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 Le désargenté et le défiguré

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Aetius d'Ivrey
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MessageSujet: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeMar 8 Juin 2010 - 17:26

L’affaire des nains du désargenté avait été en grande partie réglée. Et après avoir rendu le butin de la Meute (en grande partie !) à la dite ville, notamment aux temples et en faisant ainsi preuve de piété sans pour autant entrer dans les querelles internes dont Aetius ne comprenait pas grand-chose (il pensait, à juste titre ?, qu’essayer de répartir le butin pris aux différents chefs volés aurait plus de conséquences néfastes que positives), Aetius et ses nains avaient été stationnés non loin de Nebelheim, à l’orée nord de la forêt d’Uberwald, terrain qu’ils avaient appris à connaître. Cependant, si les campements à même le bois étaient toujours fréquents, ils se contentaient, en grande partie, de vivre sur les bourgades les plus vulnérables et, dit-on, celles qui contenaient le plus de notables capables de s’offrir une petite garnison au cas où.

Mais là n’est pas l’important, car lorsque les faits se produisirent, ils se produisirent en forêt, alors qu’Aetius, à la tête d’une petite patrouille, patrouillait (effectivement) à l’affut de brigands mais, surtout, de braconniers. Les bandes de soudards n’avaient pas peur de vivre d’expédients et encore moins de piller les domaines de chasse de la baronnie, dernier lieu de la haute aristocratie et de l’une de ses activités préférées, la chasse. Car oui, on n’allait pas permettre à la roture de vivoter sur les terrains de chasse, qui devaient rester giboyeux pour la noblesse. Ainsi donc, la patrouille patrouillait, les oiseaux gazouillaient, les arbres abruissaient et toutes ces choses que l’on retrouve dans les clairières perçant d’un peu de clarté le fatras arboricole qui régnait dans ces bois touffus. Et pourtant, pourtant, acte contre nature, à la lumière de l’un de ces puits ensoleillés, alors que le soleil était à son zénith, on aperçut un braconnier en train de braconner. Hugo de la Jaille, chevalier oësgardien et fervent défenseur des privilèges nobiliaires, fut le premier à interpeller le malandrin, dont la silhouette était caché par l’ombre de quelques arbres. N’y tenant pas plus, le chevalier, uniquement équipé de son épée, d’un bouclier et d’un camail, fonça sus au forban, comptant bien l’occire séance tenante, tandis que le reste de la troupe, inspirée par la sérénité de l’atmosphère, par la quiétude d’un soleil chaud, se contenta de rester planter sous l’astre bienveillant, prenant le soin de voir le sieur Hugo faire son office.
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Cyric
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeMer 9 Juin 2010 - 15:55

Le désargenté et le défiguré Ashgan
Masque de chaire éphémère du Walfen

Les deux yeux grands ouverts, la corde tendue, Cyric dirigea la pointe de sa flèche en direction du fanal de sa proie.
Le maraudeur ne connaissait de la chasse que les principes de base, à savoir qu’il y avait celui qui chassait et l’autre qui était chassé. Pour le reste, s’il avait de quoi ripailler le soir, le Walfen pouvait se baiser les doigts. Être autodidacte avait ses bons côtés, notamment pour les gonzes comme Cyric qui préféraient manger des baffes plutôt qu’oser dire merci. Se savoir redevable était un sentiment qu'il souhaitait simplement connaître au minimum.
Bien sûr, un Scionneur de Pain Rouge abritant une conscience se voit chaque fois qu’il pleut de la bouse de yak.
Non, le véritable problème se posait lorsqu’on devait quelque chose à quelqu’un qui connaissait quelqu’un et dont le frère de ce quelqu’un n’était personne d’autre que le Gros Dabe d’un groupuscule aussi dangereux que stupide...
Tapis dans l’ombre d’un grand chêne, la respiration lente et discrète, Cyric savourait ce délicieux instant où la vie de sa victime ne tenait qu’à la pression maintenue par ses phalanges.
Sadique, nul doute que le Walfen l’était, mais c’était surtout cette sensation de puissance qui l’enivrait.
Le cerf ne l’avait toujours pas remarqué, un léger coup de vent parvint à traverser le feuillage touffu des arbres pour rafraîchir les joues écarlates du maraud.

Les fièvres, auxquelles il était en proie depuis sa mutation, s’étaient amoindries le jour pour revenir plus virulentes après la tombée du soleil.
Mais l’astre bienveillant brillait encore chaleureusement au milieu d’un tapis bleu, les maux ne viendraient marteler son crâne que plus tard alors à quoi bon y penser.

L’instant était propice, Cyric étira une ultime fois sa corde et "N'y pense même pas pourceau ! Je m’en vas te donner une correction que tu ne seras point prêt d’oublier !
Ces bêtes sont la propriété de Monseigneur de Syliana , Régent d’Oësgard et…"

Cyric regarda son gueuleton du soir prendre la poudre d’escampette. Son poing se serra.
Le « pédéraste de Marquis aux Bourses Plates » -comme se complaisait à les appeler notre ribaud- avait déjà parcouru la distance qui les séparait lorsque celui-ci leva son camail.
Par réflexe, Cyric agit sans se poser de questions. Il se déporta avec fluidité sur la gauche de son agresseur puis vint percuter avec son avant bras la main armée du chevalier, avant de le sabler d’un violent coup de pied en travers du genou.
Son adversaire ne devait pas s’attendre à une telle aisance sur sa façon de se mouvoir, après tout il n'était censé être qu'un simple braconnier !
Profitant de cet avantage, le surineur se glissa derrière son ennemi avant de lui passer son bras autour du cou. La strangulation obligea celui-ci à lâcher ses armes, Cyric s'approcha alors de son oreille: Dis-moi mon brave chevalier, aurais-tu dormi pendant les leçons de « je dois savoir fermer mon claque-merde lorsqu'une personne à proximité chasse » ? Sa voix était torve et le ricanement qu'il émit n'était pas franchement rassurant.
Lâche-moi enfant de putain ou...
Le Walfen resserra son étreinte. Un gloussement de supplice racla la gorge du fier chevalier, qui n'était plus si fier.
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeSam 12 Juin 2010 - 6:38

