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 [Grand Chêne]Visite de courtoisie | Cin

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Halyalindë Yasairava
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MessageSujet: [Grand Chêne]Visite de courtoisie | Cin   Dim 4 Juin 2017 - 22:39

<< Les débuts de l'enquêteAux lueurs des archives >>


Hiver - 3e jour de la 2e ennéade de Verimios
9e année du XIe Cycle
Début d'après-midi


Sur le chemin qui séparait la Lëandrine du Sanctuaire, rien de particulièrement remarquable ne se dressait, si ce n'étaient les habituels fidèles descendus des hauteurs pour venir se recueillir au sanctuaire ou demander conseils aux prêtres et prêtresses qui l'occupaient.

Vus d'en bas, les dizaines de mètre de hauteur de l'arbre étaient encore plus écrasants. Un elfe adulte aurait put se creuser une chambre tout a fait approprié dans chaque racine qui affleurait ou lançait une arche vivant au dessus du rassemblement de végétaux à la fois sauvages et parfaitement entretenu que formait le Sanctuaire. Délimité par une haie piquée d'arabesques de métal et de verre, plusieurs arcades des même matériaux permettaient de pénétrer dans ce lieu sacré. A l'intérieur, loin des simples Sanctuaires dont l'arbre maître formait le point d'orgue, les entrelacs de végétations semblaient formées des alcôves discrètes tout autour d'un grand espace dégagé ombragé d'une des titanesques racines.

A cette heure, de nombreux elfes, seuls, en couple ou en familles, priaient mains dans la main, de leur côté ou accompagnés de prêtres, reconnaissable à leurs vêtements marqués de la Main de la Mère. Sans être bondé, l'endroit était vivant tout en gardant un côté extrêmement paisible. Les voix restaient basses, les visages respectueux, même ceux qui n'avaient pas l'air particulièrement ravis. A l'écart, perdu entre deux caches végétales, un point d'eau dont s'échappait un ruisseau murmurait en sourdine. Un lapin et un renard y buvaient en faisant mine de ne pas savoir que l'autre était là.

Les temps étaient difficile. La guerre laissait des marques bien plus subtiles qu'il n'y paraissait... Et les prêtres étaient en première ligne de cet autre combat. Mais ils étaient également témoins de tous les petits bonheurs qu'apportaient la vie. Dans le large espace qui devait accueillir les pus grandes cérémonies religieuses de la Cité, une grande femme portait dans ses bras un poupon aux cheveux dorés. Mis à part la main verte qui tâchait le dos de sa robe blanche, elle était si pâle et sa chevelure si claire qu'elle en paraissait lumineuse. Son visage marqué de quelques rides posait un sourire aussi bienveillant que rayonnant sur l'enfant, caressant son front du bout des doigts en parlant longuement avant de le rendre à un homme qui devait sûrement être son père, attendant près d'elle au bras d'une jeune femme aux cheveux aussi blonds que ceux du bébé.

En un mot comme en cent, ici, la vie suivait paisiblement son cours... Fait qui rassurait quelque peu Cinnaeth. Pour une raison inconnue, elle avait craint qu'un quelconque ennui se soit produit avec les deux Lam'Nir. Peut-être sa confrontation avec Killen était la raison de sa peur. Elle était encore dubitative de l'attitude du Seigneur Limier. Même si ses dernières paroles prouvaient sa sorte de bonne volonté, elle ne comprenait toujours pas pourquoi il avait réagi d'une manière aussi suspicieuse. La seule conclusion convaincante qu'elle arrivait à avoir pour le moment était celle que personne très haut placée était mêlée à cette histoire.

Tout en réfléchissant, l'elfe aux cheveux d'argent c'était avancée vers le centre du sanctuaire, sans réellement faire plus attention que cela à ce qu'elle cherchait. Elle ralentit son pas jusqu'à s'immobiliser totalement, puis fouilla sans grande conviction les alentours de ses yeux azurs.  Un doute commençait à s'emparer d'elle. Pourquoi avait-elle pensé que c'était une bonne idée de venir chercher les deux Ornedhels ? Elle n'avait aucune information supplémentaire à leur fournir. Était-ce juste son attrait naturel pour les représentants des Noss qui l'avait poussé ici ? Ou plutôt son envie de retrouver un terrain avec lequel elle était plus familière, celui d'une discussion avec des elfes sylvains ?

