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 Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]

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Eidren Alderion
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Ven 28 Oct 2011 - 0:54

    - Si... Si par hasard une demoiselle allait à cette soirée, n'aurait-elle pas plus de chance d'entrer ?
    Le voleur fronça les sourcils.
    - Pardon ? Vous voulez dire que vous…
    Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’Aedis s’était volatilisée, laissant un Eidren seul, on ne peut plus perplexe. Il avait bien une petite idée des plans de son acolyte, mais au fond il n’y croyait pas vraiment. Vu sa réaction pour le moins « violente » de la veille quand il avait découvert sa véritable identité, tout laissait penser qu’elle n’envisagerait pas cette solution…Et pourtant.
    Quelques minutes à peine depuis son départ, Aedis réapparut, rouge comme une pivoine.

    - Désolée de vous avoir laissé planté là... Et désolée pour hier soir.


    « Vous êtes toute excusée», faillit-il lâcher dans un souffle.
    Silencieux, tel un artiste émerveillé prenant du recul afin d’admirer une œuvre d’art, Eidren fit un pas en arrière, tout en laissant involontairement son regard vagabonder sur la ravissante créature qui venait d’apparaître. Le contraste entre son visage à la peau claire, sa chevelure dorée et sa robe aux teintes sombres était saisissant; ses yeux, animés d’une lueur fuyante mêlant crainte et gêne étaient épreint d’un inexplicable mysticisme. En s’affranchissant de l’artificielle enveloppe de Théofried, Aedis se révélait : elle était magnifique, une fleur sauvage trop longtemps oubliée qui dévoilait enfin sa véritable nature. Se surprenant à rougir et à fixer intensément la sang mêlée, Eidren se détourna précipitamment.
    -Si euh... C'est une mauvaise idée... Me rechanger, ça ne me dérangeabsolument pas...
    - Non non, ne changez rien, répondit-il d’un ton à la fois détaché qui laissait transparaître une pointe d’incertitude, vous êtes…parfaite.
    Se rendant soudainement compte des possibles interprétations de ses paroles, il s’empressa d’ajouter :
    - Vêtue comme vous êtes, votre noblesse aura du mal à être remise en cause et votre couverture n’en sera que renforcée.

    Ils passèrent tout deux le reste de la journée à préparer leur « infiltration », parfaisant leurs fausses identités et choisissant avec précaution ce qu’ils pourraient emmener. Eidren disposant de peu de « cachettes » et n’emporterait donc qu’un seul et unique poignard lequel serait camouflé dans une de ces bottes. Un armement vraiment trop léger à son goût, mais hélas aucune autre alternative ne s’offrait à lui.
    La soirée arriva bien trop vite aux yeux du voleur qui commençait à être en proie à une certaine tension : jamais auparavant il ne se lançait sans avoir un plan parfaitement ordonné dans lequel il envisageait toutes les possibilités et prévoyait une issue de secours. Cette fois pourtant, il n’avait eu ni le temps de se renseigner sur l’endroit ou encore de prévoir le déroulement de la soirée. Son empressement de se retrouver face à Dasfan, le sentiment de progresser dans sa traque l’avait tellement grisé qu’il en avait malgré lui écarté le danger.

    La demeure de Dame Dasfan n’était plus qu’à quelques pas et Eidren sentait le battement de son cœur s’accélérer. Il cachait sa tension à Aedis, adoptant un visage neutre…faussement détendu. Peut-être n’était-il pas trop tard pour faire demi tour ? Sa monture était déjà prête, il n’avait qu’à retourner à La Perle et s’enfuir…
    Alors même qu’il s’apprêtait à renoncer, il se rendit compte qu’ils venaient de passer le haut portail de la propriété de Dasfan. Un sentier de gravillons blancs, bordé de torchères, menait au manoir. De ses hautes fenêtres émanaient une vive lumière, en tendant l’oreille Eidren entendit résonner les bribes d’une douce mélodie qui se perdait dans la nuit. Juste à côté de l’entrée, un petit fortin de bois finement sculpté avait été installé. Il abritait un vieil homme qui semblait relire scrupuleusement un parchemin, tandis qu’à ses côtés, deux soldats en armure palabraient.
    Celui qui était assis leva les yeux vers les nouveaux arrivants et interpella les deux gardes. Ces derniers vinrent se placer à côté d’Aedis et d’Eidren, prêts à sortir leurs armes.

    - Veuillez décliner votre identité, lâcha sèchement l’une des sentinelles.
    Eidren se raidit. Il se garda de croiser le regard d’Aedis et parla d’une voix détachée :

    -Je me nomme Friedrick d’Eltaïr et voici ma cavalière, Elendaën Fanië.
    Il tira alors les deux cartons d’invitation de sa poche qu’il tendit à l’homme au parchemin. Ce dernier y jeta un coup d’œil suspect et compara les noms avec ceux inscrits sur le registre. De son doigt, il suivit chaque colonne.
    - Eltaïr…, dit il d’un voix suspicieuse, hmm… Oui voilà, vous y êtes. (il se tourna vers Aedis avec un sourire) Vous aussi gente dame, je vous souhaite de passer une agréable soirée. Jonat, veux-tu les escorter jusqu’à l’entrée du manoir ?
    Le garde hocha légèrement la tête.
    - Si vous voulez bien me suivre.
    Il passa devant et s’engagea d’un pas rapide dans l’allée éclairée, Aedis et Eidren sur les talons.
    Contre toute attente, ils avaient pu passer sans encombre, cela permit à Eidren de se détendre quelque peu. La première grande faille du plan été désormais écartée, il ne « restait » plus qu’à trouver Dasfan.

    *Vivaldi 4 saisons primavera*

    Jonat les guida jusqu'à la salle de réception où il les salua avant de retourner à son poste.
    Pharembourg était une petite bourgade sans importance « majeure » mais elle avait toutefois sa propre noblesse dont le manoir de Dasfan était très certainement le plus beau des joyaux : si La Perle était un endroit que l’on pouvait dire luxueux, il n’en était rien comparé au manoir lui-même qui débordait d’une arrogante richesse : qu’il s’agisse du mobilier au bois exotique ou des grandes tentures pourpres sur lesquelles étaient fièrement brodées les armes de la maison.
    Ils avaient tout d’abord traversé un large corridor aux façades garnies de portraits, exposés à intervalles réguliers. Les figures accueillaient les invités avec leurs visages tantôt fermés tantôt souriants et formaient une véritable haie d’honneur.
    Notre charismatique duo déboucha ensuite sur une pièce aux proportions immenses : le haut plafond était soutenus par d’impressionnantes voûtes, elles même soutenues par de larges colonnes. Dénuée de toute décoration, n’importe qui aurait eu le sentiment de s’être retrouvé dans une église où austérité côtoyait richesse architecturale. Chaque pilier était à lui seul une œuvre d’art : à la lumière des candélabres, des branches de lierres sculptés s’enroulaient autour de la pierre, le soucis du détail couplé aux jeux d’ombres étaient tel qu’ils en paraissaient réels. Aux deux extrémités de la salle, deux tables de banquet étaient recouvertes de fruits, de viandes, de pichets de vins,…Il devait y avoir une bonne cinquantaine de convives, venant de divers horizons. On distinguait cependant du premier coup d’œil les bourgeois à la tenue impeccable, vêtus de costumes aux tissus soyeux sur lesquelles des boutons d’or scintillaient de toute part, et les marchands à la pauvreté déguisée dont l’usure des guenilles trahissaient la caste. Au centre de la pièce, Eidren put identifier la source de la symphonie qu’il entendait de l’extérieur : d’un modeste orchestre installé sur une estrade naissaient des notes harmonieuses qui tendaient à disparaître à travers le brouhaha des invités. Des serviteurs zélés faisaient circuler coupes cristallines, petits fours dorés agencés en piles sardanapalesques et autres hors d’œuvres, s’arrêtant ponctuellement vers les groupes qui se formaient et disparaissant parfois derrière les rideaux rouges aux coins de la salle, réapparaissant leurs plateaux à nouveau garnis l’instant suivant.
    Le voleur balaya l’assemblée qui se présentait à lui puis prit une profonde inspiration, présenta son bras à Aedis et s’avança vers la foule.
    Tachant d’adopter une démarche sereine, ils se frayèrent un passage à travers la masse d’invités. L’un deux les bouscula et fit mine de ne pas les avoir vu.
    - Mais…Serait-ce sieur Hector ? Le dieu du frometon d’Odelian ? dit-il en s’approchant d’un vieil homme empâté.
    Ce dernier courtisait, de manière plus ou mois habile d’ailleurs, une femme au visage surmaquillé qui l’écoutait machinalement. Il serra chaleureusement la main de son ami et engagea la conversation.
    Eidren en saisit quelques bribes, il était apparemment question de négociation entre marchands. Un peu plus loin il capta plusieurs autres discussions similaires entre nobles ambitieux et autres bourgeois sournois avide de bénéfices aussi insignifiant soient-ils et prêt à tout pour arriver jusqu’au sommet de la hiérarchie sociale qu’importe le nombre de cadavres qu’il faille empiler pour y parveniiiiiiiiiiiiiiiiir…*respire* Bien.

    ________________________________


    - Ce vin est divin ! lâcha un gentilhomme au nez aquilin en faisant tournoyer délicatement le liquide pourpre dans sa coupe. Assurément, Dame Dasfan, cette cuvée est la meilleure de la région ! J’ai bien peur que mes pauvres vignes n’égalent jamais les vôtres…
    Une élégante dame à la robe cyan hocha la tête en souriant. Elle était dans la fleur de l’âge, sa chevelure noire de jais avait été nouée en une longue tresse qui descendait dans son dos. Quelques mèches rebelles venaient briser l’austérité de sa coiffure, lui donnant un air à la fois strict et posé. Son regard, clair et mélancolique laissait transparaître une certaine bienveillance. Au même moment, à quelques mètres de là, Eidren avait engagé la conversation avec un dénommé Oleg, un petit homme gras du bide, brasseur de bière de son état et déjà bien imbibé alors que la soirée commençait à peine. Il déversait un océan de paroles à qui voulait bien l’entendre.

    - Le roi…est un nain compétent…, avait-il déclaré, *hips* je l’ai dit et j’le dirais toujours, nous courons à not’ pert-*hips*-te ! M’est avis qu’ça tard’ra pas à p’ter : les mervallois avec Scylla, les Soltariel, et toussa…*hips !*…une guerre civile j’vous dis !!
    Le voleur ne prêtait qu’une oreille distraite aux élucubrations du saoulard, jusqu’à ce que le nom de Dasfan ne soit prononcé. Aedis, qui elle-même alimentait la conversation avec Oleg, tilta : leurs regards se croisèrent, Eidren lui fit un signe de tête qui semblait dire « T’inquiète, je me charge d’accoster la donzelle».

    -Ce vin n’est pas le mien mais celui de Pharembourg,
    avait répondu la jeune femme, Notre ville, bien qu’incarnée par ses représentants, doit sa réussite avant tout à sa population.
    - Et cette population vous est redevable, gente dame, intervint Eidren agrémentant ses paroles d’un sourire à la fois discret et radieux.
    La jeune femme fixa un instant le nouvel arrivant, interloquée. Comme s’il était frappé par l’évidence, Eidren se tapa le front.

    - Je vous prie de bien vouloir m’excuser, à m’immiscer ainsi je passe pour un rustre dénué de bonnes manières. Permettez moi de me présenter : je me nomme Friedrick d’Eltaïr, noble de Diantra et également conteur à ses heures perdues.(Il fit une légère courbette avant de poursuivre) Sachez que le rayonnement de Pharembourg nous parvient jusqu’à la capitale, votre entreprise pour restaurer l’image de cette ville est un franc succès, n’en déplaise aux nobles malpolis de la capitale…dont je faisais parti jusqu’à ce soir.
    Les fines lèvres de Dasfan se fendirent en un sourire.
    - Et pourrais-je connaître l’origine d’un tel revirement ?
    - Les gens de la capitale ont je le crains tendance à croire qu’ils possèdent le monopole du bon goût, coupa l’oenophile d’un ton condescendant.
    - Voyons Eugène ! Tous ne sont pas à mettre dans le même panier, intercéda Dasfan, il faut bien avouer que nous autres provinciaux ne portons pas un regard des plus juste sur eux non plus…
    - Ainsi donc, la faute échoit aux deux parties, temporisa Eidren, regard appuyé en direction d’Eugène-bec-d’aigle avant de replonger ses yeux dans ceux de Dasfan, pour répondre à votre question initiale, cet endroit permet en partie de saisir l’ampleur de l’erreur dans laquelle j’ai été bercé. La richesse de votre demeure n’a rien à envier aux plus luxueuses résidences de la capitale.
    - Vous m’en voyez flattée. J’espère que votre venue sera synonyme de prospérité pour tous.
    Le moment était venu. Sa stratégie devait fonctionner, il n’aurait pas de seconde chance. La conversation était entamée, objectif suivant : se défaire de gégène.
    - Puisqu’on arrive à ce sujet…et qu’il faudra bien en passer par là…j’ai entendu de nombreuses rumeurs sur votre réussite pour le moins « fulgurante »…
    Eidren laissa sa phrase en suspens et fit mine de regarder autour de lui, observant Dasfan du coup de l’œil. La jeune femme n’avait pas cillé, mais derrière son masque d’impassibilité, le sang mêlé venait de semer les graines du doute. Elle allait briser ce court silence mais il la devança :

    - Vous m’avez tout l’air d’être une experte qui sait investir au bon endroit au bon moment et, dans la mesure du possible, j’aimerais traiter avec vous.
    - Vraiment ? Et que me suggérez vous ?
    Ton plutôt méfiant, à coup sûr elle ne savait sur quel pied danser : il était trop tôt pour qu’elle puisse se fonder une véritable opinion sur ce Friedrick d’Eltaïr. Mais l’allusion était lourde de sens.
    - Je vois que vous allez parler affaire, s’empressa de déclarer un Eugène indigné d’être ainsi mis à l’écart, permettez moi de me retirer Dame Dasfan.
    Après une légère révérence et sans adresser le moindre regard à Eidren, Eugène tourna les talons et disparu dans la masse.
    -J’ai le sentiment qu’il ne m’apprécie guère…
    - Eugène est une personne qui peut paraître froide et mystérieuse, mais c’est quelqu’un de bien…et notamment l’un de mes collaborateurs les plus fidèles. Comme nous tous, il a son propre caractère et n’est pas dénué de défaut...(elle tapota nerveusement son verre, les yeux perdus dans le vague) Enfin ! Pardonnez moi pour cet égarement je…
    - Vous êtes toute excusée, lâcha Eidren dans un souffle
    Réplique toute faite qu’il aurait sûrement du dire quelques heures plus tôt. Il l’appuya d’un regard pénétrant, plongeant dans l’océan azur des yeux de la jeune femme. Regard qu’elle soutint un instant avant de se détourner pour dissimuler le rouge pivoine qui gagnait son visage.

    -Marchons si vous le voulez bien, je crois que la fraîcheur de la nuit me ferait le plus grand bien.


    Ils s’éloignèrent tout deux du tumulte de la soirée, et finirent par quitter la grande pièce pour finalement se retrouver à l’extérieur du manoir. Seuls, au clair de lune. Les notes d’une valse filtraient de la salle de bal. Cette atmosphère onirique, douce et apaisante fit momentanément oublier à Eidren la raison de sa présence en ce lieu.

    - Puis-je vous poser une question ?

    - Je vous en prie.

    - Dans quel domaine officiez vous réellement ?


    *Retour sur terre* Question piège…ou simple curiosité ? Répondre naturellement à la question et embrayer sur autre chose… ? Partir sur un élément banal et faire suivre sur quelque chose de plus « authentique » pour accrocher son attention.

    - Mon père possède une filiale dans le domaine du textile dont le siège est à Diantra.
    Embarrassé, Eidren marqua un temps d’hésitation puis, laissant de côté sa noble assurance, poursuivit sur un ton de confidence :
    -…Pour ne pas vous mentir, quand j’ai accepté de répondre à l’invitation c’était uniquement afin d’en apprendre plus sur la rumeur qui disait que Pharembourg était sur le point de sombrer à cause de toutes ces embuscades et autres exactions. L’intérêt que je porte aux « faits divers » dirons nous, peut paraître étrange je vous l’accorde mais c’est en réalité une véritable source d’inspiration.

