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 Prières et rencontres sous un grand chandelier

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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Ven 19 Avr 2013 - 8:41



Chroniques du Monastère de Sahl, Folio 156.


Récit du voyage et des rencontres de Jasuhin le Humble sur les terres de Sainte-Berthilde et au Tertre, forteresse de l'ordre militaire de la Damedieu.
Mois de Favriüs d'Automne de l'an 7du XI Cycle.

Le Tertre commençait à se dessiner à l'horizon. Cette solide forteresse fut construite par les moines de son Ordre. L'érection de cette montagne de pierre fut réalisée dans des temps anciens. Une principauté s'étendait alors sur cette terre, dont le but était la promotion de Néera auprès des peuples païens du Nord. Cette promotion fut plus ou moins pacifique. Le Tertre portait bien son nom. Au loin, Jasuhin remarquait de nouveau la gradation dans la hauteur des fortifications, des murailles de l'enceinte jusqu'au donjon central, qui donnait ainsi à l'édifice l'impression de s'élever progressivement vers le Ciel, tel un tertre. L'art militaire était alors au service de la religion.
Il avait croisé quelques minutes auparavant un groupe de cavaliers, qui avait vérifié son identité et son origine avec soin. Il n'en reconnut aucun. La dernière visite de Jasuhin en ce lieu remontait à près d'une trentaine d'années. Le temps avait effacé la présence de certain, mais il fut étonné de voir des moines soldats de la Damedieu aussi belliqueux et aussi loin de leur mur.

« - Que font les Moines Guerriers si loin de leur mur ? Et pourquoi semblez-vous si nerveux ?
- Les nouvelles ne voyagent donc pas aussi vite que les malheurs. C'est une bonne chose pour notre Ordre. Le Père Supérieur a accueilli la Pèlerine au sein du Tertre. D'où notre accueil si suspicieux envers les voyageurs. »

Ils lui détaillèrent alors la venue de la Pélerine en leur mur, l'arrivée de nombreux pèlerins, la sage prudence du Grand Prêtre ... Jasuhin avait entendu l'histoire de cette noble dame et de sa déchéance. Il ne pensaitpas qu'elle se réfugierait au sein du Tertre. Le voyage du Grand-Prêtre en Sainte-Berthilde fut entrepris pour des raisons personnelles, pour enrichir son érudition personnelle. Mais la Déesse avait décidé de mettre un imprévu politique sur son chemin. Le Grand Prêtre remercia les soldats de ces informations, puis poursuivit son chemin vers la forteresse. Il avait encore quelques heures de marche. Aile était introuvable ; probablement parti chercher à manger.

[...]

Jasuhin se releva avec difficulté du petit sanctuaire qui jouxtait un magnifique chêne. Il était encore jeune, mais son tronc était puissamment enraciné et sa cime vigoureuse. Situé à quelque centaine de mètres du lac du Tertre, les voyageurs avaient créé un petit autel contre son fût. Une prière dédiée à Néera était inscrite sur le tronc de l'arbre. Elle mentionnait la Damedieu et la remerciait de les avoir protégés et guidés durant leur long voyage. Néera avait de nombreuses facettes, dont celle de protectrice des Voyageurs.

*Je me sens tellement las. Je me demande quel tour m'a encore joué la Déesse. J'aurai du rester un simple prêtre. La vie aurait été plus simple et les intrigues du pouvoir et de la politique m'auraient été inconnus. Il avait eu raison de me prévenir, ce Haut Prêtre lors de ma nomination. Nous sommes avant tout des politiciens. Certes, notre mission est de promouvoir le Culte des Cinq, mais surtout d'éviter que les Hommes ne s'entre-déchirent et détruisent le Choix et la Vie offert par la Déesse. Le prêtre doit alors délaisser sa chaire et son habit monastique pour revêtir celui du diplomate et du négociateur.
La politique, les intrigues … Voilà un domaine dans lequel je dois encore progresser, mais qui me rebute tant. Quant à la Pèlerine … Laissons la Déesse décider de mes pas en cette forteresse. Nous verrons bien à qui il me mène. Je n'ai jamais été déçu de mes Choix, elle doit donc veiller sur moi d'une certaine façon.*


Il poussa un profond soupir, avant de se rendre compte qu'il était arrivé à proximité du lac. Une magie naturelle opérait sur la surface de l'eau. D'un bleu profond, elle prenait dorénavant une teinte orangée des plus vives, accompagnant le coucher du Soleil. Jasuhin regardait cette transformation d'un air fatigué. Le voyage l'avait épuisé, les considérations politiques l'épuisaient.
Aile finit par faire son apparition ; il venait de prendre son envol du chêne tout proche, et il vint effleurer l'eau du bout d'une de ses ailes. troubla alors la tranquille image de l'eau, mêlant forteresse, végétation et ciel enflammé. Attendant que le lac retrouve sa quiétude, tout comme son esprit, Jasuhin se dirigea vers le portes, afin de pénétrer dans le monstre de pierre.

[...]

« - Veuillez me suivre, Frère. Je vais vous conduire à la Grande Salle. Vous pourrez vous y restaurer et discuter avec nos Frères et les voyageurs, avant d'aller prier puis prendre du repos.
- Merci de votre accueil et de votre hospitalité, Frère. J'ai l'impression que les couloirs n'ont pas été si vivant depuis de longues années.
- En effet, surtout depuis l'arrivée de la Pèlerine. Notre Ordre n'avait pas accueilli depuis longtemps autant de personnes dans ses entrailles. Mais nos murs sont comme un habit trop grand... Nous ne sommes plus assez nombreux. Ses glorieuses heures sont dorénavant derrière elle. Mais venez, suivez-moi, je vous prie. Nous aurons tout le loisir d'échanger à ce propos durant votre séjour. »

Le mestre sourit et l'invita à le suivre en silence jusqu'à la Grande Salle commune. Il suivit alors le moine, dont il ne voyait que le dos. Il portait une aile stylisée blanche sur un tabard de cuir noir. Ils délaissèrent la première cour intérieure et gagnèrent l'intérieur de la Cité de Pierre. Les larges couloirs de pierre permettaient de faire passer côte à côte d'imposants chariots, des hommes à cheval également. Ces larges couloirs donnaient des indices sur la puissance de la forteresse : elle était capable de résister aux attaques les plus farouches et les plus longues, tout en accueillant une armée considérable dans ses murs. Cependant, cette histoire était du passé.
Les couloirs et les escaliers se succédèrent avant d'arriver à la Grande Salle. Gigantesque dans ses proportions, elle n'était aujourd'hui utilisée que dans une toute petite partie. De gigantesques tables et des bancs tout aussi grands étaient installés. Des moines s'affairaient à allumer les bougies d'un seul des quatre gigantesques chandeliers suspendus. Au niveau du sol, chaque moine s'affairait à allumer chacune des bougies de la structure en acier. Rien n'a changé depuis ma dernière visite, songea-t-il.

L'architecture élancée de la salle contrastait avec la rigidité de l'extérieur. Les demi-colonnes adossées au mur s'élevaient avec grâce, complétées par des chapiteaux doriques. De ces derniers s’élançaient les arcs des voûtes qui gagnaient le plafond noirci par la suie des bougies. Quelques ouvertures, proche du plafond, apportaient de la lumière à l'ensemble. Les circonvolutions de la pierre étaient la seule décoration de la salle. Le Tertre était une fortification, tenu par un Ordre religieux des plus stricts. La froideur des murs extérieurs se retrouvaient à l'intérieur même de la Grande Salle.

« - Vous êtes arrivés après le premier service, Frère. Installez-vous, prenez vos aises, le second service ne devrait pas tarder. Je me dois de vous laisser pour le moment. Vous devez vous douter de la multitude de tâches qui peut incomber à un intendant. »

Jasuhin le remercia. Le mestre s'éclipsa discrètement. Jasuhin alla saluer ses Frères qui allumaient le chandelier, il échangea quelques mots avec eux, puis il s'installa sur un banc. Il siffla doucement et vit Aile sortir d'une de ses manches. Le moineau piaffa et vint se poser sur la table devant lui. Il sautillait à la recherche de quelques miettes à picorer. Le Grand Prêtre retira avec difficulté sa pèlerine poussiéreuse, épousseta son scapulaire. Il regarda les moines se mettre d'accord puis commencer à hisser ce spectre de lumière vers le plafond de la salle. Vers le lieu de vie des Cinq, vers le Ciel. Comme une lumineuse prière envoyée chaque soir aux Dieux, depuis des générations.


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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Ven 19 Avr 2013 - 11:40

    J’étais arrivée au Tertre la veille et je n’avais pas encore eu une minute pour me poser. Les choses s’étaient enchaînées rapidement mais maintenant je pouvais souffler un peu et profiter….profiter de quoi d’ailleurs. Il n’y avait rien d’accueillant, de réconfortant ou d’agréable à faire dans cette forteresse, à part prier. Non pas que je rechignais à cela mais ce n’était pas ma vocation première ! Pour l’heure, je voulais trouver un endroit tranquille pour rédiger quelques courriers dont un adressé à mes enfants. Je leur avais promis de leur donner des nouvelles le plus souvent possible et c’était une contrainte à laquelle je me plierai avec plaisir ! Quittant la pièce ou je logeais, je me dirigeais vers la grande salle, un moine m’avait dit que je trouverai là-bas tout ce qui m’était nécessaire pour rédiger mes missives.
    Je fis néanmoins un détour vers l’aile de la forteresse où avait été logée la petite escorte qui avait voyagé avec moi. Kaïn avait servi sous les ordres d’Hanegard lorsqu’ils étaient tous les deux dans les légions noires de Serramire, il avait donc toute ma confiance et celle de mon mari. Mais comme lui, Kaïn était un éternel inquiet. Il voulait savoir si tout allait bien, si j’étais bien installée et même si je me nourrissais convenablement ! La veille au soir il m’avait presque obligé à prendre mon repas en leur compagnie. Je n’avais pas refusé par soucis des convenances, bien au contraire, mais parce que ma place en ces lieux était aux côtés de mes frères et sœurs. Sous ses airs austères, il était extrêmement serviable et son humour au cours du voyage avait égayé nos longues heures de chevauchée, je n’aurais donc pas rechigné à passer du temps en leur compagnie mais en raison de mon ancien statut, il y avait tout de même certaines règles à respecter, et que cela me plaise ou non je devais m'y plier... C'était d'ailleurs pour cette raison que Kaïn et ses hommes m'avaient accompagné : parce que je n'avais pas pu faire changer d'avis mon têtu de mari !