Elle poussa un léger soupir, observant un renard passant non loin. Ardamir entretenait des relations bien particulières avec les Noss du protectorat. Relations fort différentes de celles que la capitale pouvaient avoir. À vrai dire, celles-ci étaient quasi inexistantes, elle-même était quelque peu une anomalie dans la logique de vie de la capitale. Ne trouvant pas les deux elfes qu'elle cherchait du regard, sa conviction de devoir leur parler s'évanouissait progressivement, et elle s'arppêtait à rebrousser chemin vers les archives lorsque la voix de Dalen lui parvint distinctement.

- Vous... Les vôtres ont trouvé quelque chose ?


L'elfe aux cheveux et eux yeux bleus était debout, derrière elle. N'étant pas particulièrement grand, même pour un Noss, il ne la dépassait pas de beaucoup. Peut-être était-ce ce détail qui évitait de lui donner un air hautain lorsqu'il vrillait son regard d'azur dans celui de l'étrangère, ou peut-être était-ce sa posture plus détendu qui lui donnait un abord moins agressif, toujours est-il que son ton était dépourvue de toute menace. Seule une tension hâtive l'animait quelque peu.

À croire qu'il fallait forcément poser la question qui fâche directement pensa Cinnaeth en se retournant pour faire face à son interlocuteur. Elle détailla rapidement le visage de Dalen, remarquant qu'il était très légérement plus grand qu'elle, cela en devenait presque vexant de voir même un Ornedhel la dépassait. Ne souhaitant tourner autour du pot des ennéades durant, elle répondit en toute franchise :

- Je ne doute pas qu'ils connaissent déjà les noms des famille descendantes des fondateurs, en trouver un ne sera l'affaire que de quelques heures... Son visage s'assombrit. Ce qui m'inquiète bien plus est de trouver le coupable, il semblerait que tout le monde soit frappé d'une soudaine amnésie.

L'elfe des Noss fronça les sourcils, scrutant la Lëandrine avec une curiosité surprise, comme si elle venait de dire quelque chose de hautement improbable. Notant la réaction de Dalen, Cinnaeth souleva un sourcil interrogateur, ce qui eu l'air de réveiller son interlocuteur plus efficacement qu'un seau d'eau.

- Rien. Je... Je suis juste étonné que vous veniez me dire ce genre de choses.

Il tendit une main vers l'une des alcôves sur le côté droit, non loin du petit étan, comme pour inviter la jeune femme à l'y suivre.

- Que voulez-vous dire par "amnésie" ?

Question qui amusa quelque peu l'elfe aux cheveux d'argent. Elle oubliait que les jeux politiques n'étaient pas l'appanage des Ornedhels, préférant un mode de vie plus simple, chose qui n'était absolument pas péjoratif dans l'esprit de Cinnaeth. Parfois, elle commençait à regretter d'être devenue Conseillère d'Alëandir. Cette sorte de franchise ingénue des membres des Noss avait toujours quelque chose d'agréable. Point qui semblait atrocement manquer aux hauts-placés des cités... Le poids du devoir peut être ? Suivant Dalen vers l'alcôve, elle lui répondit d'une manière très détendue :

- J'ai simplement le sentiment que votre apparition vient de réveiller un nid de guêpe qu'un certain nombre aurait préféré voir rester endormi. Aussi, sachez que je ne suis pas nécessairement beaucoup plus la bienvenue que vous dans cette affaire...
- Que voulez-vous dire ?

Non décidément... elle avait beau parler, il ne comprenait pas. Elle retint un rire, de peur de vexer son interlocuteur. Soit il jouait très bien la comédie, soit il faisait décidemment preuve d'une certaine naïveté. Pas étonnant que Taledhel et Ornedhel ai tant de mal à communiquer.

- Je répondrai à votre interrogation un peu plus tard. Je me demandais, votre Noss, a-t-elle des ennemis spécifiques ? Par là, j'entends des clans adverses.

Mettant de côté sa propre curiosité avec un léger soupire, il opina silencieusement du chef tout en passant dans le recoin de verdure. Si sa compagne du moment devait s'attendre à y trouver Ketyr, il n'en fut rien. L'endroit était vide, à l'exception d'un paquetage que l'un des Ornedhel avait du laissé là à l'abri des regards. Un banc trônait seul, ombragé par un arbre aux branches tombantes crenelées de gel, sur lequel Cinnaeth s'assit en tailleur.

