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 Les rois du silence | Grayle

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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Les rois du silence | Grayle   Mer 15 Aoû 2018 - 13:29


Nuit du 2 au 3 e jour de la 2e ennéade de Karfias ~ été
11e année du XIe Cycle
Grand large de la mer Olienne entre Missède et Naélis
Quelque heures après l'attaque pirate


- Veuillez me lâcher. " répéta une voix mortellement froide derrière la porte. Renard fronça les sourcils en reconnaissant à peine le timbre de sa nièce. Il hésita un instant mais continua vers l'infirmerie. L'alcool était proscrit à bord mais Ferdinand avant besoin d'un remontant et Cécilie saurait parfaitement ou le trouver si elle avait besoin de compagnie, ce qui à en croire son ton menaçant n'était pas vraiment le cas. S'enfonçant dans les méandres du navire, il laissa derrière lui la conversation privée qu'il avait attrapée en passant.

En vérité, c'était sans doute la meilleur idée qu'il avait eu ces derniers jours. A l'intérieur de la petite cabine où cohabitaient depuis deux jours Jena et la Comtesse, la frêle silhouette de Cécilie faisait face à un large visage brun auréolé de cheveux noirs.

- Je me moque que vous ayez été son amant, son ami ou que sais-je encore. Elia n'est même pas encore au courant.
- Elle n'a que douze ans. C'est une enfant et...
- Et sa mère, sa véritable mère, est en Missède. Elle s'appelle Elisabeth. Elle est prêtresse de Néera et lui offrira enfin l'éducation qu'il convient hors de l'influence de Lyarra. Maintenant retournez vous occuper de votre jeune épouse et laissez Elia en paix.

L'accent exotique du Zurthan ne s'éleva pas cette fois. Suivant le mur du bout des doigts, Cécilie trouva la poignée et il finit par se décalé en silence pour la laisser passer. En regardant sortir la petite bonne femme, le visage de Jennad se crispa. Ils ne s'étaient presque jamais adressé la parole avant la veille... Lyarra avait bien du lui dire que Jihane n'était son épouse que de nom... Il l'espérait car sinon il comprenait que sa proposition paraisse sordide.

Cécilie ne se retourna pas une fois, refusant la moindre aide, ignorant la moindre tentative pour la retenir verbalement. Les marins en quart ne voulaient certainement pas qu'elle sorte seule en pleine nuit sur un pont qui devait encore être ruiné de tâches de sang, mais ils n'avaient pas conscience qu'à l'intérieur, c'était encore pire. L'odeur de sang et de mort imbibait le bois aussi surement que l'iode et l'enduit du calfat. Elle avait besoin d'air. Elle avait besoin de tranquillité. Elle avait besoin de silence pour ne pas avoir a faire semblant. Les problèmes viendraient plus tard mais pour l'instant elle n'arrivait pas même à réaliser totalement.

Elle portait la même tenue que lors de l'attaque, la veste en moins. Le Livre était coincé sous sa ceinture au niveau de sa hanche, à l'abri des intempéries grâce à la chemise d'homme ample qui lui retombait lâchement sur les épaules. On pouvait aisément deviner sa présence aux reliefs anguleux mais elle le sentait contre sa peau, telle une présence rassurante. C'était plus important. Sa manche droite était toujours tâchée du sang du dernier ennemis qu'avait abattu Lyarra. Elle avait une énorme bosse sur la tempe, sa longue tresse était plus qu'échevelée et elle n'avait pas pris le temps d'ajuster ses bottes, mais elle n'en avait cure. Comme elle se moquait de la nausée qui lui tenaillait les tripes ou de la faiblesse qu'elle sentait dans chacun de ses mouvements.

Enfin, elle émergea à l'air libre. La première inspiration qui gonfla ses poumons lui fit prendre conscience qu'elle était remonté en apnée. Le vent avait forci. Plus froid, plus humide que dans la journée, elle frissonna. Les bruits de brosses lui indiquèrent que deux ou trois marins frottaient encore le bois. Y avait-il des lanterne ou exécutaient-ils ce geste répétitif dans le noir quasi complet ? Et puis qu'est-ce qu'elle en avait a faire ? Elle ne savait trop quoi penser... Et elle n'était pas certaine de vouloir penser de toute façon. Elia, Jena, Anthoine et Renard étaient sauf mais à quel prix ?

Suivant le bastingage en faisant attention à soigneusement garder son équilibre malgré le roulis un peu plus fort que la veille, elle gagna un coin tranquile. Loin du Timonier du Vigile ou des nettoyeurs, elle voulait simplement profiter d'un peu de calme. Elle ne s'ouvrit même pas à la magie, se calfeutrant dans les replis du réel. Le son lancinant de l'eau. Le mouvement perpétuel de la coquille de noix sur laquelle ils survivaient. Le vent froid. L'humidité de la rambarde de bois maintes fois polie.

Les deux mais appuyées sur le garde fou, elle prit une immense inspiration et souffla doucement jusqu'à ce que la tête lui tourne. Puis elle s'appuya des deux coudes en fredonnant à voix basse l'une des complaintes que Lyarra avait put entendre à Lourmel lors des premières ennéades qu'elles y avaient passées ensemble.
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Grayle Gardair
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mer 29 Aoû 2018 - 20:07

La nuit était silencieuse et paisible, comme le calme après la tempête. On entendait presque rien. Le bruit des vagues, le craquement du navire, des sons discrets, comme s'ils craignaient de déranger en faisant trop de bruits. Les marins étaient revenus à l'intérieur du bateau, seule une vigie restant à l'extérieur, guettant toute arrivée suspecte.

Grayle, lui, était allongé sur le gaillard arrière, comme il le faisait en journée avant l'attaque. Pour lui qui avait passé sa vie dans une routine rassurante, reprendre cette habitude l'aidait à se sentir mieux.

Lyarra était morte.

Il ne savait pas comment prendre la nouvelle. Il ne savait pas s'il était choqué ou... monstrueusement indifférent ? A sa grande horreur, sa mort, ainsi que celle des marins, l'avait attristé, mais à une hauteur considérablement moindre que celle de sa famille. Même en prenant le côté relationnel en compte.

