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 Tel père... [Libre]

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Thibaud de Kelbourg
Humain
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MessageSujet: Tel père... [Libre]   Ven 14 Avr 2017 - 17:35


Vérimios


Le jeune Hector s'en vint chercher son seigneur et père à grandes enjambées. Il manqua de se vautrer maintes fois mais garda l'allure brave et fière comme on lui avait mandé à force de bâtonnets sur la caboche. C'est que le maître de Kelbourg n'y allait pas de mains mortes pour son éducation. Accusant les coups de punitions diverses et variées, ses bras et jambes étaient maintenant toutes écchymosées. Allait-il encore se faire roser de la tête aux pieds à cause de l'humeur toujours changeante de son nouveau père ? Sûrement. Le vélin qu'il tenait dans sa main n'augurait rien de bon pour la suite des événements. Il traversa ainsi les couloirs sinistres et froids du logis seigneurial, en passant même par la galerie des miracles. Cet endroit lui foutait bien la trouille, mais lui ferait pourtant gagner un temps précieux. Sa gorge se noua avant de franchir la porte. Derrière, aligné tout le long du couloir se trouvait moult trophées présentant des corps mutilés et monstrueux sur de grandes fresques. Là aussi se tenaient des étagères poussiéreuses remplies de bocaux  contenant des membres difformes ou recouvert de pustules. Son seigneur et maître avait des goûts biens étranges en matière de décoration. Il se disait pourtant collectionneur et passionné par le corps humain. Son avis à lui était que l'on ne surnommait pas son père l'empaleur pour rien et qu'il était tout bonnement dément.

Il repensa au vélin qu'il tenait. Henri, son oncle, le lui avait donné après l'avoir reçu d'un messager venant de Cantharel. Cet homme qui était pourtant si charmant à l'accoutumée avait grimacé comme jamais auparavant. Était-ce une si mauvaise nouvelle qu'il tenait alors entre ses mains ? Dans ces cas-là, tous se battaient pour ne pas avoir à aller remettre le courrier au seigneur, craignant de finir insulté, frappé ou tué dans les très mauvais jours. Lui s'y était résolu sans vraiment réfléchir. Il l'avait tout simplement fait parce qu'on le lui avait demandé, ni plus ni moins. De là venait probablement son surnom : Hector la bonne poire. Cela ne le dérangeait nullement. Il adorait les poires.

La porte des appartements seigneuriaux lui fit face. Ça y est, il y était enfin. Prenant son courage à deux mains, il n'attendit pas un instant de plus avant de frapper furieusement sur cette dernière. Son père saurait le reconnaîtrait aisément. Il était le seul à marteler les portes comme un bœuf. Il entendit dès lors un « Entrez » étonnamment calme.

-Seigneur ! s'entendit-il clamer haut et fort.

Thibaud de Kelbourg était assit à son bureau, visiblement concentré sur un tas de paperasse posé dans le désordre. Il ne le vit même pas prendre la peine de se retourner pour lui faire face et se contenta d'un simple « Qu'y a-t-il de si important pour que l'on me dérange ainsi ? »

-Messire, une lettre est arrivée de Cantharel à l'instant. Votre frère m'a mandé de vous la transmettre séant.

D'un coup, Thibaud pivota et lui adressa un regard glacial et foudroyant qui savait si bien vous foutre mal à l'aise. Il ne se démonta pas et vint jusqu'à lui pour lui remettre le courrier.

-Un exploit de ne pas l'avoir égaré en chemin. Tu as gagné le droit de nettoyer les écuries, lança Thibaud en souriant furtivement.

Mais le sourire s'estompa assez vite pour se transformer en une moue bien moins enthousiasmée. Il était temps de reculer progressivement. Hector chercha alors la poignée de la porte dans son dos mais ne la trouva guère. Devant lui, son seigneur et maître était sur le point d'imploser. Il le savait pour l'avoir déjà vu s'emporter de la sorte. Alors même lui, le plus idiot et le plus téméraire des crétins du château, savait qu'il n'y avait qu'une seule solution pour survivre : partir... partir loin.  

Juste avant de trouver la poignée par le plus grand des miracles, il entendit le tonnerre frapper et quelques mots aussi tranchante qu'une dague.

« Je vais le tuer ».

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Dim 16 Avr 2017 - 10:41

Ce ne fut pas le froid qui fit frissonner les badauds de Kelbourg cette nuit-là. Des tréfonds du castel s'échappa jusqu'aux matines des cris stridents emplissant les cœurs d'effrois et de pitié. Il ne fut pas difficile de s'imaginer le triste sort des prisonniers hantant les geôles. Alors, lorsque les premiers rayons de lumières recouvrirent la cité, tous en convinrent qu'il ne devait plus rester âmes qui vivent dans les misérables prisons du dément.

Hector n'avait pu fermer l’œil. En voyant la bobine des autres habitants du château, il put aisément en conclure qu'il n'avait point été le seul à cauchemarder. Nul n'avait encore vu l'empaleur remonter de sa tanière alors les hommes et femmes profitèrent tous de cette relative accalmie pour s'affairer à leurs tâches quotidiennes.Ce ne fut qu'à l'heure du déjeuner que les verrous des geôles s'ouvrirent pour ne laisser ressortir qu'un seul et unique être vivant. Thibaud débarqua dans la grande salle sans prêter la moindre attention à quiconque. Comme si rien ne s'était jamais passé, il ordonna qu'on lui serve une chope et un bout de jambon. Hector, qui avait attendu sagement que l'on lui donne des ordres, s'avança lentement vers son maître en tâchant de garder ses yeux rivés sur le sol. Avec sa grande taille, cela lui donnait l'aspect d'une tour sur le point de s'effondrer.

