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 Retour à Val-Néera

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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Retour à Val-Néera   Jeu 29 Oct 2015 - 14:46

9ème ennéade de Barkios, an 8 du XIème cycle

Mes fesses devenaient douloureuses d’avoir passées toute la journée sur la selle, et ce n’est pas sans un discret soupir de soulagement que je vis apparaitre au loin les murailles de Val-Néera. Je n’avais jamais été un grand cavalier, et n’aurait été le manque de place dans la calèche, j’aurais volontiers choisi les coussins moelleux plutôt que le rude cuir du cheval. Mais nous voulions voyager légers, aussi seuls les enfants pouvaient-ils disposer de ce confort. De toute façon, comme disait Liliana « Papa peut rester des jours en selle et tuer plein de vilains drows à la fin »… quel père aurais-je été si j’avais brisé ses rêves d’enfants en lui avouant que mon postérieur  trop sensible réduisait fortement mes capacités martiales ?

Comme souvent aux beaux-jours, nous avions quitté nos terres en Velteroc pour prendre la route du Nord et revenir en Alonna, cette belle baronnie dont j’avais dirigé la destinée durant une décennie. Cette année, nous n’en avions que plus envie car l’absence de ma femme nous chagrinait tous, et à Val-Néera nous nous sentions plus proches d’elle. Tous savaient qu’en ces lieux, Jena avait rencontré celle qui désormais la guidait, la déesse-enfant dont nous étions devenus membres du culte. Néera justement, qui avait guidé sa Gardienne dans une mystérieuse quête dont j’ignorais quasiment tout et qui m’aurait fait me ronger les ongles si je n’avais su que ma femme disposait de moyens divins pour assurer sa propre sécurité.

Je devais admettre que m’éloigner un peu du Médian, de Diantra et de ses infâmes magouilles politiques me donnait presque un sentiment de vacances. Depuis le conseil qui s’était tenu dans la capitale au printemps, la situation paraissait bloquée entre les différentes factions, quand bien même on parlait de réunir un congrès à Apreplaine pour trouver une solution de compromis. Ne me sentant guère concerné et ne pouvant guère aider dans ces affaires mon seigneur, le Duc du Médian, je préférais aller voir de mes propres yeux ce qu’il se passait à Alonna. La baronnie se trouvait certes en paix, mais entre les troubles qui agitaient Serramire et l’invasion drow à Oësgard, nous savions que la région était un îlot au milieu d’une tempête.

Le château de Val-Néera, que je m’étais attribué en fief quelques années auparavant, se trouvait être une ancienne forteresse d’un ordre de chevalerie depuis longtemps tombé dans l’oubli. Si la majeure partie de l’ancienne enceinte avait disparue, l’épaisseur des murs et le grand donjon qui les surplombait démontraient sans contestation possible la vocation autrefois militaire du lieu. J’avais veillé à remettre les fortifications en état, préférant disposer d’une place-forte apte à résister à un raid de pillards ou pires. En ces temps sombres que nous vivions, la prudence constituait généralement le choix de la sagesse.

Des villages aux alentours et jusqu’à la cité de Jersada, la nouvelle de mon retour s’était apparemment répandue. Je gémis en voyant que les bourgmestres et échevins se trouvaient déjà là pour m’accueillir, sachant qu’il me faudrait répondre à toutes leurs salutations et probablement les inviter à souper le soir même, alors que je n’aspirais qu’à un bon lit douillet. À Renhanda, j’arrivais parfois à oublier que j’avais été un haut dignitaire politique, mais à Alonna le souvenir de mon passage en tant que baron se trouvait encore trop récent pour que les habitants puissent l’ignorer.

Ainsi donc, ayant confié les enfants au chambellan pour qu’il les emmène jusqu’à leurs chambres, je vins à la rencontre de mes invités quelques peu intrusifs, un air digne et austère sur le visage. A défaut de pouvoir me reposer, je comptais bien profiter de les avoir à ma table pour apprendre les dernières nouvelles de la baronnie que les rapports des agents de Velteroc ne m’auraient pas transmises. Mes serviteurs savaient que j’aimais à faire bien boire à ma table, l’alcool déliant les langues et noyant les inhibitions. Ce soir-là encore, les caves de mon fief allaient devoir laisser sortir quelques grands crus.


