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 Lvmen Fidei

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MessageSujet: Lvmen Fidei   Ven 6 Mai 2016 - 2:11

"Madame. La Gardienne de Néera est à Cantharel."

"Je le sais bien. Un instant, je vous prie..."


Judith d'Hardancour leva un doigt, demandant un petit temps d'attente afin de terminer la lettre qu'elle avait commencé. Elle leva alors les yeux, et s'étonna de voir qui était son interlocuteur.

"Père Edwald,
fit-elle au prêtre d'origine arétane avec un air amusé, annoncer les invités n'est guère de votre ressort. Nous avons des hérauts, des pages, voire même des ga-"

"Au risque de vous manquer de respect, je me dois de vous interrompre; Godfroy votre mari-"


"A reçu madame Kastelord de manière on ne peut plus officielle, de ce que l'on m'a conté. Nous parlons ici d'un fervent prieur et religieux, mon père. Il eût été inconvenant de le priver du conseil des précieux conseils et augures du vaisseau de la Damedieu."


Mais tandis qu'elle disait cela, elle se demandait qui tentait-elle de convaincre. Son mari était du genre à gratter son entre jambe devant le Roy lui-même; il ne fallait être guère choqué par ses écarts de comportement, même devant une si illustre présence.

"Madame... Monsieur de Saint-Aimé s'est exprimé dans des termes particulièrement outrageant envers Néera et sa Gardienne ! Et croyez-moi d'expérience, une Gardienne qui parle de punition n'est guère rassurant pour l'avenir du marquisat."


Un narrateur omniscient pourra facilement se référer à la partie mentionnée par le père Edwald et se rendre compte que l'affirmation dont il parle était en réalité dénuée de menace, mais à la place de Judith, c'était une autre paire de manches. La révélation du père Edwald était assez très inquiétante.

"Voilà qui est fâcheux, en effet. Puis-je faire quelque chose pour y remédier ?"

"Eh bien, peut-être pourriez-vous demander audience à la Gardienne, qui loge au Temple. Vous êtes bien plus raisonnable que votre mari !"


Edwald était d'un naturel assez sanguin, mais Judith se devait de lui rappeler son rang, même si cela lui répugnait. Elle préférait lorsque la roture parlait librement, mais elle ne pouvait permettre au père Edwald de manquer de respect au marquis devant sa propre femme; une certaine distance était de mise.

"Faites attention à modérer vos propos la prochaine fois, mon père. Je comprends votre détresse, mais il y a nulle raison de tenir des propos blessants à l'encontre de mon mari notre marquis. Mais j'ai bien saisi ce que vous m'avez dit, et j'irai voir la Gardienne tout à l'heure. Portez-vous bien, mon père."

Le prêtre la salua humblement avant de quitter son bureau. Judith, pensive, éteignit sa chandelle, rangea sa plume et partit rejoindre ses appartements où elle se prépara à sortir. S'habillant humblement, de noir et d'une simple cape, elle rejoignit les gardes, ceints également d'une cape. Il s'agissait de se rendre discrètement au temple, et non pas d'afficher ostensiblement sa piété - du moins, pas ce jourd'hui. Ils se mirent en marche jusqu'au temple. L'un des gardes s'apprêta à l'annoncer, mais Judith leva un doigt en signe de silence, avant de s'adresser à l'un des frères affairé dans un coin du temple.

"Excusez-moi, mon père, je cherche la Gardienne. Nous sommes ici pour lui demander audience, si elle le veut bien."
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Sam 7 Mai 2016 - 7:15


Le jeune prêtre cessa son activité pour se tourner vers la personne qui venait de s'adresser à lui. Un sourire bienveillant éclairé son visage et il salua d'un signe de tête la Dame qui lui faisait face. Son regard balaya ensuite le groupe d'homme qui la suivait. Elle devait être de rang important pour se faire ainsi escorter jusqu'au temple. Lorsqu'elle demanda si elle pouvait être reçu par la gardienne, le jeune homme retint un soupir. L'Elue de Néera n'était ici que depuis deux jours et il ne se passa pas une heure sans que quelqu'un vienne solliciter un moment avec elle.