    - Ah oui, vous avez dit être conteur…

    - A mes heures perdues,
    corrigea le sang mêlé avec une pointe d’amusement, c’est une passion que désapprouve mon père mais dont je n’arrive pas à me défaire…pour son plus grand malheur.
    - Vous projetez donc d’écrire sur Pharembourg ?
    s’enquit Dasfan, la mine réjouie
    - Je n’y avais pas songé…mais il faut bien avouer que je n’ai pas fini de m’émerveiller…

    - Notre petite bourgade perdue sur la côte vous fascine à ce point ?
    Le demi elfe ne put s’empêcher de sourire. Il se tourna vers Dasfan :
    - La plus belle des merveilles restera celle que j’ai découverte ce soir.






Dernière édition par Eidren Alderion le Mar 12 Juin 2012 - 11:22, édité 1 fois
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Aedis Galace
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Dim 13 Nov 2011 - 17:04

Aedis fut à la fois déçue et ravie qu'il ne la détrompe pas. Après tout, ça faisait une éternité qu'elle n'était pas sortie vêtue ainsi. Depuis son enfance, à vraie dire... En y réfléchissant bien, la seule époque où elle portait des robes régulièrement datait d'avant le remariage puis la mort de sa mère... Ce qui faisait combien d'années ? Vingt ? Et même là, ses robes n'étaient pas très seyantes... Juste assez vieillies pour pouvoir courir dans tous les sens dans la forêt et les routes. Rien d'exceptionnel.
Et aujourd'hui... La journée passa en à peine quelques secondes, du point de vue de la demi-elfe. Comme son compagnon de route, elle ne pouvait s'empêcher de sentir une tension dans la journée, ainsi que dans l'attente. Tout ceci sonnait bien plus mission diplomatique qu'autre chose, et parler n'était pas tout à fait le domaine dans lequel la demoiselle excellait... Surtout dans cette tenue. Une mission dans laquelle poutrer une dizaine de grands vilains méchants aurait été plus simple. Allons donc. Il fallait bien s'y faire.

Quelques heures et pensées plus tard, ils se retrouvèrent devant la demeure de leur cible. Aedis, ou plutôt Elendaën Fanië, pour un temps du moins, était tendue, sur le qui-vive. Prête à dégainer au moindre mouvement qui lui paraîtrait suspect, elle attendait avec suspicion le verdict du videur. Seul l'apparent calme d'Eidren lui permettait de ne pas commettre d'impair. Sans doute plus réactive et volubile que lui, il lui permettait néanmoins en un sens de se contrôler : elle n'était pas là que pour elle, son petit nombril et ses querelles familiales. La quête du demi-elfe était plus importante, car but primaire de leurs actes. Ils n'étaient pas sûr que son affaire à elle avait un lien. Elle se tenait donc accoisée, et fit même un léger signe de tête quand la sentinelle s'adressa à elle. Lui lançant un sourire charmeur, elle entra à la suite de son compagnon de route, lui prenant le bras. Elle repensa à tous les évènements des derniers jours, et, se pinçant distraitement la lèvre inférieure de ses dents, elle ne put s'empêcher de murmurer, sans doute une fois de plus :


- Je... Excusez-moi... Pour hier.

Elle voulut ajouter quelque chose. Pour meubler, dire quelque chose tout simplement. A part des banalités, rien ne lui vint en tête. Tant pis.

*
* *

Bavarder, manger des canapés... Les soirées des nobles étaient bien ennuyeuses ! Les nuits passées à la taverne, à inviter de jolies filles à danser (de jolis garçons auraient été préférables, mais les mœurs n'étaient pas encore adaptées), taper du pied en cadence (ou pas), boire de la bière, et rire fort... Voilà quelque chose que ces nobles et nobliaux ne connaîtraient jamais, et qui faisait que leur vie n'était en rien enviable. Aedis avait juste envie de se secouer la robe, de grimper sur une table, et chanter une chanson de taverne, un peu paillarde mais tellement plus entrainante. Elle eut un sourire à cette pensée, et l'homme vers qui elle regardait à ce moment, sans même le voir, lui rendit, ajoutant une légère courbette à son geste. Tient, une touche. Résistant avec un peu plus de difficulté à son envie de grommeler à propos des nobles et des bourgeois, elle suivit Eidren, se frayant un chemin à travers la foule des courtisans. Ils parlaient politique, ils parlaient argent. Sans les voir, sans voir autour d'eux, et encore moins au-dehors. La misère des plus petits n'intéresse pas les plus grands. Seuls les intéressent ce qui reste de cette misère, les derniers deniers du peuple. Et pourtant, ils étaient si peu nombreux face à la masse grouillante des gueux qui trainaient dans les bas-fonds !
Ils parlaient en ce moment même à un groupe de personne. Aedis papotait plus précisément à une personne presque ivre morte, nommée Oleg. N'ayant rien de particulier à lui dire, elle se contentait de hocher la tête, de pouffer à ses gens de mots et de laisser échapper quelques onomatopées au bon moment (à peu près n'importe quand). Et tout cela marchait fort bien. Et c'était fort peu passionnant (racontars qui circulaient déjà depuis des mois dans les ruelles), mais un nom lui fit reprendre pied avec la réalité. Dasfan ? Oooh ! Intéressant.
Celle-ci sembla répondre aux pensées de la demi-elfe. La population. La vraie, celle qui fait vivre une ville. Tous ces nobliaux mourraient de faim, de froid, de fatigue s'ils devaient se débrouiller seuls. Le peuple Est. D'un accord tacite, elle laissa Eidren s'occuper de la demoiselle, s'éloignant assez pour ne pas paraître louche, mais pas trop pour pouvoir encore entendre distinctement ce que les deux se disaient. Mais ils s'éloignèrent, et la foule et Oleg l'empêchaient de les suivre. Elle jura intérieurement, agacée à l'idée de les perdre. Regardant son interlocuteur, elle fit quelques pas, oscilla doucement, essayant de paraître la plus rouge possible. Celui-ci l'observa après quelques instants, avant de lui demander si tout allait bien.


- Excusez-moi... Je ne supporte pas la chaleur, et il faut reconnaître que l'atmosphère est plutôt lourde.

Oleg acquiesça, s'empressant de lui proposer son aide. Elle refusa, et se dirigea à la suite de Dasfan et Eidren. Dès qu'elle fut sûre de ne plus être vue par son ancien interlocuteur, elle se mit à presser le pas, jouant des coudes jusqu'à l'extérieur. Il fallait avouer que l'air frais ne lui faisait pas de mal. Descendant les quelques marches, elle se fit interpeller par un jeune homme, qui l'attrapa par la main.

- Et bien, damoiselle... Pourquoi fuyez-vous ?

Il lâcha un rire que la demi-elfe aurait qualifié de niais si on lui avait donné son avis. Mais ce n'était pas le cas, et elle n'eut pas le temps de répondre qu'il l'entraîna vers l'intérieur.

- Je suppose que vous n'êtes pas venue seule... J'espère que votre cavalier ne m'en voudra pas si je vous emprunte quelques instants.

Posant ses mains sur les hanches de la jeune femme, celle-ci ouvrit de grands yeux offusqués. Se libérant d'un mouvement brusque, elle renifla de dédain :

- Je suppose que vous croyez être charmant, mais comparer ainsi une femme à un objet n'est pas très malin. Vous supposez bien quand vous parlez de mon cavalier, mais je n'ai nul besoin de lui. Maintenant, si vous vouliez bien prendre la peine de vous cherchez une proie moins crédule ou plus cruche...

Elle fit volte-face brusquement, laissant l'inconnu se débrouiller avec les rires que sa tirade avaient fait naître autour d'eux. Sortant d'un pas vif, elle maudit cet imbécile, qui avait ruiné ses chances de retrouver Dame Dasfan et Eidren autrement que par hasard. Marchant dans le jardin au petit bonheur la chance, elle tourna... Pour tomber nez-à-nez avec ceux qu'elle cherchait. Zut. Elle essaya d'improviser, négligeant de mentionner qu'elle connaissait le jeune homme, ne sachant pas ce que ce dernier avait derrière la tête (mis à part ses cheveux). S'inclinant devant la jeune femme, elle sourit :

- Bonsoir... Vous êtes Dame Dasfan, n'est-ce pas ? Je me nomme Elendaën Fanië...

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Eidren Alderion
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Mer 18 Jan 2012 - 2:36

-Bonsoir... Vous êtes Dame Dasfan, n'est-ce pas ? Je me nomme Elendaën Fanië...

Eidren dissimula sa surprise de voir ainsi apparaître Aedis, alors que sa « proximité » avec Dasfan sous entendait qu’il allait bientôt pecho. Cela risquait de compromettre ses plans et devait donc reprendre la discussion à son avantage. Prenant la Dame de Pharembourg de vitesse, il déclara :
- Dame Dasfan, permettez moi de vous présenter ma cavalière.
D’un léger hochement de tête, il invita Aedis à se joindre à la conversation.
- Ravie de faire votre connaissance.
Intriguée, Dasfan ne put s’empêcher de dévisager la nouvelle venue. Il était vrai qu’Aedis était indéniablement ravissante dans sa robe de soirée et attirait autant l’œil des Dom Juan maladroits que celui des demoiselles de qualité... Œil d’ordinaire critique voire jaloux mais dans le cas présent ceux de Dasfan contemplait la demi elfe avec un véritable intérêt.
- Sieur d’Eltaïr…vous ne m’aviez pas dit être venu en si galante compagnie…
- Présentement je doute pouvoir espérer mieux !

Dasfan posa quelques questions à Aedis, notamment sur l’ « étrangeté » de son nom qui sonnait elfique, ou encore la raison de sa présence à Pharembourg. Faisant toute confiance à Aedis pour ressortir l’histoire qu’il avait préparé quelques heures plus tôt, Eidren se garda d’intervenir, il ne put s’empêcher de sourire en repensant à certains moments « forts » de leur rencontre…
- Ah ! Voyager, un luxe que je ne peux malheureusement pas me permettre, soupira Dasfan lorsqu’Aedis eut terminé son petit « récit ». Il y a des jours où j’aimerais céder à cet appel mais trop nombreuses sont les obligations qui me retiennent à Pharembourg.
- Avec une bonne organisation, intervint Eidren, il est possible de concilier les deux. Je pense en être l’un des exemples : je ne suis certes que l’héritier du domaine de mon père et non véritable propriétaire, contrairement à vous, ce qui n’empêche pas la gestion d’être faite sous l’égide d’un subalterne. En ayant une hiérarchie efficacement élaborée, et je dis ceci sans remettre en cause la pertinence de la votre, il serait plus aisé pour vous de voyager et par conséquent de vérifier vous-même la justesse de vos investissements.
- En êtes vous certain ? Je répugne à laisser ma maison sous une autorité différente de la mienne, principalement en raison des récents évènements.
D’un geste qui se voulait rassurant le sang mêlé posa délicatement sa main sur l’épaule de la jeune femme et la fit glisser le long de son bras:

- La confiance se fait rare de nos jours mais un repli constant, outre vous procurer une sécurité temporaire et faillible, vous fera également passer à côté de grands projets… C’est d’ailleurs la raison de ma présence en ces lieux.
Un petit sourire désolé naquit sur son visage, s’adressant aussi bien à Dasfan qu’à Aedis. La conversation s’était peu à peu réorientée sur le commerce et les négociations seraient la prochaine étape.
Brisant le léger silence qui venait de s’installer, Eidren passa sa main derrière la taille de la demi elfe et suggéra au deux demoiselles de retourner à l’intérieur de la bâtisse.

- La soirée se rafraîchit lentement mais sûrement ! Savoir que l’une d’entre vous pourrait attraper quelque vilain rhume par ma faute serait…intolérable !
En effet, un vent de plus en plus frais refroidissait l’air environnant et faisait naître de petites volutes blanches à chaque expiration. Eidren ne put d’empêcher de frissonner et fut plutôt content de retrouver la chaleur de la salle bondée de convives. Les domestiques continuaient leurs ballets incessants, les pichets de vins se vidaient à bonne allure et de nombreux danseurs avaient pris place sur la scène aménagée devant l’orchestre.
Le trio s’approcha des grandes tables de banquet et Eidren servi un verre de gnole à chacune des demoiselles (le LSD n’ayant malheureusement pas encore été inventé à cette époque).

- Levons notre verre à la réussite, puisse t-elle sourire à nos projets et concrétiser nos rêves.
Les coupes se percutèrent en un son cristallin qui se perdit parmi les bruits environnants de la foule. Le demi elfe laissa un instant le précieux liquide libérer ses saveurs, chatouillant son palais par son goût à la fois fruité et légèrement acide. A son grand étonnement, ce fut Dame Dasfan qui introduit à nouveau le dialogue :
- Bien, je suppose que sieur d’Eltaïr n’est pas ici uniquement pour profiter du fruits des vignes de Pharembourg…Vous m’aviez dit être venu pour affaire me semble-t-il…
- C’est cela madame mais j’avoue que votre compagnie m’est agréable au point que j’en avais oublié les enjeux initiaux.
- Allons, suivez moi dans mon bureau nous serons plus à l’aise pour parler affaire…Vous m’en direz un peu plus sur ce cher Friedrick…
Se tournant alors vers Aedis, elle ajouta :
- Notre mystérieuse Elendaën est également conviée si le cœur lui en dit.

*STUN*

Nous y voilà…songea alors Eidren.

La jeune femme les guida à travers le riche manoir, ils passèrent à nouveaux devant la galerie de portraits puis empruntèrent un petit escalier en colimaçon dont un tissu de velours rouge ornait les mains courantes. Lorsqu’ils arrivèrent au premier étage, un garde s’avança mais fut vite congédié par Dasfan :

- Laissez Reynald, ces jeunes gens sont avec moi. Allez au rez-de-chaussée et veillez à ce que personne ne nous dérange.
Le dénommé Reynald obéit et libéra le corridor. Celui-ci ouvrait sur trois pièces différentes et était éclairé par la vive lumière de deux lustres aux ferrures argentées. Tout au bout, les pâles rayons de la lune étaient filtrés par de larges carreaux voilés de légers rideaux de dentelles. A l’extérieur, de vieux sapins s’agitaient au rythme du vent en projetant leurs ombres inquiétantes à l’intérieur du manoir.
- Alors Friedrick, que vous arrive-t-il donc ? s’enquit Dasfan dont le visage avait pris une belle teinte pivoine, la nuit vous fascine à ce point ?
- Veuillez m’excusez pour cet égarement passagé, j’étais…perdu dans mes pensées.
Eidren se tourna en direction des deux femmes, sourire au coin.
- Allons ! Empressons nous de parler affaire, nous pourrons ensuite passer à quelque chose de plus intéressant.

- Dans ce cas si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre…
Elle les conduisit alors dans une des trois pièces auxquelles menait le couloir.

La chambre de Dasfan était en réalité un vaste bureau aménagé d’un grand lit à baldaquin. De nombreuses étagères débordant d’ouvrages cachaient la majorité des murs. Contes, poèmes, romans ou encore encyclopédies…Il y avait vraiment de tout, ce qui suscitait chez le voleur une admiration sincère. La jeune noble ne correspondait pas du tout à l’idée qu’il s’en était faite au cours du voyage jusqu’à Pharembourg. De nature franche, soucieuse et ouverte c’était une personne qui inspirait facilement la confiance et ce même à Eidren. Mais ses desseins l’empêchaient d’accepter pleinement cette « amitié ». Au fond de lui, sa légendaire prudence lui ordonnait de rester insensible : il avait une occasion unique d’en apprendre plus sur Orios et ce n’était pas le moment de se laisser aller aux sentiments…par contre rien n’empêchait de succomber aux plaisirs charnels…


- Bien, vous pouvez prendre place,
commença Dasfan en désignant deux fauteuils de l’autre côté de son bureau.
Puis elle s’adressa à Aedis :

- Veuillez nous pardonnez Dame Fanië, ça ne sera pas long.

Les négociations pouvaient débuter. Dasfan présenta dans un premier temps les échanges commerciaux qu’elles effectuaient déjà avec d’autres contrées en particulier le duché de Soltariel. Exposant les différentes draperies et autres tissus que l’accord passé lui permettait d’obtenir, elle interrogea ensuite Eidren sur les avantages qu’elle pourrait tirer d’une société implantée dans la capitale même. Ainsi la jeune noble, malgré les quelques grammes d’alcool qui circulaient dans son sang était retord en affaire ? Soit, Eidren n’avait pas non plus pour habitude de céder aux demandes sans qu’il n’y ait de négociations et, dans la situation actuelle, Dasfan anticipait sûrement la riposte : comme tout bon démarcheur qui cherche à vendre son produit, Friedrick d’Eltaïr allait très certainement soutenir que la capitale, de part son importance « naturelle » état un véritable pôle commercial qui concentrait les meilleurs ouvriers du pays… Prenant à contre-pied les attentes de la noble, le sang mêlé débuta un exposé des plus convaincant : dans un premier temps, il vanta les mérites des soltariels, soulignant la justesse de leur organisation et la finesse de leurs ouvrages. Il dressait donc un tableau positif de ses concurrents.