Chelthar, un éclaireur nain, était l’avant-garde de la petite patrouille d’Aetius, qui avait saisi, pendant sa petite série de traquenards contre la canaille, à quel point la prudence n’était jamais excessive. Ainsi donc, ce dernier, encore plus petit que ses compères, voyageait à quelques centaines de pas du gros de la douzaine de soldats. Il foulait l’humus et traversait les rus de l’Uberwald, souvent à une distance assez faible pour qu’il puisse entendre le bruit de ses frères d’armes dans la rumeur de la forêt. Louvoyant toujours près d’eux, il avait été le premier repérer l’intrus et, une fois assuré qu’aucune troupe de taille honorable ne traînassait dans le coin, prête pour une embuscade comme ces bois en avaient tant connu ces derniers mois, il se contenta d’observer la scène qui allait se dérouler sous ses yeux.

Cependant, lorsque l’un des cavaliers se fit démonter (dans tous les sens du terme) et maîtriser par le dit vagabond, Chelthar se dit qu’il devrait peut-être se montrer plus actif. En effet, le rôle de simple spectateur lui serait reproché si on apprenait qu’il avait vu l’affaire se dérouler sous ses yeux et ce reproche aurait bien pu se transformer en condamnation à mort si le chevalier, un noble de la région, était idiot pour mourir. Bref, n’écoutant que sa peur, Chelthar se rapprocha du couple intrus/chevalier, son arbalète armée dans une main. Une fois assez près, il mit son arme en joue, visant le dos d’un ennemi qui, inconscient de ce facteur nain inconnu, offrait un cible très favorable à l’accueil d’un carreau d’arbalète. Le pauvre Cyric, qui sortait à peine de ‘complications’ avec (feu ?) la Sorgne, était à présent tout tourné vers la troupe qui cavalait à sa rencontre, Aetius en tête.

Ce dernier, d’abord heureux de voir un peu de spectacle, appréhenda vite la situation. Son homme avait été maîtrisé comme une pucelle, malgré sa supériorité physique et d’équipement. Piétinant la clairière qui séparait l’intrus et sa troupe d’un bond de cheval, il arracha bientôt un ralentissement sec à sa monture, qui piaffait d’excitation à cause de ce galop aussi court que subit. Une fois arrêté, il considéra, le visage découvert, d’un coup d’œil imposant le silence le malchanceux Cyric et le malhabile chevalier.

« Eh bien, on braconne sur les terres d’Oësgard et maintenant on s’en prend à mes hommes ? Qui es-tu, maraud, pour avoir l’audace de nous faire front ? »

Bien sûr, le chevalier au Kerkand ne trouvait que peu d’écho dans ses paroles, car après tout, il n’y avait plus de seigneurs en Oësgard, le dernier baron étant malheureusement mort d’accident, en tombant d’une tour de la capitale en flamme, aidé par une demi-douzaine de traits persuasif. De plus, la populace, après le dur hiver et les bandes de pillards qui l’avaient frappé, devait être aux aboies, réduite au braconnage et au brigandage. Cependant, ce n’était pas une raison pour laisser le vilain faire ce que bon lui semblait, et si on ne guérissait pas immédiatement cette gangrène, elle finirait par étouffer le pays tout entier.
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeSam 12 Juin 2010 - 21:34

Le désargenté et le défiguré Ashgan
Masque de chaire éphémère du Walfen

Les râlements de sa victime devenaient de plus en plus grave, ce signe était assez familier au Walfen, dont la vie s'était généralement résumée à extirper le dernier souffle de ces lâches.
Il méprisait la noblesse tout autant qu'il l'enviait. Ces -noms d'une lieu de long- naissaient avec le privilège de gouverner, contrôler, maîtriser autrui.
Le pouvoir d'imposer ses décisions et d'espérer, un jour, graver son nom dans l'Histoire de ce vieux monde, Cyric ne rêvait que de ça.
Malheureusement, lui n'était pas sortie du bon bocal. Il avait passé son enfance à jouer dans la boue avec les chiens, bouffant de la merde sous les yeux dédaigneux d'une noblaille qu'il se jura de faire payer.
Devenir l'ennemi public de ces -pédérastes en pourpoint- avait été sa plus grande satisfaction, et gagner son pain en les assassinant un véritable régal.
Même maintenant, devenu simple maraudeur et non Sicaire de La Sorgne, estrangouiller l'un d'entre eux était quelque chose qui ne se refusait pas.

Des frémissements dans la terre lui insufflèrent soudainement que les choses n'allaient pas se passer comme il l'aurait souhaité.
Des cavaliers semblaient se déplacer dans les environs, peut-être était-ce la soldatesque chargée de protéger le gus qu'il estourbillait. Ils devaient être un bon nombre pour provoquer un tel vacarme dans le sol.
Il ne fallut pas longtemps pour que ses conjectures soient approuvées. Une troupe d'hommes et de... nains? apparut dans son champ de vision.
Cyric cracha un vilain glaviot.
D'un coup de botte, il poussa en avant le pauvre chevalier qui manquait d'air. Ce dernier n'eut pas la force de protester sous une quelconque forme, et vit le tapis herbeux se rapprocher rapidement pour finalement venir en gouter la texture.
Se redressant de tout son haut, Cyric pivota en direction de l'ère qui portait le Kerkand. Ecoutant l'ai suspicieux ce que ce dernier avait à lui raconter.
Tu ne manques pas de culot, dresseur de chevaux. Ton ripault m'a attaqué sans raison valable, je n'allais tout de même pas lui tendre la joue ?
Cyric sourit, feignant ne pas sentir la nervosité monter en lui. Il savait n'avoir aucune chance face à tant d'adversaires, le moindre geste était synonyme d'un coup d'épée au travers du jarret. Le maraud allait une fois encore devoir subir les conséquences de son belliqueux caractère...
Je me nomme Ashgan Tombétoile, humble chasseur lorsque cela lui chante. Il ouvrit les bras, désignant les broussailles émeraudes qui l'encerclaient. Le cerf est animal divin offert aux habitants de ces terres et non dédiée aux apanages d'un seul.
Au pire, le maraudeur emporterait le chef du groupe avec lui, tous les deux iraient alors saluer cette brave Tyra.
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeSam 12 Juin 2010 - 22:52