Etait-il en train de s'y habituer ? Il leva les bras vers le ciel, regardant ses mains. Il avait tué, encore. Deux personnes. Les rares souvenirs qu'il en avait lui montrait une image de lui même qu'il n'aimait pas. Celle d'un meurtrier furieux, comme il avait été avec son peur.

Il respira, aspirant l'air avec la bouche. Il s'était lavé et on lui avait donné de nouveaux vêtements propres, ceux d'un marin décédé. Mais il puait encore le sang. L'odeur ferreuse lui était insupportable, car culpabilisante. Il chassa ses pensées pour revenir sur Lyarra. C'était une guerrier. Une tueuse aussi, qui avait sans doute mis fin à la vie de dizaines de personnes sans une once de culpabilité. Malgré ca, elle était...

une bonne personne ? Peut-être. Peut-etre pas. Il ne l'avait guère connue au final. Deux semaines, trois peut-être. Elle n'aura été qu'une étoile filante dans l'aventure de sa vie, et leur relation s'était surtout construite sur de la méfiance, des sermons, de la moquerie et, à sa grande honte, de l'attirance.

Il se rendait compte qu'il n'était pas triste de sa mort en elle-même, mais qu'il n'ait pas eu le temps de la connaître réellement avant qu'elle ne meure. Une occasion ratée...

Il allait penser à Elia quant il fut interrompu dans ses pensées par des pas. Qui sortait à cette heure ci ? Un marin ? Il fixa les étoiles, avant de se retourner et de ramper lentement vers le ou la responsable de ses bruits de pas. Elle s'était mise à chanter, d'une voix indubitablement féminine.

C'était Cécilie. Ils ne s'étaient pas vus, ni parlés depuis l'attaque. Il fut envahi par la tristesse. Il savait que les deux femmes se connaissaient bien, et étaient peut-être même proches. Elle devait être bien plus chagrinée que lui. Allongé ainsi sur le gaillard, au dessus d'elle, il resta muet et la laissa poliment terminer sa chanson. Il avait vu un frémissement dans son dos. Il savait qu'elle savait qu'il était là.

Pendant un moment, il hésita. Devait-il lui parler ? La laisser seul ? Les pensées se bousculaient dans son esprit, puis, l'illumination vint sous la forme de sa soeur. Graïnne était apparue d'un seul coup, trouble et floutée, ses longs cheveux bruns entourant une paire d'yeux gris semblables à ceux de son frère jumeau. Ses lèvres se mirent à bouger, suivant le rythme de celles de Grayle.

" Ne la laisse pas seule. " dit-elle sans qu'un son ne sorte de sa bouche, avant qu'elle ne s'évanouisse dans l'air, comme de la fumée souflée par le vent. Grayle reporta son attention sur Cécilie, et, de son poing, frappa doucement le bois sur lequel elle se trouvait.

- Venez avec moi madame. Personne devrait se morfondre seul.
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Cécilie de Missède
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Jeu 30 Aoû 2018 - 16:42


Quelqu'un l'observait. Grand bien lui fasse. Elle ne trouverai pas un coin plus reculé sur le navire de toute façon. Si elle l'ignorait suffisamment longtemps sans doute partirait-il. Elle s'accrocha donc à sa mélopée, tentant de ne pas prêter la moindre attention au trublion. Une perte de temps. Qu'il parte. Qu'il s'abstienne. Elle ne voulait pas avoir à remettre un masque. Pas maintenant. Pas ce soir. Elle n'en avait plus l'énergie.

Mais personne ne s'éloigna. L'impression désagréable qui pesait sur sa nuque et lui hérissait le dos ne s'estompa pas. En revanche, la voix n'était pas pour lui déplaire. Grayle. C'était mieux que n'importe quel marin inconnu, superstitieux et bien pensant. Il avait ses secrets, il ne pouvait rien dire concernant ceux des autres. Elle l'aurait bien repoussé malgré tout...

- Merci, mais je ne suis jamais seule. " répondit-elle avec raideur.

Mais...

Seulement mais...

Elle soupira en arquant le dos sur sa rambarde. " Excusez-moi... " Le trou qui rongeait sa poitrine était à la fois bien trop présent et bien trop invisibles pour que quiconque ne puisse comprendre.

Il y a des moments où l'esprit, non content de ne plus savoir quoi penser, ressent, pressent et agit d'une façon contradictoire. Complexe. Le pourquoi n'a plus raison d'être et la volonté vous tiraille dans des sens contraires.

Du bout des doigts, elle suivit le battement et la voix, ne trouvant qu'un mur de bois. Le jeune homme semblait se trouver au-dessus, ce qui lui arracha un sourire amusé au milieu de sa lassitude. Elle tâtonna jusqu'à trouver le rebord, frola par mégarde un pan de tissus rêche non identifié et tendit le bras.

- Vous pouvez m'aider ? "
Une main se referma sur son avant bras, elle pris appui sur le rebord et du quitter toute dignité de Dame pour se hisser, restant un instant coincée au niveau de la taille avant de rouler sur le flanc, bien contente de porter un pantalon pour une fois dans sa vie. Ce n'était peut-être pas des plus confortables, mais au moins c'était pratique.

Elle réprima un grondement de douleur en tentant de rouler sur le ventre, le Livre lui rentrant dans la hanche, et décida que sur le dos, c'était bien aussi. Dans le premier silence un peu essoufflé, elle s'autorisa à soupirer, non de mélancolie mais de pure fatigue. D'ici, les bruissements étaient légèrement différents. Les craquement du navires plus nets. Le vent plus sauvage et légèrement moins humide. L'odeur de sang était pourtant plus forte. Différente. Étrangement moins morbide que dans la cale. Mais forte. Les yeux clos, une jambe repliée et le dos confortablement étendu sur la surface dure, le silence s'étira un peu, jusqu'à ce que...