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Mer 23 Déc 2015 - 10:47, édité 2 fois
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Mar 3 Nov 2015 - 11:30

Mes cuisiniers avaient fait merveille en peu de temps, et ce qui devait n’être qu’un souper entre amis se transforma bien vite en un petit banquet. Nous étions plus d’une vingtaine de convives attablés dans le grand salon du château, entourés d’une nuée de serviteurs qui passaient les plats et reversaient du vin sitôt qu’un verre se vidaient. Crus de Langehack, de Hautval et même de Soltariel se mêlaient dans les gosiers, échauffant les humeurs. Moi-même, qui pourtant n’avais pas beaucoup bu, j’avais déboutonné les premiers boutons de mon pourpoint et j’écoutais, à moitié affalé dans mon fauteuil, le maître de la guilde des orfèvres de Jersada m’expliquer les récents évènements. La bouche rendue un peu pâteuse par l’excès de vin n’aidait pas le gaillard à s’exprimer clairement, mas j’en avais saisi l’essentiel.

Ainsi donc notre gracieuse baronne a fermement repris en main la baronnie, tout en convolant avec le seigneur du Lys ?
Ouais, faut croire que sa boiterie n’affecte pas sa gaule, répondit l’orfèvre en ricanant bêtement. Drôle de type, d’ailleurs, l’était au chervice… service du baron d’Etherna avant de lui claquer la porte. Aurait même cramé son domaine en partant.
Il se croit tout permis, maugréa un prêtre de Mogar en bout de table. Il arrive comme ça, et parce qu’il couche avec la baronne il agit en maître. Ça finira mal tout ça, vous verrez.

Cette dernière réflexion attira mon attention. Je ne connaissais que vaguement le seigneur du Lys, l’ayant croisé à quelques reprises sans jamais vraiment nouer connaissance, et je ne pouvais m’empêcher de me demander comment les grands seigneurs d’Alonna considéraient ce nouveau joueur qui venait bouleverser leurs équilibres politiques.

Voulez-vous dire que le seigneur du Lys n’aurait pas que des amis à Alonna ?
Pour sûr, affirma le fils ainé d’un châtelain des environs, il veut tout changer et cela ne se fera pas sans heurts. Ses intentions sont surement louables, mais il touche à des intérêts solidement ancrés.

Je ne dis rien, laissant le silence s’installer. D’expérience, de tels moments de vide amenaient les gens à vouloir le combler, et peut être à trop en dire. Je portais donc mon verre à mes lèvres en observant autour de moi, attentif aux expressions qui se dégageaient des différents visages. Mes convives représentaient un échantillon des forces vives de la baronnie, et je gageais que leurs opinions seraient partagées par d’autres. Ce fut l’orfèvre, qui après avoir mangé une prune confite et but un nouveau verre, reprit la parole.

Je dis pas qu’il faut du mauvais boulot, hein, mais ça reste un étranger. Son arrivée plait pas beaucoup dans certains milieux…
Certains milieux ? Nous touchions au point sensible.
Ben, vous savez… les partison… partisans de l’ancienne… de Constance l’usurpatrice. La Dame Rouge de Lodiaker s’appuyait sur quelques nobles qui n’approuvent pas la politique de la baronne Alanya. Le seigneur de Ctholl, par exemple, doit bouillir de ne plus être aux affaires comme l'était l'ancienne lignée.
Sur que le vieux Ansfild l’a mauvaise. Ajoutez à cela que certains se posent des questions sur ce qu'elle a été trafiquer dans le Sud…

Comme si cette dernière réflexion avait déclenché une alerte dans la tête des invités, car la discussion commençait à flirter un peu trop avec des propos tendancieux, chacun se tût et plongea dans son verre. Me levant, je claquais dans mes mains et des serviteurs ouvrirent les portes, laissant un vent frais réveiller les esprits embrumés par l’alcool.

Allons messieurs, ces réflexions ont gâché votre humeur. Venez, nous allons nous promener dans le parc pour digérer, j’ai des cracheurs de feu dont les talents vont vous époustoufler.

Nous quittâmes donc la salle du banquet où régnait une atmosphère un peu trop lourde à mon gout. Si extérieurement je continuais durant le reste de la soirée à jouer les hôtes affairés et ravis, intérieurement je commençais à m’inquiéter des nouvelles que j’entendais. Certains fiefs avaient une tradition de complot longuement ancré, il m’avait d’ailleurs fallu en contrer dans le passé. Si le nouveau pouvoir à Alonna rompait ainsi certaines digues, qui pourrait dire quel torrent risquait de se déchainer ?