Aux premières paroles du braconnier, les arbalètes et les arcs se levèrent vers son doux visage. Un visage à l’avenant, comme son discours et son phrasé, qui était ponctuée par l’argot subtil du pays. Non, vraiment, ça chantait de poésie. Ne pouvant s’empêcher de prendre la situation autrement que sous son jour le plus favorable, Aetius rejeta sa tête en arrière et libéra de sa gorge un rire franc. Le chevalier était amusé, oh ça ! Il fallait bien dire que le culot de cet Ashgan y était pour quelque chose et donnait à la scène quelque chose d’irréel. Voir un vilain cracher (littéralement comme au sens figuré) sur une troupe douze fois plus nombreuse, cela avait quelque chose de cocasse, et Aetius eut pu d’occasions d’avoir à faire à un tel énergumène. La plupart du temps, les brigands qu’il rencontrait s’excusaient humblement ou essayaient de louvoyer, flagornant comme ils pouvaient pour sauver leur peau.

Là, on avait devant soi l’incarnation même de l’orgueil ou d’on ne savait quel folie que l’on ne pouvait retrouver que dans les pans du vulgaire le plus marginal. Apaisant de quelques gestes et d’une poignée de mots ses compagnons d’armes, le chevalier, une fois remis de son fou-rire, se tourna vers Hugo de la Jaille et lui demanda si tout allait bien. Ce dernier ronchonna quelque chose, amer. Il était dans l’expectative, attendant de voir ce que son capitaine allait infliger au criminel. A vrai dire, le forfait qu’était sur le point de commettre cet Ashgan n’intéressait pas outre mesure Aetius, qui avait pu remarquer, au moins de loin, la fluidité des mouvements du braconnier, fluidité mâtinée d’une brutalité qui n’avait, dans un premier temps, rien présager de bon pour le pauvre Hugo. Intrigué par ce talent dans l’art délicat du (presque) meurtre et l’arrogance impressionnante, le chevalier au Kerkand et à l’aigle se demanda si cet individu n’était pas prince dans son pays. Non un prince de bon sang, bien entendu, mais le premier parmi ses camarades. Entraîné par sa curiosité et peu enclin à faire abattre un homme seul qui avait su montrer assez de courage (de folie ?) pour s’attaquer à un cavalier en armure le chargeant. De plus, il était bien vrai que la chasse, sur cette terre, ne revenait à personne en particulier. Le dernier baron digne de ce nom avait disparu il y avait de cela des mois, et la plupart des châtelains, vénaux et fourbes, n’avaient su trouver grâce aux yeux d’Aetius, qui négligea bien vite l’option de l’exécution du supposé chasseur.

Aussi, fort de toutes ces pérégrinations mentales, l’Ivrey, un sourire toujours collé à ses lèvres pâles, répondit aux provocations de son vis-à-vis, quoique avec un peu plus de chaleur dans la voix et un peu plus de courtoisie dans la formulation.

« Il ne fait que défendre les privilèges du baron d’Oësgard, chasseur. Tu braconnes, et cela est un crime puni de mort lorsque l’on chasse les gibiers à venaison. Mais comme il n’y a pas de baron actuellement, au nom de qui pourrais-je bien rendre justice ? Considère pour cette fois que nous sommes quittes. Après tout, tu n’as pas eu le temps de finaliser ton dessein.
Ah, au fait, je suis Aetius d’Ivrey, chevalier et cousin du roi. Dis-moi, que fais-tu quand la profession de chasseur ne te plaît plus ? Sais-tu faire autre chose ? Tu m’intrigues. Tu as l’air bien mauvais archer, mais tu sembles avoir quelque affinité avec l’art du combat. »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeMer 16 Juin 2010 - 16:43

Le désargenté et le défiguré Ashgan
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    Tout en effleurant d’un doigt distrait le bout d’une de ses flèches, Cyric écouta ce qu’avait à lui dire le chevalier, cet… Aetius.
    Rien qu’à sa manière de chevaucher, le maraudeur était en mesure de savoir si le cavalier était natif de sa baronnie : celui-ci avait en l'occurrence tété le sein au-delà des frontières oesgardiennes. Qu’était-il alors venu chercher en ces lieux?
    Gardant ses questions pour un moment plus propice, il ouït d’une oreille attentive l’Ivrey, tout en dévisageant avec arrogance les pékins qui encadraient ce dernier. Le ribaud cracha lorsqu’un mot vint écorcher ses sales haliotides. «Cousin du roy, rien qu’ça.»
    Le Walfen ricana. Ce chevalier n’était pas comme les autres, il parlait certes comme ces péteux de sang-bleu, mais semblait curieux et futé : deux qualités que l’ancien leader de la Sorgne affectionnait particulièrement. En outre, il venait de l’arracher à une mort certaine, la moindre des politesses était donc de lui offrir une réponse. « Lorsque je ne chasse pas, je prie Monseigneur. Je prie pour voir les enfants de ces terres bouffer autrement qu'avec les chiens pendant que la noblesse s'étouffe dans sa luxure.»
    La pique était grossière à l’image du personnage. Provoquer, Cyric ne pouvait s’en empêcher, c’était sans nul doute la caractéristique ostentatoire de son côté bestial.
    Maintenant qu’il y pensait, il s’en voulait de ne pas avoir donné plus à ce peuple qui avait toujours servi d’apologie à ses actes peu charitables.
    Il reprochait quelque chose dont lui-même ne s’était jamais soucié durant sa vie d’assassin.
    Le maraudeur avait-il finalement un cœur ?
    -Foutaises, voilà c’qui arrive quand tu ne fumes pas vieille fripouille, tu penses trop-
    Émergeant de ses pensées, Cyric ajouta l’air malicieux :
    « Et parfois, j’agis. »
    Le ribaud se massa la nuque. « Dites vous voudriez pas descendre de votre bourrin ? J’commence à avoir mal au cou. » Il sourit. « Monseigneur, j’ai oublié le Monseigneur. »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeVen 25 Juin 2010 - 10:41