- Je n'arrive pas à me rappeler si vous étiez aussi sur le pont inférieur quand Lyarra, enfin Émilie, s'est faite... " tuer ? blesser ? la violence du mot qui lui était venu aux lèvres la rendait hésitante mais sa voix était calme et posée. Presque distante.
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Dim 9 Sep 2018 - 20:06

Il n'avait eu aucun mal à l'aider. La magicienne était légère comme une plume. Après qu'elle se soit hissée, il s'écarta légèrement, afin qu'elle ait la place pour s'allonger, et qu'ils restent tous les deux au centre du gaillard. Dans l'obscurité bleutée de la nuit, les formes étaient vagues, et il ne distinguait pas bien son interlocutrice. Mais il pouvait sentir sa fatigue et sa tristesse.

" Je crois, oui. C'est assez vague. "

Il leva une main au ciel. Elle était solide, épaisse et calleuse. Un vrai gâchis, vu son âge. Il l'examinait, agitant ses doigts pour cacher les étoiles.

" Chaque fois que je me bat, le sang me monte à la tête et je perd la boule. Je n'ai aucun souvenir clair de ce qui s'est passé. Juste que je me suis réveillé avec du sang partout sur le corps. "

Il soupira, et son bras retomba mollement au sol. Du bout des doigts, il caressa l'urne de sa famille, qu'il fit doucement rouler sur le bois. Le son du métal sur le bois était surprenant apaisant.

" Il y a genre trois semaines, j'étais jamais sorti de chez moi. Dame Lyarra est une des premières personnes que j'ai connu, et c'est la première qui meure. "

Il respirait doucement, son torse se gonflant à chaque inspiration. Il s'en voulait encore. De ne pas l'avoir pleurée. Il n'arrivait pas encore à assimiler, peut-être... Il se tourna vers Cécilie.

" Vous pensez qu'Elia tiendra le coup ? "


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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Dim 9 Sep 2018 - 21:49


- Alors c'est pour ça... " murmura-t-elle alors qu'il expliquait avoir perdu pied durant la bataille. Elle se souvenait l'avoir vaguement cherché dans la tourmente. Sans succès. Mais elle aurait voulu lui venir en aide à ce moment là.

Les yeux ouvert sur le néant et le visage faisant face aux étoiles masquées de nuages, elle l'entendit pour la première fois parlé de ce qu'il avait été avant. C'était peu, mais c'était un début. Elle ne parlait plus à Lyarra depuis plus d'un mois alors elle ce qu'elle savait du jeune paysan, elle l'avait appris de sa propre bouche ou de celle d'Anthoine. Son cœur se serra à l'évocation de son vieil ami souffrant... et le vide qui avait pris la place de Lyarra lui apparut d'autant plus vivement. Elle préféra ne pas répondre. Qu'aurait-elle put ajouté au fait que la demie-soeur de Maélyne était morte ?

Un crincrin étrange de métal roulant sur du bois marquait le silence. C'était.... Qu'est-ce que c'était d'ailleurs ?

Une voix glissa directement dans son oreille.

- Vous pensez qu'Elia tiendra le coup ?
- Oui.

Il s'était tourner vers elle. Elle avait répondu sans réfléchir. Il ne pouvait y avoir d'autre réponse que celle là. Il ne devait pas y en avoir. Bercée par le rythme lent de l'objet métallique, Cécilie se tourna à son tour vers son interlocuteur. Habituellement, elle tendait l'oreille plus que les yeux, mais elle aurait eu l'impression de ne pas vraiment lui répondre si elle n'avait pas sacrifié à ce petit geste.

- Dans le pire des cas, elle prendra exemple sur Lyarra, foncera tête baisser pour fuir la douleur et refera toujours les mêmes erreurs jusqu'à en arrivé au même point qu'elle. Dans le meilleur des cas, elle ressemblera un peu plus à sa véritable mère, Mère Elisabeth, et se reconstruira petit à petit pour devenir une femme bien, pleine de force et surtout heureuse. "

Des mots durs. Moins que ceux que la musicienne avaient en tête mais plus qu'il n'était socialement acceptable, elle le savait. Pourtant, elle ne sentait aucune gêne, aucune honte à les avoir prononcer de ce timbre calme presque murmuré dans lequel avait débuté leur conversation. Elle en était elle-même étonnée.

- Dans tous les cas, elle rentrera en Missède avec Renard. " Il était hors de question qu'une gamine si jeune les accompagne dans des endroits dangereux. Peut-être l'autoriserait-elle à venir avec eux à l'Aurore, mais ce serait là sa dernière étape. Lyarra avait entrainé deux gamines dans sa course, elle les avaient mises en danger pour son seul plaisir. Il était tant de remettre les choses en ordres.

Le sujet d'Elia était sensible. Cécilie avait laissé Maël à Missède et chaque heure passée loin de son fils était douloureuse, alors voir Lyarra exposer sa fille au danger juste pour l'avoir auprès d'elle avait été une nouvelle source de dégoût. Aujourd'hui, la comtesse était dans une situation qu'elle n'avait que trop expérimenté avec Linaëlle et elle voyait déjà l'orage se profiler à l'horizon. Un orage qu'elle refusait de subir encore une fois. Dans la mort avait perpétré son ultime crime : saccager la vie de sa propre fille. Son ancienne amie ferait ce qu'elle pourrait, mais elle se jurait aujourd'hui de ne pas se sentir coupable pour ce qu'il adviendrait.

- Mais vous... ? J'ai... J'aurais deux questions à vous poser, si vous me le permettez... Quel est l'objet que vous faite rouler sous vos doigts ? ... Et est-ce que vous, vous avez tenu le coup ? "
Elle ajouta  précipitamment " C'est juste que d'expérience je ne vois pas ce qui pourrait pousser quelqu'un à quitter tout ce qu'il a connu pour aller vers le pays des noirauds si ce n'est l'amour et la mort. Vous n'êtes pas obligé de répondre. Je sais que... enfin... Pardon... "

Ce qu'elle ne comprenait pas ou qu'elle ne savait pas avait tendance à l'obséder et quoi de mieux que la curiosité pour échapper à son propre esprit ?
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mar 18 Sep 2018 - 22:00

Ainsi donc, Elia n'était pas la vraie fille de Lyarra ? Grayle était partagé entre l'incontrolable curiosité propre à son âge, et son instinct de conservation, qui lui avait toujours rappellé que moins on savait de choses, mieux on s'en portait.