- Le seul « point noir » à mon sens est la faible compétitivité de leurs entreprises : la qualité de leur production a un coût bien réel et non négligeable…bien idiot qui oserait prétendre le contraire. Etes vous prêts à dépenser autant lorsque vous pouvez avoir un « équivalent » à un prix plus que divisé par deux.
- Aucune industrie ne pourrait vendre à un tel prix à moins de produire à perte, intervint Dasfan.
- Et pourtant… rétorqua Eidren. Certes, Pharembourg a les moyens de s’offrir une telle qualité…pour l’instant ! L’histoire a à de trop nombreuses reprises montré que l’économie et la réussite florissante devait s’attendre à dégringoler à un moment ou à un autre, par conséquent il est nécessaire d’esquiver ces futures « crises »…tant qu’il en est encore temps. Comme le dit l’adage : « il vaut mieux prévenir que guérir »...

Le demi elfe laissa à Dasfan le soin de deviner la prochaine étape de sa démarche.
Plutôt que de froncer les sourcils et de pointer « l’audace » de cette dernière, la jeune femme se contenta de lancer un petit sourire taquin à Aedis. Ce même sourire fut capté par Eidren qui repris alors la parole, sur un ton faussement gêné cette fois :

- D’accord, nos fabriques à Diantra ne peuvent rivaliser avec celle de Soltariel sur le plan qualité, moi plus que quiconque en suis conscient. Toutefois, concernant la productivité j’affirme sans réserve que nous sommes en tête. Pour un même prix, vous avez le choix entre une production de 200 unités de draps de bonne facture, j’entends par la qui comblerait même un noble ayant un minimum d’exigence, et 80 unités de draps d’excellente facture à la qualité irréprochable pouvant contenter les Cinq eux même. Mais il semblerait que nous n’ayons malheureusement pas tous des cartes Dieux avec crédit illimité (quoi elle est nulle ma blague ? è_é )

Poussant son fauteuil en arrière, Dasfan jaugea un instant son adversaire qui soutient son regard. Même si son visage était neutre dans l’ensemble, on devinait au fond de ses yeux une certaine malice, malice qui ne pouvait qu’être mal interprété par la jeune femme… Le discours bien huilé du sang mêlé avait bien sûr quelques faiblesses mais avec un peu de chance la gnole aurait tôt fait de les faire disparaître.

- Il est vrai que votre proposition mérite réflexion, dit-elle en contournant son bureau pour venir se placer entre Aedis et Eidren.
Elle les invita ensuite à se lever et caressa sensuellement la joue du demi elfe.

- Mon cher Friedrick, nous verrons les modalités de notre accord demain matin si vous voulez bien. Il me semble que Dame Fanië ait suffisamment patienté pour aujourd’hui…
Bien qu’il s’attendait à ce que les évènements prennent une telle tournure, Eidren était plutôt surpris que Dasfan jette son dévolu sur Aedis en particulier. Plus que de l’étonnement, c’était une certaine culpabilité qu’il commençait à ressentir : entraîner la demi elfe dans cette « histoire » n’était peut être pas une bonne idée… Alors qu’il allait intervenir, il s’aperçut trop tard que la proximité entre les deux demoiselles avait vite disparues suite au comportement…attentionné de Dasfan.
Cette dernière s’était discrètement placée derrière Aedis et avait commencé à lui masser les épaules avec une infinie délicatesse.

- Ma chère Elendäen…vous semblez si tendue…
Les habiles mains de la noble dame pétrissaient lentement chacun des muscles de la demi elfe. Des épaules, elles passèrent ensuite à la nuque puis dégrafèrent lentement la robe
Céruléenne qui glissa doucement sur la peau de la sang mêlée... A son tour, Eidren s’approcha d’Aedis, leurs joues s’effleurèrent.

- J’espère que tu ne m’en voudras pas trop*, murmura-t-il à son oreille.
Sans attendre de réponse, il saisit délicatement le visage d’Aedis et l’embrassa tendrement. Leurs lèvres se quittèrent un instant, savourant pleinement cette nouvelle découverte puis timidement se frôlèrent avant de se rencontrer à nouveau pour un baiser plus riche, plus intense. Baiser dans lequel Eidren s’abandonna, corps et âme, oubliant jusqu’au sentiment de vengeance qui le hantait depuis si longtemps.

Sur la chair désormais dénudée, Eidren laissait s’exhaler son désir à travers de voluptueuses caresses, parcourant sensuellement les galbes de ses partenaires.
A plusieurs reprises il se lova contre le corps de Dasfan qui affirmait pleinement sa féminité. Avec elle, il partageait son désir le plus ardent…mais la vraie tendresse et la passion véritable ne se libéraient que pour Aedis. Le parfum à la fois suave et sucré de sa peau, son visage angélique et ses formes discrètes…tout en elle l’enivrait. Son souffle chaud contre son cou fit trembler chaque fibre de son être. Vivant, il le l’avait jamais autant été. Comme un assoiffé se désaltère à une fontaine, Eidren se noya dans la chevelure dorée et s’enivra de son essence, maintenant cette délicieuse étreinte qu’il aspirait à ne plus jamais quitter…


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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Jeu 28 Juin 2012 - 21:33

Aedis rougit dès le premier compliment de dame Dasfan. Charmante compagnie ? Voilà longtemps qu'on n'avait pas décrit sa personne ainsi. Tout à coup, une vague de remords et de mélancolie la heurta de plein fouet. Retenant un hoquet à sa source, tarissant ses larmes naissantes, elle sourit à la jeune femme en face d'elle, et lui répondit d'une voix douce :

    - Ma compagnie ne peut être plus charmante que la votre...


Dame Dasfan se montrait curieuse, mais Aedis elle-même répondit avec plaisir.

    - Je ne suis pas totalement humaine, mes oreilles en témoignent. Elle continua en plaisantant : Je ne connais ce charmant jeune homme que depuis peu, à mon grand dam. Je vis sur les chemins, et plut sieur hasard de nous faire nous rencontrer il y a peu de temps.


Quelques paroles commerciales et faussement badines plus tard, Eidren glissa sa main sur la taille de la demi elfe. Retenant un geste de surprise qu'aurait sans doute accompagné un geste aussi brutal que malencontreux, elle sourit agréablement à son cavalier. C'était étonnamment agréable, une telle poigne... Quoique quelque peu inattendu.
Ils rentrèrent, et Aedis accepta le verre d'Eidren avec force de remerciements. Buvant doucement le liquide d'un rouge Andrinople, elle écoutait les conversations alentours, attentives aux moindres gestes suspects, et aux messages corporels de dame Dasfan. Mais tous ici étaient d'humeur festive, et la seule chose qu'elle retint de ses œillades aventureuses fut que décidément, dame Dasfan avait un port altier, et qu'Eidren un charme certain.
Ils marchèrent quelques temps dans la bâtisse après que la demi-elfe, dernière d'entre eux à finir son verre, reposa ce dernier. Elle avait acquiescer d'un hochement de tête aux paroles de l'hôtesse, bien décidée à ne plus les lâcher. Alors, si on voulait bien d'elle, elle n'allait pas se priver ! Traversant les salles avec émerveillement, elle ne put s'empêcher de penser au château de son beau-père. Loin de la gêner, cette pensée raviva en elle des souvenirs heureux qui lui donnèrent une allure plus encline à la joie encore. Mettre une robe devant changer les esprits, elle ne se reconnaissait plus.
Entrant dans la chambre à la suite de son cavalier et de la maîtresse des lieux, Aedis s'assit elle aussi, rassurant Dasfan :


    - N'ayant crainte... Je suis peut-être peu loquace et peu au fait des affaires dont il sera question, mais écouter reste digne d’intérêt. D'autant plus que les affaires restent les affaires, et c'est là notre but premier.


Bon, elle mentait un peu. Force était d'avouer qu'elle ne comprenait pas grand chose à ces affaires, et qu'elle n'écoutait que d'une oreille distraite, s'efforçant de paraître intéressée. Elle capta bien un instant un sourire amusé de Dasfan, auquel elle répondit en rougissant, ne sachant trop s'il était précédé d'une question. Apparemment non, les Cinq en soient remerciés.
Se levant sur l'invitation de la jeune femme, elle se tendit en la sentant se rapprocher. Pour... Pourquoi donc se... Elle sentit les mains de Dasfan, douce et impérieuse à travers le tissu léger de sa robe elfique, et se surprit à se détendre légèrement. Ses pressions étaient agréables et... réparatrices, en un sens. Néanmoins, si la mission n'en avait pas sans doute été compromise, le dégrafage de robe n'aurait sans doute pas eu lieu.
Elle sentit le tissu glisser, corps figé dans sa peur panique qui montait en elle. Dasfan ne connaissait pas Théofried, Dasfan ne connaissait pas Théofried... Comment avait-elle bien pu se travestir pour venir ici ? Aedis n'était plus rien, et elle était Théofried. Théofried, garçon terrifié dans ce lieu qui le prenait pour la femme qu'il n'était pas... Des larmes, discrètes, perles brillantes bleu givré, naquirent au coin de ses yeux... Implorant doucement du regard Eidren, elle ne put s'empêcher d'apprécier l'étreinte si inconnue qu'il lui livrait. Fermant ses yeux quelques secondes, elle esquissa un sourire d'excuse... Et se jeta presque dans ses bras, avec une douceur étrange, sous le coup d'une poussée d'adrénaline. Elle avait besoin d'affection, voilà tout. Elle l'embrassa, rendant son étreinte au demi-elfe, tout à coup bien peu soucieuse de ses vêtements, de qui elle était... Elle avait droit à une étreinte de la part de quelqu'un qui savait. Qui la voulait Elle.
Quant à Dasfan... Elle n'avait rien contre elle. Ni contre le fait que ce soit une femme : après tout, ses dernières marques d'affection avaient été pour des femmes... Ou des hommes y ressemblant fortement. Mais là, en l’occurrence, Eidren l'attirait tellement plus... Et la réciproque, malgré la faible expérience de l'intéressée dans le domaine, lui semblait vraie.
Se laissant faire par ses deux partenaires plus que menant la danse, elle se lova contre Eidren, l’impression d'être en sécurité entre ses bras la contentant à un point inimaginable.


    - Je te remercie...


Embrassant le cou d'Eidren avec lenteur, elle lui murmura ses quelques mots d'un ton suppliant. Se laissant emporter par Dasfan, par Eidren, elle se sentait légère, sentiment inconnu jusque là, et sourit, fermant les yeux. Cette soirée allait être mémorable, et ce malgré son appréhension...
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Mer 23 Jan 2013 - 23:15

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    Il avait chevauché ventre à terre durant toute la nuit, ne s’accordant pas le moindre repos et se gardant de ménager sa monture. Lorsque les premières lueurs de l’aube dessinèrent les contours de l’horizon, enfin il mit pied à terre. La tension de ces dernières heures était encore palpable, des gouttes de sueurs glaciales perlaient sur son front et ses mains étaient encore parcourues de soubresauts. Rougis par le chagrin, taché par des giclures de sang dégoulinant encore, son visage creusé par la fatigue et la haine était méconnaissable. D’un geste maladroit il essuya une larme puis se retourna.
    A plusieurs lieues de là, une sinistre colonnade de fumée noire s’élevait dans le ciel et souillait une aurore qui aurait dû être radieuse. Les fumerolles funestes se faisaient témoins de la purification de Pharembourg gravant dans sa mémoire le lourd sacrifice qu’elle avait requis. Alors que son esprit lui hurlait de se retourner et de fuir, ses yeux restaient rivés sur le noir présage, ravivant d’anciennes souffrances qui se joignirent aux nouvelles. La haine enfouie se libérait à nouveau, embrasant son cœur meurtri dont les battements furieux psalmodiaient des promesses de morts toujours plus atroces aux coupables…
    Pourquoi cela avait-il eu lieu…La question résonnait en boucle dans son esprit. Maudissant les coupables et sa propre faiblesse, il revivait inlassablement chacun des évènements à en perdre la raison…



    Le réveil fut assez difficile, s’extraire de draps emmêlés et des bras qui vous étreignent n’est en effet pas chose aisée. Avec une grande patience et un doigté de maître, Eidren parvint à sortir du lit sans trop d’encombres même si l’opération lui prit une bonne dizaine de minutes. Ne perdant pas plus de temps, il repéra parmi les nombreux habits qui jonchaient le sol ceux qui lui appartenait et les enfila en vitesse. Après s’être assuré que les deux dames dormaient toujours à poings fermés, il commença son inspection. Tiroirs après tiroirs, fouillant aussi discrètement que possible les moindres recoins de la pièce, il ne trouvait aucun document en lien avec l’accord liant Orios à Dasfan. Il lui restait l’inspection d’un petit secrétaire placé tout près du lit. A pas de loup, il s’en approcha. Il passa très vite en revue les différents compartiments visibles, ses mains parcouraient chacune des surfaces et autres ornements sculptés, dans l’espoir d’y dénicher un éventuel double fond ou autre mécanisme caché. Rien.
    Faute de temps pour approfondir ses recherches, il s’avança vers l’unique et haute fenêtre de la chambre par laquelle les pâles rayons lunaires entraient. Silencieusement il l’ouvrit, permettant à une bise glaciale de rafraichir l’atmosphère étouffante mais oh combien enivrante qui emplissait la pièce. L’une des dormeuses tressaillit et tira le drap contre elle en ronchonnant. Après un dernier regard amusé en arrière pour graver dans sa mémoire l’image des deux amantes qui s’étaient imperceptiblement rapprochées l’une de l’autre, Eidren sortit prudemment par la fenêtre et en repoussa les battants. Maintenant face au vide, il se glissa contre le rebord jusqu’à ce que ses jambes pendent, alors il se laissa tomber.
    Amorti par l’herbe touffue et par la conjuration de l’Envol, Eidren atterri sain et sauf dans un bruit mat. La haute grille de fer qui délimitait l’ensemble de la propriété de Dame Dasfan était le dernier des remparts à franchir. Camouflé par la brume nocturne et l’obscurité, le fuyard commença son ascension. En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, il était de l’autre côté et partait en direction du centre de Pharembourg, direction la Perle.


    Quelques heures plus tard, il se présentait à nouveau au manoir et demandait à s’entretenir personnellement avec Dame Dasfan. Quelle ne fut pas la surprise de cette dernière en voyant réapparaitre son amant « dans l’état où elle l’avait rencontré la veille… » Aedis paraissait elle aussi étonnée et n’était à n’en point douter pas encore totalement remise de cette nuit. Un échange de mondanités, de formules de politesses et d’excuses, riches de sous-entendus (voilant habilement l’existence bien réelle des consentements ayant permis cette nuit de luxure) laissa ensuite place à un discours plus terne concernant les contrats commerciaux débattus la veille. Dasfan acceptait de bons cœurs la proposition du sieur d’Eltaïr et lui remit les différents papiers qu’il avait « malencontreusement » oubliés sur le bureau. Il la remercia d’un sourire poli imperceptiblement teinté de condescendance née de l’escroquerie insidieuse des termes employés dans la paperasse.

    - Je vous remercie, cet accord ne vous décevra pas.
    - Je n’en doute pas, lui répondit-elle enjouée puis, s’adressant également à Aedis elle ajouta : vous devez avoir faim, que diriez-vous d’un bon déjeuner ? La table est sûrement déjà prête et rajouter quelques couverts ne posera pas le moindre problème.
    - Une telle invitation m’honore mais je m’en voudrais d’abuser de votre hospitalité. Par ailleurs, il se trouve que j’ai déjà diné…

    Après avoir salué les deux demoiselles d’une humble révérence, il tourna les talons et quitta le manoir.


    Le soleil devait être à son zénith, caché par de lourds nuages lorsqu’Eidren passa le portail de la luxueuse demeure pour la seconde fois de la journée. Cette fois encore il salua les gardes qui le regardèrent avec la même indifférence qu’à son premier passage. Sur le chemin du retour, il repensa à Aedis, espérant que son entrevue privée avec la Dame se déroule sans encombre. Bien que la tournure des évènements soit des plus atypique mais en rien désagréable, il s’en voulait un peu d’avoir entrainé sa coéquipière dans une telle histoire. Il savait pouvoir compter sur elle mais appréhendait la suite…Priant une dernière fois pour que tout se passe bien, il pressa la pas pour rejoindre le cœur de la cité et commencer son introspection.