« - Suivez moi  Ma Dame, je vais vous conduire à elle. Vos gardes peuvent rester ici. Vous n'avez pas à craindre pour votre sécurité ici. »

Le garde entraîna la Dame jusqu'à une petite cour entourée d'arcade ombragée. Au milieu se trouvait un grand arbre sous lequel il savait qu'il trouverait la Gardienne.
* * *

Depuis notre arrivée à Sainte Berthilde, j'avais rencontré de nombreuses personnes. Du simple villageois, au petit bourgeois du quartier commerçant en passant par l'épouse d'un vassal. J'avais écouté leurs mots, leurs prières et j'avais tâché de les aider. L'une était désireuse de comprendre pourquoi son mariage n'avait jamais été béni par la naissance d'un enfant, l'autre voulait  soulager sa conscience. Lorsque ma magie me le permettait alors il me suffisait de les toucher pour savoir que je pouvais guérir la stérilité de l'épouse et apaiser l'âme du vieux soldat.
J'avais enfin trouvé un peu de solitude dans la cour du Temple, sous le grand chêne. L'endroit était agréable, ombragé, mais lumineux. Enfin... c'était l'impression qu'il me faisait étant donné que je ne pouvais pas le voir de mes propres yeux.

J'avais posé mes mains en coupe sur mes cuisses et je priais. Du moins je lui parlais. C'était une chose bien différente pour moi à présent. Lorsque je n'étais qu'une prêtresse parmi les autres j'avais longtemps prié sachant que mes paroles monteraient jusqu'à elle sans avoir la certitude qu'elle les entendrait et en sachant qu'il était peu probable qu'elle me réponde. J'avais appris, comme mes frères, à voir les signes qu'elle pouvait nous envoyer. Mais à présent, depuis que sa voix avait résonné dans mon esprit la première fois, c'était différent. J'avais l'impression de lui parler directement. Bien elle ne répondait pas toujours, rarement d'ailleurs, mais je savais qu'elle entendait.

Comme toujours je lui demandais de veiller à la santé de mes enfants et de mon époux, de veiller sur mon âme et de m'aider à porter le poids de l’Équilibre et du Choix. Le Conclave approchait et il me faudrait effectuer la tâche qu'elle m'avait confié de longs mois auparavant alors que je me trouvais dans une grotte perdue au milieu d'Anaëh.

Des bruits de pas résonnèrent sur les dalles sous les arcades. J'entendis un prêtre demander à quelque de patienter un moment puis il s'approcha de moi. Il dut sûrement s'incliner, même si ce genre de chose était parfaitement inutile avec moi, puis il se redressa et conserva son regard baisser.
J'étais toujours surprise de « savoir » ce genre de détail. Tout le reste m'était totalement inconnu : comment était-il habillé ? Etait-il blond ? Roux ? Se tenait-il droit comme un i ou légèrement incliné ? Tout cela j'étais incapable de le savoir pourtant... je savais qu'il ne me regardait pas. Que ses yeux étaient rivés sur l'herbe près de mon pied droit.


« - Dame Jena, je suis navrée de venir troubler vos prières mais vous avez une visite. Puis-je la faire avancer ? »

J'étais surprise qu'il ne m'en dise pas plus sur cette « visite » mais peut-être n'avait-il tout simplement pas demandé à la personne de se présenter. Heureusement pour lui, Frère Ulrich n'était pas dans les parages pour le sermonner. Je me contentais de lui sourire et de hocher la tête. J'entendis ses pas s'éloigner puis revenir accompagner de ma fameuse visite. Je me levais pour accueillir l'inconnue comme il se devait.

