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 L'ombre des choses

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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: L'ombre des choses   Jeu 7 Jan 2016 - 23:16





L'ombre des choses







Début de la 3ième ennéade de Verimios

Le baron n’était pas resté bien longtemps à Langehack. Il n’était pas homme à s’arrêter longtemps à un endroit dernièrement de toute manière. Ses tribulations géographiques étaient peut-être le signe qu’il courrait à perdre haleine derrière une paix peut-être inconcevable. Le retour avait été très fatiguant pour l’homme qui n’était pourtant pas de ceux qu’on épuise si facilement. Les traques sans fins dans les profondes forêts de son adolescences paraissaient presque moins pénibles que les différents voyages qu’il menait sans cesse ces dernières semaines.

L’excellente monture de Niklaus fut aussi content que lui d’arriver dans la capitale à moitié calcinée. Niklaus n’avait pas osé retrouver son hôtel depuis l’incendie et avait préférer rester chez des amis ou chez des parents à Diantra, évitant ainsi d’être une cible trop évidente pour certains. Mais les choses avait quelques peu changées. Surtout dans l’esprit du jeune homme, qui était devenu un peu plus tranquille quant à la mort dernièrement.

L’hôtel qui n’était ni parmi les plus beaux ni parmi les mieux placés de la capitale étaient en bon état, comme ses serviteurs le lui avait rapporté. Le grand mur qui laissait deux mètres de retrait entre le bâtiment et la rue n’était plus éclairé, comme à son habitude précédente. En effet à l’époque où la capitale était encore entière et bien gérée, les Altenbergs, comme beaucoup d’autres nobles, prenaient sur eux d’organiser l’éclairage de leur bout de rue ou de ruelle.

Sise proche de la chapelle de la Sainte Bénédiction, un petit temple à l’honneur de tout le panthéon, l’hôtel couvrait presque l’intégralité du terrain qu’il occupait et aurait pu appartenir à n’importe quel marchand ou usurier de la capitale. Son aspect était sobre, comme toutes les propriétés des Altenberg et ne cherchait pas à en imposer.

Une fois passé le petit jardinet où deux arbres se bâtaient pathétiquement en duel et les gravillons qui faisaient l’intermède entre le mur d’enceinte et l’entrée, on pouvait passer la porte cochère qui menait vers la cour intérieure. Là le corps de bâtiment se séparait en deux et une autre porte cochère donnait sur une autre cour plus petite qui regroupait les quelques box pour les chevaux. La cour principale en revanche était un peu recherchée et présentait de très beaux murs de pierre avec quelques gargouilles élégantes à la différence de la façade donnant sur la rue qui était dans le plus pur style des immeubles à colombage aux alentours, certainement pour ne pas attirer l’attention.

Le baron retrouva rapidement l’intendant de son hôtel et également son principal adjoint diantrais, un ancien capitaine de la garde de la ville qui connaissait aussi bien les dessous que les dessus du panier diantrais. Outre son travail d’intendance des biens du baron dans la capitale, il lui servait d’assesseur et de principal correspondant pour se tenir informer des dernières nouveautés de la capitale. Elias de Fontenois était un homme simple, calme, et surtout très fiable. Il avait fait autant de mauvaises choses que de bonnes dans sa vie. Comme le baron il avait son éthique et n’était pas très doué pour lécher les bottes. Les deux hommes s’étaient plus à leur rencontre et lorsque de Fontenois s’étaient fait mettre à la porte de la garde de la ville avec fracas, le baron l’avait recruté, quelques années auparavant. Il se révélait être un homme de grande valeur et de confiance.

Le baron le payait grassement, comme d’ailleurs la plupart de ses subordonnés directs. Non pas qu’il sous-payait ses employés les plus simples, mais il préférait donner des gages à ses subordonnés direct de confiance et de richesse, pour éviter qu’ils ne se servent d'eux-mêmes dans la caisse ou ne se fasse corrompre trop aisément. La méthode coûtait cher au baron, mais il ne cherchait pas à économiser le moindre sou au détriment de sa tranquillité d’esprit.

Les meubles dans l’hôtel avaient tous été déménagés à la cave, à l’exception d’un certain nombre d’objet très simples. Les Altenberg vivant à proximité immédiate de la capitale n’avait pourtant pas voulu jouer comme les grands nobles de la cour à transporter tout leur mobilier à chaque fois qu’ils changeaient de château. Le mobilier était dédié à chaque lieu. Pour éviter pillage ou incendie, de Fontenois avait décidé de tout démonter et de tout ranger. Les grandes pièces n’avaient donc plus que quelques sièges, leurs cheminées et seules les pièces à vivre avaient encore leurs tapisseries si nécessaires pour retenir la chaleur.

Les lieux étaient un peu lugubres, et cela mina un peu le moral du baron de constater à quel point la guerre civile commençait à l’impacter dans toutes les dimensions de sa vie. Il  ne pouvait pas se plaindre. Il faisait partie des privilégiés et il le savait. Mais en ce moment il n’avait pas un moral au beau fixe. Il passa néanmoins outre, ayant vécu bien pire dans sa courte vie, et fit demander un bain, le voyage l’ayant salit.

Il y resta une bonne heure, et s’était propre et en meilleur condition mentale que le baron redescendit vers son bureau, un des derniers endroits encore immeuble. Elias de Fontenois l’y attendait. Un feu crépitait dans le grand poële à faïence qui faisait l’angle. Il s’assit dans son fauteuil, se passant une couverture de cuir sur les jambes. Il avait froid, ce qui était rare.

L’homme parla, parla même beaucoup. Il lui fit le récit de la situation de Diantra, ses affres, ses quelques miracles. Les informations se pressait, et Elias, de son propre aveux, avait bien du mal à faire la part des choses. Malgré les troupes langecines, le banditisme semblait vouloir s’organiser. Ce qui laissa un mauvais pressentiment au baron. Vallencourt était en ville, ce qui était une excellente nouvelle, car le baron devait lui parler. Il ordonna qu’on fasse immédiatement savoir à son collègue qu’il souhaitait lui parler au plus vite.

Le baron précisa à de Fontenois qu’il cherchait à rencontrer des éminences du clergé de Néera, ce qui parut organisable au sbire de Niklaus. Il donna donc des instructions pour qu’il soit annoncé à ces derniers et fit proposer une entrevue à la cathédrale. Après ces quelques échanges, de Fontenois lui annonça que certain de ses informateurs lui avait fait savoir qu’un homme aux compétences bien plus larges qu’il n’y paraissait était à l’oeuvre en ville. Par l’entremise de plusieurs personne, il avait été fait savoir que ce dernier était intéressé par Niklaus et souhaitait discuter. Une bien intéressante tournure des évènements, et la curiosité de Niklaus fut piquée au vif. Il donna l’autorisation à de Fontenois de faire savoir à qui de droit que Niklaus était de retour en ville et que sa porte était ouverte dès le lendemain matin.

Il laissa là les affaires, et après un maigre repas et une tisane, se mit à sa couche. Il dormit comme une souche.

Le réveil au lendemain matin était plus rude, mais le baron fut vite sur pied. Il s’autorisa un petit déjeuner un peu plus copieux. A peine sortit de table et habillé pour sa journée qu’on lui annonça qu’un homme était là pour lui. Il demanda à ce qu’on le fasse monter dans le salon, qui avait un air fantomatique vu qu’on avait placé de grands draps blanc sur les meubles qui n’avaient pas encore été démontés. Le baron avait donné des ordres pour économiser du travail à ses domestiques et avait demandé à ce qu’on ne déballe pas tout juste pour sa présence.

Le baron accueillit l’homme avec un sourire d’excuse.