    Pour éviter de me faire sermonner par cette impressionnante armoire à glace, je fis un détour de quelques minutes pour échanger quelques paroles avec lui et les hommes.


    « - Quand repartons-nous ma Dame ? »
    « - Dans quelques jours tout au plus. Je ne compte pas m’attarder loin de Val-Néera trop longtemps. Avez-vous reçu des nouvelles d’Hanegard ? »

    Ayant passé ma journée entière au cœur même du Tertre, aucune nouvelle n’était parvenue jusqu’à moi. Si un messager c’était présenté, il avait été aussitôt redirigé vers Kaïn.

    « - Non aucune. Nous avons suivi une autre route il y a seulement quatre jours avant notre arrivée ici. Son groupe doit à peine être arrivée à Erac, je ne pense pas que nous aurons la moindre missive avant cinq ou six jours. »
    « - Oui vous avez entièrement raison… Bien je vous laisse à vos occupations, je reviendrai vous voir demain.»

    Kaïn et les trois autres soldats inclinèrent en même temps la tête pour me saluer et je retournais dans l’imposant bâtiment. Mes pas me guidèrent vers la grande salle, malgré quelques hésitations sur les couloirs à emprunter. A l’intérieur on venait d’hisser un immense lustre recouvert d’un nombre impressionnant de bougies. Les flammes des chandelles tremblotaient légèrement mais elles parvenaient à diffuser une lumière suffisante. Comme me l’avait indiqué plus tôt le jeune moine, je trouvais dans un coin de la pièce une immense armoire en chêne dans laquelle se trouvait parchemin, plume et encrier. Je sortis ce qu’il me fallait et m’installais au bout d’une longue table. Je n’avais guère fait attention aux autres personnes présentes dans la pièce, toute concentrée que j’étais à trouver les mots à écrire à mes enfants. Ils virent très facilement et je grattais la plume sur le papier ne prit qu’une poignée de minute. Alors que je scellais la lettre, je levais la tête et vis avec étonnement qu’un moineau se trouvait sur la table non loin de moi. Cette apparition me fit sourire et je cherchais du regard quelque chose à lui donner à picorer. Il n’y avait hélas plus grand-chose sur la table mais je savais qu’on monterait bientôt des cuisines quelques plats pour les retardataires dont je faisais partie.

    « - Bien que ta présence sur cette table me surprenne, je te promet de partager avec toi un bout de mon pain si tu as assez de patience pour l’attendre ! »

    Je me levais pour remettre ma lettre à un serviteur planté dans un coin de la pièce. J'expliquais au jeune garçon à qui la missive devait être envoyée et déposais au creux de sa main les quelques pièces que demanderait le coursier, puis je regagnais la table pour retrouver le petit moineau. Sauf qu’il ne se trouvait plus là où je l’avais laissé. Amusée, je pensais qu'il n'aurait donc pas mon bout de pain jusqu'à ce que je le vois sautiller de l'autre côté de la table non loin d'un vieil homme. Malgré sa mise poussiéreuse et son air fatigué, je reconnus aussitôt les insignes de Grand Prêtre qu’il portait. La présence d'un homme de son rang au Tertre n'avait rien d'étonnant et peut-être qu'il n'y avait aucun lien avec la présence de la Pèlerine, quoi qu'il en soit, je ne pouvais pas rester planter là sans aller le saluer comme il convenait. M’approchant de lui je m’inclinais légèrement.

    « - Que Néera vous bénisse Eminence. » murmurais-je en lui adressant un fin sourire.
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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Lun 22 Avr 2013 - 10:08

La douce lumière des centaines de bougie éclairait timidement la vaste salle de pierre. Perdu dans ses pensées, le Grand Prêtre n'entendit pas Jena entrer dans la pièce, trop absorbé dans ses pensées et par le vacillement des flammes. Il se remémorait le parcours de ces derniers jours, les rencontres faites et les tensions qui parcouraient le marquisat de Sainte Berthilde. Le grincement d'une porte lui fit légèrement tourner la tête, avant de reporter son attention de nouveau sur les lumières vacillantes de la flamme.

Malgré sa profonde brûlure, le feu l'attirait encore. Pas comme élément destructeur, violent et incontrôlé, mais comme élément créateur, serviteur de la volonté des Hommes. Jasuhin aimait s'imaginer que le feu avait été créé par les divinités pour rassurer les Etres vivants et être utilisé comme un outil pour leurs travaux. Il aimait se souvenir de la couleur du métal chauffé à blanc par cette source de chaleur. On obtenait alors une lumière pure, débarrassée de ces inconvénients. La Lumière des Dieux, comme il se plaisait à dire à ses compagnons forgerons.

Soudain, le piaillement d'Aile vint le tirer de ses pensées. Le petit oiseau sautillait sur la table devant lui, en gesticulant sa tête et ses ailes.

«- Qu'y a-t-il, Aile ? Que veux-tu me dire ? »

Il connaissait bien son compagnon de route. Il l'avait aidé à être bien reçu par les populations, notamment en amadouant les enfants sur sa route, avec ses piaillements et ses petits tours. Nombre de gens s'était étonné de l'âge de l'oiseau, qui accompagnait le prêtre depuis sa tendre enfance. Il s'agissait d'un envoyé de la Déesse, se plaisait à dire Jasuhin. L'un ne rejoindra pas Tyra sans l'autre.

Le petit compagnon ailé se mit à battre des ailes de plus en plus vite, tout en sautant sur place. Le prêtre se retourna alors quelques secondes avant qu'une noble jeune fille ne vienne l'interpeller. D'un rapide coup d'oeil, il la dévisagea. Elle était encore jeune, peut-être deux fois moins âgée que lui, mais elle semblait avoir vécu de nombreux événements au cours de son passé. Ses yeux clairs en témoignaient. Ils étaient rieurs, mais on pouvait également y lire une part d'ombre, d'inquiétude.

« - Que Néera vous bénisse Eminence. »

Il lui rendit son sourire, tirant les rides de son visage. Son regard était curieux et il sentit rapidement que la jeune femme était particulière. L'expérience auprès du Culte de la Déesse lui avait appris à ressentir la magie, la présence de cette aura si spécifique aux personnes initiées. Les Cinq ne doivent pas être étranger à cette présence, songea-t-il.

« - Que Néera vous bénisse également, mon enfant. Je vous en prie, vous n'avez pas besoin de vous incliner. Après tout, je suis comme vous, un fervent de la Déesse. Mais venez-vous asseoir, ne restez donc pas debout. Je me nomme Jasuhin. Puis-je connaître votre nom ? Aile vint voleter près du visage du Grand Prêtre. J'espère que mon petit compagnon ne vous a pas importuné ? »

Le ton était bienveillant et chaleureux, malgré la fatigue du visage. Il détestait tous ces témoignages de respect et s'il devait s'y soumettre, ce n'était qu'avec le strict minimum. Il n'était qu'un homme parmi d'autre. Certes, il était un entremetteur de la Déesse, mais il était Homme avant toute chose. Il ne comprenait pas pourquoi on devait témoigner une telle différence entre les Hommes et les Etres Vivants.

Au moment de se redresser et de répondre à son invitation, les cheveux de la jeune femme dégarnirent une partie de son cou. La scène ne dura que quelques secondes, mais le regard de Jasuhin se troubla. Ses yeux ne pouvaient se tromper. Une telle marque n'était pas un tatouage. Cette marque était inscrite dans sa chair, tout comme la sienne. Une plume était dessinée sur le cou de la jeune femme.

L'aura de cette jeune femme s'explique donc. Elle a déjà rencontré Néera dans le passé. Un tel tatouage n'est pas anodin. La Déesse l'a bénie, elle est bien plus qu'une simple fervente du Culte. Elle est également une porte-parole de la Déesse. Elle a dû également souffrir dans sa vie passée, tout comme moi. Et à cette occasion, elle a rencontré la Déesse.

Le Grand Prêtre regarda vers Aile, qui émit un gazouillis de contentement. Direct, Jasuhin lui posa la question qui lui brûlait les lèvres.

«Vous avez déjà rencontré la Déesse, n'est-cepas ? Et vu votre âge, cela doit être récent et expliquer votre présence en ce lieu. Il lui montra sa main droite, dont la chair violette et boursoufflée témoignait de son ancienne brûlure. Moi aussi, je l'ai rencontrée ; il y a déjà bien des années de cela. »

Il lui montra alors la paume. Sur cette dernière se dessinait une aile, beaucoup plus claire que le reste de la peau. Elle se détachait clairement de la chair brûlée et était une preuve du lien qui l'unissait à Néera. Mais qui unissait aussi Jena à la Déesse.


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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 23 Avr 2013 - 10:37

    Du vieil homme s’échappait une aura pleine de bienveillance et de gentillesse. Malgré sa mine usée, son sourire et la douceur de ses paroles inspiraient la plénitude. Il me demanda de faire fi des règles et je ne l’en appréciais que davantage. Souriant un peu plus à l’homme qui se présenta sous le nom de Jahusin, je m’installais sur le banc non loin de lui. Lorsque je relevais les yeux vers lui, je vis aussitôt que son expression avait changé. Je n’aurais su dire s’il était surpris ou mécontent, quoi qu’il en soit il garda le silence un petit moment. J’avais peur de l’importuné aussi m’empressais-je de répondre à ses questions.

