Nombre de messages : 761 Âge : 27 Date d'inscription : 20/10/2015
Personnage :.: MANUSCRIT :.: Âge : 966 ans Taille : 2m08 Niveau Magique : Archimage.
Sujet: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Ven 23 Oct 2015 - 1:02
Possessions & Equipements : De longues tuniques de soie et de coton aux motifs aussi complexes que forts de signification, fruits d’un artisanat passé de mère en fils. Des atours de guerre forgés par les meilleurs et dignes des plus grands. Des montagnes de plumes usées et de manuscrits noircis par l’encre et les traits de pinceaux. Lorsque l’on considère combien ta vie a été longue, tu n’as finalement que peu accumulé, mais ce qui est à toi t’est d’une valeur sentimentale incommensurable… ou du moins l’était.
Il n’y a guère plus que l’hexagone de saphir pendant à ton oreille gauche qui n’ait de signification pour toi. Tu ne revendiques aujourd’hui tien qu’habits de fortune, confectionnés au gré des chasses et des saisons. Armures de soies animales et végétales, enchevêtrées en des nœuds aussi effrayants que les êtres te les ayant offerts. Maintenant ton habit de cérémonie est à l’image de ton nouveau Seigneur ; vêtement d’une guerre de tous les jours.
Apparence :
Taille :2m28
Couleur des yeux :Noisette très clair
Silhouette Estiam & Tracé des vaisseaux éthériques:
Testament des deux sang de ta naissance, tu es faits de contradictions, de traits conflictuels, te tirant les uns et les autres plutôt que de se mêler harmonieusement, vers les deux visages à vos yeux d’elfes totalement opposés que sont celui de l’Ornedhel et du Taledhel. Ta chevelure est d’un or blanc des plus purs, du moins le serait-elle s'il n'y avait eu que ta mère. Rongée en ses racines par un ébène qui te vient de ton père, elle n’en flatte pas moins le second métal précieux qu’est ta peau. Ton épiderme est d’un or jaune mat et solaire, métaphore d’une personnalité ayant toujours été aussi flamboyante que l’astre du jour. Mais comme il est des étoiles qui brillent plus fort que d'autres, il est un tissu à la surface de ton corps d'un métal plus pur encore que celui de ton cuir. Les vaisseaux de ta magie se dessinent à même ton tégument, en des lignes de forces tenant l'équilibre de ton être.
Elles brillent tes prunelles d’or. Elles brillent d’un feu vorace, éclairant ce visage aux expressions aussi changeantes que le vent de la haute mer. Elles font un fascinant jeu d’ombres sur ce visage allongé, creusé par de jeunes fossettes. Ton visage est jeune, extrêmement jeune pour un être aussi ancien que toi. Il fut plus âgé autrefois, mais tu es né de nouveau depuis. Tu fus rendu à l'âge de tes grands choix depuis, mais marqué d'assez de sagesse et de puissance pour les assumer cette fois.
Car il est puissance incarnée ton corps, bien loin de la lisse silhouette toute en finesse qu’est l’idéal de ton peuple. Force d’une vie de luttes, ta corpulence s’est faite proche d’un plus raffiné miroir de celle des enfants d’Uriz. À un cou épais s’attache un dos immense, encadré de rondes épaules, et à ces épaules se greffent des bras d’autant plus imposants qu’ils sont allongés. Entre eux trône un large poitrail, s’affinant vers le bas dans des proportions presque exagérées, reliquats de l’appartenance à ta race. Mais ce sont tes jambes tout de même tes membres forts, construites à l’image de l’esprit bondissant qui te menas à la fin d'un voyage et au début d'un nouveau.
Ta silhouette n'est pas que large, elle est aussi incroyablement haute. Ta première naissance t'as fait grand, et c'est grand que tu rejoignis les entrailles de La déesse Mère. Seulement un enfant ne peut que grandir, et il fallait que tu grandisses. La responsabilité placée sur tes épaules est immense, alors La Mère a fait tes épaules immenses.
Personnalité : Ton désir d’entièreté fut ta pierre d’achoppement et ton perfectionnisme le pas de trop. Avant, tu étais ce que les tiens pourraient qualifier d’impulsif et de passionné. Ni rires ni larmes n’étaient retenus, et lorsque ton cœur battait la chamade il était entendu. Avant tu étais un être curieux, avide de savoir le comment et le pourquoi de toutes choses, au point d’aller jusque contre les règles de ton monde, car savoir te permettait d’enseigner, et que s’il est une chose que l’on t’a bien inculqué, c’est que l’instruction est la plus précieuse des alliées. Seulement tu as toujours eu cette part d’insécurité, celle née de ta naissance particulière, celle qui te dictait que tu ne serais complet que lorsque tes deux moitiés seraient pleinement exprimées, sauf que c’est le monde plutôt que ton fort intérieur que tu laissas en juger. De leur éternelle insatisfaction tu construisis des montagnes de frustration, qui ne furent pourtant jamais assez hautes pour te permettre de décrocher des attentes que tu plaças toi-même plus haut encore que tes bourreaux ne le faisaient déjà. Tu tentas d’être le plus instruit, le plus fort, le plus sensible, le plus réfléchi et le plus contenu à la fois, niant tour à tour d’entiers pans de ta personne. La vérité finit cependant par te rattraper, et ce n'est que grâce aux bénédictions de l'Œuvre que tu y survécus.
Pendant un temps tu rampas au bord de la folie. Pendant un temps tu luttas avec la violence d'une colère réprimée pendant un long cycle. Pendant un temps tu dus composer avec le désespoir d'un amour toxique, accroché que tu l'étais aux rares Souffles dont tu appréciais à l'excès le regard sur toi ; mais la mission te permit d'expier.
Aujourd'hui tu es capable de regarder en face le chemin parcouru. Aujourd'hui tu es capable de voir là où ont été tes torts, mais surtout, tu sais enfin t'approprier tes qualités. Aujourd'hui, tu rayonnes de nouveau. Tu te présentes avec une assurance que l'on ne t'a jamais connu. Tu es capable d'une compassion dont tu n'as jamais osé faire preuve, fut-elle toujours quelque part en toi. Maintenant que tu te sens enfin personne entière, tu t'autorises pleinement à adopter les paternelles attitudes qui naturellement te viennent. Tu es doux, tu es protecteur, et en presque toutes circonstances, tu souris... seulement à tout cela s'oppose la part de ténèbres que tu as aussi entièrement fait tienne. Si tu es si aimant envers tes congénères et ton foyer, c'est que tu es un prédateur territorial, et l'Anaëh est ton territoire. Tu es déjà allé loin pour en protéger l'équilibre, et pas une seconde tu n'hésiterais à recommencer s'il le fallait. Tu vois plus loin que l'instant, et à cause de cela tu es capable d'actes graves. Nombreux sont ceux ne comprenant pas comment telle douceur et telle violence peuvent cohabiter en une seule personne et même parmi tes plus proches amis certains craignent que tu n'aies définitivement sombrer dans la folie.
Mais tu vas bien.
Lorsque l'on est créature d'équilibre, un extrême ne peut aller sans l'autre.
Capacités magiques : Elle tinte sans que ne vibre tes tympans. Elle fait partie de ton univers de sons, en a toujours été, et pourtant l’énergie arcanique n’est de la même essence ni de la voix, ni des Voix. Elles se sont longtemps battues aux portes de ton pavillon cependant, l’une étant l’autre et les deux se mêlant dans une formidable cacophonie que tu aimais plus que tout au monde. Condamné à être distrait par des musiciens d’un autre monde, ce fut finalement une grâce que ton départ de la forêt profonde vers les murs de pierre blanche. Exil temporaire paradoxalement motivé par l’intervention d’un druide, au cœur de cet endroit où s’étouffent certains des sons, tu pus te livrer pleinement à l’approche de la mélodie de l’éther. Trop impatient, trop fougueux, désireux de rattraper ton retard sur tes jeunes camarades, tu commenças l’étude en dévorant des ouvrages dépassant de loin ton domaine d’expertise, te lançant dans d’aléatoires expériences, fort de la folie adolescente et l’orgueil piqué à vif par des échecs consécutifs. Plusieurs fois tu faillis abandonner, motivé d’un élan de colère ou de tristesse, mais en ces jours ton père fut là pour te reprendre, et pour t’apprendre. Tantôt tranchant comme la glace, tantôt calme comme le lac. Parfois grondant comme l'orage, souvent vif comme le ruisseau. Tu trouvas ta compagne de déraison dans les mouvements de l'eau. Sagement conseillé, tu progressas lentement dans une voie non pas que tu choisis, mais qui te correspondait. Guidé par un maître sans être enfermé, c'est ainsi que les rituels du nouveau mage se sont forgés. On dit de l'enfant sauvage qu'il n'est jamais dompté, qu'il reviendra à la nature quelles qu'en soient les modalités. Ta magie fait de ces mots vérité. Chaque sort est une symbiose avec ton élément plus qu’une réflexion, tu ne penses pas ta magie, tu la vis et tu lui donne vie. Tu danses au rythme de sa mélodie, prend les flux pour partenaire dans ton ballet, et fais honneur à son appellation d’art. Lorsque les flux vibrent au rythme de la Symphonie commencent à se mouvoir une vie factice, taillée dans les essences primaires du monde, des créatures de ton invention se faisant les vecteurs de ton pouvoir. Contrairement à d’autres, c’est sculpter qui te vient le plus aisément, et ainsi il te faut sculpter si tu veux faire démonstration de l’étendue de tes capacités.
Histoire
I : Double Eveil
Un amour interdit par le schisme, mais en réalité tellement naturel. Ils ne sont pas les premiers, et ils ne seront pas les derniers. Chaque Noss se risquant à commercer avec la cité expose ses membres à la tentation. Les elfes de Pierre sont aussi beaux qu'ils sont différents, il n'en faut pas plus à des êtres d'un naturel curieux, malgré leurs firmes convictions, pour succomber à l'exotisme. Habile artisane et oratrice avertie, c'est tout naturellement que celle qui deviendrait ta mère avait été choisie pour gérer les échanges de son clan. Prendre-donner, donner-prendre, c'est un jeu auquel l'elfe devint rapidement efficace. Elle prit même dangereusement goût aux quelques jours qu'il lui était donné tous les deux ans d'arpenter le pavé. Mais est-il une femme en Anaëh qui n'aimerait pas le goût d'un véritable baiser d'amour...
- Trahison !
Un regard, un mot auront suffi à faire couler les larmes d'une femme dont commencent à apparaître les rondeurs. Événement si rare chez les créatures millénaires que sont les elfes, source de joie chez un peuple aimant ses enfants, ta conception aura eu le mérite de faire élever les voix. Toutes sauf celle de ta mère, honteuse, plongée dans le silence pour ne pas nourrir le feu. Éprise de culpabilité, mais dissimulant derrière le silence un bonheur grandissant. Souriant dans son mutisme face à ses courbes prenant de l'ampleur. Heureuse d'accueillir une vie, lui ait-elle coûté un respect durement gagné au sein de la Noss. Heureuse d'une joie communicative, assez pour lever la figure face à ceux que par passion elle a trahi, et obtenir d'eux un sourire en retour. Représentant d'un métissage mal accueilli. Tu n'en restais pas moins l'un des leurs. L'enfant n'a pas à être puni pour la faute du parent. La Noss se doit de transcender les conflits si elle veut perdurer. Ta naissance fut autant acclamée que ta conception huée. Et comme pour leur prouver un peu plus ta valeur, en cadeau à un enfant pour qu’il renoue avec son clan, ton oreille fut bénie. Le sang des villes qui coule dans tes veines n’a pas empêché aux Chants d’Anaëh de monter jusqu’à toi. Tu as vécu de jeunes années soutenu par un concerto sans auteur, éduqué au rythme d’une mélodie pulsant à même ta peau. Ivre de la Symphonie depuis le plus jeune âge, tu n’as jamais tari d’éloge envers Kÿria ta première mère. Tes premières phrases, tu les as conçues pour tenter d’exprimer l’indescriptible, sans jamais y parvenir. Alors tu t’es tourné vers votre chef spirituel. Si shamans et druides ne pouvaient t’apporter de réponses, alors personne d’autre ne pourrait. N’étaient-ils pas les êtres vivants les plus proches de votre Déesse ? Ils devaient ressentir ce que tu ressentais, peut-être encore plus fort. Ils devaient savoir, et malgré tout ils ne t’avaient jamais dit que d’attendre, que tu comprendrais une fois le temps venu. Ta main glisse le long du soyeux tissu. Tu n’as pas l’habitude de porter ce genre de vêtements. Tu ne comprends pas, ni comment, ni pourquoi. Tu as attendu un siècle, et maintenant tu partais. Sans rien te révéler, ils te renvoyaient vers les villes. Là où la musique se faisait parfois presque stridente. Une dernière caresse, et un dernier baiser… qui ne t’es pas destiné. Loin de ton univers, loin des tiens, et maintenant ta mère qui se dérobe à tes mains. Ton monde s’écroule sous tes pieds, et toi, tu pleures de joie. Tes doigts s’enfoncent là où coulent tes larmes. Dans les bras de ton père.
Les druides sont des mages autant qu’ils sont un pont vers les Dieux. Ce que décrivais tout petit comme des étincelles parcourant ton corps était bien en lien avec la création divine, mais tes symptômes étaient bien loin d’être œuvre de la Symphonie. Tu le comprendrais finalement ici. À Alëandir, dont la pierre coule dans ton sang autant que les bois dans lesquels évolue la Noss. T’éloigner des sirènes d’Anaëh, du moins elle l’espérait, te permettrait de te concentrer sur l’apprentissage de la facette de l’art qui t’étais destinée. Si seulement tu la trouvais.