" Mêle toi de tes affaires mon fils, et personne ne se mêlera des tiennes " lui avait souvent rappelé sa mère, d'une voix douce mais d'un air soucieux et courroucé, souvent dirigé vers le paternel. Le fils avait fait de ces mots un de ses credos.

Baisser la tête, le regard, courber l'échine, et survivre. Pour vivre heureux, vivons cachés. Aussi ne releva t-il pas plus les dires de la noble. Elia avait une autre mère, et allait rentrer saine et sauve. C'était déjà plus que ce qu'il n'était sensé savoir et il en était satisfait.

Cécilie, elle, ne semblait pas de cette avis. Sa question le désarconna. Pourquoi était-il ici ? Elle avait toujours respectée son goût du secret, et n'avais jamais vraiment insistée jusque là pour connaître ses vraies raisons. Que répondre alors ?

Ne rien dire ? Garder encore le secret. C'était une mage. Pouvait-elle lire son esprit ? Avait-il encore envie d'être... seul avec lui même ? Il évitait d'y penser, bien sûr, mais, à chaque jour qui passait, une petite voix au fond de sa tête, à l'arrière de son crâne, remontant le long de sa colonne vertébrale et partant de ses intestins, lui hurlait que toute cette quête était une horrible, terrible et couteuse erreur.

Et, à chaque fois, son coeur, apaisant et décidé, le rassurait.

Le fait est qu'il n'avait pas envie d'en parler. De risquer de revivre ces événements qu'il avait réussi à repousser au fond de son esprit. Ils revenaient, toujours, régulièrement.

Il resta silencieux pendant une bonne trentaine de secondes.

- Je...

Il glissa sur sa jambe, et se retrouva, en un instant, assis en tailleur devant la magicienne. Il faisait rouler le cylindre entre les mains, avant de s'en saisir lentement et de le garder contre lui. Il en caressa le couvercle comme s'il s'agissait d'un chat.

- Promettez moi de n'en parler à personne.

Elle fit la promesse. Il reprit la parole, d'une voix grave, presque menacante, celle de l'adulte someillant au fond de lui et qui se reveillait peu à peu.

- Jurez le sur Linaëlle...

Elle lui répondit calmement hors de question qu'elle jure sur la vie d'une jeune fille innocente et qu'il devrait avoir confiance en sa discrétion. Il baissa la tête, comme un enfant honteux pris en faute.

- Pardonnez moi.

Il présenta le couvercle avec une lenteur cérémonieuse. Il déglutit, se racla la gorge, humidifia ses lèvres. Le balancement régulier du navire continuait de les bercer. Il fixait son interlocutrice, et remarqua, pour la première fois, qu'elle était belle.

- Ce sont les cendres de ma famille. Mon père, ma mère, mes quatre frères et soeurs.

Il ramena l'urne près de lui et la serra contre lui, contre son visage, comme un oreiller. Le quasi-instinct avec lequel il effectuait ses mouvements indiquait qu'il avait l'habitude de dormir contre l'urne.

- Je suis venu disperser leurs cendres au sommet du Puy d'Elda.

Silence. Les larmes lui montait aux yeux, doucement, mais il les retint, inspirant fortement.

-... voilà


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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mer 19 Sep 2018 - 11:39


- Il n'est bon pour personne de jurer sur des vies innocentes. Vous avez ma parole. La discrétion dont j'ai fait preuve jusqu'ici ne vous suffit pas ? "

Elle ne ressentait aucune colère à la demande du jeune homme. C'était seulement hors de question et il devait très bien comprendre pourquoi. N'était-il pas lui-même un fervent Néerite ? Cet instant de folie prouvait à quel point ce secret devait être difficile à partager pour lui. Le genre de secret qui vous ronge le Souffle et qui pouvait faire basculer le plus solide des hommes de bien. Il ne méritait pourtant pas d'être jugé tout de suite, il pouvait se reprendre.

L'entendant s'asseoir, elle se redressa également jusqu'à se mettre à genoux. Rester sur le dos était trop désagréable quand elle sentait quelqu'un la surplomber. Sa paume, encore marquée de cicatrices aussi fraiches que nettes, effleura le métal lisse, guidée par celle du jeune homme. C'était une sorte de boite... un peu ovale. Elle ne la touchait qu'avec respect tant les gestes de Grayle lui paraissaient cérémonieux envers l'objet. Et lorsqu'il lui apprit enfin ce que c'était, un long frisson lui remonta tout le long de la colonne vertébrale. Il éloigna l'urne de la musicienne sans qu'elle ne prononce un seul mot. Sa gorge s'était instantanément nouée.

Et ce n'était qu'un début. Le Puy d'Elda... Pourquoi ?! Pourquoi diable voulait-il que sa famille repose dans un endroit aussi dangereux et aussi sinistre ?! C'était aussi stupide que Lyarra et son soit disant pèlerinage pour Othar. C'était... C'était un pèlerinage. Néera et Tyra ne pouvaient pas être à ce point cruelles... Mais leur clergé si.

* Ma tante... Pourquoi tolérez vous encore ces choses sous votre bienveillante égide ? *

Un prêtre ou une prêtresse avait sciemment envoyé ce jeune homme à la mort pour une quelconque faute. La sienne ? Celle de sa famille ? Cécilie qui était d'habitude curieuse à l'excès n'avait plus la moindre envie de connaitre précisément la réponse. Rien ne pouvait justifier d'envoyer un jeune homme ayant perdu l'intégralité de sa famille dans un endroit où il était certain de mourir ou de vivre dans des souffrances telles qu'il oublierait le nom de ses dieux, de ses parents, de ses frères et sœurs, pour finir par perdre jusqu'à son Souffle immortel entre les mains de ces démons à la peau noire.

-... voilà.

