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 « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]

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Ascanio Vossula
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MessageSujet: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Dim 26 Mar 2017 - 17:30


An IX du onzième cycle
Première ennéade de Verimios
Le premier jour...


« Nous sommes chez nous, désormais », avait lancé Ascanio avec enthousiasme à Caley lorsque leur palanquin avait franchi les portes de l'illustre cité de Thaar, le joyau d'Ithri'Vaan. Et, bouffi d'orgueil, il avait demandé qu'on clame haut et fort sur leur passage que le Prince de la Soie, le richissime, le magnanime, le grand, le fort, et aussi le beau gosse, était de retour au pays, et qu'il amenait avec lui son épouse, la princesse Caley. Interloqués, les badauds se retournaient à l'approche du palanquin que portait un groupe d'esclaves solidement bâtis et couverts d'une huile qui faisait briller au soleil leurs torses puissants. Lorsqu'ils longèrent les quartiers miséreux pour gagner les hautes sphères, les gamins qui jouaient dans la boue interrompirent leurs jeux pour essayer d'apercevoir cette "princesse" que nul ne connaissait, mais que la rumeur disait être une duchesse de péninsule, ou une femme de sang royal. L'héritier de Tiberio Vossula ne saurait se contenter de moins, lui qui avait connu assez de maîtresses pour constituer une petite armée sans jamais se laisser passer la bague au doigt - jusqu'à présent.

« Tiens-toi prête, ma ravissante licorne », dit Ascanio en se rasseyant dans le palanquin, lorsqu'il se fut lassé d'agiter la main pour saluer la foule. Il avait prit l'habitude d'appeler Caley sa "licorne", car elle était fantastique comme l'était cette créature, et aussi parce qu'il aimait la monter. « Nous ne sommes ni à Eofel, ni à Feldorn, mais à Thaar : ma famille partage cette cité avec les autres, elle ne la possède point, mais c'est ici, à Thaar, que tout se joue, et c'est pour cela que mon père y passe le plus clair de son temps. Entre les maisons rivales et les rivaux de notre propre maison, il en sera plus d'un à se saisir de notre mariage comme d'une arme contre moi ; mais ils ignorent, les imbéciles, que tu n'es pas ma faiblesse, tu es ma force. Tu seras très vite dans la fosse aux lions, Caley, mais c'est toi qui les dévorera tous, l'un après l'autre. »

Il s'était rapidement mis à la tutoyer après qu'ils se soient mariés, un mois plus tôt à Diantra. Suite à leur première rencontre rocambolesque, le hasard les avait en effet amené à se rencontrer à nouveau en péninsule, alors qu'Ascanio effectuait une inspection dans leur établissement diantrais. Son père n'aurait jamais approuvé leur union, aussi Ascanio avait-il pris les devants pour le mettre devant le fait accompli ; quitte à faire célébrer la cérémonie en péninsule, et sous l'égide de la déesse Néera, quand bien même il ne la vénérait guère.

Tandis que Caley, sans doute, ruminait ses inquiétudes et ses doutes quant à sa rencontre imminente avec sa belle-famille et sa nouvelle vie, Ascanio posa une main ferme sur son ventre arrondi. L'enfant, son enfant, leur enfant ne tarderait plus à arriver ; un fils, un fils qui régnera sur le monde que je lui léguerai, songeait Ascanio. Alors que Caley sortait d'une vie d'itinérance et s'apprêtait à découvrir les excès, les menaces et les coups bas quotidiens de la vie des princes-marchands, Ascanio, lui, nourrissait des rêves de gloire pour sa future progéniture, qu'il doterait bien volontiers d'un empire olyan.

« Nous n'arriverons pas avant trois bonnes minutes », releva Ascanio. « Peut-être avons-nous le temps de faire l'amour ? On dit qu'un apport régulier de semence fortifie l'enfant à naître. »
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Caley Aldaron
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MessageSujet: Re: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Mar 28 Mar 2017 - 22:44

Thaar… Caley ne pensait pas y retourner un jour et pourtant les odeurs familières de la ville s’immisçaient à l’intérieur du palanquin où ils prenaient place, rappelant à la jeune femme des souvenirs d’une autre vie. Une ville coupe-gorge où les puissants côtoient les miséreux dans un caléidoscope de races. Ici, on négociait à coup d’assassins et de mercenaires. Les allégeances se monnayaient en or et en pierres précieuses et variaient selon le poids de la bourse offerte. L’honneur était une chose rare ici où seuls les rusés et les débrouillards pouvaient espérer se hisser au sommet. Caley avait fréquenté ses rues poussiéreuses et ses tavernes. En se faufilant parmi les ombres, elle y avait négocié et défendu sa vie. Du sang fut aussi versé, mais elle avait aussi noué quelques amitiés fragiles. Étaient-ils encore en ville? Peut-être…

