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 Une femme et une couronne

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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Une femme et une couronne   Dim 14 Avr 2013 - 21:56

A pied et escorté de ses familiers, voilà comment Maciste d'Irùn, Maître de l'Hoirie et Régent d'Aphel, traversa la cité de Thaar pour arriver en la demeure des Ys. Accompagnée de joueurs de flûte, la procession était à la fois solennelle et joyeuse. On avait déployé à son avant quelques bannières et pennons aux couleurs pourpres d'Aphel et des crieurs se chargeait de faire écarter la foule sur son passage, au rythme de deux gros tambours solidement empoignés par quatre esclaves zurthans à la peau d'ébène. A chaque "Boum" sonore, venait un "Place !", "Place au fils de l'Irùn !", "Place au Régent d'Aphel !". La plèbe ne connaissait guère ces noms et ces titres, mais attirée par le faste du cortège, penchant la tête par dessus les fenêtres, elle rejoignait naturellement la procession avec la satisfaction affichée de ne rien perdre d'un beau spectacle. Et chaque ruelle passée qui la menait du palais des Clary à celui des Ys, voyait la foule grossirent le cortège jusqu'à devenir une véritable marée humaine. Le jeune noble qui était à sa tête n'avait guère de richesses en la cité, ni même de possessions ou de suivants qui aurait expliqué ce luxe affiché. Mais les marchands sybronds de la ville avaient tenus à accompagné le jeune Maciste, leur compatriote, et à lui fournir l'apparat nécessaire à celui qui s'en vient demander la femme en épousailles. Ces marchands possédaient leurs propres clientèles et familiers et il était de mise que ceux-ci accompagne chacun des marchands. Maciste montait un palefrois blanc, superbement arnaché. Lui-même portait la tête nue, ses cheveux retombant en boucles sur ses épaules, un pourpoint de drap de laine noire, brodé à manches bouffantes par dessus une paire de chausses de même couleur, une épée courte d'un bel ouvrage et des bottes de cavalier. A ses côtés marchaient, en plus des marchands, ses quelques familiers qui l'avaient suivis jusqu'à Thaar et parmi ceux-ci, le sage et sagace Materno, qui était un peu à l'origine de tout cela. C'est lui, qui pour parfaire l'allure de son jeune maître et lui donner celle d'un prince le moment venu, lui avait offert la veille une magnifique chaine d'or fin, annelée d'argent et d'ivoire.

On disait le joyaux d'Ys incomparable de beauté, à la peau mate et aux yeux d'opales, et déjà bien formée malgré son jeune age. Une perle dans le plus pur style orientale de l'Estrévent et un parti déjà prisé par de nombreuses grandes familles de la cité. Mais c'était finalement à lui qu'elle devait échoir et ce, grâce aux artifices de son loyal et vieil ami, Materno qui avait œuvré et manigancé des mois durant avec ses connaissances d'Estrévent. Le jeune homme était anxieux. Pendant les danses et les chasses, il était plus gauche qu'à l'habitude. Son impatience était notoire et il se languissait d'enfin mettre un visage sur le nom de cette promise.

Le cortège s'arrêta devant une magnifique bâtisse de marbre rose et Maciste et ses familiers pénétrèrent dans la demeure, suivis des marchands, de valets et de cadeaux, tandis que les musiciens restaient au dehors, contentant la foule qui improvisait des rondes et des danses devant le palais des princes marchands. Maciste traversa un grand hall, où courtisans et familiers faisaient la révérence à son passage, on passa ensuite un patio et des jardins, avant d'arriver dans une grande salle commune où trônaient, sur deux imposantes cathèdres de bois sculptés, un couple à l'âge avancé que le jeune seigneur sûdier identifia tout de suite comme les parents de la damoiselle, entourés d'individus de tout âge et des deux sexes. Marchant jusque devant les cathèdres, Maciste salua le couple princier d'une révérence, pendant qu'un échanson présentait le nouveau venu.

« Maciste d'Aphel, Seigneur Régent de la Cité du Lac, Maître de l'Hoirie, de la gracieuse et illustre maison des Maldi. Sire d'Irùn. »

Alors le jeune homme grimpa les trois premières marches et vint s'agenouiller devant les parents.
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Kahina d'Ys
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Dim 28 Avr 2013 - 18:18