La voix de Grayle était tendue. Sa gorge nouée. Elle ne savait s'il pleurait ou non, mais c'était fort possible. Les prêtres échouaient toujours à préserver le bon de leur contré natale. Ils avaient encore échoués ici. Une pierre s'ajouta à la pile des erreurs inacceptables des dévots de péninsule. La solitude, la peur et la résolution qu'elle entrapercevait dans les choix que le jeune homme avait du faire la touchaient au delà des mots. Il avait choisi de croire et d'avancer malgré la perte la plus terrible qui soit. Après ce qu'elle avait choisi de faire pour protéger sa famille...

Les bras de la jeune femme se tendirent, frôlant d'un côté un bras, de l'autre un pectoral. Ses mains remontèrent avec légèreté jusqu'aux épaules du voyageur et elle s'étira jusqu'à lui pour le prendre dans ses bras. Après un instant de silence durant lequel elle ne sut que dire de plus pour lui offrir soutient et réconfort, elle parvint à murmurer :

- Garde espoir... Et s'il te plait, ne les laisse pas t'attirer à leur suite dans la tombe. "
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Dim 23 Sep 2018 - 14:01

Il la serra contre elle. Ses bras épais enlaçaient le corps de l'aveugle avec une fermeté rassurante et une surprenante douceur. Une main remonta doucement le long du dos de la femme, jusqu'à empoigner tendrement ses cheveux. Il poussa un long et immense soupir, son torse gonflant au fil de sa respiration. Les larmes avaient été refoulées avant même de couler. Apaisé et apaisant, il se colla contre elle. La magicienne était petite dans ses bras, à peine plus grande que sa petite sœur ou sa mère. Grayle irradiait d'une confortable chaleur.

- Je n'ai pas passé un jour de mon ancienne vie sans au moins un câlin de mes frères, soeurs et parents. Ça me manque...

Pendant un bref instant, il accentua la pression de ses bras sur Cécilie, comme s'il cherchait à l'absorber. Il renifla. Elle sentait bon. Bien meilleur que lui qui sentait encore un peu le sang.

- Ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne cherche pas à mourir. Mais si ca m'arrive... ce n'est pas grave. Le monde continuera très bien sans Grayle.

Il mit fin à l'emprise de ses bras sur elle et la repoussa avec gentillesse, comme s'il avait peur de la casser. Le contact avec elle lui manquait déjà. Il s'assit en tailleur.

- Vous savez, je n'ai pas eu une vie facile. Travailler les champs... c'est épuisant. Mais j'ai vécu dans un village loin de la guerre et ensoleillé avec une famille aimante jusqu'à la fin, avec la moitié de mes frères et soeurs vivant au delà de quelques années. Tous n'ont pas cette chance.

Il reprit son urne, qu'il placa doucement entre ses jambes.

-J'ai quelques regrets et remords évidemment. Mais dans l'ensemble ? C'était une belle vie...

Ses yeux gris fixaient les pupilles aveugles de la noble. Il regrettait une nouvelle chose, qu'il n'aurait jamais l'occasion de lui montrer à quoi ressemblait sa vie. Des histoires ne valent jamais les souvenirs

- Je vais peut-être mourir dans le désert ou au Puy oui. Peut-être par une sombre magie, par malchance, dévoré par un animal ou tué par un drow. Mais vous savez quoi ? Ce n'est pas grave. Tout le monde finit par mourir. Moi, vous, Elia.

Il se recoiffa. Le vent agitait ses cheveux dans tous les sens, et il ne s'était pas coupé les cheveux depuis un long moment.

- La prêtresse Nessera m'avait dit que ce qui importe, c'est ce qu'on a accompli ou essayé d'accomplir pendant qu'on vivait. Et ce que je sais, c'est que je veux, et dois aller dans ce désert.

Ses poings étaient serrés.

- Que je m'éteigne là bas ou que j'y revienne sain et sauf, j'aurais accompli mon devoir, et j'aurai le pardon de Néera. Pas de regret. dit-il avec l'assurance du croyant fanatique.

Il pencha la tête sur le côté. Il se demandait... Cécilie de Missède en avait-elle, des regrets ?
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Dim 23 Sep 2018 - 15:14


Elle frissonna en le sentant s'accrocher à ses cheveux, la serrer de plus en plus fort. Seuls sa nourrisse, Jindanor et Rose avaient eut l'occasion de faire de même plus d'une poignée de fois dans toute une vie. Les fois où Gaël, son propre frère, l'avait prise dans ses bras durant ces dix dernières années se comptaient sur les doigts d'une main et pour Colombe, c'était... différent. Quant à ses parents, l'un des deux lui avait peut-être caressé la joue une fois. On ne touche une enfant maudite qu'avec parcimonie.

Que ce soit un homme si jeune et d'une telle stature aurait sans doute du l'inquiéter ou la troubler mais ce n'était pas le cas. Quelques souvenirs flottaient à la limite de sa conscience, se plaisant à assassiner une fois de plus la bienséance qui lui avait tant couté depuis son plus jeune âge pour profiter de l'instant.

Ils avaient eu une vie très différente. Le genre de vie qui assoie une foi grandissante et servile. Mais il était le seul a avoir passer la dernière épreuve. Le deuil semblait lui donner une foi inébranlable. Celle de Cécilie avait disparue sans le moindre bruit avec une seule vie. Elle avait pourtant connu de près les miracles de la DameDieu. Elle avait ramenée Maélyne des portes de la mort. Mais quelle déesse mère pouvait laisser une fillette être lancée de la fenêtre d'une tour ? Combien d'orphelins de guerre, seuls et mutilés arpentaient les rues du Nord au Sud de la Péninsule ? Et à quoi bon croire encore après... ça.