Incapable de faire dans la discrétion, Ascanio s’était assuré que leur retour en ville ne passerait pas inaperçu. Entre le palanquin somptueux entouré d’esclaves bien huilés et Ascanio lui-même qui s’agitait dans tous les sens pour saluer une foule curieuse, la rumeur de leur arrivée devait déjà avoir fait le tour de la ville. Caley se faisait plus discrète. Le voyage l’avait épuisée et sa grossesse très avancée ne l’aidait pas du tout. En repoussant un rideau de soie pour regarder à l’extérieur, elle tomba nez à nez sur un enfant un peu trop aventureux. Celui-ci commença à pousser des cris extatiques alors qu’il se vantait à ses camarades d’avoir vu la nouvelle princesse. Pour aujourd’hui, il serait le héros du groupe. Caley ne put s’empêcher de sourire malgré ses inquiétudes. Elle avait peur. Plus ils approchaient de leur destination, plus elle sentait l’angoisse nouer ses entrailles. Ascanio abandonna finalement ses admirateurs pour venir s’installer à côté d’elle.

— Je connais Thaar… Avant, j’y passais à l’occasion. C’est le meilleur endroit pour trouver des voyageurs à la recherche d’un guide ou pour vendre ce que je pouvais ramener de mes errances. On m’y a attaqué aussi. Ce n’est pas un endroit pour une jeune femme seule. Je ne pensais pas y revenir un jour… surtout pas dans ces conditions.

Le fait qu’Ascanio soit toujours à ses côtés stupéfiait Caley. Dès le lendemain de leur mariage, la jeune femme s’attendait à ce qu’il retrouve soudainement ses esprits et change d’idée tant leur union et leur histoire étaient improbables. Pourtant, les jours ont passé sans qu’il l’abandonne. Toujours aussi exubérant, il pouvait s’égarer dans de longs monologues où il imaginait les exploits de leur future progéniture. Les bouleversements causés par ce brutal changement de vie passés, Caley prenait peu à peu ses habitudes. Elle se sentait toujours comme un poisson hors de l’eau, mais comme il l’avait dit lui-même : on s’habituait à ce mode de vie. Elle s’était habituée à ne plus avoir faim, à avoir un toit solide au-dessus de la tête et un lit confortable où dormir le soir. Elle tenait cependant à garder son indépendance et refusait catégoriquement l’assistance des esclaves quand venait le temps de prendre son bain. Qui a besoin de 4 personnes pour se laver, de toute façon? Elle s’imaginait mal prendre la tête d’une vaste demeure grouillante d’esclaves, mais encore fallait-il que la famille accepte cette union...

Sa vie avec Ascanio prenait peu à peu forme, mais elle savait que le véritable test était sur le point de se produire. Le prince affichait une confiance inébranlable, alors que Caley s’imaginait morte avant le coucher du soleil. Ascanio avait-il seulement conscience qu’ils seraient deux contre une maison entière? Elle tentait de se rassurer en se disant qu’elle ne sera pas seule si les choses tournaient mal à condition, bien sûr, qu’Ascanio ne choisisse pas ce moment pour soudainement changer d’idée sur leur mariage. Si ça arrivait, Caley se retrouverait gravement démunie sans pouvoir faire grand-chose. Très avancée dans sa grossesse, elle savait que le grand moment était pour bientôt. Elle se sentait grosse, inutile et terriblement maladroite. Le bébé pesait lourd dans son ventre et se manifestait souvent par des coups de pieds qui la réveillaient parfois en pleine nuit. L’accouchement imminent la terrifiait plus encore que sa rencontre avec son nouveau beau-père et le reste de la famille. Elle se souvenait trop bien de l’enfant mort-né qu’elle avait mis au monde des années plus tôt alors qu’elle n’avait que 15 ans. La jeune femme ne voulait pas voir l’histoire se répéter et elle ferait tout pour protéger cette vie qui s’épanouissait en elle.