Dernière édition par Hanegard Kastelord le Lun 9 Nov 2015 - 13:30, édité 2 fois
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Sam 7 Nov 2015 - 16:28

La soirée s’était finie assez tard, ou assez tôt si l’on se plaçait vis-à-vis du jour suivant, et je n’émergeais qu’en fin de matinée, la bouche encore un peu pâteuse. Mes valets m’avaient laissé dormir, ce fut le soleil montant dans le ciel qui perça finalement à travers un interstice des rideaux et vint me frapper en plein visage, m’arrachant au doux sommeil.

Ces vins de Hautval sont traîtres, maugréais-je tout en allant boire un verre d’eau fraîche. Ils sont légers sur le palais mais vous assomment plus qu’un nain à qui vous refusez l’entrée d’une taverne.

Fort heureusement, Val-Néera se trouvait doté de salle d’eau, ma femme ayant insisté pour en faire installer dans chacune de nos résidences. Ces thermes se trouvaient dans une salle en brique, chauffée par de grand brasier situés à l’étage inférieur, et je devais admettre que ce confort me plaisait bien, en particulier lors de lendemains trop arrosés. Je restais donc une bonne heure dans les épais nuages de vapeur, laissant les miasmes de mes excès s’échapper, avant de revenir à mes appartements où je tombais nez-à-nez avec un serviteur portant une missive sur un plateau d’argent.

Monseigneur, nous avons trouvé ce pli scellé dans la salle du banquet. Surement un de vos invités l’aura laissé là.

Légèrement surpris, je me saisis de la missive. Aucun sceau n’avait été apposé dans la cire, mais ce furent surtout les mots écrits sur le vélin qui me firent écarquiller les yeux de surprise.

Citation :
Le Lys et la catin périront de malemort. Et ceux qui les soutiennent connaitront le châtiment divin pour leurs fautes. Il n’est pas trop tard pour sauver l’Alonna de leurs griffes.
I.D.

I.D. ? Que veulent dire ces initiales ? murmurais-je à voix basse.

Voilà qui plaçait les discussions de la veille sous un tout nouveau jour. Ainsi donc, certaines personnes à Alonna ne se contentaient pas de regretter les actions du nouveau pouvoir en place, ils osaient menacer et comploter contre leurs seigneurs ! Toutefois, s’agissait-il d’une réelle conspiration ou simplement d’une bravade de quelque matamore désireux de jouer les justiciers de l’ombre ? Relisant le texte, je ne vis rien qui put me permettre d’en identifier l’auteur… les lettres étaient parfaitement calligraphiées, mais bien des clercs auraient pu en faire de même. Quand au vélin, s’il était de bonne qualité, il ne portait lui non plus aucune marque distinctive.

Décidément, il se tramait de bien sombres choses dans mon ancienne baronnie.
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Jeu 19 Nov 2015 - 13:32

[list]

    « - L’œuf est entre de bonnes mains. Ta place n’est plus ici à présent. Guide ton cheval jusqu’à Val Néera et une fois là-bas repose toi Gardienne car bientôt il te faudra mener à bien de grands changements. »

    Ces mots résonnaient encore à mes oreilles. Je les avais entendus le lendemain de notre première nuit avec l’œuf. Nous descendions lentement à cheval lorsque Sa voix m’avait fait sursauté. Je ne l’avais pas entendu depuis plusieurs jours et presque aussitôt je me sentis sourire comme si j’avais entendu la voix d’une amie. Cette simple phrase m’avait tellement remplie de joie que je m’étais empressée de tout rapporter à Arthur. Il était enfin libéré du fardeau que je représentais pour lui et moi je pouvais enfin retourner auprès des miens. Pour l’heure je ne voulais pas chercher à comprendre à quoi Elle faisait référence dans la deuxième partie de son message, je voulais juste galoper jusqu’à Val-Néera même si c’était à plusieurs jours de l’endroit où nous nous trouvions.