    « - Je suis heureuse de faire votre connaissance Jasuhin, je me nomme Jena et n’ayez crainte, le court moment que j’ai passé en compagnie de votre ami a été bien trop bref pour qu’il puisse m’importuner. »

    L’oiseau se mit à gazouiller sur la table, m’arrachant un petit rire. Je sentais la légère gêne disparaitre, lorsque le Grand Prêtre releva la tête dans ma direction. Son regard s’était fait perçant et les mots qu’il prononça ensuite me figèrent. Peu de gens était au courant de ce qui m’était arrivée le jour de la naissance de Dastan. La plupart des gens avaient vu mon intérêt soudain pour l’ordre de Néera comme une façon de remercier la Déesse après mon accouchement difficile. Seules les personnes présentent dans la pièce ce jour-là et le Grand Prêtre de Néera à Alonna savaient réellement ce qu’il m’était arrivé. Et c’était tout de même compréhensible, essayez d’expliquer à des gens que vous êtes morte pendant plusieurs minutes, que vous vous êtes subitement retrouvé dans un endroit digne du paradis et que vous avez conversé avec une déesse avant de revenir à la vie… Pour la plupart j’aurais seulement été bonne à enfermer dans un asile.

    Le vieil homme me montra alors sa main droite sur laquelle se trouvaient les traces de profondes brûlures. Il avait dû souffrir le martyr pour que la chair de sa main porte encore ses marques boursoufflées. Après quelques secondes il la fit pivoter set offrit à mon regard la marque de Néera apposée au milieu de la chair violacée de sa paume. Une aile blanche comme celle que je portais au cou. Instinctivement je levais ma main et caressais du bout des doigts le léger renflement de la marque sous mon oreille droite. C’était la première fois que je croisais quelqu’un portant l’Aile.


    « - Je ne l’avais jamais vu sur personne d’autre que moi »murmurais-je, encore sous l’effet de la surprise.

    Je n’avais jamais rencontré le Gardien de Néera, à vrai dire je ne savais même pas où le trouver mais je n’avais jamais rencontré non plus de personne ayant rencontrée, même brièvement, la Déesse. Bizarrement je me sentais moins seule, comme si mon esprit avait toujours gardé un soupçon de doute sur ce que j’avais vécu le jour de mon accouchement.


    « - Je l’ai en effet rencontré il y a quelques années, le jour de la naissance de mon fils. Et pendant toute ma grossesse je l’ai vu dans mes rêves. Elle m’appelait à la rejoindre et c’est ce que j’ai fait. »

    Je n’avais jamais regretté le choix que j’avais fait ce jour là, même après tous les sacrifices que cela m’avait demandé. J’avais découvert un monde différent, bon et généreux, j’avais rencontré des gens remarquables et je m’étais sentie réellement utiles.

    « - Ma question va sûrement vous paraître indiscrète et vous allez probablement me trouver bien curieuse, mais vous êtes le seul que je connaisse à avoir vécu une chose similaire alors j'ose vous la poser…. Comment vous est-elle apparue ? »

    Au moment où je finissais de poser ma question, la grande porte s’ouvrit et une petite armée de moine fit son entrée. Chacun avait les bras chargés de nourriture. Ce n’était le grand luxe mais les repas au Tertre étaient variés et bons. L’un d’eux s’approcha de nous et déposa devant nous une écuelle rempli d’un ragoût de légume et de viande, et une miche de pain. Il s’éloigna après nous avoir salué d’un signe de tête.

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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 23 Avr 2013 - 15:58

Le regard du prêtre ne quitta pas le visage de la jeune femme tandis qu'elle expliquait l'origine de ce don et qu'elle posait des questions. Il se montrait attentif aux émotions que trahissait son regard. Il laissa également faire Jena lorsqu'elle lui prit la main et lui caressa sa cicatrice. Il ne sentit presque rien, à peine un souffle sur sa peau. Le fer avait carbonisé les nerfs de sa main et ses sensations.

La réaction de la jeune femme ne le surprenait pas. Il la comprenait même. Enfant, tout s'était précipité après sa brulure et son entrée dans le Culte des Cinq. Il n'avait pas pris le temps d'expliquer ses cauchemars et ses rêves que des années plus tard au Grand Prêtre de sa circonscription. Il en avait eu peur pendant des années, avant de comprendre la chance et l'opportunité que la Déesse lui offrait au sein de la communauté des Hommes.

Il sourit et répondit à la jeune femme, d'un ton qui était doux et rassurant. Le ton d'un vieil homme heureux d'avoir rencontré une envoyée de la Déesse. Son voyage était déjà beaucoup plus enrichissant que prévu.

« - Peu de personnes ont eu cette chance, en effet. N'ayez pas peur de demander, Jena. La curiosité est loin d'être un défaut. Elle est révélatrice de votre soif de comprendre et de connaître, qui sont bien plus des qualités pour moi que de réels problèmes.

Quant à cette marque, elle remonte à des années. Vous n'étiez même pas née à cette époque, et votre mère devait être une enfant, tout comme moi. Pourtant, le souvenir est gravé dans ma mémoire, comme ce symbole dans ma peau.
»

Il détacha son regard de la jeune femme. Il resta pensif, les yeux dans le vague quelque instant, quand deux écuelles apparurent sous le nez de Jasuhin. Il remercia d'une bénédiction et d'un signe de tête le moine qui venait d'apporter le repas du soir. Respirant amplement, le fumet lui donna l'eau à la bouche.

« - Commençons par manger, Jena, puis je vous expliquerai l'origine de ma relation avec Elle. Je n'ai pas mangé un bon repas chaud depuis quelques jours, et je dois avouer que ce ragoût m'a l'air appétissant. N'est-ce pas, Aile ? »

Le moineau sautillait autour du pain qui avait été déposé devant eux. Il le regardait avec attention et ne savait pas par quel côté commencer pour le picorer. Le prêtre rit de l'attitude de son oiseau, puis il se tourna vers la jeune femme.

« - Je crois qu'Aile a encore plus faim que moi. Souhaitez-vous lui donner à manger ? Prenez cette miche et donnez lui quelque morceau de mie, il en sera ravi. »

Il la laissa faire, avant de prendre sa cuillère et de commencer à goûter le ragoût. Les saveurs se répandirent sur son palais et dans sa bouche. Il profitait de ces moments simples que les Dieux offraient chaque jour à chaque humain. Il fit toutefois une légère grimace.

« - Il manque un peu de sel, mais il est tout de même très bon, ce ragoût.

Entre deux bouchées, il se mit à raconter son histoire à Jena, d'un ton tranquille. La douleur appartenait au passé.

Je suis le fils d'un forgeron, originaire du Comté d'Erac, de la baronnie de Hautval, pour être précis. Je devais succéder à mon père, mais un matin, alors que je n'étais qu'un tout jeune enfant, je pris à pleine main un morceau de fer chauffé blanc, avec cette main.
Il montra sa main estropiée.
Je ne sais pas pourquoi j'ai fait cela. Bêtise d'enfant probablement ou volonté divine, je ne sais pas. Le fer blanc mordit profondément ma chair, atteignit l'os et rongea les tissus. Il n'était pas sûr que je passe la nuit et surtout, je n'étais pas sûr de mon avenir.

Je fis des cauchemars le temps de ma guérison. Des rêves noirs et sans fin, où de curieuses créatures m'arrachaient les mains. La même scène, chaque nuit, pendant des mois. Puis, un matin, ce drôle de compagnon fit son apparition.


Il désigna l'oiseau de sa cuillère.

Le jour où l'on enleva les bandages, le prêtre qui me soignait découvrit ma plaie et ce moineau. Je fus alors emmené au temple proche de chez moi. Perdu, je ne savais trop que faire. Le Grand Prêtre était rassurant, mais je n'étais qu'un enfant. Et c'est là, alors que je m'endormais, qu'Elle m'apparut. »

Il tourna sa face ridée vers la jeune fille. Il n'y avait aucune trace de douleur ou d'un pénible souvenir sur son visage. Cette expérience appartenait au passé et elle avait fait de lui ce qu'il était aujourd'hui.

« - D'après mes recherches, Elle n'apparaît qu'en cas de grandes souffrances. Je présume que l'accouchement de votre fils n'a pas dû se dérouler dans les meilleures conditions ? Néera vous a protégé, n'est-ce pas ? »


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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mer 24 Avr 2013 - 12:03

    Je fus soulagée de voir que ma question ne le dérangeait pas, il était même prêt à y répondre, mais l’estomac passait en premier et je ne le comprenais que trop bien. Je n’avais moi-même rien avalé depuis le service du matin. Les prières nourrissent l’esprit mais pas le corps et celui-ci exprimé son mécontentement. Je portais une première cuillère à ma bouche et en savourais le contenu. Le petit moineau se mit alors à sautiller, réclamant son dû et j’acquiesçais à la demande de Jasuhin en prélevant des miettes de mon morceau de pain. Je l’ai gardé au creux de ma main et tendit celle-ci vers l’oiseau qui se précipita pour picorer. Lorsqu’il eut terminé je reportais mon attention sur ma propre assiette.

    « - Je le trouve très bon en effet. Les cuisiniers du Tertre savent rendre goûteux n’importe quel aliment ! »

    Le ton de la conversation était plaisant et léger, et avant que le silence ne retombe, Jasuhin entreprit de me raconter son histoire. Lui aussi avait fait des cauchemars sombre et effrayants mais la lumière était entrée dans sa vie lorsque Néera était venue à lui. Sous la forme du moineau que j’avais devant moi. Mes yeux se posèrent sur l’animal et je restais un moment à le fixer. L’analyse du Grand Prêtre me fit légèrement froncer les sourcils. Si sa théorie était exacte alors Néera choisissait les personnes qu’elle voulait sauver pour des raisons qui leur étaient inconnues. Etait-elle à la hauteur des espérances de la Déesse ? Suivait-elle le chemin qu’elle avait voulu tracer pour elle ?

    « - La souffrance d’un enfant ne peut qu’éveiller la compassion de la Déesse, elle aura vu en vous le Grand Prêtre que vous êtes aujourd’hui. »

    Je terminais mon écuelle avant de me tourner vers Jasuhin. Savoir que le vieil homme avait vécu la même chose que moi créé un lien tout à fait particulier. Je n’avais vu en lui qu’un supérieur hiérarchique et ensuite un homme généreux, mais maintenant il était devenu un frère, touché dans sa chair par la Déesse. J’éprouvais pour lui une amitié sincère et je lui adressais un sourire avant de retracer à mon tour les conditions de ma rencontre avec Néera.