Si Ascanio s’amusait à l’appeler sa licorne, Caley trouvait que «lapin» serait tout à fait approprié pour lui pour des raisons évidentes... Évidemment, elle ne l’appelait jamais ainsi. Il pourrait se vexer même si les lapins sont d’adorables créatures. Ce ne sont pas leurs longues oreilles que les gens ont à l’esprit lorsqu’ils pensent à un lapin. En réalité, elle l’appelait chéri ou amour, et ce, uniquement dans l’intimité. Ça la gênait. Non pas qu’elle ait honte d’Ascanio, mais parce qu’elle n’a jamais été d’un naturel loquace. Elle manifestait plutôt son affection par de petits gestes au quotidien. Elle replaçait une mèche rebelle sur la tête de son époux, remettait de l’ordre dans sa tenue ou lui apportait elle-même son vin lorsqu’ils étaient ensemble durant la soirée. Elle se refusait rarement à lui bien que ce soit de plus en plus le cas à cause de son énorme ventre. Caley le regarda du coin de l’œil suite à sa remarque.

— Qui t’a dit ça?

Elle déplaça la main d’Ascanio sur son ventre juste à temps pour qu’il puisse sentir un bon coup de pied de la part du bébé.

— Si cela est vrai, à en juger par tous les échanges que nous avons eus durant le mois et la vigueur de ses coups de pieds, je soupçonne que cet enfant sortira de là armé et vêtu de pied en cap, prêt à conquérir le monde. En toute honnêteté, mon chéri, ce voyage m’a épuisé et je me sens plus lourde qu’une baleine morte… Je crois que je vais peut-être avoir besoin d’aide pour sortir d’ici.

Caley sourit, prenant la main d’Ascanio pour y déposer un baiser. Avait-il eu des maîtresses durant le dernier mois? La jeune femme n’avait pas posé de questions, mais se doutait, vu la nature du prince, que ce fut le cas. Elle étira ses jambes avant d’ajouter plus sérieusement.

— Depuis un mois, tu me mets en garde sur ce qui pourrait arriver tout en faisant le plus rassurant possible, mais as-tu un plan au cas où ça tournerait mal? À l’heure qu’il est, il doit savoir pour ton retour et pour mon existence… Je soupçonne même des gens de ta maison à Diantra de lui avoir écrit… Il pourrait très bien nous attendre de pied ferme. Tu sais, il lui suffirait de me faire tuer pour que le mariage soit nul. Je sais peut-être me défendre, mais même si je n’étais pas enceinte, je ne pourrais pas faire le poids contre des gardes bien entraînés. Ce n’est pas tant pour moi que je m’inquiète que pour l’enfant et toi…
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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Re: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Jeu 13 Avr 2017 - 20:34


« Mon père, te tuer ? Oh non, je ne pense pas », affirma Ascanio, les lèvres étirées en un sourire amusé. « Pas son genre. Il est plus imaginatif que ça. »

Le palanquin poursuivait sa progression, fendant une foule de plus en plus clairsemée à mesure qu'ils approchaient des hauts manoirs. La gueusaille se dissipait ; dans les rues pavées où le croquant de base laissait la place au bon bourgeois, on toisait leur procession avec une curiosité plus nuancée. Certes, le retour du fils prodigue annonçait la bonne fortune des patrons de bouges et de bordels, mais dans les grandes maisons de Thaar, les rivaux des Vossula, savaient que cela ne changerait rien aux affaires, tant que le vieux Tiberio tenait la barre. Finalement, le seul événement qui suscitait l'intérêt tenait de cette mystérieuse épouse venue d'on ne savait trop où.

« De toute façon, nous devrions rapidement être fixés », dit-il en jetant un nouveau coup d’œil à l'extérieur, cherchant des yeux le palais familial, comme par hasard au moment où ils passaient devant un ban de prostituées dépoitraillées qui lui adressaient de grands signes de la main. « Il ne fait pas de doute qu'il a appris notre mariage il y a un certain temps déjà ; mon père a toujours eu le don de tout savoir. A l'heure qu'il est, le palais doit être en effervescence : tout le monde est sur le pied de guerre, prêt à nous accueillir. »

Il sourit, imaginant les façades du palais pavoisées d'or et de pourpre, et de bannières frappées du taureau, l'emblème de la famille ; il imaginait la cour emplie des courtisans prêts à les accueillir lorsqu'ils remonteraient la haie d'honneur jusqu'aux marches du vestibule, là où se tiendrait son père. La vieille canaille les accueillerait avec un sourire de faussaire, pour donner le change, et adresserait des amabilités creuses à Caley avant de serrer son fils dans ses bras, pour mieux lui susurrer, tout doucement à l'oreille, qu'il lui ferait chèrement payer cette humiliation. Oui, Ascanio ne connaissait que trop bien son vieux père...

