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 le Pouvoir des mots[Voronwë]

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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Ven 14 Aoû 2015 - 0:23

<< Chacun son tourLa réponse dont on craignait la question >>


Printemps - 8e ennéade de Barkios
8e année du XIe Cycle

Quelques minutes après son réveil si paisible, Halya était de nouveau debout, habillée d'un pantalon brun et d'une chemise crème, décoiffée, accompagné d'un loup géant revêche... et le cœur bien lourd. Elle ne s'était pas sentie aussi en forme depuis son retour de cette mission catastrophique, ses alchimistes préconisant surtout le repos et la guérison naturelle plutôt que l'intervention d'un mage. Mais avec les derniers événements, ils s'y étaient résolu, finissant définitivement de refermer les blessures que la Protectrice n'arrêtait pas de rouvrir pour diverses raisons. Elle portait une longue plume brune à la ceinture et son visage était plus calme qu'à l'accoutumer.

Pourtant, parcourant la minuscule distance qui séparait ses appartements de la chambre ou avait été emmenée le Gardien, ses paroles résonnaient encore en partie dans l'esprit de l'elfe.

« Vous ne comprenez pas! J'ai besoin de vous pour le vaincre! J'ai besoin de votre force pour m'aider! »

Sentant son hésitation au moment où elle s'arrêtait devant la porte entourée de deux gardes impassibles, Randil lui donna un coup de museau sur l'épaule avant de se frotter à elle, comme au début d'une chasse ardue. Elle lui sourit en lui flattant le cou. Elle savait qu'il avait été terrorisé par l'attaque de Voronwë. Être aveugle pendant quelques instants l'avait marqué. Mais plus encore, elle sentait qu'autre chose le tendait. Elle plongea un instant son regard dans les yeux profonds de l'animal. La Symphonie pleurait les actes qui avaient eut lieu et chantait la brève apparition d'une sœur qui avait su écouter sans comprendre tout à fait qu'elle n'y était pour rien. Mais autre chose en ressortait également. Une affection et une affectation non feinte pour une créature sur le point de se briser, comme seule peu la chanter Anaëh.

Les accords tournèrent un moment la tête de la Protectrice, si bien que ce fût le léger raclement de l'armure d'un garde qui la sortit de l'apparente discussion silencieuse qui s'était établie entre elle et le loup. Lequel garde fit bien attention de ne pas échanger un regard avec la protectrice. Elle inspira à fond.

« je sais comment le vaincre! … une prophétie »

Elle n'était pas sûre de se rappeler de la phrase exacte. Mais malgré tout ce qui avait été dit, tout ce qui avait été fait, Ëninril n'avait pas démenti ces paroles... et des dires de Killen, il s'en était allé sans un mot.

Elle poussa la porte.

Difficile de dire ce qui était le plus incongru : se retrouver dans une chambre tout ce qu'il y avait de plus banale avec ses boiseries et ses plantes d'ornement vivant ou le nombre de militaires au mètre carré ? Les dit militaires se mirent au garde-à-vous à l'entrée de la Protectrice. Elle-même chercha tout de suite le lit des yeux, certaine de ce qu'elle y trouverait. Sans un regard pour ses troupes, elle donna ses ordres d'une voix claire et posée qui ne souffrait aucun refus.

-Ne laissez personne entré à part Killen en personne. Est-ce clair ?


Le visage qu'elle arborait avait été façonné au fil des siècles de prises de décisions risquées. Un masque d'autorité qui ne laissait rien paraître de ses doutes et des choix auxquels elle était devait faire face. Qui, aujourd'hui, ne laissait pas présager de l'angoisse qui étouffaient Halya. Un masque qui l'avait servi sans faille jusque-là... mais qui était patiné d'un regard plus profond, d'une conscience précise des choses.

« je ne suis plus le même à présent! Nous devons nous unir ou je ne sais pas si je pourrai le dominer la prochaine fois! »


-Navrée de vous avoir fait attendre, Gardien.

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Dernière édition par Halyalindë Yasairava le Sam 10 Juin 2017 - 18:11, édité 2 fois
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Voronwë
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Sam 15 Aoû 2015 - 18:53

Les secondes passaient, interminables, dans cette chambre où la Symphonie était si imparfaite, si faible par rapport aux chants qu'elle offrait en dehors des murs... Tout était si sombre dans ce décors blanc et presque luxueux. Lui, le Gardien, attendait là, allongé sur un lit, attaché par des chaînes, prisonnier de son propre corps.

Ses chevilles, à peine suffisamment soignée pour ne pas s'infecter, peinaient à refermer les coups de dagues reçues aux tendons, l'empêchant de marcher pour le moment.

Perdu dans ses cauchemars, il n'entendit pas entrer la Protectrice, ni ses paroles briser le silence de la pièce. Les sons semblaient si lointains, si inaccessibles, comme le bruissement des feuilles des plus hauts arbres pour les animaux vivants au ras de la terre... Il avait tant pleuré sur ce lit, tant espéré entendre l'appel d'une quelconque créature, en vain.

Il lui fallut de longs instants pour constater la visiteuse. Avec difficulté, il tenta de lever la tête vers elle:


-"Ah, Protectrice, je ne vous attendais plus..."

Cet air froid ne lui allait pas, trop politicien. Les Noss étaient habituées à plus de spontanéité, moins d'âneries cachottières.

-"Je suppose que le druide n'est plus parmi-nous? Je m'y suis mal pris, je n'aurais pas dû vous impliquer là-dedans, vous n'y êtes pour rien."
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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Lun 24 Aoû 2015 - 0:39

Voronwë était étendu là. Elle n'aurait su décrire l'expression de son visage, ou seulement son état de fatigue. Même ainsi, il restait un part de cet homme qu'elle ne comprenait pas... Ou qu'elle ne voulais pas comprendre.

Comme absorbé dans son monde intérieur, comme il l'était parfois pour des raisons étranges, il ne réagit pas à la présence de la nouvelle venue. Randil grogna, le poil hérissé par la seul présence de son adversaire, mais cette fois il sentait que sa mère avait retrouver ses forces et serait sans appel, même envers lui. Un regard suffit aux deux êtres pour s'en assurer. Il ne bougerait pas.

Lorsque finalement, après un long moment et un nouvel appel de la protectrice, le prisonnier enchaîné tenta de se redresser pour la regarder, elle prit pleinement conscience de ce qui se jouait ici. Les erreurs qui avaient menées à cette situation étaient partagées. Mais c'était à elle de sauver maintenant l'Alliance des Noss et des Cités. Et elle ne pouvait être ni le chef implacable qui éliminait tout ennemis en temps de guerre, ni le lâche qui pardonne même à l'homme le plus dangereux... Quand a savoir quelle était la part de folie et la part de réalité qui rongeait l'esprit d'un homme, même les plus sages des prêtres ne s'y risquaient qu'avec précaution.


-Et pourtant je suis aujourd'hui la première concerné par cette querelle. Répondit-elle du tac au tac à la pseudo-excuse du guerrier.

Toute trace d'animosité avait déserté la voix ou le regard du Gardien lorsqu'il prit la parole. Le masque d'Halya ne bougea pas d'un poil alors qu'elle faisait le tour du lit pour permettre à l'elfe des Noss de la regarder sans avoir a se contorsionner.


-Vous m'avez attaqué au sein de ma propre Cité. Vous vous êtes introduit jusqu'à mon bureau. Vous avez fait couler le sang dans ce...

Le mot Palais refusait de franchir ses lèvres. Il paraissait tellement loin de la réalité après ce qu'elle venait de vivre. D'entendre. De sentir. Une sensation étrange la poussa à s'excuser intérieurement.


-Nous avons souillé le corps d'un être bien plus vieux que nous ne le serons jamais par un combat fratricide qui n'aurait jamais du avoir lieu. Vous en avez après la vie d'un druide, un Héraut d'Anaëh elle-même. Je ne sais pas s'il pourrait exister plus grand blasphème si ce n'est s'en prendre directement à un Ëalas.

Et un homme assez fou pour penser à cela était plus dangereux qu'un général ennemi.