Elle priait et continuait à honorer les fêtes Néerties. Maël était sous la protection de la Haute Prêtresse en personne. Elle était même reconnue comme l'une des Comtesses les plus pieuses qu'avait connu Missède. Elle le faisait car elle avait conscience des moyens du clergé. Elle savait qu'il donnait de l'espoir et du réconfort au peuple. Elle savait que les valeurs qu'il disait servir et protéger étaient importantes... Mais la vérité était qu'elle savait aussi que les prêtres étaient faillibles, qu'ils ne parvenaient pas à protéger la moindre valeur morale et que les dieux n'intervenaient jamais pour soulager leurs ouailles. Chacun faisait sa propre route et il adviendrait ce qu'il adviendrait lors de sa mort. Elle avait des espoirs mais assez peu de peur concernant la suite.

Face à la foi de Grayle, elle ne savait que dire. A quoi bon tenter de lui retirer ses illusions, ça lui aurait fait tellement plus de mal. Heureux les simples d'esprits.

Un sourire dont elle fin son possible pour cacher le cynisme lui glissa sur les lèvres.

- J'aimerai avoir vos certitudes. " Elle s'appuya sur le côté sur son bras tendu. " Lyarra aussi essayait de se raccrocher à ce genre de choses. Au courage et à l'endurance d'Othar. "

Elle ne savait que dire de plus. Trop de regrets, pas assez de remords avaient parsemés sont passés.
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Dim 30 Sep 2018 - 11:50

Il fronca les sourcils lorsqu'elle mentionna Dame Emilie.

- Lyarra aussi ? Suis-je dans le même bateau qu'elle ?

Il se mit à rire un peu bêtement. Maintenant qu'il y pensait, techniquement, oui, il était dans le même bateau. Il se mit à tousser. Rire lui avait fait mal. Il n'avait plus l'habitude de rire. Et, à regarder Cécilie, elle non plus n'était pas du genre à rire.

- Enfin... ne vous inquiétez pas pour moi, d'accord ? Même si je connais les gens comme vous. Vous êtes du genre à vous inquiéter pour tout le monde, même ceux que vous n'aimez pas ?

Elle le regardait sans le regardait. Et, peu à peu, il s'y habituait.

- Mais, quoi qu'il en soit... merci beaucoup. Ca m'a fait du bien d'en parler avec quelqu'un.

Un léger silence s'installa, naturel et non gênant, entre eux. Il se rallongea sur le bois du navire, poussa une inspiration et regardant le ciel étoilé. Il se sentait bien ici. Et, étrangement, le coeur un peu léger. Il jeta un coup d'oeil à Cécilie. Elle avait l'air songeuse.

- Et je failli à ma tâche...

Il se rassit en tailleur, tout près d'elle.

- Est ce que vous allez bien ? Avez vous des soucis ? Envie de parler de quelque chose ou vous confier ? Je sais garder un secret et il n'y a que nous deux ici. Vous ne craigniez rien avec moi.
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Lun 1 Oct 2018 - 13:02


En l'entendant rire d'un bon mot aussi sombre, Cécilie fronça les sourcils... puis gloussa à son tour. Il lui semblait que cela faisait des années qu'elle ne riait plus. Si elle gardait tout le temps son sourire de façade, cela n'avait rien à voir avec un véritable rire, même aussi cabossé que celui qu'ils venaient d'échanger.

- Lyarra essayait de trouver sa voie dans un monde dur qu'elle ne comprenait pas. Et elle s'est accrochée aux préceptes divins pour y parvenir. Elle est venue en partie sur les conseilles d'une prêtresse. " expliqua-t-elle avant qu'il ne reprenne la parole. " Je ne sais si ça vous met dans le même bateau mais en tout cas il y a des similitudes. "

Évidement, pour le reste cela ne changeait rien. Grayle avait toute les chances de mourir dans les prochaines ennéades, qu'elle s'inquiète ou non. L'entendant se rallonger, elle glissait dans ses propres pensées. L'agacement, la colère, le dédain que lui inspirait la fin de Lyarra commençaient à retomber légèrement.

- Je... " se confier... Quelle drôle d'idée. " Je vais bien et ça me terrifie. " laissa-t-elle tomber avec un sourire étrangement jovial. " Toute cette histoire nous dépasse complètement, des proches viennent de mourir, je devrai être effondrée... Et je tiens le choc. Vous n'avez jamais cette sensation de changer. Vous savez que vous ne pouvez rien empêcher, mais vous ne savez pas si ce sera pour le pire ou le meilleur ? "
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Sam 6 Oct 2018 - 10:02

- Si on ne peut rien y faire, alors pourquoi s'inquiéter ? Je ne sais pas ce que vous comptez tous faire, dans ce voyage... je ne m'y intéresse pas, car de toute facon, je ne pourrais rien y faire. Je suis juste un jeune homme avec ma faux. répondit Grayle, regardant toujours le ciel, doucement bercé par les roulis du bateau. La voix qui était devenue grave par inquiétude était redevenue douce et mielleuse.

- Il n'y a pas de point d'être effrayé par l'inévitable, non ? Il faut juste faire de son mieux pour s'adapter et d'être agréable avec les autres. Vous êtes une mage puissante, mais au final, ce n'est pas grand chose non ? Laissons les grandes choses aux dieux.

Il se rapprocha d'elle doucement, trop lentement pour qu'elle puisse le sentir s'approcher mais trop vite pour qu'elle ne puisse réellement réagir.

- Si vous allez bien maintenant, alors profitez en. Laissez le passé au passé et occupez vous du futur demain. Je sais que c'est pas responsable, mais parfois, il faut juste s'intéresser au présent.

Il rattrapa l'urne, qui s'était mise à rouler au loin.

- Et le présent, c'est qu'on est allongés en paix sous les étoiles.

Il se remémora de ce que sa mère lui disait chaque fois qu'il était triste. A la mort de sa sœur jumelle, et de ses petits frères et sœurs en bas-âge. Lorsqu'il avait mal. Lorsqu'il avait faim, lorsqu'il s'inquiétait. Étrangement, il avait oublié ces mots, depuis le massacre. Mais, alors que les vagues du chagrin revenaient sans cesse, tous les jours, il entraperçu un mince rayon de soleil à travers le ciel déchaîné de son esprit.

- Après la pluie, le beau temps.

Un petit "pop". Le bruit d'une bouteille qui s'ouvre. Et l'odeur du vin. Même une aveugle aurait pu voir le sourire de Grayle.