“ - Messire, veuillez vous donner la peine d’entre, et de m’excuser pour le désordre. Je vous en prie prenez place. Je n’ai pas grand chose à vous proposer malheureusement…”
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Ven 8 Jan 2016 - 11:02

Hanegard apprit le retour du baron d’Apreplaine à Diantra par le biais d’un de ses informateurs qui observait les allées et venues aux portes de la cité. Plus intéressant sans doute était la direction en provenance de laquelle il arrivait : Langehack. La direction… et le visage du baron : fatigué, creusé même. Ne connaissant pas Niklaus personnellement, l’ayant juste croisé à quelques reprises par le passé, l’ancien baron d’Alonna ne pouvait pas savoir s’il était homme à camoufler ses émotions en tout lieu et à toute heure, mais il se doutait vaguement que son ambassade à Langehack auprès du duc Oschide ne devait probablement pas avoir été un franc succès. Ses discussions récentes avec Ignazio indiquaient d’ailleurs clairement que son maître se montrerait plus que rétif à toute allégeance envers Harold, voire regarderait avec intérêt les propositions que pourrait lui faire d’autres joueurs du plateau, tel le Soltaar.

Les relations entre le seigneur de Renhanda et l’espion langecin devenaient compliquées. Si Hanegard et Ignazio s’appréciaient à titre personnel et s’estimaient à titre professionnel, ils ne savaient plus trop dans quel camp leurs suzerains se trouvaient. Alliés hier, rien ne pouvait permettre d’affirmer qu’ils ne seraient pas adversaires demain. Sans doute fallait-il y voir la raison principale qui poussait Hanegard à développer ses propres réseaux dans le monde de la nuit. Depuis l’époque lointaine où, commandant des armées de Serramire, il avait eu maille à partir avec les organisations criminelles qui sévissaient en ces contrées, il ne sous-estimait pas l’influence réelle dont on pouvait disposer via ces méthodes quelques peu contestables moralement. Son intérêt pour les rares archives du Royaume ayant échappé au grand incendie de Diantra venait bien de là : disposer des moyens de pression sur la pègre pour y insérer ses propres hommes. Long et laborieux processus qui commençait toutefois à porter ses premiers fruits.

Ainsi donc, lorsqu’il apprit la venue du baron d’Apreplaine, Hanegard fit discrètement savoir aux personnes qui pourraient relayer l’information qu’une entrevue entre eux deux serait souhaitable. Une réponse positive ne tarda guère, et dès le lendemain matin le visiteur attendu se fit annoncer à la porte de l’hôtel où résidait Niklaus. Sans doute pas le plus beau de la capitale ni le plus flamboyant, mais son propriétaire semblait bien homme à préférer l’influence réelle aux apparences creuses d’un pouvoir inexistant. Une telle philosophie correspondait bien à la propre vision d’Hanegard, qui ne pouvait s’empêcher d’admirer quelque peu le baron en le voyant devenir un élément clé du jeu politique des puissants.

Lorsqu’Hanegard fut introduit dans le salon où l’attendait son hôte, il constata que les meubles n’avaient pas été remis à leurs places. Cette pièce à moitié vidée semblait attendre de savoir dans quelle sens allaient les évènements pour achever sa mue vers le désert ou le renouveau… d’une certaine façon il s’agissait d’une allégorie de la cité toute entière.


Votre Honneur, c’est un plaisir de vous rencontrer. J’espère que le voyage depuis Langehack ne fut pas trop éprouvant ?
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Sam 9 Jan 2016 - 1:51



Le baron fut assez surpris de l’homme qui venait à lui. Le baron avait bien des défauts, trop de toute manière pour être énumérés ici, mais il avait une excellente mémoire. Il n’avait plus vu cette homme depuis quelques temps. Et certainement ne s’étaient-ils vus que rapidement. Mais finalement la mémoire lui revint. Oui vraiment ils ne se connaissaient pas bien. Et surtout le baron ne s’était pas imaginé le voir dans ce rôle. Bonne chose pour ce dernier.

Le baron prit le parti de ne pas chercher à rester neutre ou à faire semblant devant cet homme. Si ce dernier avait réussi à lui faire parvenir la rumeur de sa venue par les canaux d’Elias, il était inutile de se faire l’affront d’une discussion plaisante en prétendant ne pas savoir ce qu’il en était de l’un et de l’autre. Restait que le baron ne savait pas pour qui l’homme qui lui faisait face travaillait. Ce qui était une information manquante importante. Le baron était amusé, oui amusé, de cette entrevue.

A la première phrase de l’homme, qui lui fit immédiatement savoir qu’il connaissait ses faits et geste, il savait que l’autre homme avait décidé d’être aussi direct. Il fit un large sourire, un peu carnassier, un peu goguenard, mais surtout espiègle à l’homme. Le baron se leva naturellement pour serrer la main de l’homme.


“ - Laissez nous Elias. Merci. Très bon travail.”

L’homme s’en fut. Le baron conserva son sourire, qui n’était pas du tout un sourire de façade. Il était réellement très amusé de la prestation courte mais déjà exquise de son interlocuteur. Il eut un petit rire communicatif. Tout en se rasseyant, reprit la parole :


“ - Je vous en prie, asseyez vous. Votre Seigneurie je crois ? Nous avons du nous croiser tout au plus, par les dieux que j’étais plus jeune... Il est vraiment dommage effectivement que nous n’ayons pu nous rencontrer plus tôt, mais la régence fut une parenthèse presque complète pour moi. Dans tous les cas, le plaisir est partagé de vous rencontrer. ”

Il croisa les mains.

“ - Je suppose que ce n’est pas une visite de courtoisie, même si je suis sincèrement heureux de cette dernière. Je conserve une oreille contre le plancher de cette satané ville. Et je suis inquiet, très inquiet… Malgré cette attention que je mets à me tenir informé, je suis bien embêté, car je ne connais pas vos allégeances.”

Le baron glissa encore un sourire complice.

“ - Prenez le comme un compliment, car cela en est un, mais je ne m’attendez pas à vous voir ce matin. Je ne vous connais pas mais vous m’êtes déjà sympathique. Un homme qui ne joue pas la comédie à Diantra, voilà qui sort de mon triste ordinaire... Que diriez vous de laisser tomber les formalités ? Pourquoi ne pas s’appeler par nos prénoms ? Je n’ai pas souvent l’occasion de parler à quelqu’un en toute simplicité, et j’ai l’impression que nous avons tous deux abandonnés les ronds de jambe au profit d’une autre forme de… “ Il eut un temps d’arrêt. “Mettons de méthode…”
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Sam 9 Jan 2016 - 13:27

Sur la proposition de son hôte, Hanegard s’assit dans l’un des rares fauteuils n’étant pas recouvert par les blanches housses de protection. L’aspect spartiate des lieux ne lui déplaisait pas, sans doute serait-il plus adapté aux confidences venues du cœur que les palais lambrissés de la haute noblesse.

Mon allégeance officielle est connue et va aux seigneurs à qui j’ai prêté serment de vassalité, le comte de Velteroc et la baronne d’Alonna. Mais, mon cher Niklaus, nous savons tous deux qu’allégeance et idéal ne coïncident pas toujours.


Un petit sourire complice naquit sur ses lèvres. Le baron d’Apreplaine devait se douter qu’un homme qui plongeait ainsi ses doigts dans le monde du crime jouait parfois sur plusieurs tableaux.

Laissez-moi vous raconter une histoire. Voilà plus d’une décennie, le duc Merwyn Séraphin tenta de se constituer un royaume dans le Nord de la Péninsule. S’il échoua, ses actions déstabilisèrent la région, la laissant livrée à des petits potentats locaux, soumise à des raids drows et en proie à de terribles famines. Un homme, voyant cela, vint se jeter aux genoux du roi Trystan et l’implora de ne pas abandonner ces terres, d’y réinstaurer l’autorité et la paix royale. Cet homme était un wandrais sans ascendance noble aucune, un vulgaire mercenaire, nommé par le duc Merwyn à la tête des légions noires. Trystan aurait eu toutes les raisons de se défier d’un tel homme, mais sans doute lut-il en lui un réel dégout de ce chaos… et il le nomma régent d’Alonna, lui confiant la tâche de pacifier les Marches du Royaume.