-Vous comprendrez qu'en agissant ainsi vous avez prouvé que vous n'étiez pas digne de confiance en tant qu'homme, et que vous pouvez donc pas l'être en tant que guide des Noss, même si vous réussissiez à les réunir.

Sa voix n'était pas montée. Elle ne trahissait aucune forme d'agacement ou d'émotion de quelque sorte que ce soit.


-Pourtant il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas.

La fenêtre que les militaires avaient fermée et barrée par précaution crachait une lumière vive qui alourdissait l'atmosphère de la pièce. Pourtant l’absence du moindre frémissement d'air dans le matin encore jeune n'était qu'un moindre mal. Les pensées se bousculaient toujours aussi vite dans l'esprit de la protectrice.


-Les gardes n'ont trouvé aucun signe des vôtres en ces lieux. Le Seigneur Limier insiste même sur le fait que vous ne pouvez avoir agit que seul. Si vous n'avez emmener aucun de vos homme dans cette mission ridicule, c'est étonnamment sensé. Cela ressemble même à un acte noble commis pour une cause supérieur.
Personne ne vous a vu entrer dans le Palais, vous étiez armé, vous êtes entraîné et de nombreuses personnes ont été retrouvées inconscientes mais vous n'avez pas tenté de prendre une seule vie jusqu'à ce que vous vous retrouviez littéralement dos au mur à cause de nous.


Elle plongea plus vivement son regard dans celui du Gardien.

-Et a ce moment vous étiez si enragé que vous n'étiez plus vous-même.

Le chant mélancolique et compatissant du Chêne ne les quittaient pas. Il n'y avait pas de mot pour décrire le lien qui attachait la guerrière à Ëninril après le présent qu'il lui avait fait ni le respect qu'elle lui portait, mais elle avait besoin de comprendre. Il n'avait pas répondu à sa question. Il n'avait pas démenti les mots de Voronwë. Et même Fenris n'était pas parvenu à l’apaiser totalement.


-Je ne sais rien du différent qui vous oppose à Ëninril et j'ai peine a comprendre la logique de tout cela.

D'autres paroles, d'autres questions attendaient leur tour. Mais elle étaient bien plus risquées. Alors au lieu de chercher ses mots ou de risquer de faire vaciller sa composition, elle avisa un pichet d'eau et plusieurs verres à moitié vidés sur un guéridon proche de la fenêtre, à côté d'un rouleau de bandage.


-Pourquoi venir jusqu'ici au lieu de le traquer et de l'abattre. Et tout d'abord, pourquoi vous lancer sur ses traces alors que cela représente un tel sacrilège ?

Elle avait continué tout en vidant le font d'un verre dans un autre avant de le remplir d'eau clair. Si le Gardien saignait abondamment à son arrivé, les guérisseur avaient sûrement interdit qu'on lui donne a boire dans un premier temps pour limiter hémorragie. De retour près du prisonnier, elle lui proposa d'un geste.
Elle se sentait mal à l'aise à l'idée de s'approcher de lui mais la peur pour elle-même ne faisait plus parti des préoccupations de la Protectrice depuis bien longtemps déjà.

-Expliquez moi.



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Voronwë
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Lun 24 Aoû 2015 - 13:28

Cette femme avait quelque chose de fascinant. Certes, la posture impassible, froide et dangereusement politicienne était un classique de ces elfes des cités sans âme. Quelque chose avait changé en elle, comme un rajout à la personne qu”elle fût, vers un nouvel être hybride, plus en phase avec son environnement. Une pensée bien amusante quand on savait la difficultés des citadins à accepter la forêt dans son entièreté... Non, en réalité, personne n”embrassait totalement la véritable Anaëh, la totale Anaëh. Sauf lui.


-"Il y a tant de choses, Protectrice, tant de choses à dire, approchez. Et par pitié, laissez tomber cette neutralité ridicule, cacher ses émotions est preuve de lâcheté."


Quand au verre tendu, il l”attrapa et le vida d”un trait, la gorge sèche et les mains légèrement tremblantes. L”ingestion du liquide frais lui arracha un râle de satisfaction, l”eau était définitivement le moteur principal de la vie.


-"Je ne suis pas un assassin, je suis un chasseur. Je n”abats que les proies dangereuses. Ëninril en est une. Pour des raisons que vous ne pouvez pas imaginer."


Il déglutit, songeant que l”hydre devait en ce moment même observer la Dame Yasairava par ses yeux, se délectant de sa peur et de sa souffrance, estimant quel goût sa chair devait cacher...


-"Vous pensez connaître Anaëh? Vous pensez que les druides peuvent vous aider à la comprendre? Vous pensez que la Symphonie révèle tout? A ces deux premières questions je dirais «en partie», à la dernière ce sera un non définitif."


Il voulut se passer une main sur le visage mais ses chaînes l”en dissuadèrent, tant elle tirait sur ses plaies.


-"Que pensent les druides, que pense Ëninril de la forêt... Qu”elle nous aime, que nous sommes les enfants de Kÿria et que nous sommes donc sous sa protection. Qu”à la rigueur les animaux sont dangereux mais c”est normal, c”est le cycle de la vie. Et bien ils ont juste... Mais il existe une réalité qu”ils n”ont jamais vue, qu”ils feignent de ne pas voir ou qu”ils ne veulent pas voir."


La monstruosité logée dans son esprit se tenait étonnamment tranquille, même si ses grognements sourds résonnaient encore dans la tête de Voronwë, se mêlant à la Symphonie des Arbres, toujours craintive quand la Bête parlait.


-"Quand vous écrasez une colonie d”insectes sans vous en rendre compte, qu”un animal devient fou et se met à abattre tout un troupeau d”herbivore, quand une maladie lancée accidentellement par magie se développe sur un arbre à tel point qu”il infecte la végétation alentours... Est-ce le Cycle? Bien sûr que oui. Mais pour autant aucun druide ne vous dire qu”il s”agit là de quelque chose de «bon», de «bien», de «parfaitement naturel»."


Son expression se décomposa alors qu”il prenait lui-même réellement conscience de ce qu”il était en train de devenir. Depuis son arrivée au camp des troupes des Cités, près d”Eraïson, son duel contre le Baar”Ane, qu”il avait jusque là aisément dominé, avait pris une autre tournure. Il s”était découvert un ennemi plus puissant, plus rusé, pour intelligent, conscient de sa propre existence et de sa mission. Il n”avait plus été que la voix qui lui murmurait des menaces ou des insultes à ses échecs, il avait été le frère ennemi, celui que l”on tente d”abattre tout en sachant qu”à la seconde où notre lance transpercera son torse... Nous perdrons aussi ce qui fait de nous des elfes.


-"Cette facette d”Anaëh, de la Déesse, que nous prenons grand soin d”oublier: c”est la destruction. Anaëh n”est pas entièrement de notre côté, une part d”elle, non négligeable mais que nous ignorons, nous hait. Elle nous hait comme des parasites qui l”infestent au même titre que les humains, les nains et les drows!"


Il avait manqué de le crier, s”étonnant lui-même de la fougue qui l”emportait... Les sentiments étaient justes, mais il ne devait pas se laisser envahir, comme il ne devait pas les ignorer ou les feindre.



-"Des Eälas représentant cette haine existe, ils cherchent à tout détruire, à accomplir la volonté de Kÿria par la rage aveugle. Ce n”est pas parce que nous ne les connaissons pas qu”ils ne sont pas autour de nous, à observer nos faiblesses... Ëninril a... Essayé d”en énerver un, je dirais même de le libérer. Alors j”ai pensé que pour notre sécurité à tous... Il fallait qu”il disparaisse."



-Bien joué, Voronwë.
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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Lun 24 Aoû 2015 - 19:08

-J'ai encore du mal a saisir exactement ce qu'à fait Ëninril mais votre version se tient, excepter pour deux choses.

Après lui avoir donner a boire et reposer le verre, Halyalindë s'était de nouveau campée au chevet du prisonnier pour l'écouter sans l'interrompre jusqu'à ce qu'il s'arrête de lui-même. L'insulte du Noss n'avait eut aucun effet sur son expression ou sa posture. Laisser ses émotions prendre le pas sur sa raison dans une situation pareille était une pure folie, quoi que puisse en penser cet homme.