« - Gardienne, je vous présente... euh... je vous présente Dame... »
« - Merci Frère Luis. Laissez-nous, nous nous chargerons des présentations nous même. » J'adressais un sourire au prêtre puis tournais mon regard voilé vers la femme qui se tenait à ses côtés. Une fois de plus mon regard trouva le sien et je lui souris. « - Voulez-vous vous asseoir avec moi ? » Tandis que le prêtre s'éloignait, j'indiquais le banc derrière moi d'un geste de la main pour compléter mon invitation verbale. « - Vous souhaitiez me rencontrer ? Que puis-je faire pour vous ? »
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Sam 7 Mai 2016 - 18:24


Judith hocha la tête et s'assit en face de Jena, non pas à l'ombre du grand chêne, mais sous le soleil, en face d'elle. Les yeux éteints de Jena semblaient fixer un point au-delà de cet univers, et son sourire poli rassurait et apaiser les craintes de Judith quant à une éventuelle et future apocalypse.

"Oui, en effet, je..."

La marquise se rendit alors compte que personne ne l'avait annoncée. Aussi parlait-elle à la Gardienne en parfaite étrangère. Car tels étaient les aléas du destin ; pour quelques mots de précision supplémentaire de la part du prêtre, la conversation s'en serait réduite à de plates excuses, mais déjà la pensée profonde de Judith se déversa de ses lèvres sans qu'elle put l'arrêter.


"J'ai ce projet sur le coeur depuis longtemps déjà, chère dame.  Je vous remercie de m'avoir accordé de votre précieux temps. Bien qu'il me répugne d'user de ce procédé avec le commun des gens, Permettez-moi d'abord de me présenter comme une femme à l'âme mortelle parmi les mortels, née en Péninsule et remerciant la Damedieu pour la bonne vie que je vécusse et vis encore. Souvent ai-je discuté avec les prêtres, de commandements et de paraboles, mais une question m'est venue à qui nul n'a daigné répondre."


Ou plutôt, à qui nul elle a daigné posé. Une vague brise s'éleva, et elle en profita pour prendre une longue inspiration. Les feuilles s'agitèrent légèrement. Judith se souvint que, durant son enfance, son père lui avait expliqué que le bruissement des feuilles n'étaient nul autre que les prières de l'arbre à la Damedieu. Telle était l'ignorance de certains, qui attribuaient à Néera les attributs d'autres dieux. Ce n'était qu'après avoir lu un livre sur la cosmogonie qu'elle apprit le véritable rôle des Cinq... Mais alors un évènement arriva qui fit le vide dans son coeur, elle qui fut très pieuse depuis son plus jeune âge et qui est encore une prieuse assidue, ne parvenait plus à trouver l'espoir et l'inspiration qu'elle trouvait autrefois dans les commandements du Dogme.


"Le Choix est-il bon pour l'homme ?
demanda-t-elle enfin. Nos Démiurges nous ont-ils créé avec la volonté de nous unir ? Des carrières et des collines, nous fîmes châteaux et hameaux. Des forêts, nous créâmes les champs, et de nos terres nous instaurâmes les baronnies, les empires, les royaumes. Mais quel Choix y avait-il ? Ce fut notre instinct qui poussa les premiers hommes à s'unir. Et ce fut l'ambition d'une minorité qui imposa son ordre à la majorité. Et cejourd'hui, chacun est condamné à se comporter comme son rang le sied. Et cela fut bon, durant un temps. Unis sous une même bannière, les hommes construirent de grandes choses. La prospérité des pharétans et des nisétiens fut telle que Soltariel n'est qu'une ombre de ce glorieux passé, alors que cette dernière est sans doute le paradigme de la Péninsule sur les plans tant commerciaux que politique. Et puis, tout récemment, la royauté dont nous fûmes les brefs contemporain, dame Jena. L'harmonie y régnait, la paix également. Mais bientôt nous nous désunîmes. Diantra fut dévastée, et notre cher pays de Sainte-Berthilde ne fut épargnée... Mon fils également, Madame. J'ai perdu mon fils aîné car les dirigeants eurent le choix, au lieu de subir l'ordre. Je viens à vous repentante, et en priant de me pardonner, Gardienne, car j'ai peur de croire qu'entre les pulsions égoïstes et l'altruisme, il n'y ait point de Choix qui tienne."

