se divisa de nouveau en deux compagnies, celle de Déseisten et celle de Scarfet. Les deux groupes devaient galoper à travers Oësgard pour prévenir les villageois, ce qui ne serait surement pas facile avec les menaces qui planent entre le duché et la baronnie. Néanmoins, ils se devaient d’essayer au moins avant de rentrer les mains vides le lendemain à Versimilia où leur chef devait faire son rapport et annoncer la mauvaise nouvelle. On devait aussi renforcer les tours de garde et lancer les éclaireurs.

Le lendemain, Déseisten rejoignit Versmilia. Il avait passé la nuit entière et une bonne parti de sa matinée sur son cheval en galopant de villages en villages, de fermes en fermes en essayant de prévenir le plus de monde possible. Plusieurs fermes refusèrent de lui ouvrir et il avait dû crier fort pour qu’on l’entende à travers les murs. Déseisten était fort mécontent mais surtout très fatigué ! Et déjà les mots commencèrent à se former dans sa tête pour présenter ses excuses à son supérieur.

Du côté de Scarfet, ce ne fu pas mieux. Les gens avaient peur d’elle et de sa troupe, et avaient surtout du mal à la croire, en disant pourquoi quelqu’un de Serramire se soucier des gens d’Oësgard. Après une colère, Scarfet décida de laisser tomber en se disant que cala ne la concerner plus ! Ainsi donc ce fût elle qui rejoingnit Serramire en première, à la forteresse de Versimilia.
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