- Nous ne sommes pas d'accord avec l'indolence de certains, mais tant qu'ils ne nous affrontent pas directement, nous nous concentrons sur ce qui importe vraiment. expliqua-t-il d'une voix grave en appuyant son épaule gainée de cuir contre le tronc froid.
- C'est à dire faire en sorte que les activités de la mine s'arrêtent ?
- Oui. Nos messages ont été assez clair il me semble.

Elle eut un léger hochement de tête.

- Y a-t-il une raison particulière pour cela ?

Il secoua la tête, soudain plus sombre.

- Vous êtes bien une fille des pierres... murmura-t-il, plus pour lui même que pour son interlocutrice ,comme s'il l'avait oublié l'espace d'un instant. Vous déracinez, vous creusez, vous arrachez. Les vôtres violent l'intégrité de la terre, l'affaiblissent au même titre que des nains ou des sombres. Et vous arrivez pour demander pourquoi... Mais nous ne sommes pas ici pour cela. termina-t-il sans laisser à la jeune femme le temps de rebondir sur ce qu'il venait de dire. Peu vous importe l'histoire des miens. Si quelque chose s'est passé ici, c'est aux citadins de s'en occuper. Sinon c'est qu'ils ne sont même plus digne de l'espace que nous leur laissons pour assouvir leur folie...

Il avait parlé sans violence, comme s'il énonçait de simples faits. Cinnaeth quant à elle ne répondit rien. Une fille des pierres... Oui sans doute, cela elle ne pouvait le nier. Même avec un père provenant d'une Noss qu'elle avait elle-même fréquenté, elle était indéniablement une Taledhel. Elle n'avait jamais réellement compris les traditions les plus ancestrales de la Noss, mais les avait considérés avec une fascination respectueuse. Ces souvenirs animèrent un sentiment mélancolique chez la jeune elfe qui transparut quelques instants sur son visage... Elle ne pouvait non plus réfuter la seconde partie des dires de Dalen. En effet, c'était les Ardamiri qui devaient, et, en vue de la fermeture de certains à l'aide extérieure, étaient les plus à même, de résoudre le problème. D'un ton léger, le regard vers la cime des arbres, elle lui répondit :

- Je pense que vous avez en effet raison sur deux points : que je suis manifestement une Taledhel et que ce sont effectivement aux Ardamiri de résoudre cette histoire. Puis reportant son regard sur son interlocuteur. Pour autant, le premier ne signifie pas que je ne peux pas m'intéresser génuinement à votre clan. Le second, que je peux ignorer la situation se déroulant ici.


La réponse de la jeune femme surpris l'Ornedhel au delà des mots. Un léger sourire filtra sur ses lèvres alors qu'il retenait un éclat de rire désabusé.

- Cela fait longtemps que je n'avais pas rencontré une fille des pierres comme vous ... Vous parlez comme si vous n'étiez pas l'une d'entre eux.  fit il remarqué, une pointe de curiosité dans la voix.
- Tout dépend de la perspective que l'on prend sur la chose. De votre point de vue, je suis l'un des leurs. De leur point de vue, je suis une étrangère à cette cité. En prononcant ces mots, elle se rendit compte qu'il était impossible pour Dalen de savoir qu'elle n'était pas native de ce protectorat. Elle se sentit alors obligée d'éclairer ce point : en réalité, je suis native du protectorat d'Alëandir. Elle ajouta, avec une pointe d'amertume perceptible dans la voix : rendant la chose d'autant plus décliate à gérer pour ma part...
- Alëandir... répéta-t-il, dubitatif. Leur lieu de ralliement ou quelque chose comme ça, non ?

Ce fut au tour de Cinnaeth de lui lancer un regard interrogateur.

- Lieu de ralliement ?
- Je ne connais pas bien l'histoire de vos cités. Mais le nom d'Alëandir ne m'est pas inconnu. expliqua-t-il en se passant une main sur la nuque. C'est un lieu important pour vous, non ?

Son geste sonnait comme une forme de gêne qu'elle remarquait chez l'Ornedhel. Avec un léger sourire elle répondit :
- C'est censé être le lieu où Tyräl a rassemblé et unifié les elfes des tribus ancestrales afin de repousser les nains. Par la suite, ce lieu s'est transformé en la première cité et la capitale du royaume d'Anaëh, même si dans les fait cela est un peu plus complexe... Après une courte pause, elle ajouta : je pense que vous détesteriez cet endroit.