        Des parents, on ne parlera guère ici. Ils furent affables et accueillirent Maciste avec tous les égards dus à son rang. Ils flattèrent son orgueil de noble et de futur marié, l'invitant à se relever. Les détails de son union ayant été réglée au préalable, il ne fut question là ni de négoces ni de marchandages, seulement de réjouissances et après quelques paroles bonnes enfants, on fit venir Kahina.
        La bouillonnante princesse d'Ys avait pris grand soin de soigner son entrée ; tout avait été fait pour qu'elle parût à son avantage et ce fut dans une robe pourpre soulignant parfaitement ses formes — et en dévoilant plus que bien des habits péninsulaires — qu'elle apparut au jeune régent, ses cheveux savamment coiffés et parés d'une tiare en or. Ses yeux sombres se posèrent sur son prétendant et ses lippes se plissèrent en un sourire énigmatique avant de retrouver un plis plus neutre. D'un pas mesuré, elle marcha sur les pas du ser d'Aphel, passant entre les gens de sa cour, avant d'arriver à ses pieds et de s'incliner, en un geste là encore parfaitement maîtrisé. Ce que pensait Kahina de cette union, elle le gardait pour l'heure pour elle-même.
        « Je suis ravie d'enfin te rencontrer, mon promis, » affirma-t-elle avec son chaud accent du sud. On lui avait demandé de lisser au maximum son langage et d'emprunter le parler de Maciste, mais elle n'avait pu s'y résoudre totalement aussi son futur époux ne devrai-il pas se laisser surprendre : non, il ne comprendrait pas tout ce que sa belle dirait. Pas tout de suite du moins.
        Frappant dans ses mains, le père heureux annonça la tenue d'un banquet le soir même où, annonça-t-il, tous seraient conviés de ceux qui voudraient se réjouir avec lui de la bonne fortune des Ys. Avec une nouvelle révérence, cette fois-ci pour son géniteur, Kahina prit congé et se saisit tout naturellement de la main du suderon, non sans lui couler un nouveau sourire. Et la demoiselle de l'entraîner jusqu'à quelques jardins, où elle pourrait à loisir entreprendre de le charmer.
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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mer 8 Mai 2013 - 13:38

Le palais des Ys était un palais à la mode Thaarie, superbe et largement ostentatoire. Le couple prit congé des parents et des invités dans la grande salle et Kahina les guida vers de magnifiques jardins en terrasses surplombant la ville. Ceux-ci étaient garnis de roses, remplis de palmiers et de myrtes et d'autres plantes encore, toutes exotiques, nota Maciste. Son emplacement lui-même et sa conception étaient superbement réalisé, admit-il. Et le damoiseau de se demander combien de richesses et de trésors semblables à celui-ci se trouvaient réunis dans cette cité... Alors qu'ils passaient devant de magnifiques roses rouges, sa promise lui tenant toujours la main, Maciste s'arrêta devant celle-ci.

« Au Sybrond, on raconte qu'il fut un temps, jadis, où toutes les roses étaient blanches... »

Se rapprochant de sa fiancée, ils se retrouvèrent presque nez à nez et d'un geste délicat, celui-ci lui souleva le menton. Observant ce délicieux air mutin et ses yeux si beaux.

« Par une nuit de Barkios, alors que la lune était haute et pâle, un oiseau se posa près d'une grande rose blanche. Aussi blanche que l'écume de la mer. Et si belle qu'à l'instant même où il l'a vit il en tomba éperdument amoureux. A cette époque, les oiseaux ne chantaient pas, car Kyria ne leur avait pas encore accordé ce don. Ils passaient toute leur vie dans un silence des plus absolus... Mais l'amour de cet oiseau pour cette rose - si belle et si pure - était tel, qu'un merveilleux chant sortit de sa gorge...

Il chanta la naissance de l'amour entre deux êtres et de passion, il l'enveloppa de ses ailes en une folle embrassade. Mais les épines de la rose touchèrent le cœur de l'oiseau. Elles lui transpercèrent le cœur et désespéré, l'oiseau chanta de plus belle. Car plus cruelle était la douleur, plus farouche son chant... »


Il la regarda. Elle était belle et attirante, autant qu'au premier jour de leur rencontre.

« Il mourrut en enlaçant les pétales de cette rose, qu'il marqua de son sang. Depuis, certaines roses naissent rouges... et Kyria, si émue par ce chant, donna ce don à tous les oiseaux... »


Dernière édition par Maciste d'Aphel le Mar 28 Mai 2013 - 13:56, édité 1 fois
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Kahina d'Ys
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Jeu 9 Mai 2013 - 11:11

        La cour du sybrond était des plus galantes, Kahina ne pouvait le nier. Le sang chaud de la belle, cependant, ne saurait être charmée par quelques légendes murmurées au creux de l'oreille. Pour l'heure, la princesse thaarie n'était pas prête à aimer son promis ; déjà se réjouissait-elle de le savoir bel homme et bon bretteur, elle n'aurait pu supporter être mariée à quelque bougre infâme et paresseux et gras et impotent. Non, Maciste était un parti agréable qui n'avait, de fait, qu'un défaut : Aphel. On lui avait vanté les qualités de la cité sybronde, mais demeurait qu'Aphel n'était pas Thaar, que la Péninsule n'était pas l'Ithrii'Vaan, que bientôt, le damoiseau l'arracherait à la terre de ses ancêtres. Alors, oui, l'adolescente s’accommoderait du sire son époux aisément, mais de sa terre, ça...
        Toujours était-il qu'à se retrouver si proche de lui, la petite comtesse sentit son ventre se réchauffer. Elle savait ce qui arriverait, peu de temps après leur mariage, quand la lune originelle retrouverait sa petite sœur dans le ciel, quand il se coucherait sur elle et la ferait sienne. Kahina n'était pas une vierge effarouchée, loin s'en fallait. La frondeuse connaissait son corps et avait eu le temps d'explorer, au travers de certaines fêtes thaarii, la danse des sens. Elle avait repoussé les limites autant qu'elle l'avait pu et si Maciste s'attendait à déflorer une pucelle intimidée, et bien... Un fin sourire étira les lèvres de la demoiselle, qui, une fois la légende terminée, déposa un léger baiser à la commissure des lèvres du régent... avant de s'éloigner avec grâce et un léger rire. Elle n'était pas une oiselle dont il faudrait prendre soin et elle entendait bien le montrer.
        « Parle moi d'Aphel. Parle moi de ta cité, de ton peuple. » Le tutoiement était choisi avec soin : Maciste n'avait pas réagi à sa première tentative, pas même avait-il haussé un sourcil, aussi avait-elle décidé de l'adopter. Son père n'avait eu de cesse de lui rappeler combien les convenances étaient importantes, pour la Péninsule. Mais le sybrond avait fait le choix d'épouser une thaarie, pas une autre. C'était son choix, pas celui de Kahina et cette dernière comptait bien rester elle-même autant qu'elle le pourrait. « Parle moi de toi, de ton rang... de la vie qui sera bientôt la mienne. »
        Et le regard adolescent brûlait, désormais. Elle voulait le voir la convaincre. Le mariage était certes arrangé, mais elle n'était pas femme à se laisser marchander. Elle épouserait Maciste, oui, mais elle restait à conquérir. Elle voulait être conquise.
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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mer 15 Mai 2013 - 8:57