Et si tu ne trouvais rien ce n’était pas manque de recherche. Combinaison d’une forte volonté d’apprendre et d’un orgueil mal placé, tu as souvent fait fi du rythme que l’Académie t’as imposé. Non pas pour flâner, mais pour forcer la main au temps. Plus âgé que la majorité de tes camarades, adolescent esseulé parmi les enfants, tu te devais d’en savoir plus qu’eux, il allait de ton honneur que tu fasses mieux. Mais le mieux est l’ennemi du bien, et à aller plus vite que la musique tu as fini par trébucher. La magie la plus dangereuse est celle mal utilisée, qui sait ce que tes petites expériences auraient pu provoquer ? Tu peux t’estimer heureux de ne t’être que peu blessé, et ça tes professeurs ne te l’ont que trop souvent répété, sans comprendre la frustration qu’à ces mots tu liais. Impatient. Emerveillé par les miracles qu’accomplissaient devant toi les elfes les plus entraînés, envieux de la facilité avec laquelle ils semblaient les perpétrer, et las d’enchaîner les échecs, tu as fini par perdre foi en toi. L’Académie ne s’embarrasserait pas de toi si tu étais une cause perdue, si les maîtres continuaient de tenter de t’imposer discipline, si tu te trouvais encore entre ces murs malgré tes nombreuses entorses au règlement qui y fait loi, c’est bien parce qu’ils t’en jugeaient digne. Il ne te restait plus qu’à toi-même retrouver confiance.
- Ecoute, Alëandir ne s’est pas bâtie en un jour. C’est normal que les débuts soient pénibles. Sois patient. - Et si je n’y arrive toujours pas ? - Tu y arriveras, ne t’inquiète pas. Il faut juste que tu comprennes comment. - … - N’y pense plus. Allons faire un tour en ville, te détendre un peu te fera du bien.
Il n’imaginait simplement pas à quel point cette simple balade changerait ta vie. Il n’imaginait pas à quel point ce bijou changerait ta vie. Ce qui n’était qu’un simple présent d’un père à son fils chagriné deviendrait vite bien plus.
- Tiens. - Non merci papa, je n’ai pas soif. - Je n’ai jamais dit que tu devais la boire. - Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse alors ? - Surprends-moi.
Pas besoin de plus pour que tu ne t’attelles à la tâche. Sourcils froncés, front plissé, par mimétisme adoptant les gestes de tes professeurs, tu t’appliquais à échouer une nouvelle fois.
- La magie ne s’apprend pas que dans les livres Estiam. Elle est personnelle. Il faut que tu trouves ce qui te fait vibrer toi.
Une main encourageante sur ton épaule devint ton seul lien avec la réalité lorsque tes yeux se fermèrent. Trouver ce qui te fait vibrer… retrouver les sensations qui te traversaient alors que tu étais encore au cœur de la forêt. Lisser la mélodie. Prendre la main de ta mère seconde. Plonger dans les bras de ta Mère première. S’accrocher à Kyrïa. Danser au son de la Symphonie jusqu’à ce qu’elle porte jusqu’à toi l’énergie. Tu vois l’eau. Tu vois la rivière. Tu vois l’écoulement de la rivière. Tu vois le calme du lac. Tu vois les poissons à travers la surface cristalline. Personne ne connaît le lac mieux que le poisson, personne ne connaît le poisson mieux que le lac. Alors le lac est le poisson. L’eau s’élève, ondule, nage à travers les airs. L’eau est poisson. Tu as réussi. Tu le sais. Tes yeux toujours fermés, tu le sens. La mélodie crispée des villes s’est détendue, réorchestrée par les tintements étouffés de ton unique boucle d’oreille. Jamais tu ne trouveras les mots pour exprimer à quel point tu lui es reconnaissant. Cette main dont le contact s'est lentement effacé au fil de tes mouvements, et parce qu'il suffira pour que son détenteur te comprenne, tu as creusé une fine brèche dans ta concentration, pour lui adresser un mot.
- Merci.
II : Alëandir
Un nouvel homme. Un adulte. Ta fougue finalement domptée par ton père et tempérée d’une pointe de patience, vainqueur sur tes démons, tu as de nouveau osé traverser les portes du temple de la connaissance. Plus avide de savoir que jamais, mais l’oreille prête à écouter et l’esprit préparé à appliquer les conseils des maîtres. Talentueux et assidu, quoiqu’agissant parfois toujours avec un peu trop de passion, tu as fait la fierté de professeurs qui t’ont retrouvé changé. Les saisons t’ont aidé à t’intégrer parmi un groupe d’élèves avec qui la différence d’âge ne comptait maintenant plus. Tu as appris à apprécier les vibrations qui émanaient de ce lieu où la magie était sans cesse sollicitée, contrebalançant sa Symphonie quelque peu dénaturée. Tu t’es lié à l’endroit tant et si bien qu’il est devenu ton troisième foyer. Tu as été témoin du départ de nombre de tes nouveaux camarades, partis chercher leur place dans la cité, et parfois même t’ont-ils demandé quand est-ce que tu les suivrais. Et chaque fois tu leur as répondu, que s’ils cherchaient leur place, tu avais déjà trouvé la tienne. L’Académie. Au milieu de tout et pourtant en dehors du monde. Ici se concentraient les savoirs de l’empire Sylvain que les Noss ne conservaient pas jalousement. Qu’il pleuve ou qu’il vente, l’Académie amassait, créait et dispersait les savoirs. Ou du moins, les savoirs qu’elle jugeait bon de pourchasser. L’assassin du roi…Un elfe noir… un Drow… c’est tout ce qu’ils avaient accepté de communiquer avant que les engrenages ne reprennent leur course habituelle. Ils ne feraient rien. Ils ne chercheraient pas à comprendre. Ou alors, ils chercheraient dans le plus grand des silences. Près de deux siècles à arpenter ces lieux seront loin d’être suffisant à gagner les faveurs des hauts rangs. Au même titre que les autres, tu ne saurais rien. Le danger planait, et personne ne saurait jamais rien avant qu’il ne soit trop tard… sauf si toi tu comprenais. Qui pouvait bien être ce Drow. D’où venait cet elfe noir ? Et pourquoi cet acte de haine ?
- Estiam, pourquoi tant d’empressement ? - Je pars. - Et où vas-tu donc ?
Caranthir. Un des plus grands mages de l’Académie, et par extension, peut-être de tout Miradelphia. Homme auquel tu voues autant d’admiration que de respect. Homme dont la seule présence dans le corps militaire Elfique aurait presque su t’y attirer. Aujourd’hui obstacle sur ta route.
- Au bon endroit j’espère.
Pourquoi te poser une question dont il connaissait déjà la réponse? Il suffisait d’interroger les manuscrits sur lesquels tu t’endormais tard le soir, tous témoignages des légendes des temps anciens. Tous décrivant gloires et douleurs passées de l’Anaëh. Tous contant les tragiques événements du Linoïn. Il sait pertinemment quelle est ta destination et les dangers que tu cours. Il ne tentera pourtant pas de te stopper. Aucun elfe ne sera jamais assez influent pour te stopper. Toi la tête brûlée d’Alëandir. Parti sans même dire au-revoir à la seule personne capable de te raisonner, car conscient que ton salut aurait eu l'amère saveur d'un adieu.
III : Territoires étrangers
Maudit soit cet endroit dont les idéaux se contredisent. Maudit soit le mensonge dans lequel vit la cité d’Alëandir. Carnet vierge plume et encre pour seules possessions, tu as fui le pavé pour regagner la forêt profonde. Si les enfants de Kyrïa jouent les ignorants, ses créatures elles ne sont que vérité. Ni bonnes, ni mauvaises, elles ont pour seul but de protéger les créations de la déesse. Progéniture de la déesse première, tu n’avais d’autre choix que d’espérer être part de son royaume, de mériter sa protection, mais surtout, de mériter ses conseils. Les siècles dans les cités t’auraient presque fait oublier la beauté des Chants de Liltalaima. La Symphonie des arbres, elle t’avait tant manqué. L’entendre à nouveau était comme retrouver une paix perdue, abandonnée à des souvenirs d’enfance. La tentation est forte, retourner à l’insouciance de ta tendre jeunesse, laisser derrière toi les malheurs citadins pour regagner ta place dans la nature sauvage. Sauf que tu ne pouvais pas te le permettre. Ce ne sont pas que les risques qui planent sur la ville qui t’inquiètent. Ce sont les sombres soupirs ponctuant les mélodies de l’Eäla qui te font penser à mauvais présage. Si tes doutes quant à l’identité de ceux qui par ton peuples ont été baptisé Drows s’avèrent justifiés, alors c’est tout l’Anaëh qui court un grave danger. Qui sinon les Dieux savent de quoi sont capables des immortels rongés par la folie ? Jusqu’où peut grandir une haine à qui l’on a donné six cycles entier pour mûrir ? Peut-être ces tristes accords mineurs n’étaient-ils que l’écho de tes doutes. Peut-être n’entendais-tu que ce que tu voulais entendre, mais foi aveugle placée en la Symphonie, tu as suivi tes pressentiments, avancé là où te conduisaient tes instincts. D’heures en jours et de jours en ennéades, tu as fait de ta magie une arme prédatrice, vécu de ce que l’Anaëh a bien voulu t’offrir. Sans jamais oublier pourquoi tu étais parti, tu as pris le temps d’immortaliser du bout de ta plume chacun des mystères que la Mère première mit sur ton chemin. Elle t’a guidé, pas à pas, pour faire de toi un être complet. Elle te prépare lentement, te rapproche d’elle avant le moment fatidique. Bientôt, elle et toi serez réellement séparés.
- Vous ! - … - Voilà bien longtemps que je n’ai pas croisé de voyageur solitaire. Pourquoi donc s’infliger telle punition, fils ? - Le roi Glorfindel a été tué. - Est-ce là ta raison de perturber les Chants ? - Je... - Ne t'inquiètes pas mon enfant. Si l'Anaëh te réponds, c'est que tu es sur la bonne voie. - Moi je ne fais que péniblement la suivre. Vous les druides êtes ceux qui savez parler à l'Anaëh. - Tu es sensible mon enfant. Et c'est une bonne chose. Mais prend garde à ce que ta sensibilité ne te tue pas. - Vous... - La Symphonie conte bien des histoires. L'Aduram lui, il ne fait que hurler...
Il ne dit pas mot de plus, te laissant seul juge et responsable de tes actes. Ce n’est pas la mission des druides que d’insuffler la raison dans le cœur des elfes. Ils ne peuvent qu’instruire, mettre en garde, et conseiller, un mot à la fois, mais l’expérience fait qu’ils sont rarement dupes. Tu ne l’écouterais pas, il pouvait le lire sur ton visage. Trop engagé dans la mission que tu t’étais inventé, tu connaîtrais certainement bientôt une mort douloureuse, bercée des hurlements de l’ancien Linoïn.
Les plaintes de la forêt maudite te rendront fou, où alors peut-être l’es-tu déjà. Est-ce donc ce que vivaient ses habitants lorsque cette terre buvait le sang ? Est-ce de la même déraisonnable souffrance qu’ils furent flanqués avant leur exil ? Ton être entier partage la douleur de bois qui se tordent sur eux-mêmes et pourtant, tu ne peux t’empêcher, à force de perdre tes pupilles sur les pointes et les crocs de ses branches, qu’ils seraient beaux les bois de l’Aduram, si seulement ils acceptaient de se taire. Si seulement ta plume ne manquait pas de déchirer le papier chaque fois que tu osas l'y poser. L’Aduram théâtre de tragédies passées fut abandonné des elfes, et n’es plus aujourd’hui que mystères et inconnues... mais parmi les secrets qu’il veut bien te dévoiler, tu es certain que se trouve celui des elfes noirs. Convaincu même. À sa manière, cette partie de la forêt parle elle aussi. Elle est agressive, blesse pour mieux partager son sentiment, mais elle semble avoir ne serait-ce que le semblant d'un but. Survis à l'Aduram, et tu comprendras. Marche sans succomber à sa folie. Marche lentement et économise ton esprit, car certaines des créatures qui rôdent dans l'Aduram te forceront à roder ta magie. Vis et tu verras. Les elfes noirs l'ont fait avant toi. Des ennéades ou siècles ? Le temps n'importe plus. Tes cahiers sont à court de pages depuis bien longtemps, c'est ton esprit embrumé qui continue péniblement d'accumuler les connaissances. Tu es déchiré, incapable d’attester de la tangibilité de ta propre existence. Quelque chose a changé en toi, mais tu ne saurais dire quoi. Tu penses être le même, mais est-ce véritablement être le même que de se sentir le même dans un endroit différent ? Il faudrait que tu en voies plus pour le savoir, que tu en apprennes plus. Il faudrait que tu restes encore un peu, que tu prennes le temps de comprendre ces bois, mais le silence t’a soudainement avalé. La végétation perd en densité au fur et à mesure de ton avancée, semblant presque fuir ce qui t'attends, et à juste titre.