Cette fois-ci, l'éclat de rire sonna dans l'air.

- Vous êtes une Taledhel étrange, vous savez ? Il lui adressa un sourire tout a fait détendu avant de reprendre, laissant courir son regard un peu plus loin sur la végétation mordue par l'hiver. Mais si vous n'êtes pas d'ici, pourquoi vous impliquer ?

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MessageSujet: Re: [Grand Chêne]Visite de courtoisie | Cin   Lun 11 Sep 2017 - 23:24


Question qui assombri le visage de la Lëandrine, mais question légitime. Se rappelant que trop bien les événements se tramant au Nord, cela était une raison amplement suffisante pour qu'elle s'investisse ici.

- À titre personnel, il serait juste irresponsable de ma part de fermer les yeux et prétendre que rien ne se passe. Aussi, il me parait injuste que les Lam'Nir payent pour les erreurs des autres.

Si tenter que toute cette histoire ne soit effectivement qu'une coïncidence.  Mais elle garderait ses doutes pour elle-même, tout du moins pour le moment. Elle préféra ne pas non plus mentionner la dimension politique de son implication, remarque qu'elle avait faite à Killen avant de le quitter. Les relations entre  les Lam'Nir et la cité étant tendues, si cette affaire se résolvait pacifiquement, alors, peut être, elle permettrait de créer un semblant de confiance entre les deux factions.
Il reporta son regard sur elle mais ne dit rien de plus. Il était surpris, ça oui. Il n'aurait pas pensé croiser une étrangère qui, non contente de s'impliquer dans les affaires des autres, éprouvait de la compassion pour quelqu'un qui ne suivait pas les règles de vie qu'elle avait du observer toute sa vie. Voir le trident de Ketyr dans sa main avait quelque chose d'ironique... ou de tout à fait calculer. Anaëh avait de drôles de façon de s'exprimer parfois...

- Un peu plus tôt, vous disiez vouloir en apprendre plus sur mon clan... Puis-je croire que vous étiez sincère ?
- Combien de raisons pouvez-vous trouver pour que je ne le sois pas ? Répondit-elle du tac au tac, un air malicieux sur le visage et avec une voix un brin moqueuse.
- Une bonne centaine. Répondit-il sans se départir de son sourire calme. A commencé par le fait que vous pourriez souhaiter en apprendre plus sur le rituel que nous allons accomplir sans avoir rempli nos conditions. Mais son ton n'était pas plus accusateur que négatif. Une fois de plus, il ne faisait qu'énoncer des faits.

À ces paroles, Cinnaeth eut un léger sourire. Dalen faisait preuve cette fois-ci de plus d'esprit critique que celui dont Killen avait pu faire preuve trente minutes auparavant. Après avoir poussé un léger soupir elle lui dit :

- Je pourrais, mais ne le ferais pas. Un marché est un marché, et je suis consciente que les conditions conclues ne sont pas encore de mise. Vis-à-vis de mon intérêt pour votre Noss, en réalité, pour être tout à fait franche, et je ne sais pas si vous me croirez, mais mon père est un Ornedhel. Elle ajouta, avant qu'il ne puisse dire quoique ce soit : je sais, ça ne se voit pas au premier abord.
- Ni même au second, s'entendit répondre l'Ornedhel en fronçant les sourcils.

Quelque chose dans son visage était devenu un peu plus dur à cette annonce, mais il ne fit pas d'autres commentaires, laissant s'étirer un silence... gêné ? Elle leva un sourcil, surprise. Les paroles de Dalen lui paraissaient étonnamment brusques par rapport au reste de leur conversation. Elle finit par briser le silence devenant de plus en plus pesant, malgré le chant de rossignols installés sur une branche enneigée non loin.

- Au dixième non plus paraît-il, lui adressa-t-elle avec une petite moue. Puis plus sérieuse : j'espère ne pas vous avoir... froissé en parlant de mon père ?

La pointe d'humour n'eut pas l'effet escompté, mais la question attentive de la Lëandrine eut au moins le bon goût de relancer un semblant de dialogue.

- Je ne m'attendais pas à tomber sur une Perelda... c'est tout... hmm...