Le palanquin franchit la porte cochère du palais Vossula et s'arrêta au beau milieu de la cour intérieure.
Elle était vide.

Elle n'était pas seulement déserte, non ; Ascanio l'avait déjà vue noire de monde dans l'effervescence des grandes occasions, mais même à toute heure du jour et en-dehors des grands événements, elle était toujours le théâtre des allées et venues de la clientèle du palais. Ce jour-ci, il n'y avait personne ; ni quémandeur venu discuter de quelque affaire de gros sous, ni épéiste montant la garde dans une posture de matamore, pas même une de ces lingères qui souvent fendaient le pavé les bras chargés d'un bac trop lourd pour elles ; personne.

Ascanio se tourna vers Caley. Il crut deviner dans son regard l'expression d'un certain soulagement à l'idée de ne pas affronter tout de suite sa terrifiante belle-famille ; il jugea bon de ne pas chercher à la détromper ; ne connaissant point le palais Vossula, elle croyait sans doute que cette cour déserte signifiait tout simplement qu'ils n'étaient pas attendus.
Or, bien au contraire, ils étaient attendus. Cette petite mise en scène avait été soigneusement orchestrée. C'était une mise en garde, et pour qui connaissait Tiberio Vossula, elle en disait long sur l'ambiance des jours à venir.

« Euh, on est sûrement un poil en avance », dit-il, et il s'efforça de garder le sourire ; mais intérieurement, il enrageait. Pour lui qui aimait tant être le centre de l'attention, pour lui qui avait toujours adoré se tenir dans la lumière, il n'était pire humiliation que de rentrer au bercail dans la plus complète indifférence.
Mon père, mon cher père, mon papounet, tu as visé juste. Bientôt, ce sera mon tour, se promit-il, et il serra les dents. « Personne pour nous accueillir ? » héla-t-il, attendant au moins que des serviteurs viennent aider sa femme enceinte à descendre du palanquin. N'obtenant pas de réponse, il s'écria : « vous me dites, hein, si je dois tout faire tout seul ! » Poussant un profond soupir d'exaspération, il se tourna vers Caley et lui tendit la main, résolu à se démerder sans eux.
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Caley Aldaron
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MessageSujet: Re: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Mar 18 Avr 2017 - 23:53


Si Ascanio souhaitait se faire rassurant en lui disant que son père n’avait probablement pas l’intention de la tuer, il ferait mieux de s’y prendre autrement. Ses paroles laissaient sous-entendre qu’il pourrait très bien faire pire et Caley ne tenait pas particulièrement à payer les frais de l’imagination tordue de Tibério Vossula. Elle ne voulait pas regretter sa décision d’avoir épousé Ascanio, mais elle avait peur. Ascanio agissait comme s’il avait un contrôle absolu sur la situation, mais Caley voyait très bien que ce n’était pas le cas. Il revenait chez lui après une longue absence avec une femme dont on ne connaissait rien et qui ne répondait probablement pas aux critères de qualité du patriarche. Ce dernier devait l’attendre de pied ferme.

— Je m’en doute, oui… Et j’espère que tout ira bien.

Caley s’était préparée à toute éventualité. Son instinct de femme habituée à se débrouiller seule n’était pas près de l’abandonner. Elle gardait une dague dissimulée dans ses vêtements en cas de besoin. Elle réfléchissait également aux endroits où ils pourraient se réfugier. Malheureusement, si Caley savait comment passer inaperçu et disparaître dans la foule, elle ne pouvait pas en dire autant d’Ascanio. Dans l’immédiat, elle devait absolument arrêter de s’inquiéter. Quand les problèmes se présenteront à elle, Caley fera comme d’habitude et les prendra un à la fois… Et le premier ne tarda pas à se présenter…

