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 Après le feu [Aurel]

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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Après le feu [Aurel]   Ven 20 Avr 2018 - 7:46


Troisième ennéade de Verimios,
An 10 du XIème Cycle,
Grand-Prieuré d'Edelys


« Robard, retirez ce satané mouchoir de votre bouche. Nous sommes peut-être dans un dispensaire, mais les pestiférés sont bien loin de vos narines. »

Le chevalier se tenait debout, un morceau de chiffon plaqué sur le visage comme si la malemort rôdait dans l’air. La Grand-Prieuré d’Edelys était pourtant sain, car la Damedieu l’avait, dit-on, béni de sa présence. C’était tout du moins ce que l’on racontait afin de rassurer les malades et les blessés, surtout les condamnés. Lothaire n’était pas de ceux-ci. Il avait fait la route depuis Diantra afin de se trouver un médicastre assez compétent pour réarranger sa main, là où Milon n’avait fait que de sommaires réparations. Les attelles n’empêchaient pas la souffrance, et couplée aux insomnies régulières du seigneur castellois, un dangereux mélange de colère sourde et d’impatience bridée bouillonnait dans son esprit comme une marmite trop pleine.

Car cela faisait maintenant des heures qu’un acolyte lui avait demandé de patienter. Il savait l’endroit fort bondé et les médecins très occupés, mais ce petit hobereau aux écrouelles suintantes ne savait-il pas à qui il avait à faire ? N’avait-il point remarqué, de par son épée, son accoutrement et ses manières, qu’il avait plus de sang bleu que toute la merdaille gémissante qui parcourait l’hôpital ? Et pourtant. Le voici à tourner en rond à la recherche de ce petit acolyte afin de lui faire tenir ses engagements, sans pour autant le trouver. Lui aurait-il menti pour avoir la paix ? L’idée donnait des envies de meurtre à Lothaire, qui regardait sa main avec un infini dégoût.

Robard finit par retirer le tissu qu’il avait devant son nez, et proposa à son suzerain :

« Messire, peut-être devriez-vous vous asseoir au lieu de le chercher ? Vous n’avez pas vraiment l’air d’un blessé grave, si vous savez aligner un pas devant l’autre... »

Lothaire s’arrêta et son regard glissa sur Robard. Il avait bougrement raison. Était-ce la douleur qui empêchait le fier roncerois de réfléchir normalement, ou le manque de sommeil ? Il ne savait pas. Il ne savait plus. Et là, devant l’évidence de la situation, il préféra simplement se laisser aller en s’asseyant sur un lit vide, tournant ses mirettes vers l’homme d’à côté. Soudain, ses sourcils se froncèrent et ses yeux captèrent un visage familier. Familier ?

« Aurel de Lantenes. »

Le nom était parti tout seul, comme s’il avait pensé à voix haute. Aurel de Lantenes avait été le commandant des forces d’Olysséa durant la campagne. Un homme discret, qui se faisait rare aux conseils de guerre. Beaucoup d’érudits aimaient à dire que celui qui parlait le moins en savait le plus, mais dans son cas, Lothaire ne pouvait vraiment émettre un avis. Aurel était, comme dit plus haut, assez discret, et ne s’était donc jamais réellement mêlé au haut-commandement de l’ost coalisé.

« Une surprise de tomber sur vous ici. J’ai appris pour votre blessure, mais je vous pensais sous une tente olysséane plutôt que dans un dispensaire. »

Après tout, il s’agissait d’un personnage de haut rang.
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Après le feu [Aurel]   Lun 23 Avr 2018 - 18:21


Depuis qu'il était allongé là, Aurel n'avait pas vraiment eu le temps de s'ennuyer. Pendant toute la durée de la guerre, il avait passé beaucoup de temps avec ses hommes, veillant à leur moral et leur bien-être autant que cela lui était possible. Ainsi, même s'il n'était en fonction que depuis moins d'un an, tous connaissaient son visage et le savaient abordable. Alors, en le voyant au dispensaire, toujours coincé sur un brancard, bon nombre d'entre eux vinrent le saluer et prendre des nouvelles. Ils étaient sincères dans leur attitude et n'étaient guère surpris de voir leur Général leur retourner la question. Ils leur tardait à tous de retrouver leur famille mais seuls quelques uns d'entre eux allaient bientôt rentrer. Les autres avaient encore besoin de soins, tout comme lui.