    Arthur se montra légèrement inquiet à l’idée que je parte seule sur les routes pour rejoindre Alonna mais je finis par le convaincre que je m’en sortirai très bien toute seule et enfin je le remerciais pour tout ce qu’il avait fait pour moi.
    Nous nous séparâmes après que je lui ai répété une énième fois qu’il serait toujours le bienvenu à Val Néera ou à Velteroc… et même à l’intérieur de chaque temple de Néera.

    Les premiers jours furent les plus faciles. J’étais tellement heureuse que j’en oubliais presque la douleur du deuil que je portais encore. Je n’avais pourtant pas oublié la mort de Caïn. Mais après quatre jours de voyage, seule, je finis par penser à mon ami et je regrettais sa présence à mes côtés. Bien sûr, chaque soir je veillais à dormir soit à l’abri des murs d’un temple soit dans la chambre d’une auberge qui ne me paraissait pas douteuse, mais la mort de Caïn me pesait sur la conscience et dans chacune de mes prières je pensais à lui. Parfois j’éprouvais de la colère d’avoir été aussi empotée, puis je maudissais ma cécité qui avait fait de moi le pire des fardeaux dans cette escalade… Je demandais des centaines de fois à Néera pourquoi elle m’avait pris la vue, pourquoi elle avait laissé Caïn payer de sa vie cette quête que l’on m’avait confiée… Mais elle était restée sourde à mes paroles.

    Je ruminais ces pensées durant toute la route et j’en perdis l’appétit. Lorsque je m’arrêtais dans un temple, je m’isolais pour prier pour que personne ne vienne me déranger. Je n’avais pas envie de parler, pas envie de croiser ces prêtres qui se disaient dévoués à Néera alors qu’il n’y avait que noirceur en eux. Certes ils n’étaient pas légion mais c’était toujours un moment pénible lorsque je me rendais compte en touchant l’un de mes frères qu’il était loin d’être honnête avec le Culte. Je n’avais d’ailleurs pas remis ma robe de Prêtresse, je portais toujours cette tenue de voyage sale et déchirée par endroit. J’avais les mains encore écorchées et le bleu sur ma joue gauche, rappel de ma chute dans les montagnes, commençait à peine à s’estomper.

    Je parvins enfin à me dérider et à retrouver le sourire lorsque les noms des villages que je traversais me furent familiers. Je savais que je touchais au but, qu’après des jours et des jours de voyage j’allais enfin revoir ma famille. Je n’avais demandé à personne sur mon chemin si la famille Kastelord était à Val Néera, les mots de la Déesse m’avaient suffi à être certaine qu’ils s’y trouveraient.
    J’étais épuisée physiquement et moralement, je ressentais toutes les privations que je m’étais imposée durant ce voyage, comme si je cherchais quelque part à expier la mort de CaÏn.

    Je ne pouvais plus voir cette allée d’arbres qui m’avait coupé le souffle la première fois que nous étions venus ici, je ne pouvais pas voir non plus les couleurs des fleurs, ou du soleil perçant les feuillages mais je savais que j’étais enfin chez moi. Je fis arrêter mon cheval pour descendre de selle et finir le court trajet à pied. Mes jambes tremblèrent et menacèrent de céder lorsque je sentis que l’on empoignait mon bras fermement.


    « - Holà M’dame, vous semblez avoir fait un long voyage… vous êtes dans un… triste état. V’nez par là j’vais vous conduire aux cuisines du château. M’dame Clarys elle vous donnera d’quoi vous requinquer. Allons allons, inutile de protester. V’nez là… »

    Il me tendit son bras et je le remerciais gentiment. J’avais tenté de protester mais j’étais trop fatiguée pour lutter contre l’inconnu qui s’était porté à mon secours. Il me faudrait demander son nom pour que je puisse le remercier une fois remise de cet éprouvant voyage.
    Je le laissais me guider dans les cuisines de Val Néera sachant que j’allais bientôt retrouver ma plus vieille amie.
    Le calme régnait dans la grande pièce, après tout nous étions au début de l’après-midi, le repas avait été donné quelques heures plus tôt. Il n’y avait qu’une seule personne qui s’activait à essuyer l’énorme table en chêne. Je reconnaissais cet endroit sans le voir, je reconnaissais cette personne sans la voir non plus et je me sentis sourire. J’étais enfin chez moi.
    La fameuse Dame Clarys leva la tête à notre entrée, croisa le regard de l’homme qui m’accompagnait puis ses yeux glissèrent vers moi et elle laissa échapper un couinement de surprise qui me fit sourire un peu plus.