Voici les Terres où la nature n'a pas de voix. Ithri'Vaan. Là où les marchands ont tant hélé que l’œuvre n’ose plus les défier. Une civilisation réputée sans règles aucune, où chacun est libre d'être comme d'en empêcher ses pairs. Le racisme n'existe pas en Ithri'Vaan. Chacun a sa place en Ithri'Vaan, à condition de pouvoir payer comptant. Pour quelqu'un n'ayant jamais connu que le troc et les échanges de savoirs comme monnaie, le concept d'argent n'avait pas lieu d'être. Quelle valeur pouvaient bien avoir ces simples petit bout de métal après tout ? Ils ne nourriraient personne, ils n'ouvriraient l'esprit de personne, et pourtant, c'est presque un culte que leur vouait la population de ces lieux. Étranger au concept même de monnaie, tu ne l'étais pas. Tu savais de te lectures le fonctionnement d'un tel système, seulement, tu n'y voyais qu'un maigre intérêt. Et tu y voyais un frein. Tu n'as à partager que des connaissances et tes ambitions. Rien à vendre qui ne soit pas pure propriété intellectuelle... ou alors...simplement ton aide. Bien peu de choses du quotidien sauraient faire obstacle à un mage maniant les essences même de la nature. L'eau, ta première alliée, et la terre, lentement domptée grâce aux conseils de l'Anaëh sont les éléments avec lesquels se battent agriculteurs comme maçons. Les flux ici sont non seulement plus maigres qu’au cœur de l’Anaëh, mais d’autant plus chétifs devant ceux de l’Aduram. Heureusement les tâches sont simples, heureusement le travail grossier, car quelque chose jusque dans ton approche de l’art est brisée. Ta magie ici, sans les Chants pour la guider est maladroite, malhabile, privée de sa beauté, et pourtant plutôt que de te pousser à fuir, c’est une constatation qui te motive à rester. Ici n’existent plus les insatiables attentes du peuple de la forêt. Ici est une terre de nouveauté, vierge de la moindre appréhension quant à ta personne. Tu es dans un nouveau monde, un monde libre, un monde de nouvelles pratiques et de nouvelles théories. De nouveaux manuscrits vierges entièrement encrés si tôt achetés, la possibilité de côtoyer d'autres peuples, d’observer, puis de te reposer. Ta psyché moitié détruite par le cauchemar que fut l’Aduram se reconstruit lentement à l’image de celle des pays Vaanis. C’est vrai, ici régnait l’odeur de la mort, glissait l’ombre du crime, et dominait une espèce métallique dont la puissance dépassait celle des plus grands sorciers. Cet endroit était mauvais, mais puisqu’il était mauvais, tu n’avais pas non plus à être bon. Ne pas avoir à donner en permanence le meilleur de toi-même t’autorisa à en apprendre plus sur ta propre personne, et sur des traits que la rudesse de la forêt maudite sans que tu t’en rendes compte avait fait ressurgir. Sur les terres Vaanies tu connus par deux fois un erzats d’amour, construit puis détruit par la promesse d’un destin de solitude, creusée ride par ride sur le visage de tes partenaires. Et tu ne fus même pas triste lorsqu’elles s’éteignirent, car il en était ainsi. Elles appartenaient à un peuple d’éphémères, et leurs souffles, dûs à Tari plus tôt que le tien, n’auraient que trop souffert d’un visage s’attristant de la tristesse de l’immortalité chez leur amant. Lorsque la seconde te fut prise cependant, durant un instant de nostalgie te revinrent les raisons de ta présence, et du jour au lendemain la vision de l’omniprésente gente sombre te devint étouffante. Tu remontas le courant malgré tout, te dirigeant vers l’Est, où la fraction de population qu’ils occupaient augmentait à vue d’œil. Tu te fis discret comme le serpent, reprenant la course de leurs origines, jusqu’à ce qu’elle te mène aux landes qui sont leur fief.
Les Terres Stériles. Domaine des elfes noirs. Ici, tu es un intrus, et sans Anaëh pour te murmurer d'où vient le danger, tu pourrais à tout moment être perdu par ta curiosité. Voilà donc où l'Aduram les a piégés. Stériles. Mais seulement comparées à la forêt qui les entoures. Loin de la jungle luxuriantes, les territoires du silence présentent une faune et une flore éparses, mais aussi impressionnantes qu'elles sont discrètes, évoluant en plein milieu d'une atmosphère lourde à en intimider le plus téméraire des hommes. Tu n'auras passé que peu de temps dans ce que tu penses être le territoire Drow, comparé à la douloureuse éternité de ton voyage dans l'Aduram, mais s'il y a eu une chose pour marquer ton esprit, c'est la densité de ce que tu penses être du poison dans les rares plantes que tu auras rencontré.
IV : La menace sombre
Tu n'es pas un guerrier. Tu n'es pas un guerrier et tu t'en voudrais presque. La menace n'en est plus une. Elle a été mise à exécution. La haine des Drows a explosé. Ton peuple est en guerre, et votre Mère souffre. Elle souffre de voir ses enfants s'entretuer. Elle s’écorche de voir ceux qui ont il y a des cycles de cela grandi en son sein revenir. L'Aduram les a détruits. Les Terres-Stériles les ont changés. Ils n'ont plus la foi. Ils ne veulent plus croire. Ils ne veulent plus d'une chose en quoi croire, alors ils la détruisent. Et ils vous détruisent vous qui tentez de la défendre. De grands hommes sont tombés. Caranthir est tombé. Et tu t'en es retrouvé bien plus affecté que tu ne l'imaginais. Il était l'un des grand visages d'Alëandir. Tu étais parti avec quelque chose à lui prouver. Tu l'avais défié, tu avais remporté ton défi, et il n'était plus là pour que tu t'enorgueillisses. Si seulement il n'y avait que ta fierté pour être blessée. C'est l'un des piliers de tout un peuple qui s'est éteint. Avec lui disparaissait un symbole, un exemple, des objectifs et des prétentions. Avec lui disparaissaient plus de raisons d’avancer que ce n’était acceptable, et surtout, c'est un membre de ta famille des Cités qui s’était évanoui. Tu croyais avoir grandi pendant tes voyages, et voilà que la Guerre te faisait à nouveau petit enfant, accroché à son père comme s'il était tout ce qui lui reste, et mort d'inquiétude pour le devenir de sa mère. Tes larmes coulent librement, et tu n'en as point honte. C'est en te laissant aller à tes émotions que tu es devenu qui tu es. Et tu es fier de qui tu es. Tu es né des Noss, et dans le chaos de la bataille, tes racines t'appellent. Te voilà déjà reparti, à la recherche de ta seconde génitrice, celle qui aura su faire aujourd'hui plus de cinq siècle de sacrifice. Loin des yeux, mais toujours près du cœur. Celle qui mérite amplement de voir se refléter dans ses iris ce qu'il est advenu du fruit de ses entrailles. Tu files à travers l'Anaëh qui hurle le sang de ses enfants, suivant la voie qui se trace naturellement devant toi. La voilà la puissance de la Symphonie, telle est la force des créatures de Kÿria. Même dans la douleur elles savent vous guider. Même souffrantes elles ne veulent pas du même destin pour vous. La déesse première aime tant ses fils qu'elle ne fait que trop tarder à les punir. Elle les rassemble plutôt que de les séparer, elle les caresse plutôt que de les fesser, car elle sait que le temps viendra où ils seront à nouveau à elle. La déesse est clémente, mais sait comment obtenir le respect. Prend garde à toi qu'aujourd'hui elle guide, car au moindre faux pas, elle te reprendra. Tant que tu marcheras droit, elle t'amènera ou tu dois. Et parfois, là où tu dois est là où tu veux. Signe du destin, vos routes se recroiseront dans de sentimentales retrouvailles. Ta Noss natale, béni refuge en ces temps maudits. Ta mère, dont le regard se pose sur toi comme au premier jour, t'accueillant contre elle comme si les années ne s'étaient jamais écoulées. Sous les regards brillants de ta première famille, tu enfilais à nouveau le vêtement des elfes sauvages, aux couleurs de l'Anaëh, retrouvant ta place auprès de l’Aînée comme si tu ne l’avais jamais quittée. Soulagé de savoir l'immortalité de ceux qui t'ont vu venir au monde encore intacte, soufflant le pensée de la possible mort de ton père loin des fines oreilles de ta mère, certains auraient pensé un retour au temps jadis, les retrouvailles ne sont pourtant qu'une trêve entre les batailles. Lorsque la guerre fait rage à l'orée des bois, la rime s'accroche entre espérance et souffrance. Des Noss ou des cités, vous êtes des elfes, peuple de l'Anaëh et enfants de Kÿria. Défendre les terres que vous partagez est votre devoir et votre fierté. Tu es un mage. Détenteur de savoirs. Sur toi donc plus encore que sur d'autres presse le poids des responsabilités. Qu'inquiétude ne vienne pour autant pas t'écraser, car après des saisons passées entre les ailes de druide et chef guerrier, et l'héritage d'Alëandir dans lequel puiser, tes épaules ne sauraient flancher.
Epilogue : La levée du voile
Les doigts anciennement crispés par l'obscurité se délient lentement. La trêve n'aura finalement été dans la vie d'un immortel que de courte durée. L'aube se levait sur une ère guerrière pour le peuple d'Anaëh. Sous un soleil dévoilant à nouveau ton visage, la douce chaleur s’obscurcit tout de même d’un anonymat au goût d’une injustice du passé. Avant la guerre, tu étais parti au loin chercher la vérité. Tu l’avais trouvée, et avec elle, tu as trouvé ce qui sauverait les eaux du poison que l’on y a versé, mais tu ne serais malgré tout jamais connu comme l’un des héros de l’Anaëh. Etais-ce une mauvaise chose que d’ainsi regretter l’échec de la parfaite revanche contre l’indignité de ta naissance… peut-être. Oui, peut-être fallait-il accepter de disparaître du décor, lorsque Kÿria dans un miracle comme elle en a le secret, rendait ses couleurs à votre forêt. La Symphonie est plus vigoureuse que jamais, et dans ce monde reverdissant, Liltalaima joue les tentatrices. La forêt lure à elle les citadins, et les villes impuissantes voient les habitants leur échapper, de nouveaux clans se former, et de nouvelles animosités naître. Imiter l'Anaëh et reconquérir les Terres Perdues ? Retourner la nature comme l'ancien peuple qu'étaient les Sylvains ? Partir en quête de l'harmonie entre le Sylvestre et l'Urbain ? Les interprétations des événements sont aussi nombreuses qu'il y a d'esprits dans ce monde, mais s'il y a une chose dont tu es sûr, c'est qu'il vous est interdit d'abandonner ce que l'Anaëh a repris. À la manière de votre Déesse, il est temps de combattre le feu par le feu.
Il t'aura presque fallu un cycle entier, mais aujourd'hui, tu es prêt.
HRP:
Dernière édition par Lœthwil le Jeu 9 Aoû 2018 - 19:07, édité 13 fois
Lœthwil
Ancien
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Sujet: Re: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Jeu 29 Oct 2015 - 19:07
Et voilà o/ Je suis fin prêt a (me faire ) passer ( dessus par ) le jugement
Arichis d'Anoszia
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Sujet: Re: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Dim 1 Nov 2015 - 0:24
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[Métier] : Chercheur Thaumaturge
[Sexe] : Masculin
[Classe d'arme] : Magie
[Alignement] : Chaotique bon
Foire au RP ~ Pour tout ce qui est recherche de compagnons RP. En bref, que du bonheur ! Journal de bord ~ Pour archiver tes liens de RP qui content l'histoire de ton personnage {Vivement conseillé}. Et enfin, si tu as des question, n'hésite surtout pas à demander l'aide d'un parrain, ou à tout simplement poser tes questions dans la partie créée à cet effet.
Maélyne de Lourmel
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Sujet: Re: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Mer 13 Jan 2016 - 12:01
Déplacement pour modifications.
Ancienne fiche :
Spoiler:
Citation :
Nom/Prénom : Faerin Estiam Âge/Date de naissance : 44e année du dixième cycle /963 ans Sexe : Masculin Race : Elfe Faction : Noss Particularité : Pourtant enfant d'un peuple chez lequel chaque naissance est exceptionnelle, il fait parti de ceux dont les parents n'ont jamais pu se réjouir ensembles de la venue au monde de la chair de leur chair, et s'il a bel et bien pu les connaître tous les deux, il ne les aura qu'en de rares occasions vus ensembles. Ces conditions assez spéciales semblent l'avoir plus marqué qu'il n'ose l'avouer, le laissant tant physiquement que psychologiquement, un maladroit assemblage de ses géniteurs.
Alignement : Chaotique bon Métier : Thaumaturge Chercheur Classe d'arme : Magie élémentaire Équipement / Possessions : Elle est bien loin déjà l'époque qui a vu pétiller ses yeux devant les parures métalliques des forces armées. Il s'en est passé des ennéades depuis la dernière fois que le fer s'est approché de ce qui n'était encore qu'une peau d'enfant. Ce sont les tissus fins qui auront gagné les faveurs de l'elfe. De longues tuniques de soie et de coton aux motifs aussi complexes que forts de significations reposent chaque jour sur ses épaules, en souvenir de celle qui les a confectionnés, au départ espérant vêtir le père plutôt que le fils. Il est cependant quelques objets dont le mage ne se sépare qu'en de millénaires exceptions. Plume et carnet lui pendant toujours à la ceinture, prêts à sceller la moindre de ses pensées dans l'encre, lui semble-t-elle judicieuse. Mais comme tout mage, une de ses possessions est devenue extension de lui-même. Hexagone pendant à son oreille gauche, serti d'une modeste pierre de saphir, la boucle d'oreille est un présent de son père, et est entré dans sa vie trop peu avant son éveil à la magie pour n'y avoir joué aucun rôle. Estiam n'aura que peu profité de sa longue vie pour accumuler les possessions , mais ce qu'il a choisi de conserver, il l'a choisi pour sa valeur sentimentale plutôt que matérielle.
