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 Aller de l'avant [Pv Arnoul]

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Walther Hohenburg
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MessageSujet: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeSam 3 Sep 2016 - 15:44

I. MARIONS LES


Le sang recouvrait les pavés. La rue était inondée et ses pieds s'enlisaient petit à petit jusqu'à ce qu'il ne puisse plus du tout avancer. Devant lui, de nombreux hommes tentaient de s'extirper du courant, mais en vain. Ils cédaient les uns après les autres et lorsqu'il n'y eut plus personne devant lui, Walther comprit que son tour était venu. Les prières à Néera ne suffirent pas à l'apaiser. Perdu, effrayé, il chercha ses compagnons d'infortune à sa droite et à sa gauche. Il chercha le regard bienveillant du colosse Olysséen, mais ne vit rien. Meinhard n'était pas comme lui. Il était fait dans la roche alors que lui n'était qu'une brindille. Son ami saurait trouver une solution à tout se sang qui atteignait presque sa bouche. L'air commença à manquer. Ses mains cherchèrent frénétiquement un moyen de se dégager de là. Rien y faisait. En venant ici, il s'était condamné à mourir noyé dans ce fleuve rougeâtre et puant. Pis encore, il avait condamné ses frères. Le sang finit par recouvrir sa tête littéralement. Combien de temps pourrait-il tenir encore ? Ses poumons se rétractèrent, il lui fallait retrouver de l'air pour ne pas sombrer. Rien. Personne ne vint l'aider et il commença à déjanter. Sa bouche s'ouvrit sans qu'il le veuille et...
-Walther ?! s'enquit sa sœur assise sur le rebord du lit.
Ses yeux étaient écarquillés. La sueur lui recouvrait tout son corps et il soufflait comme un cheval de laboure.
-Hein ? Quoi ? Que se passe-t-il ?
Sa sœur Hilda lui mit une main sur le front. Il était bouillant comme tous les matins.
-C'est encore un de ces mauvais rêves, tout va bien maintenant, reprit-elle pour le rassurer tandis qu'il se remettait peu à peu de son effroi. Tu n'as jamais rien dit à propos de ces rêves, Walther. Peut-être qu'en en parlant, tu serais...
-Jamais, Hilda, coupa-t-il. Tu ne pourrais me comprendre et même si je t'en parlais, tu me prendrais ensuite pour un dément.
Les yeux de sa sœur devinrent rigides.
-Que reste-t-il de toi Walther ? Où est passé le jeune garçon curieux de tout et toujours enjoué ? Dès que je te regarde maintenant, je ne vois qu'une ombre fuyant la lumière. Tu ne parles plus. Tu ne bois plus. La guerre nous a déjà prit notre frère, notre père et mon époux. Si elle est désormais derrière nous, je te sens toujours là-bas à courir derrière des fantômes.
Comme à son habitude, Hilda avait vu juste, même s'il refusait encore de l'admettre. Gêné, il chercha à fuir le regard de sa sœur pour tenter de trouver le petit Meinhard. Sa paillasse était vide.
-Regarde moi Walther lorsque je te parle ! Gronda-t-elle en le forçant à la voir en face. Pour le bien de notre famille, je me marie. Le seigneur Arnoul a été bon avec nous. Sans lui, tu ne serais pas là et Ernal ne serait plus qu'une ruine. Mais je vais devoir partir. Je ne serai plus là pour veiller sur toi et prendre soin de toi chaque matin. Ernal aura besoin de toi. Notre mère aura besoin de toi. Tu ne peux continuer à te morfondre de la sorte. La guerre est terminée !
Il n'eut pas la force de répondre. Le courage l'avait abandonné depuis bien longtemps. Pourtant, sa bouche s'ouvrit fébrilement.
-Je n'aurai jamais assez de mots pour te dire tout ce que j'ai vu et fait là-bas. Jusqu'à ma mort, je vivrais avec ces images dans ma tête. Lutter contre elles est dessus de mes moyens, je ne peux rien faire.
Sa sœur parut exaspérée et le fixa de nouveau brutalement droit dans les yeux.
-Chaque jours, j'ai craint pour ta vie. Nous avons prié pour que tu reviennes sain et sauf. Lorsque tu es revenu, j'ai remercié Néera d'avoir ramené mon petit frère à la maison. Elle marqua une pause en soupirant. Aujourd'hui devrait être le plus beau jour de ma vie, mais je pleurs pourtant celui que tu es devenu.
Hilda s'en alla brusquement sans qu'il n'ait le temps d'attraper sa main. A vrai dire, il n'essaya même pas et resta pantois pendant un long moment alors qu'elle quittait la chambre. Une fois de plus, elle avait dit la vérité. Même en regardant son reflet dans la vasque d'eau, il ne vit rien d'autre qu'une ombre. Tu étais un capitaine ; Tu étais un chevalier ; Qui es-tu désormais Walther ? Un homme vide, un homme mort...

*****



La cour d'Ernal était bruyante et vivante. Bien plus qu'elle ne l'avait été les derniers mois. Les gens du domaine s'affairaient aux préparatifs du banquet en courant dans tous les sens sous l'oeil et la direction d'Edwina Bogen, la veuve du défunt Wilhelm Hohenburg. De l'autre côté de la cour, dans une partie ombragée par les quelques vergers du domaine, jouaient les garçons. Onfroi se battait en duel avec le petit Meinhard. Les deux faisaient la même taille et la même corpulence. Ce duel d'épées en bois dura plusieurs bonnes minutes avant que Meinhard ne fasse trébucher son adversaire. Bon perdant, Onfroi se releva et ria à gorge déployée. A côté, son petit frère tenta de récupérer l'arme pour s'essayer aux quelques coups qu'on lui avait enseigné.
Edwin Rhüge, le nouvel époux d'Hilda, arriva accompagné d'une bonne troupe en provenance de Stern. Du haut des petits remparts d'Ernal, les garçons comptèrent les bannières et Onfroi apprit quelques armoiries à son nouvel ami sgardien. Lorsque les cavaliers et les chariots pénétrèrent enfin l'enceinte d'Ernal, tous les membres de la famille s'alignèrent devant la bâtisse principale qui avait subi quelques restaurations. Walther, le regard stoïque, attendait à côté de sa sœur. Il avait remit son ceinturon à la taille et l'épée de son père. Bien que sa barbe ait poussé encore un peu plus, on pouvait encore distinguer l'héraldique de la famille cousu sur son gambison au niveau de son cœur.

Comme le voulait la coutume, ce fut le petit Onfroi qui fit un premier pas en avant afin de venir souhaiter la bienvenue aux nouveaux arrivants. Lorsqu'on entendit la voix d'un vieillard maugréer auprès de sa suit, on comprit assez vite que le vieil Arnoul était bien arrivé.


Dernière édition par Walther Hohenburg le Ven 11 Nov 2016 - 14:56, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMar 13 Sep 2016 - 9:44

Arnoul arriva à Ernal avec toute la prestance de sa prime jeunesse, la barbe en plus et la carrure en moins. Mais dans ses beaux atours, il était fringant, même pour un vieillard. En revanche, son caractère ne s’était pas amélioré. Il avait encore rabroué un page, qui avait proposé de l’aider à descendre. Le jeune garçon était dans tous ses états, mais Arnoul s’en fichait. Il ne le ferait plus, comme ça. Le vieux s’arrangea pour descendre tout seul, observant Ernal, sa cour et ses gens. La ferme semblait en bonne voie de reconstruction, et il était content de voir que son aide servait à quelque chose. Ses vieux globes se posèrent alors sur le jeune Onfroi. Il sourit, et le salua.

« He bien, jeune sire, la prochaine fois, je viendrai avec un cadeau qui devrait vous plaire. Plus d’épée de bois ! De fer elle sera ! »

Il gloussa, avant de se diriger vers Edwina, qu’il embrassa sur la joue.

« Dame Edwina, toujours aussi belle, à ce que je vois. »


Il passa également auprès de la jeune mariée, qu’il salua respectueusement. Vint le moment où il se trouva fasse à Walther. Son regard critique se posa sur le chevalier durant quelques instants. Puis, il caressa sa barbe.

« Si vous souhaitez vous lancer dans un concours, c’est perdu d’avance. La mienne est plus belle. »

Il commença à rire, suivi par ses autres chevaliers fieffés, tous derrière lui. Gothor de Welm s’esclaffa tellement qu’il lança une grande claque dans le dos d’Almun de Helver, qui fit un pas en avant sous le choc. Se reprenant, Arnoul se fit plus sérieux.

« Vous portez l’épée de votre père. Je suis sûr qu’il aurait été fier de vous. »


Il se tourna vers ses chevaliers.