-Fais sceller les chevaux et prépare un bain, Hector, nous partirons pour Cantharel après manger et nous ferons halte à Villeroy pour la nuit.

-Bien, messire.

A Villeroy pour la nuitée donc. Il allait enfin revoir son demi-frère et ses demi-sœurs qu'il n'avait entre-aperçu que très brièvement. Cela le réjouit au point qu'il se hâta pour que tout soit fin prêt pour le voyage. Il attendit ainsi dans la cour avec les hommes de l'empaleur qui, eux, commençaient à trouver le temps long. Surtout que la neige s'était remise à tomber au point que ses habits devinrent tout trempés. Lorsque Thibaud sortit enfin du castel, les chevaux se mirent à hennir et à remuer dans tous les sens. L'heure du départ était arrivée et l'on sonna l'alerte pour que les hommes du guet abaissent le pont-levis. La petite troupe de cavaliers emprunta alors les ruelles pour se rendre jusqu'aux portes de la cité et nuls kelbourgeois ne vint à leur rencontre pour les saluer. Cela lui donna l'impression que la cité toute entière s'était calfeutrée pour ne point avoir l'occasion de voir son seigneur.

La route jusqu'à Villeroy fut longue et fastidieuse. Il eut le plus grand mal du monde à tenir la cadence imposée. Lorsque la cité apparut enfin, il remercia les dieux de mettre un terme à ses souffrances et imagina dès lors sa joie de se retrouver devant un bon feu. Ce fut l'aîné de la fratrie, Charles, qui vint le premier à leur rencontre. Ce frère qu'il avait croisé aux fêtes des morts serramiroise, apparut vêtu d'une longue fourrure sur ses épaules et leur adressa un signe de bienvenue. Thibaud quant à lui ne daigna même pas lui donner la pareille et s'en alla aussitôt les pieds à terre dans le logis. Bien qu'il ait presque fait la même taille que son demi-frère et que sa carrure n'eut rien à lui envier, Hector parut intimidé lorsque Charles vint lui demander l'objet de leur présence. En guise de réponse, il ne fit que hausser les épaules, montrant à l'évidence qu'il ignorait encore tout.

-Nous venons passer la nuit avant de reprendre la route pour Cantharel dès l'aube, messire Charles.

-Appelle moi Charles.

-Oui messire.

L'un des fidèles de Thibaud, un certain Renaud, les rejoignit sur les marches du château.

-Je n'ai jamais vu votre père dans un état pareil, ça doit être grave je présume.

Il n'en fallut pas plus pour que Charles ne se mette à grimacer.

-La nuit a du être bien courte alors... souffla-t-il avant de s'en retourner sur les traces de son père. Suivez moi je vous prie, venez vous mettre au chaud.

Il passa le reste de sa journée devant la cheminée à essayer de se réchauffer. Contrairement à Kelbourg, le logis de Villeroy était bien plus petit et donc bien plus facile à chauffer. Ici, point de courants d'airs et d'humidité, tout semblait être fait pour être un lieu de vie et de convivialité. Il n'eut alors aucun mal à comprendre pourquoi le reste de la fratrie et l'épouse de son géniteur préféraient ce lieu à la sinistre Kelbourg.

Thibaud ne refit son apparition qu'à l'heure du dîner. Ses sœurs, Catherine et Jeanne, vinrent de même tout en gardant leur distance avec les nouveaux invités. Seule la plus petite des deux lui adressa un rapide regard mêlant curiosité et bienveillance. Gêné au point de baisser de nouveau les yeux au sol, il réalisa à quel point ses deux sœurs pouvaient être belles comme leur frère contrairement à lui. Pourtant, il était probablement celui qui ressemblait plus à leur aïeul. Les uns et les autres se mirent à table dans le silence le plus complet tout en observant leur seigneur resté muet.

-Que nous vaut le plaisir de votre venue ? Demanda la matriarche pour mettre un terme à cette maudite ignorance.

Thibaud ne répondit pas et tâcha de planter sa dague dans une cuisse de poulet. Quant à lui, il resta debout, tout près des serviteurs attendant que l'on vienne leur demander de rappliquer.

-Une simple visite de courtoisie donc...

-Nulle courtoisie dans ma venue. Je dois me rendre à Cantharel pour assister au procès de notre fils.

La stupéfaction fut la seule réaction de la famille.

-Frédéric ? Qu'a-t-il fait ?

-Il est accusé d'avoir égorgé quinze femmes et enfants.

-Que risque-t-il ? S'enquit Hélène en laissant quelques larmes perler sur ses joues.

-La mort.




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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Ven 5 Mai 2017 - 15:29

Qui sont tout ces charognards qui crient à mort ? Je les regarde, les observe et les écoute. Une envie presque irrépressible me démange de leur flanquer ma main dans leur gueule pour qu'ils se la ferment. Mais ils ne cessent et je reste aussi aimable et muet qu'une pierre. Alors j'attends. La patience commence à me faire défaut. J'attends que le régent me reçoive afin de parler de toute cette histoire. Alors que dehors, la foule gronde encore. Elle veut égorger le petit démon qui a assassiné une dizaine de putains et de bâtards. Des petits baronnets jouent les chefs de files et gueulent plus fort que les autres. Au final, une trentaine de gredins réclament la mort de mon fils et moi... Moi, je les emmerde ces fils de chiennes.