Tout en parlant, il fixait la protectrice d'un air étrange. Un instant elle faillit détourner le regard mais réussit à garder son assurance au prix d'un effort de concentration. L'espace d'une seconde elle avait sentit peser sur elle la même sorte de regard que celui des drows dans leur chasse.  Juste une seconde, elle avait été la proie.

Et plus il parlait, plus sa voix devenait empreinte d'assurance, de force... et d'agitation. Son discours reposait sur une vision d'Anaëh bien abstraite, mais une fois les bases acceptées, le reste était d'une simplicité enfantine. A un détail près : l'explication du geste d'Ëninril.

-si comme vous dites, les druides ne peuvent saisir toute la profondeur d'Anaëh, alors pourquoi aurait-il tenté de libérer un monstre ?


Un druide avait toutes les raisons de comprendre Anaëh mieux que quiconque, et mieux que n'importe quel chef de clan dévolu à la guerre. Même après l'avoir écouté, elle ne pouvait décemment pas donner le nom d'Ëala à un être hypothétique qui aurait pour unique but la destruction de toute chose.

Voire Anaëh et même la nature comme une entité suicidaire cherchant à amputer des bouts d'elle-même à la moindre occasion n'était d'ailleurs pas possible. Kÿria les avaient tous créés. Anaëh au même titre que les animaux ou les elfes. Elle se protégeait, se battait, se défendait lorsqu'elle était agressée mais ne se mutilait pas.

-Quant à mon autre problème, il s'agit de la pierre qui soutien tout votre raisonnement. La Nature tend vers l'équilibre, ce n'est qu'ainsi qu'elle est pérenne. Elle n'a jamais été de notre côté, sinon les murs des Cités n'auraient jamais été levés si haut pour se protéger des autres créations de Kÿria. Une trop grande croissance, une trop grande création est aussi néfaste qu'une trop grande destruction. Si les deux existent parfois en excès à cause de la Liberté, la Nature tend toujours à rétablir l’Équilibre.
Il en va de même pour nous. Nous ne mourrons que rarement, alors nos enfants sont peu nombreux. Notre corps est faible par rapport à d'autres prédateurs mais notre esprit nous a permis de nous protéger et de continuer à prospérer sans détruire ce qui nous entoure pour autant. Nous faisons partie d'elle, malgré notre libre-arbitre et elle ne tend pas à se détruire elle-même. Nous savons tous qu'il existe des monstres mais ce n'est pas une volonté globale de détruire. Alors décider de voir Anaëh comme une entité ampli de haine... Tout en affirmant que vous voulez la protéger et que c'est pour cela que vous chassez Ëninril...


Inutile d'aborder le problème de la Symphonie considérée par cet homme comme imparfaite. Elle n'était pas sûr de comprendre ce qu'était la symphonie mais elle était à présent certaine d'une chose, la Symphonie était belle et bien parfaite et entière.
Alors qu'elle restait là, impassible, elle sentait cette même rage dont Voronwë venait de parler planter ses griffes dans son estomac. Il avait déjà montré sa démence, son ignominie. Elle comprenait bien le sens des paroles du Gardien. Trop bien sans doute.

Si la Nature elle-même n'était pas destructrice, la soif de sang et de destruction existait en chaque bête et chaque elfe au même titre que l'envie de vivre et de donner la vie. Des pulsions individuelles. Il n'y avait pas un monde qui voulait les détruire, seulement des êtres qui se laissaient submerger par des pulsions bien trop fortes pour être contrôlées.

Du moins, c'est ce qu'elle avait toujours cru avant de rencontré Fenris... Alors qu'elle s'était toujours réfugié derrière sa propre nature pour expliquer l'excitation qui la prenait au coeur des combats, elle l'avait vu combattre et tuer sans haine, ni rage, ni plaisir, ni dégoût. Aujourd'hui encore, malgré le chemin qu'elle avait fait, une grande part d'elle aurait préférer en finir. Tuer était simple et, en un sens, bien plus apaisant que tout autre jugement. Elle dormirait comme un loir, elle le savait. Mais elle avait la certitude que ces pulsions pouvaient être contrôlées. Il n'y avait pas de monstre, seulement des personnes trop inconscientes pour faire face à ce qui se cachait en eux. Voronwë était dangereux. Elle y voyait ce qu'elle aurait pu devenir... Peut-être ce qu'elle deviendrait si les combats duraient encore et encore.

Elle restait là, concentrée. Elle parlait, elle observait sans relâche, attendant, sans oser l'espérer vraiment, qu'on lui offre une preuve irréfutable de la folie de Voronwë plutôt qu'un affrontement ésotérique qui finirait immanquablement dans une impasse.

-Vous êtes difficile à cerner, Gardien. Vous taxez de fou serait surement la chose la plus sensée à faire. Vous parlez en homme de devoir, certain de la justification et de la nécessité de ses actions. Vous agissez comme si vous vouliez protéger notre peuple de cette haine destructrice dont vous parlez. Mais vous êtes aussi habité par cette soif de sang. Vous réclamer la mort et vous êtes même allé jusqu'à menacer les cités.

Une fois de plus, elle s'arrêta avant de poser la question qui lui nouait l'estomac. Elle n'avait pas encore eu les réponses dont elle avait besoin. Il restait dans sa mémoire embrumée, des bribes des paroles que Voro avait prononcées pendant son attaque. Elle se souvenait parfaitement du changement radicale qui s'était opéré. Il avait pris le dessus en un battement de cil. Une entité de haine et de rage. Le même homme qui avait supplié, crié, et qui lui parlait si simplement à présent.

-Pour l'instant le danger le plus lourd qui pèse nous à part les drows, le seul que j'ai vu risquer de mettre un terme aux espoirs de Paix d'Anaëh, c'est vous.

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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Mar 25 Aoû 2015 - 17:10

Encore une personne qui refusait de voir la vérité en face, qui préférait se cacher derrière les solutions de facilité pour échapper à la réalité cruelle. Oui, ces gens le prenaient pour un fou, comment aurait-il pu en être autrement? L'acceptation de son point de vue aurait demandé chez eux une remise en question totale avec une mise à plat de leur savoir et des doutes sur eux-mêmes. Pourtant il fallait que le Gardien continue d'expliquer, qu'il puisse prévenir le monde de ce qui se préparait. Elle pensait que les druides captaient l'ensemble d'Anaëh? Elle avait tort.

-"Non, vous vous méprenez sur mes propos... Anaëh est Anaëh, la création de Kÿria, un grand ensemble de tout ce qui est bon sur cette terre, de tout ce que ce monde a connu d'espèces animales et végétales. Mais pourtant vous le savez aussi bien que moi Protectrice, Anaëh est vivante. Elle est habitée par des esprits animaux, des esprits végétaux, d'Eälas... Nous autre, des Noss, savons qu'ils peuvent être bénéfiques, notamment quand nous leur apportons des offrandes et des prières."

Il tenta de rapprocher son visage d'elle, baissant le volume de sa voix et changeant le ton, comme pour entrer dans une confidence.

-"Mais... Si d'après-vous la forêt recherche l'équilibre, alors pourquoi n'y aurait-il pas des Eälas maléfiques, dans le sens où ils nous considéreraient comme des menaces brutales pour les bois, comme des animaux salissant Anaëh?"

Quelques gloussement échappèrent de sa gorge alors que son visage restait figé dans une expression de colère et de peur, issue des pensées dérangeantes que son hôte faisait naître en lui et des visions d'horreurs auxquelles il avait insisté.

-"Vous aimeriez que je sois un fou, tout serait si facile à partir de là. Vous me mettriez dans une cage, vous feriez taire ma Noss et tout serait terminé. Pas de sang, pas de cadavre, plus de Voronwë. C'est ce que n'importe quel être sensé ferait, n'est-ce pas?"

Il ferma les yeux et se laissa retomber en arrière, tête contre l'oreiller, regardant le plafond d'un air absent.

-"Mais la Chose qui me parle n'a rien de sensée. Elle n'est qu'une pure incarnation de la destruction, de la haine, de la fureur, de la vengeance. Elle ne cherche pas à nous comprendre, à nous aimer, elle fait ce pour quoi la Déesse l'a créée: elle anéanti sous ses mâchoires et ses pattes."