La jeune femme n’était peut-être pas une habituée des palais de Thaar, mais elle savait que ces vastes demeures ne manquaient jamais d’activités. Que ce soit les allées et venues des notables présents pour affaire ou les esclaves se faufilant parmi les ombres, les palais des Princes Marchands, étaient toujours le théâtre d’une grande animation. Ainsi, lorsqu’ils arrivèrent dans la cour désertée, Caley comprit que quelque chose n’allait pas. Aucun garde ne surveillait les portes. Littéralement, il n’y avait personne. Même aux fenêtres, aucun mouvement n’attira son attention. Si elle fut brièvement soulagée de ne pas avoir à affronter les mondanités extravagantes de la maison Vossula, ce silence ne lui disait rien de bon. Ascanio essaya de se faire rassurant, mais Caley voyait bien son mécontentement malgré le sourire sur ses lèvres. Il avait un tempérament bouillonnant et peinait souvent à cacher ses émotions. Ses yeux le trahissaient généralement quelques secondes avant qu’il n’explose dans une suite de paroles injurieuses destinées à ceux l’ayant contrarié. Cette fois, il n’envoya personne promener, mais ce n’était pas l’envie qui lui manquait. C’était peut-être parce qu’il n’avait personne encore sur qui décharger sa colère...

— C’est trop silencieux. Fit-elle remarquer en faisant référence au fait que, même s’ils étaient en avance, leur retour ne pouvait pas avoir passé complètement inaperçu. Ils étaient quand même arrivés dans un palanquin porté par tout un groupe d’esclaves. Soit les occupants avaient reçu l’ordre de les ignorer, soit la maison était complètement désertée, ce que Caley trouvait difficile à croire. Elle saisit tout de même la main d’Ascanio et descendit péniblement du palanquin.

— J’ai tout de même une dague sur moi… au cas où...
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Ascanio Vossula
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MessageSujet: Re: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Dim 21 Mai 2017 - 15:29


« Une dague ? » ricana Ascanio avant d'adresser à son épouse un sourire attendrissant, comme si elle avait dit un truc mignon. « Voudrais-tu poignarder mon cher papa ? Range ça, ma licorne féconde, tu vas te blesser. »

Non pas qu'il doutât de l'habileté de l'ancienne rôdeuse à faire usage de ses couteaux ; elle les maniait en vérité avec une passion sensuelle, et Ascanio prenait plaisir à la voir glisser ses doigts fins sur leur lame aiguisée, car ce geste évocateur éveillait toujours chez lui de bons souvenirs.

Prenant son épouse par la main, le jeune prince-héritier traversa la cour pavée jusqu'à la grande porte de cuivre ouvragé du palais. Là, on leur ouvrit tout grand, découvrant un vestibule qu'il n'avait jamais vu aussi désert. Avisant un serviteur qui faisait mine de ne pas les voir, Ascanio s'enquit de la situation :

« Toi, machin ! Mais par la verge orfévrée d'Arcam, où est-ce qu'ils sont tous passés ? »

L'esclave, tournant ses yeux fuyants vers Ascanio et sa ravissante épouse, hésita, puis balbutia timidement :

« Au palais Retore, Votre Seigneurie.
- Chez le père de ma salope de belle-mère ? La belle affaire ! Qu'est-ce qu'ils foutent là-bas ?
- Ils... font des affaires, Votre Seigneurie.
- Tu ne me dis pas tout, ver de terre. »

Il attrapa l'esclave par le poignet et l'attira à lui, le fixant de ce regard de matamore qu'il avait souvent vu faire Nevio, son gros bras, quand il réglait des retards de paiement. Il savait que quelque chose se tramait et qu'on n'osait pas lui dire. La maison Retore n'était pas qu'une famille de négociants en vin aux attaches scylléennes qui avait fait fortune en s'établissant à Thaar ; elle n'était pas que la maison de Raesa, la belle-mère d'Ascanio, la pouliche que Tiberio Vossula avait épousée à la mort de sa première épouse. Ascanio savait que les Retore cherchaient à se lier durablement avec la maison Vossula ; ils lorgnaient jalousement sur leur place au Conseil de Thaar, guettant l'occasion d'obtenir la leur. C'étaient, aux yeux d'Ascanio, des quémandeurs indignes de l'attention que Tiberio leur portait. Seulement, voilà, Tiberio leur faisait confiance.

« Votre Seigneurie, je ne...
- Dis-moi ce qu'ils trafiquent là-bas, alors qu'ils devraient être ici, à m'accueillir, les yeux embués de larmes et le sourire jusqu'aux oreilles, les bras chargés de présents pour me féliciter de mes noces, et qu'ils devraient féliciter ma jolie épouse pour son gros bide.
- V... votre demi-frère S... Styrio...
- Ouais, Styrio la racaille, Styrio, la gonzesse, Styrio la chochotte, la petite...
- Ils sont allés négocier les fiançailles de Styrio avec Ava Retore, Votre Seigneurie... »

Ascanio lâcha le poignet de l'esclave, et celui-ci fila sans demander son reste. Silencieux comme il l'était rarement, le jeune prince se tourna vers Caley, le regard voilé d'une ombre de tristesse, de mélancolie qu'elle ne lui avait probablement jamais vu.