Cela faisait à peine quelques minutes qu'il se retrouvait seul, son esprit peinant à garder le contact avec la réalité. Même si son état s'améliorait, il était encore faible. La douleur qui lui tenaillait toujours l'épaule qui, pourtant, était refermée l'empêchait de se reposer pleinement. Depuis longtemps déjà il aurait dû retrouver un sommeil plus régénérateur. La prêtresse avait procédé à un nouvel examen, en appelant même à un confrère possédant quelques dons, et le voilà là. Au dispensaire, pour subir un nouveau traitement. Il n'avait même pas eu le temps de l'appréhender une seule seconde, n'ayant pas eu une minute à lui entre les visites et les épisodes de semi-conscience.

Une nouvelle voix l'appela. Une voix qu'il connaissait mais il en avait trop rencontré en trop peu de temps pour être capable de la reconnaître. Il ouvrit donc les yeux et se tourna vers celui qui lui adressait la parole. Allongé sur le brancard voisin, l'homme avait un visage familier... Qui était-il déjà ? Il l'avait côtoyé dans un cadre différent que ses soldats... En Conseil de guerre peut-être ? Il l'avait même croisé avant, à Sainte-Berthilde. Finalement, alors que son nouvel interlocuteur finissait sa phrase, l'esprit d'Aurel émergea un peu plus.

-Lothaire...

Le Général passa sa main valide sur son visage pour achever de se réveiller.

-Je loge dans une chambre au Prieuré mais on m'a descendu pour de nouveaux soins. Dit-il en montrant l'une des portes toute proche et derrière laquelle se dérouleraient lesdits soins. Je n'ai pas vraiment eu l'occasion de suivre les évènements après mes blessures, je ne connais que les grandes lignes. Donc... Que faites-vous là ?

Aurel savait qu'ils avaient gagné, ce qui était plus que prévisible. Il savait que le reste de l'armée avait marché sur Diantra et que l'entrée s'y était faite en douceur. Il savait où se trouvait ses hommes. C'était à peu près tout... Il ne savait qui, parmi les grands noms ayant participé à l'attaque, avaient été blessés ou tués. Il se doutait que Lothaire n'attendait pas là par plaisir... Mais, le voyant assis, il n'avait pas la moindre idée de l'objet de sa venue en ce lieu.
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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Re: Après le feu [Aurel]   Ven 27 Avr 2018 - 7:57


Par le con de la Dame, quel piètre état que celui du général.

Outre le fait d’avoir une sale mine, cela faisait également longtemps qu’il logeait ici, si bien qu’il avait raté le triomphe et toutes les autres joyeusetés. Lorsqu’il désigna l’entrée d’une salle dans laquelle devait sans doute se terrer des médecins, Robard voulut s’en aller les quérir et les faire venir une bonne fois pour toute afin qu’ils remplissent leurs devoirs, mais Lothaire lui agrippa le poignet de sa main droite.

« Paix, Robard. Les médicastres viendront quand ils le pourront. Les brusquer ne nous attirera pas leurs faveurs. »

Et par les Cinq, sa main en avait bien besoin.

Il la montra d’ailleurs à Aurel, levant sa senestre devant lui. Immonde spectacle que voici : les attelles sur chacun des doigts gonflés rendait la main grotesque, et chacun de ces doigts était soit bleu soit rouge, avec des nuances de vert et de jaune aux extrémités, ce qui ne présageait rien de bon. Bien que tous ses doigts aient été remis plus ou moins à leur place, le majeur semblait définitivement plus tourné vers l’extérieur qu’il ne l’aurait dû. Cette main aurait pu appartenir à une créature de conte, comme un gnome ou un farfadet, tant elle était biscornue et difforme.