    « - Va chercher le seigneur Kastelord…. Dis-lui que… que j’ai besoin de lui en cuisine. Tout de suite. »

    Une fois qu’il fut partie, les mains de mon amie se posèrent sur mes joues, je sentais toute la force de son émotion.

    « - Par Néera…. Jena… qu’est-ce que tu as bien pu faire pour revenir dans cet état… ?»
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Dim 22 Nov 2015 - 22:21

    « - C'est une très longue histoire »murmurais-je d'une voix rendue éraillée par les jours de silence que je venais de vivre.

    Clarys me prit la main et m'entraîna vers le banc qui longeait la longue table en chêne. Elle me regarda m'asseoir puis lâcha quelques instants pour me rapporter un verre d'eau, la seconde suivante elle était assise près de moi et me reprenait la main. Je sentais que ce contact la rassurait, que cela l'aidait à s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Je pouvais sentir à quel point je lui avais manqué et combien elle s'était inquiétée pour moi, une nouvelle fois la force de son amitié m'ébranla. Après toutes ces années elle était encore là. Celle avait qui j'avais partagé une petite chambre de bonne dans la citadelle d'Alonna, celle qui avait été la première à savoir que j'étais enceinte de Liliana, celle qui m'avait toujours suivie … sauf lorsque nous avions quitté Val Néera pour Velteroc. Elle avait émis le souhait de rester ici, avec Sargril dont elle s'était éprise au fil des années.


    «- Mais tu as l'air d'ailleurs merveilleusement bien. Je suis heureuse de te revoir si rayonnante. Et comment va Sargril ? »
    « - Il va très bien, et nous sommes très heureux ici, mais Jena … nous parlerons de tout cela plus tard... Je ne... comment peux-tu être … dans cet état. »
    « - Je fais si peur que ça ? » demandais-je en souriant amusée.

    [i]Je savais déjà la réponse à cette question, chaque fois que j'avais franchi les murs d'un temple on m'avait accueilli avec pitié et compassion. J'avais bien senti que ma cécité n'était pas la seule raison.


    « - Tu es... Si différente... »
    « - Quelle charmante façon de dire que j'ai une mine épouvantable ! »
    « - Jena … ce n'est pas drôle … qui t'as... est-ce que tu as été... violentée ? Et où est Caïn, il était censé veiller sur toi, pas te ramener dans cet état... Attends que je lui mette la main dessus... »

    L'évocation de mon compagnon de route me crispa. Je ne savais pas comment annoncer que cet homme bon et loyal était mort loin de chez lui, qu'il était enterré au milieu de nulle part et qu'il était là bas par ma faute.

    « - Non, bien sur que non... La route était dangereuse et j'ai trébuché. »

    Ce n'était pas un mensonge mais je devais bien avouer que c'était ridicule comme excuse. Avant qu'elle n'ait pu protester et mentionner à nouveau Caïn, je continuais.

    « - La route jusqu'à Val Néera a été longue... je suis épuisée et ne m'en veut pas Clarys, mais je n'ai pas la force pour un long discours. Peux-tu attendre jusqu'à demain ? J'aimerai juste... juste les voir et puis …. »

    « - Et puis manger un morceau. On dirait que tu n'as pas mangé depuis des jours. Non... ne me dit pas que.... Par les Cinq Jena ! Tu ne quitteras pas cette cuisine sans avoir avaler quelques choses. Ils attendent depuis des ennéades, ils peuvent bien attendre encore un peu. »

    Ce bref rappel de ma longue absence me fit l'effet d'un pincement au cœur. Moi qui avait eu peur d'être une mauvaise mère alors que j'étais enceinte de Liliana, je me retrouvais neuf ans après en mère absente. Certes j'accomplissais la volonté de Néera... mais cela ne faisait pas de moi une meilleure mère aux yeux de mes enfants. La dernière fois, Liliana m'en avait voulu et elle m'avait dit qu'elle ne voulait plus que je parte. Dastan avait pleuré mais il m'avait dit qu'il me pardonnait si je promettais de rentrer bientôt... Et Elyan... Il était si jeune quand je l'avais laissé derrière moi à Velteroc...
    Clarys dut sentir la tristesse qui s'était emparée de moi et elle revint s'asseoir sur le banc pour me reprendre la main. »


    « - Je suis désolée. Je n'aurais pas du dire ça comme ça. Tu leur manques terriblement, à tous. Chaque soir, Dastan refuse de s'endormir s'il n'a pas fait au moins dix prières à Néera pour toi. Liliana en parle moins mais elle refuse de faire le moindre voyage sans qu'on emporte quelques unes de tes affaires au cas où. Et Elyan est un beau bébé en pleine santé. Ils seront tous heureux de te revoir. Mais celui à qui ton absence pèse le plus ne devrait pas tarder à arriver. »
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Mar 24 Nov 2015 - 15:05

Monseigneur, monseigneur !