Elle se tint droite, le soleil flagellant sa robe noire de sa fureur ultraviolette. Elle prit une grande bouffée d'air, réalisant peu à peu ce qu'elle venait de faire. Le blasphème était une chose grave et passible de disgrâce, mais offenser les Dieux et leurs Gardiens était une chose absolument inconcevable. Comment avait-il pu faire cela ? Et pis encore, comment avait-elle pu proférer ces propos sur un ton et un air absolument imperturbable, avec pour seul trait d'expression des yeux humides à la mention de son fils ?
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Mer 25 Mai 2016 - 11:14


Pas de présentation donc. Soit, ce n’était pas vraiment un problème, même si c’était toujours plus agréable de discuter avec une personne dont on connaissait au moins le prénom. Néanmoins le choix des mots et le ton posé me permirent de reconnaitre là le phrasé des gens de noble naissance. J’étais donc assise en face d’une femme de la haute société de Sainte Berthilde, qui ne désirait pas, ou avait tout simplement omis de se présenter. Je conservais mon sourire tandis que j’écoutais la teneur de ses paroles.
La Dame s’interrogeait, et par sur n’importe quoi. Sur l’essence même du Choix. Lorsque j’avais intégré le temple de Néera à Alonna, je m’étais longtemps posée la même question. Et encore aujourd’hui, parfois, quand je me sentais impuissante face aux horreurs qui ravageaient la Péninsule. Je m’étais longtemps demandée pourquoi les Dieux n’intervenaient pas, pourquoi Néera s’était détournée des Hommes en les laissant s’entredéchirer pour un trône vide. Je l’avais même interrogé à ce sujet et sa réponse avait été sans appel. Et je la comprenais à présent.
J’écoutais jusqu’au bout, sans l’interrompre, et je perdis mon sourire lorsqu’elle évoqua la mort de son fils. Personne ne devrait avoir à subir la mort de son enfant, ce genre de drame avait de quoi faire douter le plus fervent croyant. Pourtant ce n’était pas vraiment cela qu’elle évoquait à présent. Le Choix était-il bon pour l’Homme ?
Existait-il seulement une réponse à cette question ?


« - Le Choix était-il bon pour l’Homme ?» Je répétais sa question à voix haute, laissant passer quelques secondes avant de reprendre. « - Je comprends que vous vous posiez cette question, surtout après les récents événements. Qu’attendez-vous de moi exactement Femme à l’âme mortelle parmi les mortels ? Une réponse nette, la fin de vos interrogations ? Que j’efface tous vos doutes ? Je ne puis vous promettre une telle chose bien que je l’aurais peut-être préféré. Mais je vais essayer tout de même.
Vous évoquez le Choix, moi je vais vous parler de l’Equilibre. La Damedieu nous a confié les rênes de notre destin, Elle connait le cœur des Hommes, probablement mieux que nous nous connaissons nous-même. Elle sait à quel point nous pouvons être impulsif, imprévisible et égoïste, mais elle a placé en chacun de nous cet Equilibre. Nous l’avons tous ici.


Je posais ma main sur mon ventre pour appuyer mes paroles.

« - Nous sommes tous capables de juger la portée de nos actions. Mais depuis quelques années, la fierté et la vanité des Seigneurs de la Péninsule ont mis à mal cet Equilibre. Vous me demandez si le Choix est bon pour l’Homme, je suis intimement persuadée qu’il l’est. J’ai foi en Néera et je ne doute pas une seconde du bienfait de ses dons. Seulement les Hommes ont oublié les obligations qui y sont liées. Tant que l’Homme ne saura pas respecter cette harmonie fragile qui existe entre l’Equilibre et le Choix alors notre avenir restera bien sombre je le crains. »

Je terminais ma phrase et fis une pause. Une légère brise se leva, apportant un peu de fraicheur à cette journée chaudement ensoleillée. Je reportais mon regard vers la Dame assise en face de moi et d’un geste lent, je tendis mes mains vers elle, l’invitant à prendre les miennes.