    Des ruelles bruyantes et bondées, des étalages à n’en plus finir de produits communs ou exotiques, divers et variés dont les commerçants vantent les qualités, des matrones qui piaillent à n’en plus finir partageant les derniers ragots, un voleur à la tire que tout le monde à vu mais que personne ne dénonce, les hurlements des gardes qui finalement alertés lui somment vainement de s’arrêter, un ou deux mendiants tenaces crochetés à vos manches dans l’espoir de recevoir une pièce et qui finissent par l’obtenir à force de supplications et autres soupirs nauséabonds,…étaient autant de curiosités qui caractérisaient les fameux jours de marché.
    Rien de tout cela n’était présent. Sur la grande place étaient éparpillés quelques rares étals pauvrement fournis sur lesquels s’étaient perdus des miches de pain et autres légumes desséchés. Des commerçants à la face blême guettaient les venelles alentours, animés par la crainte plutôt que par l’impatience de voir de nouveau clients. Ces derniers allaient et venaient, emmitouflés dans de longues capes brunes ou grises sales et grossièrement rapiécées, naissant au détour d’une ruelle et s’évanouissant parmi les résidences délabrées aux volets désespéramment clôt. Paniers sous le bras, ces sombres silhouettes se croisaient, s’arrêtaient parfois un instant pour échanger quelques mots entre elles ou jeter un regard aux étals dégarnis. Outre les pas pressés et les murmures, la ville était muette. Dans une allée étroite, malgré l’ombre et la brume, de la lumière émanait d’une petite fenêtre ronde. Devenant à son tour un de ces fantômes encapuchonné, Eidren traversa la place en direction de la lueur.

    Dans ce qui devait être une échoppe abandonnée, deux miliciens sirotaient du vin non loin d’un feu de cheminée.

    - Cinq et quatre…Pas trop mal…, lâcha nonchalamment Jaken.
    Cul sec, il vida son verre et pris les dés que lui tendait son compagnon de jeu. Quelques moulinets du poignet et une prière ronchonne à un dieu anonyme plus tard, il les lança.
    Les dés tournèrent un instant avant de s’immobiliser.

    - Aha ! s’exclama Gerrin, deux et cinq…dommage !
    Le second amena à lui la petite pile de souverain accumulée depuis le début de la partie.

    - J’me sens en veine, annonça le gagnant en comptant une à une les pièces qui s’amoncelaient devant lui, une autre partie ?
    - Ne compte pas sur moi, tu viens déjà de me plumer d’une dizaine de souverains…
    Un grincement suivi d’un courant d’air glacial les firent se retourner dans un même mouvement. Dans l’embrasure de la porte se tenait le demi-elfe.
    - Si vous cherchez un joueur, je peux peut être vous aider. Vous permettez ?
    Sans attendre de réponse, l’étranger tira une chaise et se joignit à eux, les deux hommes le toisèrent, l’un avec dépit, l’autre avec suspicion. Quelques secondes s’écoulèrent en silence avant qu’Eidren ne prenne à nouveau la parole :

    - …J’ai de quoi parier si c’est cela qui vous inquiète.
    Sur ces mots, il décrocha la bourse cliquetante qui pendait à sa ceinture et la déposa devant lui, l’entrouvrant légèrement. Le scintillement de la petite fortune ne manqua pas d’intriguer les miliciens et, après quelques hésitations, Gerrin prit la parole :

    - J’en suis, décréta-t-il.
    Son acolyte refusa d’un hochement de tête, comme pour confirmer son apparente incapacité à miser.

    - Tu commences étranger.
    Sans un mot, l’intéressé pris les dés.
    Et la partie commença.
    La bourse d’Eidren et la pile de Gerrin étaient deux vases communicants, leur fortune dépérissait tantôt en faveur de l’un, tantôt en faveur de l’autre. Les parties s’enchainèrent pendant plusieurs dizaines de minutes, puis une heure entière passa. Simple spectateur, Jaken avait entreprit de vider la carafe à lui seul si bien qu’il finit par se lever lui-même pour aller la remplir à nouveau.

    - Ma foi, je pensais avoir plus de chance que cela, soupira le demi-elfe.
    Gerrin eut un petit rire moqueur.

    - Sache étranger que j’ai toujours eu la main habile lorsqu’il s’agit de jouer aux dés, mon ami l’a appris à ces dépends. C’est aussi ton cas on dirait.
    La bourse scintillante était en effet devenue bien maigrichonne, la moitié de son contenu avait d’ores et déjà changé de propriétaire.

    - Je vois, je vois…Je tacherai de me renflouer une fois le corps de garde rejoint.
    Le milicien le dévisagea en sourcillant.
    - Tu veux t’enrôler dans la garde de Pharembourg ?
    - Je suis un mercenaire et j’ai cru comprendre que la ville avait besoin d’épées, je propose donc la mienne.
    Sans lever les yeux, il porta à ses lèvres le verre servi un peu plus tôt. Malgré l’odeur infecte qui manqua de lui faire régurgiter son déjeuner, il soupira de contentement et se laisse aller sur sa chaise.

    - Aucune annonce n’a circulé pourtant. Nous autres miliciens n’avons pas besoin d’aide, et Pharembourg non plus.
    - Rarement une ville ne m’est apparue aussi calme, mais étant donné qu’un assassin sévit dans les parages, j’imagine qu’une enquête a déjà été ouverte. Dans ce genre de situations les mercenaires sont toujours les bienvenus.
    - Quelle enquête ? Il n’y a pas eu de meurtre.
    - La prétendue présence d’un assassin en ville et la mort de, quel était son nom déjà ?...Durmast ?
    - C’était un accident. Il s’est fendu le crâne en tombant dans l’escalier. Pour rassurer la population suite à l’annonce du crieur, nous avons fouillé les quartiers alentours mais puisque c’était un accident, on n’a rien trouvé bien sûr.
    Face à l’étonnement non feint de l’étranger et anticipant les futures questions qu’il allait poser, Gerrin se renfrogna. Il n’aimait pas cet homme, si tant est que s’en soit un. Ses traits fins rappelaient plutôt ceux d’un elfe. Surement un bâtard qui outre son sang avait pour seconde tare d’être un peu trop fouineur. Gerrin prépara une réplique cinglante pour la prochaine question du demi elfe sur Durmast. Question qui n’arriva pas puisqu’il se tut et détourna les yeux.
    Jaken réapparu l’instant d’après, titubant légèrement, une nouvelle carafe pleine d’hydromel en mains. Le demi litre de vignasse qu’il avait ingurgité lui avait fait oublier ses nombreuses parties perdues, si bien qu’il arborait désormais un grand sourire niais à la place d’une mine boudeuse.

    - Deuxièèème….tournééééée les gars !! Dites, j’peux vous rejoindre ? Si vous m’avancez sur ma solde de demain ça peut se faire naaan… ?
    - Tu as déjà perdu toute ta solde aujourd’hui, j’crois pas que ça soit une bonne idée, le coupa Gerrin.
    A la vue du monticule de pièces accumulées sur la table, Eidren tiqua :

    - Votre mise de départ était votre solde ?
    - Ouep ! Onze souverains par jour…C’est-y pas bien payé pour boire de l’hydromel hein ?
    Sur ces paroles, Jaken remplit tout les verres à portée jusqu’à ras bord avant de lever fièrement le sien, non sans en renverser la moitié.

    - A la santé de Pharembourg, de sa noble dame et aussi à notre santé et celle de notre fière milice ! baragouina-t-il. Milice qui, malgré ses besognes, restaure la presta-non…prestigi…prestidigidité de notre cité.
    Les derniers mots jetèrent un froid. Les traits de Jaken marqués par la liesse s’estompèrent à mesure que le regard inquisiteur de Gerrin s’intensifiait. Regard qui croisa celui d’Eidren.

    - On trinque les amis ? proposa timidement Jaken en faisant risette.

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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Ven 25 Jan 2013 - 19:31

    Les évènements s'étaient enchaînés dans une exécution surréaliste. Mais la jeune femme ne s'en rendit pas compte sur le moment, toute occupée à savourer ces instants qu'elle ne vivait que trop rarement. L'accident du baquet, et ce qui en avait découlé, avaient réveillé en elle une envie de sensualité qui trouvait là son achèvement. Dans son esprit, à ce moment là, toute paranoïa s'était envolée, laissant place à une impression de douceur sans précédent. Les mains de Dame Dasfan étaient plus douces que celles d'Eidren, et leurs lents mouvements faisaient frissonner la demi-elfe de plaisir. Mais c'est, des perles au coin des yeux, dans les bras d'Eidren qu'elle se réfugia, heureuse d'avoir -pour un temps au moins- le sentiment puissant d'être protégée. Se blottir dans la poigne d'un homme, sentir sa chaleur contre sa propre peau trop froide, et laisser simplement le désir grandir en son corps. Murmurant à l'oreille son nom à celui qu'elle avait sauvé il y avait si peu, elle posa ses lèvres contre sa bouche, et s'abandonna à lui...

*
* *
    Ouvrant les yeux brusquement en sentant la douceur d'une main humaine contre son ventre, Aedis tourna la tête vers son hôte. Et prit tout à coup conscience de ce qu'elle avait fait. Non seulement elle avait -certes par pur accident- révélé son secret à un quasi-inconnu ; mais elle l'avait revendiqué, avait mis une robe et était allée s'exposer ainsi devant des centaines de personnes. Et plus encore, elle s'était laissé dévêtir... Certes la soirée, la nuit avait été agréable, et se réveiller avec deux personnes à ses côtés était un changement fort appré...
    Eidren n'était plus là. Sans rien dire, il était parti et l'avait laissé. Ou du moins n'était-il plus dans le lit. Sans ménagement pour la pauvre femme à peine réveillée qui lui caressait doucement la peau, Aedis se releva brusquement, fouillant des yeux la pièce pour chercher un mot, une lettre, quelque chose. Et la seule chose notable qu'il y avait, c'était une fenêtre ouverte, laissant filtrer à la fois un air pur et des rayons de soleil illuminant le sol marbré. Sortant du lit, un peu paniquée -il l'avait tout de même laissé seule ! En femme !- elle chercha des yeux ses vêtements, avant de se rendre compte avec horreur que non, sa robe n'était pas celle de Cendrillon, qu'elle ne s'était pas transformée durant la nuit en quelque chose d'autre, comme elle l'aurait aimé. Pas de tunique, pas de chausses, juste une jolie mais voyante robe qui tout à coup lui fit horreur. L'excès d'enthousiasme dont elle avait fait preuve la veille méritait des baffes. Comment en était-elle arrivée là ?
    Dasfan se leva avec grâce, se rapprochant d'elle. Elle lui sourit et la salua :


      - Votre ami est parti cette nuit... Quel dommage que nous ne puissions encore goûter à sa présence...


    Aedis rougit, répondant par l'affirmative. Sa présence si rassurante... Elle secoua ses idées, espérant ne plus trop y penser. Les deux demoiselles se rhabillèrent, l'une avec aisance, l'autre avec plus de maladresse, et un peu d'aide. Dame Dasfan posa sa main sur l'épaule de la semi-elfe.

      - Allons, descendons... Le repas doit être prêt...


    L'humaine ne semblait pas tenir rigueur, ou questionner Aedis sur la fuite de son compagnon. Avait-elle seulement été surprise, ou agacée ? La semi-elfe n'avait pas cru voir une seule émotion de ce type passer sur le visage de Dasfan. Sans doute n'avait-elle pas été particulièrement attentive non plus.
    Dasfan tint le coude d'Aedis, la menant dans les couloirs, et la faisant descendre vers le rez-de-chaussée. Un serviteur vint à leur rencontre, et murmura quelques mots à l'oreille de la maîtresse de maison. Le visage de celle-ci s'éclaira, et un sourire sincère naquit sur ses lèvres. Descendant les dernières marches un peu plus rapidement ; quoique ralentissant avant d'atteindre le hall, où attendait... Eidren ! Aedis elle aussi eu un large sourire. Heureuse de revoir le demi-elfe (fringuant et briqué quand elle-même avait sa tête de pas réveillée -encore pire quand elle n'était pas Théofried), elle resta néanmoins sagement derrière Dasfan, d'autant plus que le voyant, la pensée des évènements de la veille au soir lui revenait en mémoire, la faisant rougir. Dame Dasfan échangea des mondanités avec Eidren, qui prétexta avoir oublié ses papiers sur le bureau. L'humaine les fit chercher, les rendant à qui de droit, avant de l'inviter à manger avec elles. Le jeune homme refusa, et s'en alla, les saluant.
    Les deux jeunes femmes se rendirent donc dans la salle à manger, bien trop grande et vide à ce moment là. Sa taille faisait même frissonner Aedis, qui eut un fugace souvenir -bien vite étouffé- de son temps avec sa mère et son beau-père, où elle était simple adolescente rebelle et joyeuse. Elles s'assirent toutes les deux, et se firent servir. La semi picorait plus qu'elle ne mangeait, un peu angoissée de la façon dont les choses avançaient. Elle doutait qu'Eidren ait trouvé quoique ce soit, et était découragée. Sa propre quête était si vague qu'elle désespérait de trouver un jour la solution... Peut-être devait-elle juste abandonner, et aller de l'avant. Elle fut interrompue dans ses pensées par un page qui trottina vers Dasfan, lui tendant une lettre, qu'elle ouvrit après avoir -gracieusement- posé ses couverts. La lisant, ses traits se transformèrent doucement, et elle semblait soucieuse. La curiosité naturelle d'Aedis la fit intervenir :


      - Une mauvaise nouvelle?


    Dasfan parut hésiter, et laissa un sourire envahir son visage, dont le front était pourtant toujours barré d'une ride...

      - Non, juste des nouvelles d'un ami à moi, Orios... Ne vous inquiétez pas.


    Aedis faillit s'étouffer. Orios ? Elle tenait quelque chose, mais quoi... Elle devrait enquêter, trouver quelque chose... Pour l'instant, elle se contenter de paraître naturelle, et ne posa pas plus de question. Elle n'était pas sociale, elle n'était pas une investigatrice : la subtilité n'était pas son fort, pas plus que le charisme soutirant des informations. Elles terminèrent le repas tranquillement, et notre héroïne prétexta un besoin pressant pour s'éclipser aux latrines. Tout du moins, en direction des latrines. Furetant à travers la demeure, elle finit par trouver le quartier des domestiques. Elle eut de la chance, et tomba sur le jeune page qui avait remis et repris la lettre d'Oris à Dasfan. Le prenant à parti dans un couloir étroit, sombre et humide adjacent, elle lui fit miroiter une dizaine de pièces. Dame Dasfan avait beau être la plus gentille des personnes, un tel manoir devait avoir nombre d'employés, et la paye, sans être misérable, ne devait pas être mirobolante.

      - Ecoute... Je te donne ces pièces, tu cherches la lettre que tu as donnée à Dame Dasfan pendant le repas, et tu la portes jusqu'à La Perle, en ville. Là-bas, demande Eidren : remets lui la lettre au nom d'Elendäen. S'il n'est pas là, remets la à la tenancière, dans ces mêmes mots. Et dans les deux cas, demande à ton interlocuteur cinq autres pièces comme celles-ci, de ma part.


    Le gosse avait l'air enthousiaste, et partit comme une flèche, au grand soulagement de la demi. Elle avait donné le véritable nom du demi à la fois pour éviter qu'en cas de trahison du gosse « Friedrick » soit visé, et espérait qu'elle n'avait pas commis une bévue. Elle retourna donc doucement vers l'endroit où l'attendait patiemment Dasfan, qui lui proposa une balade du parc. Aedis accepta : elle préférait que la lettre arrive avant elle à la Perle, si possible dans les mains d'Eidren...

*
* *
    L'après-midi était bien avancée quand Aedis se décida enfin de prendre congé de Dasfan. Elle était curieuse de savoir ce qu'il y avait dans cette lettre, et de savoir si Eidren avait découvert quelque chose. La maîtresse de maison semblait elle aussi satisfaite des évènements de ces derniers jours, et à vrai dire la demi se demandait bien pourquoi elle avait eu droit à un séjour aussi prolongé. Sans doute que la nuit dernière avait été source de faveurs... Néanmoins, elle ne s'en plaignait pas, espérant simplement ne rien avoir raté comme indice.
    Debout dans le hall, Aedis attendait Dasfan qui lui avait dit vouloir chercher quelque chose dans la chambre avant de laisser repartir si charmante compagnie. La demi avait accepté de bon gré, mais quand l'humaine redescendit les marches, elle se rendit bien compte qu'il y avait un problème. Elle était blême, et ses lèvres tremblotaient, blanchies et serrées.