Une larme perla sur son visage quand l'image de la créature dans toute sa nihiliste splendeur lui revint en mémoire. Un tel spectacle de frénésie, une telle grandeur dans le massacre, une telle constance dans la phobie de l'amour... Le monstre était un magnifique cauchemar, envoyé tourmenter les vivants par une déesse qui se trouvait trop généreuse.

-"Les druides ont trop peur pour regarder cette horreur en face. Je ne le leur reproche pas, personne n'en a le courage, pour que nous le fassions il faut que cela nous soit imposé de force. Ce fût mon cas. Ëninril a juste été témoin d'une partie infime du Mal qui dort dans la forêt. Il a paniqué et commis un crime impardonnable, menaçant de libérer la plus horrible création de Kÿria sur nous. Une monstruosité qui se serait dépêchée de nous détruire sitôt délivrée..."

D'un revers de la main il sécha le petit filet d'eau qui coulait sous son œil, laissant une petite marque claire sur sa peau.

-"C'est que le Baar'Ane a toujours été mauvais perdant. Mais regardez-moi, je n'ai jamais été qu'un perdant tout court..."
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Mar 25 Aoû 2015 - 23:11

-"Vous aimeriez que je sois un fou, tout serait si facile à partir de là. Vous me mettriez dans une cage, vous feriez taire ma Noss et tout serait terminé. Pas de sang, pas de cadavre, plus de Voronwë. C'est ce que n'importe quel être sensé ferait, n'est-ce pas?"

-Oui, murmura-t-elle entre ses dents.

Elle n'attendait que cela. Une preuve. Mais les seules choses sur lesquelles elle aurait put s'appuyer étaient perdues dans les souvenirs brumeux d'un combat qu'elle avait elle-même déclenché. Pour l'instant, à part une vision bien différente de l'Anaëh, il n'y avait rien de fou dans ses paroles. Halya ne pouvait qu'en convenir : Anaëh avait sa propre volonté, formée de la multitude de celles des êtres qui la composait. Mais a l'entendre prospérer et vivre à travers la Symphonie, il était impensable de l'imaginer s’autodétruire. La destruction ne survenait jamais de façon totale et absolue.

Mais la Vérité était complexe. Sous des mots différents au premier abord, leurs idées se rejoignaient peut-être. Et si ce n'était pas le cas, cela n'avait que peut d'importance pour l'heure. Mener un combat de dogme sur des détails de leur conception du monde n'était pas vraiment à l'ordre du jour. Halya n'avait ni l'envie ni la patience nécessaire. Si cela pouvait l'aider à comprendre les actes du Noss, elle était prête à admettre pour un temps que les Ëalas purement destructeurs existaient et qu'une part de leur Soeur voulait les voir mort. Elle aurait été prête à admettre que Néera avait créé le monde le temps d'une conversation pour comprendre et savoir comment gérer simplement cette histoire. Heureusement, même sans ce parjure, elle ne niait pas que semer la mort était dans la nature des créations de Kÿria. Et dans certaines plus que d'autres.

Dans ce cas, seule manquait la raison réelle de l'acte d'Ëninril. Mais si le Gardien l'avait vécu comme une agression, que ce soit réel ou non, il avait agit de la manière la plus sensé possible en donnant la chasse à celui qui risquait de condamner son peuple... Mais elle n'avait toujours aucune preuve de l’existence d'une telle menace, et sans elle, il s'était jeté sur les traces d'un druide par pur superstition.

Du moins elle n'avait aucune preuve jusque là. Mais le visage du Gardien s'était brusquement changé en un masque étrange oscillant entre terreur et rage alors qu'il retombait sur son oreiller. Sa voix était toujours claire mais il semblait absorber par autre chose. Il ne s'était pas vraiment arrêté de parler.

Et il parlait d'une Chose.

Halya frémit. C'était la Chose dont Ëninril lui avait rapidement parlé dans sa missive. La Chose qui hantait l'esprit de Voronwë. Que le druide avait mis en colère ? Qui avait pris le dessus lors de leur combat ? Qui rôdait telle un prédateur attendant son heure ? Qui n'existait que dans l'esprit dément d'un Chef de guerre bercé par les traditions occultes de sa Noss ?

Si le raisonnement de l'elfe paraissait sensé. S'il pouvait expliquer ses actions, la clef de toute ce qui s'était produit ne pouvait être que cette Chose.

la poitrine d'Halya se serra peu à peu devant le poids que semblait porter Voronwë. Un nouveau frisson partit de la base de sa nuque pour se propager, tout le long de son dos alors qu'elle touchait du doigts ce que se cachait derrière le nom que lui avait donné Ëninril. Le Chef de la Noss Baar'Ane, le Gardien versait une larme. De peur ? De tristesse ? Ou plutôt de désespoir...? Il semblait à la fois absent et touché jusqu'aux tréfonds de l'âme par ses propres paroles. Son état approchait de la transe.
A cet instant, la Protectrice fut pleinement convaincu de sa franchise. Il ne la regardait plus mais elle avait encore la sensation de son regard qui lui retournait l'estomac. Il pensait chaque mot qu'il prononçait comme si ce qu'il expliquait se déroulait clairement sous ses yeux.

La voix calme et vibrante de l'elfe des Noss emplissait la pièce de la présence de cette Chose qu'il décrivait. La créature à laquelle il disait avoir été enchaîné de force flottait autour d'eux. Elle étendait ses têtes le long des ombres projetées par les tentures, aiguisant ses griffes et ses crocs sur les éclats de lumière réfractée par les verreries. Elle braquait tous ses yeux sur ceux qui évoquaient son nom, sifflant par-dessus leur épaule, au creux de leur oreille, si proche mais hors vue.

Et rien dans ce qui rodait ne pouvait être la création de Kÿria. la Protectrice s'y refusait. C'était impossible. C'était un monstre obscure et menteur qui empruntait les traits des créations de Kÿria pour mieux tromper les esprits et faire douter ses enfants de sa bienveillance. Un Monstre d'un autre dieu, d'un autre temps, qui, lui, pourrait détruire sans s'arrêter. Détruire jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien. Jusqu'à ce que les dernières notes de la Symphonie se soient éteintes...

Halya tenta de chasser les vieilles légendes du revers de la main avant de se faire dévorer. Tout cela était inquiétant... ou plutôt terrifiant... Si cette chose existait bel et bien. Elle ne devait pas se laisser tromper par la conviction d'un seul homme. Un fou, même écouté et respecté, reste un fou. La guerre, le sang, les histoires forgeaient et brisaient l'esprit comme une brindille. Et comprendre ses motivations sans avoir aucune preuve de leur réalité ne l'aidait pas a savoir quoi faire de lui... ni que penser des paroles dont elle se souvenait.

-"C'est que le Baar'Ane a toujours été mauvais perdant. Mais regardez-moi, je n'ai jamais été qu'un perdant tout court..."

-C'est faux et vous le savez parfaitement. Sinon, d'après ce que vous avez décrit, ce dont vous êtes le Gardien se serait répandu depuis longtemps.

Elle-même n'aurait pas put dire si elle se moquait de lui ou si elle était mortellement sérieuse.

-Merci.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'un homme venu jusqu'ici dans l'intention de tuer réponde aussi pleinement de ses actes. Elle se força difficilement à ne pas se détourner et garder les yeux sur lui.  

-Accepteriez-vous de m'expliquer une chose encore ?

Elle devrait se rendre à l'évidence, aucune preuve irréfutable ne pourrait lui être donné concernant cette affaire. Ni dans un sens, ni dans l'autre. Alors il lui restait une chose a faire avant de tenter le tout pour le tout.

-Vous avez parlé d'une prophétie... Mais je n'ai presque aucun souvenir de notre échange, simplifia-t-elle au lieu d'essayer d'expliquer avec exactitude ce dont elle se souvenait.

Sa voix se voulait assurée mais les images décousue de la scène revenaient en boucle dans son esprit... Tout comme le regard d'Ëninril qui refusait de croiser le sien lorsqu'elle lui avait demandé de démentir les paroles du Noss. Heureusement, son masque ne se fissurait pas facilement.