« Allons, un mariage nous attend ! »

Sous les vivats des petits vassaux, tout Stern pénétra alors en Ernal, pour y célébrer l’union des deux petites maisons…




La cérémonie avait été solennelle et très humble. Se déroulant à l’intérieur de la ferme-château, l’union entre Edwin Rühge et Hilda Hohenburg s’était déroulée dans un silence religieux de la part des autres chevaliers, et du seigneur Arnoul. Il s’était placé à côté de Walther et de Wilfred Log, et avait attendu que le nouveau couple s’embrasse, pour applaudir avec force, suivi par toute l’assemblée. Le prêtre de Néera avait ainsi scellé l’union des Rühge et des Hohenburg, invitant tout le monde à fêter l’événement durant un banquet sous la protection des dieux. Gothor s’était alors exclamé :

« Qu’il soit sous la protection des dieux ou pas, à la bouffe ! »


Et tous les hommes s’étaient précipités vers la pitance du dehors, répartie sur de grandes tables de bois. Ils s’étaient assis, laissant le bout de table aux jeunes mariés, assis à côté de leur seigneur et des membres de leurs familles. Arnoul avait passé tout le banquet à manger du poulet, et raconter des histoires de jeunesse. Il avait terminé en racontant la sempiternelle histoire de son grand-père Foulque, dit Foulque-la-Herse, et de son étrange lubie. Edwin raconta comment il avait défait les reîtres qui avaient ravagé les terres autour de Sanglon, souhaitant sans aucun doute impressionner son épouse. Les discussions allaient bon train, jusqu’à ce qu’Edwin regarde son beau-frère avec un grand sourire.

« Et vous, messire Walther, vous n’avez rien à raconter sur Oësgard ? »

Le silence qui suivit sa requête fit peu à peu s’estomper les discussions. Fut un moment où personne ne parlait, regardant la scène. Walther dans son mutisme, et Edwin, un peu mal à l’aise, qui s’était rassis, un peu nerveux. Arnoul avait regardé tout ceci d’un œil critique, et avait fini par se lever.

« Allons, damoiselles et damoiseaux ! Buvez donc au nom de nos mariés, et au mien ! »


Le vieux bailli de Tour-la-Bruie, Edgar de Montfaucon, se leva alors, aidé de ses petits-fils, et levant son cruchon.

« Hilda Hohenburg ! Edwin Rühge ! Arnoul de Stern ! Tous bénis par Néera ! »

La phrase fut reprise par les chevaliers présents, qui levèrent tous leurs godets. Une fois que les récipients s’entrechoquèrent à nouveau, et que les discussions reprirent, Arnoul resta debout, et planta son regard sur Walther. Il regarda ensuite le jeune couple.

« Je vais m’entretenir avec Walther. Je reviens. »

Il se dirigea vers le fond de la cour, intimant l’ordre à son chevalier de le suivre. C’est à l’ombre d’un grand pommier qu’Arnoul se retourna, mains dans le dos, et regard acéré.

« Je voulais vous renvoyer auprès de votre famille pour qu’ils aient un homme à Ernal. Pas un cadavre ambulant et muet. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez vous, chevalier ? »
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeVen 30 Sep 2016 - 13:15


Les sourires étaient omniprésents sur les visages. Ernal était en fête et cela faisait bon à entendre et à voir. La musique, produite par quelques ménestrels arétans avait le plus bel effet sur l’ambiance de la soirée. L'alcool coulait aussi à flot, le vieux Will y avait veillé et avait ramené la veille plus d'une dizaine de fûts de bonne bière. Si le seigneurie de son père et maintenant de son neveu, avait souffert pendant tant de mois, l'on pouvait dire aujourd'hui qu'elle sortait peu à peu la tête hors de l'eau. Ce qui n'était pas le cas du plus jeune de la fratrie, Walther. Le seigneur Arnoul lui avait fait signe de le suivre dans un endroit un peu plus calme. Sans faire attendre le vieillard plus longuement, il s'en était allé après avoir finit sa chope remplie à ras bord. Le regard sérieux, les mains dans le dos, il eut l'impression d'être scruté de la tête aux pieds. Lorsque le vieil homme posa sa question sans ménager ses mots, Walther parut un peu décontenance, ne sachant tout d'abord pas comment trouver les bons mots. Après un bref haussement d'épaules et un regard fuyant du côté du grand pommier, il finit par briser le silence.

-Je ne saurai dire ce qu'il m'arrive, seigneur. Mais j'ai commis et vu tellement de choses là-bas que tout ici me paraît insipide, comme si je ne me trouvais pas à la bonne place. Sans doute est-ce la fureur d'Othar qui guide à présent mes pensées, bien que je me contienne du mieux possible. Pourtant les rêves noirs ne m'abandonnent jamais et si une part de moi n'aspire qu'à la paix, l'autre ne parvient pas à dompter la colère.

Il était gêné de parler de lui à un homme bien trop important pour devoir se coltiner les humeurs de ses gens. Pourtant, le vieil Arnoul avait été un ami de son père et l'avait tiré de sa geôle. Rien que pour cette raison, il n'aurait pas assez de sa vie pour payer sa dette.  

-Avez-vous déjà éprouvé de semblables sentiments, messire ?
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMar 4 Oct 2016 - 15:54


Arnoul était quelque peu irrité par l’attitude de Walther. Il aurait préféré qu’il le regarde droit dans les yeux. Il était la plus vieille chose encore vivante à Arétria, certes, mais ce n’était pas non plus Othar le Furieux en personne. Il attendit néanmoins que le chevalier rompe le silence. Le discours qu’il prononça lui était étrangement familier. Et les termes employés, semblables à une discussion qu’il avait eue, un jour. Par deux fois, d’ailleurs. Mais pas avec les mêmes personnes.

La première fois qu’il avait eu cette discussion, c’était il y a une plus d’une soixantaine d’années, lorsqu’il avait demandé à son père pourquoi il s’était senti si joyeux à l’idée de trancher le bras de Lothar Pelzer, et ceux de tous ses reîtres et de tous ses frères. La seconde, c’était son propre fils, Robert de Stern, qui lui avait demandé pourquoi il voyait en songes ses ennemis, qui le poursuivaient sans cesse. Après un bref soupir, le vieil Arnoul plongea ses billes sombres dans celles du chevalier.

« Vous me rappelez une discussion que j’avais eue il y a des années avec mon fils aîné, feu Robert. Il était hanté dans son sommeil par les silhouettes de cavaliers noirs, qu’il affrontait. Lorsqu’il tentait de regarder leurs visages, il reconnaissait les ennemis qu’il avait envoyés dans la tombe. Pendant des semaines, ça l’avait travaillé… avant qu’il ne vienne me trouver. »

Il posa sa main ridée sur l’épaule du chevalier.

« Je lui ai parlé d’Othar, et de Néera. Nous sommes bien les fils de la Damedieu, il n’y a pas de doute. Mais quelque chose en nous tient également du Père des Batailles… cette sensation qui nous prend aux tripes avant, et parfois après une bataille. Ce sentiment d’exultation. Cette violence… Il y a du feu d’Othar en nous, mon garçon. Et chaque homme doit vivre avec. Il n’y a pas de honte à éprouver de la joie dans guerre, ou dans le massacre, puisque tous en sont capables. »

Il alla s’appuyer contre le pommier.

« Là où il faut faire attention, en revanche, c’est à ce que ce feu ne doit pas nous consumer. Il faut nous contrôler, Walther, sinon, nous ne valons pas mieux que cette bande de loques à la peau noire qui se sont retrouvés à Nebelheim ! Et pour que nous nous contrôlions, Néera nous a donné le don le plus précieux de l’Humanité… le Choix. »

Arnoul le pointa du doigt, son air devenant soudain plus dur.

« Vous pouvez laisser Othar vous consumer comme un morceau de bois, ou vous contrôler ! Vous pouvez vous laisser faire, ou dire stop, tout arrêter ! Êtes-vous un homme, Walther ? Prouvez-le. Choisissez la maîtrise. Retrouvez votre emprise sur vous-même. Et, par tous les dieux de la Création, vivez ! Vous auriez pu mourir à Oësgard, crénom ! Il est peut-être temps que vous vous rappeliez que la vie, c’est autre chose que l’attente de trouver Tyra ! »

Arnoul toussota. Il n’aimait pas hausser ainsi le ton lorsque ce n’était pas nécessaire. C’est que, à bien des égards, voir un homme d’un si jeune âge ainsi tourmenté lui rappelait bien trop son fils Robert qui, s’il avait été un véritable héros des champs de bataille, et une bête de guerre, avait toujours mal vécu le massacre qu’il avait perpétré contre les femmes des reîtres d’Au-Delà-d’Hedda. Principalement parce que, en son for intérieur, il s’était rendu compte qu’il avait aimé ça. Et plus jamais il n’avait touché sa femme comme avant.

Le vieil homme dévisagea alors une dernière fois Walther.

« Vous vouliez savoir si j’avais connu ces sentiments ? Oui. C’est le cas. Dans ma jeunesse, j’ai participé à de nombreuses batailles. J’ai exulté… J’ai aussi craint pour mon âme… Et, parfois encore, je me sens comme si je ne méritais pas de vivre. Comme si ma vie ne valait pas celle d’un autre. Ou des autres… »

Les yeux d’Arnoul s’humidifièrent. Combien de fils avait-il tragiquement perdu ? Combien de petit-fils ? Il avait ardemment désiré la mort, dans ces moments de malheur. Perdre un enfant est déjà extrêmement dur, mais les perdre tous ? La seule chose qui l’avait fait tenir, ça avait été Maud. Ils ne s’étaient jamais aimés. Pourtant, après la mort de Robert, un lien inattendu s’était créé dans leur couple. Un lien qui, loin de s’effriter à mesure que les enfants Stern tombaient, se renforçait. Ils s’étaient soutenus mutuellement, aux heures les plus sombres de leur existence. C’est pour cela qu’Arnoul avait tant craint pour la vie d’Arnaud, son dernier descendant direct. Car si sa lignée s’éteignait, sans que Maud soit encore à ses côtés, alors il ne se donnait que peu de temps pour, de nouveau, ardemment désirer Tyra, sous son voile mystérieux.