      - Quelque chose ne va pas, Dame Dasfan?


    Elle ne répondit rien, mais fit un signe de la main, regardant derrière la semi. Cette dernière se retourna, mais trop tard. Un coup de massue s'abattit sur sa tête, la laissant inconsciente.

*
* *
    Quand elle se réveilla, il faisait noir. Non pas à cause du temps, mais plus à cause de l'endroit clos où elle était : une cellule. Aedis jura entre ses dents, c'était bien sa veine.
    Se relevant, elle vit derrière les barreaux Dasfan, impeccable dans cet univers insalubre, qui la regardait furieusement.


      - Qui êtes-vous ? Et dans quel but m'avez-vous voler cette lettre?


    Comment avait-elle su ? Apparemment, la manœuvre avait réussi, puisqu'elle n'avait pas parlé de tentative.

      - Il n'y a jamais eu de vol dans cette demeure auparavant. Et pourquoi voler un vulgaire bout de papier sans valeur ? Vous arrivez, et cette lettre disparaît ? Celui d'entre mes domestiques qui vous a aidé saura nous éclairer, dès que nous l'aurons trouvé... En attendant, c'est sans doute vous qui allez parler...


    Aedis avala sa salive. Elle n'aimait pas la tournure que prenaient les choses. Mais alors, pas du tout.
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Eidren Alderion
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Mer 7 Aoû 2013 - 21:40


    - Je répète, de quel genre de besogne s’occupe la milice ?
    Le ton intransigeant invitait l’interlocuteur à fournir une réponse dans les plus brefs délais. Ne paraissant pas saisir l’urgence de la situation et fixant d’un air hagard son collègue gisant à terre dans une flaque de sang, Jaken essayait tant bien que mal de se défaire de l’étreinte du demi elfe qui le tenait fermement par le col.

    - Maiiis…pourquoi vous avez fait ça à Gerrin ? articula le soudard dans la souffle nauséabond, Vous aurez beau m’demander que ce que vous voulez, j’dirais rien à vous mais j’dirais tout c’que j’ai vu qu’vous faites.
    Le sang mêlé prit un ton conciliant.

    - Oh… figure toi que j’ai une autre vision des choses : tu me dis ce que je veux savoir et en échange, je te laisse partir dans un meilleur état que ton ami.
    Au prix d’un immense effort pour réorganiser ses idées, Jaken lâcha un énorme rot au visage de son agresseur avant de bouger sa tête de droite à gauche. La mine de dégoût d’Eidren arbora alors un air fataliste.

    - Il est bien dommage que tu compliques l’affaire Jaken. Tu me vois obligé d’utiliser des moyens auxquels j’aurais préféré renoncer.
    Il souleva le milicien de sa chaise et le plaqua contre le mur avec force. De sa main libre, il dégaina une dague et en approcha la pointe scintillante du cou de sa victime. Une expression horrifiée sur sa face écarlate, Jaken ne pouvait s’empêcher de loucher sur l’arme. Son corps s’était subitement mis à trembler comme une feuille. Ses yeux, rougis et gonflés par des larmes naissantes avaient quelque chose de grotesque et pathétique.

    - J’veux pas mourir…j’veux pas mourir, l’entendit couiner Eidren.
    - Tu ne vas pas mourir si tu réponds simplement à mes quelques questions. Et puis, tu vois la petite fortune sur cette table ?
    Jaken hocha piteusement la tête en gémissant.

    - Elle est à toi si tu m’aides.
    Considérant cette nouvelle proposition, Jaken ferma les yeux et fronça très fort ses sourcils. Chaque muscle de son visage se crispa. Le sang mêlé abrégea cette intense réflexion en le piquant avec la pointe de sa lame.

    - D’accord, d’accord j’vous aide…




    Une milice complètement corrompue complétée avec quelques mercenaires, songeait Eidren tout en déplaçant les cadavres à travers la pièce. L’apparition de la milice concordait avec le début des troubles, la nécessaire mort de Durmast avait été déguisée afin d’endormir la population, tout comme celle du jeune Arzac qui s’était montré un peu trop fouineur… Mais la dernière nouvelle était celle qui avait le plus interloqué le sang mêlé : Dame Dasfan n’apparaissait pas comme la principale instigatrice du complot. Cela allait de soi connaissant Orios et sa manie de toujours tout préparer minutieusement lui-même et de ne jamais compter sur personne. Dans le cas présent néanmoins, l’idée que la jeune noble n’ait pas cautionné tout ou partie de ces actes commençait à se faire jour.
    Une fois sa besogne achevée, Eidren quitta discrètement l’échoppe poussiéreuse direction La Perle. Les informations qu’il avait récupérées valaient bien la bourse de souverain qu’il y avait laissé…


    _______________________________________________


    Derrière des volets mi-clos de la maison située en face de l’échoppe abandonnée, une paire d’yeux observait. Elle avait vu une grande silhouette dissimulée sous une cape de voyage pénétrer dans le magasin il y avait une petite heure, heure à la suite de laquelle le brouhaha d’une conversation s’était fait entendre. Le bruit s’était subitement tut et quelques instants plus tard la silhouette avait quitté la masure.
    Josh attendit un moment avant de fermer complètement les volets puis descendit dans la rue. Après quelques regards fugaces pour s’assurer qu’à son tour il n’était pas épié, il poussa la vieille porte. L’un sur l’autre, baignant dans leur sang, gisaient les cadavres de deux miliciens. Tabourets renversés, monnaie éparpillée ça et là et éclats de verres…la pièce était dans un véritable désordre. Malgré la peur qui lui tenaillait le ventre, le jeune homme s’accroupit près des dépouilles, non sans jeter une nouvelle fois quelques regards inquiets autour de lui. Dos au sol, le premier homme avait le crâne défoncé au niveau de la tempe. Dans sa main gauche, il tenait un poignard dont la lame avait trouvé refuge dans le flanc de son acolyte.
    Une bagarre d’ivrognes qui a mal tourné ? Toute la scène confirmait une telle hypothèse mais laissait en suspend la question du rôle de l’étranger dans tout cela.
    Des bruits de pas résonnèrent sur les pavés, Josh sursauta. Sans plus attendre, il quitta l’échoppe et s’enfonça au premier détour d’une ruelle. Les événements prenaient un nouveau tournant, il devait avertir les autres.






    - Hey beau brun !
    - Je vous demande pardon ?
    La tenancière tira Eidren de sa rêverie. Il s’était confortablement installé dans le luxueux salon de La Perle. Vu le coût de l’établissement, il aurait été déraisonnable de rester cloîtré dans la même pièce durant tout le séjour.

    - Un marmot est venu tout à l’heure, il m’a donné ceci (elle lui montra la lettre) , à remettre entre les mains d’un certain Eidren et précisant que cela venait d’Elendaen.
    Une lettre d’Aedis ? Il est vrai qu’il se faisait tard et que la jeune femme n’était étrangement toujours pas rentrée mais vu les moments qu’elle avait partagé avec Dame Dasfan la nuit dernière, Eidren ne s’était pas plus inquiété de son absence prolongée.

    - Ah…et pourquoi me tendez vous cette lettre ?
    - Etant donné que vous voyagez ensemble, je me suis dit que vous seriez plus à même de trouver le destinataire : aucun de mes clients ne répond au nom d’Eidren.
    - Ce nom m’est vaguement familier, concéda le sang mêlé, de quoi est-il question dans la lettre ?
    - Je ne me suis pas permise de l’ouvrir mais vu la commission que m'a demandé le porteur, j’imagine que son contenu n’est pas anodin.
    - Puis-je… ?
    Le silence de la tenancière fut suffisamment éloquent pour qu’une fois de plus le sang mêlé soit contraint de sortir sa bourse. Les souverains en main, elle lui confia la lettre puis repartit à ses occupations.

    - En vous remerciant.
    Passant outre cette pointe de sarcasme, Eidren s’empressa de lire la lettre.



    Chère collaboratrice,
    Je vous informe par la présente que  j’ai eu vent des récents évènements ayant troublé la tranquillité de votre cité et le déroulement de notre accord. La clarté de mes directives  et  mon intransigeance en cas d’égarement de votre part ne faisaient pourtant aucun doute. Mes émissaires m’ont tenu informé de vos initiatives non requises prises à mon insu. Croyez bien que j’admire votre dévotion envers vos concitoyens néanmoins  je me vois dans le regret de vous informer qu’après ces années de bons et loyaux services, nous allons devoir revoir notre collaboration. La prospérité de votre cité avait pour maigre prix votre humble dévouement qui, selon vos propres conseillers, est bien trop incertain pour que notre affaire perdure tel quel. Incessamment sous peu, des mesures vont être prises pour pallier à vos manquements.

    Je vous prie d’accepter l’expression de mes salutations les plus distinguées



    S. Orios





    Eidren plia le billet. Ses doutes quant au rôle de Dame Dasfan étaient confirmés, tout comme ses craintes vis-à-vis d’Aedis. La longue absence de cette dernière au vu du risque pris pour intercepter ce message pouvait avoir plusieurs raisons et, au fond de lui, Eidren espérait qu’il ne soit rien arrivé de fâcheux à sa coéquipière (mais ce serait mal connaitre la légendaire chance d’Aedis qui n’avait pas fini de faire parler d’elle, dans ce rp et au-delà ! \o/). Ne perdant pas une minute de plus, il monta les escaliers quatre à quatre et rangea prestement ses affaires et celles d’Aedis. Il ceignit sa dague et prit sur lui le carnet d’Orios, qui ne le quittait jamais, et quelques laissez-passer falsifiés avant de partir en direction de l’écurie. Une fois là-bas, il donna quelques instructions au palefrenier puis quitta l’enceinte de La Perle.


    D’une marche rapide, presque pressée, le sang mêlé traversait le faubourg dont les ruelles baignaient déjà dans l’ombre crépusculaire. La satisfaction tirée de la lecture de la lettre et de son « entrevue » avec les miliciens était ternie par l’absence d’Aedis. Dans quoi s’était-elle fourrée ? Il devait bien reconnaître que l’apport de ce message était primordial, constituant à lui seul une preuve de poids…mais à quel prix ? Orios n’était pas réputé pour sa clémence, qu’il s’agisse de gêneurs ou de collaborateurs et, même si Dame Dasfan semblait se montrer moins expéditive, la survie d’Aedis n’était pas assurée pour autant.
    Des bruits de pas alentours mirent brusquement fin à ses interrogations. En face de lui, quatre individus lui barraient la route. Un regard par-dessus son épaule lui confirma qu’une fuite ne serait pas aisée : un second groupe lui interdisait toute retraite. Bougeant prudemment, Eidren se déplaça de façon à pouvoir tous les observer du coin de l’œil. Discrètement, il déplaça sa main jusqu’à sa dague.
    Un gaillard de haute stature s’avança. Lorsqu’il fut suffisamment près, le sang mêlé put le jauger avec précision. Immense et baraqué auraient suffit à décrire le colosse. Bien qu’il soit lui-même de grande taille, Eidren se sentait tout bonnement écrasé par la masse de muscles qui lui faisait face. La forme de ses membres, sa musculature ainsi que son visage creusé par deux grandes rides portaient à croire qu’il avait été taillé dans la montagne elle-même. Son menton carré était recouvert d’une barbe naissante mal entretenue mais, sous ses abruptes arcades sourcilières brillait un regard à la fois suspicieux et sage, tranchant nettement avec son physique brut de décoffrage: un homme dont seule la carrure était menaçante. Si l’on omettait les quelques cent kilos de muscles, il ne portait aucune arme. Vêtu d’une manière plutôt simple voire pauvre si l’on s’attardait sur les genoux de son pantalon qui semblaient avoir été maintes fois rapiécé, on devinait qu’il ne s’agissait ni d’un milicien, ni d’un truand comme Eidren en avait vu des centaines.
    Le stéréotype du bucheron.  D’une voix rocailleuse, il finit par parler.
    - Je suis Ralnir, qui es tu étranger ?
    - Friedrick d’Eltaïr.
    Question simple, réponse simple. Aucune hostilité ne perçait à travers Ralnir, qu’il s’agisse de sa posture ou du timbre de ses paroles, Eidren s’autorisa à abuser un peu de l’intégrité dont faisait preuve son interlocuteur l’invitant implicitement à en dire plus.

    - Friedrick d’Eltaïr, je te prie de me suivre.
    D’un signe de la main, Ralnir lui enjoignit de rejoindre les autres hommes présents dans la rue. Avec une réticence non dissimulée, le sang mêlé s’approcha lentement, non sans garder sa dague à porter de main. Ralnir parut capter la méfiance du demi elfe et, d’un mouvement de la tête, intima à ses compagnons de se détendre. Ceux qu’il avait pu prendre pour des coupe jarrets à cause de la pénombre s’avéraient être des citoyens assez banals. Sur l’ensemble du groupuscule qui comptait une dizaine d’individus, seulement quatre d’entre eux portaient une arme. Au vu de leurs silhouettes blafardes, maigrichonnes voire faméliques pour certains, il était difficile de croire qu’ils puissent faire partie de la milice ou même de la guilde d’Orios. Si ce constat effectué, Eidren se détendit un peu, la question de l’identité de ces personnes restaient toujours en suspend.




    Un irritant voile de fumée atténuait la lumière déjà faiblarde des quelques lanternes de ce qui devait être une vieille cave à vin. Les fragrances du tabac et de moisissures, l’humidité ambiante et le brouhaha constant rendaient l’atmosphère lourde, pénible à supporter. Une bonne trentaine d’hommes peu amène, mal rasés pour la plupart, et modestement vêtus conversaient silencieusement entre eux, formant des cercles éparses autour des petites lanternes et autres bougies. Lorsque la trappe s’ouvrit, certains sursautèrent, d’autres froncèrent simplement les sourcils. Les plus calmes ou les moins conscients, en fonction de leur consommation de vinasse, ne bronchèrent même pas. Sur les marches de l’escalier de bois pourrissant apparut Eidren, suivit de Ralnir et ses hommes.
    - Assied toi, intima Ralnir au sang mêlé.
    Eidren s’exécuta. Immédiatement il sentit les regards de l’assistance peser sur lui. Ralnir prit place juste en face et le fixa droit dans les yeux
    .
    - Friedrick d’Eltaïr, aujourd’hui ont été retrouvé deux miliciens, commença-t-il, ils semblent s’être entre-tués suite à un différend lors d’une partie de dés. Mais nous avons la certitude ton implication dans leur mort.
    Face au silence d’Eidren, Ralnir continua :
    - En plus, pas mal de gens t’ont vu flâner du côté de la villa de Dasfan, paraitrait même que tu as passé la nuit là-bas…Toi, un parfait étranger…
    Il fit une pause et se leva. Il inspira profondément avant de se tourner à nouveau vers Eidren.
    - Qu’es tu venu faire à Pharembourg sang mêlé ?
    Prenant à son tour une grande inspiration, il déclara d’un air on ne peut plus solennel :

    - Je suis venu percer à jour un trafic illégal de marchandises qui ronge Pharembourg et est appuyé par l’un des malfrats les moins recommandables que Diantra ait connu. Je me permettrais même d’ajouter que vous semblez être non seulement les laissés pour compte de cette histoire –voire même les victimes au vu de vos mines défaitistes- et que vous n’avez par conséquent aucune affection pour cette chère régente qui se donne tant de mal pour redorer le blason de cette ville. De ce fait, si vous me retenez trop longtemps, non seulement vous ficherez en l’air l’ensemble de mon travail, mais en plus vous serez responsable du sort de ma coéquipière.
    Stupéfaite, l’assemblée se tut. Les verres, qu’ils soient vides ou pleins se posèrent les uns après les autres sur la table. Tous les regards convergèrent en direction du nouveau venu. Eidren les fixa un à un, en gardant une expression aussi neutre que possible. S’il avait vu juste, ces hommes n’étaient pas du côté de Dasfan. En la jouant fine, peut être pouvait il espérer s’en tirer indemne.

    - C’est qui c’guignol ? lança une voix
    - J’ai du mal à croire qu’la couronne pose enfin ces yeux sur not’ cas, ajouta une autre.
    - Et pourtant, si vous me le permettez, je peux vous prouver ce que j’avance.
    Ralnir hocha la tête en signe d’approbation. Eidren fouilla dans une de ses poches intérieures et en tira une enveloppe sur laquelle figurait le sceau royal. Il la tendit à Ralnir qui l’ouvrit. Les yeux du colosse parcourent fugacement la paperasse puis fit signe à un des attablés de le rejoindre. Le sang mêlé les entendit chuchoter, vraisemblablement ils s’interrogeaient sur l’authenticité du document. Finalement, ledit document fut rendu à Eidren.