Les beaux discours de ce révolutionnaire à la manque ne calma pas à Aetius et ses hommes. Ce dernier se contenta de répliquer d’une moue pleine de morgue devant ces paroles tout à fait déplacées pour le chevalier. La noblesse d’Oësgard ? Vivre dans la luxure ? Elle avait, comme le reste de la populace, fait les frais des différentes bandes qui s’activèrent sur ces terres du nord. Certes, elle ne tenait guère une grande place dans son cœur, surtout après avoir essayé de monnayé le gîte et le couvert à son encontre, comme si les châteaux des environs étaient devenus des auberges de bas étage. Peu affecté par les insultes que l’on pourrait faire contre les chevaliers de cette nation, Aetius était cependant plus sensible aux opinions très libérales de ce braconnier quant à la place de la roture dans le monde. Qui était-il pour prétendre leur destinée injuste ? Les dieux avaient fixé la place des différentes races d’hommes, et la caste des travailleurs se devaient de rester là où elle avait toujours été, dans le ruisseau, dans les champs.

Se tournant de nouveau vers son interlocuteur, mais moins curieux que la première fois, il ne répondit pas à la demande gouailleuse de Walfen et se contenta d’ordonner son arrestation. Ainsi on le ligota et on repartit avec lui. Mais contrairement aux prisonniers normaux, ce dernier fut mis sous le pavillon de l’Ivrey, lequel y entra bientôt, une cruche de vin à la main et deux hommes à ses côtés. S’installant, il commanda qu’on le déliât et reprit la conversation qu’ils avaient interrompue plus tôt dans la journée après lui avoir proposé un peu de vin.
« De quel manière agis-tu, Tombétoile ? Je suis capitaine d’une compagnie de mercenaires, aussi, tous les talents m’intéressent, surtout les moins connus. »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeLun 28 Juin 2010 - 18:02

Le désargenté et le défiguré Ashgan
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    Les coups plurent comme par magie. Et les Dieux savaient que Cyric haïssait la magie. Il aurait voulu pouvoir en égorger un ou deux, mais les bougres étaient fortement protégés, ragaillardis sous leurs impénétrables peaux de métal.
    -Un oesgardien digne de ce nom ne doit avoir que ses poings pour arme, sa volonté comme armure- Cyric ne se rappelait plus le sobriquet du fou qui avait caqueté pareilles idioties, mais en cet instant, il aurait souhaité lui montrer combien la dignité n'était qu'affure de nobles n'ayant jamais combattu. Impuissant, il tentait de mordre ses assaillants qui finirent par le ligoter tel un vulgaire bout de viande.
    Profitant de la promenade offerte par ce brave Aetius, le Walfen observa les foireux qui servaient ce chevalier (En y repensant, il lui apparaissait beaucoup moins sympathique vu sous cet angle).
    La plupart de cette troupe était aussi soldatesque que notre ribaud. Leurs gueules cassées et conduites barbares laissaient plutôt penser à des mercenaires de seconde zone.
    Au bout d'un moment, deux ours vinrent le chercher. Le maraudeur les accueillit avec un sourire franc qui dévoila toutes ses vilaines dents.

    «Messieurs, au lieu d'vous toucher vous voudriez pas me détacher ? J'ai trouvé un trésor y'a pas longtemps, si vous m'faîtes cette faveur on partage. Alors qu'en d...»

    L'un d'eux lui coupa le sifflet d'un revers de la main.
    Mené par ses gardiens qu'il maudissait en silence, Cyric arriva bientôt devant un respectable pavillon. Jetant un coup d'œil au drapeau qui fouettait le vent au dessus de leurs têtes, il pu apercevoir grossièrement dessiné un kerkand et un aigle...
    L'Ivrey entra à sa suite, une cruche dans une main, l'autre lui désignant un siège.
    Se massant les poignets, Cyric dévisagea en silence le nobilion. Celui-ci finit par prendre parole:

    « De quel manière agis-tu, Tombétoile ? Je suis capitaine d’une compagnie de mercenaires, aussi, tous les talents m’intéressent, surtout les moins connus. »

    Le ribaud renifla avec force. Son regard amusé cherchait une réponse dans celui azuré de son interlocuteur.

    « J'suis censé répondre quoi mon Capitaine... Monseigneur ? »

    Il prit une coupe de vin et l'apporta à ses lèvres fendues. Le liquide réchauffa son gosier qui criait au bonheur. Prenant ses aises, Cyric s'enfonça un peu mieux dans son fauteuil.

    « Mes manières sont peu distinguées, mais ça vous vous en doutez j'imagine. »

    Il ricana. L'ivrey cherchait-il à l'embaucher ? Offrait-il une telle hospitalité à tous ses guerriers avant de les recruter ?

    « On m'appris à agir dans l'ombre et l'inattendu. Deux coups dans le dos valent mieux qu'un honneur défendu et un bras perdu. Voilà ce qu'on s'efforça de m'inculquer. »

    Il guettait le moindre geste prompt à trahir le mécontentement du chevalier. Allait-il le punir ? Il aurait pu le faire depuis si longtemps...Attendait-il quelque chose du Walfen ? Sans doute, mais quoi ?
    Cyric n'était pas du genre à donner un coup de main. Il n'avait plus aucune cause à défendre et n'attendait rien des lendemains. Il n'avait fuit que par instinct.
    L'assassin était ensuite revenu en Oësgard pour effacer les dernières traces de son passé. Les secondes chances n'existaient-elles que dans les livres ? Mais qu'importe, la peur de mourir régressait après chaque lampée du délicieux breuvage. Il sourit, gaussant intérieurement du pathétisme de son dernier bilan.