« Ma senestre s’est prise dans les chaînes du pont-levis de Chrystabel, lors de l’assaut qui vous a blessé. Une histoire longue, intéressante mais douloureuse pour moi hélas. Et je peux prier Othar d’avoir porté des gants ce jour-là, car dans le cas contraire, ma main eut été arrachée. »

Il rabaissa sa main, évitant de la poser où que ce soit, de peur d’avoir mal. Robard entendit un homme tousser près de lui, et remit son mouchoir devant le nez en sentant son épine dorsale se raidir de froid. Lothaire observa cela, amusé, puis regarda Aurel encore une fois.

« Vous c’est l’épaule. Et… »

Il remarqua la guibolle du blessé posée sur un coussin moelleux, juste sous le genou.

« Et votre jambe. Est-ce un partisan de Jesbel qui vous infligea tout ceci, ou le destin a-t-il eu le sens de l’humour ? »

Lothaire connaissait bon nombre de guerriers qui n’avoueraient jamais leurs plus saillantes cicatrices, comme ce cher Robard par exemple. Il soutenait mordicus que la grande balafre sur son bras gauche venait d’une lutte face à un autre chevalier, alors que Lothaire savait fort bien qu’il était tombé dans les escaliers ivre mort, et s’était blessé sur un clou ressortant de l’une des planches…
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Aurel de Lantenes
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MessageSujet: Re: Après le feu [Aurel]   Mer 16 Mai 2018 - 20:07

Aurel leva un sourcil et fronça l'autre tandis qu'il observait la main levée de Lothaire. Ce n'était pas beau à voir et le Général aurait presque pu dessiner les anneaux de la chaîne dans laquelle les doigts s'étaient retrouvés emmêlé d'après les bleus et les déformations des phalanges.

-J'espère pour vous que vous êtes droitier. Lui lança-t-il avec un humour tout militaire.

Il l'avait appris durant toutes ces années passées à servir Sainte-Berthilde en tant que soldat, ce sens de la répartie qui permettait de dédramatiser les blessures et amputations qui étaient le lot commun de tous les militaires. On plaisantait donc sur ses maux et ceux des autres, ceci afin de remonter le moral des troupes. Plaindre les blessés ne feraient que les enfoncer encore plus bas et ce n'était pas bon pour leur rétablissement. Alors autant en rire.

Lorsque l'homme qui accompagnait le Seigneur de Casteldulac précipita son mouchoir contre sa bouche, Aurel eut la même réaction amusée que son comparse, affichant en coin un sourire moqueur. Parmi toutes les personnes présentes, bien peu était malade. La grande majorité était tout simplement des blessés de guerre. Si la maladie avait été ici, cela feraait longtemps que le Général aurait été transporté ailleurs afin de lui éviter de souffrir de plus de maux qu'il n'en avait déjà.
Lothaire s'enquit à son tour de son état. Il était aisé de trouver le siège de ses blessures entre son bras en écharpe et cette montagne que formait son genou soigneusement installé sur un coussin et recouvert d'un drap. En revanche, cela ne présageait pas de la façon dont il avait été blessé. Le Seigneur voulut d'ailleurs aussitôt en savoir plus sur ses mésaventures. Aurel afficha un air amusé par la façon dont il avait formulé sa question, le mettant en de bonnes dispositions pour y répondre.

-A défaut d'avoir le sens de l'humour, je dirais qu'il s'est acharné. Après avoir passé la brèche, j'ai envoyé une partie de mes hommes ratisser les bâtiments tandis qu'avec le reste nous tenterions de rejoindre la citadelle. Mais nous avons été pris dans une embuscade dans une des rues principales. Des civils nous jetaient des pierres depuis les étages tandis que les soldats nous assaillaient au sol. Il acheva en montrant successivement le lieu de ses blessures, en terminant par l'épaule. J'ai pris un gravât sur le genou juste avant qu'un forcené me tombe dessus.