« Laissez les regrets aux vieux… Le chagrin aux anciens… Prenez en compte la chance qu’il vous est donné d’être encore jeune, et fort. Vous aurez tout le temps de vous torturer par après, croiez-moi. »


Il s’essuya légèrement les paupières. Ses jambes voulaient retrouver la quiétude d’une chaise. La fête devait continuer, malgré les états d’âmes des deux hommes. Il regarda alors une dernière fois Walther.

« Revenez parmi nous, lorsque vous aurez convenu de l’attitude à avoir devant les vôtres, et les miens. »

Et, faisant fi de la vieille douleur de bataille qui venait de saillir à nouveau dans sa hanche, il se dirigea vers le banquet, bien décidé à emmener sa canne à la prochaine fête en dehors de Sternburg.
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Walther Hohenburg
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMer 19 Oct 2016 - 18:52

Le vieil Arnoul avait été rude dans ses propos, pourtant il en avait tiré quelques réconforts. Cet homme, maintenant si vieux, avait vécu et éprouvé les mêmes douleurs. Cette douleur qui paralysait et pouvait provoquer la folie chez bien des hommes. Que devait-il faire alors ? Céder où tenter d'oublier pour revenir parmi les vivants. Il laissait derrière lui des amis, des proches. Il les revoyait chaque seconde de sa vie. Leurs visages le hantaient sans cesse. Comment pourrait-il les oublier ? La guerre avait cette cruauté. Celle d’ôter la vie d'hommes et celle de rendre coupable les survivants et c'était bien ce qu'il était devenu : un survivant. Toute sa vie, il vivrait avec ce sentiment.

Il n'interrompit jamais son seigneur et tâcha de le regarder sans baisser les yeux. « Laissez les regrets aux vieux... le chagrin aux anciens », voilà ce qu'il devrait retenir de cette discussion. Jamais plus, il ne se laisserait aller. En cette soirée même où l'on célébrait la vie et le renouveau, il se devrait d'enterrer à jamais ses sentiments néfastes qui le rongeaient et le consumaient peu à peu. Sans mot dire, il laissa Arnoul s'en retourner aux festivités. Mais lui, préféra rester un bref moment à l'écart. Il profita du calme sous le grand pommier avec les quelques échos de chants et de musique qui résonnaient au loin. Un vent frais le parcouru de la tête aux pieds et le fit frissonner. En fermant les yeux l'espace d'un instant, il entendit une toute autre musique. Celle des fracas d'épées sur les armures. Il sentit le sol trembler sous ses pieds et se revit devant Nebelheim lorsque la cavalerie eut chargé la horde d'hommes sans vie. Puis il rouvrit les yeux et le bruit assourdissant disparut.

En revenant au milieu des siens et de la mesnie du vieil Arnoul, il vit de nombreux visages enjoués. Il vit aussi Hilda, dansant au centre avec son nouvel époux. Alors il s'immisça dans le cercle et trouva les mains de sa sœur. Les yeux de son aînée s'humidifièrent à mesure que ses pas accompagnaient les siens. Il n'eut rien à dire, ni à montrer quoique ce soit. Sa présence seule suffit à la faire verser plusieurs larmes.

-Tu es revenu, Walther.

Pour elle, pour les siens, pour tous les gens qui l'entouraient présentement, oui, il était revenu. Pour lui, le chemin serait encore long et fastidieux.

La musique et les chants devinrent un peu moins forts et l'ont finit par jouer quelques plaisantes balades aux airs mélancoliques. Il regagna sa place aux côtés des nouveaux mariés et écouta les mélodies avec vive attention. Celle-ci fut alors mise à rude épreuve lorsque un homme arriva à cheval et transmit un vélin au seigneur de Stern qui racontait quelques anecdotes sur sa jeunesse. Il ne put s'empêcher de remarquer son changement d'attitude. En se rapprochant du vieil homme, il tenta de percevoir quel sentiment l'animait, mais ne vit qu'un visage impassible.

-Messire Arnoul, est-ce que tout va bien ?

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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeLun 24 Oct 2016 - 17:23

Le vieillard avait fini par se calmer au contact des joyeux invités. La fête semblait battre son plein, et les premières danses avaient commencé. Arnoul, bien entendu, était trop vieux pour ces simagrées. Mais les jeunes y mettaient du cœur, et c’était assez pour qu’il s’en réjouisse lui aussi. Les Hohenburg n’avaient été que trop fiers de cacher leur misère aux yeux de leur suzerain, et depuis qu’il les avait aidés, la ferme-château semblait en bien meilleur état. Tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Et en voyant le chevalier Walther revenir pour danser avec sa sœur, il ricana doucement. Il avait encore gagné. Il gagnait toujours, disait-on. Aussi reprit-il un peu de vin…

Almun de Helver, qui semblait déjà plein comme une huître, lança à son seigneur :

« Messire ! Seigneur ! Racontez-nous donc… Le faide du Nant-aux-Folles ! Je n’étais encore qu’un chiard quand mon père y participait ! »

Tous les hommes se tournèrent vers Arnoul, et ce dernier se fendit d’un large sourire, cherchant le regard d’Edgar de Montfaucon, son plus vieil ami, presqu’aussi croulant que lui. Oh, ils s’en rappelaient sans doute très bien tous les deux, de celui-là. Le coup de Marek, le moment où le cheval d’Arbald s’était emballé et qu’il avait été traîné dans le ru glacial qui sortait d’Hedda… Arnoul prit une gorgée de vin, et commença dès lors à captiver son auditoire.

« C’était une toute autre époque… L’époque de mon père, Manfred. Une époque où nos plus vieux ennemis étaient encore puissants, à nous narguer depuis l’Hedda ! Les Pelzer et leurs reîtres étaient coupables de tous nos maux. Rappelez-vous ! Ce sont eux qui avaient tué Boisguison ! Et mon illustre grand-père, Karvalt de Stern ! Ils nous avaient fait un énième affront, en violant les femmes de nos serfs aux alentours de Sanglon. Nous décidâmes donc de nous rencontrer au Nant-aux-Folles, afin de régler cette histoire. »

Il montra Montfaucon du doigt.

« Mon ami Edgar et moi-même nous tenions avec Othmar et Karl Vinkar, les fils du bailli de Tour-la-Bruie. Mon père avait convoqué ses plus fidèles lames, dont ton père, Almun, fils de Gerrun ! Ou le tien, Jorgen, fils de Marek ! Je me souviens… du gros Lothar Pelzer, et de ses salopards de fils… comment s’appelaient-ils déjà ? Y en avait un qui s’appelait… Gontran ! Oui, et l’autre… »

Edgar répondit d’une voix enrouée.

« Siegfried ! »

« Siegfried ! Oui… Et donc, nous avions pris nos montures avec nous, et avons quitté Sternburg sous un ciel gris de fin d’automne… »

Tout à coup, alors que le récit allait devenir intéressant, des bruits de sabots retentirent derrière les murs du domaine agricole. Arnoul s’arrêta dans son élan, et tous regardèrent en direction du bruit… Qui pouvait bien se présenter ici, alors qu’un mariage y était célébré ? Ils ne tardèrent pas à le savoir. Un cavalier élancé s’avança dans la cour intérieure, avant de tourner bride, puis de démonter, le regard figé sur le seigneur de Stern. Ce dernier plissa les yeux.

« Qu’est-ce que cela signifie ! »

Le cavalier portait l’écusson seigneurial, et fit une courbette à son suzerain. Puis, il lui tendit un vélin.

« Monseigneur, une chose horrible s’est produite. »

Arnoul attrapa le message de l’émissaire, un peu crispé. Il brisa le sceau, et lut silencieusement le papier. Tous autour de lui étaient suspendus à sa réaction. Une fois qu’il eut fini la lecture du vélin, son visage fut encore plus crispé, et son air préoccupé. Walther lui demanda dès lors quel était le problème. Et le seigneur dit d’une voix au fond de laquelle poignait une colère froide :

« Cadoc de Leuze… Ce pleutre gras a enlevé ma petite-fille ! Karla ! »

Tous écarquillèrent les yeux, et des jurons retentirent d’un bout à l’autre de la table.

« Elle se promenait à l’extérieur du château, avec ser Log… et ces sauvages l’ont enlevée, après avoir rossé Wilfred ! »


Gothor se leva d’un bond.

« Les chiens doivent payer ! »


Arnoul, le feu dans les yeux, frappa du poing contre la table.

« Ils ont osé réveiller Sternburg et sa furie… N’ont-ils rien appris ? Ne savent-ils pas à quel point nous sommes redoutables ? Ils n’auront pas assez de leurs reîtres pour affronter ma fureur ! »

Gothor dégaina son arme.