Le regard d’Hanegard se perdit dans le vague alors que de vieux souvenirs remontaient à la surface, réminiscences d’une époque où Trystan respirait encore, où Aetius d’Ivrey n’était qu’un simple chevalier, où Jena servait comme damoiselle de compagnie à une vieille châtelaine acariâtre, et où le baron d’Apreplaine se formait à l’art de gouverner sous la tutelle de ses précepteurs.

J’ai vu la guerre, Niklaus. Pas depuis les états-majors mais en première ligne, au milieu de mes soldats. Les bardes chantent la gloire du combat, les glorieuses charges et le soleil qui se reflète sur les épées… mais ce n’est que foutaises. La guerre, c’est une odeur de merde omniprésente, une peur qui vous noue les tripes jusqu’à ce que vous abandonniez toute notion d’humanité et que vous exécutiez vos ennemis simplement pour échapper à votre propre terreur. Ne me prenez pas pour un paladin, j’ai souvent eu les mains rouge de sang et j’ai accompli des choses qui vous ferait frémir. Mais jamais je n’y ai pris plaisir, jamais je n’ai tué ou violenté quelqu’un pour ressentir l’ivresse du pouvoir.

Combien d’hommes avait-il tué au cours de sa vie ? Hanegard aurait été bien en peine de la dire, tant ses années de mercenariat après son exil des wandres s’étaient trouvé emplies d’une violence quasi-quotidienne, le plus souvent juste pour survivre. La folie fougueuse de la jeunesse l’emplissait alors, et la vie ne portait pas au-delà du prochain repas à partager entre compagnons ou de la prochaine fille à fourrer dans son lit.

Depuis ce jour où Trystan me nomma régent d’Alonna, je me suis juré de préserver son héritage et son rêve : une Péninsule prospère, apaisée, où chaque paysan pourrait faire grandir ses enfants sans se demander si des hordes de pillards vont venir piller sa modeste chaumière. Ma véritable allégeance ? Elle a toujours été et sera toujours envers l’idéal que portait le défunt roi: la paix.

L’ancien baron fixa son regard dans celui de son hôte.

Et vous, Niklaus, quelle est votre idéal ?
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Sam 9 Jan 2016 - 14:30



Le baron profitait des paroles de l’homme qui lui faisait face pour réfléchir. Il n’était pas surprenant que le départ des troupes de Velteroc n’ait pas signifié le départ de l’ensemble des personnes travaillant pour ce dernier. Il s’enfonça quelque peu dans son fauteuil venant reposer son dos endoloris de journées à cheval contre le cuir souple. L’homme avait ses entrées un peu partout dans la ville, cela au moins ne faisait aucun doute. Et bien que Niklaus se méfiait un peu de tout dernièrement, il ne pouvait se payer le luxe de s’isoler totalement. Il ne pouvait se reposer que sur ses maigres ressources, et bien que le baron ait été un homme bien organisé, il ne pouvait jouer sur tous les fronts, de peur d’éparpiller ses atouts.

L’homme avait vu la guerre, cela ne faisait aucun doute. Niklaus lui avait connu les combats, mais pas la guerre. Tout du moins pas sur le front. Il le savait bien et ne prétendait jamais le contraire. Il avait trop de respect pour les morts et les vivants pour mentir ou pour se mentir. Il avait en revanche vu et accueillit les longues cohortes, les interminables convois d’homme venant de l’Apreplaine et s’étant retrouvé forcé dans les milices royales de la régente. La semaine ayant suivit la bataille de Christabel avait été un enfer sur terre pour le baron qui avait fait ouvrir tous les bâtiments sous son contrôle et mit tous les gens à son service à la tâche pour tenter d’organiser le refuge et le soin des troupes en déroute.

Durant la guerre le sang n’avait pas coulé de sa main, mais avait coulé abondamment sur ses mains. La folie meurtrière, il ne l’avait pas connu. Mais les odeurs et les charniers, il avait vu. Son modeste domaine s’était vu vidé de son sang en seulement quelques heures. Tout en prêtant main forte aux religieux et aux familles, il avait du vivre avec le fait qu’il n’avait pas trouvé les moyens de faire face à la régence et à l’armée royale pour diminuer les conscrits pour la milice dans son domaine.

Il décroisa les mains pour répondre appuyant ses propos de quelques gestes calmes et bien maîtrisés.


“ - Mon idéal ? Vous m'entraînez sur les chemins tortueux. Honnêtement je ne suis pas certain de pouvoir me prévaloir d’une telle chose… Je ne connais pas la guerre comme vous. Je ne l’ai vécu qu’au côté des familles restées à l’arrière. Je ne sais si c’est une chance ou un maléfice, mais c’est la réalité de ma vie. Je ne m’en cache pas. J’avance dans la vie avec certaines convictions, et une éthique qui est mienne. Je ne pense pas que notre vie sur cette terre ait un sens autre que celui que nous voulons lui donner.

Je cherche donc à apporter ma contribution à notre race. Nous ne sommes pas immortels, et notre seul espoir de pouvoir prétendre à une part d’immortalité et de léguer à nos descendants une situation meilleure que celle que nous avions. Si j’arrive à donne à ceux qui me font l’honneur d’être couvert par ma charge la chance de progresser et de faire progresser leurs foyers dans leur vie, alors ma vie aura servi à quelque chose. En cela nous nous rejoignons.

J’ai été lâche, et j’ai eu un manquement funeste à l’égard de ceux qui me faisait confiance. Cette trahison je vis avec, et pourtant le peuple de l’Apreplaine poursuit sa confiance. Je me dois d’être digne de cette seconde chance. En autarcie, je me serai certainement limité à l’Apreplaine. Pour autant le sort des centaines de milliers d’âme de Diantra et des régions avoisinantes m’est devenu insupportable, et j’essaye à présent d’éviter une tragédie. Je me refuse d’être passif. Peut-être échouerai-je, mais au moins serai-je convaincu d’avoir cette fois lancé toutes mes forces dans cette bataille et de ne pas m’être laissé aller à la lâcheté.”


Il se tut quelques secondes. Hochant quelque peu la tête dépit.

“- Le temps joue contre moi. J’ai tenté de maîtriser les évènements, et jusqu’à présent j’y suis arrivé sans parjure et sans trahison. Mais voilà. Mes pouvoirs sont limités. Harold n’est pas une solution sur le long terme, et m’a déjà donné les signes avant-coureurs d’un tyran. Si nous voulons éviter que le centre de la Péninsule ne soit écartelé, je vais devoir agir vite, mais j’ai besoin d’aide.”

Il décocha un regard direct  à son interlocuteur.

“ - J’aurai préféré épargner Harold, qui n’est un opportuniste comme les autres. Mais je dois avouer que la situation commence à m’échapper. Je dois impérativement retourner les nobles des terres royales qui ne le soutienne non par amitié, mais par défaut. Avec la peur de M. de Velteroc lors du conseil est apparu un front qui se voulait éviter la tyrannie, mais qui nous pousse dans les bras de cette dernière.

Je suis à présent convaincu que le pouvoir de la Couronne doit être découpé et que nous devons trouver le moyen de gouverner sur le royaume collégialement, autour d’un roi ou d’un empereur que nous aurons choisi et qui acceptera d’entendre son Conseil. Je vais me rendre cette après midi à Sainte Deina, j’ai pris rendez-vous avec la Gardienne de Nééra. Je vais essayer de discuter de l’attitude de la haute prétresse, qui doit être neutralisé. En des temps aussi troublés, le peuple se rattache aux dires du clergé. Et si la Haute Prétresse continue son action traîtresse, nous aurons un soulèvement populaire sur les bras sans aucun doute.

Je pense pouvoir convaincre Vallencourt, qui est le chef de file des partisans d’Harold. Ce dernier n’y est pas par amour du Lyron, mais parce qu’il est un politicien. Si nous réussissons à trouver un angle avec ce dernier, alors la partie sera gagnée auprès des nobles des terres royales.

Mon plus gros problème est avec Harold et ses proches partisans. Ses partisans sont pour la plupart de retour ici à Diantra, comme vous devez le savoir, et Harold se trouve à Vallencourt. Nous devrons certainement agir plus directement contre ces derniers. Et pour cela votre concours m’est absolument nécessaire.