    « - Vous ignorez à quel point vous avez raison à propos de mon accouchement ! Celui-ci c’est même très mal terminé puisque pour le prêtre présent et la femme m’ayant accouchée, je suis morte pendant plusieurs minutes. Je me souviens m’être trouvée dans le noir, d’avoir eu terriblement froid et puis j’ai ouvert les yeux…du moins mon esprit a ouvert les yeux et je me suis retrouvée dans un jardin rempli de fleurs et d’odeurs. Je me souviens encore de tout, du vent, des centaines de parfums différents et de son visage. »

    L’image me revenait en mémoire. Le bien-être et l’apaisement que j’avais ressenti dans ce jardin, je n’étais capable de le retrouver que lorsque je priais la Déesse, ou pendant mes heures de méditation.

    « - Elle m’est apparue sous les traits d’une femme magnifique. Elle m’a longtemps parlé et ce faisant, elle a soigné les blessures de mon âme. Je gardais en mémoire des souvenirs horribles, des choses m’étant arrivées que je ne parvenais ni à oublier, ni à accepter. Elle m’a rendu la tranquillité et quand elle a eu terminé, elle m’a également rendu la vie. Ma rencontre avec elle et le don qu’elle m’a transmis m’a permis de franchir rapidement les étapes menant à la Prêtrise. »

    Pendant que je racontais ce moment intime de ma vie, mon regard s’était perdu dans le vague, je tentais de ressentir tout ce que j’avais pu éprouver dans ce jardin. Finalement je détournais les yeux de cette image idyllique qui m’apparaissait et poser mon regard sur le vieil homme. Un nouveau sourire étira mes lèvres.

    « - Aujourd’hui encore je sens sa présence, comme un ange sur mon épaule. Je sais qu’elle veille sur moi, vous devez sûrement ressentir cela vous aussi ? Et puis votre compagnon vous rappelle tous les jours qu’Elle est là.»

    L’idée que l’oiseau puisse avoir le même nombre d’année que l’homme assis à côté de moi ne m’étonnait même pas. Depuis mon entrée au temple j’avais vu tellement de chose extraordinaire que je pouvais croire à tout. Même à ça !
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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Lun 29 Avr 2013 - 10:57

Il écouta patiemment la jeune femme raconter son histoire. Il hocha silencieusement la tête à plusieurs reprises, se remémorant et comparant ses souvenirs avec les siens. Une sensation d’apaisement coulait dans ses veines. Toujours cette même sensation quand on repensait à Elle. Il avait déjà eu l’occasion de lire d’autres récits de personnes touchées par la Grâce de la Déesse. La surprise n’était donc que partielle. Toutefois, il fut touché par l’histoire de Jena. Parce qu’elle lui rappelait la sienne. A la fin de son explication, le Grand Prêtre repris de nouveau la parole.

« - La Déesse choisit avec pertinence ses représentants. Vous, moi et quelques autres font partie de ces gens qui ont un rôle spécifique à remplir auprès d’Elle. Depuis ce rêve, je me pose fréquemment la question. Pourquoi moi, simple enfant de forgeron ? Pourquoi pas un fils de noble ? Pourquoi pas un esclave ? Un guerrier ? »

Un mince sourire se dessina sur les lèvres du prêtre. De ce questionnement découlait une autre question, qui était une de ses plus grandes angoisses. L'oeil inquiet, il continua la discussion.

« - Fréquemment, je me demande si je réponds aux attentes de la Déesse. De réelles angoisses prennent corps au sein de mon âme. Et telle la marée, elle érode mes certitudes et mon rôle.

Quand l’angoisse est trop forte, je ferme alors les yeux. J'écoute ma respiration et je me remémore cette jeune fille de mon rêve. Comme dans votre rêve, Elle était magnifique. Elle ne dit pas un mot, mais pose ses mains sur les miennes. Alors les doutes refluent et je sais que je ne me trompe pas. Je sais que je suis sur le bon chemin.
»

De son regard avait disparu les inquiétudes et les tourments. Une certaine tranquillité envahissait son regard. Son sourire était celui d'un vieil homme, mais il était rassurant, apaisé.

« Comme vous l'avez dit, Jena, Elle est toujours là. Mon compagnon me rappelle sa présence, mais également tout ce qui m'entoure. Vous, moi, les moines autour de nous sont un présent de Néera à cette terre. Et je suis certain qu'en présence de certaines personnes ou de certains objets, vous devez ressentir plus fortement sa présence. Comme votre fils, par exemple ? »

Pendant le monologue du prêtre, les moines vinrent desservir les assiettes. Jasuhin glissa un mot à l’oreille de l’un d’entre eux à propos de la qualité du repas. Il le remercia avant d’amener un dessert. Les premiers frimas de cette fin d’automne apportaient de nouveaux fruits sur les tables. Quelques noix ponctuaient une corbeille garnie de pommes et de poires. Jasuhin prit une poignée de noix, et il en cassa quelques-unes avec l’aide de son marteau, caché jusque-là dans les plis de sa tunique. Il frappait avec délicatesse les noix, les séparait en deux, avant d’en offrir une moitié à son moineau, qui essayait tant bien que mal de séparer la noix de la coque. Il en ouvrit également d’autres, qu’il posa devant Jena.

« - Je me suis longtemps demandé en quoi je pouvais servir la Déesse. Je me souvenais également de mon passé et du savoir qui m’avait été inculqué. C’est pourquoi je possède ce marteau. J’ai beaucoup voyagé durant ma jeunesse, et j’ai apporté mon savoir spirituel mais aussi mes connaissances techniques. Je suis un prêtre besogneux.
Il étira sa bouche en un large sourire ridé.
J’aide les gens en les soignant, mais également en leur apportant des connaissances sur l’art de la métallurgie. J’aide à créer des outils, à réparer des objets, à aider les gens à pouvoir vivre leur Vie comme il l’entende. Nous étions une petite communauté, itinérante, qui portait ses services au population les plus en difficultés.
Aujourd’hui, je me fais trop vieux. C’est pour cela que nous allons fonder un monastère, sur une partie désolée du Comté de Velteroc. Nous allons offrir au population les éléments pour vivre sereinement, sous la protection de nos prières, mais aussi avec l’aide de nos bras.
»

Il mâchonna une poignée de noix pendant quelques minutes. Il restait plongé dans ses pensées, avant de nouveau se tourner vers Jena.

« Et vous, Jena ? Comment allez-vous servir la Déesse ? Comment allez-vous mettre votre passé et votre nom, car il me semble que la famille Kasterlord est liée à la baronnie d’Alonna ? J’ai toujours pensé que le service de la Déesse devait se faire en accord avec ses moyens et son propre passé. »

Alors que Jena lui racontait ses choix, un piaillement lui fit tourner la tête. Il ne put empêcher un fou rire en voyant Aile avec une coquille de noix sur la tête, en train d’essayer de s’en défaire. Comment le moineau s’était retrouvé dans cette situation, nul ne le savait, mais il était un sujet d’hilarité pour le prêtre et Jena.


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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 30 Avr 2013 - 11:34

    C’était surprenant de voir à quel point les paroles de Jasuhin me paraissaient si familière. Je me posais les mêmes questions que lui, j’avais déjà remis en doute le choix de la Déesse, j’avais déjà pensé qu’elle s’était trompée de personne. Je n’avais pas été élevé dans le respect total des principes de Néera, ni même d’aucun autre dieu, je n’avais rien fait pour mériter son attention particulière et pourtant elle était venue, elle m’avait touché de son amour et depuis ce jour je m’efforçais de transmettre son message. Pourtant il m’arrivait de penser que tout ceci était vain, qu’Elle me demandait de trop gros sacrifice mais chaque fois je repensais à cette sensation de plénitude, à ce jardin, à son visage et je savais alors que tout ceci était nécessaire. Laisser mes enfants derrière moi durant tout un mois avait été la chose la plus dure que j’avais dû endurer lorsque je n’étais pas encore prêtresse. Maintenant c’était différent…. Quoi que pas vraiment. Ils n’étaient pas là avec moi. Un pincement au cœur me fit baisser les yeux quelques secondes. Je détestais me séparer d’eux comme je détestais être loin d’Hanegard. Mais nos fonctions respectives ne nous laissaient que peu de temps.

    Je remerciais Jasuhin d’une inclinaison de la tête lorsqu’il déposa devant moi les noix qu’il cassait. Je regardais le moineau picorer les siennes et je sentis mes lèvres s’étirer en pensant à mon fils.


    « - En effet, Dastan est sûrement ce qui me lie le plus à la Déesse. Quand je le vois, je ne doute pas une seconde qu’il aura une vie heureuse et puis quand il me regarde, j’ai parfois l’impression de croiser à nouveau le même regard que le Sien. »

    Le vieil homme reprit la parole et m’expliqua comment toute sa vie il avait servi la Déesse. Lorsqu’il mentionna la fondation d’un monastère à Velteroc je tournais mon regard vers lui, soudain curieuse. Cela faisait des années que le Culte de Néera n’avait pas pris part à un tel projet. Savoir que cet endroit verrait bientôt le jour me remplissait de joie. Cependant la question qu’il me posa ensuite me prit quelque peu de court et me déstabilisa légèrement. Sous-entendait-il que je n’avais pas assez accompli au nom de la Déesse ?

    « - En effet, j’ai été durant quelques années Baronne d’Alonna. A cette époque j’ai mis mon titre à contribution pour aider les plus démunis. J’ai toujours offert mes dons de guérison à qui le demandait et depuis quelques années une soupe populaire est organisée pendant les mois les plus rudes de l’hiver dans toute la baronnie. Maintenant que je vis dans un endroit plus retranchée j’avoue me demander comment je peux servir la Déesse et vous venez peut-être de m’apporter la réponse. Je serais heureuse de vous aider à bâtir le monastère de Velteroc. »

    Je savais pertinemment ce que cela voulait dire et je me doutais déjà que cette nouvelle n’allait pas franchement ravir mon époux, mais je me doutais bien que le vieil homme assis près de moi ne pourrait pas porter un tel projet tout seul.