- Et la vinasse. Trinquons pour Lyarra. Et vous.


Dernière édition par Grayle Gardair le Mer 10 Oct 2018 - 19:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mer 10 Oct 2018 - 13:38


- Vous devez avoir raison. "

Rien ne servait de s'en faire pour des choses sur lesquelles elle n'avait aucune emprise. Un court répits dans tout cela. Elle sourit un peu en entendant le vieil adage que répétait si souvent Renard quand elle était petite. Le bouchon en liège tiré d'une bouteille la fit de nouveau sourire, amusée. peut-être était-ce dans la nature paysanne de ne pas se laisser abattre ainsi.

- A Lyarra et à nos chers disparus. " reprit-elle sans relever le dernier ajout du jeune homme tout près d'elle. Tendant la main pour qu'on lui passe la bouteille, elle la leva avec une légèreté de circonstance en signe de salut. " Puissent-ils reposer en pays et ne pas nous oublier ! " Un frisson lui glissa sur le dos, des hanches à la nuque, comme l'antique souvenir rugueux d'une main la frôlant. * Si tu m'effaçais la mémoire, il suffirait que je revois ton visage pour que tout me revienne. Tout tu m'entends ?! * Elle posa sans attendre le goulot sur ses lèvres, se moquant de savoir si Grayle y avait bu avant elle ou non. Elle en descendit quatre longues gorgées sans grand raffinement, les paupières plissées par le goût déplorable de la boisson. Du tanin et de l'alcool. En reprenant son souffle, elle agita la tête pour faire passer le goût.

- Par Tyra, je n'ai jamais goûté quelque chose d'aussi mauvais ! " grinça-t-elle en ricanant. C'était tellement loin de son monde, de ses manières et de son mode de vie ! Et pour faire bonne mesure, elle en repris une gorgée avant de la repasser à son camarade. " Où as-tu dénicher cette bouteille ? Si mon oncle savait qu'il y avait de l'alcool sur son navire autre part que dans sa cabine, il en ferait une jaunisse. " Elle passa une main dans ses cheveux pour repousser les mèches qui échappaient parfois à sa longue tresse, sans s'éloigner du jeune homme dont elle sentait les genoux contre les siens.
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Sam 13 Oct 2018 - 22:06

Il poussa un rire franc en voyant l'aveugle, généralement si mesurée, si calme, si élégante, boire comme une assoiffée et grimacer avant de râler sur le mauvais goût de ce dernier. Elle n'avait pas tort. Les boissons de ce genre étaient plus faites pour vous assomer et vous mettre de bonne humeur que pour être dégustées en bonne compagnie.

Il reprit doucement la bouteille avec ses deux mains, ses doigts touchant ceux de la magicienne. Elle pouvait distinctement entendre le paysan boire lui aussi de longue gorgée.

- Ouah ! C'est vrai que maintenant que j'y pense, c'est pas fameux... mais ca réveille bien !

Le vin, une fois avalé, était chaud, presque brûlant. Parfait pour les longues nuits de garde.

Il poussa un petit rire lorsqu'elle lui demanda où il avait trouvé la bouteille. Il remarqua qu'elle l'avait d'un seul coup tutoyé et, l'esprit sans doute légèrement brouillé par les effluves d'alcool, il décida de lui rendre la pareille. Entre ses lèvres, ses paroles ne sonnaient pas aussi étranges qu'il ne l'aurait pensé.

- Haha, voyons Cécilie, est ce que tu pense vraiment que je vais te le dire ? C'est mon secret !

Maintenant qu'il la regardait plus attentivement et qu'elle semblait plus détendue, le jeune garçon en pleine croissance et imbibé d'alcool sentit ses pensées dériver. Ses cheveux décoiffés étaient plus attrayants que repoussant. La fatigue sur son visage la rendait plus "vraie", moins lointaine, plus humaine à ses yeux. Ses yeux transparents, comme une version plus claire des yeux aciers du paysan, étaient difficiles à ignorer. Et la lumière de la nuit ainsi que quelques brusques vents frais achevaient de donner un caractère presque surnaturel et miraculeux à ce qui n'était qu'une jeune femme essayant de chasser sa tristesse avec un mauvais vin. Mais aux yeux du paysan, elle était bien plus.

Sa chemise blanche et ouverte était légère, bien trop pour son corps fin. Il lui suffirait de légèrement tirer dessus pour dévoiler ses épaules et...

Il sentit une vive chaleur parcourir son bas ventre, puis son visage, suivis des souvenirs de ce qui s'était passé sur une plage, il y a peu de temps et une éternité. Essayant de chasser ce genre de pensées impures envers une femme de son rang, quand bien même son corps en pleine croissance et curiosité le narguait avec un aplomb extrêmement évident, il se remit à boire, avant de repasser la bouteille à Cécilie, toute proche, au point qu'ils se touchaient.

Difficile de lutter contre sa nature de mâle.

- La prochaine fois, je te dénicherais un meilleur vin
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Sam 13 Oct 2018 - 22:46


Ses yeux toujours posés sur un horizon inexistant n'avaient pas plus d'utilisé qu'un collier de topaze bleues. S'ils avaient la même couleur azuréenne et la même apparence de normalité que ceux de ses parents et de tous les membres de sa fratrie, personne n'avait jamais compris pourquoi ils ne fonctionnaient pas. C'est dans le cœur, avaient dit certains. C'est dans la cervelle, avaient renchéris d'autres guérisseurs. C'est le mauvais-oeil, avaient murmurés les serviteurs. Et la malédiction était restée. Et de malédiction en trahison, on finit par faire quelques découvertes. Notamment celle des excellent vins de Péninsule. Après tout, son second mari avait écrit tout un traité d’œnologie avant d'être tué lors du duel qui l'avait opposé à son troisième époux, il fallait bien qu'il serve à quelque chose.