Seriez-vous prêt à m’aider ? ”
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Sam 9 Jan 2016 - 18:03

Hanegard écouta attentivement le baron d’Apreplaine lui expliquer la situation telle qu’il la voyait, avec de réelles complications fortes malaisées à dénouer. L’homme semblait sincèrement désireux d’aboutir à une solution politique permettant de ramener un peu d’apaisement dans ce Médian tourmenté, ce qui le rendait plutôt sympathique au wandrais.

Une monarchie élective… hmm, ce système ne manque pas d’attrait à mes yeux car je dois vous avouer ne plus guère croire en l’absolutisme héréditaire. Un dicton alonnais dit que c’est une bonne chose d’avoir un chef qui est en responsabilité de tout, jusqu’au jour où le chef est malade. Et votre crainte de voir un tyran s’asseoir sur le trône rejoint mes propres appréhensions, en particulier s’il s’agit d’Harold, quoique les autres candidats ne soient pas non plus exempts de reproches. D’ailleurs, au-delà de ce roi élu et de ses conseillers immédiats, il importera d’établir des contre-pouvoirs… une sorte d’assemblée qui avaliserait ses décrets peut-être ? Cela permettrait de mettre en lumière toute démarche tyrannique et de l’étouffer dans l’œuf.

Se levant, Hanegard se mit à marcher en rond tout en parlant, signe chez un ancien fantassin d’une intense réflexion.


Mais nous sommes encore loin de pouvoir rêver à un tel système, tout d’abord il faut rétablir une situation fort contrariée. La Gardienne de Néera est ma femme, comme vous le savez sans doute. Je pense qu’il faut en effet que vous la rencontriez, elle pourra mieux que personne vous dire ce que pense la déesse des affrontements politiques actuels. Je suis persuadé que si Néera avait voulu qu’Harold soit roi, rien n’y personne ne l’en aurait empêché et il siégerait déjà sur le trône.

Ses pas portèrent Hanegard jusqu’à une fenêtre par laquelle il regarda la rue.

Harold lui-même est bien entendu un obstacle, toutefois je ne souhaite pas le voir mort. Il est cupide, borné et orgueilleux, mais pas foncièrement maléfique. En d’autres circonstances et à une autre époque, peut être même aurait-il fait un bon roi.

Il revint s’asseoir en face de Niklaus.

D'ailleurs, sa mort n’est pas nécessaire, il suffit qu’il soit déclaré inapte à régner pour raisons de santé. Il existe des drogues en provenance d’Ithri’Vaan permettant de causer des évanouissements, rien de létal ni qui mettrait sa vie en danger bien entendu. Cela apparaitrait comme inquiétant, ferait douter de sa condition physique et l’écarterait donc du trône.

Dans la rue, une patrouille langecine passa au pas cadencé, comme un rappel que Diantra se trouvait toujours sous loi martiale.

Ses partisans, il faudra les traiter au cas par cas. Les idéalistes pourraient s’enthousiasmer pour votre idée de monarchie élective si elle leur est bien présentée, les vénaux s’achètent ou se menacent, quant aux indécis ils se rallieront à toute solution viable une fois Harold hors-jeu.

Lui tendant la main, Hanegard reprit :

Oui, je suis prêt à vous aider, Niklaus. Mais êtes vous prêt à faire ce qu’il faudra pour sauver Diantra et le Médian ? Soyons honnêtes avec nous-mêmes, il faudra heurter bien des ambitions et tout ne sera pas que douces paroles persuasives. Nous parlons également de manigances, de corruption, de chantage et même d’empoisonnement.

Le baron d’Apreplaine avait-il les tripes d’un Homme d’Etat, prêt à se salir les mains lorsque les circonstances l’exigent pour atteindre un but supérieur ? Ou n’était-il qu’un politicien qui allait reculer devant l’obstacle ? L’instant était fatidique…
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Mar 12 Jan 2016 - 0:00



Le baron regarda l’homme se lever et faire les cent pas. Il pensait visiblement à ce que venait de dire Niklaus. Ce dernier ne l’imita pas et se contenta de rester assit dans son fauteuil, le laissant même quitter son champ de vision. Niklaus attendit patiemment et froidement le verdict, se contentant de croiser le mains devant lui avec flegme. Il se redressa quelque peu dans son fauteuil.

A vrai dire Niklaus ne savait pas que la Gardienne était la femme de Hanegard. Il ne s’était pas renseigné plus que cela, par manque de temps. Elias le savait certainement, il était son guide pour les informations d’ordres matrimoniales, le baron étant fort mauvais à cela. Niklaus n’était de toute manière pas féru du culte bien qu’il en avait le plus grand respect et ne s’était pas plongé dans les arcanes et préceptes de ces fonctions. Il s’était imaginé que le nom de famille était commun car il s’agissait d’une soeur et non de son épouse. La situation n’arrangeait pas Niklaus, qui avait espéré que personne ne puisse accuser la Gardienne de jouer le jeu d’une des parties. Ce lien entre cette dernière et les anti-Harold, bien que ténu, il se nota mentalement de l’analyser et d’en analyser le profit que les plus solides appuis de Harold pourrait y trouver.

Naturellement la stature de la gardienne, connue pour une neutralité à laquelle même Niklaus ne pouvait prétendre, serait un atout majeur. Pour autant, et même si tenter de discréditer une gardienne du culte paraissait être un mouvement dangereux, il se méfiait des tentatives désespérées. De toute manière, il préférait prévoir le pire et espérer le meilleur. Il prévoierait donc en conséquence.

Au bruit de pas dans son dos, Hanegard était maintenant à la fenêtre. Le baron tourna légèrement la tête pour tendre l’oreille et décroisa les mains pour en utiliser une pour se soutenir légèrement le visage. L’homme avait des scrupules concernant Harold. Le garder vivant était naturellement l’idéal, mais le baron pensa qu’il devrait la jouer très fine, et tendre le piège au maximum avant de tenter de l’y prendre. Il fallait placer Harold dans une situation désespérée et seulement proposer une porte de sortie honorable. Sans ce pré-requis, l’homme aurait vite fait de tenter de retourner la situation.

L’homme parlait à présent de l’handicaper. Niklaus, en bon chasseur, préférait une mort rapide et honorable à un tel châtiment, car il savait bien que même des drogues ou poisons sensés se dissiper pouvaient laisser des séquelles. Niklaus haussa néanmoins imperceptiblement les épaules. Si cela ratait et que l’homme se retrouvait souffrant pour toujours, Niklaus saurait ce qui lui resterait à faire.

Niklaus était d’accord sur l’analyse de la partie adverse. Il aurait de toute manière principalement du travail à assumer avec Vallencourt, mais ce dernier pourrait certainement se laisser convaincre par Niklaus. Une partie dans les terres royales suivrait Niklaus, il était convaincu de cela, et une fois Vallencourt convaincu, les derniers se retourneront aussi.

Le baron se retint de sourire aux derniers propos de l’homme. Naturellement Hanegard était expérimenté et dans le jeu depuis bien longtemps que le jeune homme, mais il trouvait cela assez coquasse qu’on vienne lui présenter les choses sous cet angle. Il fallait rester humble pour jouer le jeu des puissants avec bien moins d’atout que les joueurs déjà présent à la table, et à aucun moment il n’avait eu la présomption d’avoir emporté la partie. Ce jeu ne finissait jamais.

Il n’avait pas vraiment eut l’impression de faire autre chose que de manigancer en permanence depuis la bataille de Christabel. Certes principalement par diplomatie jusqu’à présent. Mais il trouvait cela une force plutôt qu’une faiblesse. Il jouait ses maigres ressources incrémentalement. Il était dans une course de fond, pas dans un sprint. Mais du point de vue de Niklaus, ce dernier avait déjà réussi une prouesse : il s’était invité à une table où il n’aurait pas eu droit normalement au chapitre, et personne ne contestait plus sa présence.