« Ni la nôtre ! »

Et tous reprirent en cœur :

« Ni la nôtre ! »


Puis, Jorgen Bauer baissa la main du chevalier Welm.

« Hey, doucement avec ça ! On ne dégaine pas son arme à un mariage… »


Il regarda le couple nouveau d’un œil contrit. Quelle mauvaise nouvelle, et juste après la cérémonie… Tout allait bien dans le meilleur des mondes, oui. Et comme dans tout monde qui se respecte, le bien ne peut jamais durer longtemps.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMar 25 Oct 2016 - 9:26

L'ambiance, si joyeuse et festive, bascula en l'espace d'un instant. Avant même qu'il ne réalise la gravité des derniers événements apportés, les hommes dégainèrent leurs épées et et beuglèrent tous la même chose d'une seule voix. Walther resta silencieux pendant cette effervescence de testostérone. Cette réponse bruyante et puante d'alcool redonna à ces hommes la perspective d'une bataille à venir. N'en avaient-ils pas assez eu ces derniers mois ? N'avaient pas assez perdus d'êtres proches dans cette dernière guerre ? Le bonheur et la paix n'étaient que deux moments éphémères, comprit-il. Qu'une brève accalmie entre deux guerres...

Il sut à ce moment-là qu'il aurait peut-être un rôle à jouer dans cette histoire. Le seigneur Arnoul l'avait libéré des geôles de Serramire. A lui maintenant de payer sa dette. Pendant que les hommes levèrent leurs cornes pour boire, il se retourna de nouveau vers le vieil homme en proie à la colère et à la tristesse.

-Messire, avant que vous ne leviez vos hommes et les armes pour affronter sire de Leuze. Je me porte volontaire pour aller libérer votre petite-fille. Mes mois passés en sgardie m'ont apprit à me faire discret lorsque je surveillais les positions puysardes. En moins de temps qu'ils ne l'ont fait, je la libérerais.

Le chevalier qu'il était avait parlé. Il se rappela de son serment et de son combat qu'il avait mené aux côtés de Meinhard, au nom de la Damedieu. Cette mission était peut-être synonyme de rédemption. Lui qui la cherchait tant, le moment était sûrement venu de se remettre en selle.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeJeu 10 Nov 2016 - 21:44

Le regard perdu dans le vide, Arnoul était déjà en train de calculer combien de chevaliers il pouvait rameuter. Il pouvait au mieux compter sur à peu près cent-vingt lances, mais savait fort bien que les ravages de la guerre l’avaient privé de quelques-unes. Si l’on retirait également le sieur des Losir, qui se faisait bien trop vieux, ainsi que les chevaliers errants du Nant-aux-Folles, partis combattre les bandits ethernans, cela faisait à peu près septante lances qui pouvaient suivre les Stern. Néanmoins, il avait déjà levé bien des expéditions avant cela, et savait qu’ils ne seraient sûrement pas plus d’une soixantaine à joindre leur écu au sien. Sa plus grande force ne résidait pas dans les familles qu’il avait à ses côtés, mais surtout dans ces chevaliers sans attaches, qui venaient en Stern pour la seule et bonne raison qu’il s’y passait toujours quelque chose.

Dans ses pensées, il n’entendit pas Walther arriver, et dut prendre son discours en route lorsqu’il releva sa tête vieillie vers lui. Au moins, il s’était rapproché. Pas besoin de crier pour se faire entendre, donc. Il avait froncé les sourcils lorsque le fils d’Einhard avait exposé son plan, et ses yeux sombres s’étaient posés sur lui. Tout le monde alentour de regardait. Alors qu’Almun de Helver allait parler, Arnoul leva la main, lui faisant signe de se taire. Il se gratta la barbe.

« Sire Walther. C’est à la fois la chose la plus stupide… et la plus courageuse que j’ai entendue. Vous souhaitez récupérer ma fille avant les hostilités ? Bien, faites donc, cela ne saurait que nous faciliter la tâche tout en démoralisant notre ennemi. Mais sachez que c’est une mission dangereuse, et que je serais peiné de perdre un nouveau chevalier de façon si idiote. Surtout un de votre trempe ! »

Il se renfonça dans sa chaise, le regard toujours rivé sur Walther. Il lut dans ses yeux. Ce qu’il y vit le convainquit plus qu’il ne l’aurait cru. Il se racla la gorge, avant de crier à l’intention de tous :

« Regagnez tous vos places, messires ! La fête n’est pas finie. Mangez et buvez tout votre saoul. A la prochaine lune, nous courrons chercher Leuze par la peau des fesses ! »

Tous les hommes levèrent leurs verres, et hurlèrent un cri de guerre, avant de se rasseoir, et de se remettre, tant bien que mal, à festoyer, malgré les nouvelles affreuses qui les avaient secoués quelques minutes plus tôt. Certains discutaient indubitablement de l’événement, se demandant même si Karla avait su garder sa virginité suite à cet enlèvement. Arnoul en avait presque la nausée. Aussi, il prit Walther à part, encore une fois, prenant sa canne, cette fois-ci. Un serviteur voulut l’accompagner, mais un coup de canne dans la jambe fit très vite rebrousser chemin à cet homme trop fidèle. Arnoul, à l’ombre d’un autre pommier, s’adossa à l’écorce, et soupira un grand coup.

« Je n’ai jamais su si la hardiesse de votre père était du courage ou de l’inconscience. Je me suis souvent posé la question, vous savez. Et j’en suis venu à la conclusion que chez les Hohenburg, c’est un peu les deux. Un mélange de courage, et d’inconscience. »

Il le regarda.

« Ramenez-moi Karla. Les dieux vous aident dans cette mission… Et si vous réussissez, vous pourrez bien justement demander compensation et récompense. Et qu’importe la dette que vous pourriez avoir envers moi, elle serait effacée. »

Le vieux seigneur voulait revoir sa petite-fille. Elle qu’il réservait à un bon mariage, et qui s’asseyait sur ses genoux quand elle était haute comme trois pommes. Il la faisait sauter en l’air, et elle riait. Il entendait son rire riche dans sa tête… Si réel, comme sorti des limbes de l’oubli. Et une larme perla sur son œil, que d’autres auraient prétendu sec, tant il était acariâtre. Il dit à nouveau :

« Ramenez-moi Karla. »
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeVen 11 Nov 2016 - 14:55

II. SAUVER LA DAME


Walther prépara ses affaires dès l'aube. Le mariage à peine terminé et les invités tout juste remis de leur cuite, le chevalier arétan fit ses au revoir aux siens et quitta Ernal, non pas sans se demander quelle guêpe l'avait piqué. Lui qui n'était pourtant pas d'un tempérament fougueux, ni téméraire, il s'était proposé, sans même prendre un temps à la réflexion, pour se lancer tête baissée dans une mission qui pourrait lui coûter la vie. Sa sœur l'avait fustigé du regard lorsqu'il eut évoqué son plan. Pourtant, elle savait autant que lui qu'il lui restait une dette à payer au sire d'Arnoul pour l'avoir tiré des geôles serramiroises. Son départ s'était fait en toute discrétion. Il avait laissé le petit Meinhard au domaine, pensant bien que s'il devait risquer sa vie, il n'entraînerait pas ce brave petit gars dans le même péril. Le gamin avait bronché en apprenant la nouvelle, lui qui s'était fait une joie de poursuivre son mentor dans toutes ses péripéties. La décision prise, il partirait seul.

Il ne lui fallut pas longtemps pour arriver sur les terres de Lauzac. Terre voisine de la seigneurie de Sternburg, le seigneur desdits terres avait piqué au vif le vieil Arnoul en lui ravissant sa petite fille. Pour quelle raison, si ce n'est pour provoquer où par vengeance ? Walther en ignorait encore les raisons, mais il allait de soit que cette jeune femme du même âge que lui n'y était pour rien dans les querelles des seigneurs. La reprendre ne changerait probablement l'inéluctable conflit qui s'ouvrirait entre Sternburg et Lauzac, il en était conscient. Néanmoins, Arnoul ne souffrirait pas d'affronter son voisin en s'imaginant les pires châtiments que sa petite fille subirait. Là était l'objectif.

En entrant dans Lauzac, Walther commença à repérer les lieux. Bien moins grand que Sternburg, le castel n'en était pas moins bien fortifié et bien surveillé. Ignorant encore le nombre d'hommes dont disposait son belliqueux seigneur, il réussit néanmoins à en dénombrer une petite vingtaine, rien que dans le bourg, sur les remparts et au guet. Ledit Cadoc de Lauzac s'était préparé à un éventuel conflit, il pouvait le ressentir ne serait-ce que dans les visages à la fois tendus et excités des gardes. Mêmes les quelques chevaliers qui déambulaient dans les ruelles boueuses, jouaient de l'épée et présentaient à qui voulait le voir, leurs nouvelles pièces d'armures raccommodées. Personne ne lui prêta d'attention. Pour dire vrai, le chevalier d'Ernal n'avait rien du preux capitaine de l'ordre du calice qu'il avait été. Sans une seule protection, ni même un gambison, il marcha jusqu'aux écuries en tenant les rênes de son cheval fatigué comme un simple voyageur. Son épée était restée au domaine lui laissant comme seul moyen de défense une petite dague facilement dissimulable. L'autre atout qu'il avait apporté avec lui, et probablement sa meilleure arme, était un luth ayant autrefois appartenu à son père. Il avait appris à en jouer dans sa prime jeunesse et redoutait déjà d'être un peu rouillé.