« - Je suis navrée pour votre fils. »

Je n’avais peut-être pas répondu à ses questions, à ses doutes, mais je pouvais peut-être soulagée son âme de la douleur qui l’habitait. Non pas en faisant disparaitre le souvenir de son fils, mais en allégeant le poids du deuil qui pesait sur ses épaules.
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Ven 27 Mai 2016 - 23:00




Judith se raidit de manière imperceptible pour le commun des mortels lorsque la Gardienne parla, mais se força à sourire; mais seul un sourire triste et résigné parvint à ses lèvres.

"Vous n'avez pas à l'être. Ce n'était pas de votre ressort... Ni même du mien. La tristesse a quitté mon coeur depuis bien trop longtemps, ma très chère dame. C'est Godfroy de Saint-Aimé, l'homme que vous avez rencontré aujourd'hui, qui a fait parlé son amertume avant de faire parler sa raison, qui a souffert et souffre encore. Quant à moi..."


Judith posa ses mains aux doigts vernis de carmin sur les paumes de Jena, espérant peut-être y trouver paix et bénédiction dans la voie qu'elle entreprenait. Elle y ajouta les rêves de son âme, les idéaux de son coeur, et les projets de sa vie. Puis enfin, elle médita les paroles de la Gardienne, tel un mantra apaisant. L'Équilibre a motivé les hommes pieux et les prêtres de Néera parce qu'ils le voulaient d'eux-mêmes. Ils ont accepté son existence et obéi à ses Commandements. Mais alors que venait le message de Paix aux hommes, ils l'ont renié, préférant chercher le pouvoir par la conspiration sinon par la guerre. Ce n'est pas le cœur des hommes qui a amené leur union, ni l'action de prêtres dont la naïve intention ne put contrer les sombres désirs d'une humanité prompte à la haine et à l'avidité, et puis alors aux châtiments de Néera. Il n'y avait qu'un moyen d'y mettre fin.

Judith frissonna un instant, et lâcha les mains de la Gardienne.

"Mon nom est Judith d'Hardancour. Et je veux restaurer l'Ordre en Péninsule. Depuis la mort de Fiiram, une force tente inexorablement de désunir la Péninsule. Il est grand temps que nous nous y opposions. Voulez-vous m'aider, madame Kastelord ?"
HRP:
 
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Mer 1 Juin 2016 - 11:49


Les doigts de la Dame se posèrent sur mes paumes ouvertes. Il ne fallut pas plus d’une seconde pour que le Don que je possédais à présent me permette de voir l’âme de ma visiteuse. Elle prétendait que la tristesse l’avait quitté pourtant ce n’était pas ce que je pouvais ressentir. Et puis de toute façon, comme une mère pouvait oublier le chagrin d’avoir perdu un enfant ? Ce genre de souffrance n’est pas éphémère, elle reste gravée dans la chair, dans l’âme, comme une cicatrice douloureuse, constant rappel de la douleur physique ressentie. Je ne fis cependant aucun commentaire, ne voulant pas gêner la Dame par mon intrusion. Comme souvent lorsque je rencontrai une personne à l’âme agitée, j’invoquais le pouvoir que je maniais depuis de nombreuses années à présent, le faisant doucement circuler de mon corps au sien, apaisant son âme comme une mère aurait bercé son enfant. Je voulais lui apporter le réconfort dont elle avait besoin malgré son évident déni.

Je l’écoutais me parler de l’homme que j’avais rencontré quelques heures plus tôt. Ainsi donc j’avais face à moi la Marquise en personne. Si j’étais surprise par sa visite, je ne le montrai pas et continuais de l’écouter m’exposer son projet. Un projet qui lui tenait à cœur à l’évidence. Elle croyait fermement pouvoir rétablir l’ordre et l’Equilibre, elle voulait ouvrir les yeux aux Seigneurs, restaurer la Paix. Je pouvais voir combien son âme le souhaitait ardemment et j’étais heureuse de voir qu’une personne comme elle existe encore dans les hautes strates de la société.