Elle dévisagea quelques instants Dalen. Elle avait soudainement le sentiment d'être considérée comme le résultat de l'union d'un elfe et d'une drow... Qui plus est le terme lui était tout à fait inconnu. Non pas que les membres de la Peth'Idhren ne lui avait pas trouvé quelques surnoms dans leur dialecte, mais elle ignorait royalement ce que perelda pouvait signifier. Les rôles venaient soudainement de s'inverser, Cinnaeth devenant l'ignarde sur des sujets qui devaient être d'une évidence déconcertante chez Dalen. Incertaine, elle lui demanda :

- Perelda ? Un terme spécifique pour désigner... un... enfant mixte ?
- Comment dire... Une... Un enfant enlevé aux siens... Je suis désolé que votre père ait été banni... tenta-t-il même s'il était évident que le coeur n'y était pas.

Cinnaeth regarda quelques secondes l'Ornedhel en silence. Il était étrange d'entendre cela de sa part, et elle ne pouvait s'empêcher de noter le manque de conviction flagrant de ses mots. Mais elle ne s'en formalisa pas. Elle était étonnée même qu'il les prononce. Jusque là, il avait toujours exprimé ses pensées avec une franchise « brute ». Peut-être essayait-il de ne pas la blesser plus que de raisons. Ceci dit, chose qu'elle taira pour aujourd'hui, car elle doutait que la réaction de Dalen soit très positive, son père n'avait pas été banni par la Peth'Idhren, la Noss ayant même accepté sa mère récemment.  

- Vous n'avez pas à dire des choses auxquelles vous ne croyez pas, je ne m'en formaliserai pas. Mon père a fait son choix et a suivi son cœur, il en assume les conséquences.

Son ton avait peut être eu quelque chose de tranchant, comme pour mettre fin cette conversation qui de toute évidence mettait l'Ornedhel mal à l'aise. Et même s'il voyait cette union d'un mauvais œil, elle même le voyait d'une manière positive. Sans cela, beaucoup de choses auraient été différentes, et elle n'aurait été qu'une Taledhel ou qu'une Ornedhel comme les autres. En réalité, elle vivait cette caractéristique avec fierté, sans doute la raison pour laquelle elle la cachait rarement. Alors qu'un silence, apaisé pour sa part, c'était installée, elle pensa soudainement à Ketyr, qui se faisait remarquer par son absence. Reportant son regard azur sur le mage, elle lui demanda :

- Est-ce que Ketyr va bien ?

Bien que toujours troublé par la révélation qui venait d'avoir lieu, le jeune homme sembla reconnaissant de voir le sujet changer aussi drastiquement... Même si celui qui venait d'être choisi n'était pas des plus joyeux. Il hocha la tête d'un air grave en posant enfin les yeux sur la diplomates sans avoir à les détourner dans les instants suivants.

- Pour l'instant, oui. Il se repose. Et j'espère que vous... Enfin que les habitants de cette Cité trouveront rapidement ce dont nous avons besoin. Le rite ne peut attendre.
- Avez-vous une idée du temps dont nous disposons ?
- Avant quoi ? Que les dommages soient irréversibles sur le miens ? Quelques heures? Quelques jours? Ou peut-être est-ce déjà trop tard? Je n'en sais rien. Mais ce dont je suis sûr c'est que si le rituel n'a pas lieu dans les jours à venir, je pourrais bien demeurer le seul membre de ma Noss sain d'esprit d'ici quelques ennéades...

Projections bien sombres auxquelles Cinnaeth répondit par le silence. Elle se sentait quelque peu impuissante dans cette situation. Elle n'osait imaginer quels sentiments animaient le coeur de Dalen à ce sujet...  Elle ne préférait pas lui faire part de ses doutes sur la possibilité de trouver le coupable, car cela serait sans nul doute le coup le plus dur à encaisser.