    - Ta présence à sa soirée et la nuit dans sa villa ne jouent pas en ta faveur, royale paperasse ou non.
    Le demi-elfe commençait à perdre patience.
    - Vous m’accusez d’avoir tué deux miliciens, d’avoir déguisé le meurtre et là, vous avez la preuve de mes intentions via le laissez-passer…que voulez vous de plus ?
    - De quoi nous convaincre que t’es bel et bien de notre côté.
    Une énième fois, Eidren fouilla dans sa célèbre poche intérieure. Cette fois-ci, il en sortit la lettre qu’il avait obtenu grâce à Aedis ainsi que le carnet d’Orios. Il se leva, provoquant par la même occasion un sursaut dans l’assitance, et les mis sous le nez de Ralnir. Celui-ci voulu les prendre mais le sang mêlé maintint hors de portée.

    - J'espère que ces preuves suffiront à vous convaincre.
    Pendant que Ralnir et quelques autres curieux lisaient, il ajouta :
    - Cette lettre est votre saufconduit. Elle atteste du lien unissant Orios et Dame Dasfan. Voilà pourquoi je suis resté chez elle et pourquoi je comptais y retourner ce soir. Ma coéquipière a risqué sa vie pour ramener cette preuve. En me retenant ici, non seulement vous interférez sur le déroulement de ma mission, mais en plus vous diminuez ses chances de survie. Pour que ces efforts ne soient pas vains, je dois agir. Maintenant.
    Même si chacun des mots qu’il avait employé étaient soigneusement choisis,  il avait feint la détresse avec plus de conviction que d'habitude. Au fond Aedis s’était impliquée bien plus que de raison dans cette histoire et la nuit passée à ses côtés lui avait fait réalisé qu’il tenait à elle d’une façon peu raisonnable… A son tour, il se devait de lui venir en aide.
    Ralnir se tourna vers lui et s’aperçut que le sang mêlé ne l’avait pas quitté des yeux.

    - Je vais te demander de sortir un instant.
    Il fit signe à deux hommes d’accompagner Eidren et ceux-ci quittèrent la cave.

    Pendant de longues et silencieuses minutes, Eidren fut contraint d’attendre dans le cellier qui se trouvait au dessus de la cave. Le son de voix étouffées lui parvenait de la trappe. Les villageois parlaient tous en même temps,  cherchant apparemment à savoir si le sang mêlé était digne de confiance ou non. « Les bâtards de son espèce sont tous des menteurs !! » fut la seule phrase qu’il parvint à discerner clairement. La lassitude l’accabla et il soupira bruyamment. Ses deux « gardes du corps » tenaient fermement les poignées de leurs épées et ne le quittaient pas d’une semelle.
    Peut être s’imaginent-ils avoir une chance de m’empêcher de partir, ironisa Eidren. Tandis que le temps filait, la fuite s’imposait peu à peu comme la seule solution. Aedis n’était peut être toujours pas de retour à La Perle et, si elle s’était fait prendre, les chances qu’il la retrouve en vie s’amenuisaient de seconde en seconde. Les deux villageois avaient commis l’imprudence de lui laisser sa dague et, vu l’urgence de la situation, il n'allait pas tarder à s'en servir…
    Il fit lentement glisser ses mains en direction de l'arme. Au moment où il effleura le manche, la trappe grinça et Ralnir en sortit. Derrière lui, on pouvait apercevoir les mines tantôt sévères tantôt indifférentes des autres villageois.

    - Nous avons cru que la couronne nous avait abandonnée mais nous avions tort. Abusant de ses pouvoirs, cette maudite femme nous a tout pris. Pour que justice soit faite, nous te suivrons.
    Sur ces paroles, il tendit la main au demi-elfe qui la serra.

    A la bonne heure…






    La journée qui s’annonçait pourtant radieuse avait trouvé une fin des plus exécrables.  Repenser à la nuit de la veille ravivait en elle un sentiment paradoxal. Un bien-être intérieur terni par l’amertume puis par une profonde culpabilité lui nouait l’estomac et bloquait ses pensées. Comment avait elle pu être aussi sotte ? Cette nuit délicieuse et cet après midi aux côtés d’Elendaen lui avaient fait un bien fou. Enfin elle avait pu s’exorciser de sa peur quotidienne, enfin elle avait pu trouver le sommeil, enfin elle pouvait accorder sa confiance. Son espoir était grand, sa déception n’en fut que plus douloureuse. Même si elle se refusait à l’admettre, ses amants d’un soir avaient réussi à se nicher dans un coin de son être qu’elle croyait perdu. Au fond, elle était malheureuse, dépitée et terrifiée. Elle n’avait jamais pensé avoir agit à tort, son ambition était d’œuvrer pour le plus grand bien, pour la cité et ses habitants…quitte à franchir les frontières de la légalité. Elle secoua la tête comme pour chasser cette idée.
    Non, ce que j’ai fait est juste. Elle avait parlé à voix haute malgré elle, cherchant à se convaincre qu’elle n’avait pas eu le choix. Ses pensées se tournèrent alors vers Elendaen qui croupissait toujours dans les geôles. Ayant mené elle-même l’interrogatoire, la jeune femme avait perdu son temps. Elle avait espéré qu’Elendaen avoue tout afin d’éviter tout recours à la violence mais celle-ci se montrait bien trop bornée. Les autres collaborateurs allaient venir la voir et malheureusement pour la sang mêlé, tous n’était pas aussi scrupuleux…

    Perdue dans ses pensées, elle remarqua au dernier moment qu’elle était presque arrivée à destination : la salle de réunion de son manoir n’était qu’à un pas et une certaine agitation se faisait entendre. Elle accéléra légèrement la cadence, pourtant sûre d’être à l’heure. Quand elle pénétra enfin dans la luxueuse et austère pièce, elle se retrouva nez à nez avec les principaux notables de la ville. Certains la regardèrent avec stupéfaction, d’autres avec mépris. Sans lui accorder un seul regard, ils rangèrent leurs affaires et quittèrent la salle sans adresser un seul mot à la demoiselle. Incrédule, elle chercha des yeux un visage amical et finit par apercevoir Eugène. Son air d’ordinaire si distingué paraissait troublé, voire franchement anxieux.

    - Que se passe-t-il Eugène ? La réunion devait tout juste commencer et ils se sauvent tous comme des voleurs.
    - La réunion a été avancée…
    La jeune femme fronça les sourcils. Elle avait passé la majeure partie de la soirée à questionner Elendaen et Eugène savait où la trouver, pourquoi ne pas l’avoir prévenue ? Eugène baissa les yeux et déglutit difficilement.

    - Dame Dasfan, parvint-il à articuler, le conseil a décidé de me nommer coordinateur.
    - J’ai peur de ne pas compren…
    - Vous êtes relevée de vos fonctions.  
    La jeune femme écarquilla les yeux et fit un pas en arrière. La délicate teinte rose de ses joues avait disparu, son visage était devenu livide. Elle sentit ses forces l’abandonner et fut contrainte de prendre appui contre un mur pour ne pas tomber.

    - Je suis…quoi ?
    - Nous avons tous reçu des ordres d’Ori…
    - Dame Dasfan ! Dame Dasfan !!
    Un soldat accourut en urgence. Arrivé au niveau de la jeune femme, il prit une seconde pour retrouver son souffle puis haleta :

    - Le manoir est pris d’assaut.
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Aedis Galace
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Dim 11 Aoû 2013 - 13:59

    Une chape sombre passa sur les yeux de Dasfan quand elle les posa sur « Elendaen ». Cette dernière avait le regard baissé, et une lueur inquiète brillait dans ses pupilles vaironnes. Le temps était une notion fort relative dans les cachots de Pharembourg… Ou de n’importe où ailleurs sans doute, mais ça, Aedis n’en était pas certaine : elle manquait quelque peu d’expérience sur le sujet. Dasfan, elle, s’impatientait et semblait plus qu’agacée du mutisme de la bâtarde… Et sans doute en était-elle aussi attristée. Elle finit néanmoins par abandonner : les simples questions n’avaient pas suffi à faire avouer quoique ce soit à son invitée. Depuis qu’elle était pieds et poings liés, elle n’avait entrouvert les lèvres que le temps d’accepter de boire un fond de verre d’eau. En secouant la tête, Dame Dasfan héla un homme dont Aedis ne comprit pas le nom. C’était un personnage indéniablement humain, qui avait dépassé la trentaine il y avait peu. Ses traits étaient durs, ses cheveux noirs et courts. Barbu et aussi imposant qu’une armoire à glace, il était le stéréotype même du bourreau qui aime son métier… Et qui finalement se sert plus de son air impressionnant pour faire craquer les gens assez bêtes pour tomber entre ses mains. Aedis –tiens donc, elle est dans cette situation ?- leva les yeux vers lui avec une certaine inquiétude. Quelque chose, vague pressentiment, lui disait que le temps allait passer encore plus lentement à présent. L’homme entra dans la cellule, la mine patibulaire ; il la détacha du mur, et attrapa la demoiselle comme un vulgaire sac de patates. Résignée, et un peu apathique, la semi-elfe se laissa faire. Avait-elle seulement le choix ? Se débattre ne ferait que resserrer la prise des liens sur ses poignets et chevilles, et faire s’agacer son nouveau taxi. Sa seule consolation était de savoir Eidren en sécurité : si ça n’était pas le cas, elle serait sans doute au courant, car ce pourrait être un moyen de pression pour qu’elle parle. A moins qu’ils ne veuillent la faire macérer plus longtemps encore, et craignent qu’elle ne se referme encore plus ? Aedis priait les Cinq pour que le page qui lui avait servi de messager soit en sécurité et ne révèle rien. Donner le véritable nom de « Friedrick » lui parut tout à coup une erreur monumentale, et une idée ridicule. En plus, elle avait envoyé la lettre à La Perle. Quelle gaffe ! Elle secoua la tête : qu’aurait-elle pu faire d’autre ? Peut-être prendre le risque de garder sur elle la lettre, et partir discrètement ; ou le recopier et le remettre à sa place… Il était de toute façon un peu tard pour les regrets, et seul lui importait à présent le sort d’Eidren. Le sien pouvait de toute façon difficilement s’arranger.
    Un coup brusque la fit brutalement sortir de ses pensées. Elle avait été mise à genoux devant un baquet en bois, rempli d’un liquide brunâtre et vaguement malodorant. L’homme l’attrapa par les cheveux, et lui tira la tête jusqu’à ce qu’ils se regardent dans les yeux ; la victime et son bourreau…


      - Dernière chance. Soit tu parles maintenant, soit je te brise pour que tu parles tout de même. Si c’est ce que tu choisis, ta propre mère ne te reconnaîtra pas.
      - Pas de chance, elle est de toute façon déjà morte. Là où elle est, elle ne reconnaîtrait pas son propre reflet.

    A peine sa phrase terminée qu’elle sut que la bravade –ses premières paroles depuis qu’elle était retenue contre son gré- avait été une mauvaise idée. Brusquement, sa tête fut plongée dans ce qui se révéla être de l’eau. Celle-ci était glacée, et Aedis, pas préparée, en avala une goulée par surprise ; elle avait un goût ignoble et venait sans doute des fonds de cuisine : se mêlaient âprement la senteur de graisse de savon, de purée brûlée et de légumes verts trop cuits. De plus, très vite, bien plus vite qu’elle ne l’aurait voulu, la bâtarde commença à étouffer. Ses poumons lui réclamaient un air pour l’instant inexistant (ou en tout cas inconsommable pour les gens qui avaient des poumons et non des branchies) et son corps, malgré sa volonté d’être calme et imperturbable, tressautait et se débattait. De longues secondes s’écoulèrent avant qu’elle ne puisse goûter au précieux nectar qu’est l’oxygène. Et, tout de suite, elle fut à nouveau plongée dans l’eau saumâtre.
    *
    * *
    Sans doute êtes-vous heureux (ou non, je sais bien que l’un ou l’autre *toussotement* de mes lecteurs viendra réclamer en me disant que ce n’est pas le cas) de savoir qu’Aedis se tut. C’est fou comme les opiacés sont plus efficaces que la torture. Un certain « copain rouquin » le découvrira un peu plus tard, mais c’est une autre histoire : le bourreau n’eut pas, fort heureusement, cette idée. Aedis, elle, à mille lieux de ces pensées, se sentait horriblement sale, et un peu… Cassée. L’eau ne marchant visiblement pas pour faire ouvrir sa bouche à la demoiselle, l’homme avait tenté d’autres moyens pour la persuader. Tout ce qu’il obtint ne fut néanmoins que des cris, des suppliques et des larmes, mais pas d’aveux ; ce n’était pas héroïque, mais tout à fait suffisant. Ne cuisine pas la semi-elfe qui veut. Pourtant, les résultats de ces charmantes attentions étaient visibles : des cheveux lavasses, un visage gris aux lèvres tuméfiées et bleuies par le froid et l’humidité, les doigts gauches déboités et de jolies entailles suintantes un peu partout ; aussi boiterait-elle encore quelques temps, sa jambe droite étant dans un état déplorable. Se mordant l’intérieur de ses joues en dodelinant doucement, elle attendait la prochaine surprise quand des pas précipités vinrent interrompre le noiraud. Un petit page lui chuchota quelques mots précipités à l’oreille, et le bourreau décampa, laissant Aedis là, solitaire, déboussolée et gémissante. Inconfortablement installée dans une chaise en bois trop dur et aux angles trop droits, elle frémit et tomba au sol. Ecarquillant les yeux, ignorant momentanément la douleur qui lui vrillait les tempes, elle se demanda depuis quand elle était libre. Elle l’ignorait mais savait que ça n’avait aucune importance : comment aurait-elle pu faire quoique ce soit dans son état, avec une armoire à glace dans les environs ? Maintenant qu’elle était seule, c’était une autre histoire. En rampant, toujours au sol, accroupie quand elle parvenait à se relever, elle se dirigea vers la sortie de la salle… Et vomit. Miam.
    Elle se releva, se tenant de sa main valide au mur. Fuir lui semblait plus important que remettre ses doigts en place. Suivant le couloir lentement, elle eut la chance de ne croiser personne dans le sous-sol, et atterrit devant les escaliers un peu au hasard des couloirs. En gémissant à chaque pas, elle gravit finalement toutes les marches. Des bruits sourds résonnaient partout au rez-de-chaussée et dans les étages : Aedis ignorait ce qui se passait, mais ne chercha pas à le savoir. S’aidant des rudiments de plan des lieux qu’elle avait en tête, elle se dirigea vers l’arrière de la résidence, là où d’immenses portes vitrées permettaient l’accès au jardin. Elle croisa quelques mioches et valets sur le chemin, qui, malgré son état, ne firent étonnement pas attention à elle ; ce n’était pas faute de goutter rouge sang. Elle longeait toujours le mur en s’appuyant de sa main droite quand elle arriva en vue de son but. La porte vitrée était barricadée par une table en bois, et le puzzle commençait à se reconstituer dans l’esprit brumeux de la demoiselle : le manoir devait être assailli. C’était une idée étrange, mais ça lui avait permis de s’enfuir, ce dont elle ne se plaignait pas. Il n’y avait qu’un homme pour garder la porte, et Aedis se devait de faire quelque chose. Quelqu’un finirait bien par voir qu’elle n’avait rien à faire ici, et que sa place était dans les cachots.
    Avec toute la discrétion dont elle était capable au vu de son état, la bâtarde s’approcha de l’homme, qui lui tournait le dos. Ce dernier n’était armé que d’un poignard, qui était glissé dans sa ceinture ; mais elle n’avait ni la force ni les réflexes nécessaires pour lui subtiliser.


      - Mon… Monsieur…

    Surpris, il sursauta, et se retourna en écarquillant les yeux. Il ne savait visiblement pas qui elle était et ce qu’elle faisait là –ce qui soulagea notre héroïne- car il s’avança doucement vers elle, ouvrant les lèvres en ayant un regard doux :

      - Vous allez bien ? Je peux vous aider ?