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Voronwë
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Jeu 27 Aoû 2015 - 11:54

La prophétie l'avait davantage touchée qu'il ne l'avait prévu, à vrai dire sur le moment elle n'avait été qu'un échappatoire, une tentative désespérée d'obtenir sa confiance. Mais la donne avait tellement changé à présent, l'Hydre ne lui répondait plus, ses idées se dispersaient dans son crâne douloureux. Il avait parlé d'un homme au poil noir et d'une jeune fille rousse, il en était certain, mais pour quoi faire déjà...? Ah oui! Pour anéantir le monstre!

-"Non, ma Dame. J'ai totalement échoué, échoué à protéger le secret, échoué à l'empêcher de se propager... La prophétie est une vieille légende orale transmise de chef de clan en chef de clan, qui dit qu'un homme au poil noir et une femme aux cheveux flamboyant s'uniront pour détruire le monstre... Mais "unir" dans ce cas est très délicat, car il peut s'agir d'une alliance militaire comme d'une union charnelle, ainsi ce serait leur enfant qui anéantirait cette chose..."

Une histoire racontée aux membres de la Noss pour les rassurer et leur permettre de croire qu'un jour l'attente interminable aboutira enfin. Voronwë, quant à lui, se doutait bien de la futilité d'un tel mythe, le Baar'Ane était bien trop grand et puissant pour être battu, que ça soit par un elfe commun, une armée, un héros, un Ëala, un dieu...

-"Il est plus qu'une bête, plus qu'un animal, c'est là que réside toute sa puissance. Vous connaissez les histoires d'avant la Séparation? Il y a cinq cycles, nos frères combattaient les hydres, ces incarnations de la destruction. Les unes après les autres, elles tombèrent sous leurs lances, leurs sortilèges, ou sous les coups des Ëalas qui s'étaient joint à leur cause. Tous, sauf le Baar'Ane."

Il ébouriffa ses cheveux humides de sueur. Il s'était longtemps interrogé sur la raison de la présence des Ëalas aux côtés des elfes lors de la bataille finale. Après tous, ces esprits représentaient la volonté d'Anaëh, alors pourquoi n'étaient-ils pas tous là ou pourquoi y en avait-il? La réponse lui était venu lors d'une vision donnée en rêve par la Chose...

-"Comme moi, vous devez penser: mais pourquoi l'hydre représenterait-elle une partie de la volonté d'Anaëh si les Ëalas la combattent? Ce serait idiot, le forêt combattrait sa propre volonté? Hé bien je..."

Dix sinistres voix naquirent dans son esprit.

-"J'ai repris assez de forces pour faire quelque chose de particulier, touche-la, Voronwë."

Sans réfléchir, le Gardien lança sa jambe valide vers la main de la Protectrice. La douleur que lui tira sa cheville fût terrible, mais un contact peau contre peau se fit... Et le monde changea.

Spoiler:
 

Tout n'était que son, bruit et douleur. Au milieu de la forêt, perdu dans l'immensité de l'océan végétal, des centaines, non, des milliers d'elfes assaillaient une créature si grande qu'elle aurait dérangé plus d'un arbre géant. Bien lui des proportions et des faiblesses de ses consœurs, l'hydre s'adonnait de ses neuf têtes, de ses pattes géantes et de sa queue bardée de pointes à un massacre désorganisé.

Les lances ne se plantaient pas dans son cuir épais et ses écailles dont la résistance faisait pâlir de honte le fer; les sorts ricochaient contre son corps titanesque sans lui faire de dégâts significatifs et plus d'un se retrouva écrasé pour avoir voulu viser un endroit vital. Des Ëalas étaient présents, tous des elfes dont les capacités et la dévotion à la mère avait apportée ce statut de semi-divinité. On put en voir un trancher d'un large revers d'une lame gigantesque une des têtes du Baar'Ane... Deux surgirent immédiatement de la plaie et le pauvre héros fût englouti par de larges mâchoires à l'instant même où ses pieds touchèrent le sol...
Les chansons de l'époque vantaient sans doute la bravoure de ce carré d'elfes sylvains, montant tous des cerfs, qui chargèrent la bête, tenta percer à la pointe de leur lance une brèche dans l'armure du monstre. Hélas, une gigantesque queue reptilienne les faucha tous, envoya voler leurs carcasses désarticulées, alors que l'hydre se retournait violemment.


Quand enfin les elfes furent assez nombreux, que la créature semblait débordée par la masse grouillante autour d'elle, les druides, les mages et les officiers respirèrent: par la Grâce de Kÿria, tout serait bientôt fini. Mais leurs victoires précédentes, bien plus faciles, leur firent oublier que les hydres possédaient aussi le pouvoir de manipuler la terre à leur guise.
Le Baar'Ane leva lentement une patte, ses yeux et ses mâchoires se fermèrent alors qu'il faisait le vide de la douleur que ces petites choses lui infligeaient. Alors, dans un hurlement de haine, il abattit son corps en un point...


Il était là, toujours, seul, triomphant, invulnérable comme un roi parmi ses sujets à genoux, au milieu d'un cratère de taille respectable où la végétation et les elfes avaient été balayés. Ëalas, elfes, animaux, hommes comme femmes gisaient, morts, brisés ou juste assommés, au milieu d'un champs de ruine.
Hors d'atteinte, hors de vue, alors que les troupes de réserve se lamentaient, les druides elfes accompagnés de demi-dieux puissants terminaient un rituel dont la puissance traverserait les âges. Quand le maître de cérémonie prononça les derniers mots, un éclair fendit le ciel et frappa l'hydre de plein fouet. Elle resta immobile, sonnée... Trop longtemps. Son corps commença à se changer en pierre et elle eut beau tenter d'avancer pour sortir du trou qui allait être son tombeau, rien n'arrêta l'inexorable malédiction.
Bientôt, son corps ne fût plus que roc et immobilisme. Elle attendrait, seule, pour l'éternité... Du moins les elfes le croyaient-ils, car aucun n'avait vu une légère fissure, un défaut dans la cuirasse... Puis le temps passa, à une vitesse folle, cinq cycles passèrent en quelques secondes, des générations d'elfes vécurent et moururent, le cratère s'obstrua en grande partie, la vie y revint, le corps de la bête s'enfonça en partie sous terre...


Et pourtant on l'entendait toujours, venant du fond de sa poitrine comme du fond des âges, les battements de son horrible cœur. Et tout autour, la Symphonie, terrifiée, laissait percevoir à qui l'entendait suffisamment bien que les végétaux comme les animaux s'inclinaient tour à tour devant le Premier d'entre eux, le Grand Dévoreur.


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-"Une vision du passé, ou du moins du passé dont Il se souvient... Vous comprenez, maintenant?"
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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Sam 29 Aoû 2015 - 3:28

Ainsi raconté, la Prophétie qui obscurcissait les pensées de la jeune femme ressemblait plutôt à un vieux conte. Mais là encore, qui aurait put faire la différence entre une légende et la vérité après plusieurs Cycles d'oubli ? Plus elle parlait avec Voronwë, plus elle sentait poindre le mal de tête. Chaque bribe de cette histoire était si flou qu'elle apportait plus de question que de réponse.

-"Comme moi, vous devez penser: mais pourquoi l'hydre représenterait-elle une partie de la volonté d'Anaëh si les Ëalas la combattent? Ce serait idiot, la forêt combattrait sa propre volonté? Hé bien je..."


Un instant elle espéra qu'il allait s'enfermer dans ses propres pensées, prouver qu'une part de son raisonnement était faux ! Même la preuve qu'il s'apprêtait à lui donner aurait été préférable à une absence de certitude.

Mais c'était trop en demander.

D'une torsion soudaine, le Gardien réussit à récupérer assez de mou sur ses chaînes pour envoyer un coup de pied. Halya para par réflexe. Randil était près d'elle en un bond... et s'aplatit sur le sol en un glapissement de surprise effrayée.

Halya fit littéralement un bon en arrière et plaqua les mains sur ses oreilles... un geste ô combien vain. Le Chêne s'était mis à hurler. Ardamir hurlait. La Symphonie hurlait. Comme un tonnerre silencieux, la peur d'une chose sans âge se mêlait à une rage indescriptible qui glaçait ses os et enflammait son sang. La nature criait sa haine envers un néant qui jubilait à l'idée de se répandre. Puis la bravoure, le combat, la volonté qui jouaient en contrepoint de la haine et de la peur plus puissantes que tout. Une puissance écrasante. L'immobilité d'une seule note. Le silence.