Description physique : Une chevelure d'un blond sélénien souligne le teint mat, presque d'or de sa peau. L'apparence même d'Estiam respire la liaison interdite qui l'a engendré. Oscillant de corps comme de cœur entre les profondeurs de la forêt et les pierres des cités, les traits de l'elfe ont choisi de le tirer pour l'un vers ses ancêtres sauvages, et pour l'autre vers ses parents de Pierre plutôt que de se mêler harmonieusement. Un pouce au dessus des deux mètres, d'une belle taille même chez les Elfes de Pierre, sa stature magnifiée par un large tombé d'épaules ne diffère que peu de celles des chasseurs des Noss. C'est un corps svelte, élancé, aux muscles finement dessinés par d'éprouvants apprentissages qui se cache derrière les drapés flottants de ses manteaux. Contrairement à ce que l'on attendrait de l'elfe à l'environnement sentimental instable, le temps ne semble pas avoir pris le meilleur du mage. À peine cisaillé par d'autres traits que ceux qui marquent son humeur, il est rare que le visage d'Estiam ne soit pas fendu d'un paisible sourire, soutenu d'un regard transcendant la dureté de sa pâleur pour communiquer ce qui s'apparenterait presque à de la malice.
Description mentale : Plus rien ne peut surprendre l'elfe millénaire. Créatures de l'éternité, elles sont peintes d'un masque d'impassibilité. Les elfes de leur grande taille, haussent hautainement les sourcils face au autres créatures intelligentes. Seules la guerre, l'euphorie ou la dépression sauraient marquer ces éternels visages. Telle est la légende pesant sur le peuple d'Anaëh. Racontars avec leur part de vérité. Certains Sylvains savent perdre l'air grave devenu signature de leur peuple. Estiam est de ceux qui n'en demandent que peu pour sourire, s'attrister, ou même s'emporter. Et bien que, porté par la promesse d'éternité, il fasse preuve de bien plus de patience et de retenue que n'en serait capable un homme, ce ne sont pas fabulations lorsque les pairs d'Estiam le qualifient d'émotif. Sa capacité à vivre pleinement ( pour un elfe ) ses sentiments au jour le jour est peut-être la raison même pour laquelle les peines ont glissé sur ses joues au lieu d'arracher son visage. Il est pourtant une chose qui ronge le thaumaturge depuis sa plus tendre enfance et qui ne saurait le laisser en paix sans que la mort ne vienne l'y arracher. C'est son insatiable curiosité. Assoiffé de savoir et fasciné par son propre monde, c'est en l'observant, tentant sans relâche de la comprendre que l'elfe exprime son amour pour la création. Parfois aveuglé par les flammes de sa passion, le sentiment d'approcher du but est prompt à lui faire perdre la raison. L'expérience ne vaut pas toujours le sacrifice, Estiam le sait. Mais pour connaître il faut d'abord observer. Le tribut semble toujours moindre lorsqu'il est à venir. Cherchant à les comprendre, sans réaliser quelle offense il leur fait, le mage serait capable de défier les Dieux. Des questions auxquelles on a refusé de lui apporter réponse, couplées à une attraction innée vers l'Anaëh et ses murmures l'ont poussé à quitter la belle Alëandir. Attiré de fil en aiguille vers l'extérieur, prêt à risquer sa vie pour découvrir ce que dissimulait la barrière végétale, l'elfe s'est mainte fois égaré bien loin de sa terre mère. Mais quelles que puissent être ses fascinations du moment, il n'y a qu'un endroit qu'il puisse appeler sa maison, et ce sont les terres de l'Anaëh.
Capacités magiques : Une lumière qui n'éclaire pas. Une aura invisible. Un sifflement presque inaudible. L'énergie lui avait toujours fait du charme. La toile lui avait toujours été une sirène. Il y avait pourtant une mélodie plus envoûtante encore qui retentissait à ses oreilles juvéniles. La Symphonie. Distrait par ces musiciens d'un autre monde, il a longtemps ignoré l'appel plus discret des arcanes, et l'aurait peut-être ignoré pour toujours. Une grâce de la forêt. C'est la manière la plus authentique de décrire son départ pour les cités, parce que c'est sous le commendement d'un Druide qu'au mépris de sa Noss natale, l'enfant centenaire a été rendu à la cité. D'un bel âge déjà devant les autres apprentis, étranger en ces lieux à la musique éraillée, il a pourtant choisi d'embrasser l'académie d'Alëandir. Et il a souvent trop serré. Trop impatient, trop fougueux. Dévorant des écrits bien loin de son domaine de capacité, se lançant dans tout et dans rien, fort de la folie adolescente, et l'orgueil piqué à vif par ses multiples échecs. Plus douloureux les uns que les autres. Il avait reçu un don de Kÿria, un moyen de se rapprocher un peu d'elle et de sa création, et il ne faisait que le gâcher. Dans un élan de colère, un jour il a failli tout abandonner. Reprenant là où les autres maîtres avaient échoué, c'est son sorcier de père qui s'attela à l'initier. Tantôt tranchant comme la glace, tantôt calme comme le lac. Parfois grondant comme l'orage, souvent vif comme le ruisseau. L'adolescent trouva sa compagne de déraison dans les mouvements de l'eau. Et enfin dans sa demeure, et sagement conseillé, il progressa lentement dans la voie non pas qu'il ait choisi, mais qui lui correspondait. Guidé par un maître sans être enfermé, c'est ainsi que les rituels du nouveau mage se sont forgés. On dit de l'enfant sauvage qu'il n'est jamais dompté, qu'il reviendra à la nature quelles qu'en soient les modalités. La magie d'Estiam fait de ces mots vérité. Lorsqu'il lance un sort, c'est une symbiose avec son art plusqu'une réflexion qu'il entreprend. Les gestes d'Estiam coulent au gré de ses sensations, se transforment presque en une gracile danse. Tant habitué au mouvment, il sait rester mobile à travers la concentration, requiert même presque de s'élancer lorsqu'il doit modeler, parce que c'est là son grand talent. L'expression de la magie d'Estiam donne tout son sens à l'appelation d'art. Dérivées de sa connexion avec la symphonie, hommage à la vie créée par Kÿria, les trois éléments auxquels a réussi à s'ouvrir l'elfe à travers les siècles, lorsqu'il les appelle à lui, prennent la forme des créatures que son périple lui a offert de croisé. Des serpents ruisselants aux flammes ailées, en passant par les géants de pierre, c'est un véritable spectacle que de le voir s'exercer, dansant au son du focaliseur qui tinte à son oreille. Estiam n'utilise pas la magie, il la vit et la fait vivre. Il s'épanouit dans ce qu'il voit comme un lien avec les Dieux, une partie même de leur être. Une communion avec quelque chose de plus grand, un fil de soie sur lequel il tire, tire dangereusement pour s'approcher, soucieux cependant de ne pas le briser. Prudence est mère de sureté. Mais prenez garde lorsque patience vous singez, à ne pas vous enliser.
Histoire :
I : Double Eveil
Un amour interdit par le schisme, mais en réalité tellement naturel. Ils ne sont pas les premiers, et ils ne seront pas les derniers. Chaque Noss se risquant à commercer avec la cité expose ses membres à la tentation. Les elfes de Pierre sont aussi beaux qu'ils sont différents, il n'en faut pas plus à des êtres d'un naturel curieux, malgré leurs firmes convictions, pour succomber à l'exotisme. Habile artisane et oratrice avertie, c'est tout naturellement que celle qui deviendrait ta mère avait été choisie pour gérer les échanges de son clan. Prendre-donner, donner-prendre, c'est un jeu auquel l'elfe devint rapidement efficace. Elle prit même dangereusement goût aux quelques jours qu'il lui était donné tous les deux ans d'arpenter le pavé. Mais est-il une femme en Anaëh qui n'aimerait pas le goût d'un véritable baiser d'amour...
« Trahison ! »
Un regard, un mot auront suffi à faire couler les larmes d'une femme dont commencent à apparaître les rondeurs. Événement si rare chez les créatures millénaires que sont les elfes, source de joie chez un peuple aimant ses enfants, ta conception aura eu le mérite de faire élever les voix. Toutes sauf celle de ta mère, honteuse, plongée dans le silence pour ne pas nourrir le feu. Éprise de culpabilité, mais chaque jour un peu plus heureuse. Souriant dans son mutisme face à ses courbes prenant de l'ampleur. Heureuse d'accueillir une vie, lui aie-t-elle coûté un respect durement gagné au sein de la Noss. Heureuse d'une joie communicative, assez pour lever la figure face à ceux que par passion elle a trahi, et obtenir d'eux un sourire en retour. Représentant d'un métissage mal accueilli. Tu n'en restais pas moins l'un des leurs. L'enfant n'a pas à être puni pour la faute du parent. La Noss se doit de transcender les conflits si elle veut perdurer. Ta naissance fut autant acclamée que ta conception huée. Et comme pour leur prouver un peu plus ta valeur, en cadeau à un enfant pour qu’il renoue avec son clan, ton oreille fut bénie. Le sang des villes qui coule dans tes veines n’a pas empêché aux chants d’Anaëh de monter jusqu’à toi. Tu as vécu de jeunes années soutenu par un concerto sans auteur, éduqué au rythme d’une mélodie pulsant à même ta peau. Ivre de la Symphonie depuis le plus jeune âge, tu n’as jamais tari d’éloge envers Kÿria ta première mère. Tes premières phrases, tu les as conçues pour tenter d’exprimer l’indescriptible, sans jamais y parvenir. Alors tu t’es tourné vers votre chef spirituel. Si les druides ne pouvaient t’apporter de réponses, alors personne d’autre ne pourrait. N’étaient-ils pas les êtres vivants les plus proches de votre déesse ? Ils devaient ressentir ce que tu ressentais, peut-être encore plus fort. Ils devaient savoir, et malgré tout ils ne t’avaient jamais dit que d’attendre, que tu comprendrais une fois le temps venu. Ta main glisse le long du soyeux tissu. Tu n’as pas l’habitude de porter ce genre de vêtements. Tu ne comprends pas, ni comment, ni pourquoi. Tu as attendu un siècle, et maintenant tu partais. Sans rien te révéler, ils te renvoyaient vers les villes. Là où la musique se faisait parfois presque stridente. Une dernière caresse, et un dernier baiser… qui ne t’es pas destiné. Loin de ton univers, loin des tiens, et maintenant ta mère qui se dérobe à tes mains. Ton monde s’écroule sous tes pieds, et toi, tu pleures de joie. Tes doigts s’enfoncent là où coulent tes larmes. Dans les bras de ton père.
Les druides sont des mages autant qu’ils sont un pont vers les Dieux. Ce que décrivais tout petit comme des étincelles parcourant ton corps était bien en lien avec la création divine, mais tes symptômes étaient bien loin d’être œuvre de la Symphonie. Tu le comprendrais finalement ici. À Alëandir, dont la pierre coule dans ton sang autant que les bois dans lesquels évolue la Noss. T’éloigner des sirènes d’Anaëh, du moins ils l’espéraient, te permettrait de te concentrer sur l’apprentissage de la facette de l’art qui t’étais destinée. Si seulement tu la trouvais.
Et si tu ne trouvais rien ce n’était pas manque de recherche. Combinaison d’une forte volonté d’apprendre et d’un orgueil mal placé, tu as souvent fait fi du rythme que l’Académie t’as imposé. Non pas pour flâner, mais pour forcer la main au temps. Plus âgé que la majorité de tes camarades, adolescent esseulé parmi les enfants, tu te devais d’en savoir plus qu’eux, il allait de ton honneur que tu fasses mieux. Mais le mieux est l’ennemi du bien, et à aller plus vite que la musique tu as fini par trébucher. La magie la plus dangereuse est celle mal utilisée, qui sait ce que tes petites expériences auraient pu provoquer ? Tu peux t’estimer heureux de ne t’être que peu blessé, et ça tes professeurs ne te l’ont que trop souvent répété, sans comprendre la frustration qu’à ces mots tu liais. Impatient. Emerveillé par les miracles qu’accomplissaient devant toi les elfes les plus entraînés, envieux de la facilité avec laquelle ils semblaient les perpétrer, et las d’enchaîner les échecs, tu as fini par perdre foi en toi. L’Académie ne s’embarrasserait pas de toi si tu étais une cause perdue, si les maîtres continuaient de tenter de t’imposer discipline, si tu te trouvais encore entre ces murs malgré tes nombreuses entorses au règlement qui y fait loi, c’est bien parce qu’ils t’en jugeaient digne. Il ne te restait plus qu’à toi-même retrouver confiance.
« Ecoute, Alëandir ne s’est pas bâtie en un jour. C’est normal que les débuts soient pénibles. Sois patient. » « Et si je n’y arrive toujours pas ? » « Tu y arriveras, ne t’inquiète pas. Il faut juste que tu comprennes comment. » « … » « N’y pense plus. Allons faire un tour en ville, te détendre un peu te fera du bien. »
Il n’imaginait simplement pas à quel point cette simple balade changerait ta vie. Il n’imaginait pas à quel point ce bijou changerait ta vie. Ce qui n’était qu’un simple présent d’un père à son fils chagriné deviendrait vite bien plus.
« Tiens. » « Non merci papa, je n’ai pas soif. » « Je n’ai jamais dit que tu devais la boire. » « Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse alors ? » « Surprends-moi. »
Pas besoin de plus pour que tu ne t’attelles à la tâche. Sourcils froncés, front plissé, par mimétisme adoptant les gestes de tes professeurs, tu t’appliquais à échouer une nouvelle fois.