Le cri du serviteur qui pénétra dans nos appartements à la manière d’un nain assoiffé se ruant à l’assaut d’une taverne accueillante me fit sursauter. J’avais décidé ce jour-là de passer l’après-midi avec mes enfants, car après tout n’étions-nous pas d’une certaine façon en vacances ? La politique et les intrigues avaient trop longtemps été mon quotidien, profiter également de la vie de famille changeait agréablement. Je fusillais donc l’intrus du regard, mais sans reprendre son souffle il expliqua la raison de son entrée inopportune :

Votre femme, monseigneur, elle est là !
Jena ?

Je me levais d’un bond, mais Dastan et Liliana furent encore plus rapide que moi et déjà ils filaient hors de la chambre en criant à tue-tête « maman, maman ! ». Elyan dormait dans son berceau et je le laissais s’y reposer, car mon plus jeune fils savait exprimer bruyamment son mécontentement lorsque sa sieste se trouvait interrompue. N’ayant plus la souplesse de mes deux têtes blondes, je les rejoignis quelques minutes après qu’ils se soient rués dans les bras de leur mère, pleurant de joie. Clarys avait eu la délicatesse de s’écarter un peu pour nous laisser profiter de nos retrouvailles.

Ma femme paraissait épuisée par ses aventures, des cernes sous les yeux, une vilaine ecchymose sur la joue et des vêtements d’une propreté pour le moins douteuse, comme si elle avait dormi à la belle étoile plus souvent qu’à son tour. Pour qui aurait ignoré son statut de Gardienne, il y aurait eu matière à s’affoler… mais je savais que Jena disposait de moyens de défense supérieurs à ceux d’un archimage, son lien divin constituant un bouclier quasiment indestructible. Pour autant, nul n’était besoin d’être un grand mire pour deviner qu’elle était littéralement épuisée et qu’il lui fallait avant tout du repos.

Ce ne fut pas sans mal que je réussis à persuader Dastan et Liliana de
« laisser maman se reposer, elle sera toujours là demain, tu sais ? Allez retournes avec ton frère, Clarys occupez-vous d’eux ». Aidé d’une Clarys en mode mère-poule, je persuadais notre Gardienne vagabonde de manger un peu, avant de l’emmener aux bains puis de la fourrer dans le lit conjugal sous un épais tas de couvertures, le berceau d’Elyan non loin du’elle. Jena se laissa faire, sans doute trop fatiguée pour discuter et heureuse d’échapper à une avalanche de questions sur ce qu’elle avait fait, pourquoi, où et quand. Cela viendrait en son temps…
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Jena Kastelord
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MessageSujet: Re: Retour à Val-Néera   Jeu 26 Nov 2015 - 13:03

    Les cris de mes enfants me parvinrent avant même qu’ils aient passés le seuil de la porte. Je me sentis étrangement soulagée, comme si toute l’inquiétude que je pouvais éprouvé à leur sujet s’était envolée dès que je les avais entendus m’appeler. Ils étaient là et ils allaient bien.
    Je les gardais longtemps dans mes bras, les serrant fort contre moi mais mon cœur fut enfin comblé quand je sentis sa présence. Il ne tarda pas à nous rejoindre et ses bras m’enveloppèrent. Ce fut sûrement à cet instant que je lâchais prise. Je n’avais plus à m’inquiéter de rien, il était là et j’étais enfin là où je devais être.
    Je ne me souviens pas vraiment de tout ce qui suivit. Je ne sais pas s’il s’était adressé à moi et si je lui avais répondu, j’étais trop épuisée pour faire une phrase cohérente. Je me rappelle seulement m’être retrouvée dans un lit et m’être endormie presque aussitôt.
    Et je devais avoir énormément de sommeil à rattraper puisque j’avais dormi d’une traite jusqu’au matin. Même le passage de mes enfants avant qu’ils aillent se coucher ne m’avait pas réveillé.