Un instant.

Cela n'avait été qu'un bref hurlement.

Halya laissa retomber sa main droite et recommença a respirer. Elle ne s'était pas rendu compte qu'elle avait dégainé sa dague de la gauche. Elle n'était même pas sûre que le cri de la Symphonie ait été si perçant que ça. Les mélodies habituelles renaissaient déjà parmi les plus insouciants. Mais un malaise, un accord dissonant, persistait. Une haine primale née d'un mélange de rage, de dégoût et de peur.

Les yeux verts de la protectrice se posèrent de nouveau sur Voronwë. La voix de l'homme était posée malgré la douleur qui figeait ses traits. Si elle comprenait ? Elle ne savait pas ce qu'il entendait par vision. Mais ce qu'elle avait entendu...

Cette chose était honnie par Anaëh elle-même.

-Je comprends que cette chose existe et qu'elle est... néfaste.

Et... Pourtant... Elle venait d'influer sur la Symphonie...

La guerrière s'approcha jusqu'à sentir le bord du lit contre ses jambes. La pointe de sa dague se posa sur la poitrine du Gardien. Un Rayon de soleil jouait sur le fil de mauvais acier. Elle tenait la garde rapiécée à deux mains. Elle toucherait le cœur. Il ne s'en remettrait pas. Son regard aiguë n'avait pas lâché celui du Noss. Une voix en elle refusait l'idée d'en finir si vite avec un tel adversaire. Une autre se demandait pourquoi le couteau n'était pas déjà dans sa chair jusqu'à la garde.

La Chose était bien réelle. L'invention d'un dieu malade pour détruire tout ce que les Cinq avaient créé. Et Voronwë en était, plus qu'un gardien, un messager. Où qu'elle se trouve, elle avait put l'atteindre, ne sert-ce qu'une seconde, car, lui, il était là.

-Si vous partez d'ici en vie, vous et votre Noss continuerez à tuer en son nom et à lui offrir des autels baigné du sang des nôtres, n'est-ce pas ? Vous traquerez Ëninril car il a ruiné l'une de vos offrandes.

Le geste qu'elle venait de faire n'avait rien d’irréfléchi. Elle avait besoin de se représenter les choses, de voir concrètement la portée de sa décision. Elle voyait la porté de ce qu'Ëninril avait évoqué dans sa lettre. Sous la pointe de sa lame, Halya tenait en respect, si ce n'était le monstre lui-même, l'être qui en était le plus proche, une Noss entière... et son propre espoir de Paix.

-Si je vous demandais d'abandonner cette chasse et de vous concentrer sur les sombres jusqu'à ce que le dernier de ceux qui ont osé profaner Anaëh soit tombé sous vos coups, y-aurait-il une chance que vous acceptiez ?

Sa voix était neutre, presque froide, mais sans aucune teinte d’animosité ou de mépris.

-Une fois que cette guerre sera fini, nous trouverons un moyen de vous libérer d'elle... quel que soit le moyen.

Elle était sérieuse. Étrangement, le sentiment le plus fort qu'elle éprouvait maintenant que le chant terrifiant s'était tût, c'était la pitié.

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Ëninríl Il'Dolwen
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Sam 29 Aoû 2015 - 12:05

"Et si la folie n'était qu'une révolte contre ce qui offense Anaëh ?"
Tinrael Véneanár, druide de la Noss Wen'Döril.

Ëninríl se réveilla sur un canapé en proie à un terrible mal de crâne. Il se releva sur les avants-bras pour découvrir une petite pièce chaleureuse, pourvue d'un balcon donnant sur la Cité. Il en déduit qu'on l'avait transporté après... après quoi ? Ses souvenirs lui revinrent douloureusement : le rituel, Halyalindë et lui tombant inconscient après avoir reçu le Présent du druide... Il sourit à ce souvenir. Ils n'étaient pas passés loin d'une catastrophe, si le druide n'avait pas reprit son emprise sur son sort. Les deux elfes seraient sans doute morts, submergés par le flux magique. Mais tout cela avait été évité. Son sourire redoubla en pensant aux doutes qu'avaient émis Arava avant de débuter le rituel, ces mêmes doutes qu'Ëninríl avait balayé de son esprit. Quand il reverrai Halya, il lui expliquerai tout. Mais pour le moment, il avait d'autres projets que ceux de lui parler. Le druide se leva en combattant ses maux de têtes qui faisaient rage. Il se mit debout et eut un petit vertige et retomba lourdement sur la canapé. LA pièce tangua et l'Ornedhel retomba dans l'inconscience.

Quand il se reveilla, le soleil était un peu plus haut dans le ciel. Cette fois, Ëninríl se leva sans trop de difficulté et parvint au balcon après quelques pas. La Cité grouillait d'elfes, totalement ou presque de ce qui s'était passé dans le Palais. Mais bientôt – si ce n'était pas déjà le cas – les rumeurs étendraient leurs pattes vicieuses et tout le monde saura que la Protectrice avait été attaquée dans son palais, par un Sylvain. Le héraut d'Anaëh voulu se métamorphoser ici-même pour prendre le ciel au plus vite et se libérer de ces maux de têtes encore présents, mais il conclut en voyant cette masse grouillante d'elfes que c'était une mauvaise idée. Il se dirigea vers la porte en face de lui et l'ouvrit à la volée. Il découvrit le dédale qu'il avait parcouru à deux reprise et parvint tant bien que mal – il n'était pas à l'aise dans ces corridors peu naturels – à trouver la sortie. Il prit une longue inspiration et emplit ses poumons de l'air pur d'Anaëh. Il se mit en marche, supportant les regards parfois admiratifs, souvent haineux des habitants et sortit de la Cité.

Le druide s'enfonça de quelques mètres dans la Sylve, ouvrant son esprit à la Symphonie qui était maintenant le doux chant agréable de la Forêt. Mais cet instant de répis fut soudainement brisé par quelquechose. Le druide tomba par terre, les mains sur sa tête. Un cri horrible avait empli son esprit, s'était insinué dans les moindres recoins de son esprit. La Symphonie se transforma pendant un instant en un pêle-mêle de craquements terribles et de cris stridents. L'Ornedhel avait le corps secoué de spasmes et son esprit était embrumé par la manifestation de l'hydre. Dans un éclair de lucidité cependant, Ëninríl comprit : "Le Baar'Ane.". Et pour la troisième fois cette journée, il sombra dans les lymbes de l'inconscience.

Son reveil fut plus que douloureux. Autour de lui la Symphonie hurlait et Son cri résonnait dans l'esprit du Sylvain. Il peina à se relever. Il se concentra pour se transformer, et, contre toute attente, sa métamorphose réussit. L'aigle géant s'envola, et plus il s'éloignait plus les cris cessaient, devenant bientôt juste un faible échos puis disparaissant totalement. Une seule pensée occupait l'esprit du druide : Pourquoi n'était-il pas devenu fou ? La réponse jaillit presque aussi vite : Kÿria m'en a protégé.

HRP:
 

_________________


Merci à Maé pour la signature et à Halya pour le magnifique chibi ! <3

Lómion Ineinior - Khernal Kre'Nael - Irys d'Arosque


Dernière édition par Ëninríl Il'Dolwen le Lun 31 Aoû 2015 - 8:41, édité 1 fois
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Fenris Nöldorion
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Dim 30 Aoû 2015 - 21:16

C'était à contre-cœur que Fenris avait quitté Halie. Il avait eu connaissance de ce qu'il s'était passé dans la matinée et avait bien tenté de la dissuader de retourner voir le chef Noss, surtout seule. Mais la Protectrice possédai son caractère et l'avait gentiment rembarré, refusant même la présence de son ami encore sensiblement fragile. Après l'avoir vue quitter sa chambre, impuissant, le cavalier regagna la sienne d'un pas plus vigoureux qu e ce qu'on lui connait depuis son arrivée. Ses plaies venaient d'être refermées par magie, rendant son corps moins douloureux et son repos plus efficace. Toutefois, les émotions de la matinée lui pesaient sur le crâne et il ressentait déjà le besoin de s'étendre.