« La magie ne s’apprend pas que dans les livres mon enfant. Elle est personnelle. Il faut que tu trouves ce qui te fait vibrer toi. »
Une main encourageante sur ton épaule devient ton seul lien avec la réalité lorsque tes yeux se ferment. Trouver ce qui te fait vibrer… retrouver les sensations qui te traversaient alors que tu étais encore au cœur de la forêt. Lisser la mélodie. Prendre la main de ta mère seconde. Plonger dans les bras de ta mère première. S’accrocher à Kyrïa. Danser au son de la Symphonie jusqu’à ce qu’elle porte jusqu’à toi l’énergie. Tu vois l’eau. Tu vois la rivière. Tu vois l’écoulement de la rivière. Tu vois le calme du lac. Tu vois les poissons à travers la surface cristalline. Personne ne connaît le lac mieux que le poisson, personne ne connaît le poisson mieux que le lac. Alors le lac est le poisson. L’eau s’élève, ondule, nage à travers les airs. L’eau est poisson. Tu as réussi. Tu le sais. Tes yeux toujours fermés, tu le sens. La mélodie crispée des villes s’est détendue, réorchestrée par les tintements étouffés de ton unique boucle d’oreille. Jamais tu ne trouveras les mots pour exprimer à quel point tu lui est reconnaissant. Cette main dont le contact s'est lentement effacé au fil de tes mouvements, parce qu'il suffira pour que son détenteur te comprenne, tu as creusé une fine brèche dans ta concentration, pour lui adresser un mot.
« Merci. »
II : Alëandir
Un nouvel homme. Un adulte. Ta fougue finalement domptée par ton père et tempérée d’une pointe de patience, vainqueur sur tes démons, tu as de nouveau osé traverser les portes du temple de la connaissance. Plus avide de savoir que jamais, mais l’oreille prête à écouter et l’esprit préparé à appliquer les conseils des maîtres. Talentueux et assidu, quoiqu’agissant parfois toujours avec un peu trop de passion, tu as fait la fierté de professeurs qui t’ont retrouvé changé. Les saisons t’ont aidé à t’intégrer parmi un groupe d’élèves avec qui la différence d’âge ne comptait maintenant plus. Tu as appris à apprécier les vibrations qui émanaient de ce lieu où la magie était sans cesse sollicitée, contrebalançant sa Symphonie quelque peu dénaturée. Tu t’es lié à l’endroit tant et si bien qu’il est devenu ton troisième foyer. Tu as été témoin du départ de nombre de tes nouveaux camarades, partis chercher leur place dans la cité, et parfois même t’ont-ils demandé quand est-ce que tu les suivrais. Et chaque fois tu leur as répondu, que s’ils cherchaient leur place, tu avais déjà trouvé la tienne. L’Académie. Au milieu de tout et pourtant en dehors du monde. Ici se concentraient les savoirs de l’empire Sylvain que les Noss ne conservaient pas jalousement. Qu’il pleuve ou qu’il vente, l’Académie amassait, créait et dispersait les savoirs. Ou du moins, les savoirs qu’elle jugeait bon de pourchasser. L’assassin du roi…Un elfe noir… un Drow… c’est tout ce qu’ils avaient accepté de communiquer avant que les engrenages ne reprennent leur course habituelle. Ils ne feraient rien. Ils ne chercheraient pas à comprendre. Ou alors, ils chercheraient dans le plus grand des silences. Près de deux siècles à arpenter ces lieux seront loin d’être suffisant à gagner les faveurs des hauts rangs. Au même titre que les autres, tu ne saurais rien. Le danger planait, et personne ne saurait jamais rien avant qu’il ne soit trop tard… sauf si toi tu comprenais. Qui pouvait bien être ce Drow. D’où venait cet elfe noir ? Et pourquoi cet acte de haine ?
« Estiam, pourquoi tant d’empressement ? » « Je pars. » « Et où vas-tu donc ? »
Caranthir. Un des plus grands mages de l’Académie, et par extension, peut-être de tout Miradelphia. Homme auquel tu voues autant d’admiration que de respect. Homme dont la seule présence dans le corps militaire Elfique aurait presque su t’y attirer. Aujourd’hui obstacle sur ta route.
« Au bon endroit j’espère. »
Pourquoi te poser une question dont il connaissait déjà la réponse? Il suffisait d’interroger les manuscrits sur lesquels tu t’endormais tard le soir, tous témoignages des légendes des temps anciens. Tous décrivant gloires et douleurs passées de l’Anaëh. Tous contant les tragiques événements du Linoïn. Il sait pertinemment quelle est ta destination et les dangers que tu cours. Il ne tentera pourtant pas de te stopper. Aucun elfe ne sera jamais assez influent pour te stopper. Toi la tête brûlée d’Alëandir. Parti sans même dire au-revoir à la seule personne capable de te raisonner, car conscient que ton salut aurait eu l'amère saveur d'un adieu.
III : Territoires étrangers
Maudit soit cet endroit dont les idéaux se contredisent. Maudit soit le mensonge dans lequel vit la cité d’Alëandir. Carnet vierge plume et encre pour seules possessions, tu as fui le pavé pour regagner la forêt profonde. Si les enfants de Kyrïa jouent les ignorants, ses créatures elles ne sont que vérité. Ni bonnes, ni mauvaises, elles ont pour seul but de protéger les créations de la déesse. Progéniture de la déesse première, tu n’avais d’autre choix que d’espérer être part de son royaume, de mériter sa protection, mais surtout, de mériter ses conseils. Les siècles dans les cités t’auraient presque fait oublier la beauté des chants de Liltalaima. La symphonie des arbres, elle t’avait tant manqué. L’entendre à nouveau était comme retrouver une paix perdue, abandonnée à des souvenirs d’enfance. La tentation est forte, retourner à l’insouciance de ta tendre jeunesse, laisser derrière toi les malheurs citadins pour regagner ta place dans la nature sauvage. Sauf que tu ne pouvais pas te le permettre. Ce ne sont pas que les risques qui planent sur la ville qui t’inquiètent. Ce sont les sombres soupirs ponctuant les mélodies de l’Eäla qui te font penser à mauvais présage. Si tes doutes quant à l’identité de ceux qui par ton peuples ont été baptisé Drows s’avère justifiés, alors c’est tout l’Anaëh qui court un grave danger. Qui sinon les Dieux savent de quoi sont capables des immortels rongés par la folie ? Jusqu’où peut grandir une haine à qui l’on a dnné six cycles entier pour mûrir ? Peut-être ces tristes accords mineures n’étaient-ils que l’écho de tes doutes. Peut-être n’entendais-tu que ce que tu voulais entendre, mais foi aveugle placée en la Symphonie, tu as suivi tes pressentiments, avancé là où te conduisaient tes instincts. D’heures en jours et de jours en ennéades, tu as fait de ta magie une arme prédatrice, vécu de ce que l’Anaëh a bien voulu t’offrir. Sans jamais oublier pourquoi tu étais parti, tu as pris le temps d’immortaliser du bout de ta plume chacun des mystères que la mère première a mis sur ton chemin. Elle t’a guidé, pas à pas, pour faire de toi un être complet. Elle te prépare lentement, te rapproche d’elle avant le moment fatidique. Bientôt, elle et toi serez réellement séparés.
« Vous ! » « … » « Vous ne me semblez pas être un druide. Cela va faire bien longtemps que je n'ai pas croisé de solitaire ici dans l'Anaëh. Qu'est-ce qui vous amène donc ?» « Le roi Glorfindel a été tué. » « Est-ce la ta raison de perturber la Symphonie ? » « Je... » « Ne t'inquiètes pas mon enfant. Si l'Anaëh te réponds, c'est que tu es sur la bonne voie. » « Moi je ne fais que péniblement la suivre. Vous les druides êtes ceux qui savez parler à l'Anaëh. » « Tu es sensible mon enfant. Et c'est une bonne chose. Mais prend garde à ce que ta sensibilité ne te tue pas, une fois là-bas dans l'ancien Linoïn. » « Vous... » « La Symphonie conte bien des histoires. L'Aduram lui, il ne fait que hurler... »
Hurler est le mot. Les cris de l'Aduram te rendront fou. Comme ils ont sûrement rendu fous les habitants du temps de la chute du Linoïn. Ton être entier souffre des gémissements d'une forêt qui semble tordue de douleur. Il seraient beaux les bois de l'Aduram, si seulement ils acceptaient de se taire. Si seulement ta plume ne manquait pas de déchirer le papier chaque fois que tu osas l'y poser. L'Aduram est une terre peu connue de ton peuple, car théâtre de tragédie. Mais c'est aussi la clef du mystère des elfes noirs. Tu en es convaincu. À sa manière, cette partie de la forêt parle elle aussi. Elle est agressive, et chacun de ses mots blesse, mais elle semble avoir ne serait-ce que le semblant d'un but. Survis à l'Aduram, et tu comprendras. Marche sans succomber à la folie. Marche lentement et économise ton esprit, car certaines des créatures qui rôdent dans l'Aduram te forceront à roder ta magie. Vis et tu verras. Les elfes noirs l'ont fait avant toi. Des ennéades ou siècles ? Le temps n'importe plus. Déchiré. Tu espères chaque pas être le dernier dans cet endroit de malheur sans vraiment avoir envie d'en sortir. Tes cahiers sont à court de pages depuis bien longtemps, c'est ton esprit embrumé qui continue péniblement d'accumuler les connaissances. Tu es persuadé d'être loin d'avoir tout vu. Retenu en ces bois par ce sentiment, tu t'es retrouvé bien surpris lorsque le silence t'as avalé. La végétation perd en densité au fur et à mesure de ton avancée, semblant presque fuir ce qui t'attends, et à juste titre. Voici les Terres où la nature n'a pas de voix. Ithri'Vaan. Là où les marchands ont tant hélé que les Eälas n'osent plus les défier. Une civilisation réputée sans règles aucune, où chacun est libre d'être comme d'en empêcher ses pairs. Le racisme n'existe pas en Ithri'Vaan. Chacun à sa place en Ithri'Vaan, à condition de pouvoir payer comptant. Pour quelqu'un n'ayant jamais connu que le troc et les échanges de savoirs comme monnaie, le concept d'argent n'avait pas lieu d'être. Quelle valeur pouvaient bien avoir ces simples petit bout de métal après tout ? Ils ne nourriraient personne, ils n'ouvriraient l'esprit de personne, et pourtant, c'est presque un culte que leur vouait la population de ces lieux. Étranger au concept même de monnaie, tu ne l'était pas. Tu savais de te lectures le fonctionnement d'un tel système, seulement, tu n'y voyais qu'un maigre intérêt. Et tu y voyais un frein. Tu n'as à partager que des connaissances. Rien à vendre qui ne soit pas pure propriété intellectuelle... ou alors...simplement ton aide. Bien peu de choses du quotidien sauraient faire obstacle à un mage maniant les essences même de la nature. L'eau, ta première alliée, et la terre, lentement domptée grâce aux conseils de l'Anaëh sont les éléments avec lesquels se battent agriculteurs comme maçons. Un flux bien plus faible qu'au cœur de l'Anaëh et la nécessité d'aller contre tes instincts, et de briser les formes vivantes que tu as toujours façonné rendaient ta magie bien maladroite, mais ne dit-on pas que l'effort paie ? De nouveaux manuscrits vierges entièrement encrés si tôt achetés, la possibilité de côtoyer d'autres peuples, et surtout, d'observer, non sans appréhensions, des elfes noirs de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l'on approche de l'Est des territoires. Voilà ce que t'aura apporté l'Ithri'Vaan. Une direction. L'Est. L'Est où règne un silence tant physique que spirituel. À l'Est se trouve la mort. Les Terres Stériles. Domaine des elfes noirs. Ici, tu es un intrus, et sans Anaëh pour te murmurer d'où vient le danger, tu pourrais à tout moment être perdu par ta curiosité. Voilà donc où l'Aduram les a piégés. Stériles. Mais seulement comparées à la forêt qui les entoures. Loin de la jungle luxuriantes, les territoires du silence présentent une faune et une flore éparses, mais aussi impressionnantes qu'elles sont discrètes, évoluant en plein milieu d'une atmosphère lourde à en intimider le plus téméraire des hommes. Tu n'auras passé que peu de temps dans ce que tu penses être le territoire Drow, comparé à la douloureuse éternité de ton voyage dans l'Aduram, mais s'il y a eu une chose pour marquer ton esprit, c'est la densité de ce que tu penses être du poison dans les rares plantes que tu auras rencontré.