Si Hanegard avait dit à un courtisan seulement dix mois auparavant que le baron nommé à une charge non-héréditaire à la tête d’un domaine de seconde catégorie réussirai à se maintenir au pouvoir après la défaite cinglante de la régence et l’occupation de ses terres, il aurait déjà était septique. Mais si en plus Hanegard avait ajouté à cela que ce même baron se retrouverait au centre de la redéfinition du pouvoir royal à la fois entre les grands du royaume et avec ceux, comme Hanegard, qui agissaient au niveau le plus tangible, on aurait prit ce dernier pour un fou.

Niklaus était loin d’avoir fini, et il ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin. S’il parvenait à laisser sa marque dans ce tournant pour l’humanité, alors il aurait certainement réussi le plus grand défi qu’on pourrait lui lancer dans sa vie. Et si Hanegard avait besoin de lui poser la question pour savoir si Niklaus était un homme décidé, alors c’est que ce dernier l’avait très mal jaugé. Mais c’était tant mieux. Niklaus préférait être mal jaugé.

Il prit la main tendue.


" - Ne vous inquiétez pas pour mes état d’âme Hanegard. Je me refuse à envisager l’immoralité comme une norme, mais je conviens de sa nécessité. Si je dois faire face à la damnation, au moins aurai-je sacrifié mon âme en connaissance de cause. Et puis, je vous ferai certainement un compagnon pour nous éternité de pénitence. Si tout du moins tout cela existe."
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Ven 15 Jan 2016 - 12:26

[Quelques jours plus tard]

Hanegard ne pouvait pas retenir un sentiment de dégout face à l’homme qui lui faisait face. Non pas que le gaillard soit sale ou puant, mais il exsudait de lui une attitude faussement obséquieuse et vulgaire, le genre de personnage à lécher les bottes des puissants pour ensuite écraser ceux sans défense. Petit et presque chauve, sa face de rat barrée d’un sourire crispé, l’empoisonneur venait de poser sur la table qui les séparait un flacon emplit d’une liquide verdâtre.

Trois gouttes dans du vin, monseigneur, et votre cible tombera raide en bavant. Cinq gouttes et elle sera prise de violentes convulsions. Sept gouttes, et elle ne vous posera plus jamais de problème.

En silence, le wandrais acquiesça. Il n’avait pas été simple de trouver une drogue apte à réaliser cette partie du plan prévu avec Niklaus, mais le coût final en valait la peine. L’Ithri’Vaan demeurait une source inépuisable de poisons pour qui savait frapper aux bonnes portes. Dommage qu’il faille pour cela faire affaire avec de telles crapules sans envergure. Sans mot dire, il congédia l’empoisonneur qui fit une petite courbette et passa derrière la tapisserie pour repartir par le tunnel secret qui menait aux égouts de Diantra.

Resté seul, Hanegard se saisit du flacon et le fit tourner à la lumière de l’unique chandelle qui éclairait la pièce.


Et dire que quelques gouttes peuvent éloigner un homme du trône là où des armées entières y ont échouées… fascinant, vraiment fascinant.

Se levant, il glissa le flacon dans sa poche et souleva à son tour la tapisserie, descendant quelques marches d’un antique escalier suintant d’humidité. Arrivé en bas, Hanegard faillit buter contre le cadavre encore chaud de l’empoisonneur. Les yeux exorbités, une langue noirâtre jaillissant de sa bouche, il gisait au pied d’un homme que le terme de psychopathe peinerait à décrire pleinement.

La petite souris a beaucoup couiné, dit le Serpent en ricanant doucement.

[HRP : le Serpent est un (très) ancien pnj qui apparaissait ici : http://miradelphia.forumpro.fr/t12584p30-dans-l-armee-du-nord-kastelord]

Faire appel à un tueur aussi imprévisible que le Serpent n’allait pas sans risque, mais le gaillard s’était attiré l’inimitié de ses anciens employeurs à Serramire, et cherchait à garder du champ.  Cruel et pervers mais pas idiot, l’assassin savait venir s’abriter sous une ombrelle plus solide… et bien payé, ce qui ne lui déplaisait pas non plus. Hanegard l’employait avec précaution, reconnaissant toutefois pleinement son efficacité.

Débarrasse-toi du corps. Puis rejoins-moi aux entrepôts nord, nous avons du travail.
D’autres souris ? Ce sera un plaisir, ricana de nouveau le Serpent.

Sans mot dire, Hanegard s’enfonça dans les égouts. Ce moyen de déplacement puait au sens littéral du terme, mais lui permettait ainsi qu’à ses hommes d’aller quasiment partout en ville sans être vu, avantage indéniable à l’heure où les choses se précipitaient dans la course au pouvoir.

Derrière lui, un « plouf » sonore retentit lorsque le corps de l’empoisonneur fut jeté dans le canal.
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Niklaus d'Altenberg
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Dim 17 Jan 2016 - 1:40

[Le haut du panier]

Le lendemain de l’entrevue de Niklaus et Hanegard et Jena

Le baron était assis les yeux fermés. Les fenêtres étaient ouvertes et l’on entendait au loin le grand brouhaha d’une cité qui tentait de survivre. Il n’était pas de ceux qui souhaitaient rester les bras ballants. Investi du droit de s’affairer à tenter de limiter les affres de la cité par les actuels occupants, il avait décidé de prendre son nouveau travail à bras le corps. Il fallait qu’il lance de toute manière l’ensemble des mesures nécessaires avant qu’il ne s’absente pour quelques jours pour aller faire plus de diplomatie auprès de Blanche de Hautval et de son époux.

Il n’était pas vraiment un grand amateur de la ville, de ses troubles, de son entassement perpétuel, de sa relative crasse. Mais il comprenait la nécessité pour une race grégaire comme l’humanité l’était de trouver des endroits où s’entasser. Niklaus n’avait pas grand chose à faire en attendant son invité. Il reprenait des forces mentales, se contentant de faire un lent bilan des actions en cours et des actions à mener. Laissant même par moment son esprit dériver. La rencontre avec la gardienne de Nééra l’avait troublé. Les informations personnelles qu’elle lui avait donné, il n’y croyait qu’à moitié. Tout cela remuait de biens difficiles souvenir.

Les cloches se mirent à sonner, douce mélodie à ses oreilles. Il savait que Vallencourt était un homme ponctuel. Il appréciait cela chez lui. Il ne le voyait pas comme le plus retors des hommes. Ils se connaissaient depuis longtemps. Vallencourt était un ami de son père et son épouse était la marraine de Niklaus. De toute manière les nobles des terres royales ayant un peu de bouteille se connaissaient tous, les familles n’ayant que peu changées, malgré le caractère non héréditaire des charges.

Mais tout cela ne changeait rien à la trahison que Vallencourt durant le conseil de Velteroc. Il l’avait lâché au centre de la fosse aux lions. Et cela Niklaus ne l’avait pas oublié. Il l’avait pardonné, car il avait compris les motifs de l’homme, mais pas oublié.

On toquait.

Il ouvrit les yeux, émmergeant de ce monde un peu fabuleux où seul le sens de l’ouïe avait eut cours. Il eut un soupir et se passa les deux mains sur le visage. Le duc de Langehack avait eut raison de l’avertir. Il ne se ménageait certainement pas assez. Mais le maintien d’un pays valait bien la santé d’un homme.

On toqua à nouveau. De manière légèrement plus insistante. Presque un peu inquiète.

Il reconnaissait bien là Elias. Un homme inquiet de nature à force d’avoir fommenté les pires choses. Il ne le laissa pas plus longtemps dans l’anxiété.


“ - Entrez, fit le baron, reconnaissant Elias.

- Votre Honneur, M. de Vallancourt, pour vous.

- Faites entrer. Merci Elias !

- Monsieur souhaite que je reste ?

- Tout va bien. Merci Elias.”


Il ne se passa pas plus d’une minute pour que la personne entre. Niklaus s’étant entre temps levé pour accueillir son invité. C’était la moindre des choses, ce dernier ayant accepté de se déplacer pour rencontrer le fils de son ancien ami.