A côté, ma femme prie la sainte Mère. Ses litanies incessantes la feraient presque passer pour une folle plutôt qu'une dévouée. Ainsi, j'évite de la regarder et de lui accorder la moindre importance. Son simple visage m'inspirait déjà suffisamment la nausée pour que je ne cherche à lui donner le moindre réconfort. Au lieu de ça, je scrute inlassablement les murs et le plafond de cette anti-chambre qui ne cessent de rétrécir et de m'étouffer. L'envie me prend de sortir une bonne fois pour toute et de mettre à mort séant tous les vilains que je prendrais à s'époumoner.

Mes mains se crispent. Mes veines se tendent. Je sens monter la haine et je ne fais rien pour l'arrêter. Toujours à côté, les prières de mon épouse deviennent aussi inaudibles que insupportables. La sentence est terrible. Je me lève et lui donne une monumentale gifle en pleine face. L'impact la fait chuter sur le sol et je me délecte de la voir souffrir.

-Taisez-vous donc la grognasse !

Elle me regarde et ne répond pas. Je la vois bouillir pourtant. Elle aussi se fait rapidement contaminer par la haine et l'envie d'exploser.

-Tout cela est de votre faute, Thibaud, crache-t-elle à ma face. Vous êtes le seul responsable des actes de votre fils. Rien ne serait arrivé si vous ne l'aviez pas emmené avec vous dans votre guerre pour lui enseigner toutes les perversions et le sadisme qui vous caractérisent.

Mon poing se lève presque machinalement et l'envie de lui péter les dents me submerge.

-Allez-y ! cognez !

-S'en est trop...

La porte s'ouvre avant que mon épouse n'écope d'une seconde punition. Cette dernière se relève et s'incline respectueusement. Je comprends que le maître des lieux a enfin prit place.

-Louis, est-ce une mauvaise plaisanterie ou votre lettre dit vrai ?
Hrp:
 
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Ven 5 Mai 2017 - 22:15





L’éternelle quiétude qu’on connaissait à la Capitale n’était plus. Ou plutôt, pouvait-on désormais la qualifier de chaotique, cacophonique et d’extrêmement tendue! Elles se tiraillaient les victimes qui hurlaient à gorge déployée, justice pour les proches qu’ils perdirent aux mains du cinglé de Kelbourg. « Tuez-le! Faites-le pendre! Rendez-lui la monnaie de sa pièce et ôtez lui la tête de sur les épaules! » Suggérait quelques fauteurs de trouble, qui n’allaient pas de main morte en leurs élans furibonds. D’un autre côté, s’ajoutant aux hurlements de manifestation, certains ne pouvaient plus supporter le poids de leur abattement, se laissant choir entre deux agités pour pleurer à chaudes larmes ceux qui succombèrent à la folie du tueur en série.

Enfin, les frontières n’étaient plus, tandis que les massives portes écorchèrent le sol de leur pesanteur à leur ouverture. Là, se présentèrent une douzaine de grivetons à la hallebarde entre leurs dix doigts, prêt à intervenir au moindre soulèvement susceptible d’affecter l’intégrité physique de leur marquis. Entre eux, Louis s’avança d’un pas résolu pour se livrer à la foule qui quémandait justice et réparation. Pour une fois, on ne lui reconnaissait plus l’air, son air avenant et naturellement bon, lui aussi manquait à l’appel ce jour-là. Les sourcils froncés, l’arête du museau froissé, la mâchoire crispée d’agacement et le regard austère, le régent vit une scène qui n’était pas pour ramieuter son caractère atrabilaire.
« Gardez-vous de malmener votre femme sur le parvis de mon castel, Thibaud! » Et ce fût son baptême de confrontation envers le boucher de Kelbourg, lui qui n’avait depuis leur prime rencontre, eut que d’intéressants échanges.

Il soupira, profondément, lorsqu’il comprit qu’aucun baume en sa possession n’apaiserait les maux de la roture incendié par la colère. Alors, s’affairant à la tâche, il considéra que seul Thibaud, la mauvaise herbe qui avait involontairement encouragé son fils au crime, se devait d’être informé. D’une œillade entendue vers l’une des bleusailles suffit pour qu’un couloir se forme, de sorte à inviter et le Régent et le duo de Kelbourg à pénétrer dans l’enceinte du château. Ils refermèrent les deux portails afin de taire les hurlements et scella la porte comme ils avaient l’habitude de faire en ces trop rares temps de crises.

Louis se montra en guide pour Thibaud et sa femme, afin de les mener jusqu’à un vestibule douillet, où ils pourraient éclaircir l’affaire sans être dérangé par le premier gredin.
« Non, ce n’est pas une plaisanterie. Votre fils a été capturé et prit la main dans le sac, alors qu’il procédait au meurtre d’une bourgeoise un peu trop vigoureuse … » Sous-entendait-il qu’elle s’était sûrement débattue plus que toutes les autres et qu’entre-temps, l’aide nécessaire eut le temps de retentir pour mettre la main sur le fou-furieux. « Un meurtre d’une série de quinze. » Son ton de voix était grave, franc et s’abattait comme un fait irréprochable et irrévocable. « D’ici la fin de l’ennéade, autant le peuple que tous mes conseillers, désirent que sa sentence soit égale et dans le possible, supérieure aux atrocités qu’il a commis. » Puis Louis marqua une pause, oubliant pratiquement que si Thibaud n’était capable d’éprouver le moindre sentiment, la mère du coupable, elle, pourrait en souffrir. Alors, après que le choc soit passé, que Thibaud comprenne l’ampleur de la problématique, il rajouta solennellement : « C’est aussi ce que je veux. »  