IV : La menace sombre
Tu n'es pas un guerrier. Tu n'es pas un guerrier et tu t'en voudrais presque. La menace n'en est plus une. Elle a été mise à exécution. La haine des Drows a explosé. Ton peuple est en guerre, et votre mère souffre. Elle souffre de voir ses enfants s'entretuer. Elle meurt de voir ceux qui ont il y a des cycles de cela grandi en son sein revenir. L'Aduram les a détruit. Les Terres-Stériles les ont changé. Ils n'ont plus la foi. Ils ne veulent plus croire. Ils ne veulent plus d'une chose en quoi croire, alors ils la détruisent. Et ils vont détruisent vous qui tentez de la défendre. De grands hommes sont tombés. Caranthir est tombé. Et tu t'en est retrouvé bien plus affecté que tu ne l'imaginais. Il était l'un des grand visages d'Alëandir. Tu étais parti avec quelque chose à lui prouver. Tu l'avais défié, tu avais remporté ton défi, et il n'était plus là pour que tu t'ennorgueillisses. Si seulement il n'y avait que ta fierté pour être blessée. C'est l'un des piliers de tout un peuple qui s'est éteint. C'est un symbole d'autorité parmi les mages qui a disparu, et surtout, c'est un membre de ta famille des Cités qui s'est évanoui. Tu croyais avoir grandi pendant tes voyages, et voilà que la Guerre te faisait à nouveau petit enfant, accroché à son père comme s'il était tout ce qui lui reste, et mort d'inquiétude pour le devenir de sa mère. Tes larmes coulent librement, et tu n'en as point honte. C'est en te laissant aller à tes émotions que tu es devenu qui tu es. Et tu es fier de qui tu es. Tu es né des Noss, et dans le chaos de la bataille, tes racines t'appellent. Te voilà déjà reparti, à la recherche de ta seconde génitrice, celle qui aura su faire aujourd'hui plus de cinq siècle de sacrifice. Loin des yeux, mais toujours près du cœur. Celle qui mérite amplement de voir se refléter dans ses iris ce qu'il est advenu du fruit de ses entrailles. Tu files à travers l'Anaëh qui hurle le sang de ses enfants, suivant la voie qui se trace naturellement devant toi. La voilà la puissance de la Symphonie, telle est la force des créatures de Kÿria. Même dans la douleur elles savent vous guider. Même souffrantes elles ne veulent pas du même destin pour vous. La déesse première aime tant ses fils qu'elle ne fait que trop tarder à les punir. Elle les rassemble plutôt que de les séparer, elle les caresse plutôt que de les fesser, car elle sait que le temps viendra où ils seront à nouveau à elle. La déesse est clémente, mais sait comment obtenir le respect. Prend garde à toi qu'aujourd'hui elle guide, car au moindre faux pas, elle te reprendra. Tant que tu marcheras droit, elle t'ammènera ou tu dois. Et parfois, là où tu dois est là ou tu veux. Signe du destin, vos routes se recroisent pour de sentimentales retrouvailles. Ta Noss natale, béni refuge en ces temps maudits. Ta mère, dont le regard se pose sur toi comme au premier jour, t'accueillant contre elle comme si les années ne s'étaient jamais écoulées. Sous les regards brillants de ta première famille, tu enfilais à nouveau le vêtement des elfes sauvages, aux couleurs de l'Anaëh, te rapprochant symboliquement encore un peu plus de la déesse première. Soulagé de savoir l'immortalité de ceux qui t'ont vu venir au monde encore intacte, soufflant le pensée de la possible mort de ton père loin des fines oreilles de ta mère, certains auraient pensé un retour au temps jadis, les retrouvailles ne sont pourtant qu'une trève entre les batailles. Lorsque la guerre fait rage à l'orée des bois, la rime s'accroche entre espérance et souffrance. Des Noss ou des cités, vous êtes des elfes, peuple de l'Anaëh et enfants de Kÿria. Défendre les terres que vous partagez est votre devoir et votre fierté. Tu es un mage. Détenteur de savoirs. Sur toi donc plus encore que sur d'autres presse le poids des responsabilités. Qu'inquiétude ne viente pour autant pas t'écraser, car après des saisons passées entre les ailes de druide et chef guerrier, et l'héritage d'Alëandir dans lequel puiser, tes épaules ne sauraient flancher.
Epilogue : La levée du voile
Les doigts anciennement crispés par l'obscurité se délient lentement. La trêve n'aura finalement été dans la vie d'un immortel que de courte durée. L'aube se levait sur une ère guerrière pour le peuple d'Anaëh. Quelques temps auparavant empli de la fierté d'avoir pu participer à la guérison du Lac d'Uraal, occasion inestimable, bien que funeste, de prouver la valeur du produit de tes voyages, te voilà maintenant la tête bien basse. Orgueilleux se vantant d'avoir guéri un lac, voilà que la Déesse rendait une part de sa gloire d'antan à la forêt. La Symphonie est plus vigoureuse que jamais, et dans ce monde reverdissant, Liltalaima joue les tentatrices. La forêt lure à elle les citadins, et les villes impuissantes voient les habitants leur échapper, de nouveaux clans se former, et de nouvelles animosités naître. Imiter l'Anaëh et reconquérir les Terres Perdues ? Retourner la nature comme l'ancien peuple qu'étaient les Sylvains ? Partir en quête de l'harmonie entre le Sylvestre et l'Urbain ? Les interprétations des événements sont aussi nombreuses qu'il y a d'esprits dans ce monde, mais s'il y a une chose dont tu es sûr, c'est qu'il vous est interdit d'abandonner ce que l'Anaëh a repris. À la manière de votre Déesse, il est temps de combattre le feu par le feu.
Il t'aura presque fallu un cycle entier, mais aujourd'hui, tu es prêt.
Maélyne de Lourmel
Ancien
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Sujet: Re: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Ven 15 Jan 2016 - 8:33
Les changements me vont.
Artiön Laergûl
Modérateur
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Sujet: Re: [Terminé] • Estiam - La raison du suicide de Kaza Mar 10 Oct 2017 - 20:29
Ancienne fiche:
Citation :
Nom/Prénom : Faerin Estiam Âge/Date de naissance : 44e année du dixième cycle /963 ans Sexe : Masculin Race : Elfe Faction : Noss Particularité : Pourtant enfant d'un peuple chez lequel chaque naissance est exceptionnelle, il fait parti de ceux dont les parents n'ont jamais pu se réjouir ensembles de la venue au monde de la chair de leur chair, et s'il a bel et bien pu les connaître tous les deux, il ne les aura qu'en de rares occasions vus ensembles. Ces conditions assez spéciales semblent l'avoir plus marqué qu'il n'ose l'avouer, le laissant tant physiquement que psychologiquement, un maladroit assemblage de ses géniteurs.
Alignement : Chaotique bon Métier : Thaumaturge Chercheur Classe d'arme : Magie élémentaire Équipement / Possessions : Elle est bien loin déjà l'époque qui a vu pétiller ses yeux devant les parures métalliques des forces armées. Il s'en est passé des ennéades depuis la dernière fois que le fer s'est approché de ce qui n'était encore qu'une peau d'enfant. Ce sont les tissus fins qui auront gagné les faveurs de l'elfe. De longues tuniques de soie et de coton aux motifs aussi complexes que forts de significations reposent chaque jour sur ses épaules, en souvenir de celle qui les a confectionnés, au départ espérant vêtir le père plutôt que le fils. Il est cependant quelques objets dont le mage ne se sépare qu'en de millénaires exceptions. Plume et carnet lui pendant toujours à la ceinture, prêts à sceller la moindre de ses pensées dans l'encre, lui semble-t-elle judicieuse. Mais comme tout mage, une de ses possessions est devenue extension de lui-même. Hexagone pendant à son oreille gauche, serti d'une modeste pierre de saphir, la boucle d'oreille est un présent de son père, et est entré dans sa vie trop peu avant son éveil à la magie pour n'y avoir joué aucun rôle. Estiam n'aura que peu profité de sa longue vie pour accumuler les possessions , mais ce qu'il a choisi de conserver, il l'a choisi pour sa valeur sentimentale plutôt que matérielle.
Description physique : Une chevelure d'un blond sélénien souligne le teint mat, presque d'or de sa peau. L'apparence même d'Estiam respire la liaison interdite qui l'a engendré. Oscillant de corps comme de cœur entre les profondeurs de la forêt et les pierres des cités, les traits de l'elfe ont choisi de le tirer pour l'un vers ses ancêtres sauvages, et pour l'autre vers ses parents de Pierre plutôt que de se mêler harmonieusement. Quelques pouces au dessus des deux mètres, d'une belle taille même chez les Elfes de Pierre, Estiam est pourtant loin du physique longiligne que l'on attendrait d'un elfe de sa hauteur. Un mage, un gymnaste et un guerrier ; sa séculaire dévotion envers la protection de la Prime Forêt, n'aura pas refaçonné que sa psyché. Son corps, anciennement sculpté à l'image de ceux des chasseurs Noss s'est vu lentement consolidé de nouvelles couches d'argiles. À la faveur de son large tombé d'épaules se dessinent aujourd'hui des courbes, qui sans être plantureuses n'en sont pas moins généreuses. S'éloignant de la finesse elfique, sa musculature prend une ampleur qui, ne fut-elle pas tempérée par la précision de son dessin, pourrait être symbole d'humanité. Longtemps ses yeux, comme ceux des autres de son peuple, sont restés insensibles à l'esthétique de sa nouvelle figure. Ce corps si soudainement découvert par celui qui ne prenait plus le temps de s'observer, il eut bien des peines à l'accepter ; mais la force et l'endurance qui grâce à lui sont siennes auront finalement réussi à en faire sa fierté. Si souvent sa silhouette reste en grande partie dissimulée sous les larges drapés des robes qui sont les siennes, il gagne infiniment en prestance lorsque sa forme est correctement flattée. Contrairement à ce que l'on attendrait de l'elfe à l'environnement sentimental instable, le temps ne semble pas avoir pris le meilleur du mage. À peine cisaillé par d'autres traits que ceux qui marquent son humeur, il est rare que le visage d'Estiam ne soit pas fendu d'un paisible sourire, soutenu d'un regard dont la malice est aussi perçante que les rayons de soleils dessinant leurs pupilles.
Description mentale : Plus rien ne peut surprendre l'elfe millénaire. Créatures de l'éternité, elles sont peintes d'un masque d'impassibilité. Les elfes de leur grande taille, haussent hautainement les sourcils face au autres créatures intelligentes. Seules la guerre, l'euphorie ou la dépression sauraient marquer ces éternels visages. Telle est la légende pesant sur le peuple d'Anaëh. Racontars avec leur part de vérité. Certains Sylvains savent perdre l'air grave devenu signature de leur peuple. Estiam est de ceux qui n'en demandent que peu pour sourire, s'attrister, ou même s'emporter. Et bien que, porté par la promesse d'éternité, il fasse preuve de bien plus de patience et de retenue que n'en serait capable un homme, ce ne sont pas fabulations lorsque les pairs d'Estiam le qualifient d'émotif. Sa capacité à vivre pleinement ( pour un elfe ) ses sentiments au jour le jour est peut-être la raison même pour laquelle les peines ont glissé sur ses joues au lieu d'arracher son visage. Il est pourtant une chose qui ronge le thaumaturge depuis sa plus tendre enfance et qui ne saurait le laisser en paix sans que la mort ne vienne l'y arracher. C'est son insatiable curiosité. Assoiffé de savoir et fasciné par son propre monde, c'est en l'observant, tentant sans relâche de la comprendre que l'elfe exprime son amour pour la création. Parfois aveuglé par les flammes de sa passion, le sentiment d'approcher du but est prompt à lui faire perdre la raison. L'expérience ne vaut pas toujours le sacrifice, Estiam le sait. Mais pour connaître il faut d'abord observer. Le tribut semble toujours moindre lorsqu'il est à venir. Cherchant à les comprendre, sans réaliser quelle offense il leur fait, le mage serait capable de défier les Dieux. Des questions auxquelles on a refusé de lui apporter réponse, couplées à une attraction innée vers l'Anaëh et ses murmures l'ont poussé à quitter la belle Alëandir. Attiré de fil en aiguille vers l'extérieur, prêt à risquer sa vie pour découvrir ce que dissimulait la barrière végétale, l'elfe s'est mainte fois égaré bien loin de sa terre mère. Mais quelles que puissent être ses fascinations du moment, il n'y a qu'un endroit qu'il puisse appeler sa maison, et ce sont les terres de l'Anaëh.
Capacités magiques : Une lumière qui n'éclaire pas. Une aura invisible. Un sifflement presque inaudible. L'énergie lui avait toujours fait du charme. La toile lui avait toujours été une sirène. Il y avait pourtant une mélodie plus envoûtante encore qui retentissait à ses oreilles juvéniles. La Symphonie. Distrait par ces musiciens d'un autre monde, il a longtemps ignoré l'appel plus discret des arcanes, et l'aurait peut-être ignoré pour toujours. Une grâce de la forêt. C'est la manière la plus authentique de décrire son départ pour les cités, parce que c'est sous le commendement d'un Druide qu'au mépris de sa Noss natale, l'enfant centenaire a été rendu à la cité. D'un bel âge déjà devant les autres apprentis, étranger en ces lieux à la musique éraillée, il a pourtant choisi d'embrasser l'académie d'Alëandir. Et il a souvent trop serré. Trop impatient, trop fougueux. Dévorant des écrits bien loin de son domaine de capacité, se lançant dans tout et dans rien, fort de la folie adolescente, et l'orgueil piqué à vif par ses multiples échecs. Plus douloureux les uns que les autres. Il avait reçu un don de Kÿria, un moyen de se rapprocher un peu d'elle et de sa création, et il ne faisait que le gâcher. Dans un élan de colère, un jour il a failli tout abandonner. Reprenant là où les autres maîtres avaient échoué, c'est son sorcier de père qui s'attela à l'initier. Tantôt tranchant comme la glace, tantôt calme comme le lac. Parfois grondant comme l'orage, souvent vif comme le ruisseau. L'adolescent trouva sa compagne de déraison dans les mouvements de l'eau. Et enfin dans sa demeure, et sagement conseillé, il progressa lentement dans la voie non pas qu'il ait choisi, mais qui lui correspondait. Guidé par un maître sans être enfermé, c'est ainsi que les rituels du nouveau mage se sont forgés. On dit de l'enfant sauvage qu'il n'est jamais dompté, qu'il reviendra à la nature quelles qu'en soient les modalités. La magie d'Estiam fait de ces mots vérité. Lorsqu'il lance un sort, c'est une symbiose avec son art plusqu'une réflexion qu'il entreprend. Les gestes d'Estiam coulent au gré de ses sensations, se transforment presque en une gracile danse. Tant habitué au mouvment, il sait rester mobile à travers la concentration, requiert même presque de s'élancer lorsqu'il doit modeler, parce que c'est là son grand talent. L'expression de la magie d'Estiam donne tout son sens à l'appelation d'art. Dérivées de sa connexion avec la symphonie, hommage à la vie créée par Kÿria, les trois éléments auxquels a réussi à s'ouvrir l'elfe à travers les siècles, lorsqu'il les appelle à lui, prennent la forme des créatures que son périple lui a offert de croisé. Des serpents ruisselants aux flammes ailées, en passant par les géants de pierre, c'est un véritable spectacle que de le voir s'exercer, dansant au son du focaliseur qui tinte à son oreille. Estiam n'utilise pas la magie, il la vit et la fait vivre. Il s'épanouit dans ce qu'il voit comme un lien avec les Dieux, une partie même de leur être. Une communion avec quelque chose de plus grand, un fil de soie sur lequel il tire, tire dangereusement pour s'approcher, soucieux cependant de ne pas le briser. Prudence est mère de sureté. Mais prenez garde lorsque patience vous singez, à ne pas vous enliser.