Vous l'aurez deviné, ce n'est non pas comme un fier et hardi chevalier qu'il se présenterait devant le sire de ces terres, mais comme un fringant ménestrel enjoué et ayant parcouru toutes les terres du royaume. En arrivant aux écuries, notre musicien interrompit le palefrenier en proie aux rêveries. Ledit homme s'indigna qu'on le réveil, surtout lorsque le briseur de rêve n'était qu'un vagabond crotté de la tête aux pieds.

-Dis-moi l'ami, moi et mon luth aimerions jouer pour le sire de ce castel, contre pitance et paillasse. Sais-tu où je puis le trouver ?
-J'sais pas trop, gamin ! L'sire Cadoc est parti cavaler avec ses gars sur ses terres. J'sais pô s'il voudra bien d'vous. C'est que c'est point trop l'bon moment.
-Pourquoi ça ?
-L'sire Cadoc a volé la gamine du vioc de Stern. Si t'veux un avis, gamin, trouve toi un autre fief où faire d'ton machin.
-Je suis fatigué et je n'ai rien mangé depuis deux jours. La simple idée de reprendre ma route me tord l'estomac. N'y aurait-il pas quelqu'un d'autre à qui faire ma demande à tout hasard ? Le sire Cadoc doit bien avoir une épouse, non ?
-Si bien mon gars, il a une soeur et même qu'elle est aussi laide et grosse qu'une truie.
-Dis-moi où je puis la trouver ?
-Pour ça, va falloir raquer...

Comprenant où le palefrenier voulait en venir, il sortit de sa poche quelques piécettes qu'il lui donna avec grand sourire.

-Merci pour tout l'ami.

Ainsi fait, le palefrenier lui indiqua comment se rendre au sein du castel. Bien que les deux gardes à l'entrée du pont-levis l'arrêtèrent pour lui demander la raison de sa venue, il finit par leur montrer son instrument et à leur donner une pièce à chacun pour montrer sa bonne foi. Aucuns d'eux ne s'interrogea de voir un vagabond donner de l'argent aussi facilement. L'appétit pour l'argent étant bien trop élevé pour ses gens accusant généralement de n'être jamais assez bien soldés. Il arriva enfin dans la cour du petit château fortifié et vit l'étrange tranquillité qui l'animait. Il y aurait eu fort peu à parier qu'une guerre arrivait. Cela fit son affaire et il se rendit en direction des cuisines. Il crut que son cœur s'arrêterait en franchissant la porte. Ça y est, il y était enfin. Sans trop se tromper, la jeune Karla devait se trouver dans l'une des plus hautes tours. Il repensa brièvement aux comtes de son enfance où un honorable chevalier s'immiscer dans un donjon et affrontait un monstre pour libérer la jouvencelle prisonnière. Bien que cela l'amusa un bref instant, il comprit qu'il était à présent lui-même sur le point de rendre réel ces récits. Bien que cette fois-ci, ce n'était pas sous l'apparence d'un beau et grand chevalier, mais bien sous celle d'un voyageur puant et sale.

Une bonne femme arriva devant lui. L'air curieuse et méfiante, elle le dévisagea de la tête aux pieds, laissant apparaître sur son visage un vif dégoût lorsqu'elle s'approcha d'un peu plus près.

-Qui êtes-vous ? s'enquit la mégère.
-Un simple voyageur voulant proposer à votre maîtresse les dernières nouvelles du monde grâce à mon incroyable luth.
-Ha ouais ? Et comment il va le monde ?
-Mal, d'où l'intérêt de mes chants et de mes mélodies.
-Reste là, je vais chercher la dame.

Elle le laissa seul sur le pas de la porte pendant une bonne dizaine de minutes. Il profita de cette solitude pour inspecter l'enceinte du castel. Les murs formaient un carré. Chaque angle disposait d'une tour de la même forme et d'une hauteur relativement moyenne. Rien à voir avec les tours d'Amblère où de Nebelheim. Lauzac n'était qu'un petit bourg pommé au fin fond de la Malelande après tout. L'importance stratégique n'existait bel et bien que selon les richesses de son sire. Et il fallait dire que Cadoc de Lauzac ne devait pas être bien fortuné.

-Qui m'demande ?! Gueula une voix de poissonnière au fond de la pièce. C'est là qu'il vit une dame de forte corpulence débarquer comme un buffle devant lui. A aucun moment il ne s'était demandé si la dame des lieux éprouverait une quelconque sensibilité à la musique. En la voyant venir, il se crut perdu d'avance.
-C'est moi ma dame, dit-il en faisant une courte révérence, ce qui ne manqua pas d'amuser la tenancière. Simon Lapique, simple voyageur pourvu d'un luth qui souhaiterait vous jouer et vous chanter quelques mélodies pour égayer votre soirée.  
-On a pas d'argent à donner, passez votre chemin ménestrel.
-Oh non, je ne fais pas ça contre monnaie, juste contre un repas chaud et un endroit où me reposer pour la nuit.
Songeuse, la dame et soeur de Lauzac le scruta attentivement, comme pour savoir s'il pouvait être digne de confiance où non. Mais après ce moment d'hésitation, elle finit par flancher et lui sourit avec son visage boursouflé.
-J'imagine que mon frère sera heureux d'avoir un peu d'animation. C'est qu'on est pas habitué à voir des ménestrels se pointer dans notre fief faut dire. Je pensais que c'était que pour les grands sires.
-Ma dame, je vais de château en château et sachez bien que l'hospitalité est toujours la meilleure  chez ces petits seigneurs. Ils savent se montrer généreux, croyez-le.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeSam 19 Nov 2016 - 14:34

Aller de l'avant [Pv Arnoul] Pn7c
Cadoc de (Leuze) Lauzac


Cadoc de Leuze chevauchait vers les portes de son petit fief, accompagné de quatre des meilleurs reîtres de son domaine. Des hommes loyaux à l’or, et fidèles à l’argent. Et comme les deux semblaient manquer à Cadoc, ils étaient payés en nourriture grasse et en hydromel de qualité moyenne. Plus des bucellaires que des mercenaires, mais le eigneur n’avait besoin que de leur dégaine peu avenante pour dissuader les bandits et autres malandrins de s’attaquer à lui. Avec ses gars, il avait traversé ses terres, cherchant à amasser le plus de cavaliers que possible pour s’opposer à la terrifiante compagnie que risquait de lui présenter le Vieux Bouc dans quelques jours… Seulement, il faisait presque nuit, et il devait rentrer à présent.

C’est à la fois aigri et inquiet qu’il pénétra en son petit castel, passant les portes ternies par le temps avec un goût amer dans la bouche. Avait-il bien fait ? Sûr, il fallait laver l’affront. Mais après coup, il se demandait si kidnapper la belle Karla était vraiment une bonne idée. Il lui faudrait revoir son visage et ses longs cheveux blonds pour s’en rappeler. A cette perspective, un petit sourire se dessina tout de même sur son visage marqué par un rapace. Il avait déjà trouvé le prêtre de Néera pour l’union. Demain, il la marierait devant les dieux, et lui prendrait sa virginité. Et le vieil Arnoul ne pourrait plus rien faire… Après tout, n’était-elle pas déjà presque vielle fille ? Ses anciens soupirants étaient tous morts à la guerre. Ne restait que lui parmi ses plus vieux admirateurs.

Le juste retour des choses.

Il congédia ses gardes du corps, et descendit de son cheval, Vent-Froid. Après lui avoir flatté l’encolure, il se dirigea vers son donjon, où devait sûrement l’attendre sa sœur et Pelinor, son plus proche confident. C’était peut-être même le seul véritable chevalier qu’il avait sous la main. Les autres n’avaient que des éperons de fer plaqué or…

Retirant ses gants, qu’il jeta à l’un de ses serviteurs, il parcourut les couloirs glacés du château, où naguère avaient trôné quelques tapisseries, vendues l’été dernier en prévision du payement de ses reîtres. Voilà pourquoi il était important de se mêler au nom des Stern… Peut-être pour bénéficier de la protection de ce vieux gâteux, et ainsi arrêter de dilapider le patrimoine familial. Les Lauzac n’avaient peut-être jamais été très riches, mais jamais ils n’avaient été aussi pauvres. C’était la dernière action de Cadoc pour tenter de sauver les meubles. Littéralement.

Lorsqu’il pénétra dans la grande salle, prêt à se joindre à ses gens, il s’arrêta en pleine marche, les yeux fixés sur un type étrange. Il ne l’avait jamais vu… et se baladait avec un luth. Il fronça les sourcils.

« Qu’est-ce que ce gueux fait ici, Cylicia ? »


L’énorme dame agita sa main grassouillette.