“ - Entre Romeus, je t’en prie.

- Nous nous tutoyons donc encore ?,
fit le baron de Vallancourt dans un ricanement.

- Cela fait longtemps, mais pourquoi pas ?, répondit Niklaus avec un sourire s’étant un peu transformé en rictus. Tu m’as fait sauter sur tes genoux à ce que je sache. Et mon père te considérait comme un ami très cher.

- N’est ce pas un semblant hypocrite de ta part Niklaus ?

- Vraiment ? Nous avons mieux à faire de notre temps.”


Niklaus fit un signe à l’homme, poli mais direct, si ce dernier souhaitait s’asseoir. Lui-même décida de s’asseoir immédiatement sans attendre son invité. Et ils entrèrent dans le vif du sujet.

“ - Alors Niklaus, que me vaut cette invitation. De qui te fais-tu le porte parole aujourd’hui ?

- Je ne te connaissais pas aussi ironique et méprisant. Ces derniers jours t’ont bien changés.

- Beaucoup de choses ont changé. Comment as-tu pu céder aux sirènes du nord ? Ce Velteroc, cet Aznosia… Quelle audace ! Comment peux-tu prêter sein à des manoeuvres aussi peu digne d’un homme d’honneur.

- De quoi m’accuses-tu Romeus ? Nos domaines sont liés à la capitale de ce pays. Inutile de nous voiler la face. La régence a été un échec. Et tout le monde pense à ses intérêts. Il n’y a pas de blâme a distribuer.

- Ces gens cherchent le pouvoir… Rien d’autre,
fit l’homme avec une dénégation de la tête.

- Et nous non ?, ajouta Niklaus avec le sourire.

- Pas moi… Non… Et je ne te pensais pas aussi orgueilleux. Ton père était de la vieille école. Plus personne n’a-t-il d’honneur dans ce pays ? Notre terre et nos coeurs sont-ils si ravagés que personne ne souhaite encore se souvenir du serment qui nous lie à nos fonctions ?

- Ne dramatise pas Romeus. Tu te trompes de haine. Beaucoup parmi nous cherchent le pouvoir. Cela n’est pas un mal. C’est le motif de cette recherche qui compte. Je pense que protéger nos terres et nos sujets consiste aussi à s’assurer d’un certain pouvoir. Ne nous trompons pas de discussions. Et évitons de nous jeter la faute à la figure.”


Vallancourt eut un sourire. Il dévisageat le jeune homme, qui restait impassible, les mains croisés.

“ - Tu semble diminué Niklaus.

- Je le suis. J’espère arriver à mes buts avant que mon corps ne lâche.

- N’aimes-tu pas Harold Niklaus ?,
demanda de Vallancourt.

- Non. Je ne l’aime pas.

- On murmure dans les sphères que pourtant tu serais dans ses petits papiers.

- On me pense à la solde de tout le monde et de personne. J’ai renoncé à écouter les rumeurs quand il s’agissait de savoir ce que je pense.

- Au final, que me veux-tu Niklaus, pourquoi cette entrevue ?

- Harold est un futur tyran. Il est totalement déconnecté de la réalité des domaines et du pays. Pense seulement qu’il me demande de réunir des fonds pour une nouvelle couronne. Alors que la ruine nous guette. Il souhaite la grandeur du royaume pour son expansion. Il me l’a déjà expliqué. Alors que nous sortons d’une guerre civile ! Notre pays à besoin de paix, de coopération et d’une très longue pause dans des guerres internes qui n’ont fait que nous affaiblir.

- Certains disent que tu serais revenu récemment du Langehack ?

- C’est exact.

- Et ?

- Et Harold est incompatible d’un retour du Langehack à nos côtés. Et nous savons tous deux ce que cela veut dire.

- L’embrasement… J’imagine.

- Je ne plaisante pas Romeus. Tu joues un jeu dangereux. Pourquoi Harold ? Pourquoi un tel mensonge avec la haute prétresse ? Comment pouviez vous vous lancer dans une telle affaire ? Je ne suis pas très pieux. Mais toi Romeus ? Toi qui récite les écriture de tête ? ”


Vallancourt eut un temps d’arrêt. Niklaus savait qu’il avait touché une corde sensible.

“ - Je suis effectivement troublé par cela, avoua le baron de Vallancourt. Jamais je n’aurai pensé que la Haute Prétresse s’en serait mêlé.

- On a joué de toi Romeus. Comme tu as essayé de jouer de moi et de mes sentiments. Je te pardonne. Pardonne-moi la faute d’avoir enterré notre royauté, mais je n’avais pas le luxe de me payer le temps du deuil.

- As-tu vu la Gardienne de Nééra ?

- Oui. Je l’ai vu.

- Que t’a-t-elle dit ?

- Je suis allé chercher chez elle conseil Romeus. A titre personnel. C’est une personne d’une grande sagesse et ce que nous nous sommes dit ne regarde que nous. Je ne t’en parlerai pas.”


Niklaus regarda l’homme. Il sentait bien qu’il n’était pas impossible de le raisonner.

“ - Qu’allons nous faire Niklaus ? Le mensonge est partout… Ce monde que je pensais comprendre tombe en ruine.

- Il ne faut pas céder à la panique Romeus. Pas comme toi et tes comparses ont fait. Nous ne pouvons, nous ne devons pas céder à la panique. Nous devons rester ferme dans notre détermination à influencer notre destinée, sans que d’autres ne profitent de notre désespoir. Harold ne peut être amené au trône. Je peux garantir que cela entrainera une nouvelle guerre civile.

- Et toi… Que veux-tu Niklaus ? Me prends-tu pour un imbécile. Je reconnais bien là la marque de ta famille. Vous aimez trop les subtilités à mon goût.

- Passons sur ce que tu viens de me dire. Mais je ne vais pas mentir. Je ne suis plus homme à rester les bras croisés. La passivité est derrière moi. Je compte bien défendre mes idées.

- Et mes camarades ? Tu as peut-être réussi à jouer sur les deux tableaux, mais nous ne sommes tous dans cette position. Nous avons travaillé depuis des années à la prospérité de nos domaines. Pour le bien de la Couronne.

- Nous pouvons éviter une nouvelle guerre civile et nous pouvons éviter que chacun ne se retrouve au banc de l’aristocratie Romeus.

- Et quelle serait cette solution miraculeuse ?

- Les miracles n’existent pas. Nous devons simplement tous accepter d’avaler une partie de notre fierté. Ce que je propose n’est ni plus ni moins ce que j’ai défendu depuis la fin de la Couronne. Nous devons faire renaitre un nouveau pays, et de nouvelles méthodes de gouvernance.

- Ce que tu m’as envoyé ? Les gens ne seront pas d’accord Niklaus.

- Les gens sont d’accord Romeus. Et le peuple le sera aussi. Surtout s’il apprend que l’on lui a encore menti en prétendant que Harold était de droit divin.

- Que veux-tu de moi ?

- Harold.

- Tu n’oserais pas !

- Détrompe-toi. Je suis déterminé à faire avancer les choses. Mais parmi les soutiens à nos idées de réforme, beaucoup trouvent que s’en débarrasser définitivement manque de subtilité. Je me suis laissé convaincre par leurs arguments. Et il s’agit à présent de le rendre incompétent pour quelques semaines. Le temps d’organiser une marche du pouvoir sans que sa tête ne puisse penser à la moindre couronne.

- Et pour moi ?”


Niklaus eut un sourire. On faisait le brave, on prétendait agir pour le bien commun, mais les hommes étaient les hommes. Ce simple aveu de faiblesse prouvait qu’il avait convaincu. Il fallait maintenant férrer le poisson. Puis il resterait à mettre les choses en musique. Avec prudence.

______________________________

[Le bas du panier]

Quelques jours plus tard

Son supérieur était parti depuis deux jours et était arrivé à Hautval aux dernières nouvelles. Le laissant avec des instructions très claires. Il les appliquait donc. En l’occurence il avait eu pour ordre de se mettre au service de M. Kastelord, et de jouer l’intermédiaire avec M. de Vallancourt, qui visiblement était entré secrètement parmi les conspirateurs.