    « Je n'suis qu'une nuisance Monseigneur-mon-Capitaine. Je vole, dissuade, persuade ou poignarde suivant les situations et recommandations. » Achevant sa tirade, il lança en direction d'Aetius un collier auquel était cousu une petite poche de cuir... L'objet ne semblait pas avoir été souillé ni fouillé, seulement dérobé.

    « Je ne vaux pas grand chose Monseigneur-mon-Capitaine, mais la vie d'mercenaire m'attire vraiment pas. Alors autant me dire ce que vous voulez. »

    Décidément, la courtoisie n'était pas innée chez tout le monde, à l'effigie des bonnes façons.
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeJeu 1 Juil 2010 - 16:58

Le régent écouta avec ce que l’on aurait pu prendre pour de l’indifférence. Du moins jusqu’à ce que ce dernier sorte d’on ne sait où un petit collier maintenant une poche de cuir minuscule et scellée. Son propre pendentif ! Ramenant mécaniquement une main au niveau de sa gorge, là où devrait se trouver le collier, il n’y trouva rien. Et cela le rendit fou. Se jetant sur l’individu, la mâchoire crispée et un regarde assassin dans les yeux, il essaya de récupérer son bien tandis que l’un de ses siens commençait à dégainer et que l’autre, craignant qu’Aetius ne salisse les tapis de la tente, le retenait à peu près. « Donne-la moi, DONNE-LA MOI » criait le noble, tout à fait hors de lui et ne se calma que lorsque l’ancien leader de feu la Peygre des barons oësgardiens ne lâche sa prise. Le pendentif n’avait pas l’air d’avoir été ouvert, ce qui aurait facilement remarqué, à moins que ce Tombétoile ait aussi été un couturier de génie. Une fois l’objet en sa possession, une fois qu’il serrait fort la petite poche de cuir, il reprit soudain contenance et se rassit. Le calme se refit subitement et Aetius, presque rasséréné, souffla un « impressionnant » plus à lui-même qu’à l’adresse du maître voleur.

Alors que son aimable vis-à-vis continuait à parler de ses compétences preuves à la main, Aetius se leva lentement pour débuter une petite promenade dans la tente, qui n’était, en fait, que l’assemblement de deux tentes de soldats de base, l’une des tentes servant de quartier général bien précaire et fort pauvre, l’autre de dortoir pour les hommes les plus proches du capitaine mercenaire. Ecoutant avec une inattention apparente retrouvée, il tournait dans cette petite maison de tissus, tandis que la lumière de soirée sourdait dans cette petite tanière. Se resservant une rasade de vin oësgardien, il pensait à sa situation.

Sa compagnie était plus heureuse quand elle était libre. Elle n’était pas stationnée à l’orée de l’Uberwald et pouvait mener sa campagne comme elle l’entendait. A présent, ses hommes servaient de gardes à des bourgs de taille moyenne. Certes, les permissions étaient nombreuses et la vie facile, mais l’inactivité risquait d’avoir un mauvais effet sur les mercenaires, qui ne tarderaient pas à se dissiper et à provoquer des remous dans les villages, remplaçant bien vite les brigands qu’ils avaient mission de chasser. Bref, Oësgard n’avait plus rien à offrir à cette troupe mercenaire, sinon une solde maigrelette et une situation stagnante.

Aussi Aetius, qui était pourtant insouciant, avait du temps pour penser à son comté. L’ennui que provoquait cette vie de garnison lui laissait tout temps pour en apprendre plus sur les Terres maudites, fief de l’ancien traître Hannibal de Roch. Il y avait bien quelques renseignements qu’il avait pu glaner aux voyageurs et aux bardes, et puis deux trois bricoles qu’il avait appris dans un livre, mais c’était tout. Il ne connaissait rien de Scylla, aussi allait-il avoir besoin d’hommes ce Tombétoile, un homme qui pourrait être ses yeux et, qui sait, peut-être son bras armé. Interrompant son interlocuteur, il fixa l’un des braseros qui restaient perpétuellement allumé et dit.

« Vous n’aurez pas à vivre la vie de mercenaire. » Contemplant toujours le feu qui vivotait sur un piédestal situé à peu près au milieu de la tente. « Le roi m’a confié le comté de Scylla, mais je n’ai jamais mis les pieds dans ce pays. Mes ennemis seront nombreux, et je suis persuadé que la politique, même dans ce pays au climat favorable et aux mœurs réputées pures, se fait comme partout, c’est-à-dire dans l’honneur et plus si besoin est. J’ai besoin d’hommes capables comme toi pour tout savoir sur les pègres et les intrigues de cour qui animent les cités de mon comté. Si tu es aussi bon espion et reître que tu es voleur, crois-moi, les honneurs et les récompenses seront grandes. »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeSam 3 Juil 2010 - 10:44

Le désargenté et le défiguré Ashgan
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    Le glaviot facile et l’air rossard, Cyric cracha face aux Affreux qui le dardaient du regard. Ces purotins avides de guerres n’avaient aucune ambition, ils ne défendaient aucune cause. De misérables chiens errants tout juste bon à brailler devant les jupons d’une panturne, sans savoir comment y mettre la main. Leur simple présence mettait le ribaud mal à l’aise, et les appels éclaireurs de sa fièvre nocturne n’arrangeaient rien.
    Le Walfen devait à tout prix rejoindre Saint Ripolin. Là-bas attendait les dernières bavures de sa sanglante anamnèse… Il savait la tâche qu’il se devait d’accomplir, ultime dépens contre une seconde chance. Mais le tribut était fort onéreux pour une besogne pas vraiment commode. Comment en était-il arrivé à de telles extrémités déjà ? Non, l’ancien leader de la Sorgne ne pouvait y parvenir seul.
    Cyric n’était décidément pas habitué à d’aussi longues réflexions, et force était d’admettre qu’il s’était laissé aller, oubliant complètement la présence d’Aetius. Le chevalier fixait les braises ardentes du brasero tandis que lui s’était évertué à sonder le vide, sa tête soulevée par la paume de sa main. N’importe quel idiot aurait été en mesure de l’éventrer avec une vulgarité que l’on réservait habituellement aux moutons. Il s’accrochait à ses réflexes d’assassin comme une vieille dame aimante au portrait de son fils défunt. Se resservant une rasade de vin sans demander son reste, l’issue à son problème fut soudainement claire comme l’olienne. Ses yeux malicieux se posèrent sur l’Ivrey. Ainsi donc il avait besoin, de ce qu’appelait La Sorgne, un fleure-fesses. Soit, le ribaud n’était plus vraiment d’humeur à méditer. Il aurait accepté n’importe quoi, pourvu qu’en échange le chevalier daigne vouloir l’aider. L’heure de la requête avait sonné. Manifestant son air flegmatique, le maraudeur esquissa un sourire vaniteux.