Cécilie ne buvait pas a outrance et n'avait jamais tenté de se noyer dans la boisson, elle avait surmonté ses idées noires d'une toute autre façon, mais elle l'appréciait comme elle appréciait le parfum d'une fleur ou l'harmonie d'un plat bien préparer. La musique, bien sûr, restait au-dessus de tout. Grâce à elle, la jeune femme n'avait plus regretter de ne pouvoir observer les choses depuis ses quinze ans. Il y avait trop de spectacles immondes, partout et tout le temps. Les sons, eux, invitaient au voyage et à la compréhension profonde des choses. Combien de fois elle avait entendu l'incertitude et le dégoût de soit dans la voix d'une dame que tous décrivaient comme splendide ? Si elle-même avait toujours fait attention a son apparence, c'est parce que cela faisait parti des convenances.

Les habitudes et l'éducation avaient la vie dure. Elle ne pouvait déchoir son rang... Mais cela ne l'empêcha pas de s'envoyer deux nouvelles lampées derrière le col. Cela faisait du bien de baisser la garde quelques instants. De ne pas surveiller ses mots, ses gestes, son expression.

- Je te prends aux mots. Si je devais choisir, je te conseillerais un Charmeroux. C'est un vin rouge pétillant de chez moi. Une bizarrerie délicieuse. " sourit-elle en tendant la bouteille à son tour... Mais lorsqu'elle sentit qu'on s'en emparait, sa seconde main vint doucement saisir le poignet du jeune homme. Légèrement penchée en avant, il ne restait que bien peu d'espace entre les complices dons les jambes se touchaient déjà. Un sourire inquisiteur perça sur le visage de la noble dame, lui faisant retrouvé ses véritables vingt ans, elle qui était toujours si contrôlée qu'elle en paraissait plus que son âge.

Si proche, l'odeur de sang la frappa de plein fouet. C'était bien Grayle qui la portait sur lui. Il n'y avait plus de doute. Il était décidément plus grand que son frère et bien deux fois plus large d'épaules.

- Mais je suis quand même curieuse. Tu as volé ce vin ? " Elle tendis l'oreille pour interpréter aussi bien ses mots que ses silences, comme elle le faisait lorsqu'elle n'était encore que la Mériale de Beaurivages, musicienne et oreille attentive à la solde des puissants. Avant qu'elle n'oublie que tout être vivant finissait par se trahir. Elle écoutait sa respiration, ses gestes, les frôlements de ses vêtements, les intonations de sa voix. Sa main sentait bien mieux les vas et viens de son rythme cardiaque que ses yeux auraient put voir le sang coloré ses joues. " Quelqu'un te l'a donné ? " Elle écouta de nouveau, scrutant de l'oreille et du bout des doigts. " Ou tu l'avais emmenée à bord depuis le début ? " A chaque réponse, elle nota, analysa, décrypta, et un sourire pointa sur son minois lorsqu'une conclusion s'imposa à elle...
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mar 16 Oct 2018 - 0:21

- Un charmeroux ? c'est noté... quand je reviendrais du Puy, je t'en amènerais un...

Il était tout sourire, mais son coeur rata un bâtement lorsque la jeune femme se saisit de son poignet au moment de lui passer la bouteille. Il pouvait sentir les doigts fins de la mage parcourir sa peau alors qu'il parlait d'une voix aimable, tout sourire.

Elle le respirait. Elle humait son odeur. Penchée sur lui, la chemise pendante, la mage et la noble d'ordinaire stoïque se révélait -involontairement ?- aux yeux du paysan comme une femme à peine plus âgée que lui ne l'était.

- C'est un interrogatoire ? demanda t-il avec une voix rauque, à la fois inquiète et, il fallait hélas le reconnaître, et il en était désolé et honteux, excitée, de voir cette femme penchée sur lui et le touchant, le voyant sans le regarder. Le bassin en feu, il essayait de penser à autre chose. Ses cheveux par exemple. Elle avait de beaux cheveux roux, qui renvoyaient la lumière de la lune et... raaaah, non, Grayle pense à autre chose ! Ses épaules ? Ses lèvres ? Ses doigts ? Sa peau ? Ses yeux ? Son esprit allait d'un sujet à l'autre, sans jamais parvenir à changer de sujet de fascination.

Il se pencha légèrement en arrière, comme pour l'éviter, visiblement... tendu, à l'idée de prolonger un contact physique entre eux, mais ne fit que rapprocher son bassin du ventre de la mage. Il se demandait comment les hommes faisaient pour ne pas sauter sur les femmes. Lui, dans cette situation, avait besoin de tout son self-control.

- Je ne suis pas un voleur. C'est à moi. Je ne suis pas marin...que je boive ou non ne change rien...

Il inspira.

- Et je ne dirais rien, même sous la torture ! Les paysans ont leurs techniques tu sais.
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MessageSujet: Re: Les rois du silence | Grayle   Mar 16 Oct 2018 - 23:36


Elle le lâcha en riant et laissa tomber sa main sur son genou, toute nécessité de distance envolée. Consciente du trouble du jeune homme mais le mettant sur le compte de la bouteille cachée, elle n'avait nulle raison de changer son comportement.

- Tu es un redoutable fripon, Grayle Gardair. "
Elle sourit en ramenant sa longue tresse par dessus son épaule. " J'imagine ça d'ici. Un homme du peuple qui utilise sa ruse pour combattre le crime et jouer les gentils-hommes. Si tu me donne quelques pistes, je pourrais peut-être inclure quelques unes de ces techniques dans une chanson de geste à propos d'un paysan suffisamment téméraire pour affronter la mort elle-même. "

Elle improvisa sur quelques notes guillerettes une strophe ou deux à propos d'Epervier, un paysan fort rusé, qui frappait les rupins et aidaient les vilains à la pointe de sa faux. Puis elle tendit le bras en l'air comme pour dire "Tadaaaa" et soupira.

- J'aurai du accepter de venir m'installer à Thaar. Je suis certaine que ma musique aurait rassembler des foules. "

Tout en rêvassant à cette possibilité, elle tendit la main pour quémander la bouteille... et se retrouva paume contre le torse de Grayle.

- Pardon ! " s'excusa-t-elle en reculant la main de quelques centimètres.

Il était décidément très musclé...
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