Ce dernier était un homme de bon sens et d’une grande force politique, une fois qu’il avait trouvé son cap. Il semblait vouloir faire la promotion de leurs idées avec discrétion et efficacité auprès des nobles des terres royales dont le coeur balançait. Entre Vallancourt et Altenberg, deux des plus prestigieuses familles des baronnies royales, il commençait à être difficile de ne pas s’aligner.

Il était incroyable que la nouvelle n’était pas encore remontée jusqu’aux oreilles de Harold, mais la raison était triple. D’abord ce dernier vivait chez Vallancourt et par conséquent était sans le savoir isolé, ensuite parce que Vallancourt n’approchait que des hommes dont l’alignement pour Harold n’était pas lié à l’amour qu’il lui portait mais à un manque de confiance envers Langehack ou Velteroc. Ensuite et pour finir parce qu’Elias et son nouveau maître de circonstance interceptait avec succès les personnes ayant des remords.

Il était tard et le quartier qu’Elias traversait n’était pas de la première grandeur. Bien au contraire il s’agissait certainement de la pire partie de la ville. La pénombre couvrait son avancée, et il s’était habillé très simplement, de manière à ne pas attirer l’attention des nombreux coupes gorges de ces allées perdues. Il déclina quelques appels très peu vertueux de femmes non moins vertueuses.

Il finit par arriver dans un bordel visiblement un peu mieux tenu que les autres établissements du quartier. Au moins l’odeur en entrant n’était pas celle de la chair, mais de parfums, quoi qu’un peu capiteux. Outre deux grands types visiblement là pour protéger l’établissement et ses travailleuses du sort funeste de client pas très nets dans leurs pratiques privées, une matrone trônait littéralement sur un grand canapé de velours rouge. Elle se leva avec un sourire charmeur.


“ - Elias mon chou… Je ne t’attendais pas aussi tôt.

- Bonsoir Sylvia… Comment vont les affaires ?

- Nous ne sommes pas encore au niveau d’avant l’occupation.

- Tu m’en vois désolé. Mais justement je t’apporte la charité.”


Il tira de dessous sa cape une toute petite bourse. La dame, avec une grâce bien plus charmante que ne l’était devenu un corps ayant certainement trop travaillé dans ses jeunes années dans le même établissement, elle s’approcha. L’homme lui donna la bourse qu’elle secoua au dessus de sa main pour voir tomber deux petits diamants.

“ - Une avance Elias ? Ton patron roulerait-il sur l’or en ce moment ? Aurais-je un jour la joie de le voir dans mon modeste établissement ?

- Rigole autant que tu veux Sylvia. Il est pas de notre monde et tu le sais. C’est une augmentation pour ce mois ci Sylvia. Nous sommes de plus en plus nombreux dans la capitale à vouloir des informations, et je pense que ton silence à un prix. En particulier en ce qui concerne notre ami de la cave. Et si cela permet aux filles de moins travailler ce mois ci… Tout le monde est content. Les soldats de passage sont souvent de mauvais clients.

- Tu es un chou Elias. Et il est vrai que nous avons eu quelques problèmes. Nééra te le rendra et à ton cher baron. Ton invité est à la cave. Il a pris l’entrée des artistes. Avant de le rejoindre, peut-être souhaites-tu te détendre un peu ?

- Pas ce soir Sylvia merci.

- Tu devrais te marier Elias. Nous faire de beaux enfants. Quand tu as quitté la garde pour aller chez les nanti, j’étais sûr que c’était parce que tu t’étais entichée d’une belle dame et que tu voulais une situation. Tu voudrais pas sortir Bella du caniveau par exemple ?

- Lâche l’affaire Sylvia. Je descends.”


Il passa les deux gardes pour soulever une tenture entrer dans un couloir à l’aspect simple. Il descendit une volée de marche et arriva devant une porte de bois massif, menant visiblement aux soubassements. Il frappa selon un code préétabli, puis passa la porte. L’homme qu’il avait vu quelques jours plus tôt auprès de son patron était là.  Il descendit l’escalier de bois.

“ - J’ai fait aussi vite que j’ai pu seigneur… Et j’ai les renseignements nécessaires et un message de mon maître. Ce dernier est à Vallancourt et nous fait gagner du temps auprès d’Harold, qui semble ne se douter de rien, trop occupé à commencer à former sa cour. Il s’emploie également de faire venir les nobles des terres royales encore présent à Vallancourt, sous prétexte de chercher à recouvrir des fonds pour une nouvelle couronne.”

Il déposa sur la table un parchemin avec une liste de nom, certains soulignés, avec quelques instructions pour chacun des noms.

“ - Il m’a également fait parvenir ceci. Il s’agit d’une liste de personnes aisément remplaçables dans l’entourage de Harold, des pages pour la plupart. Leur description sommaire y est jointe. Nous pourrons certainement trouver une personne de confiance ayant cette gueule. Il s’agit de toute manière de petit personnel. Jamais un grand comme Harold ne fera attention à ce genre de détail, surtout dans un lieu étranger.

Nous avons également reçu pour instruction de ne pas opérer à Vallancourt, je pense que le baron ne souhaite pas embarasser Vallancourt, dont il aura besoin de l’appui pour la suite des évènements. Il s’agit en plus d’un ami de Langehack. Harold va changer de lieu dans une ennéade. Il compte se rendre à Beranthe. C’est là que nous devrons agir.”


Il finit par sortir un autre parchemin de sous sa cape.

“ - J’ai également soumis ici à votre attention une liste de personne à Diantra qui sont des informateurs important pour moi ou des personnes influencable. Si l’une d’entre elle vous fait des misères, je vous demanderai, plutôt que de l’éliminer, de me laisser m’en occuper. Simple courtoisie professionnelle… J’en ferai de même avec les votre si vous le souhaitez. Sachez également que M. d’Altenberg m’a demandé de me mettre à votre service, tout du moins lorsque je ne joue pas mon rôle d’intendant de son Hôtel. Je pense pouvoir vous être utile pour ce qui est de tenter d’influencer les artisans de la ville. Les corporations sont aux abois, et nous pourrons certainement jouer là dessus pour commencer à noyauter la confiance du peuple en Harold et la haute prêtresse. Si nous faisons courir les bons bruits. Par exemple de nouveaux impôts…

Il ne savait pas si vous aviez une résidence en ville, donc il m’a également fait savoir qu’il vous propose de prendre résidence dans une petite maison du quartier nord si ce n’était pas le cas. La demeure est calme, bien ordonnée, et ne lui appartient pas, elle est à la famille Carosis. Il y a peu de chance qu’elle soit surveillée par qui que cela soit. ”
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Hanegard Kastelord
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MessageSujet: Re: L'ombre des choses   Dim 17 Jan 2016 - 14:12

[Une énnéade plus tard]

La rumeur bruissait dans tout Diantra. Elle se répandait dans les rues, pénétrait dans les échoppes, glissait le long des venelles, entrait par une oreille pour ressortir aussitôt par une bouche. Tout en racolant et en dévoilant leurs appâts, les catins en parlaient. Les bouchers commentaient la nouvelle en taillant la viande, les cordonniers en cloutant des semelles, les orfèvres en soupesant leurs gemmes, les tanneurs en raclant les peaux. Du plus haut dignitaire jusqu’au plus petit larron, tous savaient qu’il se passait un événement grave.

« Le Duc d’Erac est souffrant »

Il existait autant de versions de la rumeur qu’il existe d’étoiles dans le ciel, mais celle qui revenait le plus souvent était la suivante : quelques jours plus tôt, lors d’un banquet en compagnie de ses fidèles à Beranthe, le prétendant au trône était soudain tombé de son siège, agité de soubresauts et se tortillant comme un poisson hors de l’eau. Il avait fallu plusieurs hommes robustes pour le maintenir et l’empêcher de se trancher la langue sous la violence des spasmes. Une fois la crise passée, on avait emmené le duc inconscient dans ses appartements, où depuis il gisait en convalescence.