Histoire :
I : Double Eveil
Un amour interdit par le schisme, mais en réalité tellement naturel. Ils ne sont pas les premiers, et ils ne seront pas les derniers. Chaque Noss se risquant à commercer avec la cité expose ses membres à la tentation. Les elfes de Pierre sont aussi beaux qu'ils sont différents, il n'en faut pas plus à des êtres d'un naturel curieux, malgré leurs firmes convictions, pour succomber à l'exotisme. Habile artisane et oratrice avertie, c'est tout naturellement que celle qui deviendrait ta mère avait été choisie pour gérer les échanges de son clan. Prendre-donner, donner-prendre, c'est un jeu auquel l'elfe devint rapidement efficace. Elle prit même dangereusement goût aux quelques jours qu'il lui était donné tous les deux ans d'arpenter le pavé. Mais est-il une femme en Anaëh qui n'aimerait pas le goût d'un véritable baiser d'amour...
« Trahison ! »
Un regard, un mot auront suffi à faire couler les larmes d'une femme dont commencent à apparaître les rondeurs. Événement si rare chez les créatures millénaires que sont les elfes, source de joie chez un peuple aimant ses enfants, ta conception aura eu le mérite de faire élever les voix. Toutes sauf celle de ta mère, honteuse, plongée dans le silence pour ne pas nourrir le feu. Éprise de culpabilité, mais chaque jour un peu plus heureuse. Souriant dans son mutisme face à ses courbes prenant de l'ampleur. Heureuse d'accueillir une vie, lui aie-t-elle coûté un respect durement gagné au sein de la Noss. Heureuse d'une joie communicative, assez pour lever la figure face à ceux que par passion elle a trahi, et obtenir d'eux un sourire en retour. Représentant d'un métissage mal accueilli. Tu n'en restais pas moins l'un des leurs. L'enfant n'a pas à être puni pour la faute du parent. La Noss se doit de transcender les conflits si elle veut perdurer. Ta naissance fut autant acclamée que ta conception huée. Et comme pour leur prouver un peu plus ta valeur, en cadeau à un enfant pour qu’il renoue avec son clan, ton oreille fut bénie. Le sang des villes qui coule dans tes veines n’a pas empêché aux chants d’Anaëh de monter jusqu’à toi. Tu as vécu de jeunes années soutenu par un concerto sans auteur, éduqué au rythme d’une mélodie pulsant à même ta peau. Ivre de la Symphonie depuis le plus jeune âge, tu n’as jamais tari d’éloge envers Kÿria ta première mère. Tes premières phrases, tu les as conçues pour tenter d’exprimer l’indescriptible, sans jamais y parvenir. Alors tu t’es tourné vers votre chef spirituel. Si les druides ne pouvaient t’apporter de réponses, alors personne d’autre ne pourrait. N’étaient-ils pas les êtres vivants les plus proches de votre déesse ? Ils devaient ressentir ce que tu ressentais, peut-être encore plus fort. Ils devaient savoir, et malgré tout ils ne t’avaient jamais dit que d’attendre, que tu comprendrais une fois le temps venu. Ta main glisse le long du soyeux tissu. Tu n’as pas l’habitude de porter ce genre de vêtements. Tu ne comprends pas, ni comment, ni pourquoi. Tu as attendu un siècle, et maintenant tu partais. Sans rien te révéler, ils te renvoyaient vers les villes. Là où la musique se faisait parfois presque stridente. Une dernière caresse, et un dernier baiser… qui ne t’es pas destiné. Loin de ton univers, loin des tiens, et maintenant ta mère qui se dérobe à tes mains. Ton monde s’écroule sous tes pieds, et toi, tu pleures de joie. Tes doigts s’enfoncent là où coulent tes larmes. Dans les bras de ton père.
Les druides sont des mages autant qu’ils sont un pont vers les Dieux. Ce que décrivais tout petit comme des étincelles parcourant ton corps était bien en lien avec la création divine, mais tes symptômes étaient bien loin d’être œuvre de la Symphonie. Tu le comprendrais finalement ici. À Alëandir, dont la pierre coule dans ton sang autant que les bois dans lesquels évolue la Noss. T’éloigner des sirènes d’Anaëh, du moins ils l’espéraient, te permettrait de te concentrer sur l’apprentissage de la facette de l’art qui t’étais destinée. Si seulement tu la trouvais.
Et si tu ne trouvais rien ce n’était pas manque de recherche. Combinaison d’une forte volonté d’apprendre et d’un orgueil mal placé, tu as souvent fait fi du rythme que l’Académie t’as imposé. Non pas pour flâner, mais pour forcer la main au temps. Plus âgé que la majorité de tes camarades, adolescent esseulé parmi les enfants, tu te devais d’en savoir plus qu’eux, il allait de ton honneur que tu fasses mieux. Mais le mieux est l’ennemi du bien, et à aller plus vite que la musique tu as fini par trébucher. La magie la plus dangereuse est celle mal utilisée, qui sait ce que tes petites expériences auraient pu provoquer ? Tu peux t’estimer heureux de ne t’être que peu blessé, et ça tes professeurs ne te l’ont que trop souvent répété, sans comprendre la frustration qu’à ces mots tu liais. Impatient. Emerveillé par les miracles qu’accomplissaient devant toi les elfes les plus entraînés, envieux de la facilité avec laquelle ils semblaient les perpétrer, et las d’enchaîner les échecs, tu as fini par perdre foi en toi. L’Académie ne s’embarrasserait pas de toi si tu étais une cause perdue, si les maîtres continuaient de tenter de t’imposer discipline, si tu te trouvais encore entre ces murs malgré tes nombreuses entorses au règlement qui y fait loi, c’est bien parce qu’ils t’en jugeaient digne. Il ne te restait plus qu’à toi-même retrouver confiance.
« Ecoute, Alëandir ne s’est pas bâtie en un jour. C’est normal que les débuts soient pénibles. Sois patient. » « Et si je n’y arrive toujours pas ? » « Tu y arriveras, ne t’inquiète pas. Il faut juste que tu comprennes comment. » « … » « N’y pense plus. Allons faire un tour en ville, te détendre un peu te fera du bien. »
Il n’imaginait simplement pas à quel point cette simple balade changerait ta vie. Il n’imaginait pas à quel point ce bijou changerait ta vie. Ce qui n’était qu’un simple présent d’un père à son fils chagriné deviendrait vite bien plus.
« Tiens. » « Non merci papa, je n’ai pas soif. » « Je n’ai jamais dit que tu devais la boire. » « Mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse alors ? » « Surprends-moi. »
Pas besoin de plus pour que tu ne t’attelles à la tâche. Sourcils froncés, front plissé, par mimétisme adoptant les gestes de tes professeurs, tu t’appliquais à échouer une nouvelle fois.
« La magie ne s’apprend pas que dans les livres mon enfant. Elle est personnelle. Il faut que tu trouves ce qui te fait vibrer toi. »
Une main encourageante sur ton épaule devient ton seul lien avec la réalité lorsque tes yeux se ferment. Trouver ce qui te fait vibrer… retrouver les sensations qui te traversaient alors que tu étais encore au cœur de la forêt. Lisser la mélodie. Prendre la main de ta mère seconde. Plonger dans les bras de ta mère première. S’accrocher à Kyrïa. Danser au son de la Symphonie jusqu’à ce qu’elle porte jusqu’à toi l’énergie. Tu vois l’eau. Tu vois la rivière. Tu vois l’écoulement de la rivière. Tu vois le calme du lac. Tu vois les poissons à travers la surface cristalline. Personne ne connaît le lac mieux que le poisson, personne ne connaît le poisson mieux que le lac. Alors le lac est le poisson. L’eau s’élève, ondule, nage à travers les airs. L’eau est poisson. Tu as réussi. Tu le sais. Tes yeux toujours fermés, tu le sens. La mélodie crispée des villes s’est détendue, réorchestrée par les tintements étouffés de ton unique boucle d’oreille. Jamais tu ne trouveras les mots pour exprimer à quel point tu lui est reconnaissant. Cette main dont le contact s'est lentement effacé au fil de tes mouvements, parce qu'il suffira pour que son détenteur te comprenne, tu as creusé une fine brèche dans ta concentration, pour lui adresser un mot.
« Merci. »
II : Alëandir
Un nouvel homme. Un adulte. Ta fougue finalement domptée par ton père et tempérée d’une pointe de patience, vainqueur sur tes démons, tu as de nouveau osé traverser les portes du temple de la connaissance. Plus avide de savoir que jamais, mais l’oreille prête à écouter et l’esprit préparé à appliquer les conseils des maîtres. Talentueux et assidu, quoiqu’agissant parfois toujours avec un peu trop de passion, tu as fait la fierté de professeurs qui t’ont retrouvé changé. Les saisons t’ont aidé à t’intégrer parmi un groupe d’élèves avec qui la différence d’âge ne comptait maintenant plus. Tu as appris à apprécier les vibrations qui émanaient de ce lieu où la magie était sans cesse sollicitée, contrebalançant sa Symphonie quelque peu dénaturée. Tu t’es lié à l’endroit tant et si bien qu’il est devenu ton troisième foyer. Tu as été témoin du départ de nombre de tes nouveaux camarades, partis chercher leur place dans la cité, et parfois même t’ont-ils demandé quand est-ce que tu les suivrais. Et chaque fois tu leur as répondu, que s’ils cherchaient leur place, tu avais déjà trouvé la tienne. L’Académie. Au milieu de tout et pourtant en dehors du monde. Ici se concentraient les savoirs de l’empire Sylvain que les Noss ne conservaient pas jalousement. Qu’il pleuve ou qu’il vente, l’Académie amassait, créait et dispersait les savoirs. Ou du moins, les savoirs qu’elle jugeait bon de pourchasser. L’assassin du roi…Un elfe noir… un Drow… c’est tout ce qu’ils avaient accepté de communiquer avant que les engrenages ne reprennent leur course habituelle. Ils ne feraient rien. Ils ne chercheraient pas à comprendre. Ou alors, ils chercheraient dans le plus grand des silences. Près de deux siècles à arpenter ces lieux seront loin d’être suffisant à gagner les faveurs des hauts rangs. Au même titre que les autres, tu ne saurais rien. Le danger planait, et personne ne saurait jamais rien avant qu’il ne soit trop tard… sauf si toi tu comprenais. Qui pouvait bien être ce Drow. D’où venait cet elfe noir ? Et pourquoi cet acte de haine ?
« Estiam, pourquoi tant d’empressement ? » « Je pars. » « Et où vas-tu donc ? »
Caranthir. Un des plus grands mages de l’Académie, et par extension, peut-être de tout Miradelphia. Homme auquel tu voues autant d’admiration que de respect. Homme dont la seule présence dans le corps militaire Elfique aurait presque su t’y attirer. Aujourd’hui obstacle sur ta route.
« Au bon endroit j’espère. »
Pourquoi te poser une question dont il connaissait déjà la réponse? Il suffisait d’interroger les manuscrits sur lesquels tu t’endormais tard le soir, tous témoignages des légendes des temps anciens. Tous décrivant gloires et douleurs passées de l’Anaëh. Tous contant les tragiques événements du Linoïn. Il sait pertinemment quelle est ta destination et les dangers que tu cours. Il ne tentera pourtant pas de te stopper. Aucun elfe ne sera jamais assez influent pour te stopper. Toi la tête brûlée d’Alëandir. Parti sans même dire au-revoir à la seule personne capable de te raisonner, car conscient que ton salut aurait eu l'amère saveur d'un adieu.
III : Territoires étrangers
Maudit soit cet endroit dont les idéaux se contredisent. Maudit soit le mensonge dans lequel vit la cité d’Alëandir. Carnet vierge plume et encre pour seules possessions, tu as fui le pavé pour regagner la forêt profonde. Si les enfants de Kyrïa jouent les ignorants, ses créatures elles ne sont que vérité. Ni bonnes, ni mauvaises, elles ont pour seul but de protéger les créations de la déesse. Progéniture de la déesse première, tu n’avais d’autre choix que d’espérer être part de son royaume, de mériter sa protection, mais surtout, de mériter ses conseils. Les siècles dans les cités t’auraient presque fait oublier la beauté des chants de Liltalaima. La symphonie des arbres, elle t’avait tant manqué. L’entendre à nouveau était comme retrouver une paix perdue, abandonnée à des souvenirs d’enfance. La tentation est forte, retourner à l’insouciance de ta tendre jeunesse, laisser derrière toi les malheurs citadins pour regagner ta place dans la nature sauvage. Sauf que tu ne pouvais pas te le permettre. Ce ne sont pas que les risques qui planent sur la ville qui t’inquiètent. Ce sont les sombres soupirs ponctuant les mélodies de l’Eäla qui te font penser à mauvais présage. Si tes doutes quant à l’identité de ceux qui par ton peuples ont été baptisé Drows s’avère justifiés, alors c’est tout l’Anaëh qui court un grave danger. Qui sinon les Dieux savent de quoi sont capables des immortels rongés par la folie ? Jusqu’où peut grandir une haine à qui l’on a dnné six cycles entier pour mûrir ? Peut-être ces tristes accords mineures n’étaient-ils que l’écho de tes doutes. Peut-être n’entendais-tu que ce que tu voulais entendre, mais foi aveugle placée en la Symphonie, tu as suivi tes pressentiments, avancé là où te conduisaient tes instincts. D’heures en jours et de jours en ennéades, tu as fait de ta magie une arme prédatrice, vécu de ce que l’Anaëh a bien voulu t’offrir. Sans jamais oublier pourquoi tu étais parti, tu as pris le temps d’immortaliser du bout de ta plume chacun des mystères que la mère première a mis sur ton chemin. Elle t’a guidé, pas à pas, pour faire de toi un être complet. Elle te prépare lentement, te rapproche d’elle avant le moment fatidique. Bientôt, elle et toi serez réellement séparés.