« - Je ne puis que constater votre détermination et je ne vous détournerai pas de votre chemin. Si vous avez conscience de l’importance du Choix et du respect de l’Equilibre, je ne doute pas que vous parviendrez à atteindre votre but. En revanche, j’aime autant vous prévenir que la Damedieu en personne souhaite que le Culte n’intervienne plus dans la politique des Hommes, s’il est certain que cette demande n’a pas toujours été bien respecté… vous imaginez bien que je ne peux me permettre pareille transgression. Si je puis vous aider, ce sera seulement en vous conseillant et en interrogeant la Déesse pour vous, mais je ne prendrai part à un conflit. »

J’avais parlé sur le même ton calme et posé, je ne voulais en aucun cas que la Dame se vexe de mon demi-refus. Après tout je prenais mes ordres directement auprès de Néera, et même si la Marquise me semblait être une femme pieuse et respectueuse, prête à agir pour la justice et pour la paix, je n’irais pas à l’encontre des demandes de la Déesse pour elle.

« - Souhaitez-vous me confier ce que vous prévoyez, votre Altesse ? »
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Sam 11 Juin 2016 - 19:18


Judith se crispa légèrement à l'évocation de son fils. Pour Judith, ce souvenir était un souvenir réprimé, éloigné d'elle de force. Car à chaque référence à son fils, le monde devenait incolore, inodore. L'eau n'étanchait plus la soif. La nourriture n'avait plus qu'un goût cendreux. Et la haine...

Elle prit une légère inspiration et se concentra sur ce qui était en jeu dans cette discussion. Et bien que la voix de Jena était douce, le sous-entendu était ferme. Mais Judith était ainsi qu'elle considérait que si les choses n'étaient pas tentées, elles n'étaient pas encore fixées. Elle fixa le regard vide de Jena, se demandant ce qu'elle, la jeune femme, pensait de tout cela. Acceptait-elle la décision de Néera ? Ou faisait-elle cela à regret ? Judith répondit alors, tentant davantage cette fois de faire appel à la personne derrière la charge de Gardienne :

"Mais cela est déjà trop tard, Dame Jena. En protégeant la prêtresse ayant annoncé le faux augure de Néera, vous vous êtes arrogés le droit d'intervenir politiquement en Péninsule de manière libre. Le parti pris même d'annoncer à qui veut que les catastrophes naturelles que nous subîmes soient des punitions de la déesse Néera est une désapprobation des évènements et des décisions des pourtant très croyants marquis, ducs, comtes et barons de la Péninsule."


Elle continua, toujours convaincue de son bon droit de lui communiquer cette affaire dans les détails :

"Mais je ne suis point ici pour vous dispenser d'un savoir que Néera -et sans doute vous- possédez déjà... Vous êtes probablement la seule qui puisse considérer non pas ce que nous sommes aujourd'hui, mais ce que les fils de nos fils seront.  Que Néera elle-même, ma chère, ne nous ait point protégé des effets de la folie du Voile est un signe que nous partons vers la mauvaise direction, et chaque décision, chaque prise de position renforce cet avis. La Péninsule s'asphyxie par son ignorance et par son morcèlement. Comment l’Équilibre entre les hommes peut-il être assuré lorsque les choix d'orgueilleux fous gouvernent ceux d'une multitude ? Voyez comment le commerce avec les nains à été rompu, voyez combien de ces sages elfes qui autrefois venaient chez le Roi ne daignent plus fouler notre pays du pied. Voyez ce cercle vicieux d'ignorance et de haine divine se développer. Si votre neutralité a été jusqu'ici utile pour protéger votre clergé de nobles revanchards, sachez que seul un pieux Roi pentien les protégera des incursions étrangères ou de seigneurs injustes. Mais tout cela, je vous le dit pour une raison. Ma vie, depuis la mort de mon fils, est de trouver un Roi pour cette contrée."

Et la voilà arrivée à la partie la plus délicate. Une révélation choquante, et qui aurait pu assurer à Judith le cachot si certaines personnes étaient présentes et écoutaient ces paroles... Mais Herstaal était resté avec les autres, et était de toute manière digne de confiance.