Vivant, oui. Quelle était cette mystérieuse maladie dont souffrait Harold ? Quelques doctes praticiens y voyaient un trouble des humeurs malignes, les mauvaises langues murmuraient qu’il s’agissait d’une punition des dieux eux-mêmes, des sceptiques soupçonnaient un empoisonnement par les agents de la catin du Soltaar. Cela comptait toutefois moins qu’une question qui taraudait chacun : une nouvelle crise allait-elle se produire ? Et serait-elle fatale, cette fois ? Pour un homme ordinaire, il n’y aurait pas eu là matière à ragot, mais Harold était l’homme qui prétendait s’asseoir sur le trône de Diantra.

Un roi malade ? Voilà qui pouvait faire craindre le pire pour l’avenir quant on regardait l’étendue de ses pouvoirs et prérogatives. Le peuple se souvenait non sans regret de son dernier véritable roi, Trystan Ier, qui lui aussi souffrait d’une défaillance physique, à savoir la cécité. Triste parallèle quand on pensait que la mort de Trystan avait constitué l’un des éléments déclencheurs de la terrible guerre civile qui ravageait depuis la Péninsule. Superstitieux ou non, les diantrais ne pouvaient que constater un inquiétant parallèle entre les deux hommes.

Puis, une autre rumeur était apparue : les grands féodaux allaient se réunir une nouvelle fois à Diantra. On murmurait des noms illustres : le comte de Velteroc, le duc de Langehack, le baron d’Apreplaine… et même celui de la Gardienne de Néera en personne. Nul n’ignorait le rôle joué par la Haute Prêtresse lors du conseil au cours duquel Harold avait déclaré sa candidature au trône, aussi la présence de celle qu’on pouvait voir comme l’incarnation sur terre de la volonté divine déclenchait beaucoup de commérages. Plus surprenant encore, les personnes bien informées affirmaient que l’ancienne royauté héréditaire allait disparaître, qu’une « Ligue Péninsulaire » serait constituée, dont les principes fondateurs modifieraient drastiquement le système politique du Médian.

Que se passait-il donc ?

Une partie de la réponse se trouvait dans une chambre isolée d’un manoir près des portes Nord, où l’ancien baron d’Alonna recevait l’un des intimes du duc de Langehack. La nuit se trouvait bien avancée, et les deux hommes buvaient en silence un verre d’excellent vin de Hautval, pareils à deux joueurs d’échecs en train d’analyser le jeu de l’adversaire.


Étonnante, cette crise de la part d'Harold, murmura Ignazio, Il n’y avait jamais été sujet jusque là. Pensez-vous que cela puisse se reproduire ?

Hanegard Kastelord sirota une gorgée avant de répondre. Il faisait partie des rares personnes qui savaient ce qui frappait réellement le malheureux duc d’Erac, et il se demandait jusqu’où il pouvait révéler la vérité à son interlocuteur. Dans de telles discussions, les silences en disent parfois plus long que les paroles. Impossible de parler trop franchement, toutefois Ignazio lisait admirablement bien entre les lignes.

Cela est à craindre, mon ami. Je ne suis pas apothicaire, mais des cas similaires ne se limitent pas à une seule crise. Je gage que d’autres surviendront.
Fatales ?

La question resta un instant en suspens.

Non, je ne pense pas. Harold est bien entouré, ses serviteurs sauront l’empêcher de se blesser lorsqu’il perdra le contrôle de son corps.
Peut être est-ce aussi bien ainsi. Sa mort risquerait de causer des… troubles.

Les informations transmises par Elias valaient de l’or et avaient permises d’introduire le Serpent au plus près du duc d’Erac. L’ancien assassin serramirois avait ensuite admirablement bien géré les choses, sans même tuer ni torturer quiconque… une retenue inhabituelle chez lui, sans doute causée par le goût du défi et par l’amusement à l’idée d’avoir joué un rôle dans les grands événements qui s’annonçaient. Le gaillard prétendait être l’un des meilleurs de la Péninsule dans son domaine et même d’au-delà. Parfois, Hanegard se disait que ces rodomontades flirtaient avec la réalité.

Dehors, un orage se déchainait sur la cité endormie, et la pluie battait violemment les battants en bois de la chambre.


Toutefois, cela pose de graves questions. Pouvons-nous sacrer un roi qui risque à tout moment de se tordre par terre en bavant, les yeux révulsés ? Ce qui est gênant chez un duc devient catastrophique pour un roi.

Cette fois, ce fut au tour d’Ignazio d’attendre. Fort intelligent, il commençait à comprendre où voulait en venir le seigneur de Val-Néera, mais attendait de voir toutes les cartes.

Peut être faut-il y voir un signe des Dieux ? Depuis l’arrivée de la Gardienne à Diantra, le clergé de Néera parait bien moins enclin à s’y mêler de politique, et nous sommes nombreux à penser que la royauté telle qu’elle existait du temps de Trystan est de toute façon un système politique à bout de souffle.
Oui, j’ai entendu ces… rumeurs. Et j’ai lu ce projet de Ligue, il circule presque au grand jour désormais. Une idée de son auteur ?
Aucune. Pas un seul muscle du visage d’Hanegard ne bougea, ce qui lui aurait valu un Oscar en d’autres circonstances. Mais cela importe peu. Le dernier Conseil qui s’est tenu en ces lieux était une erreur, car nous voulions couronner un roi sans avoir pris en compte cette volonté de changement.
Pourtant, mon ami, un accord a été trouvé entre Velteroc et Erac, entérinant l’accession au trône de ce petit merdeux d’Harold. Pas plus que son maître, Ignazio ne portait en haute estime le duc d’Erac.
Mon ami, j’ai dirigé une baronnie pendant dix ans. Je sais mieux que bien d’autres à quel point les choix politiques sont fugaces. Vous n’arrêtez pas une guerre avec du papier, et ce qui est écrit… se renégocie… lorsque les circonstances changent. Harold n’est pas encore couronné, il est malade, et j’ai de bonnes raisons de croire que le culte de Néera ne prendra pas partie, cette fois.

Ignazio reposa son verre, désormais vide, et fixa son interlocuteur de son regard d’oiseau de proie.

Où voulez-vous en venir ?
A ceci : votre maître et le mien se sont quelque peu éloignés de la scène ces dernières ennéades, je crains qu’aucun d’eux n’ait compris à quel point les choses changent. Nous pensions être bloqués politiquement, la situation vient de changer radicalement et il faut en profiter. Le peuple penche pour la Ligue car elle promet la paix, les marchands car ils en attendent la prospérité, les prêtres pour faire oublier leur soutien à Harold, et les châtelains de tout le Médian car ils y voient un moyen d’enfin peser sur le cours des choses. Si le baron d’Apreplaine propose à la noblesse d’accepter la Charte, vous savez comme moi qu’il y trouveras des oreilles attentives.
Autrement dit, vous placer nos suzerains au pied du mur : soit ils entrent dans ce nouveau système, soit ils tombent dans une autarcie destructrice.
Le barrage de la royauté est rompu, et les événements s’accélèrent. Je ne saurais leur conseiller de nager contre le courant, ils y perdraient leur force. Il est temps pour votre maître de profiter à son avantage de cette situation… mais encore faut-il qu’il vienne à Diantra aussi vite que possible.
Je lui ferai passer votre amicale recommandation. Ignazio se leva. A mon avis, nous allons nous revoir sous peu.

Une fois le langecin partit, Hanegard resta quelques minutes silencieux à regarder le reste de vin dans son verre jouer à la lueur des flammes. Puis il claqua des doigts, et un clerc entra silencieusement dans la pièce.

Prévenez le comte de Velteroc ainsi que son épouse. Leur présence à Diantra est urgente et impérative. Et envoyez également un messager au baron d’Apreplaine : qu’il annonce au plus tôt une date d’ouverture pour la session de la Diète. Il nous faut agir sans tarder, désormais.
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