Seul, allongé sur son lit, Fenris ne parvenait pas à trouver le sommeil malgré la fatigue qui le tenaillait. Plusieurs idées parcourraient son esprit et le tenaient en éveil. Il ne pouvait plus nier ses sentiments pour la Protectrice. En apprenant sa mésaventure avec le Baar'Ane, il avait ressenti bien plus de peur qu'il ne l'aurait pensé, preuve de son attachement déjà prononcé. De plus, en ces temps troublés, la mort et la douleur se trouvaient partout, et même ici, au cœur d'Ardamir. Il se sentait donc pressé par le temps et l'absence de réaction franche de son amie à ses suggestions ne faisait que renforcer ce sentiment.
Comprenant qu'il ne parviendrait pas à se reposer, le cavalier finit par se redresser pour s'asseoir sur le bord de son lit. La réponse à son problème lui apparut évidente : il devait se montrer plus direct. Il avait le sentiment qu'Halyalindë se dérobait devant la question et le fait de rendre la chose plus claire serait un bon moyen pour lui d'obtenir une réponse de la même qualité. Mais il lui fallait réfléchir à sa stratégie d'approche car la réaction de son amie avait sans doute ses raisons profondes. Exposer ouvertement ses intentions à son égard pouvaient avoir des conséquences opposées à celles recherchées...

Se levant, Fenris prit la direction du balcon, décidé à observer la forêt au son de la Symphonie pour réfléchir à la question. Mais alors qu'il marchait, l'air pensif, il fût brutalement rappelé à la réalité.
Saisissant sa tête et se pliant en deux, il n'eut pas le temps d'essayer de lutter contre ce qui le submergeait déjà. Les cris, la peur, la rage et la douleur... Tout cela était apparu si subitement qu'il lui arracha un hurlement. Son esprit déjà fatigué ne pouvait hélas rien faire contre cet assaut qui était pour lui plus un flot d'émotions que la réminiscence d'un souvenir ancestral. Car ce n'était pas avec ses oreilles et son esprit qu'il interprétait les chants des arbres mais avec son cœur. Cela en faisait sa qualité mais aussi sa faiblesse : ce qui choquait la forêt le choquait tout autant.
Devant ce ras de marée, son corps céda, membre par membre. D'abord ses jambes, le mettant à genoux, puis son dos, le forçant à se pencher en avant, puis se bras, l'amenant à s'écrouler sur le sol. Et alors qu'il gisait à terre, tout s'arrêta aussi soudainement que cela avait commencé. Fenris reprit une bouffée d'air, soulagé. Il cligna lentement des yeux tandis qu'il percevait encore dans la Symphonie quelques échos de ce qu'il venait de se produire. Alors que son esprit rendu à demi inconscient par le traumatisme sombrait dans l'ombre, il vit entrer deux silhouettes par l'entrebâillement lumineux de la porte de sa chambre. L'une se précipitait vers lui tandis que la seconde repartait quelques pas en arrière pour appeler de l'aide. Ces mots furent d'ailleurs les derniers que le cavalier perçut. Son regard vide se porta sur la femme affolée penchée sur lui mais il était sourd à ses paroles. Lorsque l'homme qui l'accompagnait la rejoignit, le jeune Nöldorion était déjà dans le royaume des ombres.

Quelques minutes plus tard, Fenris tourna la tête pour fuir une odeur très forte qui lui attaquait les narines. Ouvrant les yeux, il vit qu'il était sur son lit. A ses pieds se trouvaient la servante et le dignitaire qui l'avaient découvert, probablement attirés par son cri. Assis à côté de lui, Herardilel refermait un flacon pour le ranger dans sa mallette d'apothicaire. Les trois elfes restèrent à son chevet pour essayer de comprendre ce qu'il s'était passé mais bien vite le soigneur recommanda de laisser le cavalier se reposer, demandant à la servante si elle voulait bien rester près de lui au cas où.
Herardilel n'était pas encore sortit que Fenris sombrait déjà dans le sommeil qu'il n'avait pas réussi à trouver un peu plus tôt.
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Voronwë
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Mer 2 Sep 2015 - 17:02

Cela avait semblé durer des heures, le temps d'un combat, ou plutôt d'une longue agonie suivant l'affrontement. A ce moment précis où vous voyez la pointe meurtrière d'une lame traverser votre corps, sans que vous ne puissiez rien y faire. Alors vous tombez... Tombez et vous écraser au sol, conscient que votre dernier instant est arrivé. Pourtant il tarde, reste au loin, inaccessible comme le soleil au midi et pourtant plus proche que le sol sur lequel vous êtes couché, geignant d'horreur et de douleur.

Voronwë en était au même point, avec cette impression de destruction programmée et inévitable mais pourtant tellement longue et douloureuse... Jamais il n'aurait pensé le Baar'Ane capable d'une telle chose, pendant une seconde il avait littéralement fait plier la forêt alentours ainsi que la Cité, l'émotion avait dû être considérable et que les dégâts importants... Et puis c'était si difficile à croire, qu'un animal seul puisse faire s'agenouiller de peur les plus grands arbres, les plus grands animaux, les elfes eux-mêmes...
L'analogie première n'était d'ailleurs pas tout à fait usurpé alors que l'elfette pointait sur son cœur un poignard peu affûté mais suffisant pour traverser aisément la chair et les organes... Elle lui proposait l'absolution, de combattre les drows et de le libérer de l'influence de l'hydre ensuite? Elle était sotte. Sotte mais utile.


-"Oui, il veut que je consume les drows, il les hait aussi, comme il nous hait tous. Je pense que je peux canaliser sa colère vers eux... Quant à me libérer..."

Il s'arrêta pour reprendre son souffle, réfléchissant à ses prochains mots. La suite allait être délicate. Comment expliquer qu'il n'y croyait pas une seconde sans pour autant vexer son interlocutrice?

-"... Vous ferez de votre mieux, j'en suis sûr. Et je tiens à vous présenter mon plus sincère pardon, je ne me doutais pas de ce qui allait se passer..."

-"Et tu n'as encore rien vu. Bientôt, Ëalas majeurs, mineurs, esprits, elfes, dieux. Tous trembleront devant moi. Mais je crois qu'il vaut mieux que tu évites de le dire non, Voronwë le Fou?"
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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Jeu 3 Sep 2015 - 23:09

Visiblement, cet homme n'avait pas bien compris ce qu'impliquait sa proposition. C'était sa faute après tout, elle aurait put être plus précise. Mais elle n'arrivait pas encore tout à fait à penser à cette chose en parlant à Voronwë. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il ne lui réponde qu'en fonction de ce que cette chose voulait faire. Il en était donc arrivé à un point ou il ne pouvait plus rien contre elle...

-Vous n'avez pas répondu. Vous continuerez à tuer vos propres frères pour honorer cette bête ?


Elle attendit cette fois ci, décidée à avoir une réponse claire à chaque question qu'elle poserait.

-Renoncerez-vous à poursuivre le druide Ëninril ?


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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Dim 6 Sep 2015 - 0:31

Elle lui répétait les questions qu'il aurait préféré éviter, comme un juge implacable. Mais lui n'avait pas de réponse claire à lui fournir, si ce n'était des semi-mensonges... Enfin, à une question seulement, l'autre trouvant une réponse claire et rapide.

-"J'arrêterai ma Noss et les anciennes traditions, mais je ne peux pas garantir que tous le prendrons bien..."

Et maintenant restait à définir le sort du druide, devrait-il trouver la mort ou non? En l'occurrence Voronwë était conscient qu'il tenterait de le tuer à la première occasion. Mieux valait attendre que cette guerre se termine et d'en finir ensuite avec lui

-"Le druide vivra, j'en fais serment."

Parfois il fallait savoir mentir pour vaincre, c'était bien triste mais c'était ainsi.
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MessageSujet: Re: le Pouvoir des mots[Voronwë]   Dim 6 Sep 2015 - 3:22

Un serment il faisait, un serment il devrait respecter.