« Ho, Cadoc, c’est un trouvère. Laisse-le donc, pour une fois qu’on a un peu d’compagnie pour l’dîner… »

C’était sous-entendu ‘autre que ce frotte-manche de Pelinor’. Mais ce dernier ne sembla pas relever, trop occupé qu’il était à jouer avec sa dague sur le buffet.

Cadoc soupira. Il marcha jusqu’à la table, ne quittant pas le baladin des yeux. Une fois qu’il fut assis, il se rendit compte qu’il était toujours en harnois. Cylicia gronda.

« T’aurais pu te changer ! »

Il roula des yeux, avant d’attraper un couteau, et d’attaquer son repas le premier. Après la première bouchée, sa tête se tourna curieusement vers le trouvère.

« Alors, le drôle. Présente-toi donc, et distrais-nous, par le con de la Dame ! »

Pelinor gloussa, mais Cylicia n’apprécia guère le blasphème paillard. Cadoc n’en avait cure. Il continuait à bouffer, attendant que l’artiste dévoile son identité, et ses talents !
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMar 22 Nov 2016 - 1:53


La nuit était tombée bien vite, et avec elle, le sire Cadoc et sa joyeuse troupe. Peu de temps avant, Walther était retourné chercher son vieux canasson laissé dans le bourg. Sous les yeux tantôt curieux, tantôt indifférents des passants, il s'en était allé provisoirement, prétextant que son cheval devait paître dans les pâturages encerclant le château. En revenant, la sœur du seigneur de Lauzac lui fit signe de se débarrasser de ses habits recouverts de boue pour venir prendre place dans la salle principale. L'on pouvait y mettre une vingtaine de personnes après y avoir déposé planches et tréteaux. A la gauche se tenait fièrement la grande cheminée dans laquelle on pouvait y rentrer à plusieurs. Il ne lui restait plus qu'à espérer que l'on ne lui demande pas d'y rentrer une fois allumée. Ainsi, il s'installa et prit place non loin d'elle. Désormais le cul posé sur un tabouret bien inconfortable, il laissa la douce chaleur des flammes le recouvrir. Pendant ce temps où on le laissa relativement seul, hormis les quelques servantes qui allaient et venaient pour y préparer les tables, il put néanmoins s'imprégner les lieux. Il y avait plusieurs portes. L'une donnait dans les cuisines, l'autre dans la petite cour. La dernière, et plus intéressante, donnait probablement au donjon principal qui devait disposer d'un large escalier menant dans les étages supérieurs. Si Karla était retenue ici, ce devait bien être dans ces étages, se dit-il.

Mais alors, comment s'y rendre sans éveiller les soupçons. Il avait bien sa petite idée, même si ces chances de réussite lui parurent bien moindres. Peu importe, il était venu pour la ramener chez elle, hors de question d'abandonner. Néera le voulait et l'avait amené ici. Il avait fait son choix. Lorsqu'on entendit gronder dans la cour, Walther comprit que le seigneur ravisseur venait de rentrer.  Son père lui avait conté bien des histoires à son propos. Un homme obscène, opportuniste et querelleur. Un homme charmant, en soit. Avant de partir d'Ernal, le vieil Arnoul lui avait raconté la fois où ce Cadoc de misère avait fait sa demande à la dame Karla. Celle-ci l'avait rejeté et renvoyé chez lui bredouille. Sans trop se poser de nouvelles questions, il y avait fort à parier que Cadoc eut souhaité se venger. Quoi de mieux alors que de ravir cette dame aux yeux et la barbe des Sternois.

Au moment de se présenter, Walther usa de nouveau de sa fausse identité. De prime abord, Cadoc lui fit l'effet d'un rustre peu instruit. Le doute s'immisça en lui lorsque l'homme grimaça en découvrant le motif de sa présence. La dame Cylicia arriva pourtant à son secours, lui laissant ainsi l'opportunité de se rasseoir et de commencer à toucher les cordes de son luth. Les hommes s'installèrent sur les tables et commencèrent à boire et manger. Sire Cadoc et sa sœur firent de même et ripaillèrent de bon cœur en entendant ses premières mélodies qui peinaient à recouvrir le vacarme de la salle. De son côté, les leçons de son père ne tardèrent pas à lui revenir en mémoire et les accords furent de plus en plus simples à passer. Pendant un instant, il eut même presque le sentiment d'être un véritable ménestrel.

Les hommes de Lauzac, commençant à être saouls, lui demandèrent d'interpréter une vieille chanson datant d'avant le rattachement de la malelande aux terres royales. Heureusement pour lui, les paroles lui revinrent en mémoire. Il y eut un grand silence et tous les visages furent rivés sur lui et son luth.

Ils ont commencé la saison*
En fauchant les moissons
Avec les sabots de leurs coursiers
Ils sont venus à la maison
Ils ont pris les garçons
Sans demander permission
Je les ai vu courber l’échine
Sous les coups de fouet qui pleuvaient
Cordes d’acier bardées d’épines
Qui les mordaient les saignaient

Non ne me demandez pas
De saluer les archers du roi
Non ne me demandez pas
De saluer les archers du roi

Et tout là-haut sur la colline
La potence est dressée
Pour pendre ceux qu’on a condamnés
On y accroche au matin
Le mendiant qui a faim
Le bandit de grands chemins
Celui qui dans sa misère
Voulut maudire le nom du roi
Parce qu’il lui avait pris sa terre
Son blé sa réserve de bois

Non ne me demandez pas
De saluer les archers du roi
Non ne me demandez pas
De saluer les archers du roi

Derrière chez moi il y avait
une fille que j’aimais
et qui m’avait donné ses printemps
mais un jour on l’a emmenée
pour aller assister
à la noce d’un archer
j’ai vu des tours tomber la pierre
j’ai entendu les gens hurler
son corps fut jeté sans prières
sur le bas-côté d’un fossé

Les hommes levèrent leurs verres en sa direction. Il y avait mit toutes ses tripes. Dur de s'imaginer qu'un tel chanteur pouvait en réalité être un chevalier sternois. On lui offrit de venir à table pour venir manger et boire. Il trinqua avec certains, mais laissa l'alcool dans sa chope. Pour ne pas éveiller les soupçons, il en renversa plusieurs fois par terre où en fit boire aux limiers de Lauzac. Toujours est-il que ses voisins de tablée commencèrent à faillir, tout comme leur seigneur, qui bourré comme un coing, piqua même du nez à plusieurs reprises. Quelques-uns s'allongèrent sur les peaux de bêtes posées sur le sol. D'autres restèrent sur les bancs, les têtes clouées sur les tables. Il feignit lui aussi le désir de sommeiller et s'installa non loin du feu, dans un petit coin. Personne ne vint le voir pour le jeter dehors comme un mal-propre. Non, même pas le seigneur des lieux qui dut se faire aider de sa sœur pour monter les escaliers. Comme il l'avait prédit, les escaliers menant aux étages supérieurs se trouvaient bien par la petite porte vue un peu plus dans la soirée. Par chance, nulle verrous n'en bloquaient l'accès. La franchir serait un jeu d'enfant, bien que pour s'y faire, il lui faudrait franchir un parterre d'hommes ivres.  

Le silence gagna la salle une nouvelle fois. Mais il n'y eut plus que le crépitement des flammes comme seule mélodie. Bien que la fatigue commença à le submerger, il se fit violence et garda son objectif en tête. Ce n'est que lorsque les ronflements recouvrirent hauts et forts les lieux qu'il se décida enfin à y aller. Non pas parce qu'il avait attendu cet instant, mais bien parce que cela lui brisa les tympans. Son luth dans le dos et sa dague prête à être tirée, il s'avança lentement en prenant soin de ne bousculer personne. L'un des gars se retourna brusquement pour changer de côté et faillit le percuter, mais il se retira aussitôt pour finir sur son chemin à cloche-pied. Qu'il avait l'air fin ! La porte n'était désormais qu'à quelques pas de là. En arrivant à elle, il reprit sa respiration et expira un bon coup. Derrière, les escaliers l'attendaient. Et il y avait encore mieux ! Ne sachant pas où se trouver la dame Karla, il lui faudrait faire tous les étages.

Au premier, il tomba sur les appartements de la sœur de Cadoc. Malgré l'obscurité, il reconnut là une chambre bien modeste, mais disposant de tout le confort nécessaire. Ce n'est qu'en l'entendant ronfler elle aussi qu'il comprit qu'il lui faudrait encore continuer son ascension. Il reprit la direction des escaliers et continua sur la pointe des pieds. En arrivant au deuxième, il n'eut même pas à ouvrir la porte pour comprendre que Karla ne se trouvait pas derrière. Presque plus fort que tous les hommes réunis dans la salle d'en bas, les ronflements de Cadoc faisaient trembler les meubles. Quel porc, conclut-il. Toujours le plus silencieusement possible, il poursuivit son chemin et arriva finalement au troisième et dernier étage. Derrière, nuls ronflements ne vinrent l'assommer. Il tenta d'ouvrir la porte, mais celle-ci ne bougea pas d'un pouce. On l'avait fermé, ça ne pouvait être que ça.  Il essaya tant bien que mal d'insérer sa dague dedans pour tenter de déjouer le mécanisme, mais ne se passa. Après avoir évalué ses chances de défoncer la porte sans éveiller au moins l'un des gardes se trouvant sur les remparts extérieurs, il comprit qu'il ne lui resterait plus qu'à trouver la clé permettant d'ouvrir sans dommages la porte.