Le Régent était un habitué des femmes et des cours galantes, et le tour que prenait cette conversation lui plaisait délicieusement. Ainsi, bien qu'il fut prit de court par ce chaste baiser déposé à la commissure des lèvres, l'homme souriait à présent d'un air malicieux, ravis d'une telle audace chez sa promise et songeant que cela augurait fort bien pour la suite à venir... Quant à cette dérobade ? Maciste n’y vit rien d’autre qu’un défi, une invite à la suivre ! Elle n'était pas une oiselle ? Fort bien, il n'en serait pas moins chasseur ! Son charme était piquant. Le tutoiement sur ses lèvres délicates... délicieux. Et ce sourire ? A se pâmer ! Le damet était heureux qu'une telle union puisse voir le jour. Après tout, n'était-il pas venu chercher de l'or et des soutiens pour ses plans futurs ? Et n'avait-il pas trouvé une beauté et des richesses en même temps ? Tout était donc beau !

« Ah ma dame, le Sybrond est si beau et si différent du reste du royaume. Et parmi toutes les cités de celui-ci, il n'est nulles autres pareilles qu'Aphel ! On surnomme cette ville la Cité du Lac, car il est connu de tous qu'Aphel est bâtie sur les rives du lac éponyme, à l'embouchure d'un fleuve bordé de roseaux... Celui-ci se nomme la Bièvre et nos riches teinturiers se servent de son courant pour produire leur art. Les pécheurs y sont nombreux, car le fleuve est plein de vie. La chevalerie et la vaillance y sont tenues en grand respect. Autant que le savoir, qui est détenu par nos clercs. Quant à notre peuple, il est quelque peu à la semblance de vous autres, estréventins et pour cause : nombreux parmi nous sont ceux qui descendent des envahisseurs Olyans et Pharétans, venus jadis... Ceux-là sont aisément reconnaissables à leur peau plus sombre et à leur teint olivâtre. Leurs noms mêmes ont la consonance des rives lointaines et leur tempérament est à la hauteur de leurs mœurs, libres et emportés... »

Pour peu qu'il exista une transaction d'une grande richesse entre eux, il n'en était pas moins chevalier et comme tout bon chevalier, il était porté à l'amour courtois. Prud'homme, il quêtait un amour vrai, où les sentiments amoureux s’embelliraient à l'infini... Ce qui ne l'empêchait pas d'aimer les femmes et de fait, on lui prêtait déjà de nombreuses maîtresses et favorites à la cour d'Aphel ! Prenant la main de celle qu’il considérait comme sa future femme, il passa la paume de sa main sur la joue de la jeune adolescente et lui rendit un regard non moins brûlant.

« Un jour que j'étais enfant, j'ai fais un rêve... J'étais prince et mes enfants après moi seraient rois... Je ne sais si cela est vrai, mais nous accordons une grande importance à ces choses en notre pays. »

Ainsi débutait le rêve, mais Maciste prit garde à n'en point révéler la suite. Et tous à la cour savaient que tel était leur seigneur : qu'il était un mélange contradictoire de mysticisme et de réalisme, de violence et de générosité, emporté par son imagination et son rêve et guidé par sa lucidité. D'une volonté inflexible et d’un réel opportunisme...

« Je suis le Régent d'Aphel, le Maître de l'Hoirie et par ma mère, je descends de Trigmar, qui fut le fondateur de la lignée des Sybrondils. Mes ancêtres n'étaient point des agneaux, car Gesufal le Cruel enfanta ceux qui enfantèrent mon père et les pères de ses pères avant lui... Si je suis prince, vous serez ma femme et princesse serez, car je suis le seul maître de mon destin. Et je n'entends point m'arrêter ici ! Vous êtes belle, Kahina, la plus belle damoiselle que j'ai jamais rencontré, vous serez ma femme et l'on vous traitera comme une reine, je vous le garantie. Car pour vous, je conquerrais un royaume. »

Enfin il jeta sur sa promise un sourire malicieux, quelque peu enfantin.