Aux principales questions qu'elle avait posées, Halya avait eu ses réponses. Oui les meurtres continueraient comme avant. Oui le druide vivrait… En tout cas tant qu'il y aurait suffisamment d'autres ennemis pour tenir le gardien occupé.

« Très bien. »

Le couteau de facture humaine s'éloigna de la poitrine du Noss. Elle-même n'en revenait pas de ce qu'elle allait faire. Mais c'était nécessaire. Le seul moyen de ne pas détruire l'alliance entre Noss et Cités…

« Vous pourrez partir dès que l'un des guérisseurs qui vous a soutenu lors de notre rencontre et deux de vos meilleurs guerriers seront arrivés en Ardamir pour être attachés à ma personne en tant que garde personnelle. Officiellement ma sécurité dépendra entièrement de leur savoir faire. S'il m'arrive quelque chose ou s'ils fuient, l'honneur de votre Noss sera annihilé. Retournez-vous contre des citadins ou recommencer à chasser Ëninril et ce sera le sang de vos propres hommes qui apaisera la chose qui vous sert de dieu. »

Elle resserra une à une les chaînes du prisonnier et s'éloigna de quelques pas pour attraper un tissu de bonne taille qu'elle roula en boule pour en faire un bâillon. Il serait obligé de l'accepter ou elle ferait en sorte que le manque d'air le fasse sombrer dans l'inconscience pour pouvoir lui enfoncer dans la bouche.
Puis, dépourvue du moindre soupçon d'hésitation, elle revint se poster à côté de Voronwë pour dénuder son torse sans la moindre pudeur.
La décision qu'elle avait prise lui retournait l'estomac… Mais l'idée de laisser filer une telle chose dans la nature… Quelle autre option avait-elle que le discrédit ?

Ses doigts gelés se posèrent sur la peau du guerrier.

« Vous avez raison, je vous ai vaincu aujourd'hui, alors même que j'étais encore en convalescence. Que quelqu'un m'ait aidé ne changera rien. Vos guerriers vous suivront-ils encore lorsque vous n'aurez plus ni honneur, ni parole, ni force et que vous commencerez à leur demander le sacrifice suprême ? »

Tout en parlant, ses doigts glacés s'affairaient à remonter les cotes du côté droit du gardien, de bas en haut, comme si elle les comptait. À huit, ils s'immobilisèrent. Le couteau fut dégainé une seconde fois. Pour s'assurer du fil, elle le glissa sur l'oreille droite du Noss. Le cartilage fut à peine entamé… Mais ça suifferait.

« Tous sauront que vous avez été vaincu au moins une fois. Ces marques seront la preuve de mes dires si vous revenez sur votre parole. »

Sans preuve irréfutable, les Noss n'écouteraient jamais une femme des cités au détriment d'un chef reconnu. Elle le savait. C'était pour cela qu'elle n'avait pas le choix.

Trois gestes précis. Le premier enfonça la lame dans la chair tendre du gardien jusqu'à le sentir racler sur la côte et la suivit en crissant sur l'os pour former une longue balafre nette et régulière. Le second recommença sur la côte juste du dessus pour afficher la parallèle la plus parfaite possible. Le troisième recoupa les deux autres à la verticale, de la première à la dernière des côtes, formant une sorte de croix à deux barres sur le côté droit du Noss. Un tracé simple assez grand pour que d'autres cicatrices s'y mêlent sans le rendre invisible et assez régulier pour que personne ne doute du fait qu'il ne s'agissait pas d'une blessure de guerre, mais bien d'une marque.

Aussitôt, elle se détourna pour gagner la porte un bref instant et demander qu'on appelle au plus vite un guérisseur, et un mage de préférence. Mais au lieu de quitter la pièce, elle revint sur ses pas.

« Je vous ferai tenir votre serment, Voronwë. Maintenant, votre libération ne dépend plus que de vous. Vous indiquerez à Killen comment contacter vos hommes sans se faire tuer.

Elle patienta près de la fenêtre au côté de Randil après avoir essuyé son arme. L'odeur du sang rendait le loup tendu. Il était de plus en plus agité. Ils patientèrent pourtant jusqu'à ce que le guérisseur franchisse la porte.

Le regard de l'homme s'arrondit de surprise devant le spectacle. Il était… Effrayé. Et c'était bien normal… Mais telle était la guerre et elle ne se gagnait jamais sans que le sang ne soit versé, le Baar'Ane avait au moins eu le mérite de rappeler cela à la Protectrice. Un détail qu'elle avait peut-être trop négligé avec les Noss.

Devant la paralysie du soigneur, Halya combla la distance qu'il y avait entre eux pour lui parler à voix basse.

« Dame Protectrice….
-Occupez-vous de lui du mieux possible excepté pour ses chevilles. Mais faites en sorte que les cicatrices soient si visibles que même le feu ne pourrait les effacer totalement. »

Le peu de contenance qu'avait réussit à garder le pauvre homme s'évanouit. Son teint était livide face au visage toujours neutre de la Protectrice. Les blessures, les maladies, voilà quel était le quotidien d'un soigneur, qu'il soit mage ou non.

« C'est un ordre. » Ajouta-t-elle sur le même ton, avant de faire les quelques pas qui la séparait de la porte.

La main sur la poignée, elle se ravisa pourtant une dernière fois malgré les trépignassions de l'énorme loup. Que le Gardien entende ce qu'elle avait encore à dire ne changerait surement rien, mais après ce qu'elle avait entendu, elle avait besoin de le dire… Elle aurait même voulu s'adresser à cette chose qui le hantait, mais refusait de lui donner plus de corps qu'elle n'avait déjà.

« Gardien. Si vous voulez vraiment retenir cette Chose à tout prix et si vous comprenez le mal qu'elle peut faire, en partie par votre intermédiaire, je ne comprends pas que vous ne vous soyez pas encore donné la mort. Mais si un jour, vous avez vraiment le courage de vous délivrer d'elle, quelque soit le moyen, demain ou dans un siècle, vous trouverez toujours en moi une alliée. »

Enfin, la porte se referma. Droite, la tête haute comme à l'accoutumer, elle salua les gardes, qui rentraient de nouveau dans la pièce, s'assura que les mesures de sécurité ne faibliraient pas, et s'éloigna rapidement de son pas souple. Il faudrait qu'elle fasse rapidement une apparition auprès des habitants du palais pour faire définitivement taire les rumeurs… Surtout après le cri que venait de pousser la Symphonie, mais pour l'instant elle ne pouvait que coupé court aux tentatives de salutation ou de conversation qui apparaissaient sur son chemin. Randil l'aidait bien plus qu'à l'accoutumé pour éviter les gêneurs. Son aire féroce en dissuadait plus d'un.

Enfin l'air libre, elle avait pris la direction du plus proche jardin qui permettait de s'éclipser du Palais. Mais elle n'eut même pas le temps de quitter les branches du Palais de Chêne. Elle n'eut que la force de se laisser à moitié tomber à genoux derrière un bosquet pour rendre jusqu'à la dernière parcelle de nourriture qu'elle avait dans le corps tandis que Randil se tenait près d'elle dans une tentative animale de réconfort.

Une main sur l'estomac, l'autre sur l'encolure du loup, elle reprit rapidement la marche. La nausée la poursuivait mais pour la première fois peut-être, elle comprenait véritablement le besoin d'espace et de silence de sa mère. Trop de choses, trop insensées, trop intenses en trop peu de temps. Et la symphonie qui parlait de tellement de choses et de façon tellement claire!

Elle parcourut le chemin qui la séparait du sol plus rapidement que jamais. Elle ne pouvait pas passer inaperçu. Randil non plus. Mais elle ne voyait même pas les citadins la saluer. Elle avait besoin d'air. Lorsqu'elle foula enfin la terre, elle se mit à courir de toute la vitesse de ses jambes nouvellement soignées, Randil à son côté. Elle avait besoin de s'éloigner un moment. D'arrêter d'entendre ces accords discordants tournés en boucle dans sa tête. Le souvenir du cri… De ce qu'elle avait fait… Et surtout de ce qu'elle n'avait pas fait.

Elle ne l'avait pas tué.

Elle ne L'avait pas tué.



<< Chacun son tourLa réponse dont on craignait la question >>

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