Hors de question de faire machine arrière et encore moins de risquer d'entrer dans les appartements de Cadoc pour y retrouver la clé. Non, il dut user d'un stratagème bien plus simple, quoique bien périlleux. En retournant à côté des escaliers, il alla se mettre à la fenêtre et scruta tout d'abord la terre ferme et les douves pour tenter d'y apercevoir une sentinelle. Rien, la voix était libre. En regardant alors à sa droite, il vit une petite ouverture dans le mur, donnant sans le moindre doute dans les appartements de Dame Karla. Il ne devait y avoir qu'un ou deux mètres entre les deux ouvertures. Pourtant, au moment de passer le corps à l'extérieur, une sensation de vertige faillit le submerger au point de lui faire lâcher prise. Bien qu'il n'aurait risqué qu'une chute dans trois mètres d'eau, cela aurait eu pour effet de le faire échouer si près du but. Au lieu de ça, il colla le mur du mieux possible, laissant reposer ses pieds dans les étroites failles des pierres et réussit à atteindre l'autre fenêtre.

Devant lui, nulle lumière pour l'accueillir, juste un océan d'obscurité. Comme pour s'assurer qu'il n'y risquerait aucun danger, il passa sa tête et fit de son mieux pour essayer d'apercevoir le moindre signe de vie. Quelqu'un en décida pourtant autrement puisqu'une force invisible le prit par le colle et le tira brusquement sur le sol. Désormais le cul sur le sol, il sortit sa dague et la pointa en direction de la silhouette menaçante qui vint se placer entre lui et la fenêtre. Ce n'est qu'à ce moment-là, que grâce à la faible luminosité des étoiles, il vit les traits d'une jeune femme correspondant en tout point à la description qu'on lui avait fait de la dame Karla.

-N'ayez crainte ma dame, je suis venu pour vous sortir de là. Je suis ser Walther Hohenburg, chevalier d'Ernal et de Stern.
*:
 
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMer 7 Déc 2016 - 20:09


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Karla de Stern


Assise sur une chaise et le regard dans le vague, Karla réfléchissait. En vérité, elle n’avait pas arrêté de réfléchir depuis que les reîtres de Cadoc, aux mains baladeuses, l’avaient emmenée dans sa chambrée pour l’y enfermer. Pas de serrure dans ce château miteux, mais une bonne traverse en bois de chêne, qui rendait impossible l’utilisation d’un bélier de fortune. Sauter par la fenêtre était exclu, car elle ne savait pas nager, et ferait bien trop de bruit en tombant dans les douves gelées. Elle avait retourné le problème dans sa tête un millier de fois, trouvant ainsi mille façons de ne pas s’évader de cette maudite chambrée. La nuit s’était ponctuée de ses soupirs, et l’obscurité des lieux avait commencé à s’éclaircir, à mesure que ses yeux se familiarisaient avec le noir.

Pas de panique. Son aïeul ferait tout pour la récupérer. Il enverrait une invitation au combat, choisirait un endroit, et affronterait les maigres forces de Cadoc. Il ne pouvait pas gagner… Alors pourquoi avoir tenté un plan si suicidaire et désespéré ? Le seigneur de Lauzac n’était pas un grand penseur, mais il n’était pas non plus la moitié d’un imbécile. Ce qu’il faisait avait forcément un but, et parmi les hypothèses que Karla soulevait une par une, celle du mariage forcé la répugnait le plus. Et pire encore, il s’agissait là de la plus plausible. Ce pleutre avait été minauder à Sternburg pour avoir sa main, et devant son refus insultant, il s’était préparé à l’enlever. Rien qu’à l’idée de se retrouver seule avec ce vieux pervers à l’odeur de suif rendait Karla fébrile, et un soupir plus lourd que les autres brisa le silence de la chambre, alors qu’elle mettait sa tête dans ses mains.

Elle doutait que son grand-père arrive à temps pour cela…

Soudain, un bruit à la fenêtre attira son attention. C’était un crissement, suivi d’un bruit d’une petite pierre tombant dans l’eau. Relevant la tête, puis le corps, Karla se dirigea doucement vers l’ouverture, alors que quelque chose semblait s’en rapprocher par l’extérieur. Soudain, l’ombre d’un homme se dessina dans l’encadrement. Un homme qu’elle ne connaissait pas. Elle se raidit. Il pouvait s’agir d’un de ces reîtres mal dégrossis venu pour tenter de la culbuter. Avec une force sûrement héritée de ses ancêtres, elle agrippa l’acrobate par le col, et le tira pour le plaquer contre le sol. A côté, il y avait une armoire avec le pied d’une chaise qu’elle avait cassée de rage, tout à l’heure. Elle s’en saisit, prête à frapper ! Avec la dague de son nouvel ennemi, elle pourrait peut-être arriver à une autre solution. Et alors qu’elle s’apprêtait à abattre son arme de fortune sur le crâne de l’homme, ce dernier abaissa doucement sa lame, et lui parla.

Walther Hohenburg. D’Ernal.

Elle avait déjà entendu ce nom… Il s’agissait d’un proche parent de feu Einhard, l’un des vassaux de son père. Sa piètre massue s’affaissait de plus en plus, à mesure qu’elle digérait l’identité de son hypothétique sauveur. Un chevalier de Stern. C’était presque inespéré ! Mais elle devait croire cet homme, qui restait encore sa seule chance de s’en aller de ce trou à rats miteux. Reprenant contenance, et reposant son arme sur l’armoire basse, elle se racla la gorge.

« Pardonnez-moi, ser… Je vous avais pris pour quelqu’un d’autre. »


Elle ne l’aida pas à se relever, par simple étiquette, car une dame ne pouvait pas ainsi relever un chevalier à terre. Elle soupira.

« Si vous êtes venu me sauver, je ne crains que vous ne vous soyez vous-même jeté dans la gueule du loup. Il n’y a pas moyen de défoncer cette porte. »




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Cadoc de (Leuze) Lauzac


Ouvrant la porte de sa chambre d’un coup de pied botté, Cadoc sortit en titubant, légèrement moins bourré qu’il y a une heure environ. Un petit sourire sur son visage marqué laissait sous-entendre quelque pensée salasse. La mi-molle dans son pantalon, elle, la confirmait. Il avait décidé d’aller rendre visite à la jeune Karla dans sa chambre. Un an qu’il n’avait pas levé une femme, et la dernière était la fille du forgeron, qui avait d’ailleurs plié bagage après les faits… En clair, il avait chaud dans le tiroir, et l’alcool n’aidait pas ! Pire encore, il s’était persuadé qu’il ferait un autre de ces rêves érotiques s’il n’allait pas profiter de sa prisonnière un peu avant le mariage. Arcam ne lui en voudrait pas. Néera, elle, peut-être un peu plus. Mais avec assez d’éther dans le sang, les dieux semblaient prendre moins de place et d’importance…

Se grattant un testicule, il se dirigea d’un pas légèrement torché vers la chambre close. Une chose dont il avait toujours été fier, c’était de pouvoir tenir une érection même dans le pire des états. Et malgré l’exploit, peu de femmes se bousculaient au portillon. Avec un grognement finissant par un léger hoquet, il balaya l’idée de son esprit embrumé, et se dirigea vers la porte barrée, vêtu de ses oripeaux de nuit.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeMer 11 Jan 2017 - 16:40

-J'ai préparé votre évasion,ma dame, s'entendit-il dire avant d'entendre des bruits de pas derrière la porte fermée.

Il n'en fallut pas plus pour que son cœur se mette à battre la mesure. Se pouvait-il que l'un des gardes ait été alerté par son intrusion ? Il chassa l'idée de sa tête, mais le bruit lui, ne fit que s'accroître un peu plus jusqu'à entendre des gémissements distinctement. Mortecouille, il était cuit ! Mais avant que la porte ne s'ouvre, il se faufila sous l'imposant lit. Dame Karla, quant à elle, resta bien médusée en attendant de voir quel énergumène allait faire son apparition. La porte s'ouvrit alors, laissant s'échapper un grincement à peine strident qui manqua de lui couper la respiration. Il entendit alors grogner. Quoi ? Comment ? Cette voix appartenait au seigneur des lieux. Celui-là même qu'il avait vu sombrer petit à petit dans l'alcool quelques heures plus tôt. Bordel, il l'avait entendu et était fait comme un rat. Quelle idée de venir jouer les chevaliers servants dans ce trou du cul du monde franchement...

pourtant, Lauzac ne fit nulle mention d'un certain troubadour. Non, il insista pour attraper de force la jeune dame pour la flanquer sur le lit. Aucune résistance n'y changea quoique ce soit. Lauzac était fin bourré et s'évertuerait à tremper sa nouille quitte à la violer. La colère s'empara de lui peu à peu. Jamais il ne laisserait cet homme commettre une telle vilainie et jamais il ne se pardonnerait d'avoir attendu sans rien faire. Ni une ni deux, il attendit le moment le plus propice pour sortir de sa cachette. La chose ne fut point difficile. Lauzac ne remarqua même pas sa présence. C'est à peine s'il eut entendu une troupe de cent hommes débarquer autour de lui à tel point il gisait sur la dame comme une limace visqueuse.