    « - Je n’ai aucun talent de bâtisseur vous vous en doutez, mais comme vous l’avez dit, mon passé de Baronne pourrait vous être utile. Je connais le monde de la noblesse et je pourrais vous aider à franchir les portes des Cours de la Péninsule. »

    C’est à ce moment-là que le compagnon du Grand Prêtre décida de se manifester, une coquille de noix coincée sur la tête. Le rire de Jasuhin était contagieux et la situation plus que surprenante. A nos deux rires se mêla également ceux des Frères et Sœurs présents dans la pièce. Souhaitant abréger les souffrances du moineau je tendis la main vers lui et tirais doucement sur la coquille pour le libérer.
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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Jeu 2 Mai 2013 - 12:26

Jasuhin regarda avec un sourire la jeune femme retirer la coquille de noix de la tête du moineau. Libéré de cet encombrant casque, Aile sautilla de nouveau sur la table, à la recherche d’un petit morceau de nourriture à manger. Jasuhin avait été surpris de la proposition de Jena. Il ne pensait pas provoquer une telle réaction en lui posant une question à l’apparence anodine. Son engagement envers les personnes les plus démunies était sincère. Elle le lui proposa tout naturellement son aide dans sa quête d’un monastère d’un genre nouveau. Il accueillit la nouvelle avec grande joie.

Avec son caractère avenant, sa jeunesse, sa volonté et sa familiarité de la noblesse humaine, Jasuhin savait que la Déesse lui donnait une auxiliaire de choix dans sa quête. Un poids certain venait de lui être enlevé. Il avait prévu, après avoir trouvé ce qu’il cherchait au sein du Scriptorium du Tertre, de partir en tournée dans la Péninsule, afin d’obtenir un soutien financier de la part des grandes puissances. Cette tâche serait facilitée par la présence de la jeune femme.

Alors que les rires commençaient à se tarir, il tourna son visage ridé et marqué par le temps vers le visage si jeune et si dynamique de Jena. Le contraste entre les deux personnages était saisissant, mais une même aura émanait de leur être. La Déesse les avait bénis après tout

« - J’ai eu une curieuse sensation en arrivant en Sainte Berthilde. En croisant les hommes du Tertre en arme, à quelques kilomètres d’ici, je me suis demandé quelle surprise m’attendait au Tertre. Je m’attendais bien à rencontrer quelqu’un, mais surement pas une personne aussi importante que vous, Jena. Néera m’étonnera toujours par sa capacité à rallier les gens de bonne volonté. Elle est toujours aussi douée pour réunir les êtres.

Cette rencontre est un élément de plus qui me conforte dans ma certitude. Elle est ici et Elle nous guide. Vers quoi, cela, nous ne le saurons peut-être jamais. Mais je sens que nous allons dans la bonne direction. Ce sera un réel plaisir d’arpenter les routes du royaume humain avec un atout tel que vous.
»

Il bénit la jeune femme en posant ses deux mains sur les siennes. Puis, après quelques rapides mots prononcés dans sa barbe, il caressa Aile qui s’approchait de lui. Le petit oiseau se laissa faire, avant de se tourner vers Jena.

« - Eh bien, qu’attends tu pour lui présenter tes remerciements ? »

Le jeune oiseau se mit à gazouiller tout en s’approchant de la jeune femme. Il baissa plusieurs fois sa petite tête en fermant les yeux, signe d’une gratitude certaine envers la personne à qui il l’adressait. Jasuhin regardait le cérémonial de l’oiseau quand diverses questions lui vinrent à l’esprit. Il venait juste de connaître la jeune femme, mais il ne connaissait pas sa situation familiale. Où étais ses enfants ? Son mari ? Puis surtout, pourquoi était-elle au Tertre ? Il n’hésita guère et parla franchement à la jeune femme.

« - Une question me traverse l’esprit vous concernant, Jena. Elle concerne votre famille. Où est-elle ? Où est le père de vos enfants ? Vous semblez très attaché à vos enfants. Pourquoi ne sont-ils pas ici avec vous ? »

La voix du Grand-Prêtre était douce et posée. Il ne souhaitait pas éveiller de mauvais souvenirs en elle, mais juste comprendre les raisons qui poussaient une femme telle que Jena à se séparer de ses enfants dans une des plus grandes forteresses de la Péninsule.


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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Dim 5 Mai 2013 - 20:18

    J’écoutais le discours du Grand Prêtre avec attention, buvant ses paroles même. Je ne pus empêcher mes sourcils de se hausser lorsqu’il me désigna comme une personne importante. Je l’avais été certes, lorsque j’avais encore le titre de Baronne d’Alonna, mais aujourd’hui je me sentais seulement comme une simple prêtresse parmi tant d’autres. Evidemment mes années à épauler le dirigeant d’une baronnie m’avait permis d’entrer dans le cercle très fermé de la noblesse. Tournant mon visage vers le vieil homme, je lui adressais un sourire ravi lorsqu’il accepta ma proposition de l’accompagner dans son périple. Une partie de mon esprit s’envola vers Hanegard en espérant qu’il accepterait mon désir de donner de mon temps pour cette cause. Pour Néera. Je savais pertinemment qu’il ne comprenait pas toujours mes choix à ce sujet et nous avions déjà eu quelques conversations houleuses, mais j’étais à chaque fois touchée lorsqu’il acceptait, car ce que je lui demandais s’apparentait souvent à un sacrifice de sa part.

    « - Je suis ravie que vous acceptiez ma proposition. Je suis sûre que cette aventure sera enrichissante ! »

    Baissant les yeux sur ses doigts qui venaient de se poser sur mes mains, je fermais quelques secondes mes paupières lorsqu’il prononça une prière pour moi. Je me sentis alors si légère, si apaisée… Un sourire étendit mes lèvres et j’étais certaine qu’il ne disparaîtrait pas avant au moins la fin de la soirée.
    Inclinant ma tête pour le remercier, il détourna le regard pour faire signe à son compagnon de me remercier. Un rire m’échappa lorsque l’oiseau s’approcha de moi pour sautiller et gazouiller. Doucement j'approchais mon doigt de son bec et il vint picorer gentiment le bout de mon ongle.


    « - Je suis heureuse de t’avoir apporté mon aide !

    Jasuhin resta silencieux quelques minutes et je me gardais bien d’interrompre ses réflexions, j’en profitais pour jouer un peu avec le moineau. Bientôt le vieil homme se tourna vers moi, apparemment intrigué par ma situation familiale. Sans le moindre malaise j’entrepris de lui répondre.

    « - Ma famille est à Val-Néera en Alonna. Du moins mes enfants s’y trouvent. J’ai entrepris ce voyage en compagnie de mon époux. Nos routes se sont séparés lorsque j’ai pris celle menant au Tertre et que lui a poursuivit vers Erac. Il s’y rendait pour faire quelques affaires. Mon séjour ici n’aurait pas du durer plus de quelques jours c’est pour cette raison que Liliana et Dastan sont restés à Val-Néera. Mais étant donné que mon voyage va être plus long et que je ne sais pas quand Hanegard prendra le chemin du retour, je pense les faire venir. Je n’aime pas être séparé d’eux longtemps et je suis sûre que ce voyage les enthousiasmera. Du moins si leur présence ne vous gêne pas. Je ne voudrais pas vous les imposer. »

    Si j’envoyais une lettre tout de suite à Alonna, mes enfants seraient là d’ici une bonne semaine. Le temps nécessaire pour que je règle la raison de ma venue au Tertre et que nous discutions plus amplement de notre itinéraire. Une semaine c’était tout à fait raisonnable et je ne pensais pas le retarder de trop dans son entreprise.

    « - Je pense qu’il faudrait une semaine pour les faire venir ici, cela vous convient-il ? »
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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Lun 6 Mai 2013 - 8:51

Il hocha doucement la tête au fur et à mesure des explications de Jena. Il n’y avait aucune histoire de violence ou de tension avec son conjoint qui aurait pu expliquer la séparation avec ses enfants. La raison était beaucoup plus simple et finalement évidente. La jeune mère ne voulait pas emmener ses enfants sur une route longue et périlleuse et elle les avait laissés à Val-Néera.

A la question de les emmener avec eux, Jasuhin resta silencieux un instant. Plongeant sa main dans sa barbe, ses pensées se troublèrent un instant, à l’évocation des enfants de la jeune femme. Il se demandait si la route serait sûre pour un vieil homme, une jeune femme et ses enfants. Il relativisa rapidement ses craintes, se rassurant sur son statut, qui lui garantissait une certaine tranquillité sur la route, mais aussi sur les dons conférés par Néera, en cas d’extrême nécessité. Enfin, il supposa que la jeune femme ne devait pas être venue seule mais accompagnée d’une petite troupe afin d’assurer sa sécurité.
Et puis, il aimait la présence des enfants. Certes, elle lui rappelait son âge, mais ils étaient l’avenir créé par Néera. Leur joie était communicative et leur pensée encore pure et exempt de tout soupçon.

Il retira finalement la main de sa barbe et regarda de nouveau la jeune femme, un sourire sur la commissure de ses lèvres.

« - Non, vous ne m’imposez rien, Jena. Au contraire, cela me ferait très plaisir de connaître votre enfant et d’avoir un peu de jeunesse et de fougue autour de moi. Je ne suis pas si vieux, mais les affres du temps commencent à ronger mon corps. Il est donc toujours agréable de voir la jeunesse autour de moi. Elle me remotive.

Soit pour une semaine avant notre départ. Je ne suis pas à quelques jours près, vous savez. Je dois me plonger dans la lecture de quelques ouvrages dans les scriptoria de cette forteresse. Nul doute que la recherche puis la copie de certaines parties de ces derniers me prendra un certain temps.