Alors que son regard s'était  fixé sur ses mains jointes dont elle massait les paumes avec ses  pouces, elle réfléchissait aux indices qu'elle avait pu glaner jusqu'à présent au sujet du coupable. L'attitude pour le moins étrange et agressive de Killen lui faisait penser que quelqu'un de très important était concerné par cette histoire, et que ce quelqu'un pouvait être celui ayant fait coulé le sang dans les cimes du Grand-Chêne. Elle ne doutait pas que si cela s'avérait vrai et que cette vérité était révélée au grand jour, les conséquences politiques, aussi bien internes qu'externes à la cité, seraient désastreuses, tout du moins selon un certain point de vue. Ce qui inquiétait le plus Cinnaeth, était la possible exacerbation des tensions entre les citadins et les Noss. Deuxième point qui l'ennuyait particulièrement était le fait qu'elle devrait partir de la cité dans sept jours tout au plus, et tout lui indiquait que cette affaire ne serait pas résolue jusque là. Cela lui déplaisait grandement de devoir se retirer de cette investigation en vue des tensions existantes entre les Lam'Nir et les Ardamiris. Ces derniers possédant les clés des mystères de cette histoire, ils avaient donc une position dominante par rapport à la Noss, et pouvait donc, dans une certaine mesure, s'en jouer, même si cela était involontaire.

En vue de ces éléments, la seule chose qu'elle pouvait donc faire était de faciliter le dialogue jusqu'à son départ entre les deux factions. Jouer les intermédiaires était quelque chose qu'elle savait faire après tout... Repensant à l'échange qu'elle avait eu avec Killen, elle se souvint de ces propos au sujet de Noss extérieures au protectorat qui était venue semer la zizanie dans la cité, donnant lieu à la sorte de couvre feu existant au sein de la cité. Peut-être, cela avait aussi un lien avec cette histoire ? Cette question ne trouverait de réponse au près de Dalen. Ceci dit, il pouvait sans nul doute lui en apprendre plus sur la nature du coupable.

- Dalen, vous qui comprenez la Symphonie, peut-être pouvez-vous m'éclairer sur un point. Selon vous, quelle est la nature du coupable ? Je m'explique. Reprenons la situation qui s'est déroulée dans la salle du Conseil, Ketyr a été celui initiant l'attaque à l'encontre de Scylla après que celle-ci ait manqué de respect, à lui et au reste de votre Noss. Nous savons tous deux comment cette scène s'est terminée. Mais imaginons un instant qu'au lieu d'avoir l'intervention du Phish Oura, Scylla eu un réflexe assez rapide pour riposter et aurait blessé mortellement Ketyr, faisant couler son sang sur l'écorce du Grand-Chêne. Dans cette situation hypothétique, selon vous, qui serait le coupable du Mal du vénérable Arbre ?

Le visage du Noss se durcit à la première phrase de la Lëandrine, comme s'il ressentait une réelle douleur, mais il écouta sans l'interrompre, la douleur laissant place à l'introspection. La question valait la peine d'être posée d'ailleurs... Il faudrait qu'il en parle à Ketyr pour avoir son avis...

- D'après nos traditions orales, le Grand Chêne est sensible aux intension, l'acte est, en quelque sorte, la conséquence plus que la cause. Se couper sur une feuille et faire couleur un peu de sang sur son écorce ou rater une marche et mourir dans les escaliers ne pourrait pas le changer car la mort fait partie de l'ordre naturel instauré par notre Mère. A l'inverse, une intension de mort suffisamment forte pour se muer en une traque ou un assassinat est d'une puissance suffisante pour s'engramer dans la mémoire du Grand Chêne. Une brève colère, même violente d'apparence, restera sans conséquence. En toute logique, quelqu'un tuant un ennemis pour se défendre ne devrait pas créer de réaction mais la personne ayant attaqué, si sa haine est suffisamment profonde, a un impacte sur la symphonie.


Il fit quelques pas, frottant vigoureusement ses mains pour les réchauffer avant de les enfouir en croisant les bras, face à la jeune femme.

- Bien sûr, tout cela reste un savoir ancestral, la compréhension que nous en avons, bien que supérieur à la votre, n'est pas absolue. Mais nous vous l'avons dit ce matin : la trace la plus évidente que nous avons d'un tel état date de la perte du Linoïn. Sang et haine mêlé. Vous pouvez, je crois, imaginer l'ampleur de la violence et de la colère qui teintait la Symphonie à ce moment là. Étant donné que personne n'est au courant ou que cela a put être caché, la violence, la colère et la cruauté qui ont touchés le Grand Chêne doivent être cantonnés à un petit groupe et hurler de façon inimaginable dans la symphonie. Cela ne peut tenir que de la folie... Ou d'une Force ayant spécifiquement interférer avec le Grand Chêne.

Ses épaules vibrèrent légèrement, cachant mal un frisson, mais il finit par sourire un peu moins gravement.