    Appuyée dos contre le mur, elle lança sa jambe en bonne forme –la gauche- et faucha l’homme, qui peu voire pas entraîné, chuta. Lui volant son arme en se jetant littéralement sur lui, elle lui enfonça la lame dans la gorge. Réduit au silence, il gigota misérablement encore quelques secondes, regardant la demoiselle se relever péniblement en s’appuyant sur le torse de sa victime. Elle n’eut pas envie de reprendre son souffle –qui était pourtant court- : n’importe qui pouvait arriver et la surprendre là avec le vieil employé mort. Douloureusement, elle réussit à enlever la table de la porte. L’ouvrant avec précaution, elle inspira l’air frais quelques secondes, avant que des hommes en arme ne se dirigent vers elle en zigzaguant, venant des jardins. Elle tenta de lever ses bras, mais tomba au sol dès qu’elle ne fut plus retenue au mur. Yeux tournés vers le ciel, Aedis aperçut des casseroles et des tissus enflammés voler depuis les étages, et sourit. Un des hommes arriva à son niveau, vit la porte grande ouverte et lança un homme vers l’arrière : « Par ici ! ».
    Clignant des yeux douloureusement, Aedis grimaça et sentit quelqu’un la tirer loin de la demeure de Dame Dasfan.


      - Friedrick.. ?

    Il lui avait semblé reconnaître son ami entre deux battements de paupières, mais ce n’était sans doute qu’un rêve ou une hallucination : qu’aurait-il fait ici ? Hébétée, elle sentit quelqu’un lui prendre la main gauche en disant des mots qu’elle ne comprenait plus. Elle hurla quand on remit son pouce en place, et perdit pied avec la réalité quand on attaqua l’index…
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Ven 13 Sep 2013 - 22:53

Grâce à la verve de Ralnir, et à n’en pas douter à son imposante stature, ce qui n’était qu’une bande de gueux dépités broyant du noir s’était transformé en une immense foule réclamant vengeance. Lentement, la cité s’était éveillée. Les uns après les autres les habitants avaient pris les armes et quitté leurs chaumières. Tous étaient animés par une colère féroce face à une injustice qui n’avait que trop durée.
Hérissée de lances et d’épées, de haches et de torches, la masse grouillante faisait maintenant face aux hautes grilles délimitant la propriété de la Dame. Un couloir se créa naturellement entre les insurgés quand Ralnir s’approcha du grand portail. D’un geste, il imposa le silence parmi la foule.

- Manant, demanda un officier peu rassuré, que signifie cet attroupement ?
- Nous venons parlementer avec Dasfan. Cette mascarade doit prendre fin.
- Mais de quoi parles-tu ?
- Elle a la main mise sur notre ville. Suite aux attaques, nos commerces n’ont pas d’autres choix que de fermer les uns après les autres ou de rester sous sa tutelle…La milice chargée d’assurer la sécurité ne fait rien, vous vous êtes contenté de faire taire ceux qui en savaient trop. Prétextant notre sécurité, vous instaurez un climat de peur, nous étions tous pieds et poings liés, obligés de voir notre ville se reconstruire sur le dos des faibles. Mais désormais, c’est fini. Soit vous obtempérez et nous laissez passer, soit nous utiliserons la force.
Une goutte de sueur perla sur la tempe du milicien. Il allait répondre quand un petit régiment de gardes accouru à ces côtés. Reprenant un peu de contenance mais pas complètement rassuré, il articula :

- Vos allégations ne sont que diffamations. Si vous voulez voir Dame Dasfan, attendez demain. Maintenant, rentrez-chez vous ou je serai dans l’obligation de disperser cette foule.
Lance au poing, les gardes se déployèrent tout le long de la grille. Leur nombre égalait presque celui des insurgés et pourtant, aucun d’entre eux ne paraissait confiant. La réponse de l’officier avait réveillé la foule qui commençait à gronder. De nombreuses injures fusèrent à l’intention des gardes, les plus téméraires s’approchèrent des grilles et crachèrent sur les soldats. La tension montait et les insurgés commencèrent à empoigner les barreaux.
- Reculez ! hurla l’officier
D’un signe de tête, les piques s’abaissèrent et passèrent à travers la grille, forçant les assaillants à reculer. L’officier lui-même dégaina son épée et la pointa vers Ralnir.

- C’est là votre réponse ?
- Vous n’avez rien à faire ici, disparaissez !!
Le milicien s’avança, sa lame se trouvait sous le nez du colosse qui ne broncha pas. Autour de Ralnir, la foule s’agitait de plus en plus. Un homme empoigna une lance et voulu la repousser, le piquier voulu libérer son arme mais embrocha le malheureux qui hurla et s’effondra. Deux hommes vinrent lui porter secours mais il était trop tard. Un silence de plomb s’installa. Les insurgés toisèrent les miliciens avec dégoût puis ils s’embrasèrent de colère. Les cris épars furent bientôt remplacés par des hurlements de fureur. Dans un même ensemble, ils prirent les grilles d’assaut. La répression tourna au carnage. Les violents assauts de cette marée humaine aux écumes sang défoncèrent le portail. Les miliciens tentèrent de la repousser du mieux qu’ils pouvaient mais, inexorable, la vague d’insurgés les submergea si bien que la retraite n’était plus une option.
- En arrière soldats !!
L’officier vociférait à en perdre la voix. Il couru en direction du manoir, une quarantaine de miliciens étaient à sa suite. Une fois à l’intérieur, ils barricadèrent les portes en renversant tout le mobilier à portée. Commodes, armoires, tables et chaises,…qu’importe la richesse, tous finirent encastrés pour obstruer fenêtres et portes.
- Avec ça, on devrait pouvoir les retenir le temps que le reste de la garde arrive.
Le manoir avait été l’incarnation du luxe et de l’ordre, désormais il n’était plus qu’un simili de bastion aux remparts de fortune. Bientôt, aux cris de haines et de souffrances s’ajoutèrent le martèlement rageur des insurgés. Des carreaux se brisèrent et les soldats durent abandonner leurs armes pour maintenir leur ersatz de muraille. L’officier beuglait des ordres et envoya des hommes s’enquérir de la maitresse de maison et des notables. L’un d’eux revint quelques minutes plus tard, il était terrifié.
- Le…le manoir est encerclé. Ils sont passés par les jardins…


A la tête d’un second groupe, Eidren avait contourné la riche bâtisse. Ils s’étaient rués sur la face nord, piétinant les fleurs, dévastant arbustes et pelouse soigneusement entretenus. A leur vue, les domestiques avaient littéralement laissé tomber leurs offices, semant le chaos avant même que les insurgés ne pénètrent à l’intérieur du manoir.
L’avant-garde de cette armée aussi désordonnée que meurtrière fonça droit sur la baie vitrée qui vola en éclat. Aveuglés par la colère, les assaillants s’adonnaient au vandalisme avec un plaisir non feint. Qu’il s’agisse de détruire, piller ou battre un homme à terre, ils laissaient libre cours à leurs vices les plus enfouis. Marchant dans ce sillage de sang et de destruction, Eidren constata avec mépris que leur barbarie n’avait aucune limite. Un peu plus loin, alors qu’il avançait dans un couloir à la tapisserie déchirée et au parquet ruiné, il entendit une voix stridente qui appelait à l’aide. Les cris provenaient d’une des pièces dont la porte fermée n’avait étrangement pas été défoncée. Empoignant fermement l’épée qu’il avait prise sur la dépouille d’un garde d’une main, il ouvrit la porte de l’autre. Un spectacle aussi répugnant qu’effroyable l’attendait : maintenue par deux hommes sur une table, une servante aux vêtements en lambeaux subissait les va-et-vient brutaux d’un troisième. Chaque coup de rein lui arrachait de vaines supplications qui se noyaient dans ses pleurs. Son visage tuméfié, crispé par la honte et la douleur glacèrent le sang mêlé d’effroi. Il affermit la prise sur son arme.

- Qu’est c’tu veux toi ? demanda l’un des tortionnaires, s’tu veux t’la faire, faudra attendre ton tour.
- Pas sur qu’la gueuse tienne jusque là si je l’assouplis trop ! railla le bourreau, trouvez un truc pour la faire taire, j’en ai marre d’l’entendre geindre.
Le poing d’Eidren s’écrasa sur l’arcade sourcilière d’un des hommes. Dans un même mouvement, sa lame lacéra profondément le visage d’un autre, changeant son expression lubrique en un rictus d’intense souffrance. Un flot de larmes rouges coulait des orbites ravagées de cette face cauchemardesque. Le dernier profanateur se retira prestement et voulu se saisir de son arme qui gisait au sol. Il n’en eut pas le temps : empoigné au cou par une main ensanglantée, il fut projeté dans la pièce. Une épée le cloua au sol au niveau de l’entrejambe. Avant qu’un énième râle de douleur ne se fasse entendre, le sang mêlé l’attrapa à nouveau à la gorge, empêchant tout son de s’en échapper. A travers sa paume, il sentait la gorge de sa victime se serrer et son artère pulser avec force.
- Ne fais pas le difficile, je suis sur que tout comme elle, tu as adoré ça.
Les yeux horrifiés de la victime finirent pas se voiler et elle perdit connaissance. Eidren retira son arme et se dirigea vers le dernier bourreau encore debout. Pitoyablement prostré dans un coin de la pièce, il gémissait.
- Pi-pitié monseigneur, je vous donnerai tout ce que vous voulez, pitié…
Eidren s’approcha de lui et remarqua qu’il n’avait à faire qu’à un gosse d’une vingtaine d’années. Croyant qu’il allait prendre un coup, le garçon se cacha le visage avec ces bras.
- Ton nom.
- Je...je m’appelle Killian monseigneur.
- Killian…, répéta Eidren d’un air songeur, un prénom facile à retenir.
Il se tut un instant puis planta ses yeux dans ceux du jeune homme qui, paralysé par la terreur, ne put détourner le regard.
- Killian, je te donne cinq secondes pour disparaître de ma vue.
Interdit, il n’osa pas bouger.
- Un…
Killian ne se le fit pas dire deux fois, il se releva précipitamment, manqua de glisser sur le plancher imbibé de sang et s’enfuit dans le couloir. Eidren se tourna alors vers la servante. Dans un coin de la pièce, elle était recroquevillée en chien de fusil. Ses larmes s’étaient peu à peu taries mais son souffle lui manquait et son corps était parcouru de spasmes.
Dévastée. Brisée. Salie. Son cauchemar avait pris fin mais continuerait de la hanter pendant longtemps encore. Lorsque le sang mêlé s’agenouilla près d’elle, elle se blottit davantage dans son coin, telle une bête blessée. Il détacha sa cape et la posa à ses pieds. Il se dirigea ensuite vers l’homme à la face ravagée qui se tordait sur le sol en gémissant. Celui-ci portait un poignard à la ceinture dont le sang mêlé s’empara.
Sans un mot, il posa l’arme sur la cape et quitta la pièce.
De vaines supplications et un dernier râle se firent entendre puis, le silence.


Ce ne fut qu’une des nombreuses horreurs dont fut témoin Eidren. Dévastation et mort l’attendait tout au long de sa progression. D’autres servantes connurent un sort identique à celle croisée plus tôt mais n’eurent pas la chance d’y réchapper. Au fond de lui, il adressa une prière muette à ces dieux qu’il détestait tant, les suppliant d’épargner Aedis.
C’est alors qu’il la vit. Elle gisait sur le sol, entourée de cadavres de miliciens et d’insurgés.
Eidren se précipita vers sa coéquipière et constata dans un premier temps qu’elle était encore en vie. Son soulagement fut de courte de durée lorsqu’il aperçut les innombrables entailles présentes sur sa peau crasseuse. Avec effroi, il constata que plusieurs doigts de sa main gauche avaient été luxés. On l’avait torturé. L’état si pitoyable de la jeune femme lui serra le cœur.

- Aedis, est ce que tu m’entends ?
Elle était au bord de l’évanouissement mais réagit vaguement à l’écoute de son nom. Ses yeux presque fermés, sa respiration lente et le sang dont suintaient les lambeaux de sa robe ne présageaient rien de bon. Le sang mêlé qui procéda à une rapide inspection des blessures. Les plaies ne saignaient plus beaucoup, c’était déjà ça. Il déchira les manches de sa chemise et fit des lambeaux des bandages de fortune dont la teinte vira progressivement au rouge. Une fois cette première tache achevée, il prit la main meurtrie d’Aedis dans les siennes. D’un geste franc, presque brutal, il remit un premier doigt en place. Aedis hurla la première fois et perdit connaissance quand il s’attela au deuxième.
Serrant sa partenaire contre lui pour la protéger du chaos environnant, il l’enveloppa dans ses bras comme s’il s’agissait d’un bien à la fois précieux et extrêmement fragile. Des yeux il chercha Ralnir dans la cohue. Sans succès. Le flot d’insurgés se calma peu à peu, la plupart des domestiques s’étaient enfuis, tout comme les miliciens qui avaient compris que leur résistance était vouée à l’échec. Comme une bande de vautours apparaît lorsqu’un prédateur délaisse une charogne, quelques habitants se glissèrent parmi les décombres pour détrousser ce qui n’avait pas été détruit. A l’étage et dans les ailes adjacentes, des bruits de fracas et quelques cris résonnaient encore. Parmi ces charognards, Eidren reconnut un homme et son fils, présents lors de son « interrogatoire ».

- Eh vous deux ! héla le demi elfe
Les intéressés se retournèrent. Le père vint à sa rencontre, son fils sur les talons.
- Voici la personne grâce à qui vos commerces vous serons restitués. J’ai besoin de vous pour l’emmener saine et sauve jusqu’à la Perle. Pouvez-vous faire cela pour moi ?
L’homme hésita et regarda derrière lui avec regret, songeant très certainement aux richesses qu’il laissait filer s’il acceptait.
- Comment vous appelez vous ? lui demanda brusquement Eidren
- Moi c’est Bergath et lui c’est mon fils, Josh.
- Bergath et Josh répéta le sang mêlé, sachez que notre roi sait se montrer très généreux et que cette mission ne peut que vous être bénéfique.
Il insista bien sur les termes « généreux » et « mission », laissant clairement sous entendre que les quelques babioles qu’ils auraient pu glaner cette nuit n’étaient rien comparé à la récompense de leur aide.
- C’est d’accord.
Bergath prit Aedis dans ses bras.
- Saine et sauve, insista à nouveau Eidren. N’oubliez pas qu’il s’agit d’un agent royal.
Le père et le fils acquiescèrent dans un même mouvement.

Aedis en sécurité, du moins il l’espérait, le sang mêlé poursuivit ses recherches dans le manoir, en compagnie d’un petit groupe de révoltés. Ils ne tardèrent pas à croiser Ralnir, lui aussi accompagné.
- Nous avons fouillé l’aile est ainsi que les cachots et aucune trace de Dasfan ou de ses associés. Je crains qu’ils soient parvenus à s’enfuir. Que suggérez-vous Friedrick d’Eltaïr ?
Une pointe d’aigreur perçait à travers ces paroles, comme s’il tenait Eidren pour responsable de la disparition de Dasfan. Le sang mêlé ne pouvait se résoudre à revenir bredouille, il commença à étudier les options qui se présentaient à lui quand une voix résonna :

- LA GAAAARDE EST LA !!




Ruaud de Lanvaux avait tout du soldat vétéran. Pas très grand mais suffisamment costaud pour paraître imposant, il marchait toujours fièrement en bombant le torse, portant son casque d’officier sous le bras. Son corps n’était certes pas aussi svelte que dans sa jeunesse, mais formé par la prestigieuse armée royale pendant plus de quinze années, il n’en demeurait pas moins robuste et portait la marque de nombreux affrontements. Eprouvé maintes et maintes fois, sa loyauté n’était plus à prouver : il exécutait les ordres avec une minutie presque maladive, faisant primer son office sur le reste de sa vie qu’il s’agisse de sa famille ou de ses amis, au grand dam de ces derniers qui s’étaient peu à peu détournés de lui. Pharembourg symbolisait pour lui un nouveau départ : il y avait décroché un poste d’officier supérieur qui bien qu’en dessous de ses qualifications, lui permettait de poursuivre son œuvre de serviteur de l’ordre et de la loi. Car l’insurrection était pour lui l’un des plus intolérables affronts. Lorsque la nouvelle de l’assaut du manoir de la Dame lui était parvenue, il avait lui-même sonné le clairon et mobilisé les hommes. En moins d’une demi-heure, les soldats étaient équipés et s’apprêtaient à quitter la caserne en marchant au pas. Chacun s’efforçait de réprimer discrètement ses bâillements afin d’échapper aux sermons de Ruaud. Le vétéran, bien que respecté et admiré par ses pairs, était aussi connu pour son caractère irascible et son impatience, ses seules fantaisies étaient son impériale moustache et son surnom, « Général », souvenir de sa gloire passée.