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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Ven 5 Mai 2017 - 22:50

Il ne fallut pas longtemps pour que son épouse s'agenouille devant le jeune faon. Elle le supplia, de la manière la plus pitoyable qui soit, pour que l'on épargne son fils chéri. Frédérique n'était pas fautif selon elle. Toutes les accusations étaient fausses. Il fallait qu'on le libère séant. Mais au fond, elle connaissait la vérité. Frédérique était aussi dément que son père. Celui-ci avait simplement eu la malchance d'être prit la main dans le sac... Thibaud quant à lui, ne montra rien ni n'exprima la moindre plainte. L'homme était dur et son regard plus glacial qu'à l'accoutumée. Celui qu'on appelait « l'empaleur » ou le « boucher de Kelbourg » regardait fixement le jeune régent qui venait de lui dévoiler les dernières nouvelles.

-Que me demandez-vous, Louis ? S'enquit-il. Que j'accepte le sort de mon fils sans rechigner ? Ces oies qui piaillent dehors ne sont que des sombres chiures.

Les derniers mots du régent finirent de lui faire comprendre ce qui risquait de se produire. Lui qui s'était vu punir lui-même son fils en apprenant la chose, on lui demandait à présent d'acquiescer à la mort de son propre sang. L'ironie du sort. Il avait prit la vie du père Saint-Aimé, son rejeton voulait désormais prendre celle de son fils.

-Quand doit avoir lieu le procès ? demanda-t-il en reprenant son calme.

-Je vous en supplie, altesse, épargnez mon fils. Donnez lui une seconde chance par pitié.

-Je lui ai déjà donné une seconde chance, rajouta Thibaud. Qu'il subisse la justice des hommes. Mais que ces derniers sachent que je me dresserais devant eux pour protéger l'honneur de notre lignée.



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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Sam 6 Mai 2017 - 0:28




Comment devait-il se comporter, alors que d’un œil il voyait s’écrouler en larme la mère du fautif, implorant la miséricorde du faon, tandis que de l’autre œil, son connétable bouillait tant de colère qu’on commençait à en voir les nervures à son front ? « Je ne vous demande pas de l’accepter sans dire le mot, je vous annonce les faits. Et votre dégoût pour la roture n’empêche en rien le fait qu’ils aillent au cœur la mort d’un proche et que celui qui tenait le couteau, était votre fils. »   Son nez s’abaissa vers la pauvresse qui avait maintenant la morve au nez et les yeux rougis à outrance, à force de chialer la nouvelle qui venait durement de s’abattre. Il considéra sa requête, vraiment, pendant un moment, en soupirant profondément comme s’il détestait devoir renfoncer le clou de ses souffrances. « Malheureusement … Frédérique a non seulement avoué ses crimes, mais il semblait même en garder une certaine fierté … »   Raconté plus tristement, vers la bonne-femme de Thibaud, comme s’il avait envers elle une certaine empathie. Puis il revint vers Thibaud, froissant ses traits faciaux une seconde fois, comme si les paroles du boucher de Kelbourg n’avaient pas de sens. Après tout, n’était-ce pas lui le champion de la fourberie, de la ruse et de tous les moyens possibles pour s’acquérir la victoire d’un combat ? Et ses manies à la torture, à faire s’abattre son jugement sur de pauvres âmes qui de fautes, n’auraient par exemple qu’échapper son petit déjeuner sur ses bottes ?

« Il n’est plus question d’honneur, car votre fils, en ayant ôté la vie à ces jouvencelles et pis encore, à ces enfants, s’est détaché de la moindre partielle d’honneur. Point de procès pour votre fils, son destin est scellé : il est coupable et le prix de ses fautes, sera la mort. »   De nouveau, en réitérant le tout, Louis constata tout le mal qu’il provoquait à la misérable femme qui tôt, n’aurait plus suffisamment de larmes en elle pour les pleurer. Quant au regard de Thibaud, Louis l’affronta, en omettant de lui faire comprendre qu’en réalité, il commença à le craindre. Ainsi, afin de désamorcer le tout, le marquis-régent rajouta vers Thibaud, sachant que cela pourrait peut-être l’apaiser : « Vous aurez l’occasion de vous entretenir avec une ultime fois. »  



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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Sam 6 Mai 2017 - 12:24



Louis n'avait point été aussi dur depuis longtemps. De mémoire, il l'avait vu user d'une telle autorité lors du concile désastreux qui l'avait détrôné de son titre. Aucunement impressionné par cette soudaine rudesse, Thibaud continua de le regarder sans éprouver la moindre peur, ni la moindre docilité. Ce n'était pourtant pas envers le jeune Saint-Aimé que sa colère emplissait au fil des instants. Il se souvint alors de ce jour à Kelbourg où une pauvre âme était venue dénoncer son garçon. Il se souvint du triste sort qu'il lui avait réservé et de la sentence qu'il avait infligé à son fils. Frédérique avait été exilé de ses fiefs et lui-même l'avait menacé de mort si ce dernier s'en était revenu. Ironie du sort, c'était bien lui qui était revenu le premier.