- Quant à votre exemple, je ne me prononcerai pas. Entendre une étrangère insulter sa famille encore et encore ne peut pas laisser indifférent...
- Votre famille ?

Dalen ouvrait la bouche lorsqu'un homme aux traits plus juvéniles encore que ceux des deux elfes s'arrêta brusquement à côté d'eux à bout de souffle. Il avait visiblement manquer de ne pas remarquer leur présence et sa peau marbrée de rouge laissait pensée qu'il courait ainsi dans le sanctuaire depuis un bon moment déjà.

- Heri Cinnaeth ! Un messager vous attend devant le sanctuaire. Une missive vient d'arriver d'Alëandir à votre intention.


La diplomate prit le temps d'observer rapidement Dalen pour s'assurer qu'il ne s'offusquerait pas de l'interruption mais il avait l'air surpris plus que courroucé. Étant donné l'attitude du jeune prêtre, il n'y avait aucun doute sur l'urgence de la situation, ce qui n'avait rien pour calmer la Lëandrine non plus.

- Je suis navrée que nous soyons obligé d'écourter cette discussion. Si vous le voulez bien, je reviendrais prendre de vos nouvelles.
- Nous verrons. Acquiesça-t-il simplement alors qu'elle se levait pour suivre le messager.

A quelques pas de l'entrée du sanctuaire, une femme portant un tabar aux couleurs d'Alëandirr au dessus de vêtements de voyage robustes l'attendait de pied ferme. A peine le jeune prêtre fut-il reparti que l'étrangère aux cheveux blancs remis un plis cacheté à Cinnaeth en lui glissant avec compassion :

- C'est votre mère. Il faut que vous rentriez au plus tôt...

L'inquiétude se fit angoisse. Elle lu rapidement le contenu de la lettre et blêmie. A grands pas, elle pris à peine le temps de repasser par le Palais pour prévenir Medherith de ses avancées et récupérer ses affaires avant de prendre le chemin d'Alëandir au côté de la messagère.

Pendant ce temps, le sanctuaire avait retrouvé sa quiétude paisible loin des affaires diplomatiques qui agitaient le palais. Les deux Lam'Nir étaient si discret que même la plupart des prêtres avaient oubliés jusqu'à leur présence... Mais la surface de l'eau ne montre jamais les courants des profondeurs.

Dans l'ombre d'une colossale racine, à l'abri des regards indiscrets des croyant qui déambulaient ou priaient dans le sanctuaire, Ketyr était assis sur ses talons, recroquevillé sur lui-même depuis tellement de temps qu'il en avait perdu la notion. En rythme, il se balançait d'avant en arrière, les mains sur les oreilles, murmurant des prières qu'ils connaissaient par cœur.  Sa respiration devenait de plus en plus hachée. Autour de lui, les ombres prenaient des aspects tentaculaires. Les accords se resserraient autour de lui, lui sciant les nerfs. Dans le silence, la Symphonie était encore plus grande, encore plus belle, encore plus prenante. Assez pour qu'il sente les harmoniques terribles qui la rongeaient, la saignant peu à peu avec une précision chirurgicale. La colère. La folie. L'absence de toute bienveillance. La soif de Vengeance. Sans s'en rendre compte, il s'était une fois de plus mordu la joue, un goût de sang venant empoisser ses papilles avec délice. Au milieu de ses délires grandissant, il ne réussit pas même à murmurer un nom pour demander de l'aide... Et failli hurler lorsque des bras se refermèrent sur lui. On lui parlait sans qu'il ne comprenne. Il se débattait. On le maintenait. Jusqu'à ce qu'il reconnaisse la personne près de lui. Non à son visage, tâché d'encre et de sang, mais à sa voix lointaine.

- ça va aller Ketyr.


On l'attira dans une étreinte protectrice. Il tenta d'articuler quelque chose mais n'y parvint pas, rabattant les mains sur ses oreilles en serrant la mâchoire, recroquevillé contre Dalen, assit près de lui. L'homme aux cheveux bleu restait d'apparence sereine, même son ton était égal, mais il n'aurait desserré son étreinte pour rien au monde.

- Tien bon. Bientôt, ce sera fini.

Ses yeux azurs planaient dans le lointain, couvant la lueur d'une décision bien plus irrévocable que ne le laissait penser son tempérament posé. Même s'il devait aller trouver les éléments du rituel lui-même, il ne laisserait plus son clan souffrir davantage.

Pas un jour de plus...

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