Peu de temps après, ils arrivèrent à la villa. Le bâtiment était ravagé.
Lanvaud cria des ordres à droite et à gauche, la petite troupe se divisa en plusieurs groupes qui chacun partit dans une direction différente. Quelques minutes plus tard, un homme vient faire un compte rendu détaillé situation à Lanvaud. La situation s’avérait pire qu’il le pensait : les insurgés, les miliciens et la garde s’étaient massacrés. On comptabilisait pour le moment une vingtaine de morts et plus d’une trentaine de blessés et les chiffres n’allaient pas en s’arrangeant…Quelques dissidents furent arrêtés mais le plus gros avait eu le temps de prendre la fuite. Qu’à cela ne tienne, songea Lanvaud, je saurais les faire parler.

- Mon général !
Deux de ses hommes venaient à sa rencontre, en soutenant un troisième par les aisselles afin de l’aider à marcher.
- Nous l’avons trouvé parmi les décombres, il dit avoir des informations de la plus haute importance sur les insurgés.
L’officier fit signe à ses hommes d’aider le blessé à s’asseoir. Sous le sang qui couvrait une partie de son visage, sa peau était pâle. Ses yeux rougis étaient mi-clos si bien qu’il semblait être au bord de l’évanouissement. Lanvaud l’attrapa par l’épaule et lui tendit sa gourde.
- Bois ça mon garçon.
Le jeune homme obtempéra et, trop sonné pour être précis, renversa de l’eau sur son uniforme déchiré. Le vétéran dut l’aider à porter la gourde à ses lèvres.
- Général…articula le rescapé, Dame Dasfan est elle saine et sauve ? Nous n’étions pas assez nombreux pour couvrir sa fuite et…
- N’aie crainte, le rassura Lanvaud, notre protectrice a pu s’enfuir à temps et se trouve en sécurité.
Le soldat parut se détendre quelque peu. Sa respiration devint progressivement régulière.
- Je dois…vous avertir, j’ai vu les instigateurs de cette révolte.
L’officier fronça les sourcils et fixa le jeune homme, tout ouïe.
- Le raid de ce soir ne sera pas le dernier, Ralnir est derrière tout ça. Je l’ai entendu parler avec un étranger qui était présent lors de la réception de Dame Dasfan, un citadin de Diantra…du nom de Friedrick, je crois.
- Ralnir…oui, je vois de qui il s’agit. Par contre, pour ce qui est de ce Friedrick…Où sont-ils désormais ?
- Ils ont mentionné une échoppe sur la place de la Croix du Trahoir.
A la mine pensive de Lanvaud, nul doute qu’un plan germait dans son esprit. D’après les dires du garçon, le repaire n’était qu’à quelques minutes de là. Avec un peu de chance, il pourrait mettre ces deux renégats et leurs complices sous les verrous avant la levée du jour…
- Jora ! Sven !
Deux soldats accoururent
.
-.Jora, dix hommes resteront ici pour surveiller le manoir jusqu’aux aurores, organisez des rondes toutes les heures. Cinq hommes iront auprès de Dame Dasfan pour assurer sa protection sous ton commandement, Sven. Les autres, avec moi.
Les soldats s’exécutèrent sans un mot. Lanvaud se tourna ensuite vers le jeune homme.

- Quant à toi…
- Emeth mon général.
- Emeth, retourne à la caserne te reposer. Tu as fait du bon boulot.
- Sauf votre respect mon général, je souhaiterais pouvoir rejoindre notre protectrice. Je n’ai été enrôlé que depuis peu de temps et…(il détourna la tête un instant)…Je ne compte pas me reposer alors que Pharembourg n’est pas sûre à nouveau.
Chose plutôt rare, Ruaud de Lanvaud esquissa un sourire. Il tapota l’épaule du jeune soldat et ajouta :
- Pharembourg retrouvera bientôt toute sa tranquillité grâce à ton aide. Ton repos est mérité mais si tu tiens à y aller malgré ça, je ne te l’interdirai pas.
Le vieux guerrier regarda la recrue rejoindre le corps de garde, clopin-clopant. Il ne se rappelait pas l’avoir déjà croisé mais ce regard empli de témérité lui plaisait. Il avait l’impression de se voir lui, pendant ses jeunes années.
S’il savait comme il se trompait…



Dernière édition par Eidren Alderion le Mar 12 Jan 2016 - 23:46, édité 2 fois
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Aedis Galace
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Mar 15 Déc 2015 - 1:49

Aedis se réveilla dans un lit, au son d'éclats de voix dans une pièce adjacente. Avec un grognement sourd, elle tenta de se relever, mais sa tête lui tournait trop, et elle dû abandonner. Fermant les yeux douloureusement, la jeune femme se remémora ce qui s'était passé un peu plus tôt… Et tenta de comprendre où elle était, et comment elle était arrivé là. Les dernières images qui lui revenaient étaient celles du désordre dans le manoir, et un visage… Celui de son ami, qui avait apparemment réussi à la sortir de là. Est-ce qu'il était présent ici ? Il pourrait répondre à ses questions, elle en était sûre… Dans un râle sourd, elle haussa la voix :

    - Eidreeen !

Les voix dans la pièce à côté se turent. Elle se rendit compte à ce moment là qu'elle n'avait pas utilisé le bon nom ; elle espérait juste que ça ne pose pas problème à l'avenir. Une jeune fille entra dans la pièce où elle était couchée. Sa vision, ainsi que la prise en compte progressive de l'environnement, lui firent comprendre qu'elle se trouvait à La Perle. L'humaine rosit en croisant le regard d'Aedis, et s'approcha :

    - Je… Vous allez bien ?
    - . . . Pas vraiment. Est-ce que Friedrick est là ?
    - Il n'est pas arrivé. Ce sont deux hommes qui vous ont ramenée… Ils ont demandé de vous rappeler leurs noms : Bergath et Josh...

Aedis leva les yeux au ciel, et soupira. Ce n'était pas dans ses priorités pour l'heure.

    - Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous n'avez pas du tout de nouvelles de mon ami ?

Elle secoua la tête avec un air déçu, et précisa qu'il serait mieux qu'elle descende pour parler à la gérante, si elle voulait plus de précisions. Elle lui demanda ensuite si elle avait besoin de quoi que ce soit, ce à quoi Aedis demanda simplement de l'aide pour se débarbouiller et s'habiller. Elle sentait que sa jambe n'était pas en bonne forme, et sa main l'élançait encore. La douleur était sourde, comme atténuée : elle devait sans doute s'être fait donner anti-douleurs, pour qu'elle dorme correctement. La demoiselle chercha une adolescente, avant de quitter définitivement la pièce. La nouvelle venue se présenta, Alia, et aida la pauvre demi-elfe. Cette dernière détestait ce sentiment d'impuissance : si elle continuait à être dépendante d'un autre pour les tâches, même les plus simples, elle allait finir par devenir folle. En plus, ça prenait un temps fou ! Quand elle fut prête, elle remit ses vêtements masculins. Elle se sentait quand même beaucoup plus à l'aise quand il n'y avait pas de vent qui circulait entre ses jambes.
Cahin-caha, sans s'appuyer sur sa jambe douloureuse, elle descendit l'escalier ; la rambarde grinçait, ayant peu l'habitude d'être utilisée comme béquille. Une fois dans la salle, Aedis se glissa dans l'arrière-salle, où elle demanda la tenancière. Celle-ci arriva au bout de quelques minutes, et s'enquit de l'état de son hôte. Celle-ci répondit en haussant les épaules, trouvant de toute façon la question un peu bête.


    - Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est-ce que Friedrick se trouve ?
    - La ville s'est soulevée contre le pouvoir. Le château a été mis à sac… La population est en effervescence, et il y a des gardes qui patrouillent partout et interrogent les passants… Quand à Friedrick, je ne sais pas, je suis désolée…

Aedis voyait dans son regard qu'elle mourait d'envie de savoir ce qui s'était passé, mais elle n'était pas disposée à répondre aux questions de cette commère, qui de toute façon avait la langue un peu trop pendue. En clopinant, la bâtarde sortit de la pièce, et se dirigea vers l'escalier, quand des coups sourds furent frappés à la porte. Se figeant, elle comprit tout de suite : des coups si directs, si secs… Il n'y avait que des gens d'autorité pour toquer ainsi. Et, en effet…

    - Ouvrez à la garde !

Le tenancière, qui était sur les talons d'Aedis, ouvrit de grands yeux catastrophés, jetant des coups d’œil successifs à la porte et à la semi-elfe. Évidemment, entre perdre son établissement et dénoncer une inconnue… Et elle se doutait bien que les gardes venait pour elle : quand on revient blessé à ce point, on n'est pas allé cueillir des fleurs. Elle prit cependant son courage à deux mains, et claqua des doigts en direction de l'adolescente qui avait aidé la semi-elfe un peu plus tôt, avant de montrer du doigt l'arrière-salle. Elle hurla un « J'ARRIVE ! » très populaire, et se dirigea à petit pas vers la porte. Pendant ce temps, l'adolescente tira Aedis par le bras, avant de fermer le rideau qui cachait l'arrière. Évidemment, la blessée n'allait pas vite, quoi qu'elle se dépêchait, vu la pression sur ses épaules. La petite lui montra du doigt une armoire, et la semi-elfe roula des yeux. Vraiment ? Elle grogna, mais n'avait pas vraiment le choix. Bon sang, dans quoi est-ce qu'elle s'était fourrée ? Avec un soupir, elle grimpa à l'intérieur de l'armoire -en fait, une penderie- et la petite replaça les vêtements devant. Elle était dans une position très inconfortable, autant physiquement que mentalement, et ça l'agaçait. Elle eut une vague pensée pour Eidren, se demandant s'il allait bien...
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   Jeu 14 Jan 2016 - 3:46

Les soldats s’étaient ainsi séparés en trois groupes. D’un pas rapide, les quatre compagnons de Sven ainsi qu’Emeth s’éloignaient de la bâtisse en feu pour s’enfoncer dans venelles étroites de Pharembourg. Alerté par les cris, la lumière et l’odeur de l’incendie, ils croisèrent de nombreux habitants qui avaient quitté leurs lits afin d’identifier, de manière peu sereine, la source de ce chaos. Car poussé par le vent, le feu allumé par l’attaque de la villa s’était propagé alentours : les riches quartiers n’avaient pas tardé à s’embraser.
A la suite des autres, Emeth parvenait à garder un rythme régulier non sans mal puisqu’il avait reçu l’aide d’un soldat sur lequel il prenait appui.

- Tiens bon p’tit gars, on y est presque.
Soignant la régularité de sa respiration et puisant dans ses réserves pour ne pas lacher prise, Emeth lui répondit de manière saccadée :

- Dame Dasfan est elle…loin encore ?
- Elle est au temple de Néréa avec d’autres notables, celui des faubourgs. Nous y serons dans peu de temps, ce n’est qu’à une ou deux ruelles d’ici, tu tiendras le coup ?
- Je vais tacher.
Leur course pour le moins boiteuse dura encore quelques minutes. Elle les éloigna suffisamment du brouhaha de la catastrophe pour leur permettre de retrouver le calme plat d’une ville endormie que seuls venaient troubler le tintement métallique des équipements.

- C’est juste après ce tournant.
Alors que le dernier homme de l’arrière garde disparaissait audit tournant à une vingtaine de mètres, Emeth trébucha et entraina son acolyte dans sa chute. Ils heurtèrent tous deux lourdement les pavés.

- Eh bien mon gars, tu ne tiens plus sur tes jambes on dir-
Au moment où il se retourna, Emeth bondit sur lui poignard dans la main gauche. La large lame incurvée oeuvra sans résistance, lacérant si profondément le cou de la victime que sa tête semblait à deux doigts de s’en détacher. De sa main libre, l’assassin étouffait les ultimes gargouillements poisseux. Sans perdre la moindre seconde, il cacha le cadavre dans une ruelle adjacente. Le visage blême et apeuré du garçon s’était transformé et n’affichait plus qu’une mine froide et déterminée, maculé du sang de sa première victime.


Adossé contre un des murs glacial de la crypte, Dasfan mobilisait toute son énergie pour ne pas céder à la panique et se convaincre qu’elle était bel et bien en sécurité. Sa fuite in extremis hors de sa villa l’avait éreinté mais la perte de son domaine n’était rien comparée à l’angoisse qui lui tenaillait les entrailles. Les méthodes de la Guilde ne lui était pas étrangère, à quoi avait elle pensé lors de la signature de l’accord ? Elle aurait du savoir qu’aucune échappatoire, aucun retour en arrière ne serait possible passé ce fatidique moment. Etait ce pour la reconnaissance ? Pouvoir enfin montrer à ses pairs que malgré son âge et son statut de riche héritière gâtée, elle pouvait habilement jouer à ce genre de jeu ? Ou alors la honte de voir les commerces de Pharembourg fermer les uns après les autres car ne présentant pas assez d’intérêt pour les investisseurs locaux ? Elle avait eu la conviction que reprendre les choses en main était la seule option, qu’importe les moyens pour y parvenir. Aujourd’hui, elle payait le prix de son ambition, aussi louable soit elle : sa demeure n’était plus et le peuple qu’elle avait soutenu malgré lui ne voyait en elle qu’un despote sans scrupule. En son for intérieur toutefois, elle ne parvenait pas à accepter cette fin. Elle ne voulait pas. Elle aurait renoncé à tout ce qu’elle possédait pour qu’une seconde chance lui soit accordée, qu’elle puisse ainsi fuir ce traquenard et tout reprendre à zéro… Elle fut surprise par cette lueur d’espoir qui s’éveilla malgré elle, après tout la fuite demeurait peut être encore envisageable ? Dès que les gardes reviendraient pour lui assurer que la situation est sous contrôle, elle n’aura qu’à saisir la première opportunité qui passe pour mettre les voiles et disparaître dans la nature. Nombreux étaient les contacts qu’elle possédait, les solliciter afin de leur forger une toute nouvelle identité n’était peut être pas si invraisemblable que cela…


________________



Lorsque l’arrivée de la garde fut annoncée, Eidren abandonna Ralnir et les autres insurgés sur place. D’après les dires des domestiques, Dasfan et les autres notables avaient quitté les lieux à l’instant même où l’attaque avait été lancée afin de se rendre en lieu sûr, autrement dit, il aurait été vain de s’attarder sur place sinon pour augmenter ses chances de se faire attraper. Par ailleurs, l’état d’Aedis ne manquait pas de le préoccuper. Il pria pour qu’elle soit rentrée à la Perle sans encombre et projeta de la rejoindre dès que possible : la retraite n’était pas à exclure en cas d’imprévu et, compte tenu des moyens mis en œuvre pour mater la révolte, il était fort probable que la garde procède à de nombreuses perquisitions avant les premières lueurs de l’aurore.
Se fondant tout d’abord parmi la foule, le sang mêlé s’en sépara dès que possible pour disparaître dans l’ombre et faire un détour. Il espérait ainsi pouvoir mettre entre le danger et lui un maximum de distance. Il pressa toutefois le pas afin d’arriver au plus vite à la Perle.
Arrivé au niveau des faubourgs, il se figea. Dans la ruelle déserte, le bruit étouffé d’une chute résonna. Son ouïe fine lui indiquait que tout proche, se trouvaient plusieurs personnes. Il s’approcha alors jusqu’à humer une odeur singulière : celle du sang.


_________________



A quelques pas de la dame, toujours droit comme un i, se tenait Eugène. S’il n’était pas aussi tendu que Dasfan, les allés retours de la montre dans son gousset traduisait néanmoins une agitation certaine. Sous son air imperturbable, Dasfan se demandait s’il réalisait vraiment l’ampleur de la situation et plus particulièrement le caractère potentiellement funeste de son sort.

- L’émissaire ne devrait plus trop tarder.
Il s’agissait des toutes premières paroles que prononçait Eugène depuis qu’ils avaient été placés ici en « sécurité », en attendant que les choses se calment. Bien qu’elle ne lui ait pas prêté attention jusqu’alors, elle sursauta.
- L’émissaire ? De quoi parlez vous ?
Eugène se tourna vers elle, la mine grave.
- Il devait venir au plus vite pour redéfinir les termes de notre accord. Un intendant m’a annoncé sa venue peu de temps avant notre fuite, j’ose espérer qu’il a eu le temps de lui dire où nous allions avant que l’attaque n’ait lieu. Vu la situation dans laquelle nous sommes à cause de votre candeur, froissé un des envoyés de la Guilde est bien la dernière chose à faire.
Dasfan devint subitement livide.
- Vous avez fait quoi ?
Au même moment, la porte s’ouvrit. Un garde au visage saisi par l’effroi apparut dans l’embrasure. Il fit quelques pas en direction d’Eugène et ouvrit la bouche pour parler mais aucun son n’en sortit : il s’écroula face contre terre, révélant une plaie béante entre les omoplates.
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MessageSujet: Re: Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]   

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Les chevaux, la brute et le truand [PV : Eidren]
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