Si vous en avez l’envie, je pourrais vous présenter quelques ouvrages durant cette semaine, pour tromper le temps. Nous pouvons aussi nous retrouver ici chaque soir, pour discuter et mettre au point le parcours retour vers le duché d’Erac, si cela vous convient, bien entendu.
»

Les pandiculations du prêtre soulignaient sa fatigue. La soirée était bien avancée, comme le soulignait les chandelles rapetissant sur le gigantesque lustre. Alors qu’il avait les bras levés, il entendit un léger chant qui émanait d’un des nombreux couloirs qui rejoignait la Grande Salle. Il se concentra quelques instants sur ce chant, avant de le reconnaître et de sourire.

« - Les moines sont en train de débuter les complies*. Voulez-vous vous joindre à moi, rejoindre les moines et prier, avant d’aller vous coucher ? »

En attendant la réponse de la jeune femme, le prêtre s’était levé de la table. Il siffla doucement et Aile vint le rejoindre sur son épaule. Le petit oiseau vint se pelotonner sur la base de son cou. Jasuhin en profita pour regarder de nouveau Jena. Il pensa à Néera, cette petite fille espiègle qui pouvait bien jouer des tours aux êtres vivants. Quel devait être le but de la réunion de ces deux protagonistes ? Seule la Déesse le savait.

* Dans la liturgie des Heures, il s’agit de la dernière prière du soir, après les Vêpres et avant les Matines.


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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Lun 6 Mai 2013 - 11:26

[HRP : J'espère que le petit saut dans le temps ne te gênera pas ! Sinon n'hésite pas à me le dire, j'éditerais Wink ]
    Acquiesçant à sa proposition de le rejoindre dans cette salle tous les soirs, je me levais à mon tour en souriant au Grand Prêtre. Lui offrant mon bras, je marchais lentement avec lui pour rejoindre nos frères dans leurs dernières prières de la journée.


    Deux jours s’écoulèrent et je me ravissais à chaque fois de ce rendez-vous surprenant que j’avais chaque soir. Le vieil homme était un puits de science, j’adorais l’écouter me parler de ses recherches et des idées qu’il avait pour notre voyage. La veille j’avais envoyé une missive à Alonna pour qu’on fasse venir mes enfants au Tertre le plus rapidement possible. Je voyais déjà le visage ravi de Dastan et la mine boudeuse de Liliana que la poussière des voyages horrifiée.
    Ce matin Malek apparut aux portes de la forteresse. Jena le rejoignit aussitôt dans la grande salle où se restaurait chaque jour les hommes qui l’avaient accompagné.


    « - Dame Jena, votre époux m’a chargé de vous informez qu’il se joignait à l’expédition menait par le Comte de Velteroc dans les Wandres. Ils sont partis par bateau le jour où je l’ai quitté. Il ne sait pas quand ce voyage prendra fin, mais il vous enverra des nouvelles le plus fréquemment possible. »

    Ma surprise était totalement visible sur mon visage. Voilà une chose à laquelle je ne m’attendais pas venant d’Hanegard. La perspective d’un voyage dans ses terres natales avaient dû réellement l’emballer pour qu’il accepte de suivre le Comte de Velteroc. Je sentis un petit pincement dans ma poitrine en me disant qu’il n’avait jamais voulu y retourner avant. Peut-être préférait-il y aller sans moi. Après tout cette partie là de sa vie ne me regardait pas et cela faisait longtemps que j’avais cessé de ressentir une pointe de jalousie en pensant à sa première épouse… A part peut-être en ce moment. Remerciant Malek j’étais retournée dans la citadelle et avait mis encore plus de cœur à l’ouvrage pour ne pas penser aux dangers qu’il courait. Le mal de mer en premier, ou une rencontre sanglante avec les clans de cette région… Pestant je me prie à sourire en l’imaginant vomir tripes et boyaux par-dessus le bastingage. Bien fait pour lui !
    Finalement, c’était une excellente chose que je fasse venir les enfants à Sainte Berthilde.

    Les jours avaient défilés avec lenteur. Je m’occupais en farfouillant avec Jasuhin dans la bibliothèque pleine de manuscrit et de parchemin. J’allais discuter chaque jour quelques heures avec les hommes d’Hanegard, leur rapportant mes projets pour qu’ils puissent se préparer eux aussi au voyage qui nous attendait. En fait je trépignais d’impatience en attendant mes enfants. Cela faisait une semaine passée et je ne pouvais empêcher mon instinct de mère de s’inquiéter. S’il leur était arrivé quoi que ce soit, je pense que je ne m’en serais jamais remise, et Hanegard ne me l’aurait probablement jamais pardonné.

    Comme chaque soir je rejoignis Jasuhin dans la Grande Salle. Le repas avait été servi et le vieil homme mangeait en bout de table en lançant de temps en temps de la mie de pain à Aile. Il avait l’air moins fatigué qu’à son arrivée. Les quelques jours passaient au Tertre semblaient lui avoir fait le plus grand bien. M’installant près de lui, je fis un effort pour mettre mon inquiétude de côté et pour penser à autre chose.


    « - Bonsoir Jasuhin. J’ai vu les derniers détails de notre voyage avec Kaïn aujourd’hui. Ils se tiendront près dès que nous souhaiterons partir. »

    Ma voix dérailla légèrement sur la fin de la phrase. Je m’en voulais de retarder le vieil homme dans ses projets, il ne devait pas avoir que ça à faire. Ce fut Aile qui me remonta le moral en sautillant sur la table vers moi pour me picorer le bout de l’ongle affectueusement. Un sourire étira mes lèvres et tout d’un coup le moineau s’envola en gazouillant pour se poser sur l’épaule de Jasuhin. Qu’est-ce qui avait bien pu l’effrayer ? Haussant un sourcil surprise, je sentis au même moment qu’on tirait sur ma robe. Lorsque je me tournais légèrement en arrière, je crus que mon cœur allait exploser de bonheur lorsque je vis la bouille de mon fils me regarder avec ses lèvres tremblotantes. Il semblait sur le point de fondre en larme mais faisait tous les efforts du monde pour ne pas craquer. Je levais les yeux vers la porte et vit Kaïn debout dans l’entrée qui me fit un salut de la tête avant de tourner les talons. Ma fille déboula quelques secondes après en réclamant elle aussi mon attention. Prenant Dastan sur mes genoux, je fis signe à Liliana de s’installer sur le banc entre Jasuhin et moi.

    Après avoir plaqué des dizaines de baisers sur chacune de leur joue, je me tournais vers le Grand Prêtre complètement aux anges.


    « - Je vous présente ma fille Liliana et mon fils Dastan. Dites bonjour à Jasuhin. »

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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 7 Mai 2013 - 7:52

Les prières n’étaient pas terminées quand l’étrange couple s’éclipsa de la salle de prière. Fatigué mais ravi de sa rencontre, Jasuhin raccompagna sa nouvelle amie jusqu’à ses appartements. Il rencontra alors la garde rapprochée de la jeune femme. Une rapide présentation aux hommes d’Hanegard, une bonne nuit souhaitée sous la protection de Néera et la promesse de se revoir le lendemain soir. Puis, le vieil homme regagna la Grande Salle. De là, il regagna les moines en train de psalmodier des chants pour implorer l’aide et la protection de Néera. Il joignit sa voix au leur. Il voulait remercier Néera de la précieuse et extraordinaire rencontre qu’il venait de faire.

[...]


« - Vous savez, nous ne sommes plus guère nombreux à cette tâche. Nous recopions moi et quelques frères copistes les textes les plus dégradés, mais la tâche est désormais trop grande pour nous dorénavant. Nos prédécesseurs ont laissé tellement d’ouvrages ... Bref, venez, vous verrez par vous-même. »

Jasuhin acquiesça et suivit le frère copiste à travers son domaine. De nombreux chevalets étaient alignés près des larges fenêtres creusés dans la pierre. Quelques écritoires étaient disposées à proximité. Aile sautilla sur l’un d’entre eux. Il laissa ses empreintes de pattes sur la poussière qui ne cessait de s’accumuler. Cependant, malgré l’état de vieillesse apparent, l’endroit était encore bien entretenu et sur quelques tables, on constatait que les moines continuaient leur tâche, inlassablement.

Jasuhin se pencha sur un des chevalets et admira une superbe enluminure. La lettre N s’étendait sur près de la moitié de la page. A l’intérieur de la lettre, de véritables scènes de la vie quotidienne, encadrée par les moines du Tertre. Un travail de patience et de longue haleine. Le grincement d’une porte le tira de son observation. Le frère copiste n’avait pas remarqué l’arrêt de Jasuhin. Il continuait de parler en regardant droit devant lui.

« - Vous trouverez ce que vous cherchez devant vous. Attendez, je vais faire un peu de lumière, pour que vous puissiez voir. »

Le frère ferma les yeux, récita une prière et sa main irradia légèrement. La lueur était cependant suffisante pour se guider dans la pièce et atteindre l’énorme vantail qui cachait la fenêtre. Il empêche l’humidité et la lumière de passer, afin de préserver les ouvrages les plus vieux.

« - Que cherchez-vous comme ouvrage déjà ?

- Des témoignages sur la fondation du Tertre ; et puis, quelques ouvrages plus précis sur les dons donnés par le Déesse. Notamment sur la Foudre. »

[...]

Les journées passèrent rapidement. Entre les recherches de Jasuhin à la bibliothèque, les séances de prières, ses soirées avec Jena ... Bref, le vieux prêtre avait passé une semaine des plus intéressantes. Il avait également eu le temps de se reposer et de reprendre des forces. La présence de la jeune femme, jeune et intelligente, le régénérait et le rassurait sur ses choix. Alors qu’il était attablé à un bout d’une des gigantesques tables de la Grande Salle, en train de manger un ragoût de lapin, Aile piailla et montra des signes d’agitation. Le prêtre tourna la tête et accueillit la jeune femme avec un sourire. Alors qu’il lui fit signe de s’asseoir et signala à un moine de lui amener une autre assiette, tout s’enchaîna très vite.