« Pour tout cela, ma dame, j'entends que vous me convoyiez... car enfin chez nous, la place des femmes est plus importante que dans le reste du royaume et dans tout le pays suderon, on trouve plus de femmes occupant des fonctions importantes que partout ailleurs. Je ne vous veux point nigaude, comme ces dames du Nord... je vous veux reine à mes côtés. Et si vous l'acceptez, nous irons vers notre destin ensembles, cheminant côte à côte, car nous ne sommes point gens du monde, ceux-là qui se laissent dicté leur destinée. »
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Kahina d'Ys
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mar 21 Mai 2013 - 0:27

      Le regard brûlant, Kahina tâchait de démêler le vrai du faux, l'authentique du lyrisme, la vantardise du recul. Maciste, sans peut-être s'en rendre compte, avait su trouver les mots pour ravir la demoiselle et ce n'était pas son laïus inspiré sur la place qu'il comptait la voir occuper à ses côtés — le pauvre ne se rendait pas compte encore du peu de contrôle qu'il aurait sur son épouse, si cette dernière avait son mot à dire — qui avait su la conquérir. Savoir, cependant, que de lointains aïeux avaient choisi les côtes sybrondes pour s'installer, changeait les choses : elle n'allait donc pas croiser que des peaux laiteuses et des visages poudrés ! Elle ne savait pas pourquoi, mais l'épiderme albâtre qu'on lui décrivait sans relâche, comme pour mieux la préparer, et qu'on lui assurait dominer la Péninsule ne lui arrachait aucune confiance. Comme si ces gens là fuyaient le soleil, alors qu'elle-même avait voué toute sa vie un culte à l'astre diurne. Je leur ferai aimer le soleil, songea-t-elle avec un sourire. Et je serai ton soleil, doux Maciste, celui qui réchauffe et qui réconforte, celui qui guide et qui inspire. Quoique le bougre, tout tourné vers ses belles paroles, ne semblait guère avoir besoin d'inspiration pour le moment.
      Bien entendu, Kahina se fit toute ouïe. Elle sourit quand il le fallait, elle cligna des yeux aux points d'orgue et ses yeux brûlaient d'envie quand la voix se mourait, comme reprenant la passion de son futur époux à son compte. Il y avait là une sorte de génie, dans l'attitude de l'adolescente, qui n'avait pas attendue Maciste pour se confronter au grand monde et qui avait vu défiler bien des princes et tout autant de prélats. Jeune, elle l'était encore, mais sur le point d'éclore, elle dévoilait à peine son potentiel. Nulle doute qu'à la cour sybronde, elle aurait bien des choses à apprendre, des codes à découvrir et des coutumes à apprivoiser mais, par les dragons et les cinq, elle ne serait pas la seule et son tempérament de feu promettait des rencontres des plus intéressantes. « Tu aurais vu nos fils quand tu n'étais qu'un garçon toi-même ? demanda-t-elle ainsi et rien dans sa voix ne laissait deviner une quelconque moquerie. S'il te revient la tâche, mon doux Maciste, de conquérir leur trône, c'est avec dévotion que je les mettrai au monde. » Et son regard brilla l'espace d'un instant, alors que presque malgré elle, elle détaillait le ser son amant à venir et son corps avantageux. À Thaar, certains princes dont la fortune était faite pour trois générations ne passait plus leur journée qu'à sculpter leur corps, si bien qu'elle n'ignorait rien des délices du corps du mâle... comme des laideurs de ses excès. Elle se demandait, dès lors, ce que cachaient les habits du seigneur d'Aphel. Ce dernier ayant terminé ses tirades — elle l'avait laissé parler sans l'interrompre, ainsi qu'on le lui avait conseillé — elle pouvait reprendre l'initiative et les doigts suderons sur sa joue lui avaient soudainement donné envie de plus. La peur du sexe opposé l'avait désertée des années avant, aux joies des découvertes de moins au moins innocentes avait succédé la frustration de ne pouvoir se lancer dans le bain des jeux du corps et elle voulait, désormais, voulait la nuit à venir. Elle voulait, aussi, le pouvoir que Maciste était près à lui donner et tout celui qu'elle pourrait prendre. Car telle était Kahina, faite d'envies.
      « Si ton désir est de me voir à tes côtés, alors tel est le mien. Je serai ces doigts qui dénouent tes épaules, je serai cette voix qui murmure à tes oreilles et apaise ton âme fatiguée. Je serai la gardienne de ta maison quand le devoir t'appellera loin de moi et de ta cité. Je serai ce soutien indéflectible qui toujours aux yeux du monde appuiera tes propos et, si d'aventure je parviens à gagner ta confiance, je serai cette alliée fidèle qui saurait te dire quand elle pense te voir faire fausse route. » Et, ce disant, cette femme enfant qui n'avait de seize ans que le nombre d'années révolues, s'était rapprochée de l'éphèbe, jusqu'à finalement poser la tête contre son épaule et laisser courir ses mains sur son dos. « Ce soir, devant tes dieux et les miens, je serai à toi. » Ce soir, devant les dragons et les cinq, tu seras à moi.
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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mar 28 Mai 2013 - 14:10