-Nul bourreau ne touchera un seul cheveux de mon fils, prévint-il. Si son sort est scellé et que la mort doit être sa punition alors je m'y emploierais moi-même que vous le vouliez ou non.

-Non ! Cria Hélène. Vous n'oseriez pas !

-J'ai donné ma semence pour que cet enfant de malheur vienne au monde. Je suis le seul à pouvoir lui reprendre la vie.  

Son épouse le gifla si violemment qu'il fit plusieurs pas en arrière afin de ne point recevoir une seconde charge.

-C'est moi qui l'ai mise au monde ! C'est moi qui lui ai donné le sein et l'ai élevé ! Vous ne pouvez pas !

-Regardez ce qu'il en est advenu, trancha-t-il. Ma décision est prise, Louis. Qu'on en finisse au plus vite pour que tout cela soit derrière nous. Quelle sentence a été décidé pour punir mon fils ?

Son regard toujours braqué vers le régent, Thibaud fulminait mais n'avait point encore cédé. Sa froideur avait de quoi déconcerter le plus téméraire des hommes. Dès ce moment-là, l'on se demanderait comment un père aurait pu se faire le bourreau de son propre enfant sans éprouver la moindre peine.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Lun 15 Mai 2017 - 1:26





Dur, il l’avait été. Autoritaire, tout autant, mais sévère, pas une seule seconde. Frédérique s’était forcé pour devenir la pourriture qu’il était, car non seulement ravi d’arracher la vie de pauvres genses, il choisissait ses cibles ; femmes et enfants, point de mâles. Alors, quel serait le prix pour une rédemption digne des pêchés qu’il avait commis, outre la mort ? Car encore là était-ce peu chère payé pour le vilain, le prix de sa vie pour racheter quinze autres, était-ce seulement juste ? Que nenni!

Une fois la vérité en face, le crime de nos enfants, la chair de notre chair, peut paraître toujours plus doux qu’il ne l’est vraiment. L’amour inconditionnel d’une mère surclasse de loin toutes les immondices qu’un fils peut faire avant qu’elles enrayent la cécité que provoquent de tels sentiments. Mais lorsqu’on se nomme Thibaud de Kelbourg, qu’au petit déjeuné on se demande qu’adviendra du prisonnier charcuté, tourmenté et torturé pour n’avoir volé qu’une pomme au marché, on comprends rapidement le sort qu’est réservé aux criminels ; fils ou non.

Hélène hurla à vive voix, d’un élan suffisamment vigoureux pour secouer les gardes qui accoururent pour se positionner près du trio, paré à toute éventualité. La scène n’avait rien de bien plaisant à l’œil et de fait, Louis commençait à perdre de son assurance, tant Hélène sombrait dans la peine, voir même jusqu’à l’hystérie. Ce ne fût pas tout, évidemment … À cette scène théâtrale, s’ajoutait les presque menaces de son connétable, qui défiait le premier à vouloir lever la main sur sa descendance. D’ailleurs, il aurait été fol le premier à vouloir tester la véracité de ses dires, car aussi bien dire que le premier à se déclarer le bourreau de Frédérique, se retrouverait aussitôt lui-même la tête sur la bûche! Non, l’idée n’était pas mauvaise ; le père châtiait le fils et de fait, prouverait à la roture qu’il se détache des crimes de ce dernier.


« À la pesanteur de ses crimes … J’ai peur qu’une mort concise ne lui soit accordée. Seul le feu absoudra les pêchés de votre fils, Thibaud. » Son ton de voix n’avait plus de son assurance de tantôt, mais restait plus ferme qu’à l’habitude, car les pleurs d’Hélène touchaient, me ne savaient balayer la gravité de la scène. Louis confronta la froideur du regard de Thibaud, non pas comme un ennemi, mais plutôt comme le Marquis qu’il était, en prenant sur ses épaules les pesantes responsabilités qu’incombaient sa position.


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Mar 16 Mai 2017 - 19:38


Nuls mots ne sortirent de sa bouche. Thibaud resta de marbre après l'annonce de la sentence évoquée par le marquis-régent. Si le jeune homme lui sembla prendre le plus grand soin à choisir les bons termes afin de ne point trop les heurter, lui se comporta  comme si rien ne pouvait plus vraiment l'atteindre. Tout au contraire, Hélène ne s'en remettait pas et peina à garder un semblant de noblesse dans sa tenue. Alors sans même regarder le faon, Thibaud s'inclina brièvement avant de tourner les talons et de quitter les lieux. Son épouse, restée derrière, sembla éprouver un moment d'hésitation avant de l'imiter non pas sans adresser au seigneur des lieux un dernier regard réclamant pitié et absolution.

De Kelbourg rejoignit les cavaliers qui l'attendaient dans la cour. Il joua des mains et des coudes pour se frayer un passage dans la foule et manqua même de se manger une pomme pourrie en pleine face avant de retrouver ses gens. Le regard qu'il jeta à l'inconscient fut glacial et il se jura intérieurement de lui infliger pire humiliation au moment opportun. Voyant cela, son aîné attira son attention en lui tendant les rênes de sa monture. Hector arriva à son tour et fut bien moins chanceux que son géniteur en recevant une pomme qui s'écrabouilla sur son torse.

-Quittons cette maudite cour, ordonna Thibaud en faisant signe à la troupe de sortir de l'enceinte.

-Que s'est-il passé père ? S'enquit Charles en guettant l'arrivée de sa mère escortée par quelques gardes de l'égide. Ou est Frédérique ?

-Votre frère va se faire rôtir demain dès l'aube.