Il sentit dans la voix de la jeune femme une certaine appréhension, une gêne même. Bien qu’ils en aient parlé plusieurs fois, Jasuhin sentait que Jena s’en voulait de retarder tant son départ. Le prêtre avait beau lui expliquer qu’il n’était pas pressé, elle ne cessait de lui dire qu’elle était désolée de lui imposer cette attente. Le prêtre se doutait également qu’elle était tendue. Ces enfants n’étaient pas encore arrivés, et ces nerfs étaient mis à rude épreuve.

Aile remplaça la parole de Jasuhin par des gestes précis et attendrissant. Le petit moineau vint s’approcher de la main de Jena et lui picorer l’ongle. Un geste d’affection qui montrait que l’oiseau considérait cette femme comme une amie proche. Toutefois, la réaction subite du moineau interrogea Jasuhin. En levant la tête, il comprit pourquoi.

Un tout jeune garçon s’était faufilé dans le dos de Jena et lui tenait le bas de sa robe. Le regard de Jena trahissait ses émotions mais également sa filiation. Elle avait parlé de sa ressemblance avec ses enfants à Jasuhin, mais le prêtre n’imaginait pas qu’elle était telle. Il sourit à la scène d’émotion qui se déroulait devant ses yeux. Il ferma les yeux une seconde et pria Néera pour que cette famille soit épargnée par les malheurs de la vie. En les rouvrant, une petite fille s’était jointe à la partie endiablée de baisers échangés entre la mère et ses enfants. Aile s’était repliée sur un coin de table, tout proche de son maître. Il piailla en regardant son maître, qui lui caressa la tête et lui fit un clin d’oeil.

La voix de Jena avait changé. On sentait qu’elle était heureuse et rassurée d’avoir retrouvé le fruit de ses entrailles. Elle les présenta au prêtre, et les enfants esquissèrent un timide bonjour à ce personnage encore inconnu d’eux. Jasuhin dévoila un sourire entre sa barbe et leur répondit d’un ton doux et tranquille.

« Bonjour Liliana, bonjour Dastan. Je suis enchanté de faire votre connaissance. Votre mère m’a beaucoup parlé de vous, vous savez. Vous lui ressemblez beaucoup d’ailleurs.
Laissez moi vous présenter un de mes plus fidèles amis.

Il siffla et Aile vint se poser sur sa main gauche.
Il se nomme Aile, et c’est un moineau qui m’accompagne depuis de nombreuses années. Aile, dit leur bonjour.
Le moineau sautilla jusqu’au bord de la main de Jasuhin. Il pencha sa tête, puis piailla plusieurs fois en direction des enfants. L’oiseau semblait rassuré et ne craignait plus la présence de ces nouveaux personnages.
Vous voulez lui donner à manger. Tenez, prenez un peu de mie de pain et donnez lui, vous verrez.
Tandis que les enfants amadouaient l’oiseau, Jasuhin fit signe à un moine d’amener deux assiettes de plus pour les enfants.
Vous devez avoir faim après une telle route. Venez vous asseoir entre nous deux, vous nous raconterez comment s’est déroulé votre séjour, et puis, nous vous dirons pourquoi vous êtes venus ici. »

Le regard bienveillant et le sourire malicieux du prêtre invitait à la confiance. Les enfants s’asseyaient entre les deux adultes, sous le regard maternel de leur mère.


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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 7 Mai 2013 - 13:55

    Mon fils refusa catégoriquement de quitter mes genoux, en revanche il voulut lui aussi jouer au jeu de « donner à manger au moineau ». Liliana et lui se regardaient en riant chaque fois qu’un morceau de mie disparaissait dans le bec d’Aile. La fillette attrapa la petite main de son frère et lui fit un grand sourire tandis que Dastan se laissait tomber en arrière contre ma poitrine.

    « - Il a pas arrêté de pleurer depuis que Papa et toi vous êtes partis. »
    « - C’est pas vrai »
    « - Si c’est vrai ! »
    « - Non c’est pas vrai ! »
    « - Moi aussi j’ai pleuré, sauf depuis qu’on est partit de la maison. »
    « - Il est où Papa ? Veux voir Papa aussi. »

    Par Néera qu’ils m’avaient manqués ! J’adressais un sourire amusé à Jasuhin en espérant que leur chahut ne le dérangeait pas trop. Il m’avait déjà confié qu’il adorait la présence des enfants, et bien que les miens soient relativement sages, il fallait reconnaître qu’ils pouvaient être épuisants par moment.
    Tandis qu’un moine déposait deux nouvelles assiettes devant eux, j’entendis ravie ma fille le remercier avec un grand sourire. Et bien voilà, elle était capable de se montrer pleine de bonnes manières quand elle le voulait. Attirant sa petite tête vers moi je déposais un baiser dans ses cheveux en souriant. Dastan posa sa main sur mon menton pour attirer mon attention et il me demanda avec sa petite lèvre tremblotante où était son père. Bonne question chéri !


    « - Papa est en voyage, chéri. Mais nous aussi on va voyager. Jasuhin a accepté qu’on l’accompagne. Tu verras se sera amusant ! Maintenant mange un peu. »

    Le petit garçon sembla sur le point de fondre en larmes quand je lui annonçais que son père n’était pas là. A vrai dire moi aussi j’avais envie de pleurer. Mais pas devant les enfants ! Liliana mangeait avec appétit tout en gavant le pauvre moineau. Mon sourire s’étira et je me tournais vers le Grand Prêtre.

    « - Puisque nous sommes tous là, nous pourrons partir dès que vous le voudrez Jasuhin. Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez en venant au Tertre ? »

    Le vieil homme m’avait expliqué rapidement ses recherches sur le Tertre et j’espérais sincèrement qu’il avait trouvé les réponses à ses questions pendant la semaine qui venait de s’écouler. Je passais la main dans les cheveux bruns de mon fils en le regardant s’appliquer à manger. Toute mon angoisse s’était envolée en les voyant arriver. Maintenant je pouvais m’atteler pleinement à cette mission que j’avais accepté de partager avec Jasuhin. Eux avec moi je me sentais plus forte.

    « - Au fait, nous avons longuement parlé ce voyage mais quel est votre premier objectif ? »

    Je ne l’avais jamais trop interrogée sur ses plans, après tout, les personnes de son âge et de son statut aiment souvent faire des mystères. Jasuhin ne devait pas être bien différent ! Cependant je m’interrogeais tout de même sur la première étape de son plan.
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Jasuhin le Humble
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Ven 10 Mai 2013 - 8:47

« - Oui, je crois. J’ai du chercher dans des ouvrages dont la rédaction doit remonter à la naissance de mon arrière grand-père, mais j’ai finalement trouvé quelques informations sur des sorts liés à la maîtrise de la foudre. J’ai eu l’autorisation express du responsable de la bibliothèque pour recopier ces données, mais ces dernières sont encore lacunaires ... Je vais avoir encore de belles heures de réflexion devant moi. »

Il regarda les enfants qui terminait de finir leurs assiettes. La route devait les avoir affamés vu la vitesse à laquelle ils avaient engloutis le plat principal, une poule au pot accompagné de légumes divers. Aile s’était familiarisée avec les nouveaux venus, et encore un peu plus, le moineau deviendrait une véritable petite boule de plume, toute ronde. Jasuhin sourit en voyant le moineau qui commençait à dédaigner les miettes de mie que lui lançaient Liliana et Dastan. De sa voix enjouée, il prévint les enfants.

« - Doucement les enfants, vous allez me faire exploser Aile si vous continuez ainsi ! Elle a un tout petit estomac, et je crois que vous l’avez rassasié pour la soirée. Aile, si tu remerciais ces gentils enfants ? »

Le moineau tourna la tête vers Jasuhin, cligna des yeux, avant de se diriger en sautillant vers les assiettes vides des enfants. Il piailla plusieurs fois, tout en baissant sa petite tête dans son plumage. Puis, elle vint picoter légèrement le bout d’ongle de Liliana. Le moineau attendait la réaction de la jeune fille et de son frère.

« - Je crois que j’ai terminé ce que je devais faire ici. Et vous, Jena ? »

Pensif, il regarda les enfants quelques secondes avant de sourire.

« - Je n’ai pas rencontré la Pèlerine, mais j’ai rencontré une personne tout aussi formidable et importante. Néera voulait que je vous rencontre, vous et vos enfants. Peut-être que mes pas feront que je croiserais de nouveau l’ancienne gardienne dans un autre lieu, un autre temps. Bref, je m’égare. Pour notre voyage ... »

Il n’eut pas le temps de commencer sa phrase, un moine venant l’interrompre pour débarrasser les assiettes. Il demanda si la petite troupe désirait un dessert, notamment pour les enfants. Une tarte aux pommes et une autre aux abricots furent alors amenées sur la table. Tandis que Jasuhin les découpait, les enfants se chamaillaient pour savoir quelle tarte il prendrait. Jasuhin attendit patiemment que leur mère les départage, avant de les servir. Il se prit pour lui-même une part de tarte à l’abricot.

Il commença à la déguster, et se rendit compte de son acidité. Il fit une légère grimace mais termina tout de même son assiette. Apparemment, la mimique de son visage devait être ridicule, au vu des pouffements de rire des deux enfants à son égard. Il sourit et reprit ses propos.

« - Comme nous sommes bien au Nord de la péninsule, je ne souhaite pas nous aventurer avec vos enfants plus haut. La région est encore instable et je ne souhaite pas vous faire courir le moindre risque.

Je pensais me diriger donc vers le Sud, et gagner les terres de la baronnie d’Olyssea. Nous pourrions y faire un court séjour, afin de rencontrer les élites locales, mais également les grands prêtres locaux.

Puis, à partir d’Olyssea, je souhaitais gagner les terres du duché d’Erac. Nous gagnerions Mons, Néris, puis Ancennis. Ici, nous pourrions rencontrer le grand prêtre responsable du temple de Primeprestre. Je l’ai déjà rencontré et j’aimerai voir s’il peut soutenir mon projet.

Par la suite, nous gagnerons les terres de Hautval, avant de faire le tour des Monts Corbeaux et redescendre vers la plaine d’Erac. Nous séjournerons dans mon ancienne prêtrise, avant de gagner la nouvelle, en Berthold.