    A l’aube j’avais enfin ouvert les yeux et j’eus la désagréable surprise de trouver le lit vide à mes côtés. Je me redressais sur les coudes, cherchant à savoir si Hanegard était ailleurs dans la pièce mais il ne semblait être nulle part. Peut-être s’était-il levé plus tôt que moi, peut-être n’était-il tout simplement pas venu dormir avec moi…
    Je me levais juste à temps pour entendre les premiers pleurs d’Elyan. D’abord surprise, je me figeais et je dus lutter pour ravaler le flot de larmes qui menaçaient de couler. Je me glissais hors du lit et m’approchais du berceau. Je tenais mon fils depuis quelques minutes à peine qu’on frappa à la porte. Sans attendre de réponse quelqu’un entra et s’approcha.


    « - Tu es toujours aussi matinale Clarys. »
    « - Je voulais m’assurer qu’il ne t’empêcherait pas de dormir… j’arrive trop tard à ce que je vois. Anne va s’occuper de lui, elle attend devant la porte. Et moi je vais t’aider un peu. »

    Je ne comprenais pas tout de suite où elle voulait en venir, quoi qu’il en soit une jeune femme s’installa dans un coin de la chambre avec Elyan sur les genoux et je me trouvais assise je ne sais trop où avec une Clarys qui s’affairait avec ce qu’elle appelait « une tignasse qui aurait mérité un meilleur traitement ».
    Retrouver mon amie me comblait de joie, elle me racontait les petits évènements qui avaient été leur quotidien ici jusqu’à l’arrivée de mon mari et de mes enfants. Elle me confia que Liliana et Dastan avaient été très difficile à endormir la veille au soir tant ils avaient hâte que je me réveille. Dès qu’elle eut terminée de me coiffer et de m’habiller avec ce que Liliana avait pris soin d’emporter, je lui demandais où se trouvait le sac de voyage que j’avais ramené la veille. Elle me l’indiqua et j’en sortis le bandeau noir qui m’avait accompagné durant mon voyage. Je m’en couvris les yeux comme j’avais pris l’habitude de le faire. Je sentis que cela la gênait mais elle ne fit aucun commentaire.

    Après avoir récupérer Elyan, malgré le regard inquiet de la jeune femme, je me dirigeais vers le bureau d’Hanegard. Je m’attendais le trouver là, penché sur des papiers ou des missives mais je fus surprise de le trouver vide. Je ne savais pas où chercher aussi finis-je par me dire que cette fois c’était eux qui finirait par me trouver. J’avais donc rejoins le petit banc blanc que nous avions installé précisément à l’endroit où j’avais vu Néera pour la première fois.
    Elyan s’amusait à tirer les mèches de cheveux qui s’échappaient de la coiffure que m’avait faite Clarys, j’entendais ses gazouillis mais je ne pouvais pas le voir et ce rappel de ma cécité me fit froncer les sourcils. C’était la chose que j’avais le plus de mal à accepter dans mon nouveau statut de Gardienne, mais il me fallait apprendre à vivre avec.
    J’entendis bientôt des cris de jeux un peu plus loin dans la clairière de l’autre côté du bosquet d’arbre face à moi. Je quittais donc mon banc et marchais, sans la moindre hésitation quant à l’endroit où je devais poser mes pieds, vers l’endroit d’où me parvenaient les rires de mes enfants.

    Ils se trouvaient bien dans la clairière et si je ne pouvais pas les voir distinctement, je savais qu’ils riaient aux éclats en courant dans tous les sens. Sûrement un jeu dont je ne comprenais pas les règles mais qui me fit aussitôt sourire. Hanegard se trouvait là aussi à veiller sur eux.
    Dastan fut le premier à repérer ma présence, la seconde d’après j’étais agenouillée devant lui, ses petits bras autour de mon cou.


    « - Pourquoi t’es partie cette fois maman ? Elle voulait quoi Néera ? »

    L’innocence de sa question me fit sourire davantage et j’embrassais ses deux joues.

    « - Et bien figure toi qu’un dragon m’a demandé d’aller récupérer son œuf en haut d’une montagne »
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