Voyant les œillades de sa dulcinée, Maciste s'enhardissait dans la cour qu'il menait à la jeune estreventine. Y lisant de doux messages muets, il voulait lui faire part des projets qu'il avait formé, de ces ambitions et de ces espérances... Mais en était-elle digne ? Elle était belle, plus belle que le mot "beauté". Mais cela ne suffisait pas à faire une bonne épouse. Serait-elle digne de confiance ? Aimante en tout point et fidèle à lui ? Serait-elle candide et sotte devant ses vassaux ? Ou au contraire, l'aiderait-elle à venir à bout de ses ennemis, le remplacerait-elle lorsqu'il serait au loin, en mer ou en train de venir à bout d'un vassal rétif ? Toutes ces craintes se faisaient jour dans le cœur du jeune damoiseau... qui choisissait ici de placer sa bonne fortune entre les mains de cette jeune fille d'à peine seize années, quant il aurait eu accès à de bons partis dans les grandes familles du duché.
Il n'ignorait pas non plus que les quatre vents devaient lui soufflé des galants venant de toutes les côtes... Et des amants, en avait-elle ? Ici plus que partout ailleurs on disait les meurs libérées... Il avait lui-même fait la rencontre de l'un de ses soupirants, quelques semaines plus tôt, dans une ruelle de Thaar... Le fourbe s'en était tiré avec une jolie balafre au visage, mais lui et son compagnon, Pietro, n'avaient dut leur salut qu'à l'arrivée opportune du Guet et de son capitaine, face à la dizaine de reîtres qui leurs faisaient face. Il avait à peine entreprit la cour de cette femme qu'il s'était déjà fait des ennemis. Preuve qu'à Thaar, tout se savait. L'entendre dire qu'elle mettrait leurs fils au monde avec dévotion acheva pourtant de le convaincre... Elle à ses côtés, il ne pourrait manqué de réussir, il le pressentait.

Et comme pour répondre à ces peurs, comme si par un heureux hasard ou par quelques sombres artifices, elle avait lu dans son cœur, elle répondit à ses sourdes craintes... Le rassura et comme par enchantement, fit s'envoler ses peurs pour un temps. Elle posa sa tête contre lui et lui promit d'être à lui. Et lui lui répondit du même ton, brûlant de tout son émoi et la serrant doucement contre lui. Savourant cette première approche des corps promis l'un à l'autre, de cette union encore innocente de deux êtres qui ne font qu'un. Se délectant de cette présence si fragile, si proche et si ardente à la fois, contre lui, autant que de ce tutoiement délicieux dans cette bouche si délicate.

« Ce soir vous serez mienne et nous serons un. »

Ce soir, devant les cinq... elle serait à lui.

Et alors qu'il maudissait ces yeux d'opale qui, déjà, l'avaient enchantés, alors qu'il cherchait à atténué la béatitude de ce moment, de peur qu'elle ne l'étouffe, il lui souleva délicatement le visage pour croisé son regard à nouveau.

« Et vous, ma dame ? Me parlerez-vous de vous ? Me parlerez-vous de votre peuple et de votre cité ? De vos attentes et de vos craintes ? »

C'était dit sans veulerie et sans rouerie, loin des belles paroles qu'il avait l'habitude de déclamer aux amantes d'une nuit ou aux maîtresses d'un château, car il lui importait vraiment de savoir qui était cet étrange être qu'il serrait à présent contre lui. Et alors qu'il laissait lui-même ses mains courir distraitement sur le dos de sa promise, son regard se posa sur les contours sombres d'une forme en dessous de sa robe et le damoiseau hoqueta de surprise.

« Fichtre ! Qu'est-ce donc là ?! »
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Kahina d'Ys
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mer 5 Juin 2013 - 11:19

La réaction de Maciste laissa Kahina interdite. Ouvrant de grands yeux surpris, elle lança un regard par dessus son épaule... avant de comprendre et de laisser échapper un rire enjoué. « N'as-tu jamais vu de dragon ? » demanda-t-elle, le regard soudainement pétillant et fière. Elle n'allait pas rougir pour avoir marqué ainsi sa peau, pas alors qu'à ses yeux, recevoir le dragon sur son dos avait été parmi les plus grands honneurs. D'un geste assuré, elle se saisit de la main droite de son promis et la posa sur son épaule, avant de l'encourager à descendre lentement jusqu'à caresser la peau tatouée. « Il est mon héritage. Le symbole de ce que je suis. Une des descendantes des empereurs dragons ! » Que cette dernière information fut véritable ou non, qui pouvait se targuer de le savoir ? L'important était que la belle le croyait férocement et que Maciste découvrirait les épines derrière la rose s'il s'essayait à trouver à y redire.
« Je ne sais qu'attendre de ma vie à Aphel. Ton pays est lointain et mon regard depuis toujours tourné vers l'est. J'apprendrai. » À ses yeux, l'incident était clos et elle reprenait donc la conversation là où ils l'avaient laissée. Pour peu de temps, cependant. Se détournant, elle lança un regard vers l'astre diurne et opina doucement du chef. « Il est temps pour moi de te laisser. Nous nous retrouverons bientôt, Maciste. » Et, après un dernier regard mutin, elle le laissa là à ruminer ses paroles.
Deux heures plus tard, ils s'unissaient devant les dieux et les hommes, dans une cérémonie à la mode thaarie. Kahina n'avait pas voulu en démordre, alors même que son père avait tenté de glisser l'idée : non, elle n'habitait pas encore dans la Péninsule et ne se soumettrait dès lors pas à leur coutume. Ce n'était qu'une question de temps, de toute façon. Kahina pressentait qu'un deuxième mariage l'attendait. Plus légitime aux yeux de sa future patrie, peut-être.
Toujours était-il que tout se passa bien si bien qu'on enchaîna sur le banquet. L'heure était aux réjouissances, mais Kahina resta distante tout le long, restant aux côtés du jeune aphelois comme il se devait. Une ou deux fois, elle lança un regard vers son frère... et un rictus s'était alors dessiné sur son visage. Il était bientôt temps.
Maciste trônait à la gauche du comte d'Ys, Elyes à sa droite. Comme d'habitude, il faisait tout pour attirer l'attention, buvant plus que de raisonnable — mais cela n'avait rien de surprenant, Thaar était ainsi faite — et vantant des exploits imaginaires. Le visage toujours impassible, le joyau du Val observa un jeune page s'approcher de lui et murmurer à son oreille quelque chose. La réaction fut immédiate : se relevant, le prince thaari s'approcha du couple et, d'une voix forte, attira l'attention de la tablée.
« Il existe de nombreuses histoires sur les chevaliers venus de l'ouest. Nous en avons quelques uns nous mêmes, mais il parait que ce n'est pas la même chose. Me feras-tu l'honneur, régent, de mesurer tes talents d'escrime aux miens ? » Son accent était le même que celui de Kahina, mais en bien plus arrogant, presque haineux. Kahina n'eut aucun mal à rester dans son rôle et mima l'exaspération : « Est-ce vraiment le moment, frère ? »
Intérieurement, elle jubilait.
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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Jeu 13 Juin 2013 - 13:20