La stupéfaction s'empara de son aîné qui dut mettre un coup sur les flancs de son canasson pour le rejoindre.

-N'avez-vous donc rien pu faire pour l'en empêcher ?

-Il paiera pour ses crimes.

-Mais... !

-Fermez-là, Charles ! Fermez-là, je vous l'ordonne.

Thibaud s'enferma lui et les siens dans un hôtel particulier situé dans le centre de la capitale. La demeure ne manqua pas de places pour héberger tout le petit monde. Le propriétaire des lieux, un cousin de son épouse, fit dresser les tables et alluma les feux dans toutes les cheminées. Comme à son habitude depuis quelques temps, le connétable s'enferma à double tour dans l'un des bureaux et y resta toute la nuit, loin de ses enfants et de son épouse. Même les serviteurs ne réussirent à passer la porte pour apporter les mets cuisinés à la hâte par les cuisiniers. La seule chose que l'on entendit alors fut les crépitements des flammes. De l'homme, l'on ne vit rien ni n'entendit. Il fallut attendre le petit matin pour que le boucher daigne enfin se montrer. Vêtu d'une longue brigandine noire arborant l'ours des Kelbourg et armé d'une longue claymore au dos, il s'engouffra dans la grand salle sans faire un bruit ni une seule remarque désobligeante à l'adresse de son bâtard d'escuyer. Ceci ne fut pourtant point le plus inquiétant dans sa venue. Comme pour la bataille, Thibaud s'était dressé trois longues lignes de cendre au visage. Bon nombre de ses hommes ne tardèrent pas à l'imiter tout comme son aîné.

-Que l'on m'apporte mon cheval, maugréa-t-il. Je n'irai point là-bas à pied comme un vulgaire faquin.

Son épouse sortie accompagnée de ses deux filles et de ses dames de compagnie. Muettes comme des tombes, elles prirent place à leur tour dans l'une des voitures avant de se glisser dans le convoi. Celui-ci s'en alla avec comme unique bruit ceux des sabots et des hennissements provoqués par les chevaux. C'est à la tête de la colonne qu'il pénétra de nouveau sur la grande place déjà pleine à craquer. Le brouhaha ambiant s'éteignit soudainement à son passage et seuls d'imperceptibles murmures parvinrent à briser le silence général devenu oppressant.

Au milieu de la place avait été dressé une estrade sur laquelle avait été disposé le bûcher. Il n'y avait point eu de demi-mesure dans la construction d'icelui. Pas de doute, le bûcher réchaufferait toute la cité une fois allumée.

Le convoi parvint tant bien que mal à trouver place non loin des tribunes remplies de nobles et fidèles du Saint-Aimé. Thibaud vit quelques sourires ici et là, s'effaçant brusquement dès que leurs regards croisaient le sien. La majorité se la fermèrent lorsqu'il arriva pour venir saluer le marquis-régent arrivé en dernier. Petit à petit, le vacarme reprit dans la cour et les insultes à l'encontre de son fils commencèrent à fuser dans tous les sens. Alors, juste avant que le jeune faon ne réclame le silence, Thibaud s'approcha doucement et glissa quelques mots dans son oreille.

-N'oubliez jamais ce que je vais faire, Louis. murmura-t-il.

Ensuite, ce fut l'entrée du prisonnier dans sa cage rouillée. Il vit son fils presque entièrement dénudé et recouvert d'ecchymoses.  il devint bientôt la cible de tous les projectiles imaginables. Son épouse cria d'effroi. Lui ne fit rien d'autre que serrer les poings.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Mer 17 Mai 2017 - 16:51




Devant le père et la mère, le rôle de juge qu’avait emprunté le temps d’un moment le marquis-régent, fût huéplus qu’éprouvant. Il s’était à cet instant montré solide, comme le roc, tranchant, comme l’acier, mais à voir la femme de son connétable l’implorer, troquer sa fierté pour une chance, une seule et unique chance de voir son fils pardonné, l’avait complétement déstabilisé. Voilà chose normale, quand on se souvient que nous ne sommes pas faits du même acabit que son père, impitoyable et sans pitié. Non, même après avoir commis l’irréparable, quinze fois plutôt qu’une, la vue d’une femme en sanglots, tant bouleversée par la peine qu’elle ne peut enchaîner le moindre mot, donnait envie de reconsidérer la peine du meurtrier en puissance … Ainsi, toute la nuit durant, il s’imaginait, les paupières closes, cette scène d’horreur prochaine qui ferait soulever la foule, elle, affamée de justice. Pis encore, il entendait dans le silence de cette fraîche nuitée de vérimios, le hurlement de douleur que provoqueraient les flammes purgatives. Peut-être même, dans la folie qu’il l’habitait, allait-il d’abord entamer sa litanie géhenne par des ricanements avant de céder aux cris de panique que provoquait toujours et inexorablement le bûché ?