"Il y a quelques temps, avoua-t-elle,
j'étais persuadée que mon mari pouvait être cet homme. Mais... certaines de ses compromissions, et certaines lettres que je lus des grands de cette contrée m'ont prouvé le contraire. Reste Bohémond, dont la régence est de manière bien arrangeante pour certains, centralisée à Soltariel, et croyez-bien que nous le prendrions bien pour Roi à la seconde où nous verrions son visage. Mais si c'est un mensonge... Alors les hommes qui ont œuvré à cette mascarade ne sont pas dignes de confiance. Il nous reste donc une dernière piste. Il se pourrait que le fils de Trystan ne soit pas mort. Il serait bien plus légitime que tout ce que nous avons. Une régence habile et un consensus juste pourrait rétablir l'équilibre, et peut-même celui avec un grand "E", en Péninsule.  Mais encore une fois, certains grands pourraient trouver cette absence de Roi trop commode. Nous devons faire appel à la piété de leur gens et la leur. Vous qui êtes Gardienne de Néera, la vérité ne saurait vous échapper si le vrai Eliam était devant vous. Ne pourriez-vous pas alors lui donner ce droit d'être Roi, et nous épargner des litiges qui pourraient bien nous coûter des hommes en plus d'un temps précieux ?"
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MessageSujet: Re: Lvmen Fidei   Mer 13 Juil 2016 - 10:40

Spoiler:
 


Entendre évoquer Sœur Lucillia et sa terrible erreur me fit lâcher un soupir. Il nous faudrait faire avec cette faute qui tâchait à présent la réputation du Culte. Je connaissais le cœur de ma sœur, je savais qu’elle n’avait été guidée que par de bonnes intentions. Elle avait voulu apporter à la Péninsule la même chose que recherchait à présent la femme assise en face de moi. Pourtant, on avait crié au scandale. Comment pouvais-je faire comprendre cela aux grands seigneurs ? Pourquoi devraient-ils me croire sur parole alors qu’ils s’étaient déjà sentis trahis ? Peut-être aurait-il mieux valu que je ne dise rien, que je confirme les dires de la Haute Prêtresse et qu’ainsi tous s’inclinent et s’unissent sous les couleurs d’Harold…. Mais j’avais lu le cœur de cet homme… et j’avais préféré suivre la voix de la vérité.

« - Qu’aurions-nous dû faire Votre Altesse ? Laissez notre Haute Prêtresse aux mains d’hommes hargneux, prêt à la faire monter sur un bûcher ? Elle ne cherchait qu’à apaiser les tensions en Péninsule, comme vous-même le désirez à présent. Nous avons protégé la vie d’une femme, oui, et elle sera jugée pour sa faute. Même si cela ne semble pas apaiser les Seigneurs, dont notamment votre époux. »

Je l’avais écouté m’exposer son souhait le plus profond. Son désir ardent de reconstruire un Royaume en Paix me fit sourire. Si ce monde n’était gouverné que par des femmes de sa trempe alors peut-être que toutes ces guerres ne seraient qu’un lointain souvenir. Peut-être que ce n’était pas un Roi qu’il fallait remettre sur le trône, mais une Reine. Peut-être fallait-il voir un signe dans le fait que Néera était la Déesse de la Paix, une femme, et que Othar était le Dieu de la Guerre, un homme.

Je restais quelques secondes silencieuses, réfléchissant à sa demande. La demande de Néera était claire et je n’irai pas à son encontre, mais j’avais tout de même une marche de manœuvre, je pouvais peut-être me rendre utile.


« - Je vois parfaitement où vous voulez en venir, votre démarche est juste et votre détermination vous aidera dans cette quête. Mais je vous le redis, je n’irai pas contre la volonté de la Damedieu. Je ne donnerai à personne le droit de régner. Je ne bénirai aucun roi au nom de Néera. En revanche, je vous aiderai à trouver la Vérité autant qu’il me sera permis de le faire. Si vous me présentez l’enfant qui selon vous est légitime au trône, je vous dirai s’il est celui que vous pensez. Qu’il se nomme Bohémond ou Eliam. »

Ce n’était peut-être pas assez pour elle, mais c’était la seule promesse que je pouvais lui consentir.
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Lvmen Fidei
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