Déjà handicapé par son genou bousillé, il était clair que le combat qui s'en était suivi avait été des plus inégal. Il n'était pas très étonnant que son adversaire ait eu suffisamment le dessus sur lui pour le transpercer avec une lame quelconque et le fait qu'il soit toujours immobilisé en disait long sur la gravité de l'entaille.

-Je peux moi aussi remercier mon équipement. Sans ma jambière, je ne serais pas près de remarcher un jour.
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Lothaire de Ronceroc
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MessageSujet: Re: Après le feu [Aurel]   Mar 29 Mai 2018 - 8:28

« Droitier pour certaines choses, seulement. »

Lothaire sourit à nouveau. Mais lorsqu’Aurel lui expliqua la manière dont il s’était blessé, il redevint tout à fait sérieux. Certes, se faire caillasser par la population depuis le haut d’une chaumière était moins glorieux, mais Lothaire avait appris que ce genre de guet-apens pouvait être plus mortel que ce que les gens pouvaient s’imaginer. Il avait vu des hommes mourir devant lui lorsque des hourds étaient précipités d’énormes pierres venant fracasser leurs squelettes. Dans ces moments-là, l’armure était parfois bien inutile. Dans le combat d’Aurel, en revanche, elle fut salvatrice. Le Roncerois s’autorisa tout de même un commentaire :

« Nos armures nous sauvent. Elles peuvent aussi nous tuer. »

Le ton était celui de la conversation, le sens quant à lui restait très énigmatique. Soudain, un membre du clergé de Néera apparut, les mains lavées à la perfection, mais l’œil las, comme fatigué. Lothaire leva les yeux vers cet homme aux traits légèrement tirés qui s’avançait vers eux. Robard rangea son mouchoir, rassuré par la présence de cet homme. Ce dernier s’arrêta à hauteur d’Aurel, le jugea du regard, puis Lothaire, s’arrêtant longuement sur sa main, et enfin Robard, qu’il observa à peine. Il dit alors d’une voix enlaidie par un cheveu sur la langue :

« Messire de Lantenes, sœur Véronique et sœur Mycéna vont s’occuper de vous. En revanche, qui sont ces messieurs qui sont avec vous ? J’ai bien peur que la main de cet homme-ci ait bien peu de chances d’être récupérée. »

Le commentaire fouetta le cerveau de Lothaire, et il resta interdit, les yeux rivés sur le néérite en robe. Une désagréable sensation lui tenaillait les tripes, et une profonde colère s’y mêla. Il pouvait pas fermer sa gueule, si c’était pour dire des choses comme celle-ci ? D’une voix fortement irritée, le seigneur de Casteldulac ne put s’empêcher de répondre d’un ton cinglant :

« Je suis Lothaire de Ronceroc, seigneur de Casteldulac, j’ai ouvert les portes de Chrystabel et fait se déchaîner tout le Nord à l’intérieur. Alors ma main, je vais la récupérer. »

Il aurait bien souhaité rajouter un petit « trou du cul », ou « grosse putain aux tétasses flasques », mais il s’était plus ou moins contrôlé. Le religieux se contenta de secouer la tête en claquant de la langue, et répondre :

« Je suis sincèrement désolé, mais ce n’est pas moi qui vous ai estropié, messire. »

Lothaire n’était pas loin de perdre son sang-froid. Lui qui d’habitude réagissait avec le calcul du serpent, son sang se mettait soudain à bouillir. De rage et de peur. Mais surtout de peur. Celle que plus jamais il ne pourrait utiliser sa main gauche, le privant dès lors de toute son expérience du combat qu’il avait si durement acquise…
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