Le festin battait son plein dans la Grande Salle du palais des Ys et les jeunes épousés recevaient chaque toast avec joie. On leur servit huîtres et escargots, capiteux vins de la Péninsule, pieds de cochons enduits de panelure, de cerises confites et d'épices, loirs et lièvres accompagnés de parfums aux senteurs étonnantes, et pour lesquels on préparait des lits couverts de coussins sur lesquels étaient servis les plats. Du haut d'une balustrade donnant sur la grande salle, quelques violoneux jouaient un air propre à agrémenté le tout et à enchantés les convives. Un roi de boisson désigné par le jeune couple, donnait l'ambiance de la soirée. Suivant son humeur, l'homme, un marchand chauve à la peau tavelée, définissait les quantités et les types de vins que les convives devaient boire en les encourageant à se rendre ivres. Étaient-ce justement les vapeurs de l’alcool qui avaient excité la soudaine agressivité du frère de sa mie, ce jeune gandin ?

Durant une bonne partie de la soirée, Maciste l'avait écouté d'une oreille distraite, car fatigué, vantant ses exploits et appelant sans délais à ce que l'on remplisse de nouveau son hanap aussitôt vidé. Aussi ne prêta-t-il qu'une attention distraite au page venu lui murmurer dans le creux de l'oreille, mais son regard tiqua lorsqu'il vit le jeune fat s'approcher à grands pas de lui et sa douce. Élevant la voix, la cuistre s'exclama d'une voix sifflante tandis que le silence s'installait peu à peu dans la salle. Exaspérée, sa douce rappela sèchement à l'ordre son jeune frère tandis que le régent, d'une voix lasse et un sourire pâle aux lèvres, répondait d'un air courroucé de celui qui se veut conciliant devant l'emportement de plus jeune que soit, mais intransigeant quant à son honneur.

« Holà beau frère, tout doux, vous avez bu plus que de raison et le monarque de la boisson à bien fait son œuvre ! S'il est vrai que l'on ne peut comparer chevaliers de l'Ouest et de l'Est... »

Épuisé, alourdi et légèrement titubant, le régent se leva et se tourna vers sa douce, lui prenant délicatement la main et la portant à ses lèvres, avant de lui couler un doux regard.

« ... il n'est point soir à se lancer des défis et je ne voudrais gâcher le plaisir de ma mie... »

Pourtant, en son fort intérieur, le régent se dit qu'il accepterait avec joie petit duel où brillé devant sa femme... L'exubérance de la soirée, la vantardise de ce godelureau et l'approche du coucher avait enflammé sa passion.
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Kahina d'Ys
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Sam 22 Juin 2013 - 16:50


      Kahina soutint le regard de son nouvel époux et, au contraire de leurs précédents contacts, ne montra aucune chaleur. Tout, dans son regard et dans son attitude, témoignait de son extrême irritation ; s'il fallait accuser quelqu'un d'avoir gâcher sa soirée, ce serait bien son abruti de frère. « Mon plaisir est déjà gâché, » asséna-t-elle, royale, avant de lancer un regard à son frère. « Mais devais-je attendre autre chose de toi, Elyes ?
      — Des caprices, Kahina, encore des caprices. » Avec un sourire torve, l'héritier du Val d'Ys rapporta son regard sur Maciste. Les deux hommes avaient bu leur comptant d'alcool et cela se voyait, tant à leur élocution qu'à leur maintien. « Il va falloir vous habituer, beau frère, j'ai bien peur qu'elle n'ait rien d'autres à vous offrir qu'elle n'ait déjà donné à d'autres. » Cette simple phrase, plus que toutes les autres, devait mettre un coup d'arrêt à la bonne humeur de la soirée. Si les tablées les plus éloignées n'avaient pas encore eu vent des insultes, ceux plus proches avaient cessé leurs conversations et les regards étaient désormais rivés sur les deux jeunes hommes. La tension avait encore refroidi et Elyes, loin de s'en formaliser, se contenta de dégainer. « Montrez moi, beau frère, comment on se bat par chez vous ! »
      Et Kahina de lancer un long regard à Maciste, qui voulait tout et rien dire à la fois. Une seule chose était claire : eut-elle était l'homme, Kahina aurait déjà embroché l'impudent.
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Maciste de Soltariel
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Mer 3 Juil 2013 - 20:15