En prenant notre temps et s’en trop forcer les montures et les hommes, je pense que le tout est réalisable en moins de trois semaines. Qu’en pensez-vous ?
»


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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Lun 13 Mai 2013 - 11:03

    C’était toujours un régal d’écouter Jasuhin, même les enfants semblaient captivés. Lorsqu’il déclara qu’il n’avait plus rien à faire au Tertre, je lui adressais un sourire qui voulait dire « moi non plus ». Il évoqua l’ancienne gardienne et un instant je pensais à ma rencontre avec elle. Non, moi non plus je n’avais plus rien à faire au Tertre, j’avais envoyé une missive au Grand Prêtre à Alonna pour lui raconter mon entretien avec elle et pour lui parler du projet de Jasuhin que j’entendais aider. Lorsque le vieil homme parla d’une personne importante qu’il avait rencontrée ici, je le fixais en l’interrogeant du regard. Voilà une chose qu’il m’avait cachée lors de nos entretiens, et finalement je sentis mes joues s’embrasaient lorsque je compris qu’il parlait de moi. Je ne m’étais jamais vue comme une personne importante, je n’avais jamais oublié mes années de servitude auprès de Dame Camelia, ni de la petite maison que j’avais habité avec mes parents. Si j’avais un jour atteint un rang supérieur, c’était seulement parce que j’étais tombée amoureuse de mon époux. J’avais connu les largesses d’une vie à l’abri du besoin, j’avais connu le faste des Cours de la Péninsule, les belles parures, les beaux bijoux… Mais je n’avais jamais été aussi heureuse que le jour où Hanegard m’avait annoncé son intention d’abdiquer. J’avais su à cet instant que je l’aurais enfin pour moi tout entier, que je ne le partagerais plus avec une baronnie… Bon, à l’heure actuelle il était sur un bateau et ne comptait pas revenir avant des mois… et en compagnie d’un Comte….Bref.

    Reportant mon attention vers Jasuhin, je le regardais découper les deux tartes devant mes enfants salivant d’envie. Alors qu’ils se disputaient pour savoir laquelle ils prendraient, je tranchais en leur disant que Dastan prendrait celle aux pommes et Liliana celle à l’abricot. Une fois les parts dans l’assiette, je recoupais en deux chacune d’elle et déposais une moitié de chaque dans leurs assiettes. Ma fille me fit un grand sourire, ravie de pouvoir goûter des deux tartes.
    Sauf que voilà…. La grimace de Jasuhin les fit rire et aussitôt ils voulurent eux aussi mangé de la tarte aux abricots pour se regarder grimacer… Je dois reconnaître que c’était très amusant !
    Jasuhin retrouva son sérieux et me détailla le plan de notre voyage. Olyssea, Erac, Mons , Néris, Ancenis, Hautval, à nouveau Erac et enfin Berthold… La balade s’annonçait longue…

    Je manquais de m’étouffer avec ma gorge d’eau fraîche lorsque le vieil homme m’expliqua qu’en trois semaines cela devrait être réglé ! Trois semaines ? Pour faire toutes ses villes ? Oui cela aurait été possible s’ils avaient tenus le rythme régulier de cavaliers expérimentés mais sans vouloir vexer mon supérieur, je doutais qu’il puisse tenir une journée à un tel rythme. Idem pour mes enfants.


    « - Trois semaines… cela me semble bien peu pour rendre visite à toutes ses personnes. Il ne faut pas oublier qu’on peut nous faire patienter plusieurs avant d’accepter une entrevue. Même en tant qu’ancienne Baronne je n’ai pas le pouvoir de nous ouvrir les portes en grand dès notre arrivée. Il faudra patienter peut-être un jour ou deux dans chaque auberge. Et puis ne vous vexez pas Jasuhin, mais pour faire ce trajet en trois semaines il faudrait cravacher sévère, nous arrêter qu’une journée maximum et dormir à la belle étoile trop souvent. Pourriez-vous tenir un tel rythme ? En tout cas, eux j’en doute. »

    Je caressais doucement les cheveux de Dastant qui terminait sa tarte. Après la dernière bouchée il se laissa tomber en arrière pour s’appuyer contre moi. Cet enfant était insatiable de câlins, j’avais toujours pensé que c’était à cause de la violence de son accouchement qu’il cherchait constamment à être en contact avec son père ou moi. Le berçant doucement, je repris un ton plus bas en espérant qu’il s’endormait sans trop faire d’histoire.

    « - En journée nous n’avancerons pas rapidement, et le soir je préfèrerais éviter de dormir dehors. Les nuits vont en se rafraichissant et je veux les savoir dans un lit, au chaud. Je pense qu’on peut plutôt partir sur quatre semaines pleines en sachant qu’on pourrait dépasser ce délai. Après tout Néera ne souhaite sûrement pas nous tuer à la tâche n’est-ce pas ?! Sa volonté sera accomplie même si nous prenons une semaine de plus ! Et ne vous faites aucun souci pour les frais de notre voyage. Ça aussi c’est l’un des avantages d’avoir été Baronne ! »
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MessageSujet: Re: Prières et rencontres sous un grand chandelier   Mar 21 Mai 2013 - 6:44

Il sourit à la tête grimaçante des enfants qui mangeaient eux aussi une part de la tarte à l’abricot. Jasuhin eut du mal à décider lequel des deux faisaient la pire grimace. C’est sur ses rires que Jena interpella Jasuhin sur le futur voyage du petit groupe. Si la jeune femme semblait d’accord sur le futur itinéraire, elle se montra réticente sur le temps de parcours estimé par le prêtre. Il est vrai qu’il était ambitieux et il se rendit compte qu’il n’avait pas pris en compte l’effort important pour les deux enfants de Jena. La mère jeta de nouveau un coup d’œil sur sa progéniture avant de reprendre. Elle avait raison, d’autant plus que Jasuhin n’était pas pressé par le temps. Du moins pour l’instant. La Déesse était partout de toute façon, et elle accompagnait les pas de chacun de ses fidèles.

Jasuhin jeta un nouveau regard sur la mère et ses enfants. Une triste pensée lui traversa l’esprit. Il n’avait pas connu cette joie si intense d’être parent. Beaucoup de difficultés mais tellement de bonheur offert au quotidien. Il se souvenait des couples qu’il avait pu aider à enfanter dans le passé, de l’assistance qu’avait offert la Déesse à certains hommes et certaines femmes. Lui, il ne connaîtrait jamais cette chance. Pas que l’ordre des Cinq lui interdisait. Mais il s’était juré à lui même de se donner corps et âme à la Déesse. Et une compagne et un enfant aurait difficilement trouvé sa place dans son quotidien. Il secoua la tête, se rendant compte que Jena venait de terminer. Il hésita quelques secondes, tentant de se souvenir de ce qu’elle venait de dire.

« - Vous avez raison, Jena, j’ai fait des calculs qui sont bien trop ambitieux. Et pour vos enfants, et peut-être pour moi. Nous prendrons notre temps. Je ne suis nullement pressé. J'ai laissé quelques amis sur place, pour commencer le projet du monastère … Et la Déesse ne les aura pas fait disparaître d'ici là ! »

Il sourit aux enfants qui commençaient à montrer des signes de fatigue. Le voyage combiné aux retrouvailles de leur mère les avait épuisés. Tandis qu’il baillait, Jasuhin les désigna d’un signe de tête bienveillant.

« - Ils m’ont l’air d’être épuisé par toutes ces péripéties. Un sommeil réparateur en compagnie de leur mère leur fera le plus grand bien. Venez, approchez les enfants, et vous aussi Jena. Je vais vous bénir pour faciliter votre repos. En espérant qu’il soit propice aux songes réconfortants et réparateurs. »

Jasuhin tendit ses deux mains vers les enfants et Jena, et psalmodia d’une douce voix une prière pour inciter la Déesse à leur accorder le repos. Il se concentra en fermant les yeux, sa respiration se fit régulière et il sentit la douce énergie de la Déesse coulait en lui. Aile vint rejoindre son épaule, augmentant ainsi le pouvoir magique. Il fit légèrement briller ses mains d’une chaleur réconfortante, rouvrit les yeux et bénit les enfants. Si Liliana avait hérité de sa main vierge, Dastan lui avait en face de lui sa main noire et brulée. Il se laissa tout de même faire, avec une moue de réticence et de curiosité. Jasuhin vit la perplexité du jeune garçon.

« - Aucune inquiètude à avoir les enfants. Néera accompagnera vos songes cette nuit, afin qu’il soit doux et réconfortant.

Quand à cette main ... Elle t’intrigue, n’est-ce-pas Dastan ? Elle est le témoin d’une longue histoire. Une histoire trop longue pour être contée ce soir en tout cas. Mais demain, je vous raconterai son origine. En attendant, allez-vous coucher. Vous en avez bien besoin.
»

Joignant le geste à la parole, Jasuhin se leva et raccompagna Jena jusqu’à la porte de la salle. Il lui proposa de partir demain matin, en début de matinée. Pas trop tôt pour que les enfants puissent être bien réveillés et frais pour la journée de route. Il remercia Jena pour son implication, puis la regarda partir avec ses enfants.

Jasuhin gagna la salle de prière, et joignit sa voix à celle des autres moines. Il avait commencé à sympathiser avec quelques uns, notamment un vieux moine à la panse bedonnante. Il échangea quelques mots avec lui, avant de tourner sa voix, ses yeux et son esprit vers Néera.

[...]

Il se tourna vers l’imposante muraille une dernière fois. L’hiver n’était pas loin. Une brume entourait le Tertre, lui donnant un air lugubre. Elle semblait surgir du néant, tel un phare guidant les pas des Hommes à travers l’Histoire. Un rire le tira de sa contemplation. Les enfants jouaient avec Aile. Il tentait d’attraper le petit moineau, mais il se montrait trop agile pour les deux paires de mains des enfants. Un sourire sur les lèvres, il se détourna du château, et gagna d’un pas rapide le groupe qui s’éloignait dans le brouillard matinal.


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