Au matin, ses paupières étaient lourdes, pesantes et trahissaient son faciès ensommeillé. La nuitée fût plus courte qu’elle aurait dû l’être, pourtant, il était bien là, quoi qu’arrivé bon dernier, dans les estrades disposées à l’événement. Si des huées avaient été lancées gratuitement vers le bourreau de Kelbourg, elles se tuent aussitôt lorsque franchement et solidement, s’échangèrent la poignée de main, le marquis-régent et son connétable. Cette trêve de plaintes ne perdura guère très longtemps, une fois son séant posé sur son trône, nombreux se permirent de reprendre là où ils avaient laissés leurs moqueries. À cette séance des singeries, Louis n’eut autre choix qu’exiger le silence, un ordre qui avait été lancé si sèchement, qu’on pouvait désormais sans doutances confirmer qu’il eut le sommeil fort trop léger. Par tans, on fit venir l’attraction du jour : Frédérique, le meurtrier de ces dames! Un sobriquet qui lui seyait fort trop élégamment pour la pesanteur de ses crimes. Colorié d’ecchymoses bleutées, parfois virées au jaune, l’œil refermé et gonflé comme une baudruche, mais surtout poignets et chevilles embrassées de chaînes métalliques, ce dernier se fit raccompagné sur le piédestal, où tous pouvaient désormais faire le gaspillage de leur nourriture gâtée et nauséabonde. Il faisait froid, c'était toujours vérimios, et le pauvre allait bientôt souhaiter que le bûché prenne vie, car vêtu comme la première pute du coin, seul quelques guenilles couvraient sa pudeur. Ses genoux commençaient à claquer ensembles, non pas de crainte ni de peur, mais de froid, de même que ses épaules cherchaient à se recroqueviller, comme dans un reflex naturel, à la recherche d’un brin de chaleur.

Enfin, la roture finit de lui tapisser le corps de légumes et d’autres détritus, c’était l’heure du jugement. Louis se dressa, tandis que le petit peuple se coucha, du moins, ils se tussent pour le laisser s’exprimer.
« Bonne gens de Sainte-Berthilde, ce jourd’hui Cantharel réchauffera ceux et celles qui de la main de ce scélérat, subirent l’impardonnable. Point de procès pour de telles ignominies, point de pardon ni de rédemption : le feu seul, sera le prix de sa misérable vie de pêché. » Certains témoignaient leur hâte de le voir s’ardrer en criant hourra, d’autres recommencèrent une volée tardive de légumes malodorants, tandis que d’autres, restèrent silencieux, lorsqu’ils reconnussent qui portait le rôle du bourreau : le père du coupable. Ainsi, le paternel mettrait fin à ce que la maternel avait mis jour …  Le bourreau de Kelbourg avait-il un semblant d’honneur, où le faisait-il pour montrer l’exemple ?

Le condamné à mort commençait à se faire ligoter au mat, tandis que Louis adressa à Thibaud un regard entendu, acquiesçant derechef, à ce qu’il lui avait chuchoté à l’oreille, il y avait juste un moment.

Le moment tant attendu arrivait. Jusqu’aux champs juxtaposant la citée maître de Cantharel on verrait les flammes s’élever et la fumée, d’un bout à l’autre du pays. Bientôt, tous pourront troquer leurs vêtements hivernaux pour ceux estivaux, car la flambée promettait.


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Thibaud de Kelbourg
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Jeu 18 Mai 2017 - 18:26


Ses yeux n'avaient quittés un seul instant ceux de son fils. Cherchait-il en son père un ultime réconfort où alors la même défiance qui avait été sienne lors de leur dernière rencontre ? Le bruit assourdissant qui avait gagné la Grand Place avec les divers quolibets et autres noms d'oiseaux n'entachèrent en rien sa concentration. Thibaud continuait de scruter sa progéniture sur le point d'être rôtie par ses soins. Le voulait-il vraiment ? En avait-il réellement besoin ? En son fort intérieur cette issue était la plus logique qui soit. Bien que cruelle et dramatique pour son propre sang, son héritage, il descendit de l'estrade avec la plus grande retenue et le plus grand calme. Jamais il ne se laissa ensevelir par les visages insistants de cette foule déchaînée. Il continua tout du long à regarder dans une seule et unique direction jusqu'à atteindre le bûcher haut comme un arbre.

En face alors apparut le corps frêle et pâle de son cadet. Le visage de Frédérique semblait être passé sous plusieurs sabots à tel point il était boursouflé. Méconnaissable, se dit-il. Se peut-il que ce garçon soit réellement mon fils ? Continua-t-il à penser.

-Père....

Sans doutances aucune, il reconnut la voix de son fils.

-De l'eau..pitié...de l'eau.

Sans se préoccuper des centaines d'yeux qui devaient le scruter en cet instant, il défit une petite gourde attachée à son ceinturon et en versa dans le gosier de son cadet comme si l'on avait voulu gaver une oie. Bien sûr, son fils recracha aussitôt le liquide, comprenant qu'il ne s'agissait non point d'eau mais d'une gnôle à tordre les boyaux. Le gamin s'en mit partout sur lui, y compris sur le petit bois à ses pieds. Alors Thibaud s'empara de la tête de son fils et vint lui susurrer quelques mots à l'oreille.

-Sois sans peur mon fils, le feu te consumera plus vite lorsque la fumée t'aura fait perdre connaissance.

Il sentit une larme perler sur son cou, celle de Frédérique.

-Je... je ne veux pas mourir... brûlé devant mère et mes sœurs... dit-il en claquant des dents frénétiquement.  

-Tes choix t'ont menés ici, meurs en homme.

Alors il fit quelques pas en arrière avant de s'emparer d'une torche donnée par l'un des gardes. Le silence gagna de nouveau la Grand Place.

-Non.. non... non... ne faites pas ça père ! NON !