Le regard froid que lui jeta sa douce et tendre, bien loin des tendres œillades aguicheuses de l'après-midi mortifia, pour ainsi dire, littéralement Maciste. Plus encore qu'un simple dégrisement, ce regard eu l'heur de blesser le damoiseau au plus profond de son âme. Il témoignait d'un désappointement, voir d'une irritation extrême de Kahina dont lui-même était l'une des causes et à cet instant même où les deux époux avaient encore tout à apprendre l'un de l'autre. Oui, le jeune sire était meurtri en sa chair et plus encore il vivait ce reproche à la fois comme une nouvelle insulte et comme une injustice. Eh bien quoi ? Avait-il si mal agit en tentant de préserver le calme et la bonne humeur de la soirée ? Devait-il faire couler le sang dans la demeure même de sa belle-famille ? Baste ! A entendre ces deux là, voilà qu'il se trouvait à présent dans ce qui avait tout l'air d'être une querelle de famille ! Et pas des moindres... Devait-il gifler cet importun ? Le ridiculiser et s'en faire un ennemi ? Devait lui tailler une jolie boutonnière à la pointe de sa lame ? En réalité, une crainte encore plus sourde tiraillait le cœur du preux : son épouse le prenait-elle pour un lâche ?

Certaines situations dégrisent un homme en un rien de temps et si Maciste avait opté dans un premier temps pour la placidité et la diplomatie à l'encontre de son jeune beau-frère, ce qui s'ensuivit ne pouvaient guère laisser d'autres issues... croyez le bien. Fut-ce de voir ainsi l’acier mis à nu devant lui ou les provocations redoublées du jeune gandin à l'égard de sa femme, qui poussèrent le suderon à sortir de sa retenue ? Maciste lui-même l'ignorait probablement. Toujours est-il que le jeune fat avait l'art d'imposer le silence et que tous les regards se tournaient à présent vers notre sympathique régent. Un silence quasi sépulcral avait saisi les invités qui, mortifiés, observaient la scène dans l'attente d'un dénouement. Un silence qui eu l'effet d'une douche froide, que dis-je, d'un seau d'eau glacé en pleine tête ou d'une gifle en plein visage.
Subitement dégrisé, Maciste tressaillit d'abord sous l'insulte, puis se redressa légèrement et détailla longuement son interlocuteur, le sourcil relevé. Son visage se contracta en un rictus haineux et il vit rouge. Quels bruits courraient sur les mœurs de sa femme, il ne le savait pour l'instant et aurait bien le temps de l'apprendre, plus tard. Il n'en restait pas moins qu'on avait insulté son joyaux, devant lui.

« Tu oses ! »

D'un geste vif, il défit un à un les boutons de son pourpoint, qu'il jeta contre sa chaise, fit passer vivement par dessus ses épaules sa chaîne en or, qu'il portait autour du cou et la lança de rage à ses pieds, puis d'un bond en appui sur la table, il sauta par dessus celle-ci pour atterrir devant le jeune importun, dans un murmure admiratif des convives. Dégainant d'un air qui ne manquait pas de panache son épée, il en désigna par la pointe son adversaire.

« Prince, crois-tu que si tu m'insultes, je ne me vengerais pas ? Pensais-tu, fol, que si tu bafouais la dignité de ma femme, je serai humble ? Par la Damedieu, tu demanderas pardon ! »

Au premier choc des épées la valse débuta, noyant l'ivresse et dégrisant chacun des combattants. Ouvrant de son espadon, Maciste feinta une première fois et se fendit subitement vers le torse dégagée de son adversaire, qui para sans trop de difficultés... De rage, leurs lames s'entrechoquèrent dans un bruit perçant. La lame de son adversaire vint lui effleurer le bras et passa à quelques centimètres de son visage. C'était la première attaque sérieuse et Maciste en fut irrité, jugeant qu'il avait sous-estimé son adversaire. Irrité de sa propre impatience et de son étourdissement, de sa rage et de sa frustrations : en escrime plus que partout ailleurs, il était primordial de savoir gardé son sang froid et les idées claires, de peur de rejoindre le royaume de Tari plus tôt que prévu. Maciste opta pour un écart sur la gauche et par une feinte sur l'avant-bras droit de son adversaire, il porta une troisième attaque et offrit une belle taillade au bras gauche du gandin, déchirant chemise en soie et faisant couler le premier sang de cette rencontre. On aurait pu en rester là et s'arrêter une fois le liquide vermillon coulé, mais pour le jeune suderon il était déjà trop tard et il n'écoutait déjà plus les appels aux calmes des invités tout autour. Pris de frénésie il attaquait à présent son rival d'un assaut brusque et frontal, assénant forces coups de sa lame et rompant prestement en taillant un coup sec au visage du thaari. Elyes tomba à genoux, laissant brusquement choir son épée et se tenant le visage de ses deux mains. Mais la leçon n'était pas finie, le régent se remit en garde. Ce que voyant, le jeune écervelé reprit son épée, en proie au doute et à la crainte. Battant l'air de sa lame en une invite à reprendre la danse, Maciste adressa cette fois une entaille à la cuisse du jeune prince, et une autre, peu de temps après, à l'épaule. Enfin, le suderon fendit la ceinture du trublion, dont les braies chutèrent en même temps que la dignité qui lui restait. Ce que voyant, Maciste, qui n'en avait pas fini, lui attrapa le poignet qu'il serra à le briser, et l'obligea à se mettre à genoux. Restant immobile, sa deuxième main se referma sur le cou du bellâtre et le serra de toutes ses forces.