Il tenait sa dague bien en main, mais se ravisa au dernier moment de l'égorger pour ne créer une situation plus merdique qu'elle ne l'était déjà. Alors il rengaina sa lame et prit une bûchette non loin de la cheminée. Discrètement, dans l'ombre, il se rapprocha du lit et asséna le seigneur d'un coup sur la tête. Aussitôt, l'homme lâcha prise et resta totalement inerte sur les couvertures.

-Il est temps d'y aller, ma dame. J'ai juré de vous sortir de là quitte à en mourir. Mais avant, je me suis laissé quelques chances. Vous allez juste devoir écouter à la lettre ce que je vais vous dire. Sinon quoi il en sera fait de nous deux.

Il fouilla dans un coffre pour tenter d'y trouver de nouveaux vêtements... plus masculin. Par chance, il en trouva quelques-uns et les tendit à la dame pour qu'elle les enfile. Puis il vint passer sa tête par la fenêtre pour inspecter une quelconque alerte. Rien, le calme plat.

-Mon cheval attend derrière l'un de ces buissons. L'hauteur n'est guère élevée jusqu'aux douves. Elles ne sont profondes que de quelques mètres seulement, si ce n'est moins. Je sauterai en premier, puis vous récupérerai pour vous ramener jusqu'aux berges. Faites-moi confiance, dame Karla.

Une fois qu'elle fut prête, il entreprit de sortir son corps par la fenêtre et se retourna juste avant de sauter.

-Je serai là, ne vous inquiétez pas.

Il sauta et l'on entendit un gros plouf quelques secondes plus tard. En revenant à la surface, il reprit sa respiration et fit signe à la dame de le rejoindre. Elle hésita, suffisamment longtemps pour que l'on entende déjà des gardes venir se mettre aux créneaux pour assister au spectacle.

-Maintenant !

La jeune dame sauta les pieds joints et atterrit non loin de lui. A peine fut-elle revenue à la surface qu'il la récupéra et commença la manœuvre pour rejoindre la terre ferme. Une fois fait, il la hissa de toutes ses forces et oeuvra maladroitement pour en sortir lui-même malgré la vase qui le retenait. Enfin au sec ! Il avait réussi... mais l'alarme fut donnée et les hommes se mirent à beugler comme des veaux. Trempés jusqu'à l'os, les deux fugitifs prirent la direction d'un petit bosquet pour y retrouver sa monture. Elle les attendait là, calme et en train de paître les quelques pâturages environnants.

-Stern n'est pas loin, vous y serez dès l'aube si vous partez maintenant. Mais je ne puis venir avec vous. A deux sur ce cheval, nous nous ferions rattrapé par les gardes. Je vais rester dans le coin pour brouiller les pistes et les éloigner de vous. Filez maintenant !

Il tapa de toute ses forces sur le flanc de la monture sans que les contestations de la jeune Karla n'y changent quoique ce soit. Alors il la vit disparaître petit à petit dans la brume nocturne tandis que derrière lui résonnaient déjà les aboiements des chiens et des hommes. « Te voilà dans un sacré pétrin Walther... ».
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant [Pv Arnoul]   Aller de l'avant [Pv Arnoul] I_icon_minitimeSam 14 Jan 2017 - 12:33

« Par là les gars ! »

« De c’côté ! Cabot m’tire par là ! »

Les rares limiers que Cadoc n’avait pas vendus étaient sur la trace de la péronnelle, leurs maîtres tentant désespérément de les tenir en se rapprochant d’un petit bosquet brumeux. Foutue brume, d’ailleurs ! Ils ne voyaient rien avec cette purée de pois.

« Il fait plus épais qu’la Dame Lauzac ! »

Personne ne releva le commentaire, histoire de ne pas avoir de problème en rentrant. C’était sympa de profiter de la brume pour dire des âneries, mais l’heure était grave. La prise du seigneur Cadoc avait disparue, et il fallait absolument la retrouver. Des dires du garde qui l’avait vue sauter, elle n’était pas seule. Un type qu’il n’avait jamais vu était passé en premier dans les douves, qui devaient être fraîches à cette époque de l’année. Avec pour seuls indices une vague direction, et des chiens excités qui aboyaient, ils avaient traversé la plaine jusqu’à ce bosquet fantomatique, où des bruits de galop avaient un instant résonné, comme lointains. Ils avaient accéléré la cadence.

Les limiers se pressèrent à l’orée du bois, et les maîtres-chiens durent les tenir fermement pour ne pas qu’ils cèdent à leurs instincts meurtriers. Ce furent quatre hommes d’armes qui pénétrèrent dans la canopée, épées à la main, afin d’aller déloger la fuyarde et son sauveur. S’ils avaient entendu cavaler, néanmoins, ils étaient cuits. Mais que dirait Cadoc, s’ils ne les retrouvaient pas ? Il avait été retrouvé assommé dans la chambre de la prisonnière, et à son réveil, il risquait d’être aussi jovial qu’un kerkand. Les soudards priaient pour ne pas le retrouver dans cet état à leur retour, si jamais il advenait qu’ils doivent rentrer bredouille…

Et pourtant, ils trouvèrent ce qu’ils cherchaient. Un homme, seule apparemment, et qui partait dans la direction de la mousse. Gerbel, le vétéran, le vit foncer, et grogna dans sa direction. Les autres interprétèrent, et se jetèrent dans sa direction, lui lançant des invectives.

« Hey, il est par là ! »

« Arrête de courir ! »

« On va t’saigner ! »

Ne comprenant vraisemblablement pas que, dire à un homme de s’arrêter tout en lui disant qu’il allait mourir, n’était pas très intelligent, ils coururent dans sa direction, épées au poing, prêts à le poursuivre jusqu’au bout de la nuit, ou jusqu’à ce que les crampes finissent par avoir raison d’eux…




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Karla de Stern



Au petit matin, le château de Sternburg était en ébullition. De nombreux chevaliers avaient été convoqués, et, qu’ils soient de la région ou simplement errants, ils passaient la herse du castel avec un but commun ; l’envie de sauver une jeune dame en danger, et de foutre une raclée à une bande de reîtres sans foi ni loi. Les anciens compagnons se retrouvaient en se serrant les avant-bras, de nouvelles amitiés se formaient dans la fraîcheur de l’aube, et sur le pas de la porte principale de sa forteresse, Arnoul guettait le rassemblement en saluant ceux qui étaient venus, et en comptait combien de chevaliers pourraient se joindre à l’expédition. Wilfred Log toujours en convalescence, c’était Edwin Rühge qui occupait temporairement la place de bouclier du seigneur. Les préparatifs allaient bon train.

Soudain, une voix du haut des remparts s’exclama :

« Cavalier ! »

Tous les chevaliers tournèrent leur tête en direction de la herse. En général, lorsqu’un chevalier arrivait, le héraut sur le mur décrivait la bannière qu’il portait. Mais ici, pas de bannière… Ils furent bien vite fixés, et encore plus étonnés lorsqu’ils découvrirent qu’il s’agissait d’une femme. Et pas n’importe laquelle. Arnoul fit un pas en avant, s’appuyant sur sa canne, les yeux ronds.

« Karla ! »

La petite-fille du Bouc mit pied à terre. Elle était dans un sale état… et revêtue de bien piètre façon. Arnoul descendit les escaliers, manquant se viander sur quelques marches, et Karla finit par atterrir dans ses bras, inspirant fort pour éviter de céder à l’émotion. Tous les chevaliers aux alentours regardèrent la scène avec du baume au cœur, et la plupart se tournèrent vers leurs compagnons pour lever leur poing en l’air.

« Hourra ! La dame est sauve ! »

Mais pendant que les hommes fêtaient déjà une victoire bien avant la bataille, Karla murmurait quelques paroles aux oreilles d’Arnoul. Ce dernier fronça les sourcils, et jura dans sa vieille barbe. Edwin Rühge leva alors ses mains devant lui, afin que la clameur s’estompe. Arnoul s’était retourné vers eux pour leur parler. D’une voix forte malgré son âge avancé, il clama ces paroles dans la cour, l’écho se répercutant sur les murs :

« Un brave est entre les mains de Leuze, en ce moment ! Le chevalier qui s’était courageusement proposé pour sauver ma petite-fille n’a pas pu s’en sortir, et a préféré donner sa vie plutôt que celle du fruit de mes entrailles. Je ne sais s’il est encore vivant, ni entier. Mais j’ai une dette de sang envers lui, et la simple idée que son corps chaud ou refroidi se trouve dans le donjon de ce misérable porc me donne la nausée ! Chevaliers ! »

Il leva sa canne en l’air.

« Je vais à Lauzac réclamer un homme plus téméraire qu’Othar en personne ! Qui vient avec moi ? »

Tous les chevaliers, galvanisés par le discours et par leur envie d’en découdre (et de ne pas être venus pour rien), dégainèrent leurs armes, et les dirigèrent vers le ciel en hurlant :

« Moi ! »
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