    « Ne vous inquiétez pas, mes talents sont multiples. »

    Se relevant un peu mieux, il prit l’expression qu’affichent ceux venant subitement de se remémorer quelque chose d’important. « Oh, mais peut-être pourrions-nous directement commencer par ma récompense. Considérez que votre demande est déjà assouvie, car elle le sera je peux vous l’assurer.» Sa voix paraissait inanimée quoique sérieuse : un client rassuré était une personne plus malléable.

    « Ce que je désire se trouve en ces frontières. » L’ombre que couvraient ses rides de fatigue, ainsi que le reflet des flammes dans son regard conféraient à son visage quelque chose de mystique.
    Sa voix se fit plus inaudible. « Mais, si cela ne vous dérange pas Monseigneur, j’aimerais terminer cette discussion en privé. » Il se tourna en direction des mercenaires puis reporta son attention sur Aetius. « Voyez c’que j’veux dire ? »
    Ainsi, le Scionneur de Pain Rouge ne dirait rien de plus sans un minimum d’intimité. Car les murs avaient des oreilles -surtout lorsqu’ils étaient taillés dans la toile-
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeSam 3 Juil 2010 - 16:01

Voilà que le jeune homme continuait à faire dans le curieux. Sur ces terres ? Mais que voulait-il, bon sang ! Aetius, cependant, restait un jeune facilement intrigué, aussi ce dernier offrit effectivement à Tombétoile de parler avec lui en tête à tête. Bien sûr, avant que cela ne fut fait, on prit quelques précautions.
« Anselme ? »
« Oui, messire. »
« Vous pouvez ligoter Tombétoile et disposer. »
« Avec plaisir messire. »

Et c’est en effet avec un plaisir non dissimulé que le dit Anselm reprit en main la corde et le criminel pour refaire ce qu’il avait défait quelques minutes plus tôt. Accrochant le braconnier à la chaise sur laquelle il s’était assis, il le ligota virogoureusement et sortit sans plus attendre. Ceci fait, les deux hommes d’armes sortirent en jetant un regard méfiant à cette curieuse entrevue.
« Bien, maître Tombétoile, à quoi pensez-vous donc ? »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeDim 4 Juil 2010 - 16:26

Le désargenté et le défiguré Ashgan
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    « Oui Anselme, faîtes donc. »

    Le Walfen ricana. Ses iris noisette se posèrent sur Aetius. Toute en remuant un peu dans le vain espoir de trouver une position plus confortable, Cyric s’évertuait à sourire l’air goguenard. Il devait bien avouer que le chevalier ne manquait pas d’esprit. Ainsi ligoté, son interlocuteur avait toujours l’hégémonie sur le ribaud. Les flammes du brasero réchauffaient une ambiance déjà tumultueuse. Les deux hommes se jugeaient du regard sans piper mot, plongés dans leurs filandreuses pensées. Puis au bout d’un moment, Cyric prit finalement la parole.

    « Connaissez-vous Oësgard Monseigneur ? On raconte que ces terres furent le champ de maintes guerres toutes plus sanglantes les unes que les autres. A travers les âges anciens, de nombreux recueils sacrés citent la baronnie comme terrain de jeu propice aux caprices de seigneurs belliqueux. Si bien que son peuple finit par s’accoutumer à son malheur. Les Cinq avaient simplement jeté le mauvais œil sur leurs misérables toits de chaume. » La voix du maraud avait cet étrange timbre que seuls les ménestrels savaient trouver pour faire vivre les contes. « Mais un jour, alors qu’un vil blasonné de Serramire s’évertuait à torturer la pauvre Maraille, abandonnée jusque par sa propre noblesse, quelques gonzes décidèrent
    de riposter. Le petit groupe de combattants devint grande troupe pour finalement donner naissance à La Sorgne, bannière sous laquelle se regroupèrent les défenseurs des petites gens. »


    Cyric laissa s’échapper un gloussement.

    « Avouez que l’histoire sonne joliment.» La mine du vilain se renfrogna. «Mais là ou il y a des hommes, il y a du crime. De l’eau coula sous les ponts et celle que l’on appelait La Nuit, dans le vieux parler local, devint la toute puissante peygre des Marches du Nord. »

    Fermant les yeux, Cyric poursuivit son récit, placide comme jamais.

    « Aujourd’hui, leur ultime Roy est mort sans nommer de successeur.» Il semblait plus facile de résumer la situation avec une déclaration mi figue, mi raisin : mi vrai, mi faux… «Tous ces surineurs clamèrent leur légitimité à monter sur le trône macabre, les choses ne pouvaient que se terminer dans le sang vous vous en doutez. »

    Il prit le temps de marquer une courte pause, afin que son allocutaire puisse digérer le trop plein d’informations.

    « D’ici quelques lunes, ce qui reste de cette meute sans chef va rejoindre Saint Ripolin. C’est un village que des fripouilles autochtones assiégèrent des années auparavant pour en faire leur tanière. Un endroit des plus malfamés et inconnu des autorités, qui ne cherchèrent pas vraiment à le trouver d’ailleurs. » Il jeta un regard entendu en direction de l’Ivrey.