« Et maintenant que tu as vu comme je me bas et que tu sais qu'il n'est nulle chevalerie plus haute qu'en notre Péninsule, tu vas demander pardon à ma mie... »
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MessageSujet: Re: Une femme et une couronne   Lun 15 Juil 2013 - 10:34


Il osait, et pis encore. Elyes était hors de lui. L'alcool avait toujours été, dans son cas, un piètre conseiller. Il le rendait violent et mauvais, prompte à l'erreur et à l'aigreur. Plusieurs fois déjà, il avait bien failli le conduire jusqu'à la tombe, le rendant stupide et imprudent et trop sûr de lui. Mais cette fois-ci était différente, car il n'y avait pas que le vin pour lui faire perdre la tête. Le Joyau d'Ys avait patiemment, les jours précédents et toute la soirée durant, tissé sa toile autour de lui. Ça n'avait pas toujours été flagrant , mais jamais fait au hasard et le résultat était là. Elyes, l'arme au poing, affrontait Maciste et de ce duel découlerait leur avenir à tous deux.

Kahina, pour l'heure, cachait son sourire et pour la première fois de la soirée, hésitait sur la conduite à venir. C'était ironique, d'ailleurs, car jusqu'à présent elle avait fait un sans faute, se jouant des deux mâles avec l'aisance d'une courtisane avertie. Le sybrond avait eu droit aux sourires et autres légers baisers, là où son frère n'avait essuyé que frustration et contre temps. Dans un cas comme dans l'autre, elle pouvait s'estimer fière d'elle, mais maintenant que tout se nouait, elle se contentait de regarder, le visage froid. Tendue. Car de la victoire de l'un ou de l'autre découlerait son triomphe ou son échec.

Si, un temps du moins, l'avantage semblait aller au thaari, qui avait sans doute pour lui plus grande rage pour le motiver, le régent du lointain occident su reprendre l'avantage, jusqu'à finalement acculer son adversaire, posant lame sur cou et dardant un regard terrible sur l'homme au sol. Malgré elle, Kahina se redressa, faisant même un pas dans leur direction avant qu'un convive la retint par le bras, lui murmurant quelques paroles qu'il voulait sans doute apaisante. Le regard polaire qu'il obtint en retour ne le fit pas frémir, mais il la lâcha pourtant. Et tous attendaient les prochains mots du vaincu.

«  ASSEZ  !  »

La voix tonna dans la salle, attirant jusqu'aux yeux de la petite comtesse, qui put admirer son père incendier son fils d'un regard meurtrier. Ce n'était pas l'issue qu'elle avait dans un premier temps imaginé, mais c'était mieux encore. Elyes, le fils chéri, désavoué lors du mariage d'une sœur dont on n'avait jamais trop su que faire. Sa victoire était totale et elle couva son chevalier et époux d'un regard enflammé. Il avait réussi. De la pointe de son épée, avec fougue et brio, il avait relevé son défi sans même le savoir et il se tenait désormais en vainqueur, en conquérant. Et Kahina de se dire que ce seigneur là ferait un époux comme elle l'attendait.

«  L'heure n'est pas aux armes, mes braves, l'heure est aux réjouissances, tonna une nouvelle fois le père, et par les Cinq, nous pouvons nous réjouir car c'est un bras sûr et puissant qui protégera ma fille, désormais. »

C'était sa plus belle consécration. C'était son triomphe. Dans la nuit, Elyes aurait un accident. Le page, pion d'importance dans l'échiquier vengeur de Kahina, saurait en faire son affaire. Le pauvre brûlait de le faire, tout comme il brûlait d'amour pour la princesse d'Ys. Il accompagnerait ensuite cette dernière dans la Péninsule pour y mourir à son tour, dans l'indifférence générale d'un peuple qui n'était pas le sien. Alors, Maciste deviendrait l'héritier du Val, lui qui venait de prouver à son beau père qu'il surclassait son «  prétendant  » aux armes. C'était ce qu'elle avait toujours voulu, dès l'instant où les doigts encore juvéniles du triste sir son frère s'était refermé sur sa gorge. Il avait perdu.

D'un pas rapide, elle avala la distance qui la séparait des combattants. Elle posa une main sur l'épaule de son époux, une main qu'elle voulait apaisante, puis déposa sur les lèvres d'un Maciste encore à moitié penché sur son adversaire un baiser qui, lui, n'avait rien de correct. L'homme méritait bien une récompense et elle s'employait à lui donner un aperçu. Finalement, ses lèvres remontèrent jusqu'à son oreille et, tout doucement, s’égarèrent en murmures brûlants. Il était temps pour deux de se retirer.

«  Viens réclamer ton dû, mon prince...  »
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