Thibaud jeta la torche sur les premières brindilles. Le feu commença à se propager lentement puis gagna en intensité lorsqu'il arriva aux premières petites flaques de gnôle. Aussitôt, celui-ci se mit à grimper peu à peu sur les pieds et les jambes du jeune condamné. Une odeur de porc grillé gagna la plèbe après quelques instants, mais celle-ci n'éprouva aucun signe de faim. Au contraire, le gamin se mit à hurler de tout son souffle et de toutes ses forces jusqu'à provoquer l'effroi chez de nombreux badauds venus assister trop près à la scène. Alors comme prévu, lorsque la douleur devint insoutenable et que la fumée devint trop épaisse, l'on entendit plus un seul crie et on le crut déjà mort. Thibaud, qui était resté suffisamment proche pour voir le corps, sut, qu'il n'en était rien. Dans cette fournaise chaotique vivait encore son enfant. Il le sentit, ne sachant comment, mais il eut presque le sentiment d'entendre encore son cœur battre à un rythme effréné.

-ETES-VOUS RASSASIÉ ? Gueula-t-il assez fort pour recouvrir le son des flammes. JE VOUS LE DEMANDE ENCORE. ÊTES-VOUS RASSASIÉ ?

Nulle réponse ne vint.

-NE CRAIGNEZ PLUS POUR VOS BÂTARDS ET VOS PUTAINS, LE PETIT MONSTRE S'EN EST ALLÉ.

Sa mâchoire s'ouvrait et se refermait violemment. Le son qui s'en échappait était plus dur et froid que n'importe quel acier.

-Ô NON NE CRAIGNEZ PLUS LE FILS.

Derrière lui alors, plus aucun battement de coeur ne lui parvint. Son fils n'était plus.
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Louis de Saint-Aimé
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MessageSujet: Re: Tel père... [Libre]   Jeu 25 Mai 2017 - 18:23




C’est à cet instant que plusieurs comprirent le véritable sens du mot souffrance. Des hurlements à en défier la robustesse de ses cordes vocales qui, d’un moment à l’autre, menaçaient de se rompre ou de fondre, maintenant qu’elles étaient dénudées de leur peau à moitié liquéfiée et calcinée. Ceux qui tantôt bombèrent le poitrail en incendiant le condamné de milles et unes injures, le pointant du doigt en lui crachant au visage, se retrouvèrent sous la pesante fumée du bûché bien pantois. S’attendirent-ils à un aussi vif supplice, qu’était la morsure des flammes purgatives? L’espacement entre la scène et l’attroupement du petit peuple se creusait, au fur et à mesure que s’intensifia la chaleur prenante du méchoui. Et tôt, nulles sons, nulles lamentations ni d’expressions douloureuses, rien. Que l’odeur de la mort, qui flottait là, dans les volutes boucaneuses de l’attraction de la journée.

Mais il en fallait un, un qui briserait le silence qu’avait provoqué le passage de la faucheuse, un qui prononcerait les dernières grâces du condamné … Si seulement Louis s’attendait à une telle représentation … Il aperçut le boucher pour la première fois hors de ses gonds, sans être en mesure de reconnaître l’homme avec qui il avait tant traité ces dernières ennéades. À ce niveau, il le trouva bestial, incontrôlable, à l’instar d’un animal atteint de rage, à l’écume jutante et malodorante. Il venait tout de même de mettre le feu au derche de son fillot, pensa-t-il, comme pour lui trouver excuse adéquate à un comportement aussi dépravé.

Fort évidemment, personne n’eut le courage de donner suite à ses acerbes indignations, néanmoins, l’effet resta là, bien ancré dans la foule et dans les estrades, où Louis accompagné de sa suite, observaient de plus loin. D’autant plus que sa dernière tirade était à vous glacer le sang, si nous n’avions plus à craindre du fils, de qui avons-nous à craindre ? Il était temps de mettre le point final à cette séance, or Louis se redressa, lentement, puis capta l’attention du publique qui demandaient de leurs yeux, qu’on vienne à leur aide, tant l’affirmation du Kelbourgeois avait malaisé le pécore.
« Ainsi vos enfants, de même que vos femmes, viennent d’être venger. La dette des crimes de Frédérique a été entièrement remboursée, par le prix de sa vie. Ce bûcher, par la taille qu’il atteignit, est également un message lancé à tous ceux et celles qui voudraient attenter à la vie d’un autre, ce destin aussi leur est réservé, si par malchance ils en venaient à passer à l’acte. Cantharel ne saurait être miséricordieuse envers ces fautifs, car il n’est pire pêché que le meurtre. » Dit un Louis, au visage sévère et pour une fois, peu avenant. Il avait ommit de préciser le patronyme de Frédérique, par respect pour Thibaud.

Une fois le discours abrégé, la foule se dispersa, tandis que quelques manœuvres attendaient la mort du brasier ainsi que de ses cendres incandescentes, avant de tout nettoyer et de tout replacer. Entre-temps, le Régent rejoignit le sol, afin de piéter jusqu’à Thibaud, qui semblait plus que jamais, agacé par la situation. Il attendit qu’ils soient laissés, afin que sous le voile de l’intimité, ils puissent tous deux converser.


« Peu me chaut que tu n’en considères pas un traitre mot, mais sache que je suis désolé pour la perte de ton fils. Criminel ou pas, il restait la chair de ta chair et, il me peine qu’il n’en ait été autrement. » Des excuses qui sûrement seraient reçus aussi agréablement qu’un sac de purin chaud, mais elles restaient sincères et, bien qu’ils n’étaient pas encore au stade de l’amitié, Louis estimait le Kelbourgeois pour nombres de ses qualités.

 

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