« Mon père cherche à me déshériter », réalisa-t-il d'un ton incrédule.

Puis, presque aussitôt, son regard se durcit, et il décocha à Caley son plus redoutable sourire. Le moment était venu pour lui de prendre les choses en main ; il se battrait, pour elle et pour l'enfant qu'elle portait. Et aussi pour lui-même, un petit peu, quand même...
Il allait montrer de quel fer était forgé l'aîné de la fratrie.
Il allait rappeler à son père qu'il ne pouvait pas modifier sa mise sans y perdre des plumes.
Il allait ménager son entrée par la grande porte au Conseil de Thaar.
Et il offrirait à Caley le monde qu'elle n'avait jamais vraiment demandé, mais qu'il lui avait promis.

« Cela n'arrivera pas. »
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Caley Aldaron
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MessageSujet: Re: « Nous sommes chez nous, désormais » [Caley]   Lun 29 Mai 2017 - 1:23


— Tu sais pourtant que je sais m’en servir. Je ne me sens pas très à l’aise. Je préfère encore la garder sous la main, au cas où...

Caley espérait ne pas devoir en arriver là, mais savoir qu’elle avait une arme à sa disposition la sécurisait. Prenant la main d’Ascanio, elle le suivit à l’intérieur de la vaste demeure étrangement paisible. Elle n’était toutefois pas complètement vide comme le témoignait la présence d’un serviteur qui déployait de gros efforts pour faire comme si le jeune couple n’était pas là. Pas de chance, Ascanio voulait des réponses et il devait lui en donner. Caley en profita pour examiner les lieux. Cette demeure n’avait rien à voir avec les châteaux de la Péninsule. Ces hommes n’avaient peut-être pas de titre à l’image de la noblesse péninsulaire, mais ils avaient de l’argent, beaucoup d’argent. Son attention se porta sur l’une des sculptures décorant le hall. Le travail de l’artiste était si délicat qu’il était impossible de distinguer les coups de ciseaux sur la surface dure du marbre.

Caley retourna vers Ascanio au moment où le serviteur avouait enfin la raison de l’absence du patriarche et du reste de la famille. Ils étaient donc partis négocier un mariage pour l’un des demi-frères d’Ascanio. Pour Caley, ça n’avait rien d’exceptionnel. Dans les familles riches, les enfants ne se mariaient pas librement. Les parents veillaient à conclure les meilleures alliances possible afin d’étendre les pouvoirs de la famille et amasser plus de richesses. Évidemment, Ascanio avait dérogé à la règle et risquait maintenant d’en payer le prix.

— Peut-il vraiment le faire?


Évidemment qu’il le pouvait. Après tout, il était le patriarche de la famille et tant qu’il serait de ce monde, il avait tous les pouvoirs. Mettre Ascanio de côté pour en favoriser un autre un peu mieux disposé à suivre les règles de la famille, il fallait s’y attendre. Caley sentit le nœud dans son estomac se resserrer un peu plus. Au fond, elle savait bien que ça ne suffirait pas de simplement le tasser. Cet homme avait visiblement beaucoup de moyens à sa disposition. Pour éviter de fâcheuses représailles, il faudrait l’éliminer. Ascanio devint très silencieux, chose qui n’était pas coutume chez lui. Lorsqu’il la regarda, Caley vit la tristesse dans son regard. Il n’avait jamais manifesté un tel désarroi avant. Elle voulut lui dire que ça ira, mais elle n’en était pas convaincue elle-même. Puis le regard d’Ascanio se durcit à mesure que son esprit combatif prenait le dessus. Non, il n’allait pas se laisser faire aussi facilement. Il allait lutter, mais comment? Ça ne rassurait pas Caley qui savait son époux capable du meilleur comme du pire. Elle craignait surtout qu’il se fasse tuer.

— Ascanio… Que comptes-tu faire? As-tu des alliés qui pourraient t’aider? Peu importe ce que tu feras, je vais être à tes côtés… mais je t’en pris, ne te fais pas tuer.


Elle lui prit la main et la serra tout en le regardant dans les yeux. On y voyait de la crainte, mais également la détermination d’une femme prête à tout pour ne pas laisser tomber son époux. Après tout, elle l’avait marié pour le meilleur et pour le pire...
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