« Vous ! » « … » « Vous ne me semblez pas être un druide. Cela va faire bien longtemps que je n'ai pas croisé de solitaire ici dans l'Anaëh. Qu'est-ce qui vous amène donc ?» « Le roi Glorfindel a été tué. » « Est-ce la ta raison de perturber la Symphonie ? » « Je... » « Ne t'inquiètes pas mon enfant. Si l'Anaëh te réponds, c'est que tu es sur la bonne voie. » « Moi je ne fais que péniblement la suivre. Vous les druides êtes ceux qui savez parler à l'Anaëh. » « Tu es sensible mon enfant. Et c'est une bonne chose. Mais prend garde à ce que ta sensibilité ne te tue pas, une fois là-bas dans l'ancien Linoïn. » « Vous... » « La Symphonie conte bien des histoires. L'Aduram lui, il ne fait que hurler... »
Hurler est le mot. Les cris de l'Aduram te rendront fou. Comme ils ont sûrement rendu fous les habitants du temps de la chute du Linoïn. Ton être entier souffre des gémissements d'une forêt qui semble tordue de douleur. Il seraient beaux les bois de l'Aduram, si seulement ils acceptaient de se taire. Si seulement ta plume ne manquait pas de déchirer le papier chaque fois que tu osas l'y poser. L'Aduram est une terre peu connue de ton peuple, car théâtre de tragédie. Mais c'est aussi la clef du mystère des elfes noirs. Tu en es convaincu. À sa manière, cette partie de la forêt parle elle aussi. Elle est agressive, et chacun de ses mots blesse, mais elle semble avoir ne serait-ce que le semblant d'un but. Survis à l'Aduram, et tu comprendras. Marche sans succomber à la folie. Marche lentement et économise ton esprit, car certaines des créatures qui rôdent dans l'Aduram te forceront à roder ta magie. Vis et tu verras. Les elfes noirs l'ont fait avant toi. Des ennéades ou siècles ? Le temps n'importe plus. Déchiré. Tu espères chaque pas être le dernier dans cet endroit de malheur sans vraiment avoir envie d'en sortir. Tes cahiers sont à court de pages depuis bien longtemps, c'est ton esprit embrumé qui continue péniblement d'accumuler les connaissances. Tu es persuadé d'être loin d'avoir tout vu. Retenu en ces bois par ce sentiment, tu t'es retrouvé bien surpris lorsque le silence t'as avalé. La végétation perd en densité au fur et à mesure de ton avancée, semblant presque fuir ce qui t'attends, et à juste titre. Voici les Terres où la nature n'a pas de voix. Ithri'Vaan. Là où les marchands ont tant hélé que les Eälas n'osent plus les défier. Une civilisation réputée sans règles aucune, où chacun est libre d'être comme d'en empêcher ses pairs. Le racisme n'existe pas en Ithri'Vaan. Chacun à sa place en Ithri'Vaan, à condition de pouvoir payer comptant. Pour quelqu'un n'ayant jamais connu que le troc et les échanges de savoirs comme monnaie, le concept d'argent n'avait pas lieu d'être. Quelle valeur pouvaient bien avoir ces simples petit bout de métal après tout ? Ils ne nourriraient personne, ils n'ouvriraient l'esprit de personne, et pourtant, c'est presque un culte que leur vouait la population de ces lieux. Étranger au concept même de monnaie, tu ne l'était pas. Tu savais de te lectures le fonctionnement d'un tel système, seulement, tu n'y voyais qu'un maigre intérêt. Et tu y voyais un frein. Tu n'as à partager que des connaissances. Rien à vendre qui ne soit pas pure propriété intellectuelle... ou alors...simplement ton aide. Bien peu de choses du quotidien sauraient faire obstacle à un mage maniant les essences même de la nature. L'eau, ta première alliée, et la terre, lentement domptée grâce aux conseils de l'Anaëh sont les éléments avec lesquels se battent agriculteurs comme maçons. Un flux bien plus faible qu'au cœur de l'Anaëh et la nécessité d'aller contre tes instincts, et de briser les formes vivantes que tu as toujours façonné rendaient ta magie bien maladroite, mais ne dit-on pas que l'effort paie ? De nouveaux manuscrits vierges entièrement encrés si tôt achetés, la possibilité de côtoyer d'autres peuples, et surtout, d'observer, non sans appréhensions, des elfes noirs de plus en plus nombreux au fur et à mesure que l'on approche de l'Est des territoires. Voilà ce que t'aura apporté l'Ithri'Vaan. Une direction. L'Est. L'Est où règne un silence tant physique que spirituel. À l'Est se trouve la mort. Les Terres Stériles. Domaine des elfes noirs. Ici, tu es un intrus, et sans Anaëh pour te murmurer d'où vient le danger, tu pourrais à tout moment être perdu par ta curiosité. Voilà donc où l'Aduram les a piégés. Stériles. Mais seulement comparées à la forêt qui les entoures. Loin de la jungle luxuriantes, les territoires du silence présentent une faune et une flore éparses, mais aussi impressionnantes qu'elles sont discrètes, évoluant en plein milieu d'une atmosphère lourde à en intimider le plus téméraire des hommes. Tu n'auras passé que peu de temps dans ce que tu penses être le territoire Drow, comparé à la douloureuse éternité de ton voyage dans l'Aduram, mais s'il y a eu une chose pour marquer ton esprit, c'est la densité de ce que tu penses être du poison dans les rares plantes que tu auras rencontré.
IV : La menace sombre
Tu n'es pas un guerrier. Tu n'es pas un guerrier et tu t'en voudrais presque. La menace n'en est plus une. Elle a été mise à exécution. La haine des Drows a explosé. Ton peuple est en guerre, et votre mère souffre. Elle souffre de voir ses enfants s'entretuer. Elle meurt de voir ceux qui ont il y a des cycles de cela grandi en son sein revenir. L'Aduram les a détruit. Les Terres-Stériles les ont changé. Ils n'ont plus la foi. Ils ne veulent plus croire. Ils ne veulent plus d'une chose en quoi croire, alors ils la détruisent. Et ils vont détruisent vous qui tentez de la défendre. De grands hommes sont tombés. Caranthir est tombé. Et tu t'en est retrouvé bien plus affecté que tu ne l'imaginais. Il était l'un des grand visages d'Alëandir. Tu étais parti avec quelque chose à lui prouver. Tu l'avais défié, tu avais remporté ton défi, et il n'était plus là pour que tu t'ennorgueillisses. Si seulement il n'y avait que ta fierté pour être blessée. C'est l'un des piliers de tout un peuple qui s'est éteint. C'est un symbole d'autorité parmi les mages qui a disparu, et surtout, c'est un membre de ta famille des Cités qui s'est évanoui. Tu croyais avoir grandi pendant tes voyages, et voilà que la Guerre te faisait à nouveau petit enfant, accroché à son père comme s'il était tout ce qui lui reste, et mort d'inquiétude pour le devenir de sa mère. Tes larmes coulent librement, et tu n'en as point honte. C'est en te laissant aller à tes émotions que tu es devenu qui tu es. Et tu es fier de qui tu es. Tu es né des Noss, et dans le chaos de la bataille, tes racines t'appellent. Te voilà déjà reparti, à la recherche de ta seconde génitrice, celle qui aura su faire aujourd'hui plus de cinq siècle de sacrifice. Loin des yeux, mais toujours près du cœur. Celle qui mérite amplement de voir se refléter dans ses iris ce qu'il est advenu du fruit de ses entrailles. Tu files à travers l'Anaëh qui hurle le sang de ses enfants, suivant la voie qui se trace naturellement devant toi. La voilà la puissance de la Symphonie, telle est la force des créatures de Kÿria. Même dans la douleur elles savent vous guider. Même souffrantes elles ne veulent pas du même destin pour vous. La déesse première aime tant ses fils qu'elle ne fait que trop tarder à les punir. Elle les rassemble plutôt que de les séparer, elle les caresse plutôt que de les fesser, car elle sait que le temps viendra où ils seront à nouveau à elle. La déesse est clémente, mais sait comment obtenir le respect. Prend garde à toi qu'aujourd'hui elle guide, car au moindre faux pas, elle te reprendra. Tant que tu marcheras droit, elle t'ammènera ou tu dois. Et parfois, là où tu dois est là ou tu veux. Signe du destin, vos routes se recroisent pour de sentimentales retrouvailles. Ta Noss natale, béni refuge en ces temps maudits. Ta mère, dont le regard se pose sur toi comme au premier jour, t'accueillant contre elle comme si les années ne s'étaient jamais écoulées. Sous les regards brillants de ta première famille, tu enfilais à nouveau le vêtement des elfes sauvages, aux couleurs de l'Anaëh, te rapprochant symboliquement encore un peu plus de la déesse première. Soulagé de savoir l'immortalité de ceux qui t'ont vu venir au monde encore intacte, soufflant le pensée de la possible mort de ton père loin des fines oreilles de ta mère, certains auraient pensé un retour au temps jadis, les retrouvailles ne sont pourtant qu'une trève entre les batailles. Lorsque la guerre fait rage à l'orée des bois, la rime s'accroche entre espérance et souffrance. Des Noss ou des cités, vous êtes des elfes, peuple de l'Anaëh et enfants de Kÿria. Défendre les terres que vous partagez est votre devoir et votre fierté. Tu es un mage. Détenteur de savoirs. Sur toi donc plus encore que sur d'autres presse le poids des responsabilités. Qu'inquiétude ne viente pour autant pas t'écraser, car après des saisons passées entre les ailes de druide et chef guerrier, et l'héritage d'Alëandir dans lequel puiser, tes épaules ne sauraient flancher.
Epilogue : La levée du voile
Les doigts anciennement crispés par l'obscurité se délient lentement. La trêve n'aura finalement été dans la vie d'un immortel que de courte durée. L'aube se levait sur une ère guerrière pour le peuple d'Anaëh. Quelques temps auparavant empli de la fierté d'avoir pu participer à la guérison du Lac d'Uraal, occasion inestimable, bien que funeste, de prouver la valeur du produit de tes voyages, te voilà maintenant la tête bien basse. Orgueilleux se vantant d'avoir guéri un lac, voilà que la Déesse rendait une part de sa gloire d'antan à la forêt. La Symphonie est plus vigoureuse que jamais, et dans ce monde reverdissant, Liltalaima joue les tentatrices. La forêt lure à elle les citadins, et les villes impuissantes voient les habitants leur échapper, de nouveaux clans se former, et de nouvelles animosités naître. Imiter l'Anaëh et reconquérir les Terres Perdues ? Retourner la nature comme l'ancien peuple qu'étaient les Sylvains ? Partir en quête de l'harmonie entre le Sylvestre et l'Urbain ? Les interprétations des événements sont aussi nombreuses qu'il y a d'esprits dans ce monde, mais s'il y a une chose dont tu es sûr, c'est qu'il vous est interdit d'abandonner ce que l'Anaëh a repris. À la manière de votre Déesse, il est temps de combattre le feu par le feu.
Il t'aura presque fallu un cycle entier, mais aujourd'hui, tu es prêt.
Mis à jour les parties HRP histoire de mieux coller au personnage actuel Fait des changement mineurs de tournures de phrase histoire que le texte soit plus agréable à lire. Rajouté un passage sur la vie en I'V d'Estiam
Estiam Faerin a écrit:
Ici n’existent plus les insatiables attentes du peuple de la forêt. Ici est une terre de nouveauté, vierge de la moindre appréhension quant à ta personne. Tu es dans un nouveau monde, un monde libre, un monde de nouvelles pratiques et de nouvelles théories. De nouveaux manuscrits vierges entièrement encrés si tôt achetés, la possibilité de côtoyer d'autres peuples, d’observer, puis de te reposer. Ta psyché moitié détruite par le cauchemar que fut l’Aduram se reconstruit lentement à l’image de celle des pays Vaanis. C’est vrai, ici régnait l’odeur de la mort, glissait l’ombre du crime, et dominait une espèce métallique dont la puissance dépassait celle des plus grands sorciers. Cet endroit était mauvais, mais puisqu’il était mauvais, tu n’avais pas non plus à être bon. Ne pas avoir à donner en permanence le meilleur de toi-même t’autorisa à en apprendre plus sur ta propre personne, et sur des traits que la rudesse de la forêt maudite sans que tu t’en rendes compte avait fait ressurgir. Sur les terres Vaanies tu connus par deux fois un erzats d’amour, construit puis détruit par la promesse d’un destin de solitude, creusée ride par ride sur le visage de tes partenaires. Et tu ne fus même pas triste lorsqu’elles s’éteignirent, car il en était ainsi. Elles appartenaient à un peuple d’éphémères, et leurs souffles, dûs à Tari plus tôt que le tien, n’auraient que trop souffert d’un visage s’attristant de la tristesse de l’immortalité chez leur amant. Lorsque la seconde te fut prise cependant, durant un instant de nostalgie te revinrent les raisons de ta présence, et du jour au lendemain la vision de l’omniprésente gente sombre te devint étouffante. Tu remontas le courant malgré tout, te dirigeant vers l’Est, où la fraction de population qu’ils occupaient augmentait à vue d’œil. Tu te fis discret comme le serpent, reprenant la course de leurs origines, jusqu’à ce qu’elle te mène aux landes qui sont leur fief.