    « Voyez-vous ou je veux en venir Monseigneur ? Ne serait-ce qu’une idée. Je suis sûr que oui. »
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeLun 5 Juil 2010 - 11:11

Voilà que le braconnier se prétendant assassin se voulait conteur. Dans la tente enfumée, chichement éclairé, le voilà, notre trouvère ligoté, qui récitait une comptine pour les bambins et les Oësgardiens purs et durs. Il poussait donc la chansonnette, la petite geste populaire qu’on chuchote gaiement autour d’une table pleine de chopes vides, un sourire fier entre les dents, un peu de cette chaleur qui prend aux tripes comme prend aux tripes la mauvaise gnôle faite maison. On lui racontait la légende de la Nuit, la Sorgne, les gens de cordes de la riante contrée oësgardienne. C’était drôle tant c’en était naïf. Une véritable berceuse pour les patriotes. Aetius se rappelait un peu de la Sorgne, quand il avait été stationné en tant qu’éclaireur dans les marches, pour combattre le raid drow. Il se disait, à l’époque, qu’un chevalier serramirois avait été poignardé par des hommes de la Peygre. Le prétexte était un vieux crime de sang, la cause réelle, des dettes trop importantes chez un créancier oësgardiens.

La naïveté d’Aetius l’avait trahi trop fréquemment pour qu’il se laisse aller à croire à un mot du refrain que poussait son hypothétique futur partenaire. Il crut même un instant que ce Tombétoile croyait encore à ces fadaises. Heureusement, l’assassin lui rappela qu’il n’était pas une sorte d’idiot rempli à ras bord du miel patriotique en cassant d’un coup le rythme douceâtre de son récit. D’un froid cynisme, il interrompit l’histoire de la Sorgne pour retourner à de plus basses (et plus réalistes) considérations. Bien sûr que tout ceci n’était que mythe et mensonges. La Sorgne n’était rien d’autre qu’un regroupement de malfaiteurs, de la canaille juste bonne à être pendue. A cet instant, Aetius se demanda pourquoi il salissait son nom à négocier avec l’un d’entre eux, et puis il se rappela à quel point le sang bleu était au goût des poignards, ces derniers temps. Autant combattre le feu par le feu, se dit-il comme pour se convaincre qu’il faisait le bon choix, à défaut d’être celui de l’honneur.

Lorsque Tombétoile insinua qu’Aetius pouvait en terminer d’un seul coup avec le reste des forbans qui écumaient les villes exsangues, le chevalier reprit le pas, un instant, sur le mercenaire. Et pourquoi pas ? Terminer cet épisode d’embuscades et de larcins par l’extermination du reste de la Sorgne, cela ne serait-il pas glorieux ? Et puis le damoiseau laissa place au capitaine. Le vieillard qui servait de régent à ce pays n’attendait qu’un mauvais pas pour lui donner la chasse, aussi lui fallait-il être des plus prudents. Et puis ce baroud d’honneur risquait de coûter à sa compagnie, qui n’en ressortirait pas indemne, et ce pourquoi ? Il n’allait pas sacrifier des hommes pour un employeur aussi ingrat, et encore moins pour les beaux yeux du braconnier Tombétoile. Jaugeant d’un regard son vis-à-vis ligoté à sa chaise, il sirota un moment son vin (un coteau de Nebelheim d’une bonne année, avec du caractère mais avec un goût sec pas déplaisant ; l’une des rares choses qu’il avait pu garder sur le butin de la Meute qu’il avait saisi).

« Vous pensez donc, maître Tombétoile, que vos services et votre loyauté valent le massacre des derniers hommes de main de la Sorgne ? Votre estime est élevée, mais je ne vois pas ce qui justifie une opération comme celle-ci. Certes, vous avez la main leste (il secoua le collier qu’Ashgan avait dérobé plus tôt dans la journée), mais elle ne vaut pas ce que vous demandez. »

Aetius n’était guère emballé par l’idée, bien qu’il hésitait. Il lui fallait plus, un peu plus. Un butin ? Des renseignements ? N’importe quoi qui puisse justifier une telle chevauchée, un tel assaut sur ces enfants de la Sorgne. »[/color]
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeMar 6 Juil 2010 - 16:04

Le désargenté et le défiguré Ashgan
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    « Oui »
    La réponse avait filé d’entre ses dents comme le venin d’un serpent. Les babines relevées et les crocs en avant, Cyric soutenait le regard du chevalier. Aetius défiait le ribaud en posant pareille question. Il ne fallait pas attendre autre chose qu’une morsure lorsqu’on piquait au vif un prédateur. Se laissant aller contre le dossier de sa chaise. Le Walfen reprit contenance. L’Ivrey hésitait et cela irritait le forban. Attendre l’aval de l’éphèbe lui rappelait qu’une fois de plus sa liberté s’était dérobée. Quelle pitié, même lorsqu’il s’agissait de promesse personnelle, Cyric ne savait tenir parole. Une fois encore, il dépendait des envies d’un autre. Une pulsion meurtrière l’envahit soudainement, faisant bouffir les veines de son cou. Calme, il devait rester calme, ne pas perdre son sang-froid face à ce jouvenceau de sang-bleu qu’il aurait autrefois susnommé Traîneur d’épées.

    La déduction se faisait d’elle-même. La présence de cet étranger blasonné devait sa raison aux missions d’épurations lancées récemment. Baudoin avait laissé derrière lui une baronnie sans défense, offrant aux nuisances une occasion de rendre leur quotidien plus agréable. Quelques bons samaritains virent la situation comme appel divin à l’assainissement de ces vallées. Pourtant, les vents lui chuchotèrent le nom d’un certains Egmont de Syliana, fraîchement pourvu du titre de régent. L’homme ne devait pas valoir mieux que ses pairs, voir ses nouvelles terres pillées par quelques mercenaires avides de trésors ne devait que peu l’enchanter.
    « A vous voir, on croirait qu’un mors invisible vous bride. Moi qui croyais qu’être un homme en pourpoint proposait une forte indépendance. » Cyric persifla. « Vous me proposez de l’honneur et des récompenses. Je renie les deux contre une faveur que vous refusez de m’accorder. Auriez-vous autant d’intégrité que ces enfants de putain tout juste bons à attirer votre dédain ? Je peux presque palper la répugnance que vous avez à mon égard. A moins que ce ne soit de la pitié. Pourtant, votre hésitation me fait penser que peu de choses nous différencient. »
    Il ricassa, l’air désintéressé. « Vous voulez de l’or ? Leur repère recèle d’objets précieux en tout genre ! Qui vous empêchera de reprendre ce que d’autres ont déjà volé ? Surement pas moi en tout cas.» Une vision salvatrice lui coupa la chique. Ses yeux se plissèrent. « On raconte que le baudrier d’argent y serait jalousement caché. Peut-être que certains verraient d’un bon œil ce bijoux si convoité qui appartient à la Citadelle, retourner à la Citadelle… »
    Son air se fit plus sérieux.
    « Accompagnez-moi. Selon mes plans, ils ne s’attendront jamais à ce que je prévois. Les pertes de votre côté seront minimes. En une lune tout sera réglé, et Tyra pourra nous bénir.» Un sourire narquois. « C’est si difficile que ça de me faire confiance ?»

    Avoir une meute enragée à son service était aussi utile qu’une épine de sapin en guise d’essuie-mains. Les enfants de La Sorgne n’étaient profitables que lorsqu’ils étaient menés par un chef. Nul doute que si la fatuité se faisait couverture, le ribaud en serait drapé à mourir étouffé. Mais l'ancien Sicaire était prêt à juré qu’aucun autre leader n’avaient su conduire cet amas de mécréants aussi haut sur les versants de la Gloire. Cet Ivrey ne comprenait pas, un surineur de la Sorgne était autant mercenaire qu'un loup était chien. Il ne pouvait lui proposer les services d'hommes qu'il devait nécessairement envoyer dans les bras de la Mort. Sans ça, il ne pouvait espérer prétendre à une renaissance. Effacer son passé, aussi loin qu'il le pouvait. Sans témoin prompt à brailler qui il était, plus personne ne saurait le retrouver.
    « Dernier détail, huit autres paires de mains, presque aussi expertes que les miennes, seraient prêtes à façonner Scylla selon vos désirs. » Non pas que Cyric ne parvenait à se résoudre d’assassiner Moucheron, Pard et quelques uns de ses plus fidèles comparses, mais l’heure était aux concessions. Seul, huit bougies étaient toujours plus aisées à éteindre qu’une chapelle entière...
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MessageSujet: Re: Le désargenté et le défiguré   Le désargenté et le défiguré I_icon_minitimeMer 7 Juil 2010 - 2:28

Il n’était pas difficile de jouer sur la corde sensible du chevalier. Encore jeune et bravache, il n’oubliait pas d’être ce que l’on pourrait appeler un véritable idiot. Les provocations et les défis sonnaient souvent, pour lui, comme la chanson la plus douce, et les sarcasmes ou les observations ironiques, notamment celles qui s’attaquaient à sa témérité ou sa vertu, étaient toujours accueillis par une oreille attentive et un regard hostile. Le gueux commençait à faire des comparaisons insultantes et osa même prétendre qu’un homme libre tel que lui pouvait être retenu par une laisse. Lui, Aetius, l’esclave d’un maître tout puissant ! Le sujet de conversation était sensible et le braconnier évita la rossée par la suite de sa diatribe. Il fallait bien avouer que depuis l’humiliation qu’osa lui infliger un petit capitaine du Comptable de Diantra, le chevalier au Kerkand avait perdu beaucoup du respect qu’il devrait à Egmont de Syliana. On pourrait même dire qu’il ne le portait pas dans son cœur.

Ainsi donc Aetius était des plus attentifs aux mots qui sortaient de la bouche de cet Ashgan, canaille des marches, prêt à exciter la colère au moindre mot un peu plus haut que l’autre. Heureusement, la grossièreté ne vint pas et le discours de maître Tombétoile s’améliora du tout au tout. Ce dernier parlait de butin, ce qui mit la puce à l’oreille de notre brave protagoniste, mais n’hésita pas à enchaîner sur un sujet qui affecta bien plus le chevalier. Voilà qu’il promettait le Baudrier d’argent, le fameux baudrier du non moins fameux chevalier qui l’eut porté. Herménégildoricius de Tourmalin, capitaine des Leumberjack, cet homme qui s’était proclamé roi d’Oësgardie peu de temps avant la trahison du Loup Gris, avait longtemps été l’objet du plus grand respect au sein de la chevalerie. La légende voudrait que le Baudrier d’Oësgard eût disparu par miracle, porté auprès de Néera par les forces divines. Ce prud’homme, que l’on disait invincible au combat, tirerait sa force de son baudrier, lequel était recouvert de l’argent le plus pur. L’annonce que lui fit Ashgan le bouleversa, bien qu’il essayât de n’en rien montrer.

Le monologue se poursuivait, mais Aetius était déjà tout acquis à la cause du forban. L’or, les hommes de main, tout cela n’avait plus d’importance. Il pouvait devenir maître du Baudrier d’argent, cette relique qui offrait l’invincibilité à son porteur. Plus de doute, il ne laisserait pas un tel artefact dans les mains de la racaille. Attendant impatiemment que son vis-à-vis ligoté finisse sa diatribe, il le fixa droit dans les yeux, un sourire de gosse sur les lèvres, et répondit.
« Si ce que vous promettez est vrai, cette affaire est la mienne. Peu importe les pertes, toute cette peygre tombera sous nos épées. Cela ne nous prendra pas une lune, car tout sera réglé en un jour ou une nuit. »

Sans plus attendre, Aetius, trop exalté par les mots d’Ashgan, commença à le libérer et à rappeler ses hommes. Déjà il donnait ses ordres et demandait des renseignements sur Ripolin et sa localisation, sur les brigands qui s’y terraient, sur tout ce qui touchait de près comme de loin à cette étrange affaire.
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